Titre : Pluie

Auteur : Nandra-chan

Disclaimer : Les personnages de cette fic appartiennent à CLAMP

Note : La suite encore, avec le mot "Pluie"

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Pluie

Fye poussa la porte de son immeuble et sortit sur le perron où il s'arrêta un instant. Une pluie fine tombait sans arrêt depuis le matin, et il n'avait pas de parapluie. C'était ennuyeux. Et puis ce temps, ça le déprimait. Il lança un regard torve au ciel, trop gris, trop bas, trop lourd, trop triste... trop tout. Zut, vraiment, comme s'il n'avait pas assez d'ennuis.

Tout allait mal, aujourd'hui, ou plutôt, tout allait mal tout court. Il se demandait bien ce qu'il avait pu faire pour avoir un karma aussi pourri ! Depuis l'enfance, c'était comme si une malédiction le poursuivait. Rien ne se passait jamais comme il le souhaitait, les roses avaient des épines, les gens étaient malveillants, et lui, là-dedans, il avait été le dindon de la farce plus souvent qu'à son tour.

Mais bref, trêve d'auto-apitoiement, il avait des choses à faire ce matin, alors allez, en route. Dès qu'il mit le nez hors de l'abri de l'entrée, il sut que c'était une mauvaise idée. L'averse forcissait, et en quelques secondes, ses cheveux furent trempés et se mirent à dégouliner dans son cou. Un vrai ruisseau se glissait dans le col de sa chemise jusqu'à son dos, lui donnant des frissons. Il ne pouvait pas faire un pas sans marcher dans une flaque, et quand il tentait de les éviter, il se retrouvait nez à nez avec des passants qui essayaient de faire comme lui, et comme il était bien trop gentil, il se décalait pour les laisser passer, ce dont ils ne lui étaient absolument pas reconnaissants. Tout juste s'il ne se faisait pas engueuler, en prime.

Pour être un peu au sec, il décida de prendre le bus. Mais quand le conducteur le vit dégouliner sur le plancher de son véhicule, il lui jeta un regard si noir que le jeune homme préféra descendre au premier arrêt. Il n'avait du tout envie de se faire agresser. Il poursuivit donc son chemin à pied, en se disant qu'il était bien, pour aller faire des recherches à la bibliothèque. Jamais on ne le laisserait entrer dans cet état !

Et puis de toute façon, il ne savait même pas pourquoi il y allait. Après tout, qui se souciait de son travail ? Qui lui ferait des reproches s'il ne le finissait pas à temps ? Qui se préoccupait de sa réussite ou de ses échecs ? Ashura, uniquement. Et Ashura, il en avait par-dessus la tête. Marre.

Son professeur, son unique ami, tenait trop de place dans sa vie. Il régentait le moindre de ses gestes, se mêlait de tout, n'écoutait rien... D'accord, il faisait ça pour son bien, mais à un moment, il fallait arrêter un peu ! Il n'était plus un gamin, il voulait pouvoir vivre sa vie, seulement avec son ami, mentor, mécène, père adoptif, tuteur légal, il n'y avait pas moyen. Il le faisait même surveiller !

Alors cette fois, ça n'allait pas se passer comme ça. Le jeune homme se sentait d'humeur rebelle, aujourd'hui. Enfin, ce n'était pas exactement ça. C'était plutôt du découragement, de la lassitude. Où qu'il regarde, il ne voyait aucun avenir joyeux se profiler à l'horizon. Jamais il ne serait libre. Et même si on ouvrait grand sa cage, il ne s'envolerait pas, pour la bonne et simple raison qu'il n'avait nulle part où aller. Ses parents, son frère, étaient morts. Il n'avait aucun camarade, étant donné qu'Ashura les chassait tous. Et à quoi bon être libre, si on était seul ? A quoi bon blesser le seul être qui lui portait de l'intérêt en s'échappant, si c'était pour ne plus avoir personne à ses côtés par la suite ?

