Adolescences tardives
/Papa. Dis, pourquoi on ne va jamais voir papi?/ /Scorpius, qui t'a foutu ces idioties dans le crâne?/ /Rose Weasley./ Drago soupira. Il avait fallu qu'elle tienne de sa mère. Il devrait aller parler à Granger, ceci ne devait pas se propager. Post T7
Disclaimer: Tout à JKR, sauf les personnages sortis de mon imagination...
Pairing: HGDM, what else?
Et voici, encore à l'heure, le troisième chapitre! Déjà trois? Gosh, on dirait bien que ça avance! J'espère que j'arriverai à tenir le rythme de publications... (croise les doigts) Il y aura sans doute un peu plus d'attente fin juin vu que je passe le bac (il faut bien), mais je pense pouvoir tenir les dates.
Je voulais poster le chapitre hier, mais je suis allée au Bal des Arts et Métiers. Résultat aujourd'hui je me traîne à quatre pattes. Vous avec de la chance que j'ai réussi à atteindre l'ordi. J'ai un de ces courages, c'est fou! ;)
Sinon, beaucoup d'entre vous m'ont dit qu'ils appréciaient que je respecte bien les caractères des personnages. J'espère que j'arriverai à bien vous contenter, d'autant que je fais entrer de nouveaux persos dans ce chapitre. Il faut bien, ce n'est tout de même pas un huis clôt.
Bref bref, donnez-moi vos petits avis... :) Moi j'aime ça.
Réponses aux reviews anonymes:
fanaplume : Merci pour ta gentille review! Je suis contente que cette histoire te plaise. Et bonne lecture, hein! ;)
MiladyMoOn : Raah, mon bélier d'amûrrr! ' Merci pour ta petite revew, tu sais que ton avis m'importe... Et à quand tes prochains chapitres? Enfin! Bref, bonne lecture... :D
lou29 : Wow, j'ai de la chance alors, si tu n'as pas l'habitude de laisser des reviews! Je savoure... Merci pour tes compliments, ça fait chaud au coeur. Apparemment tu aimes Veronica Mars. Mmh, je t'avoue que j'ai été sacrément fan, mais si je m'inspire des répliques de la série, ce serait inconsciemment car je ne l'ai pas vraiment en tête quand j'écris. C'est juste que je déteste les conversations plates. En tout cas voilà le chapitre, tu n'auras pas trop attendu! Bonne lecture!
Prudence Jedusor : Merci pour ton apprécation! Voilà ta demande satisfaite!
" Look at me, you may think you see who I really am but you'll never know me.
Every day, is as if I play apart.
Now I see if I wear a mask I can fool the world but I cannot fool my heart.
Who is that girl I see staring straight back at me? ."(1) Chrisitna Aguilera, Reflection.
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Chapitre III
/ Ou la parfaite illustration du shakespearien "Life is a stage". /
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Drago Malefoy grattait sa plume sur le parchemin jauni aux armoiries de sa famille. Il appréciait ce bruit sec et discret, le seul à venir troubler le silence du petit salon. Pour une fois, il n'était pas installé dans son bureau austère, n'ayant pas de rôle à tenir. Scorpius était avec les petits Zabini. Blaise s'était procuré des places pour un match de quidditch opposant les Montrose Magpies au Club de Flaquemare. Drago serait bien venu, sa passion pour ce sport n'ayant pas terni. Mais les affaires étant ce qu'elles étaient, il se retrouvait à rédiger une missive pour l'ambassadeur des mages américains, débattant de la date du prochain congrès d'innovation des baguettes magiques. Une affaire de la plus haute importance.
Des rires étouffés lui parvinrent du couloir. L'héritier Malefoy fronça les sourcils. Si une chose avait le don de l'horripiler, c'était bien les interruptions. Et il sentait celles-ci venir.
Bingo.
