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Adolescences tardives

/Papa. Dis, pourquoi on ne va jamais voir papi?/ /Scorpius, qui t'a foutu ces idioties dans le crâne?/ /Rose Weasley./ Drago soupira. Il avait fallu qu'elle tienne de sa mère. Il devrait aller parler à Granger, ceci ne devait pas se propager. Post T7

Disclaimer: Tout à JKR, sauf les personnages sortis de mon imagination...

Pairing: HGDM, what else?

Mmh... Un cinquième petit chapitre. On progresse, lentement, mais sûrement. Merci Merlin, j'ai des chapitres en réserve (parce que bon, j'ai vaguement le Bac à réviser, donc je risquerais de culpabiliser (surtout que je m'amuse bien plus à écrire la suite qu'à réviser... Pas bien.)). Sinon certains me reprochent d'écourter les scènes D/H. Ma foi, je comprends que vous soyez frustrés mais elles ne seraient en soi pas très intéressantes. Pour Hermione, Drago n'est qu'une rencontre fâcheuse et elle est accablée par ses ennuis. Pour Drago, un divertissement. Ils se lancent des piques, point barre, et n'ont qu'un souvenir vaseux de leurs rencontres. Guère palpitant, non ? :p Mais je vous remercie tout de même très fort pour vos reviews, j'adore ouvrir mon mail et découvrir une « Review Alert ». En tout cas j'espère que ce chapitre vous plaira ! Bonne lecture !

Réponses aux reviews anonymes:

lou29 :Merci d'avoir pris encore une fois le temps de reviewer, et de bien commenter. Certes oui, le mariage Weasley est fortement compromis, mais enfin, ce n'est pas comme si ça nous peinait !  Par rapport à ta question concernant si la fic rejoint ou non l'épilogue… Hum. Cruel dilemme, je ne veux pas trop en révéler. Disons que je respecte le travail de Rowling. Mais que… Enfin, l'épilogue sera présent, mais la scène sortira des cadres de l'épilogue du T7. Je veux dire, aucune raison que le « tout était bien » de Harry doive conclure la scène de la gare. Tu me suis ? ;) Sinon, je suis contente que l'intrigue autour de Lucius t'enthousiasme. C'est-à-dire que j'avais tellement peu de réactions à ce sujet que je me disais : « mince… ça va être le truc foireux ». Bref, je vais étoffer l'affaire dans ce chapitre. Sinon, pour les scènes D/H, je t'avoue que je m'amuse bien à les écrire. Elles se multiplieront peu à peu, mais elles ne sont pas encore exhaustives car franchement, la séduction n'est pas encore très présente, et leurs propres soucis les accaparent. Rien de bien intéressant en soi. En tout cas merci encore pour ta review et bonne lecture ! Bisous.

L'amour qui vit dans les orages et croît au sein des perfidies, ne résiste pas toujours au calme de la fidélité. Rivarol

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Chapitre V

/ Où le réflexe étrange de se plonger dans le boulot le plus accaparant possible afin d'éviter de penser./

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Journal d'Hermione Granger

17/12/1997

Cher journal,

Cela va faire près de trois semaines que Ron nous a quittés Harry et moi. Les recherches stagnent, et nous sommes à fleur de peau. Harry est parfois vraiment abrupt avec moi. J'essaie de ne pas lui en vouloir – je sais ce qu'il traverse –, mais je me sens de plus en plus blessée. Il n'aurait pas été ainsi si cela avait été Ron et non moi. Ron… Je m'inquiète terriblement pour lui. Mais je m'en veux aussi pour ça. Après tout il nous a quittés en pleine connaissance de cause, et d'une manière des plus élégantes. Il n'aura sans doute aucun problème à regagner son infâme train-train où il semble se complaire alors que nous sommes en guerre. Il est un sang pur après tout, d'une vieille souche, donc pas de problème. Surtout grâce au subterfuge sous lequel on a dissimulé son absence. Là c'était ma Rancœur qui parlait. Reste mon Cœur. Ron… Par Merlin, il me manque effroyablement. Je me fais l'effet d'une atroce midinette à ainsi me plaindre au sujet de mes sentiments quand le simple fait de vivre tient du miracle. Mais je l'aime voilà tout. Si fort, depuis si longtemps. On s'était beaucoup rapprochés, comme tu le sais. Et là, la pensée de ne jamais le revoir… J'en pleure souvent. J'essaie d'être discrète, de porter ma tristesse avec dignité, mais c'est sans doute trop demander. Ça déborde, ça suinte, il faut que je laisse couler ce trop-plein d'angoisse, de tristesse, de colère et d'amour. Je suis sûre qu'Harry m'entend pleurer. Au moins à ce sujet, il ne m'a pas fait de remarque. Ce sont les petits faits comme ça qui me rappellent à quel point je l'aime, mon cher frère « adoptif ». Je suis contente d'être avec lui, et j'essaie de l'aider au mieux malgré mon esprit tellement tiraillé qu'il n'est plus bon à grand-chose. J'espère vraiment que la guerre ne s'éternisera pas. Comme tout le monde. Gageons qu'une grande bataille aura lieu en juin, pour changer ! Il ne faut pas s'étonner de cette récurrence, la période entre l'équinoxe de printemps et le solstice d'été favorise et décuple les magies. Tout le monde le sait. Mais trêve de plaisanterie, j'ai vraiment peur. J'ose à peine me projeter dans l'avenir, comme je le faisais avant. Mariée ou carriériste ? Mère ou trentenaire célibataire ayant des aventures en série ? J'avoue qu'aucun des choix ne me répugne. Mariée et mère est si commun. J'ai une fibre indépendante. Je veux progresser. Ambitieuse ? Je l'avoue. Mais si je suis avec Ron, ça ne risque pas de marcher, il a d'autres conceptions de la vie de couple, et les enfants sont importants dans la vision Weasley… Stop, je dois cesser de tergiverser. C'est ridicule… Je suis vraiment exténuée. Sur ce, à demain mon cher journal, unique témoin du cœur stupide d'une adolescente guerrière à ses heures. Ou pas.