Tout en ruminant ses sombres pensées, il avait traversé l'avenue et était entré dans un petit parc. Pas du tout la direction de la bibliothèque, réalisa-t-il, mais peu importait. Il n'avait pas la tête à travailler, et il doutait que le gardien se réjouisse à l'idée de le voir traîner ses manches trempées sur les tables cirées et sur les pages des bouquins. Alors, fichu pour fichu, autant s'offrir un petite balade. Et puis le parc, sous la pluie, c'était bien.

Il n'y avait personne dans les allées, seulement lui, et tout était d'un calme parfait qui convenait à merveille à ses états d'âme. Quelques canards, que le temps n'avait pas été capable de décourager, se promenaient tranquillement sur un étang, et vinrent vers lui quand ils le virent approcher, dans l'espoir qu'il leur donne à manger. Il n'avait rien sur lui, mais il s'amusa un instant de les voir chercher dans tous les sens quand il faisait mine de leur jeter quelque chose. Mais il se lassa vite de ce jeu un peu cruel, et reprit son chemin.

Il resta un moment dans un bosquet, adossé à un tronc, à écouter le bruit de l'averse sur les feuillages, puis s'enfonça plus profondément dans le parc, en direction d'une partie qu'il connaissait mal, le jardin zoologique. Il erra un temps entre les grandes cages et les volières, s'attardant à regarder les rares animaux qui ne s'étaient pas mis à l'abri, et finit par se sentir un peu fatigué. Il chercha un coin pour se poser, mais tous les bancs étaient mouillés, et il dut marcher plusieurs minutes avant de trouver une sorte de petit kiosque à musique. Mais il y avait déjà quelqu'un. Un homme.

Grand, très brun, baraqué, il était en plein entraînement, enchaînant des gestes que le blond identifia comme des postures de kendo, s'il ne faisait pas erreur. "Excusez-moi ?" demanda Fye en gravissant les trois marches du pavillon. L'interpelé se retourna, posant sur lui un regard grenat qui parut le transpercer de part en part. "Oui ?

- Ça ne vous dérange pas si je m'installe sur un banc ?" Le brun le regarda encore, puis hocha la tête. "Restez pas sous la pluie," dit-il simplement, avant de retourner à ses occupations.

Le jeune homme se glissa aussi discrètement possible sous la toiture, et chercha un endroit pour s'asseoir. Quand il fut installé, il promena ses yeux las alentour, puis les fixa sur l'inconnu, sans vraiment le regarder, perdu dans ses pensées. Quelque part dans un coin de son esprit, il se dit que cet homme dégageait une impression... sauvage. Il avait l'air fort, et libre. Tout son contraire, quoi. Et il se mit à ressasser de plus belles ces idées noires.

Il ne se rendit compte que l'autre avait cessé son entrainement que lorsqu'une voix, tout près de lui, le fit sursauter. "Vous ne devriez pas rester comme ça. Vous êtes trempé, vous allez tomber malade." Fye haussa les épaules, peut-être pour lui dire qu'il avait raison, ou peut-être pour dire qu'il s'en fichait, et le brun fronça les sourcils. Il fit demi-tour, rassembla ses affaires, s'éloigna à grands pas jusqu'aux marches du kiosque, s'arrêta, poussa un gros soupir, puis revint en arrière et se planta devant lui. "Je m'appelle Kurogane.

- Fye, répondit machinalement le jeune homme.

- T'habites loin ?

- Non, pas très.

- Ça tombe bien, parce qu'on va chez toi."

Ah ? On allait chez lui ?

"T'as à boire ? demanda son invité surprise.

- Euh, oui.

- Pas du thé ou du foutu coca hein ?

- Non, non. De la camomille !

- Hein ? Ça se boit ça ?" Le blond éclata de rire devant la mine totalement perplexe de son interlocuteur. "Je plaisante, Kuro-chan.

- Hé... C'est Kurogane, mon nom.

- Du saké, ça ira ?

- Parfait.

- Alors qu'attendons-nous ?

- Que tu lèves tes fesses de ce banc et que tu me montres le chemin.

- A tes ordres, Kuro-chan !

- KUROGANE !"

Et Fye quitta le parc, le coeur bien plus léger que lorsqu'il y était entré. Parfois, la pluie avait du bon, apparemment.