Huit secondes plus tard, la porte du salon s'ouvrit avec fracas pour laisser entrer deux jeunes sorcières. La première, d'une blondeur plutôt vénitienne, était de taille haute et d'une minceur irréelle, tenant plus de la nymphe que de la femme. Son teint était ivoirin, et ses yeux d'un clair vert de jade. Une Malefoy parfaite, comme l'avait songé son mari le jour précédent. L'autre semblait être son alter ego ténébreux. Petite, et dotée de rondeurs appétissantes, Pansy possédait un charme certain. Ses cheveux d'un brun d'ébène étaient relevés et bouclés en une coiffure des années trente, qui soulignait la pâleur de sa peau, où ses yeux noirs et acérés ressortaient joliment. Sa bouche gourmande parée de carmin renforçait son aura envoûtante. Plus serpentarde que l'autre, ne put s'empêcher d'annoter Drago, avant de laisser clairement paraître son agacement.
.- Astoria, ne t'ais-je jamais dit de ne pas m'importuner par tes niaiseries durant mon boulot ?
.- Tu ne travailles jamais ici, rétorqua sa femme, peu ravie de se faire réprimander face à son amie.
Leur amitié était d'ailleurs fort étonnante, sachant tous les efforts qu'avait pu faire Pansy à une époque pour que ses fiançailles avec Drago aboutissent. La jeune fille s'était cependant assagie et avait appris de ses erreurs. Et c'est en femme cette fois-ci vraiment amoureuse, qu'elle avait épousé Théodore Nott.
Les deux femmes prirent place dans les fauteuils en merisier disposés face à lui. Aussitôt, un service à thé d'argent apparut, accompagné de sablés aux amandes.
.- Ne me dis pas que tu n'es pas heureux de me revoir ? le taquina insidieusement Pansy.
.- Si, bien sûr Pan. Tu sais bien que pour toi, je suis toujours content. Que ferais-je sans ma meilleure amie ?
.- Tu irais sans doute voir notre meilleur ami commun, Blaise, répondit sa presque sœur avec une moue ennuyée.
Astoria, de son côté, semblait toujours agacée du dédain évident de son mari à son égard. Dédain qu'elle ne tentait pas vraiment d'atténuer.
.- Où étais-tu hier soir ? attaqua-t-elle.
.- Là où je me trouvais.
.- Je t'en pries, cesse ces gamineries absurdes, souffla-t-elle en roulant des yeux. Ne joue pas à ce jeu-là avec moi et sois honnête.
.- 'Storia, ce n'est peut-être pas la peine… tenta Pansy.
.- Non, je veux que ce pédant qui me sert de mari réponde.
Drago leva les yeux au ciel, exaspéré.
.- Par Grindelwald, serais-tu jalouse ?
.- Aurais-je une raison de l'être ?
.- M'as-tu donné des raisons d'aller voir ailleurs ? rétorqua vicieusement le jeune Malefoy.
Astoria s'empourpra violemment, la colère faisant étinceler ses yeux. Elle amorça un mouvement pour se lever, mais Pansy la calma en apposant une main fraîche sur son bras. Cette dernière ne savait quel parti prendre. Elle était bien au courant des remous qui agitait le couple que formaient ses amis. Elle arqua un sourcil vers Drago, lui demandant de lui expliquer, mais celui-ci était entièrement concentré sur sa femme. Une lueur de plaisir malsain flottait dans son regard.
.- Drago. Où. Étais. Tu ?
.- J'avais un rendez-vous tardif avec un membre du département judiciaire, faute d'avoir pu avoir un entretien dans la journée.
Astoria se renfonça dans son fauteuil, toujours douteuse. Quant à son mari, il décroisa souplement ses jambes et se servit une tasse de thé. Tandis qu'il le sirotait, fixant intensément son épouse, son esprit divagua vers une certaine brunette. Ses souvenirs de la fin de la soirée étaient très flous, brouillés par l'interaction de sa potion anti-gueule de bois. Toutefois, la griffondor semblait s'ennuyer. Écrasant toujours Astoria du regard, il songea que lui pourrait toujours se propose de la distraire.
oOo
Hermione rentra tôt ce soir-là. Ses soucis l'avaient pourchassés toute la journée durant, aussi voulait elle se rasséréner. Faire une sorte de trêve. L'effort fut concluant, car dès que ses deux enfants apparurent à sa vue, ses ennuis semblèrent s'évanouir en un coin très reculé de sa conscience, de la même façon que la neige fond au soleil.
.- M'man ! s'écria joyeusement Hugo, le plus jeune de ses deux monstres, d'une voix encore zozotante.