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Molly Weasley avait toujours aimé passionnément. En son cœur immense et généreux, ainsi qu'elle l'avait à maintes fois prouvé, primait malgré tout un favoritisme qu'elle ne cherchait nullement à diminuer: sa famille. Et forcément, tout ce qui touchait et affectait celle-ci de près ou de loin la préoccupait.

Avec sept enfants, c'étaient sept mille inquiétudes qui l'assaillaient. Avec cinq garçons venaient se rajouter toutes les craintes liées aux loisirs qu'ils affectionnaient avec un total mépris du danger, selon elle. Avec une fille, c'étaient toutes les angoisses s'y rapportant, comme le fait qu'elle était peut-être trop habituée à élever des garçons, qu'elle était sa seule et unique petite fille, mais aussi ses propres rêves qui se reflétaient. Avec des jumeaux, qui plus est, le sentiment d'avoir sept garçons plutôt que cinq la traversait fréquemment. Mais qu'importaient les énervements, les colères et les découragements, Molly Weasley les aimait.

Pourtant son cœur si grand et généreux avait maintes fois été secoué. Pas de ces craintes du quotidien, non, mais par des souffrances incurables qui étaient venues le lacérer. Tout d'abord lorsque Charlie, son second fils, avait décidé de quitter le foyer familial et l'Angleterre pour travailler avec ces bêtes si dangereuses : des dragons ! Peu après, cela avait recommencé avec Ronald, le cadet de ses fils, qui dès sa première année de collège avait risqué sa vie dans une affaire ayant trait au Seigneur de Ténèbres. Puis avec Ginerva, sa fille adorée qui n'avait échappé que de très peu elle aussi à la mort, enfermée dans la chambre des secrets. Puis avec son ambitieux Perceval, reniant sa famille sans états d'âme ni émotions. Entre temps, son mari lui-même avait été violemment agressé par un serpent, agent de Voldemort. Elle avait réellement cru mourir, affaiblie qu'elle était lorsque son aîné, Billius, avait été attaqué et maintes fois mordu par ce loup-garou sauvage, Fenrir Greyback. Ensuite, comme un signe avant-coureur que personne dans sa famille ne serait épargné, George, l'un de ses jumeaux, perdit une oreille lors d'une mission spéciale pour l'ordre – ce trou sur le côté de sa tête attesterait pour toujours de cette fatalité. Enfin, confirmant les pires craintes de Molly, un de ses fils fut tué lors de la bataille finale. Frederic, le second jumeau. Et son cœur avait saigné, elle avait hurlé, pleuré, mais il n'était pas revenu. Aussi Molly s'occupait à présent d'autant plus de ses enfants restants. Et de leurs propres enfants. Se rongeant de mille inquiétudes et les envahissant de sa tendresse. Car elle en avait besoin.

Ainsi, lorsque son unique beau-fils et son meilleur ami, son propre fils donc, Ron, vinrent en ce mercredi de décembre chercher les enfants au Terrier, elle s'aperçut immédiatement que quelque chose n'allait pas. Secouant leurs bottes enneigées sur le paillasson, les deux garçons lui sourirent. Harry s'avança vers elle, lui offrant un bouquet de marguerites.

