Disclaimer : voir chapitre 1
A/N : Pardon pour ce retard inexcusable, je suis vraiment nullissime pour respecter un planning… T_T
Niveau rating, je me tâte un peu : pour moi ça reste du T même si j'avoue que ça pourrait être qualifié de limite… vous êtes prévenus^^
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À un pas
Chapitre 3 : Les possibilités, deuxième partie
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Il y eut beaucoup de cris, mais seulement dans son esprit. Pas même un simple « non » ne franchit ses lèvres. Mais elle sait que son père les perçoit dans sa stature, sa mâchoire serrée à en faire mal et la véritable tempête dans ses yeux. Cela ne l'empêche pas de continuer comme si de rien n'était à lui exposer le pourquoi du comment de la situation.
Elle n'a jamais autant détesté ses paroles sur ton calme, se voulant bienveillant et si raisonnable.
Ce n'est pas le mot « mariage » qu'elle entend, mais plutôt une sentence. Comme si elle devait payer le fait d'être née fille, être désolée et se plier au bon sens parce qu'il en est ainsi et pas autrement. Parce que c'est ce qu'il y a de mieux pour elle.
Un mari respectable, deux enfants sans histoires, une vie paisible et si horriblement monotone… Cela semble devoir être son aspiration, ce vers quoi ses gènes la poussent.
La colère fait subitement place à la plus sincère des tristesses lorsqu'elle prend conscience d'une chose.
Son propre père ne la connait pas.
Elle ne l'écoute même plus, elle ne peut que voir ses lèvres se mouvoir, s'entrouvrir par surprise lorsqu'elle le coupe pour la première fois.
« Dites-moi père, pensiez-vous déjà cela le jour où vous m'avez mis un sabre dans les mains ? »
Le jour où j'ai pu goûter à la liberté sans encore en connaître la signification, ni le besoin.
Et Koshiro, l'espace d'un instant, ne sait quoi répondre. Quelques secondes qui suffisent à Kuina pour s'éclipser, ou plutôt, pour fuir, car elle sait que c'est une bataille qu'elle ne peut pas gagner, et cela l'effraye.
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La tristesse et la rage se poursuivent dans son cœur et la fatiguent bien plus que les coups. Même Zorro n'arrive pas à la faire parler autrement que par les chocs des lames. Il peut ressentir mais ne comprend pas, et Kuina a la subite envie de lui arracher le visage quand elle y perçoit une once d'inquiétude. Pour elle, pour une pauvre petite chose fragile…
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« Ah ! »
Un cri bref et sec lui échappe lorsque son père la gifle, coupant court à ses protestations de plus en plus enflammées.
Ne peut-elle voir que c'est pour son bien ? Va-t-elle persister dans ses enfantillages aveugles ? Poursuivre un rêve qui n'est qu'une dangereuse chimère ?
Sa joue pique, brûle et chauffe sous ses doigts. Ce doit-être cette douleur qui lui brouille les yeux… Et non la constatation qui vient de s'emparer de son esprit : il croit réellement que c'est ainsi que les choses doivent être, qu'en agissant ainsi il ne fait que lui assurer le meilleur des avenirs. Son père l'aime et agit en conséquence selon ce qu'il croit bon et juste. Il n'y a aucune malice derrière tout ce désastre.
Rien qu'elle ne puisse combattre.
« Non père, non… » Elle met toute fierté de côté et sanglote, perdue. Pourquoi ne peut-il pas comprendre ? Ne voit-il pas ?
Elle ne pense même pas à s'écarter de sa caresse, si inattendue et rare. Elle a tant à lui dire. Toute une vie à lui réexpliquer, sans savoir trouver les mots adéquats.
A la fin, elle crie encore plus qu'elle ne parle.
« Amenez-les moi ces prétendants, s'ils osent ! Qu'ils combattent au lieu de se dissimuler derrière votre intermédiaire ! Je n'épouserai aucun homme incapable de me battre ! » Elle déglutit et reprend, plus calmement, froidement, sans dissimuler son venin. « Après tout, un mari se doit de protéger sa femme et non l'inverse, n'est-ce pas père ? »
Après tout, c'est ainsi que les choses doivent être…
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Elle sait que tout le dojo est au courant à présent. Elle n'avait pas pensé à être discrète et même, s'en fichait. Mais quand Zorro tente d'abord le sujet elle manque de l'éborgner, subitement verte de rage.
« Tais toi ! » Ses attaques en deviennent maladroites. « Pas toi ! Ferme-la ! » Elle se rend à peine compte qu'il la désarme mais qu'importe, il lui reste ses poings et elle se jette sur lui, contraint lui aussi de jeter son arme pour se défendre sans risquer de la blesser. « Tais toi tais toi tais toi je ne veux rien entendre ! »
Elle s'en fiche d'avoir l'air d'une enfant mais juste… Pas lui aussi.
