Hola !

Désolé pour tous ce retard, en espérant que vous ne nous en voudrez pas. :/

Voici donc le fameux premier chapitre où nous posons les bases de l'histoire.


Chapitre premier : For the life

Florence & the Machine - Dog days are over

« Je ne crois pas avoir envie de me jeter du haut d'un pont » Isabella Swan

-Vous voyez, je ne sais pas ce que je dois faire. Il y a une partie de moi qui refuse de continuer sans lui, et l'autre qui me dit « lance-toi ». J'aurai tellement aimé que rien de tout cela n'ai lieu...

-Pourquoi une part de vous refuse d'avancer ?

-Sans doute que je suis trop attachée à lui. J'avais... J'ai toujours imaginé ma vie avec. Il avait beau m'exaspérer par moment, je l'aimais. Et c'était tout ce qui comptait. Il était celui qui me guidait... A présent, je ne suis plus rien.

Refermant mes notes soigneusement, je les déposais sur la petite table de bois brun à ma droite. Je fixais un instant ma patiente, elle avait presque les larmes aux yeux tant ses paroles l'avaient ému. Je n'aimais pas voir les gens dans un tel état de désespoir.

-Y a t-il une chose que vous auriez aimé faire dans votre vie ? demandais-je.

-Je ne sais pas, pourquoi ?

-Répondez, tout simplement.

-J'ai toujours rêvé de découvrir le monde, les peuples étrangers ont quelque chose d'attirant.

-Et bien allez-y, rien ne vous en empêche, vous êtes libre, faites ce que vous avez toujours voulu faire. Je penses que cela peut vous aider.

La séance se terminait. J'étais souvent confrontée à des cas comme celui-ci. Des moments de doutes, d'incompréhensions tourmentaient les vies de famille. Des personnes oppressées demandaient mon aide. Je n'étais pas certaine de l'effet que je produisais, mais être psychologue était pour moi une façon d'apporter mon soutient. Je ne savais pas vers quoi me diriger mon diplôme en poche, un ami de mon père m'avait renseigné sur cette profession et j'en étais tombée sous le charme bien vite. Après 3 ans à travailler intensivement, un cabinet m'avait employé. J'avais mon propre bureau, quelques fauteuils beiges sur une moquette blanche comme neige et deux grandes fenêtres qui laissaient la lumière se diffuser dans la pièce aux murs tapissés de beige.

J'avais emménager à New York, une ville plongée dans les conflits. On se querellait pour un rien, avec le vendeur de hot-dog, le chauffeur de taxi et parfois même avec son chien. Dans un monde où le temps s'accélère, où on ne prends pas le temps de connaître son prochain, heureusement qu'on pouvait toujours compter sur la caféine pour nous remonter le moral. Merci Starbuck !

Madame Jones était ma dernière patiente de ce jeudi. Elle ne tarda pas à partir. Je la retrouverai la semaine prochaine, mais il me semblait qu'elle n'aurait bientôt plus besoin de mon aide. Jacob passa l'embrasure de la porte lorsque j'enfilais mon trench coat pour partir à mon tour.

-Alors ma belle, toujours pas dépressive ? Si tu veux je connais un bon psy !

-Je crois que ça devrait aller ! Riais-je.

-Quoi de prévu pour ce soir ?

-Un bon film en compagnie de Ben&Jerry's.

-Pas Titanic j'espère... ? Tu remarqueras d'ailleurs que ton beau Léonardo à pris du ventre récemment...

Je levais les yeux au ciel. Il me faisait toujours sourire.

-Et toi quoi de prévu ? le questionnais-je.

-Une petite soirée avec Julian. Voir même plus si tu vois ce que je veux dire... Il ne pourra pas résister à ce corps de Dieu, fit-il en désignant son torse.