.- Nous avons pensé à vous Molly en passant devant chez la fleuriste. Ginny m'a dit que vous aimez particulièrement ces fleurs. En tout cas vous méritez bien quelques remerciements pour garder avec une telle complaisance nos turbulents rejetons.

.- C'est très aimable à toi, il est vrai que ces fleurs m'ont toujours réjouie, mais voyons Harry, mon chéri tu sais bien que pour rien au monde je ne me plaindrais de devoir garder vos petits monstres. N'oublie surtout pas que je suis là, si tu nécessites un moment de détente. Ça vaut aussi pour toi Ronny, avec Hermione qui a repris le travail, ça ne doit pas être facile de jongler entre vos horaires, celles de Rosy et celles de Hugo.

.- On se débrouille M'man, arrête de t'agiter.

.- Je n'en doute pas, répliqua Molly en saisissant son manteau.

Puis, tout en allant suspendre les deux vêtements humides au parterre surchargé d'habits bigarrés, elle poursuivit :

.- Comment va Hermione ? Ça fait un bout de temps que je ne l'ai pas croisée. Depuis le début du mois au moins. Enfin, Arthur m'a dit que le Département de Justice procédait à un grand remaniement de dossiers, notamment ceux d'Azkaban. Ils doivent être débordés. Pauvre petite, elle a mal choisi le moment pour reprendre.

.- Bien au contraire, elle adore ça.

.- Oui, c'est vrai qu'elle était quand même une grosse travailleuse, murmura Molly en souriant.

Ron se renfrogna. Agacé, il se cala contre une poutre et commença à taper légèrement du pied.

.- Oui et avec toute cette effervescence, elle rencontre d'autres personnes. Vraiment, elle doit aimer ça. Tant mieux pour elle.

L'amertume de son ton n'était absolument pas dissimulée. Molly leva un regard inquiet vers Harry, lequel grimaça, mal-à-l'aise. S'il était au courant de quoi que ce soit, la rousse savait qu'elle ne devait pas se faire trop d'espoir. Il ne dirait rien. Elle eut parfois souhaité un gendre plus manipulable. Saisissant un torchon, elle s'approcha de l'évier.

.- Harry, mon chéri, tu peux aller chercher les enfants ? Ils sont au deuxième. Je t'accompagnerai bien, mais je suis occupée. De toute façon mon Ronald va me tenir compagnie.

.- M'man…

.- N'est-ce pas ?

.- Ouais, ouais…

Interceptant un regard de sa belle-mère, dont il avait saisi à demi-mot la manigance, Harry lança un regard préoccupé à Ron. Molly compris qu'elle devrait y aller en douceur, et au travers de l'inquiétude du meilleur ami de son fils, que ce n'était pas une simple querelle. Et son instinct de mère s'affola. Elle attendit patiemment qu'Harry soit parti et tentât vaillamment une approche :

.- Alors Ron, votre après-midi entre hommes vous a fait décompresser ?

.- Un peu…

.- Comment ça un peu ? Tu ne te sens pas bien ?

.- Non, ça va…

Silence. Molly soupira.

.- Et Hermione que faisait-elle ? Encore à travailler ?

.- J'sais pas. Je suppose.

Les sens en alerte, Molly demanda d'une voix un peu trop aigue :

.- Comment cela tu supposes ? Je sais que tu n'es pas du matin mais quand même, vous parlez un peu au petit-déjeuner.

.- Ça arrivait.

.- Ron…

Le rouquin ferma à demi les yeux, le visage malheureux. Il semblait faire un véritable effort sur lui-même. Sa mère le comprit et lui accorda le temps qu'il fallait. Elle le pouvait bien, il était sur le point de révéler le fond du problème, bien qu'en son for intérieur, la vieille femme souhaitait de tout cœur ne rien entendre. Ron se releva et, croisant ses mains sous sa nuque, il perdit son regard par la fenêtre. Sa grande silhouette se découpait nettement sous la lumière hivernale. Molly sentit son cœur se serrer à la voir si soucieux, si sérieux… Elle aurait voulu le serrer contre son sein et le faire rétrécir pour que ces ennuis d'adultes ne l'assaillent plus. Un léger tic agitait sa lèvre supérieure, comme s'il ne parvenait pas à parler. Enfin, d'une voix enrouée il déclara :

.- Ce que je veux dire, c'est que ça va mal dans notre couple. Je le sentais, mais je ne l'ai découvert réellement qu'il y a une dizaine de jours. Et pour Hermione, ça va mal depuis plus longtemps, apparemment.

.- Oh, Ron, mon chéri, pourquoi ne m'as-tu pas dit cela plus tôt ? Dix jours…

.- Bien sûr, reprit Ron, nous ne sommes pas séparés. On s'évite. Elle dort souvent chez une collègue du bureau, une certaine Jane Rosier. Et moi je vais chez les Potter quand elle veut rester avec les enfants. On essaie de les ménager.