.- Bonjour, mon chéri, l'accueilli Hermione, le prenant tendrement dans ses bras.
Le petit rouquin se nicha immédiatement dans son cou, ses mains potelées accrochant quelques cheveux. Pas assez fort, heureusement, pour lui faire mal.
.- T'étais'où ?
.- Au boulot, tu le sais bien.
.- Voui mais… non. C'est pas marrant maint'nant.
.- Tu es à ton école, ce n'est pas comme si tu étais seul. Ne me dis pas que tu ne t'entends pas avec ta cousine Lily ?
.- C'est une fille.
.- Petit macho, gronda une voix amusée, en provenance de la cuisine.
Hermione se releva, laissant son fils à une nouvelle occupation – son porte-clé en forme de poupée vaudoue – et croisa le regard amenant de Ron. Un torchon à carreaux à la main, celui-ci sortait de la cuisine, le visage un peu rougi.
.- Bonsoir Mr Weasley, chantonna Hermione.
Elle s'approcha et lui déposa un léger baiser sur les lèvres.
.- Wow. Que se passe-t-il ? Ma douce épouse semble bien aimable ce soir. Pas de Miranda à lyncher en famille ? Pas de représentant imbu de lui-même ?
.- Non, rien de tout ça, mentit la jeune femme par omission.
Pourtant, sa bonne humeur de retrouver sa famille était réelle. Elle enleva sa cape qu'elle accrocha au porte manteau en forme de lampadaire – d'un goût assez douteux – balança ses chaussures dans un coin – après avoir vérifié qu'Hugo ne regardait pas, il ne fallait pas lui montrer un mauvais exemple – et se coula avec plaisir dans un fauteuil. Ron menaça son fils d'un coup de torchon lorsque celui-ci s'approcha de trop près de la cuisine, puis s'affala dans le canapé face à sa femme.
.- C'est agréable de te voir heureuse, souffla-t-il.
Hermione rougit confusément, mal-à-l'aise.
.- Que veux-tu dire ?
.- Que depuis quelque temps, depuis que tu avais repris le travail, tu souriais moins. Tu nous aimais moins.
.- Ron !
.- Excuse-moi. Je voulais dire… Je pensais que c'était le boulot qui te fatiguait. Mais en fait, j'y ai réfléchi et... c'est peut-être nous. Je sais que tu as toujours aimé travailler et apparemment, tu es à l'aise au Ministère et…
Hermione perdit rapidement le fil de la conversation. Elle se sentait acculée face à ces soudaines accusations. Finalement, Ron n'était peut-être pas si hermétique à ses besoins. Ce qui la plaçait du coup vraiment du côté des égoïstes.
.- Ron… Je…
Un grand bruit en provenance de la cuisine l'interrompit. Tournant la tête de concert, les deux parents découvrirent, désespérés, Hugo pleurant à côté de ce qui devait leur servir de dîner, renversé au sol.
oOo
Le lendemain, Hermione retrouvait avec plaisir ses dossiers. Ron et elle n'avaient nullement repris leur conversation de la veille, absorbés par leurs devoirs familiaux – et l'espoir de manger un dîner comestible. Toutefois, le silence ne l'avait pas empêché d'y penser. D'y repenser. D'y réfléchir. De retourner la chose en tous sens dans sa tête. Et elle était arrivée à une conclusion : la famille d'abord.
Certes, elle n'avait jamais été de meilleure humeur que la veille, après son verre avec Malefoy. Mais elle pouvait très bien l'être de nouveau. Sans besoin d'écart. Ni de vieux ennemis retrouvés, de muscat ou de dossiers véreux. Comme pour appuyer ses dires, Hermione saisit fermement le carton contenant les dossiers du procès de Malefoy senior, et, en équilibre sur une chaise, le percha au sommet d'une armoire. De la plus haute. Comme pour dissimuler la chose, elle ajouta un énorme livre de lois relativement inutiles et passées par-dessus. Essoufflée, elle redescendit avec plaisir au sol. Puis, déterminée, elle se rassit à son bureau et saisit avec détermination un nouveau dossier, n'ayant absolument rien à voir avec aucun Malefoy ni même avec Azkaban, quitte à prendre du retard sur leur affaire. Elle espérait toutefois parvenir à refiler le dossier de Lucius à un collègue.