Je pris mon sac, inspectais une dernière fois mon bureau pour ne rien oublier et laissais un baiser sur la joue de Jacob avant de partir tout en lui souhaitant une bonne soirée. En sortant du cabinet je fus happée par le froid hivernal. Des personnes marchaient en se tenant la main mais je m'empressais de suivre mon chemin et me retrouvais bien vite sur le pont, non loin du métro, que je ne prenais pas. Pourquoi ? Car j'aimais beaucoup marcher, et rester coincée sous terre avec des inconnus ne m'attirait vraiment pas. Le courant de l'eau agité qui passait sous le pont faisait taire le bruit des voitures qui passaient.

« Mince, la veste de Rosalie au pressing ! J'ai complètement oublié, elle va me tuer ! ». J'hésitais un instant à faire demi-tour mais me ravisais, je ne sentais déjà plus mes doigts.

Lorsque j'arrivais à notre appartement, je fis tomber les clés sur le meuble de l'entrée et sans prendre le temps d'enlever mes chaussures, m'affalais sur l'imposant canapé noir qui trônait dans le salon. La chaleur envahit mon corps. Mes doigts reprenaient vie et mon nez arrêtait enfin de couler. C'était mon quotidien depuis quelques temps : me presser pour revenir vers l'appartement bien chaud dans lequel je vivais avec ma colocataire et meilleure amie, Rosalie.

Cette dernière n'était pas encore arrivé, alors je me mis à préparer le repas de ce soir, des crocs monsieur. Une fois fait, je sortis deux couverts. C'est cet instant que choisit Rosalie pour arriver.

-C'est moi ! Ah j'en avais marre, si tu savais ! Mon dernier client n'arrivait pas à tenir en place !

Je l'entendis se mettre à l'aise puis venir jusqu'à moi.

-Mmm ça sent bon par ici, dit-elle happé par la fumé qui s'échappait de la poêle. Qu'est ce que tu nous as fait ?

Je ne pus me retenir de rire, c'était Rosalie. Le genre de fille énergique qui faisait craquer tous les garçons. 1,80 mètres, blonde aux yeux bleus et un corps parfait digne d'un mannequin. A côté d'elle je me sentais comme une petite fille de 10 ans, plate comme une planche à pain et incapable de marcher un pied devant l'autre.

-Croque monsieur ! Répondis-je.

-Cool !

Le dîner se passa tranquillement, nous étions exténuées. Après avoir enfilé un vieux jogging en guise de pyjama, j'allais prendre un pot de glace et rejoignais Rosalie dans le canapé.

-Non...non...non...Ah ? Non... enchaîna-elle en zappant.

-Ne cherche pas il y a rien, lançais-je.

-Ils pourraient au moins mettre un film digne de ce nom. Ce soir c'est des gens qui chantent, qui cuisinent, ou qui tombent amoureux comme dans le meilleur des mondes. Quel choix impressionnant, ironisa-t-elle. Pourquoi ne pas passer un film d'action ? Et bien non, on à le droit à un documentaire sur la reproduction des animaux !

Rosalie s'emportait toujours pour un rien, surtout quand il s'agissait des programmes télés. Je crois que le pire fut lorsque nous étions dans un magasin au moment des soldes. Un vendeur avait eu la très mauvaise idée de lui apporter un tee-shirt taille M, malheureusement pour lui « madame » faisait du S. Il s'était fait incendié le pauvre...!

-DVD ? Proposais-je

-Salt ?

-Hum...

-Fast and furious ?

-Euhh...

-TAKEN ? s'illumina-t-elle.

Bien que ma grimace montrait mon désaccord, elle s'entêta.

-Les critiques sont bonnes, depuis le temps qu'il attend d'être regardé ! Et puis ça te changera de Titanic ! me charria-t-elle.

Je ne pus résister face à sa moue boudeuse.

-Ok, soufflai-je, va pour Token !

-Taken, Bella, Taken !