.- Mais qu'allez-vous…

Elle fut interrompue par un vacarme venant des escaliers. Deux secondes plus tard, quantité de têtes rousses débarquaient dans la cuisine sous leurs yeux amusés, piaillant comme des poussins dans un poulailler, suivant des trajets à la logique connue d'eux seuls. Harry descendit à la suite, l'air un peu abasourdi.

.- Molly, très sincèrement, comment faites-vous ? Ils sont pires que des diables ! Les lutins de Cornouailles de Lockhart, en seconde année, c'étaient des vacances en comparaison.

La matriarche eut un sourire amusé. Alors qu'elle allait répliquer, elle vit Rose s'approcher de son père et lui quémander, d'un vague air de reproche :

.- Papa… Pourquoi Maman n'est pas là ?

Et Ron détourna à nouveau le visage vers la fenêtre.

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Lettre de Ginny Potter à Hermione Weasley-Granger.

Godric's Hollow, le 2 décembre 2012.

Hermione,

Toute d'abord, je m'excuse de t'avoir ainsi fait partir de chez moi l'autre jour. Ce n'était sans doute pas la meilleure façon de réagir. Mais j'ai préféré ça à affronter une conversation. Je ne m'en sentais pas capable. Comprend-le, je n'étais en rien préparée à encaisser une telle nouvelle. Pourtant tu es mon amie et je te dois mon soutien. Et Ron est mon frère, et je lui en dois. Et il y a mes propres sentiments en compte, aussi. Vois ma brillante situation. Je... Harry et moi avons proposé d'héberger Ron, les jours où tu resteras avec Rosy et Hugo. Qu'il se rassérène un peu. Enfin, je ne peux pas nier que je n'avais pas vu des fêlures dans votre couple. Mais enfin! Ça me semblait impossible. Vous êtes Hermione et Ron, cela ne se peut. Je ne pense pas t'être d'une grande aide dans l'immédiat, et j'espère que tu ne m'en voudras pas si je prends un peu de distance. Je pense que c'est pour le mieux. Je tiens toutefois à ce que tu saches que je t'en veux. Au moins suis-je honnête. Mais cela ne retire en rien l'affection que j'ai pour toi. Concernant Harry - je sais que cela t'importe - il est encore plus mal que moi. Il ne te transmet pas de message. Il faut lui laisser du temps, je suppose. Enfin..! Avec affection, néanmoins, je t'embrasse,

Ginny.

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Astoria Malefoy reposa la lettre d'un air ennuyé. Elle pensait que tous ces ennuis-là au moins étaient finis. Se repoussant dans le fond de son fauteuil, elle pressa sa main fraîche contre son front, fermant les yeux. Elle savoura quelques instants cette sensation, permettant à son esprit de s'échapper. Son mari ne rentrerait pas chez eux ce soir, elle le savait, il était en voyage en Amérique pour finaliser ce projet de remaniement des baguettes. On voulait apparemment faire autoriser de nouvelles composantes dans leur fabrication, ce qui était délicat. Enfin, c'est ce qu'il disait. La jeune femme espérait que ce ne soit que ça. Elle avait confiance en Drago mais… Le doute l'assaillait quand même. Leur mariage battait de l'aile, elle en avait conscience. Pourquoi donc avaient-ils été aussi pressés ? C'était la fin de la guerre, l'effervescence, la joie mais aussi les procès. Elle aimait Drago, voulait lui éviter la prison. Pourtant il n'avait jamais tué.

Elle rouvrit les yeux et se concentra sur le parchemin. Drago n'allait pas apprécier. Apparemment, des anomalies avaient été remarquées dans le dossier de son beau-père. La procédure voulait qu'on avertisse la famille des réouvertures de dossiers, mais la lettre n'était pas exhaustive en détails. Elle ne connaissait pas beaucoup Lucius, ni ne l'appréciait. Enfin, elle ne le détestait pas, elle fournissait le « minimum syndical », comme elle se plaisait à le souligner. Et puis elle savait que Narcissa l'avait beaucoup aimé – sans doute l'aimait-elle encore – et que son souvenir la hantait, or elle avait beaucoup de respect pour cette grande dame. Mais il ne fallait surtout pas que l'on ressorte l'affaire. Il fallait l'étouffer par tous les moyens.

Ses pensées se tournèrent vers Scorpius. Comment réagirait-il, le pauvre petit, s'il venait à l'apprendre ? Elle n'osait l'imaginer. Peut-être auraient-ils du lui dire que son grand-père était mort. Mais ni Drago, ni Narcissa n'avaient pu. Elle les comprenait, c'était un crève-cœur.