Les Accords internationaux d'interdiction du duel avaient certes déjà été vus et revus maintes fois par le passé, au gré des évènements historiques et des mœurs en vigueur, mais il se trouvait toujours quelque pays ou cas particulier qui demandait une dérogation ou la modification d'un article. Hermione se passionna vite pour le sujet et n'en ressortit la tête que lorsque sonna l'heure du déjeuner, et avec elle l'arrivée de Jenny dans son cabinet.
.- Booonjour ici-bas ! claironna-t-elle.
.- Quoi ici-bas ? rétorqua Hermione, relevant la tête en souriant.
.- Oui, le bas monde quoi. Comparé à mon poste divin de secrétaire…
.- C'est sûr que tu voles haut. Tu planes presque.
Jenny roula des yeux.
.- Non je n'ai rien fumé.
.- Ravie de le savoir. Ta santé me préoccupe, tu le sais.
.- Ouais… C'est pour ça que j'aime te rendre inquiète. Je suis une sadique dans le fond de mon âme, je t'assure.
.- Me voilà rassurée.
Hermione rempila ses dossiers et les rangea dans une pochette. Se levant, elle alla s'installer sur l'unique divan qu'elle était parvenue à caser dans son bureau, et qui était depuis peu utilisable – pour cause de rangement. Elle invita son amie à s'asseoir et fit apparaître un service à thé. Quelques secondes plus tard, elle accueillait avec satisfaction le brûlant breuvage aromatisé à la pêche.
.- Alors, dis-moi tout. Tu veux tout plaquer, Miranda te prend pour un chien savant et tu détestes Jules l'Affreux coursier.
.- Oui, grogna Jenny. Je crois que j'ai une touche. C'est pathétique.
.- Râle, allez, fais-toi plaisir.
Jenny lui tira la langue avant de se renfoncer dans les coussins. Se déchassant de ses escarpins – honteux instruments de torture selon Hermione, mais son amie avait le don rageant de les porter admirablement – elle ramena ses genoux contre sa poitrine. Elle sirota quelques gorgées de thé puis reprit :
.- Il ne m'a pas rappelée. Tu sais, le gars de l'autre soir, au bar. Je n'ai quand même pas fait l'acquisition d'un félétone pour rien.
.- Téléphone, corrigea Hermione pas habitude.
.- Ouais, le truc quoi. Eh bien, je n'ai eu aucune nouvelle, rien. Tu crois que ce type n'est qu'une rognure de véracasse boursouflée ou bien que c'est moi qui suis maudite.
.- Il t'a peut-être laissé un message.
.- Un quoi ?
.- Un message. Tu sais, tu as un répondeur, sur ton téléphone.
Jenny la regarda d'un air tellement interloqué qu'Hermione se reteint à grand-peine de ne pas lui exploser de rire à la figure. Elle fit donc preuve de patience pour expliquer à son amie les fonctionnalités ô combien pratiques du répondeur. Laissant la pauvre sorcière infiniment soulagée.
.- C'est pour ça qu'il y a cette lumière verte qui est allumée, tu crois ?
.- C'est fortement plausible.
.- Ah mais quelle idiote ! J'avais pourtant pris l'étude des moldus à Poudlard – contre l'avis de mes chers parents –, mais bon la prof devait être elle-même un peu limitée.
.- Jenny !
.- Oh, ça va. Tu ne l'as eue qu'une seule année.
Hermione la fusilla du regard.
.- Et sinon… Comment cela s'est passé avec Malefoy ? s'enquit la serpentard avec malice.
.- Je… C'était bien, j'ai vraiment apprécié la soirée… répondit Hermione en hésitant.
.- Qu'est-ce qui s'est passé ? s'écria Jenny, survoltée.
.- Rien. Il ne se passera rien. Car… J'ai un peu honte. Et je veux me consacrer à ma famille. C'est tout ce qui compte pour moi. Mes enfants sont adorables, mon mari très amoureux. Et moi j'ose faire des caprices. Non, j'ai eu un aperçu de la liberté, mais cela me semble trop incertain et flou face à l'importance de ce que je peux perdre.
.- On dirait pourtant que tu y as bien réfléchi pour me tenir un tel discours.
