Lorsque je me réveillai, j'étais allongée sur le sol humide. Je me tournai vers les petites voix que j'entendais plus loin, mais elles se turent.

Le Garçon de Plomb s'approcha, me tendant un fruit, dont j'ignorais la provenance. Il parla ensuite d'une voix sincère.

''Merci de m'avoir fait sortir. C'était l'enfer!''

Je lui souris, mais ne dis rien. Après tout, ce n'est pas lui que j'aurais voulu à mes côtés. Que j'aurais voulu serrer dans mes bras. Sa peau avait retrouvé un aspect normal et non plus d'acier. Je me calai contre les murs de béton derrière moi, les images insensées, du corps de mon frère me revinrent.

Les larmes ne vinrent pas. J'étais triste, oui, mais surtout en colère. Enragée d'avoir été impuissante. De l'avoir abandonnée. Maintenant, je n'y pouvais plus rien et cela me blessait.

Nous étions cachés sous un vieux pont et j'entendais des véhicules passer régulièrement.

''Combien de temps avez-vous marché?''

Le petit répondit joyeusement, apparemment il n'avait pas été traumatisé pas son expérience.

''Nous avons marché quelques minutes jusqu'à la route et sommes embarqués dans un camion qui passait par là.''

Je me retournai vers le garçon plus vieux.

''Merci de m'avoir portée.

-La prochaine fois, je te laisse sur le chemin. Pas la peine de me ralentir avec un boulet!''

Je ne le pris pas personnel. L'instinct de suivi était tout ce qui me restait, j'étais bien placée pour le comprendre.

Les garçons avaient trouvé des aliments et de l'eau. Assez pour nous donner des forces avant de repartir. Nous discutâmes en mangeant et j'appris que le Garçon de Plomb se prénommait Jeffrey et qu'il venait de la Louisiane tandis que le plus vieux, Oliver, venait de la région. Ainsi que nous étions trois mutants.

Oliver semblait en avoir appris un peu sur le sujet, en écoutant les médecins. Cela faisait 3 ans qu'il était détenu et que Gallagher faisait ses expériences sur lui. Ce dernier tentait de comprendre le fonctionnement de la mutation afin de créer des armes vivantes. Implanter à des soldats obéissants des dons surhumains afin d'avoir une armée invincible. Augmenter son pouvoir.

Mike était mort dans l'horrible dessein de se faire voler son pouvoir. Son don était exceptionnel. Il pouvait manipuler le temps, figer les gens. Dans une guerre, immobiliser l'ennemi était, sans aucun doutes, une arme de pointe.

''Alors Flavy! Quel est ton pouvoir?''

La question intéressa aussi Oliver.

''Je n'en sais trop rien.

- Tu ne connais pas ton pouvoir?''

Jeffrey semblait incrédule.

''Pas vraiment. C'est flou, il est indéfinissable.

-Donne-nous des exemples de ce que tu fais. Faire fondre le métal par exemple, on t'as suivi. Donc on a vu quelques-uns de tes trucs.

-Je suis capable de modifier l'aspect de certains matériaux. Fondre le métal, brûler du bois, faire bouillir de l'eau.

-Donc tu contrôles la chaleur!

-Non. C'est plus que ça. Je peux changer la nature des choses.''

J'attrapai une roche qui était tout près de ma cuisse et la déposai dans ma paume, bien en vue. J'en fis un morceau de verre, puis de métal. Jeffrey avait la bouche ouverte et Oliver attrapa l'objet, qui reprit aussitôt sa forme naturelle.

''Tu ne peux pas lui faire garder sa forme?

-Non. Il doit y avoir contact.

-Dommage. On aurait pu manger à notre faim au lieu de voler des gens innocents. ''

Je n'avais jamais vu mon pouvoir ainsi. Tout comme je ne l'avais jamais vu meurtrier avant, mais j'avais pourtant tué quelqu'un aujourd'hui. En modifiant ce qui l'essentiel chez tout être vivant, l'air. J'avais noyé quelqu'un. Oliver me sortit de mes pensées.

''Nous devrions partir. Il y a une route qui mène à Graham Hills.

-Tu sais où on est?

-Oui. Je viens d'ici. J'ai entendu parler qu'il y a un refuge dans le comté de Westchester. Par la route, on pourra trouver demander aux passants.

-Et si Gallagher nous recherche? Il pourrait être dans le coin!'' La voix de Jeffrey était soudainement aiguë. Terrifiée.

''S'il nous trouve. On se défendra.'' Oliver y répondit froidement.

La perspective d'avoir à blesser ou tuer quelqu'un d'autre me fit angoisser. Cependant, il était hors de question que je me laisse enfermer et torturer à nouveau.