Elle plia résolument le feuillet et le rangea dans son sac à main. Nul besoin d'en avertir Drago dès aujourd'hui, cela le perturberait. Cela attendrait son retour, le lendemain soir. Elle quitta son office, où elle travaillait à mi-temps. Ç'avait étonné bien du monde lorsqu'elle avait émis le souhait de travailler. Une Lady Malefoy, exercer un métier, enfin, quelle fantaisie ! Quelle folie la prenait donc ? Astoria avait placidement répondu qu'elle avait épousé un homme et non son nom, et qu'elle ne renoncerait pas à ses rêves de carrière pour autant. Par Merlin, on était tout de même au vingt-et-unième siècle, il était grand temps de se rendre compte que les traditions sentaient le périmé, le dépassé. Elle officiait donc à mi-temps dans un centre de recherches en potions de guérison, ayant accepté ce compromis, faute de pouvoir se consacrer à des études de médicomagie. De toute façon les horaires relativement libres l'arrangeaient, et elle avait toujours excellé en potions, bien plus qu'en sortilèges, ce qui l'aurait handicapé pour le concours.

Sortant du laboratoire, elle tourna une petite clé en or dans la serrure. L'accès y était très réglementé. Se redressant, elle ajusta son sac sur son épaule et lissa les plis élégants de sa jupe. La mode sorcière commençait à emprunter aux grands couturiers moldus, pour son plus grand plaisir, permettant de souligner les tailles et d'avantager les silhouettes bien mieux que ne le permettaient les habituelles robes sorcières. Astoria aimait à sentir les regards des hommes s'accrocher à elle sur son passage, d'autant plus en cette période de remous conjugaux. Elle se mit donc en marche, se déplaçant souplement malgré ses chaussures vertigineuses. Elle avait rendez-vous avec sa sœur, Daphné, qui était sur le retour d'Italie, au Chaudron Baveur. Jetant un regard en coin à sa montre en or blanc, elle remarqua qu'il lui restait encore une demi-heure. Se risquerait-elle à un détour par le Département de Justice du Ministère ? Ce n'était pas bien loin, et elle croyait connaître de vue celle qui s'occupait du dossier de Lucius. Une certaine Hermione… Granger, lui semblait-il.

.- Mais bien sûr, murmura-t-elle à elle-même en roulant des yeux.

La jeune femme était connue. N'était-elle pas l'une des fidèles acolytes du héros, Harry Potter ?

.- Elle ne se serait pas mariée..? se demanda Astoria.

Si, de fait, avec l'un de ces rouquins. Leur nom lui échappait, pourtant la famille était connue. Des sangs-purs de vieille souche. De toute façon, Astoria connaissait déjà la jeune femme de vue à Poudlard. Elle était plus âgée qu'elle, dans la promotion de Drago lui semblait-il, donc de sa sœur également, et de Pansy. Continuant à marcher d'un pas rapide vers la sortie de Sainte Mangouste, elle hésita un bref instant à faire ce crochet. Puis se rappela que c'était précisément l'heure du déjeuner. La jeune Granger ne serait donc certainement pas dans son bureau.

.- Tant pis.

Elle haussa vaguement les épaules et, se concentrant, transplana au Chaudron Baveur.

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Lettre de Pansy Parkinson à Daphné Greengrass.

Poudlard, le 2 février 1998

Ma chère Daphné,

Je suis désolée de ne pas t'avoir envoyé de lettre plus tôt, mais comme tu le sais, les correspondances ont été bloquées ce dernier mois à Poudlard. De plus, la saisie systématique du courrier n'est pas pour nous aider. Mais enfin, je parviens à t'écrire.

Comment vas-tu ? Tu ne dépéris pas trop ? Bon, tu es quand même au cœur des opérations, et pour cela je te jalouse – on est si mal informé ici ! –, mais je me doute que ça ne doit pas être joyeux. Moi-même, alors que je suis à Poudlard, je me sens oppressée. L'ambiance est sinistre, de plus en plus d'élèves sont manquants à l'appel. Certains sont morts. Je me doute que ce n'est pas une surprise pour toi, tu dois être au courant.

Imagine ma surprise quand, de retour des vacances de Noël, je ne t'ai pas vue à notre table. Asto' a vite fait de m'expliquer que vos parents avaient souhaité que tu restes. Mais pourquoi donc ? Il me semblait que la Marque n'était pas encore à l'ordre du jour, même si je sais que tes compétences magiques sont très élevées. T'auraient-ils fiancée ? Promets-moi de me répondre vite, je t'en prie, je m'inquiète pour toi.