Je ne présageais rien de bon. J'étais loin d'être adepte de tous ces films où une seul personne était capable de tuer une cinquantaine de personnes armées jusqu'aux dents, ou bien de voir des courses poursuites sur des routes sans l'ombre d'une voiture. A peine le film avait-il commencé que le téléphone sonna.

« Sûrement Renée », pensais-je. Je me levais et allais décrocher. Mon pot de glace toujours dans les mains, je continuais de picorer dedans avec ma cuillère.

-Allô ?

-Bella ? C'est Renée ! Comment tu vas ma puce ? Ça fait longtemps que je n'ai pas eu de tes nouvelles.

Ma mère me manquait terriblement. Lorsqu'elle avait rencontré Phil, je ne voulais pas être un poids pour eux, et comme ils devaient bouger assez souvent je m'étais dit qu'il était temps pour moi de retourner chez mon père, Charlie, à Forks. Je devais dire adieu au soleil, à la chaleur de Jacksonville pour le froid et la pluie frigorifiante de Forks. C'était étrange de revoir mon père, et même si la conversation nous manquait, j'étais à l'aise avec lui. Nous étions pareils en quelque sorte. Mon retour dans ma ville natale ne m'avait apporté que du bien malgré l'éloignement de ma mère avec qui j'étais très proche. A présent, j'étais à New-York, une des plus grandes ville du monde ! Si Charlie ne m'avait pas poussé à y aller, je ne serai pas ici aujourd'hui. Ce n'était même pas une ville mais tout un pays pour moi, et de savoir que c'était si vaste m'avait beaucoup effrayé. Au final, je m'étais vite habituée aux lieux. Les magasins ouverts n'importe quand, Central Park, les taxis toujours en circulation, l'empressement des habitants comme des touristes, la chaleur intenable en été et l'hiver polaire n'étaient plus surprenant pour moi mais une routine. Pourtant j'avais tendance à ne pas me diriger vers ce qui m'étais inconnus et prenait garde de suivre les chemins habituels.

-Salut maman, ça va pour moi, les journées passent à vitesse grand V en ce moment !
-Si tu savais comme tu me manque, j'espère que tu ne fais pas trop de folie avec Rosalie ! Comment va-t-elle d'ailleurs ?

-Très bien, elle est à côté de moi...

« Mais pas par la ! Tu va te faire flingué ! NON ! Fait demi tour !» Bien trop occupé par son film, je n'étais pas sur que ma soudaine disparition l'avait inquiété. Il aurait déjà fallut qu'elle la remarque.

-Je te l'aurai bien passé mais là elle est en train de s'imaginer dans le film, dis-je.

En faite, j'ai bien cru qu'elle allait faire tomber la télé tellement elle gigotait. Le canapé n'allait pas tenir longtemps comme ça ...

-Dis moi, il se passe des choses de nouveaux ? Un petit copain (je ne pus retenir un grognement à la mention d'un éventuel « petit-ami »), des nouveaux patients ? Il ne sont pas trop déprimant ?

-Et bien à vrai dire non, je ne crois pas avoir envie de me jeter du haut d'un pont...

-Un copain ? Reprit-elle.

-Maman ! Si j'en avais un, tu le saurais !

Et à vrai dire, ça ne risquait pas d'arriver. Au lycée, j'étais sortit avec Tom, il avait les cheveux gras et postillonnait. Mais je ne voulais pas m'arrêter au physique alors j'avais quand même accepter de sortir avec lui. Et bien si vous voulez savoir, son image reflétait son mental à la perfection ! Grand gamin qui me semblait même avoir des penchants psychopathe… Ma vie amoureuse d'adulte n'était pas non plus très remplit.

-Mais tu sais très bien que je l'attends de pied ferme à la maison, moi ! C'est à Charlie qu'il ne faut pas le dire, ça le tuerait ! Enchaîna-t-elle.

-Et bien tu seras la première au courant si il y a un quelconque changement !

-C'est quand même triste que Brian t'ai quitté, vous étiez si mignon...

