Titre : Queue

Auteur : Nandra-chan

Disclaimer : Les personnages de cette fic appartiennent à CLAMP

Note : La suite du petit exercice, cette fois le mot était "Queue"

Pour me faire du bien ou du mal, on clique en bas au milieu et on écrit des choses dans le petit rectangle. On n'oublie pas de se loguer si on veut recevoir une réponse :)


Queue

"Halala, Kuro-chan, mais qu'est-ce qu'on va faire ?" demanda le blond, en se tournant vers son compagnon qui le foudroya du regard. "A ton avis ? On a pas vraiment le choix, de toute façon."

Non, en effet, ils ne l'avaient pas. Ils étaient coincés dans cette station de métro, carrefour stratégique entre les nombreuses lignes qui parcouraient le réseau souterrain de la ville, et il fallait bien sortir de là, d'une manière ou d'une autre. Et comme le mage, à force de tours et de détours dans tous les sens, les avait complètement paumés au milieu d'une cité inconnue, aux proportions invraisemblables, ils ne pouvaient pas rentrer à pied. Le seul moyen était de trouver une rame qui les conduirait à coup sûr et en toute sécurité - enfin ça, le ninja n'en était pas intimement persuadé - le plus près possible de la maison de la Sorcière.

Seulement, bien sûr, parce qu'avec Fye c'était toujours comme ça, - il était un Grand Maître dans la redoutable technique de l'Emmerdement Maximum - il avait fallu qu'ils tombent en pleine heure de pointe. Il y avait un monde pas possible partout, des gens qui couraient dans tous les sens, le visage fermé, des bousculades par endroits, et sur les quais, une queue interminable de types qui se ressemblaient tous, en costumes stricts, petite valise à la main et souliers soigneusement cirés.

Le ninja et le mage ne se faisaient pas du tout remarquer, non, non ! Absolument pas ! Ils ne dominaient pas la foule d'une tête ! Ce n'était pas comme s'il y en avait un immense, baraqué, l'air pas commode, qui se baladait avec un katana, et un autre tellement blond qu'il éclairait le décor comme un soleil, tellement pâle que sa peau évoquait les neiges éternelles d'un glacier, et tellement séduisant que tous les regards se tournaient vers lui dès qu'il arrivait quelque part ! Au temps pour la discrétion, hein !

Enfin, heureusement, ils avaient limité les dégâts. Shaolan et Sakura étaient restés bien sagement à la maison, et surtout, surtout, la boule de poils était restée avec eux pour jouer les baby-sitters. Il aurait plus manqué que lui, tiens.

"Ça doit être celui-là" fit le ninja en montrant un couloir après avoir lu les inscriptions d'un panneau lumineux. Les deux voyageurs prirent la direction indiquée, marchant l'un derrière l'autre, le brun devant. Quand ils débouchèrent sur le quai du métro, il était bondé. Ils firent abstraction des regards en coin qu'on leur lançait, et se postèrent à la fin de l'une des files d'attente. Il n'y avait plus qu'à prendre son mal en patience.

Mais Kurogane ne se sentait pas à l'aise. Il n'aimait pas cet endroit, confiné, puant, tous ces gens entassés les uns sur les autres l'oppressaient, et une lourdeur lui pesait sur les épaules, comme si un danger imminent était là, à l'affut. Tout ça lui déplaisait fortement, d'autant qu'attendre, ce n'était pas vraiment son fort. Il se tourna vers son compagnon.

"Hé, le mage, passe devant moi.

- Pourquoi ?

- Parce que je préfère t'avoir devant moi que dans mon dos.

- Oh ? s'amusa Fye. Tu as peur que je te joue un mauvais tour ?

- D'abord, j'ai PAS peur, et ensuite non, figure-toi que je me disais juste que comme je suis plus grand que toi, tu serais plus à l'aise à être devant. T'y verrais au moins quelque chose d'autre que ma nuque.

- Merci, Kuro-chan, c'est vraiment très gentil de ta part.

- Alors exécution. Et je suis PAS gentil !

- D'accord, Kuro-méchant.

- Bien, t'as au moins pigé un truc. Mais je m'appelle Kurogane ! Ku-ro-ga-ne !"

Le mage lui répondit d'un sale petit sourire provocateur, et fit ce qu'il lui avait si aimablement demandé. Le ninja se sentit tout de suite plus à l'aise. Mater le dos de Fye était une occupation assez intéressante. Contempler la finesse de son cou, noyer son regard dans la blondeur de sa chevelure, sentir l'odeur délicate qui s'en dégageait, se laisser envelopper dans son aura lumineuse, c'était somme toute, un bon moyen de passer le temps. Bien meilleur que tout ce qu'on aurait pu imaginer dans une situation pareille.

