Adolescences tardives
/Papa. Dis, pourquoi on ne va jamais voir papi?/ /Scorpius, qui t'a foutu ces idioties dans le crâne?/ /Rose Weasley./ Drago soupira. Il avait fallu qu'elle tienne de sa mère. Il devrait aller parler à Granger, ceci ne devait pas se propager. Post T7
Disclaimer: Tout à JKR, sauf les personnages sortis de mon imagination...
Pairing: HGDM, what else?
Amis du jour, bonjour! J'ai un léger retard dans ma publication, je m'en excuse bien bas... (humble). Toutefois, adoptons un rythme vacancier et ne nous prenons point la tête, le chapitre est là, plus long que les précédents, car je ne voyais pas où le couper (mais ne vous habituez pas à cette taille plus conséquente, ce n'est là qu'une mesure exceptionnelle, j'essaie d'ordinaire de garder une moyenne de 10-11 pages word. Pas mal malgré tout, non? ;p). Breffons, je repars demain donc pas de chapitre avant la fin août, mais j'ai suffisamment bien calculé ma trâme pour ne pas vous abandonner sur une note trop frustrante (j'espère!). Je l'ai dit, j'ai pris le mois dernier un peu d'avance dans l'écriture, mais je ne pourrai pas trop progresser dans la fic ce mois-ci, pour cause d'un peu plus d'animation en mon programme. Il faut bien, parfois.. :D
Merci pour vos revieeews ! (mon cri du cœur) Je vous aime tous forts, et vos réflexions et anecdotes me font parfois pleurer de rire, ou me scotchent un sourire niais sur la face. Je pense que c'est ma nouvelle drogue... ;)
Breffouille. Là je vais encore une fois m'étaler. Ma petite cure hebdomadaire. J'y tiens, et ça vous saoule. Vous pouvez sauter, hein? Puis je suis contre le principe du blog (comment ça je fais exactement la même chose ici? Comment ça? Bon, ok, je suis trop flemmarde pour m'en créer un. Pis ici, pas d'efforts de présentation, c'est cool.). Donc bon, ma cousinette canadienne est arrivée, et comme les cours de français c'est pas trop ça dans leurs lycées (le premier qui dit que les canadiens sont bilingues, je le frappe)... Je pratique beaucoup mon anglais, de façon très anarchique et au nez et à la barbe des règles de grammaire. Muahaha. Je suis trop une vilaine. Par contre, le souci c'est qu'à force de blablater en anglais, je me mets à penser un peu comme ça, genre le soir durant mes insomnies. C'est stressant. Et comme j'ai en plus du mal à appliquer le principe de "ne penser à rien pour m'aider à m'endormir" quand je pense en anglais, je dors plus.J'adore.
Sinon, mais leçons de conduites sont aléatoires. Pas de morts pour le moment, mais beaucoup d'engueulades de la part de ma monitrice: "Tu es un danger publique, je ne te laisserai jamais partir". Haa. J'ai peur, parfois. Mais en même temps je fais du bourrage de crâne. Trop d'heures, en trop peu de temps. Plus les insomnies. Arrgh. Je suis ravie, j'ai le temps de réaction d'un tatou ivre mort. Youpi tralala. Bon, de toute façon, demain je finis mes vingt heures, on verra bien si j'ai réussi ou si je dois reprendre des heures en septembre... (croise les doigts)
Bon, maintenant que j'ai fini de pleurer sur moi-même, analyse. Je suis allée voir les nouveau "Narnia". Je n'ai jamais lu les bouquins, j'ai honte, mais pour une fois que j'apprécie un film de fantasy, sans faire sans cesse des comparaisons avec le livre. J'ai adoré. En plus, autant pour le premier j'étais restée mi-figue mi-raisin devant le résultat, là j'ai adhéré. Vraiment c'est un bon boulot: dialogues amusants et pas surannés, mises en scène impressionnantes, batailles intéressantes, et une petite romance qui, même si elle n'existe pas dans les livres (je l'ai lu quelque part), est adorable. Je n'ai pas regretté mes petits euros investis dans le produit.
Enfin, une parenthèse de protestation: la culture, l'été, c'est ok pour moi, mais le tour-culturel-marathon-en-plein-soleil-qui-te-tue-à-petit-feu-et-désemelle-tes-pompes-et-te-transforme-tellement-les-jambes-en-tronc-que-même-le-Palais-des-Papes-tu-t'en-bats-un-peu, faut expliquer aux parents que oui mais non, on ne t'achètera pas avec une glace-menthe-pépites-de-chocolat à la fin de la journée. Point barre. Fin de la parenthèse (joignez-vous au mouvement si vous aussi l'on vous torture de cette façon, sous couvert de jolis arguments du style "C'est beau, hein?" "Ouais, ouais... Où sont les bancs?!")
Vilà, je pense avoir fini. Désolée de vous avoir retenus plus longtemps encore. En tout cas je vous souhaite une très bonne lecture, et l'on se revoit fin août (OMG, mon blablatage risque de devenir énorme... Sigh).
Réponses aux reviews anonymes:
Irel: Oh, une nouvelle revieweuse ! Je suis ravie, enchantée ! :) Et mercii d'avoir pris le temps d'envoyer ce gentil message ! Bon, alors je réponds… Eh oui, je t'ai stoppée dans ta lancée, mille excuses, j'en suis navrée ! ;) Enfin bon, il faut bien que l'histoire s'écrive, non ? Toutefois le onzième chapitre est là. Sinon, de fait, la routine est l'une des plus vicieuses ennemies du couple (quoique je n'ai point expérimenté ce tue-l'amour). Elle joue un grand rôle dans la fic, mais il faut avouer que quand on propose un beau et viril Drago Malefoy en lieu et place d'un Ron Weasley, on est vite tenté ! :) Brefouille, bonne lecture ! Bisous
Liaco : Hullo toi ! :) Merci de me rassurer sur mon chapitre, j'avais des doutes sur le passage dans l'église… Un peu HS dans la fic, mais bon, si ça aide à la réflexion. Et puis, sans être pratiquante, j'aime ce genre de lieux, et le calme qu'ils inspirent. Puis bon, on peut rester là aussi longtemps qu'on veut, personne ne nous chassera ! ;) Bref je suis ravie de lire que la fic te passionne de plus en plus… (rougis) Tes espoirs quant au couple seront comblés, mais je ne sais pas encore comment tout ça se finira (héhé). Et je suis contente que tu aies eu de bons résultats au Bac, c'est toujours quelque chose qui fait plaisir ! A quand une révolte littéraire contre la suprématie des scientifiques ? ;) (j'rigole, on les aime bien quand même…). Bonne lecture et de gros bisous !