Brian avait été ma seule « vraie » relation. Nous étions sortit 3 mois ensemble, cependant j'ai vite découvert qu'il me trompait. Bizarrement ça ne m'avait rien fait. Si, bien sûr, je sentais avoir été trahie, mais je n'avais pas eu ce petit truc qui se brise dans le cœur. J'avais cependant gardé cette histoire pour moi, et personne mis-à-part Rosalie n'était au courant … Je changeais vite de sujet, ne voulant pas m'étaler sur mon absence de vie sentimentale.

-Phil va bien ?

-Il se porte à merveille ! Il a eu un rhume il y a quelque temps mais c'est vite passé ! Heureusement car il avait un match très important de base-ball la semaine suivante ! Son équipe n'a pas gagné mais il était quand même content de lui ! Tient, il vient de rentrer...

Elle disparut un moment. Seul quelques bruits de fond me parvenaient alors que je m'amusais avec le fil du téléphone pour patienter.

-Il te dit bonjour, reprit-elle enfin,et aussi qu'il est impatient de te voir. Il passera bientôt à New York avec son équipe pour jouer entre amateur, tu pourras peut être aller le voir ?

-Oh oui, je pense que ça devrai être possible.Je te rappellerai la semaine prochaine, dis-je. Je vais vous laisser manger tranquillement.

-D'accord ma puce, je t'embrasse. Dis bonsoir à Rosalie de ma part !

Je raccrochais. Savoir qu'elle était si loin de moi me troublais. Je la revoyais encore avec ses cheveux bruns au carré, ses yeux ridés à force de sourire et son rire si contaminateur. Ses mimiques me manquaient, comme le fait de passer l'aspirateur en chantant, ou bien de systématiquement rater la cuisine qu'elle entreprend. La dernière fois que je l'avais vu, c'était i mois. Elle avait voulu me surprendre en passant à New-York. Malheureusement, elle s'était perdue alors j'avais été la chercher. « Que des pressés ces gens ici » ne faisait-elle que répéter, « On leur demande le chemin, c'est à peine si ils répondent ! ». Phil, quant-à lui avait tenté de la calmer. J'avais été très contente de le revoir. Il était vraiment simple et gentil. Tout ce qu'il fallait à ma mère. Peut être un peu trop jeune. Son grand hobby -et profession- était le base-ball. C'était un passionné, et même s'il n'était pas franchement doué, il arrivait à participer à quelques matchs.

-Bella, viens tu vas rater tout le film ! râla Rosalie.

-Je suis la ! Chantonnais-je en retournant au salon tout en récupérant la glace que j'avais délaissé.

-Ta mère va bien ?

-Oui. Elle te dit bonsoir.

-NONNN ! Mais c'est un grand malade ce type !

Ses exclamations me firent sursauter. Ses mains étaient crispées sur l'accoudoir, ses yeux rivés sur l'écran en attendant la suite des événements. Je ne voyais qu'un gars qui se battait avec pleins d'autres gars, et qui s'en sortait sans aucune égratignure...

Mon attention se tourna bien vite vers le salon qui était dans un état assez... catastrophique. Cela faisait deux ans que j'habitais cet appartement. La peinture blanche contrastait étrangement avec les meubles bruns foncés. Un mur de la pièce imitait des briques blanches, donnant un côté luxueux à l'appartement de taille moyenne.

La télé -une antiquité !- reposait sur une sorte de grande caisse à tiroirs. Le canapé de cuir commençait à se faire vieux, on s'enfonçait dedans jusqu'à s'y perdre...Un peu plus loin, la table à manger était propre ; et six chaises : une blanche, deux noires et trois en bois trônaient autour. Il serait grand temps de les changer, le mélange des styles ne rendait pas très bien.