Et il en était là, tout à ses pensées et à sa griserie, lorsqu'il sentit quelque chose l'effleurer, au niveau de l'arrière-train. Il se retourna, en se demandant qui avait bien pu oser le toucher de la sorte, un maladroit, sans doute, mais il n'y avait derrière lui qu'une vieille dame qui leva sur lui un regard impressionné. Evidemment, il faisait deux fois sa taille ! Elle lui arrivait à peine à l'estomac. On n'avait pas idée d'être aussi petite ! Elle serrait un cabas contre sa poitrine, dans lequel elle avait glissé un parapluie dont le manche dépassait, et c'était probablement ce qui l'avait effleuré. Le ninja se détourna, retournant à son activité précédente.

Mais quelques secondes plus tard, rebelote ! Et cette fois, il en était bien sûr ! Quelqu'un lui avait mis la main aux fesses ! Mais non, non. Ça ne pouvait quand même être la petite vieille. Elle avait au moins soixante-dix ans ! Elle avait passé l'âge de faire ce genre de choses. Il avait probablement rêvé. C'était cet endroit, cette foule, ça le rendait parano, voilà tout.

Fye se retourna pour le regarder. "Quelque chose ne va pas, Kuro-chan ? J'ai l'impression que tu es un peu tendu.

- Non, non, ça va. J'en ai juste marre, je voudrais qu'on avance."

Comme pour répondre à ses voeux, une rame de métro sortit du tunnel et s'immobilisa le long du quai. La file d'attente avança, les gens s'engouffrant dans les wagons. Malheureusement, le train était déjà bondé et une partie des voyageurs dut rester sur les quais pour attendre le suivant. Kurogane poussa un gros soupir, s'attirant un regard de sympathie de son compagnon, qui lui posa une main apaisante sur le bras. "Sois patient, Kuro-sama, il n'y en a plus pour longtemps. Le prochain est pour nous." Pourvu qu'il ait raison !

Il s'efforça de se détendre mais soudain... Ha ! Cette fois, il en était sûr ! Quelqu'un lui avait vraiment touché les fesses ! Il se retourna d'un bloc, pour transpercer d'un regard noir la vieille dame qui se tenait derrière lui. Il ouvrit la bouche pour lui lancer un "Non mais ça va pas !" bien senti, mais en le voyant si courroucé, elle s'était déjà ratatinée de moitié, et il sentit soudain un honteux. Terroriser des mamies ! Il était tombé bien bas, le fier ninja. Il se contenta donc de lui lancer un dernier coup d'œil d'avertissement, se retourna, et là, il faillit s'étrangler devant le spectacle.

Non mais ce n'était pas croyable ! Où était-on ! Dans quel monde vivait-on ! Un type était en train de parler à Fye, SON Fye. Enfin, parler, c'était un bien grand mot ! Draguer honteusement, oui ! Et qui c'était d'abord celui-là ? D'où il sortait ? On aurait dit le roi de je sais pas quoi, avec sa taille haute, son corps élancé, ses manières nobles et ses longs cheveux noirs si soigneusement arrangés qu'il n'y en avait pas un qui dépassait. Il se baladait avec son coiffeur personnel dans son attaché-case ? Et l'autre blond, là, qui discutait avec lui, sans avoir l'air de se rendre compte qu'il lui lançait des œillades aguicheuses dignes d'une... bref, ça n'allait pas du tout, ça.

Kurogane posa sa main sur l'épaule du mage, histoire de bien marquer sa propriété.

"Eh, toi, fit-il à l'inconnu, t'as perdu ton chemin ?"

Le gars lui lança un regard sournois, sous ses paupières a demi-baissées, et un sourire colgate qui lui fila de l'urticaire. "Oh, dit-il, vous êtes ensemble ? Excusez-moi, je demandais juste...

- Ouais, on est ensemble. Alors t'es gentil, tu vas voir chez plumeau si on y est." L'importun s'inclina légèrement, tourna les talons, et disparut dans la foule au moment où le train suivant entrait en garde.

"Kuro-chan ? s'étonna le mage. Qu'est-ce qu'il se passe ? Tu es vraiment sur les nerfs.

- Rien. J'aimais pas sa gueule, c'est tout.

- Ah bon ? Il était plutôt aimable pourtant.

- Ouais, ouais. C'est ça.

- Hmmm ? Serait-ce... de la jalousie ?

- Jalousie, mon cul. Oh et puis avance ! On va louper le métro.

- Oui, Kuro-chan ! fit le blond, mort de rire, en s'approchant du wagon.

- Et arrête de marrer !

- Oui !

- ET TA GUEULE !" beugla le ninja, excédé, s'attirant des regards interloqués des autres voyageurs.

Fye se le tint pour dit, monta dans la rame, et comme il n'y avait pas de place pour s'asseoir, alla se caler dans un coin, bien collé contre son compagnon - avec tout ce monde, on ne savait vraiment pas où se mettre -, lequel se la ferma sagement, trop heureux de la situation. Finalement, ça avait du bon de se perdre. Ils devraient le faire plus souvent.