« Mais arrête ! » finit-elle par entendre à travers son mantra, lorsqu'il arrive à lui immobiliser les poignets. Le reste de son corps suit de lui-même et elle ne peut qu'écarquiller les yeux et constater.
Elle n'a plus la force suffisante pour se libérer. C'est fini.
Elle regarde les muscles qui saillent sur ses bras, reliés à des mains bien plus grandes que les siennes et elle a juste envie de pleurer parce que son père a raison. Les hommes sont plus forts que les femmes et elle peut commencer à l'apercevoir de ses propres yeux, et cette fois, tout ce qu'elle en ressent est de la peur…
« Arrête. » La prise sur ses poignets disparait et à la place, des doigts cueillent sa mâchoire fermement pour rediriger son regard et l'ancrer dans celui de Zorro. « Quoi que tu penses, arrête ! Je sais pas ce qui te passe par la tête, mais c'est des conneries ! Tu m'entends ? Des conneries ! Alors ressaisis-toi et arrête ! »
Kuina reste interdite un long, long instant. Elle ne peut voir que le visage du garçon devant elle, dont les joues se teintent peu à peu de rouge sous son regard fixe. Et elle ne pense plus à rien pour la première fois depuis longtemps.
Elle ne se rend compte qu'elle sourit que quand il le lui renvoie, presque timidement, faisant apparaître comme un papillonnement en elle, bref et doux. Elle est trop fatiguée pour s'en effrayer en cet instant.
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Mais par la suite, elle se sent comme grignotée, consumée petit à petit de l'intérieur. Pendant des jours, des semaines, elle n'a accordé d'attention qu'à son esprit et maintenant son corps prend sa revanche de plus belle.
Parfois elle voudrait pouvoir s'en extirper pour en faire un véritable adversaire et le réduire en charpie. Elle le désire encore plus les rares fois où les gestes de son rival glissent vers… quelque chose d'autre. Qui l'atteint plus profondément que des coups, mais contradictoirement avec un impact immédiat bien plus faible. Pour ne pas dire doux. Elle déteste ce mot, douceur, même la pensée de ce mot.
Elle devine de brefs instants de simple curiosité de sa part dans ces quelques gestes. Sans trace de moquerie, de domination. Elle aurait envie de qualifier cela d'enfantin, de par sa sincérité, mais elle sait sans avoir à y réfléchir que cela ne l'est pas.
Elle repousse toujours sa main, parfois durement, et cela suffit à lui faire reprendre ses esprits, à froncer à nouveau légèrement ses sourcils, comme d'habitude.
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Le temps passe et avec lui, les affrontements. Son père a accepté silencieusement sa requête, et elle fout une rosse à plus d'un adulte sans leur accorder plus que les regards nécessaires. Elle ne pense même pas.
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Si elle ne peut affronter son corps elle essaye de s'y confronter. Elle le regarde, le touche et tente de maîtriser son dégoût. Elle essaye d'écouter pour mieux en cerner les points faibles, mais rien n'y fait. Elle ne l'accepte pas. Elle ne s'accepte pas. Quand elle voit ses propres membres elle les imagine plus forts, plus durs, plus sombres. Même plus que les imaginer, elle les veut…
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Elle n'arrive plus à être relativement sereine que les soirs d'été où le vent est tiède et agréable sur sa peau en sueur et ses muscles endoloris. Elle l'inspire, l'expire, et le chant proche des criquets pourrait la bercer si elle prenait le temps de s'allonger dans les herbes hautes et encore grasses. Elle le fait aujourd'hui, fatiguée, ni satisfaite ni déçue –un ex-aequo- l'adrénaline ne laissant plus qu'un papillonnement dans ses membres. Le ciel est vierge de tout nuage, laissant place à une mer d'étoiles et elle soupire.
Elle sent plus qu'elle ne voit Zorro s'asseoir à côté d'elle, en appui sur ses coudes. Elle tire un certain plaisir à l'entente de sa respiration saccadée car trop sollicitée, et un autre, plus coupable, à sentir sa sueur teinter plus fortement son odeur habituelle.
Les minutes passent dans un silence de contentement. La chaleur qu'elle ressent et le rythme de ses battements de cœur peinent cependant à s'estomper et quand elle ferme les yeux, elle est hyper consciente de la présence familière à ses côtés, au point d'en avoir comme le tournis.