MiladyMoOn : Kpuuu ! Welcome back home, deeear ! :) C'est génial que tu te remettes à l'écriture, j'ai hâte de lire ça, même s'il me faudra me remettre ta fic en tête (non, je n'ai pas une mémoire de poisson rouge !). Moi il faut que je m'attelle à l'écriture de ta lettre, one fine day. Et vi vi vi, Dionysos c'est énorme, on ira ensemble, un jour, à Paris, en plus. Promis. Alors comme ça tu en es à la couleur rouge ? Et tu ne m'as pas mise au courant ? Sacrilèèège ! Tu aurais du mettre une question spéciale sur le Jean-Christophisme, comme ça j'aurais eu un point juste pour moi ! (niark) Et certes je ne l'ai point évoqué dans la fic, mais dur de l'introduire, non ? Sinon merci pour les compliments sur les cheminements intérieurs d'Hermione, si c'est vraisemblable, tant mieux, je ne fais que spéculer. Mais bon, je m'identifie vite aux persos, quand j'écris ce n'est plus vraiment moi qui pense (c'est bizarre écrit comme ça, non ?). Bon bah tant que mes « transes » marchent… xD Vi, le passage n'est pas catho en soi, mais je me demande ce qui me passait dans la tête pour planter une église au centre du décor. J'étais pas nette, j'te dis. Et j'aime Jeff Buckley (j'ai acheté l'un de ses albums, waaah). Pis bon, les églises, tu sais que j'aime bien. Il faudrait que j'aie le temps de me planter dans l'une d'elles, un carnet sur les genoux et un bic dans la main, pour voir. Mais à Aix, c'est trop touristique. Ah, et ravie de lire que le journal d'Hermione intéresse. Après tout, la vie et les pensées d'Harry ne sont point les siennes. Sinon, pour le mystère… Suspense. L'important n'est pas la clef à découvrir, mais l'enrobage qui nous égare… On va dire, hein ? ;) Et enfin la mère d'Hermione… Je ne veux pas la faire ignoble, mais elle est, comment dire… Vieillissante ? Elle a déjà eu tellement peu d'empire sur la vie de sa fille, dès ses onze ans, et elle s'est tellement inquiétée pour elle, a cru qu'elle allait mourir, et la stabilité de son couple la rassurait quant à son sort. Mais en la sachant de nouveau en péril… Je vois sa comme un regain de désir de faire partie de la vie d'Hermione, de pouvoir jouer son rôle de « mère » qu'elle n'a pas pu jouer, de la protéger en prenant en charge l'affaire. Bien que ça n'excuse pas sa réaction. Bref, ton long message m'a mis un sourire en banane, tu me manques beaucoup beaucoup, et je ne sais pas quand on pourra se revoir mais… Bientôt, n'est-ce pas ? Je t'aime et t'envoie toute mon amitié et mon attachement par delà les terres brûlées de Provence, jusqu'aux landes herbeuses t'environnant. Plein plein d'Bisouss.
C'est à minuit que ça arrive
Quand vous passez au jour suivant
Moi je reste sur l'autre rive
Pour une minute encore vivant
Vingt-quatre heures une
Vingt-quatre heures une
C'est ma minute sur pilotis
Mes secondes gagnées sur l'amer
Le genre de moment qu'on passe blotti
Avec des rêves d'outre-mer
(...)
Une minute pour se faire la belle
Avoir la lune sous mes semelles
Et les cheveux dans les étoiles... Renan Luce, 24h01
oOo
Chapitre XI
/ Où les crépitements des feux de l'An nouveau ne sont qu'un pâle écho de ceux du coeur brinquebalant. /
oOo
.- Deux "spécial réveillon" s'il vous plaît, demanda Jenny d'une voix plus que joyeuse.
S'agrippant au bar pour ne pas perdre sa place, la jeune femme observa le barman mélanger les boissons d'un regard gourmand. Les néons offraient aux liqueurs des couleurs extrêmement intéressantes. Elle se trémoussa insensiblement, ondulant son corps au rythme de la musique qui sortait en un tintamarre assourdissant des hauts-parleurs. La boîte, l'une des plus huppées de Londres, n'était à présent plus qu'un gigantesque champ de bataille où les hormones s'agitaient pour la plus grande joie des sens. Patientant avec complaisance, Jenny s'amusa à décocher quelques regards langoureux à différents internes en médecine. Elle les connaissait bien, du moins de vue, étant une habituée de ce genre de festivités. Elle rongeait son frein en attendant de les rejoindre, dès la prochaine rentrée universitaire.
.- Voilà Miss. Profitez bien.
.- Ne t'inquiète pas pour ça mon chou, on se revoit sitôt ces verres vidés, ok ? rétorqua la jeune femme, fourrant un billet de dix livres sterling dans la paume ouverte du barman, avant d'empoigner les boissons et de se dégager souplement de l'attroupement.
Même en escarpins de douze centimètres, elle pouvait se vanter de toujours parvenir à se faufiler n'importe où, un sourire ravageur à l'appui, si besoin était. Amusée, elle accentua le roulement de ses hanches. Force lui était de reconnaître qu'elle avait déjà bien forcé sur la bouteille. Montant les marches menant à la terrasse, elle rejoignit bien vite une table où deux personnes l'attendaient. La première, blondinette, repoussait les avances d'un jeune homme à l'aide de perçants « vade retro satanas », quant à la seconde, brune et bouclée, elle tirait nerveusement les bords de sa robe sur ses cuisses serrées.