Nous partîmes silencieusement, à la tombée de la nuit, traversant le boisé. Jeffrey avait repris sa force de plomb, nous affirmant qu'il s'y sentait plus à l'aise. Je l'enviais de pouvoir utiliser son don comme il le voulait. Pour ma part, il me prenait énormément d'énergie.

Après une demi-heure de marche, j'aperçus la route en question, c'était plutôt une autoroute. Les phares des lumières d'automobiles étaient bien visibles et fréquents. Nous allions pouvoir nous rendre dans un endroit sécuritaire pour nous reposer. Mais ensuite?

Qu'est-ce que j'allais devenir. J'étais loin de chez nous. Mon chez nous existait simplement plus. Gallagher l'avait exterminé lorsqu'il nous avait enlevés. J'ignorais si nos tuteurs étaient encore en vie, mais je ne voulais pas le savoir. Mike et moi n'étions que des enfants étranges à leurs yeux.

Un blasphème contre leur Dieu vénéré, ou encore une malédiction. Selon eux, notre arrivée dans leur ferme ne leur avait amené que misère et problèmes. Les récoltes avaient été mauvaises, à peine suffisantes pour semer l'année suivante. Certaines bêtes étaient tombées malades, donc difficilement commercialisables. Depuis la destruction de leur ferme par Gallagher, s'ils étaient toujours de ce monde, ils devaient nous maudire.

En nous apercevant près de la route, un vieux monsieur arrêta son camion pour nous accueillir, cependant, il n'y avait pas suffisamment de place pour nous trois, donc Oliver se proposa pour attendre la prochaine voiture. L'idée ne m'enchanta pas. Mieux valait rester ensemble. Après tout, il était celui qui connaissait la région et avait entendu parler du refuge. De plus, je le sentais capable de nous défendre tous les trois. Le chauffeur insista.

''Si quelqu'un embarque dans la boîte du camion. Vous pourriez entrer tous les trois. Il y a quelques outils et de la terre. ''

Je me glissai agilement à l'arrière, assis dans la terre, laissant les garçons monter avec le chauffeur. Après un certain temps, je m'allongeai sur le tas de terre. La route serait longue, j'étais aussi bien de faire le plein d'énergie. Mais les images de Mike allongé sur sa table de métal empêchèrent le sommeil.

Je pouvais voir des marques bleues sur ses bras semblables aux miennes. Des veines éclatées aux endroits où on avait injecté des produits glacés, des liquides hallucinogènes, des substances acides, que je connaissais. J'imaginais les cris qu'il avait dus poussés. Le dernier de ses souffles, affaissant finalement sa poitrine pour la dernière fois. Je ressentais la douleur qu'il avait endurée.

Lorsque la voiture ralentit, je sortis de mes pensées. J'avais l'impression d'être embarquée dans le camion une vingtaine de minutes plus tôt. Je me relevai, observant mes nouveaux amis endormis, par la fenêtre. Mais plus loin, sur la route j'aperçus trois hommes en noir. Le chauffeur sortit la main de sa fenêtre et leur fit signe d'approcher.

''La fille est endormie dans le coffre! ''

C'était un piège. Je tentais de me fondre dans la terre et tirai une bâche par-dessus moi, immobile. Je fermai les yeux très fort, comme si cela allait me faire disparaître, lorsque quelqu'un tira brusquement sur la bâche, le temps semblait suspendu.

''Il n'y a personne! La fille s'est sauvée. Elle ne peut pas être très loin, fouiller le bois!''

J'ouvris les yeux. L'homme était toujours là, regardant droit où mes jambes se trouvaient. Je refermai les yeux et attendis que l'engin reparte avant de me relever, lentement, évitant de me faire remarquer par le chauffeur. J'avais les mains, les bras et les jambes couverts de terre, cela m'avait camouflée et dans la noirceur, l'homme n'avait pas distingué la différence.

Je glissai ma main par la fenêtre et touchai le cou du chauffeur. J'étais répugnée par l'idée de tuer à nouveau, mais instinct me disait que c'était la seule chose a faire. Sa tête tomba vers le volant et la voiture ralentie, jusqu'à arrêter complètement. Je descendis, ouvris la portière et laissai le corps lourd tomber sur le sol. Je regardai le banc vide à ma droite. Après Mike, j'abandonnais à nouveau des gens qui comptaient sur moi.

J'ignorais où je me trouvais, je continuais donc sur la route, un bon moment. En fait, j'attendais que le soleil se lève. Que je puisse voir la pupille des gens à qui j'allais demander mon chemin, afin de juger leurs intentions.

Lorsque le jour fut levé, je m'arrêtais dans un petit restaurant de quartier. Un vieux monsieur bedonnant était derrière le comptoir et quelques camionneurs étaient assis, regardant les nouvelles du matin à la télévision sur le mur du fond, ou bien mangeant leur petit déjeuner. Je m'approchai du comptoir et m'adressai au monsieur derrière.