Pour te distraire, voilà quelques cancans de notre école. Je sais que tu aimes ça, ne le nie pas. Comme tu le sais, Drago est revenu parmi nous. J'ai bien cru que la vieille McGonagall allait lui coller un Impardonnable. Enfin, je la comprends un peu, vu les évènements de juin dernier. Je doute un peu tu sais ? Mais je soutiendrai ma famille jusqu'au bout, n'en doute pas, je ne suis pas de celles qui trahissent. Pour en revenir à notre cher ami Malefoy, il semble bien taciturne. On dit que sa famille est en disgrâce. Rien d'étonnant à cela, tu me diras, mais bon je le plains. Il m'a confié qu'on avait investi son château. Le pauvre. Même pour la cause, je ne serais pas prête à accepter cela. Il a l'air d'être heureux d'être de retour à Poudlard. Dis-moi Daphné, est-ce si terrible que ça, dehors ? Je tremble pour toi.

Vince est aussi absent à l'appel. En même temps il est majeur. Je pense que M. Crabbe est parvenu à le faire entrer dans les rangs. C'est bizarre de penser à cela. Par Salazar, nous n'avons que dix-sept ans ! Cela en vaut-il la peine ? Il me semble que les conflits adolescents de ces dernières années sont déjà si loin… J'ai parfois envie de revenir en arrière. Pas question que je le dise à voix haute, tu t'en doutes, mais à toi je sais que je peux me confier.

En fait, nous sommes quelques-uns à douter, ici même, en la maison de Salazar. C'est fou, non ? Pourtant… Est-ce étrange d'être effrayé, vu les horreurs qui se propagent et dont les simples échos nous font frémir ? Mais, pourtant, nous avons tant attendu cela. Dès notre enfance, on nous a appris à espérer cet avènement. Nos parents se sont battus pour ça. De toute façon, je crois avec ferveur en l'infinie justesse de notre cause. Mais je m'égare un peu entre ces deux extrêmes. La peur est un puissant facteur de doute, non?

Dans les autres maisons, d'autres élèves sont manquants. Notre trio favori, comme tu le sais, mais à présent Longdubat, Lovegood et Weasley fille eux aussi ne sont plus là. Après leurs agissements ce n'est pas une surprise. Je ne sais pas ce qui les attend. Il paraît qu'on a repéré des traces de Potter et de Granger, pourrais-tu me donner des informations ? Je les déteste, ce sont de sales rats – enfin, tu connais mon avis n'est ce pas ? –, mais leur affaire m'intrigue.

J'ai hâte que tu reviennes. Tout est si triste. J'aurais aimé avoir fini Poudlard l'an dernier pour ne pas avoir à subir cette année macabre.

Encore un mot avant de te laisser, je crois que ta sœur s'intéresse à notre ami commun. Oui, tu le devines, à Drago. Et je pense que c'est réciproque. Ça ne m'attriste pas trop, je pense que de toute façon je ne pourrais pas l'épouser. Malgré les accords. Je l'ai aimé mais… Ce n'est pas avec comme base un penchant adolescent que l'on peut espérer une union heureuse, non ? Enfin, Astoria et Drago traînent beaucoup ensemble. Je l'ai vu lui apprendre à voler à balai. C'était mignon. Ça fait du bien de voir ce genre de chose. Je pense que leur solitude à tous les deux les pousse l'un vers l'autre. C'est une bonne chose. Ils en ont besoin.

Sur ce je te laisse. Asto' t'écrira dans le courant de la semaine. Vivement ton retour !

Je t'embrasse très fort, courage.

Pan

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Hermione poussa, pantelante, la porte de son appartement. Sitôt celle-ci ouverte, ses deux enfants, qui trépidaient derrière elle, s'engouffrèrent en un coup de vent dans le passage. La jeune femme rééquilibra la pile de dossiers qu'elle avait rapportée du bureau et leur emboîta le pas. Déposant son fardeau sur la table basse, elle laissa tomber sac et manteau sur le sofa, et rejoignit ses enfants en cuisine.

Rose était perchée sur la pointe des pieds et tentait d'attraper un paquet de « Petits Lutins » qui reposait sur l'étagère. Hugo la regardait faire, les yeux grands ouverts, suspendus au moindre geste de sa sœur. Hermione sourit avec malice et, s'appuyant à l'embrasure de la porte, elle observa à son tour son aînée se débrouiller. Rose fronçait ses petits sourcils auburn et, d'un mouvement de balancier, tentait de se hisser plus haut encore. Ses doigts effleuraient le papier coloré du paquet, mais ne parvenaient jamais à l'accrocher. Les joues de la petite fille commencèrent à s'orner de plaques rouges, signe qu'elle était manifestement énervée de son impuissance. Ni elle ni Hugo n'avaient remarqué jusqu'à présent la présence de leur mère dans leur dos. Hermione de son point de vue s'amusait du spectacle, se demandant quel recours ses enfants allaient employer. Rose plissa ses yeux, affichant une moue vexée. Elle devait prendre son incapacité à saisir l'objet convoité comme une offense personnelle. Soudain de petites étincelles dorées crépitèrent autour du paquet, qui commença à vibrer, puis s'éleva. Les deux enfants levèrent des yeux étonnés. Le précieux emballage lévita alors lentement vers Rose et se posa dans la main qu'hésitante, elle s'était résolue à tendre. Échangeant un regard surpris, le frère et la sœur remarquèrent enfin leur mère.