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Laisse-moi voir, semblent dire ses doigts qui découvrent le corps sous elle. Car en cet instant elle le voit comme un corps, un homme, et non un… ami ? Une personnification de sa tourmente. Sous ses doigts et non plus sous sa lame. Elle est assise sur lui, solide et immobile à l'exception de son torse qui s'élève et s'abaisse au fil de son souffle. Et de son regard qu'elle sent fixé sur elle mais dont elle ne se soucie guère.
Ses vêtements ont absorbé sa chaleur et sont vaguement moites lorsqu'elle les écarte. Il ne fait pas mine de vouloir les enlever complètement, pas maintenant. Pas quand il la fixe elle, comme si sa vie en dépendait. Elle ne comprend pas pourquoi elle a la chair de poule.
Après ses bras, les renflements encore modestes de son torse, elle frôle plusieurs fois le contour de ses épaules, pianote les cordes de sa gorge, scrute sans succès ses flancs à la recherche de côtes. Elle est autant déçue que fascinée par les points communs qu'elle leur découvre : il est à la fois ferme et doux sous ses doigts, comme ses membres à elle, et encore si jeune et souple, quasi imberbe mais tout de même orné ça et là de cicatrices qui semblent vieillir les étendues de peau presque mate.
L'effleurer –elle refuse de penser caresser- ne lui suffit bientôt plus et une assurance nouvelle la pousse à saisir à pleines mains, sentir la chair plus en profondeur où elle ressent un enclin à la puissance partiellement développé. Son cœur commence à tambouriner et lui à s'agiter sous elle, agréablement chaud et large. Mais quand il essaye de la toucher elle, elle le repousse un peu trop rudement, resserrant la prise de ses jambes autour de lui et elle sent, elle sent son regard la transpercer et elle aime ça. Elle aime l'avoir là, tout près sans l'envahir, consentant avec une impression de soumission que lui impose sa propre curiosité. Parce qu'il sait que s'il faisait mine de renverser les rôles, tout prendrait immédiatement fin. Elle remarque que ses propres lèvres sont étirées sur un sourire, entrouvertes et légèrement asséchées par son souffle saccadé.
Alors seulement, enfin, elle croise son regard et ce qu'elle y voit lui provoque un plaisir brusque qui fait s'échapper un soupir. Ils sont proches, bien plus proches qu'il y a quelques minutes et elle ne s'en effraye même pas.
Il ne l'arrête pas quand elle commence à le mettre complètement à nu, presque fiévreuse. Impatiente de voir, de toucher tout ce qu'elle n'est pas, tout ce qu'elle aurait dû être.
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Son sourire s'estompe.
Elle essaye de comprendre. En quoi ça le rend si différent d'elle. La colère s'empare presque d'elle et rend sa curiosité –son excitation ?- plus agressive. Elle ne se concentre plus que sur ça, ne s'attarde même pas sur les sursauts de Zorro lorsqu'elle le saisit et essaye de comprendre, et pourquoi…
Elle est encore plus désemparée lorsqu'il la tire de sa transe par un gémissement étouffé, honteux et si jeune, et une viscosité subite sur sa main.
Elle le tient toujours quand il reprend petit à petit son souffle, essayant de dissimuler sa gêne par un air énervé qui n'arrive pas à ôter le rouge de ses joues et le contentement de ses traits. Elle aussi est essoufflée, et son corps est engourdi et trop chaud. Resserrant ses cuisses comme par réflexe, elle se surprend de le sentir toujours là, immobile, mais pas pour longtemps.
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C'est presque comme si elle pouvait affronter son propre corps, quand elle le laisse la toucher, juste un peu. Il reste sous elle, anormalement sage, et c'est pourquoi elle le laisse faire, mais juste par-dessus ses vêtements.
Et de plus en plus, elle a envie de s'enfuir, nauséeuse. Toute envie a disparu, sauf celle d'aller plus loin, de comprendre… ou bien est-ce plutôt un impératif ?
Elle l'a, son combat, et elle est déterminée à faire plier son corps. Même quand il entre en elle et qu'elle veut juste que ça sorte et ne plus jamais oser même y penser. Elle se dit que c'est comme d'autres coups parmi les innombrables qu'elle a encaissés durant son apprentissage. Mais cette fois, ils sont en elle. Peut-être auront-ils plus d'effets là.
Et puis elle est surprise, lorsqu'à nouveau son attention se pose sur le visage de Zorro. Il est si… Quel est le mot ? Elle ne le trouve pas, même en scrutant. Ni totalement soumis, ni perdu, ni vaincu, ni rien…
Mais elle, durant ces quelques longues, longues secondes, est subjuguée.
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A/N : hum je perds le contrôle là, cette mini-fic (2 chapitres prévus à la base) devient vachement plus longue que je ne croyais… xD