La paperasse qui s'accumulait ici et là me déprima, même si en une petite heure de rangement, tout serrait comme neuf. Sur les murs, des affiches mettaient un peu de couleurs : Muse en concert, une affiche de cinéma pour le film Remember Me, un drapeau américain, une carte de France que ma mère avait réussi à dégoter lors de l'un de ses voyages en Europe et qu'elle m'avait gentiment offerte comme souvenir...

Des photos siégeaient sur la bibliothèque remplie de livres biens-être de Rosalie. Il y en avait une qui nous montrait, elle et moi en train de prendre la pause, une autre de Charlie et Renée du temps où ils étaient encore ensemble, et de nombreuses où Rosalie rayonnait.

La différence entre nous deux était évidente. Mes cheveux bruns bouclés était ma seule « fierté » si je puis dire. Mon visage était banal, ovale où mes yeux marrons s'enfonçaient ; j'avais un petit nez en trompette et une bouche assez rose. Ma peau paraissait translucide tellement j'étais blanche. Je devais peser 55 kilos tout au plus. Je n'essayais pas de m'avantager non plus... maquillage léger, vêtements trop simples au goût de Rosalie, je n'étais pas du genre à attirer les regards.

Il m'arrivait parfois de penser à ce que pourrait être ma vie avec un homme... Le prince sur son beau cheval blanc avait déserté mes rêves depuis bien longtemps. A présent l'impact des jeux vidéos devait leur avoir ramolli le cerveau. Pour le moment trouver quelqu'un n'était pas quelque chose qui me tourmentais, car après tout j'avais le temps. Ce n'est pas du haut de mes 22 ans que j'allais me marier...

-Bella, tu as pensé à ma veste ?

-Tu sais, il faisait froid... il commençait à faire nuit...

-D'accord j'ai compris, heureusement que je ne t'en veux jamais ! Sourît-elle.

J'adorais Rosalie, non mais littéralement ! Je l'avais rencontré grâce à Jasper, avec qui je travaillais au cabinet. J'avais vite sympathisé avec lui et il m'avait dit que sa sœur recherchait un appartement dans le coin, je m'étais alors proposée, et je ne regrettais pas ! Jamais je ne pensais rencontrer quelqu'un d'aussi gentille et attentive qu'elle. Lorsque je regardais Rosalie, je voyais une fille qui n'était pas seulement belle. Elle était en plus intelligente et bosseuse. Notre amitié avait duré et maintenant nous étions meilleures amies.

Le sommeil commençait à me peser fortement. Le film touchait à sa fin. Je souhaitais une bonne nuit à Rosalie et me dirigeais vers ma chambre. J'accueillis mon lit à bras ouvert, comme un cadeau divin du ciel.

La lumière me réveilla d'instinct. Je regardais mon réveil.

-9:54. murmurais-je.

Je posais ma main sur mon front, dégageant au passage les cheveux qui s'y baladaient. Je ne travaillais pas le vendredi matin, avantage que j'utilisais à bon escient. Je pris alors tout mon temps pour me lever, manger une pomme, et boire mon café. J'en profitais même pour mettre de la musique. Très vite, les accords de Somebody told me résonnaient dans l'appartement. Je me fis couler un bain. MON plaisir à ne pas m'enlever. Sans baignoire je succomberai dans une triste vie remplie de noirceur ou il était préférable de mourir écrasé par des milliers de mille-pattes ou étouffé par un cheval. Je ne résistais pas à vider la bouteille de gel douche pour faire doubler le volume de mousse. C'était si relaxant ! J'avais l'impression d'être une guimauve.

Je ne vis pas le temps passer et me dépêchais d'enfiler une jupe crayon et un chemisier blanc, vu que tous mes jeans étaient à laver. Je pris ce qu'il restait dans le frigo, soit une part de lasagne. Je la réchauffais quelques minutes et commençais à manger. Elles étaient tellement chaudes que je me brûlais la langue en avalant une bouché. Mes couverts dans l'évier, je n'avais pas le courage de les laver en plus le temps me manquait.

Prête à partir, je me rendis compte que j'allais devoir supporter des engins à talons pour l'après midi.