.- Maman ! piailla Hugo.

.- C'est toi qui as fait ça ? demanda Rose d'une voix plus mûre. Tu n'avais pas dit qu'il fallait éviter de faire de la magie dans les tâches du quotidien ?

.- Mais je n'ai rien fait, répondit calmement Hermione.

Son sourire s'étira un peu plus, et ses yeux la picotèrent. L'émotion l'assaillant, elle s'assit sur une des chaises de bouleau de la cuisine et attira ses deux enfants contre elle.

.- C'est toi Rosy, qui a fait ça.

.- Moi ?

.- Oui toi mon cœur. Que crois-tu ? Tu es une petite sorcière. D'ici trois ans, tu vas entrer à Poudlard.

.- Je sais mais… Je pensais qu'il me fallait une baguette.

Hermione rit doucement face au sérieux de sa fille. Plus cartésienne qu'elle-même à ce même âge, et pourtant elle avait été élevée dans un environnement sorcier.

.- Quand on est enfant, non. Il nous arrive, face à de fortes émotions, telles que la colère que tu éprouvais tout à l'heure, de pousser inconsciemment notre magie à agir. Elle atteint un pic et se manifeste, sans nécessiter le fil conducteur de la baguette.

.- Alors en me concentrant je pourrais en refaire ? s'exclama Rose.

.- Moi z'aussi j'peux ? Dis ? demanda Hugo.

Ça ne se contrôle pas. Mais tu peux être sûr, toi aussi Hugo, qu'il t'arrivera quelque chose de semblable à aujourd'hui, et même plusieurs fois. Comment croyez-vous que l'on repère les sorciers vivant en milieu moldu sinon ? Si je ne m'étais pas vengée de cet affreux Romuald, un petit teigneux de mon école qui m'harcelait, en le transformant en pingouin, le Ministère aurait eu du mal à me trouver.

.- C'est vrai, tu as fait ça ?

.- Oh, et bien pire encore. Bon, trêve de discussion les enfants, Maman va un peu se reposer. Mangez donc votre goûter, si durement obtenu, conclut Hermione en riant.

Plus tard dans la soirée, alors que les enfants étaient déjà couchés, elle planchait encore sur ses dossiers, ou plutôt sur le dossier. Ron n'était pas rentré ce soir-là. Elle s'y attendait, après la dépêche de Ginny. Mais elle voulait quand même savoir si, à sa demande, il pouvait passer. Elle voulait que Rose puisse lui raconter son exploit. En envoyant un hibou chez Harry, elle avait appris que Ron avait tout bonnement refusé de lire son message. Il y avait nombre de reproches voilés dans la missive de réponse de son meilleur ami. Elle n'avait pas réellement eu le temps de s'expliquer avec Harry. Il devait lui en vouloir. D'ailleurs elle-même s'en voulait. Il fallait absolument qu'elle lui parle, elle avait besoin de son meilleur ami. Elle n'était pas habituée à faire sans. Elle avait besoin de Ron aussi. Malgré leurs différends, il lui manquait. Après tout elle était toujours amoureuse de lui. Juste un peu moins. Elle voulait seulement se poser un peu, pouvoir réfléchir. Mais c'était apparemment trop demander.

Hermione soupira, laissant son regard couler sur une photo de famille. C'était juste après la naissance de Hugo. Elle avait l'air fatigué, mais heureuse. Elle était assise sur un fauteuil en osier, le nouveau-né dans ses bras. Rose, encore petite, se collait à elle et souriait à pleines dents, ses cheveux auburn frisottant en une joyeuse mêlée. Derrière elle, Ron, les deux mains sur ses épaules, l'air protecteur. Comme cela lui semblait loin. La jeune femme aurait voulu y retourner. Seulement voilà, son état d'esprit n'était pas le même. Et déjà à l'époque, elle ne se sentait plus vraiment battre la même mesure que tout le monde. Le sentiment d'être un peu décalée la tenaillait. Pourtant ce soir… Ce soir, Hermione aurait vraiment aimé que son mari soit là. Qu'il rentre, qu'ils rient. Rose avait fait sa première manifestation de magie, par Merlin ! Et Ron qui n'était même pas au courant. Qui refusait de la lire. Son comportement était presque infantile. Elle devrait le coincer, un de ces quatre au ministère. Se risquer à l'étage des aurors. Et en profiter également pour parler avec Harry. Hermione se sentit un peu plus apaisée une fois cette résolution prise.

