Il faisait nuit.
Une nuit terriblement froide et muette. Seul le bruit de mes pas, réguliers, sur le sentier de gravier me parvenant. Ma respiration se condensait devant mes yeux, ajoutant plus de trouble à l'ambiance de la forêt. Une silhouette noire se dessinait au bout du chemin, j'avançai plus rapidement vers celle-ci.
Elle portait un long manteau noir, le collet relevé dans sa nuque, couvrant une partie de ses cheveux blonds. Mais plus j'avançais, plus elle s'éloignait. Je me mis donc à courir, la condensation dansait toujours devant mes yeux, beaucoup plus denses. Je lui criai de m'attendre, ignorant pourquoi. Finalement, elle ralentit, mais ne se retourna pas. Il me fallut encore quelques minutes pour la rejoindre. La silhouette m'avait semblé beaucoup plus grande. En fait, elle était minuscule et frêle. Lorsque j'entendis sa voix, des larmes me montèrent rapidement aux yeux.
''Flavy, pourquoi m'as-tu abandonné ? Je comptais sur toi.''
La voix de Mike était pleine de reproches, je touchai son épaule, le poussant à se retourner vers moi. Son visage était aminci, terne et en colère.
''Je suis désolée, mon ange. J'ai essayé, mais je suis arrivée trop tard !
-Tu n'avais qu'à venir avant ! Tu me l'avais promis ! ''
Il se retourna, avançant de nouveau, d'un pas incroyablement rapide. J'étais figée sur place.
''MIKE ! Reviens !''
Mais il n'écouta pas. Pourtant il avait toujours été docile. Je criai son nom à nouveau, puis mes jambes se délièrent, me permettant de bouger à nouveau. Lui aussi courrait, beaucoup plus rapide que moi. Ma voix se cassait en appelant son nom.
''Tu m'avais promis Flavy ! Tu m'as laissé. Maintenant, c'est mon tour.''
Il bifurqua à droite, derrière un immense chêne et lorsque j'arrivai à l'arbre, longtemps après, il avait disparu. Je m'écroulais contre le tronc, pleurant beaucoup plus de larmes que mon corps pouvait en contenir. Je murmurai, sans cesse, espérant qu'il m'entende :
''Mike, je suis désolée. Tellement désolée.''
Puis je sentis, une chaleur contre mon dos. Une main se posa sur mon épaule, un bras m'encerclait et un souffle caressait gentiment mon visage. J'ouvris les yeux et l'écorce du chêne était remplacée par de la peau, de la chaleur humaine et une légère odeur musquée.
La forêt avait fait place à la chambre qui m'avait été allouée et mon voisin d'en face me tenait fermement dans ses bras. J'y restai blottie encore un moment, ravalant difficilement mes larmes. Lui ne parlait pas.
Lorsque je repris, complètement, mes esprits, je le repoussai, peut-être un peu trop brusquement. Il me regarda visiblement mal à l'aise.
''Tu criais… j'ai cru qu'il y avait un intrus.''
Il se releva.
''Je suis désolé.
-C'est moi qui suis désolée, de t'avoir réveillé.
-Tu veux en parler?''
J'hochai simplement la tête. Parler de Mike me semblait impossible à cet instant. Et puis, je n'étais pas le type de personne qui partage ses moindres pensées avec des inconnus. Il se dirigea vers la porte de ma chambre, mais me lança avant de partir :
''Si tu as besoin, je suis dans la chambre d'a coté !''
Il me sourit et sortit.
Je restai seule et immobile sur mon lit un bon moment, incapable de me recoucher, je sortis de ma chambre pour trouver un divertissement.
Le manoir était énorme et dans la journée je m'étais déjà perdu à maintes reprises, pourtant je trouvai mon chemin, vers la salle commune. J'ouvris la radio et écoutai l'actualité jusqu'à ce que le soleil se lève. Le ciel était rosé lorsque le Professeur X roula dans la pièce.
''Des problèmes de sommeil ?
-Comme si vous ne connaissiez pas la réponse !
-Je préfère lorsque les gens se confit a moi simplement, si tu ne veux pas en parler…
-Non. Je préfère ne pas y penser… simplement.
Il me sourit et se dirigea vers la fenêtre.
''Ce sera un très belle journée. Souhaiteriez-vous joindre un cours ?
-Un cours ?
-Oui, je sais qu'aujourd'hui Abel prévoit faire un cours de survie en forêt et que Voltaire donne un cours sur le contrôle de la colère. Vous pourriez aussi vous entrainer, cependant le cours de Voltaire me semble plus social. Vous pourriez peut-être rencontrer d'autres étudiants.
-Je ne suis pas la personne la plus sociale.
-Simplement parce que vous n'avez jamais eu la chance de le devenir.
-Il est certain qu'être enfermée dans une salle de torture ne développe pas l'esprit d'équipe !
-Encore moins avoir la responsabilité d'un enfant… lorsqu'on en est un soi-même.
Ce commentaire me blessa, même si cela ne se voulait pas méchant.
''Arrêtez de jouer les fins psychologues ! Je ne veux pas me confier a vous.
-Pardon. J'aimerai vous dire que je ne suis pas très social, non plus. J'ai été élevé une bonne partie de ma jeunesse, seul.
-Vous avez pourtant fondé une école pour aider les jeunes mutants… si ce n'est pas idéologiquement social, je me demande ce que c'est.