« Tant pis », pensais-je. Et puis une business girl en baskets n'était pas très en vogue. Pas que j'en étais une, mais dans mon métier l'apparence comptait beaucoup. Arriver en vieux survêtements avec les cheveux sales ne feraient pas du tout bonne impression auprès des patients comme de ses collègues.

Il était 12:50 lorsque j'arrivais au cabinet. J'étais essoufflée. Note pour moi même : ne plus jamais marcher vite en talon. Heureusement, il ne pleuvait pas.

-Bonjour Bella.

-Jasper !

-Essoufflé ? Dit-il en me regardant attentivement.

-A mettre sur le compte de ces tortures, dis-je en pointant du doigt mes escarpins vernis noirs à bout ouvert.

Il m'aida à enlever mon manteau comme un vrai gentleman, il faisait craquer toutes les filles et n'avait rien à envier aux mannequins. C'était le jumeau de Rosalie quoi. Même physique élancé et même grâce lorsqu'il bougeait. Ses cheveux blonds bouclés tombaient sur ses yeux lorsqu'il ne les coupait pas.

Jacob n'était pas encore là. Jasper me proposa un café que j'acceptais volontiers. Son prochain rendez-vous ne commençait qu'à 13h comme le mien.

La salle de repos était simple. Une table ronde métallique, au milieu de la pièce, était entourée de cinq chaises. Il y avait une bibliothèque avec des livres de psychologie ainsi qu'un meuble où se cumulaient tasses, verres en plastique et une vieille machine à café qui marchait encore. Miracle car elle était déjà là avant mon arrivée.

-Tu vas faire la connaissance d'un nouveau patient ce soir. Je ne sais pas si tu es au courant.

-Ah bon ? demandai-je. Jacob ne m'a pas mit au courant.

Dans un sens, cela m'arrangeait. Venir le vendredi après midi pour un unique rendez-vous était assez déprimant. Cette nouvelle occupation ne pouvait être que positif, elle était même la bienvenue. Je n'aimais pas m'ennuyer et généralement, je me mettais à toucher -casser serait plus exact- tout le mobilier de l'appartement. Je n'y pouvais rien moi, si le simple fait de faire le ménage voir mettre en route une machine à laver se transformait en épreuve insurmontable pour ma maladresse. Voila pourquoi Rosalie s'arrangeait pour faire le ménage toute seule et me laissait cuisiner presque tout le temps. Curieusement je détruisais moins souvent de choses en cuisinant... Pourtant la cuisine était remplit d'objet en tout genre facilement cassable ce qui amoindrissait considérablement leurs chances de survie.

-Je ne sais plus son nom. Il va devoir suivre une quinzaine de séances si je ne me trompe pas.

Tout à coup, une femme d'une quarantaine d'années passa la porte d'entrée.

-Je vais devoir te laisser, à plus tard...

Je le regardais s'éloigner. Lorsque je me levais, monsieur Stanfield, mon premier rendez-vous de la journée, arriva également, s'excusant de son retard. Je le saluais à mon tour, tout en lui faisant signe de me suivre. Monsieur Stanfield avait dans la quarantaine, il était un homme peu imposant, à l'allure nonchalante. Une personne de tout ce qu'il y a de plus normale ; avec ses petits problèmes de la vie quotidienne. A chacun de ses rendez-vous il arrivait en retard. Pourquoi ? Je n'en avais aucune idée … Aujourd'hui il avait du faire une entorse à son règlement, étant arrivé pile à l'heure je le félicitais de sa ponctualité.

Nous arrivions tout les deux dans mon bureau, il paraissait peu relaxé lorsqu'il prit place dans un des fauteuils.

-Comment allez-vous aujourd'hui, monsieur Stanfield ?

J'essayais tant bien que mal de le mettre à l'aise, il ne devait pas avoir peur de se confier. C'était un de ses problèmes. D'habitude, les patients sont habitués à nos discussions et on pouvait enchaîner, alors qu'avec lui, il fallait à chaque fois tout refaire à zéro.