Repoussant loin de son champ de vision la réponse d'Harry, mais aussi une missive envoyée plus tôt par Molly, que Hermione avait répugné à ouvrir, elle reprit le dossier.

Des choses clochaient. Grosses comme des hippogriffes. Enfin, comment se faisait-il que Lucius, ayant obtenu un appel, ait finalement fait parvenir au tribunal un avis annonçant qu'il y renonçait ? Ce n'était pourtant pas le genre de la famille d'accepter de se laisser enfermer trente-cinq ans à Azkaban, même avec une hypothétique remise de peine à mi-parcours. Hermione savait que Lucius avait échappé au baiser du Détraqueur grâce à son retournement de veste de dernière minute, et à l'aide qu'avait apporté Narcissa à Harry, lorsque celui-ci s'était « fait tuer » dans la clairière. Il devait normalement écoper d'un emprisonnement à perpétuité, les jugements pleuvant en masse à l'époque. Tout le monde voulait tirer un trait sur ce passé sanglant, quitte à prendre les mesures les plus radicales. Quoique celle-ci ne semblât en rien radicale aux yeux d'Hermione, puisque Lucius avait plus d'un crime à son actif, hommes, femmes et enfants mêlés, sans compter les tortures, les commandos et l'association au pire criminel de masse du siècle dernier, après Grindelwald. Malefoy senior avait alors déployé tous ses moyens, usant de contacts, de pots-de-vin, engageant la meilleure défense, et le tribunal avait rendu son jugement : trente-cinq ans. Hermione le savait bien, elle avait suivi de près le procès, assistant à toutes les audiences, autant pour sa formation et ses études juridiques que poussée par une force intérieure. Pour réussir à se convaincre que cette page était tournée. Elle se rappelait parfaitement que, lorsque la sentence était tombée, Lucius avait simplement serré la mâchoire, le visage digne. Narcissa avait tressailli et agrippé la main de son époux. Drago, assis plus loin et acquitté depuis peu avait baissé la tête, abattu. C'était peut-être pour cela que cela lui avait fait étrange de le revoir, ces derniers jours, car l'image du tribunal était la dernière qu'elle possédât de lui.

Elle savait que Lucius avait demandé l'appel. Elle le savait. Comment avait-elle pu oublier ? Comment se faisait-il qu'elle n'ait pas été étonnée qu'il n'ait pas eu lieu ? Cela aurait fait un grand écho dans les journaux. Et l'annulation de l'appel de même. Mais alors… Les journaux auraient-ils été muselés ? Hermione grimaça. Il devait vraiment être primordial que l'affaire soit étouffée pour réunir les moyens suffisants pour faire taire cette harpie de Skeeter qui siégeait à présent à la tête de la Gazette du Sorcier. De même pour le Chicaneur qui avait, même après la guerre, conservé un aspect très indépendantiste du gouvernement. Toute cette histoire sentait très mauvais.

Hermione secoua la tête, découragée. Elle avait du éplucher des monceaux de paperasse pour parvenir à cette maigre conclusion. Étouffant un bâillement, elle résolut d'aller se coucher. Elle éteignit sa lampe de bureau, et se glissa avec bonheur dans son lit, mais le sommeil n'arrivait pas à venir. Toute cette histoire la titillait. Elle resta un long moment ainsi, à fixer le plafond, comme espérant que par miracle ce qu'elle cherchait y soit inscrit. Alors que Morphée semblait enfin vouloir l'accepter en son sein, elle eut une pensée pour Scorpius. Que se passait-il donc dans sa famille ? Qu'était-il arrivé à son grand-père ?

oOo

Voili voilà... J'espère que vous avez apprécié ce chapitre. Certes, il n'y avait pas Drago, mais ils (Hermione et lui) ne sont pas encore fous d'amitié l'un pour l'autre. Donc bon je ne vais tout de même pas multiplier les hasards, ce serait quand même gros. Promis, le prochain chapitre sera croustillant, dans la mesure du respect des persos!

Par contre, par rapport à Lucius, les indices et confusions se révèlent... Que s'est-il donc passé? Eh bien vous allez être obligés de continuer de me lire pour savoir ça. Puis vous pouvez spéculer, via review! (moi quémander? Jamaais!)

Bref, Bisous et à la prochaine! :)

Olivia alias Stellmaria