.- Non ! Enfin, peut-être. Mais…
.- Tu envisageais pourtant de tout plaquer si je m'en tiens à ce que tu dis.
Hermione ferma les yeux, troublée. Les doutes qu'elle se félicitait d'avoir chassé avec succès durant la matinée revenaient à présent au galop. Elle tenta de les repousser, mais c'était comme brasser de l'eau. Relevant la face, elle accrocha le regard de son amie, qui lui adressa un maigre sourire, la fixant d'un air concerné.
.- Tu sais Hermione. C'est légitime. On ne peut pas te cantonner dans une place, et te forcer à être heureuse, si cette place n'est pas la bonne, si elle n'a pas été faite pour toi, ou si tu n'es pas encore faite pour elle. Je veux dire, tu es jeune.
.- En ce cas, j'attendrai de m'améliorer jusqu'au jour où je n'aurais nulle raison de me plaindre.
.- Mais peut-être que cette amélioration comme tu l'appelles, bien que je ne pense pas qu'il s'agisse d'un défaut que d'avoir des besoins, peut-être doit-elle justement passer par quelque chose que tu te refuses pour être atteinte. Et qu'en restant où tu es inconfortable, tu pourrais au contraire empirer et t'aigrir.
Les paroles de Jenny sonnaient si mélodieusement aux oreilles de la jeune femme. Oui, Hermione était extrêmement charmée par tout ce que pouvaient promettre de telles choses. Pourtant, elle savait qu'on pouvait aussi être heureux en passant par des sacrifices, la vie le lui avait grandement appris. Elle sacrifierait donc ces visions et miserait sur une quelconque justice du Destin.
.- Je veux rester avec Ron et mes enfants car c'est justement avec eux que se trouve mon bonheur, c'est avec eux que je suis heureuse, reprit donc Hermione, plaquant un sourire serein sur ses lèvres.
Jenny soupira, dépitée. Elle fronça légèrement les sourcils et rétorqua :
.- Et Malefoy ? Il…
.- J'abandonne le dossier de son père, ainsi il n'aura plus aucune raison de venir. C'est tout simple. D'ailleurs… Pourrais-tu le confier à Angus ? Avec ma demande expresse, bien entendu.
Hermione se releva légèrement, songeant que son sourire était bien trop mal ajusté. Cependant, elle continua ainsi et, pointa le haut de son armoire, elle poursuivit :
.- Il est en haut de l'armoire.
Se retournant, elle osa enfin regarder son amie. Jenny affichait une expression désespérée mais aussi profondément déçue, chose qui embarrassa Hermione.
.- Hermione…
.- Nous devrions y aller maintenant si nous voulons avoir le temps de manger quelque chose à la cafétéria, tu ne crois pas ?
.- Alors c'est comme ça, tu abandonnes ? Je ne te savais pas si faible.
Hermione lui retourna un regard glacé.
.- Je ne vois pas de quoi tu veux parler.
Jenny eut un air peiné, mais se releva à son tour. Elle ne pouvait croire que son amie se rangeait ainsi, sans se battre ni protester. Qu'elle était aussi lâche. Bien entendu, elle savait qu'en allant au fond des choses, elle ne l'était pas, mais depuis qu'elle la connaissait… Depuis qu'elles avaient sympathisé, Jenny avait bien su percevoir une partie en dérive chez Hermione, qu'elle tentait désespérément de stabiliser. Sans succès. Une lueur infime mais pourtant omniprésente de regrets dans son regard.
Enfilant sa cape, elle jeta un regard en biais à son amie. Celle-ci paraissait s'être replongée dans ses pensées. De bien mélancoliques pensées.
oOo
Drago Malefoy n'aimait pas particulièrement les salons de thé. Souvent trop roses. Généralement très fournis en dentelle. Bref, beaucoup trop de froufrous pour une malheureuse tasse d'eau bouillante aromatisée accompagnée de biscuits. Biscuits qui étaient d'ailleurs son plus grand bonheur. Car la maison était spécialisée dans les macarons. Or il raffolait des macarons. C'était bien une des rares choses sur lesquelles il pouvait tolérer une teinte pastel. Mais passons, là n'était point le sujet.