.- Me revoilà ! claironna Jenny. Tu es vraiment sûre que tu ne veux rien, Luna ? Je peux y retourner, si tu as changé d'avis. Ce ne serait pas long, je crois bien que j'ai un ticket avec le gars du bar.
.- Non, mais c'est aimable de ta part. Par contre ne peux-tu pas faire comprendre à ce jeune descendant de Bacchus qu'il devrait partir, je crois que le sang de ses ancêtres lui est monté à la tête.
Jenny explosa de rire. Elle s'approcha diligemment du jeune homme en question et lui fit aimablement comprendre qu'elle avait des contacts parmi les mastodontes qui se chargeaient de la sécurité. Ayant compris le message, il se noya bien vite dans la foule et Jenny put reprendre son siège.
.- Allez Monette, on trinque ?
.- Jen'... Tu es sûre que je ne peux pas aller aux vestiaires pour retrouver ma baguette et rallonger de dix bons centimètres ce bout de tissu qui me recouvre à peine.
.- Taratata, cesse de déblatérer, tu es superbe. Tu as tout de même remarqué le nombre de regards qui te fixent ?
.- Justement... gémit Hermione, l'air traumatisé.
Elle était effectivement métamorphosée, et l'on pouvait difficilement se figurer qu'elle était déjà mère de famille. Jenny l'avait emmenée dans le Londres moldu dans l'après-midi, après avoir certifié sa garde-robe d'absolument déplorable. Hermione avait été surprise du nombre d'adresses que pouvait connaître sa jeune amie. Pourtant cela semblait logique, Jane Rosier, malgré sa grande simplicité, appartenait à la haute société sorcière, et donc anglaise. Plus jeune et sans attaches, elle croquait la vie et multipliait les expériences. Elle savait être sérieuse, ayant appris à bonne école la discipline, mais savourait aussi goulûment les joies que pouvait offrir une jeunesse en haut de l'échelle sociale.
Jenny avait donc fini par lui trouver une robe tout ce qu'il y a de plus féminine. Hermione avait insisté sur la couleur, noire, ne voulant pas être un phare dans la tempête qui s'annonçait dans ce club très prisé. Pourtant cela ne semblait que la sublimer plus encore. Très près du corps, la robe était en satin et laissait ses épaules découvertes. Les manches, toutes en longueur, suivaient la courbe de ses bras et ne s'achevaient qu'à ses poignets. Enfin au niveau du bas, le tissu ne couvrait que le minimum requis, laissant une vue plongeante sur les jambes pâles de la jeune femme. De minces espadrilles noires, la rehaussant d'une dizaine de centimètres, complétaient la tenue. Pour l'occasion, Jenny avait effectué un travail de Tantale en disciplinant les boucles de son amie, qui rebondissaient à présent souplement sur ses épaules. Comme seuls bijoux, des boucles d'oreilles en or blanc, en forme de gouttes de pluie, et un mince bracelet du même métal au poignet gauche. Pour finir, la bouche d'Hermione, peinte de rouge, lui donnait des airs de femme fatale qu'elle était loin d'assumer.
.- Jenny, je t'assure, c'est insupportable.
.- Bois ton verre, tu verras que tu iras rapidement mieux. Je te sors pour t'amuser, pas pour que tu restes vigilante à propos de tout. Oublie le monde et laisse ton intérieur s'exprimer.
.- Tu te trompes sur mon intérieur, il est parfaitement sain, et il veut une robe plus longue.
.- Mais oui, c'est cela.
Hermione étira une fois encore le bas de sa robe et tira la langue à son amie. Celle-ci, moqueuse, leva sa coupe en l'invitant à trinquer. Bonne perdante, Hermione répondit à l'invitation et put rapidement déguster le doux liquide sucré.
.- Pas mauvais, je l'avoue.
.- Tu vois ma chère, tu as l'alcool chic.
.- Jen'...
.- Je dis ça je dis rien moi !
.- Ne pensez vous pas que toute cette agitation est due au cycle de reproduction des Ronflacks cornus ? intervint rêveusement une voix. Mon père m'avait dit un jour que ça agitait passablement les esprits humains. Je trouve d'ailleurs qu'il y a beaucoup d'ondes dans l'air, fit remarquer Luna, ramenant son attention évaporée vers ses deux compagnes.
.- Je ne te le fais pas dire ! Mais je pense que c'est surtout dû aux hauts-parleurs, ces ondes, répondit Hermione en pointant du pouce les escaliers menant à l'intérieur de la boîte. D'ailleurs la musique s'entend presque tout aussi bien d'ici. Je sens que je vais être sourde, demain.
.- Alors il faudra que tu boives du jus de Bubobulb. C'est radical, conseilla Luna, affable.
.- On y pensera !
oOo
.- Blaise... Explique-moi encore une fois pour quelle raison je suis supposé accepter de mettre en péril ma précieuse vie en montant dans cet... engin ?
.- Parce que ça va faire deux semaines que je m'échine à préparer notre soirée, chose qui t'arrange bien car tu n'aimes pas te fouler, et parce que tu me chéris si fort que tu ne peux rien me refuser.
Drago leva un sourcil dubitatif. Très digne et très droit dans son costume de couturier, il n'en menait pas large depuis qu'il avait descendu les marches du chiquissime restaurant qui avait accueilli leur dîner et découvert ce qui était pour lui une boîte de conserve – relativement longue, il devait l'admettre – sur roues. Selon lui l'engin évoquait un cercueil à roulettes, et il n'était que très peu enthousiasmé par la perspective d'y entrer. Il se tourna vers le reste de leur petite troupe, composée de son épouse, de Pansy et Théodore, et de la femme de Blaise, Selene. Ils ne paraissaient guère plus enjoués que lui, sauf peut-être Pansy qui souriait malicieusement. Blaise, au contraire, arborait un air d'enfant impatient. Le jeune Malefoy souffla doucement, une faible vapeur se formant à l'orée de sa bouche, la nuit étant glaciale. Il ne pouvait pas nier que certains des arguments de son ami avaient du poids.