''-Excusez-moi. Je me suis égarée cette nuit. Je cherche le comté de Westcherster.

-Vous n'êtes pas trop perdue, ma jolie, vous être a Pleasantville, Westchester est a une dizaine de minutes par la route Bedford. Où voulez-vous aller exactement? Je pourrais vous expliquer le chemin un peu plus en détail. Oh, j'y pense! Jeremy, l'homme qui vient de partir fait partie de la police de la région. Il pourrait s'en doute te montrer le chemin, viens avec moi!

-Non! Je vais me débrouiller par Bedford. Je devrais facilement retrouver mon chemin ensuite. Merci beaucoup.

Lorsque je reculai pour sortir, j'entendis la voix de la présentatrice en sourdine.

''Quatre adolescents se sont échappés d'un hôpital psychiatrique, tard dans la soirée d'hier. Les trois garçons âgés de 14, 17 et 21, ainsi qu'une femme de 21 ans ont gravement blessés trois membres du personnel de l'hôpital, ainsi que tué l'un des directeurs de l'institut. Sans médications, ces jeunes en cavale représentent un danger pour…''

Je me dépêchai à sortie , Gallagher devait avoir des contacts partout. Les médias, la police, l'armée. Je n'étais en sécurité nulle part. Je ne devais plus demander mon chemin et il était préférable de voyager de nuit.

J'avais garé ma voiture plus loin pour ne pas y être remarquée, cependant, maintenant elle était loin. J'attendis la porte du restaurant se rouvrir derrière moi.

''Je vous le dis! C'est la jeune fille qui était là! Je l'ai reconnue sur la photo! Elle est là!''

Deux hommes se mirent à courir à ma suite. Je tournai dans la première rue que je croisai, puis de nouveau. Les deux camionneurs n'étaient pas très rapides, mais il avait l'avantage d'avoir mangé ce matin. Je tournai à nouveau dans une longue ruelle et me glissai dans le coin poubelle d'un restaurant. La ruelle était sombre, et il y avait juste assez d'espace entre le mur de brique et l'énorme poubelle de métal. Je tentai de me fondre dans le mur, je retins ma respiration et restai immobile.

''Où est-elle passée! Elle a tourné ici y il a quelques secondes.

-Elle ne peut pas s'être volatilisée!

-Peut-être que les trois autres l'attendaient avec une voiture. Elle a dit au cuisinier qu'elle s'était perdue en voiture.

-Non, on aurait entendu le moteur. Cherche dans les recoins.

J'entendais leurs pas se rapprocher, l'un d'eux passa droit devant moi sans regarder, se dirigeant au fond de la ruelle. Cependant, le second regarda dans la poubelle près de moi. Je pouvais l'apercevoir, donc lorsqu'il tournerait la tête dans ma direction, il me verrait, c'était inévitable avec les vêtements que je portais.

Je me préparai mentalement à l'attaquer, mais il ne sembla pas me voir lorsqu'il passa à côté de moi. Ce qui était impossible. Je baissai les yeux vers le sol et aperçu mes vêtements. Je n'avais plus les vieux morceaux souillés du laboratoire. Mon corps avait pris l'aspect exact de la brique et mes vêtements aussi.

Lorsque je me décollai du mur derrière moi, rien ne reprit son aspect habituel. J'ignorais comment retrouver mon allure normale, je restai donc cachée un moment, puisqu'un tas de brique courant dans les rues n'est pas le meilleur camouflage. Est-ce que c'était ce qui était arrivé dans la camionnette la veille? M'étais-je transformée en terre? Et comment est-ce que je faisais pour que ma chair reprenne sa forme?

Je restai assise une heure avant que ma peau retrouve son teint de pêche, mais sans savoir comment. Je me rendis sans attirer l'attention à la camionnette que j'avais garée près d'une pharmacie. Je trouvai la route Bedford après quelques minutes de recherche et filet sur la route quelques minutes. Cependant, au loin j'aperçus des gyrophares, donc je sortis sur une rue, un cul-de-sac. J'y laissai la voiture et allai me réfugier dans le boisé que je voyais plus loin. Je me doutais que Gallagher allait faire fouiller les environs, mais un bois restait l'endroit le plus facile pour me camoufler.

Je me cachai et dormi jusqu'à ce que la nuit tombe, puis je repartit, suivant la direction de la route que j'avais quitté plus tôt. Une dizaine de minutes en auto, Westchester n'était pas loin. Mais comment trouver ce refuge? Et comment m'y fait accepter, si tous avait vu mon image à la télévision?

J'arrêtai de marcher lorsque j'entendis des pas. Puis des voix.