Ce jour-là, le jeune Lord avait un rendez-vous. Guère exceptionnel, vu que celui-ci était hebdomadaire. Ce qui le plaçait parmi les habitués de La théière aux délices. Au grand bonheur de son propriétaire. Drago Malefoy avait donc rendez-vous avec sa mère. Car ici était son lieu favori. Mondain tout en étant discret. Chic tout en offrant un aspect familier. Comme d'habitude, il était arrivé avec dix minutes d'avance. Il avait déjà commandé une coupe de ses gâteaux préférés, en attendant Narcissa. Car une grande dame ne souffrait pas d'attendre. Pas même son fils. Elle avait déjà bien trop souffert de l'attente durant les années de guerre. Aussi Drago, en fils attentionné, veillait à arriver toujours suffisamment en avance.
Sentant une main fraîche lui effleurer la joue, le jeune homme se retourna. Elle était arrivée. Toute de blanc vêtue, ainsi qu'elle l'avait décidé à la fin de la guerre, Narcissa, avec ses boucles blondes élégamment relevées possédait définitivement une aura angélique. Un ange pour qui il était simple de se damner.
.- Maman, salua aimablement le fils, je suis content de te voir.
Il la guida jusqu'à son siège puis se rassit à son tour.
.- Comment vas-tu mon chéri, demanda tendrement la lady.
.- Bien, comme toujours.
.- Ne sois pas prétentieux. Quand tu vas bien, tu te plains. Je le sais. Tu aurais au moins dit un mot sur cet incapable de Jenkins dans ta dernière lettre.
.- Disons qu'il s'améliore, esquiva Drago avec un sourire. Il différencie enfin les comptes d'investissement et les investissements. En progression donc. Je suis vraiment trop aimable de l'avoir accepté. Mais je ne lui confie que les tâches les moins risquées, donc il ne pose pas trop d'embûches.
Narcissa rit légèrement. Un serveur arriva alors, portant un fin plateau d'airain soutenant le nécessaire à thé. La Lady attendit patiemment qu'il ait fini de la servir avant de reprendre la parole.
.- Et donc, qu'est-ce qui ne va pas mon chéri ? Astoria te pose des soucis ?
.- C'est le moins qu'on puisse dire, grimaça Drago. Elle est chanceuse que les Malefoy apposent un caractère sacré à leur mariage car sinon…
.- Drago, voyons…
.- Non, ce n'est rien. Elle m'agace juste profondément. Mais je n'ai qu'à continuer comme avant, la voir pour les devoirs… et entretenir soigneusement mes liens avec mes amis et mon travail.
Narcissa soupira. Elle n'avait jamais approuvé l'union de son fils unique et adoré avec Astoria Greengrass. Certes, on ne pouvait rien trouver à redire quant à son rang, et à sa façon de le tenir. Astoria était également charmante et intelligente. Toutefois, la descendante des Black n'avait jamais gagé sur la réussite d'un engagement prit sur l'appui de brefs mois de relation et d'un tendre attachement, sans aucune passion. Mais son fils semblait heureux, et Lucius en prison. Elle n'avait pas eu la force de s'y opposer. Et à présent, les caractères bien trop différents des deux conjoints les faisaient souffrir. Elle n'avait aucune rancune particulière à l'égard de sa belle-fille, sachant que celle-ci endurait autant que son fils leur union mal assortie. Ils avaient au moins le bonheur de conversations de haut vol comme savaient le faire deux aristocrates érudits, et conservaient de l'estime pour l'autre.
Cependant, Drago était un Malefoy, et ayant été élevé comme tel, il n'avait pas l'habitude de se plaindre, même à sa mère, ni de parler de ce qui le molestait. Surtout sur un sujet, aussi intime que son mariage, en exprimant clairement son désir d'y mettre une fin. Cela, pour sûr, était une première.
.- Et toi, Maman, comment se passe le réaménagement du Manoir Black ? demanda son fils, la sortant de ses pensées.
.- Oh, le manoir… Bien, ma foi. Ce fut vraiment un acte fort généreux et altruiste que celui du jeune Potter.
.- Si on veut. Ce manoir te revenait par le sang.