.- Premièrement, je t'ai déjà fait comprendre qu'entre nous, darling, c'était impossible, susurra Drago.
.- Je le sais bien, Drakie, c'est pourquoi nous continuons de nous voir en cachette... Tu me fais tellement vibrer ! Aouch ! piailla Blaise alors que Selene venait de lui administrer une tape des moins agréables, ses yeux lançant des éclairs.
.- Quant à ton investissement dans notre soirée, reprit son ami, ne veux-tu pas nous expliquer le programme ? Je veux savoir ce qui m'attend au sortir de cette boîte à cigares.
.- Désolé, Amour, mais ça ne va pas être possible. C'est ou bien tu me fais confiance, ou non.
.- Pansy ? tenta le blond, se tournant vers son amie, laquelle tentait de se faire petite.
La jeune femme lissa du plat de sa paume la voluptueuse robe grenat qui enveloppait son corps ivoirin. Elle se redressa et ses lèvres pulpeuses s'étirèrent en une moue aguicheuse.
.- On a peur, Drago ?
.- Je ne suis point de ces lionceaux.
.- Tu es un Malefoy.
Une lueur dangereuse s'alluma dans les prunelles de glace du jeune homme. Il tourna les talons et s'écarta de deux pas. Soudain, sa voix fusa.
.- Selene, Théo, Astoria, vous n'avez rien à y redire, j'imagine.
.- Fais confiance à Blaise, mon chéri, souffla la voix de sa femme, il aurait pu te tuer et t'humilier un million de fois jusqu'à présent. Or je ne pense pas qu'il y ait eu de recrudescence de haine ces derniers temps, donc sois sans crainte, se moqua-t-elle. Pourquoi es-tu si rigide ?
Les épaules du jeune homme s'affaissèrent et il détourna la tête.
.- Ok, let's go.
Montrant avec affectation sa bonne volonté, il s'engouffra le premier dans la limousine qui patientait au bas du perron illuminé du palace. Bientôt, tous furent installés sur les immenses banquettes garnissant tout l'intérieur et le moteur se mit à ronronner doucement. La voiture s'engouffra aussitôt dans les rues splendides de la City. Drago observa avec circonspection l'endroit. Les banquettes de velours étaient confortables, de petits luminaires tamisaient la lumière et instauraient une ambiance intime. Une légère musique filtrait des enceintes acoustiques dissimulées, et les vitres teintées permettaient de voir sans être vu. Au centre, des amuse-gueules sophistiqués étaient déposés sur une table basse. Un immense écran de ce qu'il se souvenait être une télévision occupait un large pan de « mur ». Au coin avant droit, une surprenante fontaine cuivrée servait de réceptacle à de la glace pilée, et contenait une demie-douzaine de bouteilles de champagne.
.- Blaise, tu es Dieu !
.- Qui ça ? balbutia le noir.
.- Dieu, Merlin, qui tu veux. Même Zeus si tu préfères. J'aime cet endroit ! approuva Drago, apparemment revigoré.
Son meilleur ami se fendit d'un large sourire. Selene passa par-dessus Drago et se ménagea une place à côté de son mari, qui l'enlaça. Les lumières du centre-ville glissaient sur eux, alternant ombres et lumières sur leurs visages radieux, teintant une joue de violet qui aussitôt s'en allait, transformé en turquoise. De belles couleurs festives, qui les enveloppaient de leur douceur attrayante.
.- J'approuve totalement Dray, c'est une idée brillante que tu as eue là, applaudit Selene, un sourire mutin ornant son joli visage.
.- N'est-ce pas ? se rengorgea son mari.
.- Envoie le champagne, Drake, intima Théodore. Je trouve ça ingénieux, il y a une bouteille pour chacun d'entre nous.
.- Théo... gronda Pansy.
.- Pansy ?
.- Surveille-toi.
.- Surveille-toi toi-même, chaton, tu es cent fois plus irresponsable que moi.
Tout en parlant, il rapprocha ses lèvres de celles de son épouse et les goûta goulûment. Sensuelle, Pansy glissa ses doigts dans les cheveux châtains de son mari. Drago détourna le regard, un peu gêné. Une image de leurs années de collège l'avait traversé. Même s'ils n'étaient à présent plus que liés par une très solide amitié, Pansy et lui avaient été assez proches. Très proches. Croisant le regard d'Astoria, il lui sourit faiblement. Il savait ce qu'elle attendait de lui. Mais à la place, il empoigna le cou d'une des bouteilles et s'écria :
.- Champagne !
oOo
La main de Jenny se desserra de son poignet. Se retournant pour lui faire face, la jeune fille éclata d'un rire extrêmement joyeux. Hermione leva les yeux au ciel.
.- Es-tu sûre qu'il était prudent de laisser Luna là-bas ?
.- Bien sûr que non ! Mais enfin, le petit-fils de Norbert Dragonneau vient la draguer, je ne peux pas consciemment lui intimer de nous suivre.
.- Elle est fiancée, tu sais.
.- Oui, et elle le sera encore demain. Mais sincèrement, c'est une occasion unique, elle discute avec l'unique personne qui semble croire comme elle à l'existence des Ronflacks.
.- Je sens comme de l'ironie dans ta voix.
.- Je te l'accorde, mais je rends service à son fiancé, Seamus c'est ça ?