-Je vais très bien. Et vous ?

-Également, souris-je.

Il venait une fois par semaine. Il n'arrivait pas à prendre de décisions, à se décider. Ça le hantait de jour en jour car il avait le sentiment de ne pas avancer.

J'étais moi même un peu comme lui. Je n'aimais pas prendre de choix, ou changer mes habitudes, de peur d'en prendre des mauvaises. Mais je me poussais, et peu importe ce que j'en retirais, j'essayais de ne pas regretter.

La psychologie m'avait beaucoup appris. Mes perceptions étaient différentes et je voyais la vie autrement qu'avant ; je vivais dans le réel. En aidant mes patients, je m'aidais tout autant.

J'attendais patiemment qu'il se confie. Au bout de quelques minutes, il se racla la gorge et commença à parler d'une voix enrouée.

-Vous savez aujourd'hui j'ai été confronté à un choix important. Je ne vais pas vous mentir en vous disant que je n'ai eu aucun mal à choisir, à vrai dire j'étais terrorisé. J'aurais voulu m'enfuir le plus loin possible. Mais j'ai repensé à vos conseils, aux longues heures que vous m'avez consacré et je me suis dit que je n'avais pas le droit de gâcher votre travail comme je le faisais.

Il s'interrompit, pour reprendre son souffle. Il me regarda dans les yeux, chose rare chez lui, et continua là où il s'était interrompu.

-Alors je me suis décidé, j'ai prix le choix qui me paraissait être le plus judicieux. Et maintenant qu'il est fait, je ne peux plus revenir dessus.

Son discours fini, je le regardais à mon tours dans les yeux ; plus que surprise par cette révélation à laquelle je ne m'attendais pas du tout. Néanmoins cela me touchait qu'il ai pensé à moi, qu'il n'ai pas voulu gâcher mon travail. J'étais aussi heureuse qu'il ai pris conscience de la progression qu'il venait de faire.

-Et bien Monsieur Stanfield, vous avez fait d'énormes progrès depuis notre premier rendez-vous. Vous avez enfin compris qu'il faut faire des choix pour avancer. On ne peux pas y couper, la vie est ainsi faite. Je vous remercie aussi pour vous être confié de cette sorte. C'est bien la première fois que je vous vois parler autant !

Je crus entrapercevoir des rougeurs passer sur son visage. Ma dernière phrase l'avait gênée mais c'était le but. Je voulais le faire réagir. Qu'il prenne conscience qu'il pouvait se comporter normalement, que sa vie n'allait pas s'écrouler parce qu'il avait fait le mauvais choix.

-Pouvez vous approfondir les raisons qui vous on poussé à ce choix ?

Je l'écoutais, ravie qu'il se sente mieux.

Pour un psychologue, la meilleure récompense est sûrement quand le patient vous affirmait qu'il avait changé, qu'il allait prendre un nouveau départ. Et surtout qu'il ne reviendra pas, car il n'en avait plus le besoin. C'est là que l'on se rendait compte que notre travail pouvait être bénéfique, qu'il pouvait changer des personnes. Un sourire naquit sur mes lèvre, comme à chaque fois que je réussissais à libérer quelqu'un de ses angoisses. Monsieur Stanfield finit par partir, le cœur plus légé mais il allait revenir, il ne se sentait pas entièrement enclin à affronter la vie sans l'aide de quelqu'un comme moi.

Je sortis de mon cabinet pour me rendre au bureau de Jacob. Il allait m'entendre, un nouveau patient n'allait pas tardé et je n'avais pas été prévenue ! Où avait-il mit sa tête ?

J'arrivais dans le hall, mes talons claquant de manière désagréable sur mon passage. Il était là, installé confortablement sur sa petite chaise de bureau rouge devant son écran d'ordinateur.