Il me sourit a nouveau, puis se plaça près de la radio, jusqu'à ce d'autres étudiants et professeurs arrivèrent. Lorsque mon voisin entra dans la salle commune, je m'éclipsai le regard au sol, prétextant chercher la cuisine.
En chemin, je croisai deux filles. L'une d'elles avait la peau tachetée, comme un léopard et la seconde étaient une sublime rousse. Les deux se déhanchaient élégamment jusqu'à la salle commune. Celle aux allures félines me salua, poliment, et la rouquine m'ignora.
Je suivis un nouveau chemin, découvrant de nouvelles salles, dont la bibliothèque. Des étagères lourdes de livres recouvraient complètement les murs, quelques grands fauteuils verts se dispersaient dans la pièce et de hautes lampes sur pied les côtoyaient. Il y avait longtemps que je n'avais pas lu. Les derniers livres que j'avais lus étaient des contes pour endormir mon petit frère. Bien longtemps.
J'attrapai donc un petit livre bleu et le feuilletai quelques minutes. Puis, je cherchai pour un roman. Un roman qui ne serait pas trop difficile à lire, histoire d'évaluer mon niveau. La plupart des livres étaient de sciences ou le philosophie, mais au fond de la salle, je trouvai enfin des fictions. J'en pris une au hasard et tentai de lire, sans succès.
Je reconnaissais évidemment des mots, mais la compréhension générale de phrases était ardue. Tant bien, que je finis par me décourager et replacer le livre. Lire aurait été un bon moyen de me distraire et d'occuper mon temps, seul. Je restai tout de même ici, toute l'avant-midi, jusqu'à ce que mon estomac me somme de le satisfaire.
Je marchai donc vers une cuisine bondée, de gens que j'avais déjà croisés, mais principalement d'inconnus. Un grand gaillard se tenait au centre de la pièce exigeant, d'une voix puissante, le silence.
''Tout ceux qui veulent aller en foret venez ici et écouté moi bien, pas question de me répéter ! Il y aura deux équipes, le but est incontestablement d'éliminer l'autre équipe, en leur lançant une belle de peinture. Je ne veux pas de blesser comme la dernière fois, compris Jason ?...''
Un garçon à la peau noire rigola un peu plus loin, hochant la tête.
''L'utilisation de vos pouvoirs, à force modéré, est fortement encouragée, il fait encore chaud donc la plupart d'entre vous devraient bien s'en sortir. Mais vous aurez tous une oreillette pour communiquer avec vos coéquipiers et avec moi en cas de problème. Jason, Summers vous êtes les capitaines formez les équipes. Plus vite nous partirons, plus vite nous serons rendus !''
Les étudiants se rassemblèrent, formant les équipes. Je me dirigeai vers le réfrigérateur, lorsque mon voisin vint à ma rencontre.
''Tu nous accompagnes ?
-Non.
-Il y a toujours de la place dans mon équipe, c'est généralement plaisant !
-Généralement ?
-Il arrive quelques accidents parfois, rien de très grave.
-Non merci. Je préfère rester ici.
-D'accord. La prochaine fois alors.
-Peut-être.''
Il me lança un sourire à faire fondre du métal! Je me forçai à lui répondre et me sauvai, au fond de la salle, avec un bout de fromage. J'observai les jeunes, tentant de détecter leurs mutations.
Certaines étaient évidentes, mais d'autres étaient impossibles à percevoir, comme la mienne. Et comme celle de mon voisin. Son charisme était indéniable, plusieurs filles tournoyaient autour de lui, comme des abeilles autour d'une fleur. Mais c'était tout ce que je pouvais remarquer. Le deuxième ''capitaine'', Jason, était un garçon d'environ ma taille, d'origine asiatique. Si les filles préféraient avec Summers, les garçons allaient naturellement vers Jason.
Les équipes furent formées assez rapidement et ils quittèrent la salle. Me laissant avec quelques enfants et une femme âgée. Un petit garçon formait d'étranges boules mauves avec ses mains. Il les faisait rouler sur la table, jusqu'à une petite blonde de son âge et les bulles s'évaporait lorsqu'elle essayait de les saisir.
Le Professeur Xavier avait créé un bulle de confort pour les jeunes mutants, évitant qu'ils soient persécutés. Un lieu dans lequel ils pouvaient être eux même, entourer de semblable. Même plus. Une famille. Tous ici semblaient heureux. Beaucoup plus que je ne l'avais jamais été. Je me levai et parti a sa recherche. Si quelqu'un pouvait m'aider, c'était lui.
Il me trouva le premier, dans le couloir qui menait à son bureau.
''J'aimerais comprendre…
Qu'est-ce que je voulais vraiment ? Je voulais être heureuse, comme ses étudiants. Pouvait-il m'aider à ça ? Pouvait-il me faire oublier ces années de torture ? Me faire oublier Mike ? Voulais-je, l'oublier ? Au fond, j'ignorais ce que je voulais. Ce dont j'avais vraiment besoin.
''Je ne suis pas magicien. Mais je peux tout de même essayer.''
Sa faculté de lire dans les pensées était beaucoup plus pratique que je n'aurais plus l'avouer. Il avait la faculté de comprendre les appréhensions et les questionnements des autres. Même ceux que personne n'oserait réellement formuler.
''Cependant, Mike restera toujours là. Je ne crois pas que l'oublier soit une option. ''
Non. Évidemment. Mike était une partie de moi.
''Nous pourrions commencer demain. À mon bureau, vers 10 heures.''
J'hochai la tête. Maintenant il était trop tard pour reculer. Je devais accepter cette partie de moi. Ce gène X.