Hermione haussa les épaules, possédant trop peu de bonne volonté pour protester. Elle tourna longuement sur elle, observant du coin de l'œil la salle principale de la boîte, où Jenny l'avait entraînée d'autorité, trop émoustillée par la rencontre que venait de faire leur amie commune. De toute façon, la jeune femme était prête à croire les élucubrations de sa secrétaire en tout point, n'ayant nul courage de peser le pour et le contre. Elle ondula lascivement du corps, sa tête suivant avec complaisance le mouvement. Les corps et visages des danseurs se découpaient en ombres chinoises face à la profusion des éclairages qui jaillissaient de toutes parts, en feux d'artifices multicolores, bien que minuit n'ait point encore sonné. La musique, vrombissante, faisait trembler tout son corps comme si son cœur avait pris une taille monumentale et battait à une cadence folle. Elle leva avec paresse les bras vers le haut, se déhanchant à outrance. Cependant, deux minutes ne s'étaient pas écoulées qu'elle sentit des mains et le corps auquel elles appartenaient venir se coller près d'elle, d'une façon bien trop cavalière à son goût. La jeune femme se retourna et vit un étudiant, un brin éméché, qui lui souriait d'un air entendu. Elle recula avec effroi et épingla le bras de Jenny, l'entraînant un peu plus loin.
.- Jenny! Tu as vu ce qu'il faisait?..
.- Euh, oui Monette, il flirtait. C'est normal, on est en boîte. En plus il n'était pas mal, non?
.- Mais... Je suis bien plus vieille que lui. Ce... Je ne me sens pas à l'aise Jen'... Je ferai mieux de...
.- Taratata, tu restes. Lâche-toi, oublie qui tu es, et par pitié, oublie Ron, tu ne lui dois rien.
.- Je ne pensais pas à lui!
.- Je m'en doute bien, mais au cas où. Écoute-moi pour une fois, bois encore si c'est nécessaire et accorde-toi du bon temps. De toute façon, rien de ce qui se passera ici n'aura de conséquence, tu ne risques pas de croiser une connaissance, il n'y a que des charmants internes, médicomages et autres fêtards, et de très rares sorciers du Ministère. Que te faut-il de plus?
Hermione baissa la tête. Elle se sentait embarrassée de faire tant de manières, comme une gamine, mais elle ne contrôlait pas cet instinct de protection qui la saisissait à tout moment, même sans raison apparente. Jenny avait raison, elle devait essayer. Elle sourit à son amie, lui faisant comprendre qu'elle avait assimilé la leçon. Elle était ravie de l'avoir avec elle, Jenny au moins ne la considérait pas comme l'Hermione connue de tous, elle ne prenait pas en compte tout son vécu, mais tentait de comprendre son intérieur. C'était peut-être aussi pour cette raison qu'elle n'avait finalement pas proposé à Ginny de venir. Elle voulait une soirée à elle, durant laquelle elle pourrait fuir le quotidien. Et ni Jenny ni Luna ne risquaient de ramener le sujet dans l'éventail des conversations. Hermione se surprit à rire. Jenny, Ginny, les deux diminutifs étaient si proches. Pourtant de Ginerva à Jane, un pas restait. Toutes deux avaient le statut commun d'amies proches, mais chacune était différente dans l'angle sous lequel s'épanouissait cette amitié. Des points de vue distincts et nécessaires. La jeune femme secoua sa tête. Elle devait cesser de spéculer. Elle croisa le regard noir et malicieux de Jenny et se laissa à nouveau porter par la musique. Les notes agrippaient son corps et, petit à petit, elle se sentit enfin en phase avec elle-même, avec le monde qui l'entourait, étant la partie d'un tout qui lui-même n'était qu'une partie d'elle-même.
Elle ne s'était pas sentie aussi oublieuse de tout depuis longtemps. Laissant à son corps le contrôle, elle ne pensait à rien, se laissant porter par le rythme, la chaleur et les corps dansants tout autour d'elle. Bien vite elle perdit Jenny de vue, laquelle tentait à coup de coude de se frayer un chemin vers une connaissance. A vue de nez, Hermione crut reconnaître le jeune homme que son amie avait rencontré près de deux mois plus tôt. Lors de la soirée où elle avait renoué avec Malefoy, se souvint-elle. Chassant ces pensées contrariantes de sa tête agréablement futile, elle saisit avec opiniâtreté une bouteille de vodka qui circulait, et en avala d'un même coup trois longues goulées. Sentant le liquide lui brûler la gorge, elle se sentit plus légère encore. Plus rien, elle ne voulait plus rien savoir. Son nom ? Aux oubliettes. Sa robe trop courte ? Plus tant que ça, elle n'en avait cure à présent. Quant à toutes les déprimes qui l'avaient saisie ces dernières semaines, plus rien ne subsistait. Elle se sentait heureuse, vivante, belle et jeune. Pleine d'avenir. Sensuelle, elle accentua son déhanchement. Ce soir-là, elle voulait être disciple d'Épicure au sens moderne du terme. Et rien d'autre.
Hermione sentit soudain deux mains se glisser chaudement autour de sa taille. Se détournant, elle se retrouva face à un torse inconnu, sentant les parfums dispendieux. Elle releva le regard avec une certaine effronterie. Bel homme, la quarantaine. Elle se remémora la leçon; pas de pudeur inutile, le plaisir avant toute chose. Il se pencha vers son oreille et lui susurra :
.- Seule ce soir ?
.- Seule. Gentleman ?
.- Ça peut se négocier.
.- Je n'ai pas envie de négociations et de galanterie, rétorqua Hermione, plantant son regard brillant dans celui de l'inconnu.
Celui-ci, aguiché par sa réponse, pressa un peu plus le corps frêle contre lui. Sans relever la tête, il hasarda sa bouche au souffle échauffé dans sa nuque. Et Hermione se laissa faire.
oOo
.- Blaise, descend de là !
.- Youhouu ! Je suis le maître du mooonde !
.- Blaise !!
Le jeune homme, sacrément imbibé, avait ouvert la lucarne du toit de la limousine et, sortant son buste hors de l'habitacle, hurlait à pleins poumons à sa propre gloire, une bouteille dans chaque poing, les bras en croix et la chemise ouverte.
.- Blaise, tu es ridicule ! Arrête ça, ou c'est nous qui serons arrêtés pas la police moldue ! s'époumona Selene, plus par souci de responsabilité que par réelle gêne du comportement de son mari.