-Tient, te revoilà toi ? Tu arrives en retard, tu oublies de me dire que j'ai des nouveaux clients... tu as manqué à d'autres devoirs ? demandai-je à Jacob en souriant, les mains exagérément posées sur mes hanches.

-J'avais de bonnes raisons figure toi ! Pendant que tu regardais Titanic, et bien je suis allé voir Julian...

-Et...?

-Si tu savais il est A-DO-RABLE,dit-il joyeusement. Bon sinon, tu as bien bavé devant Léonarrrrdo ?

-Ne changes pas de conversation ! Et puis je ne l'ai même pas regardé, Rosalie voulait de l'adrénaline pour changer ! Et Julian ?

-Je le revois demain. Je te le présenterai si tu me promet de ne pas me le piquer...

Je levais les yeux au ciel. Jacob restera Jacob, rien ne l'intéressait plus que les garçons ! Jake avait des racines Indiennes, il était très grand et me dépassait d'au moins deux têtes. Jamais son sourire ne quittait son visage au teint halé. Il avait des yeux noirs perçants qui faisaient chavirer les cœurs et une bouche pleine. Ses cheveux noirs de jais étaient courts, dévoilant un front large. Pleins de filles étaient folle de lui, mais malheureusement pour elles, Jacob était … ne tournons pas autours du pot, il était gay. Mais cela n'empêchait d'être adorable. A cet instant, Jasper nous rejoignit.

-Alors Bella, Jacob t'as parlé de ton nouveau patient ?

-Non, pas encore. Mais il ne va pas tardé je pense.

Je foudroyais Jake du regard, gentiment bien sûr. Je ne lui en voulait pas d'avoir oublié de m'en parler. Je le taquinais juste.

-Ha, oui Bella tient. Voilà le dossier de ton nouveau patient, il s'appelle Edward Cullen.

Tout en me parlant il me tendit une enveloppe un peu jaunie, elle avait certainement passé trop de temps dans les tiroirs de Jake.

-Tu auras rendez-vous avec lui tous les jeudi de 15h à 16h30. Je ne sais pas exactement les raisons qui le pousse à venir. Il doit passer quinze séances chez le psychologue, toi en l'occurrence, pour reprendre son travail. Qui sait, il est peut-être mignon ?

J'ignorais sa dernière remarque et commençais à lire son dossier, histoire de le connaître un peu mieux car il était presque 15h. Il n'y avait pas d'informations importantes... A vrai dire, je ne savais rien de lui. Pas d'âge, pas de situation familiale... Au moins, je connaissais son sexe.

-Jacob c'est normal qu'il y est aussi peu d'information ?

-Aucune idée, j'ai reçu le dossier comme ça.

-Je suppose que j'ai été choisi car Madame Downey n'est plus là.

-En effet, désolé ma chérie mais tu n'auras plus tes vendredis après midi de libre, me taquinât-il.

Une de mes anciennes patientes, Madame Downey ne pouvait plus venir à ses séances. Donc j'avais eu mes vendredis de libre pendant trois semaines, jusqu'à aujourd'hui. En fin de séance elle m'avait informé de sa meilleure qualité de vie depuis qu'elle me parlait mais que suite à une soudaine mutation elle ne pourrait pas revenir. J'étais déçue de quitter une patiente avec laquelle j'avais beaucoup sympathisé. Il faut dire que Caroline, de son prénom, était quelqu'un de très attachante. Je la connaissais depuis maintenant un an, nos rendez-vous ressemblaient plus à un salon de thé ou nous bavardions, qu'à une simple discussion entre un psychologue et son patient. Un gémissement de Jacob me sortie de mes pensées.

-Ouhh, pas mal ! Pincez moi je rêve…

Je relevais la tête vers Jacob. Il fixait intensément quelque chose derrière moi en se mordant discrètement la lèvre. Je me retournais pour voir l'objet de cet effarement, et restais moi même ébahis.


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