.- Non, Drago, c'était le manoir de Sirius, tu le sais bien. Il revenait donc à quiconque mon cousin le léguait, n'ayant pas de descendance. J'aurai bien sûr préféré habiter notre manoir Black, mais comme il a été rasé… Et puis, j'ai passé bien assez de temps chez mes cousins pour retrouver avec plaisir, sous les décors macabres, l'écho de nos bonheurs d'enfants. Avant Poudlard…
.- Tu sais que tu es la bienvenue à Malefoy's Manor, si tu veux. Tu ne nous dérangerais en rien et il est bien assez grand. Tu as après tout aussi été heureuse là, et Astoria t'apprécie réellement.
.- C'est gentil de ta part, mon chéri, de la part de Astoria également. Mais je pense que mes séjours seront plus précieux s'ils se résument à des vacances, déclina poliment Narcissa.
Drago leva les yeux au ciel, reconnaissant l'habituelle délicatesse de sa mère. Ou peut-être pas. Elle aussi avait le droit de se reconstruire. Et encore les moyens, car l'âge n'avait pas encore sévi sur ses traits.
.- Au fait, il m'est arrivé une aventure intéressante cette semaine. J'hésitais à t'en parler de crainte de te blesser…
.- Voyons Drago, cesse de me considérer comme une vieille chose fragile…
.- Maman !
.- … Après tout, sans avoir pris part officiellement dans la dernière guerre, j'ai toujours été une duelliste hors pair et avant mes fiançailles avec ton père, une brillante combattante.
.- Je n'en doute pas, répondit tranquillement Drago, attendri face à la fougue de sa mère.
Celle-ci rougit légèrement et se donna contenance en grignotant un bout de macaron à la fraise.
.- Donc, que tu voulais me dire ?
.- Rien… Enfin, tout est réglé, mais Scorpius se posait des questions sur le conditionnement de papa. Un autre enfant de son école lui aurait mis des choses en tête, acheva Drago en reniflant dédaigneusement.
.- Tout s'est arrangé ?
.- Heureusement, oui. Je suis allé parler à la mère et elle devrait s'occuper de sa fille.
.- Sa fille ? Crois-tu que Scorpius... ?
.- Je ne préfère pas.
Ils se sourirent avec malice, appréciant leur compréhension mutuelle. Après quoi Narcissa se releva, ajustant son châle sur ses épaules.
.- Je me dois d'y aller, je suis invitée à dîner chez Dromeda.
.- Vous arrivez donc à renouer ? Tu dois être contente.
.- Tu devrais essayer. Je pense que ça te réussirait. Quoi qu'il en soit, il y aura également Teddy. C'est mon petit-neveu après tout. Tu sais qu'il va avoir quatorze ans? Merlin, ça me fait me sentir vieille ! rit-elle.
Elle enfila de fins gants de satin blanc, jetant un regard dans un miroir mural, inspectant son reflet. Parfait, comme à son habitude. Puis elle s'approcha de son fils et lui caressa doucement la joue.
.- Tu me le dirais si, vraiment, quelque chose n'allait pas ?
Drago sourit vaguement. Se contentant de cette réponse, Narcissa se baissa et embrassa tendrement son fils sur le front.
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(1): "Regarde-moi, tu peux penser tu sais qui je suis réellement, mais tu ne me connaîtras jamais.
Tous les jours sont comme si je jouais un jeu.
Maintenant, je vois que si je porte un masque, je peux duper le monde, mais je ne peux pas tromper mon coeur.
Qui est cette fille qui me fixe droit dans les yeux?"
Et voilà! Alors, que pensez-vous de la brève irruption des conjoints? Et de cette chère Narcissa aussi? Certes, il n'y a pas eu de nouvelle rencontre entre nos deux personnages préférés, mais enfin, ça ne rendra ces scènes que plus précieuses. Il faut savourer ces scènes, c'est pourquoi je les distille. Puis l'absence forge aussi une relation. Vous avec bien vu, ils pensent l'un à l'autre (ok, c'est pas de la meilleure manière qui soit, mais ne nous précipitons pas.)
Sur ce je vous laisse... Bonne fin de dimanche (chez moi il pleut, j'en peux plus. Vivement la nuit, que je ne vois plus ce spectacle déprimant. Mince, dans le calendrier ils marquent qu'on est en Mai!! Sigh.).
Bisous à tout le monde!
Olivia, alias Stellmaria.