Elle n'était après tout pas sa femme pour rien. Dans le véhicule, Théodore, Pansy et Drago riaient comme des bossus, tout aussi saouls que leur ami. Ils l'auraient d'ailleurs bien rejoint, mais l'ouverture était trop étroite, et Blaise trop remuant. Selene lança un regard dépité à Astoria, laquelle agrippait par précaution une des jambes de Blaise.
.- Il va finir par tomber, à ce train-là, expliqua-t-elle. En plus ce type n'a jamais eu d'équilibre, tu te rappelles comme il est désastreux sur un balai ?
.- Je vais me pendre. Non, je vais le pendre, gémit Selene.
.- Ne te fais pas de mauvais sang, la rassura Pansy entre deux gloussements, on est bientôt arrivé.
Selene se renfonça dans les coussins moelleux et arracha une bouteille des mains de Drago.
.- Hey !
.- Cas de première urgence.
Drago haussa les sourcils, mais ne répondit pas, se contentant de déboucher un nouveau flacon. Théodore et Pansy semblaient sur le point de mourir de rire, écroulés sur toute la largeur d'une banquette, et reprenant leur moquerie à chaque nouveau beuglement de Blaise. La soirée commençait vraiment bien, au sens propre du terme.
.- Tel Merlin, j'étends ma main sur vous, je vous gouvernerai tous ! Muahaha !..
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Hermione se massait sa voûte plantaire fatiguée. Elle s'était bien amusée. Avec le quadra, mais aussi avec d'autres, profitant de cette parenthèse temporelle qu'était la Saint-Sylvestre. Elle avait diligemment appliqué les conseils de son amie. Et puis après tout... Rien de ce qui n'arrivait cette nuit-là ne serait rapporté, alors pourquoi se priver ? Toutefois, toute à ses expérimentations, elle avait perdu Jenny. La boîte était à présent, à quelques minutes de minuit, totalement bondée et l'on pouvait difficilement faire deux pas. Alors rechercher son amie lui semblait utopique. Elle regretta alors ne pas pouvoir bénéficier des technologies moldues, notamment des portables dont ses parents lui faisaient si grand cas. La jeune femme rajusta la boucle de ses chaussures et se remit courageusement sur ses pieds. Au moins devait-elle éviter de rester en ce recoin envahi par les couples.
Elle fit quelques pas maladroits, la tête toujours embrumée, et avisa alors les escaliers menant à la terrasse. C'était cela ! Un peu d'air lui ferait sans nul doute le plus grand bien. Hermione saisit fermement la rampe, préférant se garantir cette assurance, et commença son ascension. Cependant à peine eut-elle grimpé une petite volée de marches que son chemin se retrouva bloqué par un groupe relativement conséquent qui semblait emprunter la même voie, pour descendre cependant. Complaisante, elle se colla sur le côté, voulant laisse le passage. Elle releva alors la tête et croisa des prunelles d'un noir connu. Hermione rajusta sa vue aveuglée par les lumières et ne tarda pas à reconnaître Pansy Parkinson. La jolie brune l'avait visiblement elle aussi remarquée. Vêtue d'une somptueuse robe grenant, elle faisait, encore plus qu'à l'habitude, hommage aux beautés des cabarets parisiens des années trente. Le cœur battant, Hermione observa le reste de la troupe, qui s'était arrêtée de même, cherchant la cause de la pause de leur amie. Elle reconnut bien rapidement des visages. Blaise Zabini, qu'elle avait côtoyé au collège, mais aussi Théodore Nott, de la même promotion de serpentard. Et... Astoria Malefoy. Belle comme l'étoile romaine que supposait son prénom. Ce qui voulait dire... Hermione n'osait regarder plus haut. Cependant les autres semblaient l'avoir repérée.
.- Granger...
La voix était caressante, comme une plume douce effleurant une gorge offerte. Hermione s'arma de toute sa gouaille et releva des yeux perçants. Qui atterrirent en plein dans l'océan Arctique de ceux de sa némésis.
.- Malefoy.
Les rebords de ses lèvres s'étirèrent en un sourire.
.- Quelle surprise, reprit-elle.
.- Je ne te le fais pas dire. Alors... Seule ? Ou t'es-tu réconciliée avec ta belette d'époux?
.- Mieux vaut seule que mal accompagnée.
.- Tu as enfin compris la bassesse de Weasley, bien.
.- Détrompe-toi, c'est à toi que je faisais référence.
Elle entendit Blaise laisser échapper un rire étouffé. Peut-être plus dû à son état qu'à la pique qu'elle venait d'asséner. Hermione se releva d'une marche, et fit face aux autres personnes.
.- Zabini, Nott, Mrs Malefoy, Parkinson et... ?
.- Selene, ajouta la sixième personne du groupe, tendant poliment sa main, Selene Zabini-Wright.
La jeune femme inconnue était donc l'épouse de Blaise, songea Hermione. Elle ne parvenait pas à se souvenir si elle l'avait vue à Poudlard. Elle était d'une grande beauté, sans doute méditerranéenne. Des yeux de jade, un teint halé et des cheveux soyeux d'un châtain foncé, formant d'élégante boucles. Un visage doucement ovale, gentil, qui inspira aussitôt de la sympathie à l'ancienne griffondor.
.- Enchantée, répondit Hermione avec un sourire. Je suis Hermione Weasley-Granger.
.- En ce cas je sais qui vous êtes. Drago vous appelle toujours par votre nom de jeune fille ?
.- S'il pouvait ne pas m'appeler tout court, je serais ravie, croyez-moi, répondit la jeune femme avec humour.
Selene sembla un peu perdue, mais elle comprit que la remarque de sa nouvelle connaissance n'avait rien de déplacé, à la vue des mines qu'affichaient ses amis.
.- Alors, passez-vous un bon réveillon ? demanda Hermione.
.- Un des meilleurs, Granger, crois-moi, hoqueta Blaise en faisant des ronds avec ses bras.
Hermione fronça légèrement les sourcils, se disant que celui-là n'allait pas tenir la soirée.
.- Granger, je peux te parler deux secondes ? demanda nerveusement Pansy.
La jeune femme accepta aussitôt, ravie de trouver une échappatoire. Elle se demandait bien, jusqu'alors, combien de temps elle devrait discuter avec cette troupe curieusement réunie. Pansy, amie d'enfance de Drago, avec qui elle travaillait sur une affaire concernant les Malefoy, Astoria, qui devait lui fournir des documents sur Lucius et qu'elle tournait en bourrique en, elle devait bien se l'avouer, ayant légèrement flirté avec Drago, son mari, et fils de Lucius, à propos duquel elle devait enquêter. Hermione poussa une plainte, qui se perdit dans le chahut ambiant. Dans quel foutoir s'était-elle mise ? Heureusement, elle n'avait pas gaffé, malgré la netteté plus que discutable de son esprit. Oui, elle était plus qu'heureuse de se soustraire à cet échange de politesse et au regard dudit Drago Malefoy, qui n'avait cessé de la vriller depuis le début de l'échange et qu'elle avait pris un soin méticuleux à éviter.
Hermione suivit avec empressement Pansy, qui remontait avec légèreté les escaliers en direction de la terrasse, alors que le reste de ses amis s'enfonçait dans les profondeurs du club. Osant un coup d'œil par-dessus son épaule, Hermione constata que Malefoy avait toujours la tête tournée vers elle, mais il semblait à présent plongé dans ses pensées. La jeune femme souffla doucement. Elle préférait ça. Elle suivit Pansy qui vint s'accouder aux rambardes de la plate-forme. Elle s'appuya de même, frissonnant à leur contact glacé. Face à elles, la Tamise et Londres, dans toute la splendeur de leur habit hivernal, décorées de milliards de lumignons, s'offraient à leurs regards.
.- Belle soirée, tu ne trouves pas ?
La question déstabilisa Hermione. La voix de Pansy était rauque et chaude, sans la moindre pointe d'animosité.
.- Oui. Le ciel est magnifique, on voit même les étoiles. C'est plutôt rare à Londres.
.- C'est pourquoi j'ai toujours affectionné les grands manoirs dans la campagne, sourit Pansy.
Un léger silence s'ensuivit.
.- Que voulais-tu me dire ? s'enquît Hermione.
.- Te dire ? Ah oui, c'est vrai, c'est pour ça que je t'ai appelée.
.- Tu n'as rien à me dire ? s'offusqua la jeune femme.
.- Si, si, calme-toi, on n'est pas pressé, non ?
.- C'est bientôt minuit.
.- Eh quoi ? Ton carrosse va se changer en citrouille ?
.- ...
.- Tu pourrais faire une sacrée Cendrillon, habillée comme tu l'es. On te reconnaît à peine. Joli, très joli.
.- La ferme Parkinson, je ne réclame pas tes compliments.
.- ... C'est sans doute pour ça que Drago te fixait, non ?
.- Pardon ?
La voix d'Hermione avait émis un couinement.
.- Ton ami Malefoy ne me regarde que pour m'écraser de son mépris.
.- Non, juste parce qu'il sait que ça t'embête. Je le vois bien, son regard sur toi à changé.
.- Et quand bien même ? Que veux-tu que ça me fasse ?
.- Tant que ça ne te fait rien, tout me va, répliqua joyeusement la future avocate.
Hermione perdit son regard dans les lumières de la circulation des voitures. Vues de là, elles ressemblaient à de minuscules insectes lumineux. De petits êtres, qui se hâtaient, rapidement, en un chemin connu d'eux seuls. La jeune femme ne connaissait pas son propre chemin, personne ne lui avait donné de plan. Et elle ne comprenait pas les insinuations de Parkinson.
.- Pourquoi tu me poses ces questions ?
.- Je ne sais pas, ça m'a traversé l'esprit, avoua Pansy.
.- Très drôle en ce cas. Tu m'excuseras, mais je pensais que tu allais me parler de notre affaire. Si ce n'est pas le cas, je m'en vais.
.- Non ! Reste. J'ai en effet découvert quelques éléments.
Hermione se rapprocha, intriguée. Sa condition lui permettrait malgré tout d'enregistrer ces informations.
.- Alors ?
.- J'ai demandé directement à notre cher Lord Malefoy Junior.
.- Quoi ?!
.- Sous couvert de mon statut d'amie, bien entendu. Je pense que toute l'histoire est abominable. Drago en était presque à pleurer sur mon épaule.
Hermione resta sans voix. Elle connaissait un peu Malefoy, au-delà de leurs années de défiance. Elle connaissait certaines de ses faiblesses. Et elle savait que la situation devait être particulièrement cornélienne pour que son ennemi se laisse ainsi aller.
.- Il m'a dit que ça ne dépendait pas de lui, reprit Pansy, laconique. Plusieurs fois. Que s'il dévoilait la vérité, ce serait terrible. Qu'il ne voulait pas m'imposer ce poids. Et de tout cet amas confus se dégageait l'impression qu'il n'avait aucunement la perspective de voir son père sortir de prison un jour.
.- Sauf que bien sûr il n'est pas à Azkaban, nous le savons, compléta Hermione.
.- Mais où en ce cas ? Et quel secret tout cela protège ? Car il me semble bien qu'il y a quelque chose de primordial à protéger à tout prix, dans cette histoire.
.- Je suis d'accord.
Elles restèrent quelques minutes en silence, à contempler la baie. Pansy à ressasser la scène qu'elle avait vécue cinq jours plus tôt, Hermione à intégrer les nouvelles que venait de lui confier son vis-à-vis. Elle se repoussa mollement de la rambarde, ayant un léger tournis.
.- Je pense qu'il serait plus sage de reparler de tout ça à tête reposée, un autre jour, déclara-t-elle. Mais merci de m'avoir raconté.
.- De rien Granger. Je ne suis pas si généreuse que ça, tu sais bien ce qu'est un secret, toujours trop lourd à porter seule. J'ai aussi agi dans mon intérêt.
.- Ne te dissimule pas, je te remercie quand même. Et... Passe une bonne soirée. Je redescends, je dois retrouver une amie avec qui je suis venue.
.- Fais ce que tu veux, répondit Pansy d'une voix indifférente.
Hermione s'éloigna de quelques pas. Soudain, la voix grave de son interlocutrice la rattrapa.
.- Eh, Granger, fais gaffe, hein ? Pas que dans notre affaire, même si elle peut sembler dangereuse. Avec Drago, surtout. Dans tes... rapports avec lui, quels qu'ils soient.
.- Ne t'en fais pas, il n'y a rien, je te dis.
.- Pour l'instant.
La voix de Pansy était coupante, pourtant les rebords de ses lèvres se relevèrent imperceptiblement. Hermione lui adressa un sourire désabusé et tourna les talons, s'engouffrant dans l'escalier.
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Astoria en avait plus qu'assez de cette soirée. Rien de pire, mais rien de meilleur que d'habitude, et ça la tuait. Elle avait perdu son mari de vue, elle ignorait ce qu'il faisait et s'en fichait bien. Car après tout, quand bien même elle se retrouverait avec Drago, celui-ci l'ignorerait. Mieux valait encore pour elle ne pas l'avoir à ses côtés, c'était bien plus consolant pour son moral.
Elle avait pris congé de ses amis. Tant pis si la fête n'en était encore qu'à ses prémices, et que la nouvelle année n'avait pas encore sonné. Elle préférait rentrer et la célébrer avec son fils. Lui ferait attention à elle. Et cela lui remettrait un peu de baume au cœur quant à l'année 2013 qui était sur le point de poindre. Astoria se dirigea donc vers les vestiaires. Laissant un large pourboire dans les mains du gardien, elle récupéra son fourreau abandonné guère plus d'une demie-heure plus tôt. Elle s'emmitoufla chaudement en son sein, la nuit était fraîche. Elle espérait que Blaise lui pardonnerait d'avoir ainsi déserté la soirée qu'il s'était donné tant de mal à organiser. Mais elle ne pouvait plus faire bonne figure. La jeune femme se sentait nauséeuse. Trop d'alcool, sans doute. Elle sortit en titubant de la tour au sommet de laquelle se trouvait le club. Ses bottes de cuir crissèrent dans la neige qui était jaune sous l'éclairage des élégants lampadaires du vieux Londres.
Astoria releva la tête, essayant vainement de se remettre d'aplomb. Ce n'était pas comme si elle en avait réellement envie, c'était surtout... L'habitude. L'air frigorifiant lui faisait du bien. Par contre les musiques qui s'entrecroisaient à chaque coin de rue ne l'aidaient pas. Elle fit quelques pas, rajustant sa démarche à son nom. Marcher, voilà qui allait lui faire du bien. Elle avait encore vingt minutes avant de transplaner au Manoir. Largement de quoi se rasséréner. Le bruit de la neige qui amortissait ses pas formait une douce mélodie. Discrète, pas pompeuse. Machinalement, la jeune femme sortit de sa poche un petit sachet. Avec une certaine adresse malgré ses mains gantées, elle se prépara un joint aux herbes sorcières, qui avaient l'avantage d'éviter nombre d'effets secondaires. Astoria se considéra un instant, seule dans la nuit givrée, alors que tous festoyaient, roulant fébrilement de l'herbe dans un bout de papier cigarette. Elle poussa un léger rire, pareil à un jappement. Nul ne pourrait croire ça. Astoria Malefoy, en pleine déchéance. Pourtant, la chose n'était pas nouvelle. Mais aujourd'hui, quelque chose s'était comme brisé. Son cœur était en miettes.
Elle sortit un briquet moldu très élégant, et en tourna la roulette. Elle avait toujours raffolé de babioles, aussi n'usait-elle pas de sa baguette. Astoria rapprocha la flammèche bleue de sa préparation, qu'elle avait coincée entre ses lèvres. Elle inspira longuement et le bout rougeoya, émettant un grésillement. Elle rangea son briquet et exhala la fumée, qui s'éleva en spirales bleutées. Sa tête devenait déjà plus légère. Oui, c'était mieux. Elle se remit alors à marcher vers Trafalgar Square, laissant négligemment se consumer son placebo de bonheur.
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« ... How romantic it would be, to climb the sky, in a hamac made of clouds ... » fredonnaient les hauts-parleurs, balançant leurs mélodies oniriques.
Drago sourit avec sarcasme. Les airs romantiques n'avaient jamais été le genre de leitmotiv qui le faisait vaciller. Peut-être était-ce un tort en soi, qu'il avait trop exigé des autres de partager son sentiment à ce sujet. Pourtant il ne pensait pas que sa relative réticence face aux débordements sentimentaux puisse affecter qui que ce soit, sinon lui. Qu'importait, là n'était pas ce qui préoccupait son esprit. Le jeune homme se demandait en effet pourquoi Pansy avait entraîné Granger avec elle. Il ne lui semblait pas que les deux femmes aient gardé un quelconque contact. Quand bien même, cela le tracassait, il aimait savoir ce qui se passait en son royaume, quelles intrigues se jouaient dans la cour de ses proches. Oh, Granger n'était certes pas la plus haute placée à ses augustes côtés, pourtant elle représentait par son unique et chétive personne une grande part de ses pensées. Et il devait bien s'avouer que la chose ne le dérangeait point.
Il avait laissé ses amis aller de l'avant et s'était posté à quelques pas de l'escalier, attendant la réapparition imminente de l'une ou l'autre des deux fugitives. Sa patience fut payante, quelques instants plus tard une paire de jambes, puis un corps entier, apparurent dans la foule en circulation. Granger. Elle était vraiment belle ce soir-là. Plus vraiment jolie, mais belle. Ses épaules dévoilées formaient de douces collines blanches, encadrant un coup gracile très attrayant. Sa robe noire, la moulant délicieusement, la sublimait en toute discrétion. Plus encore, ses yeux maquillés brillaient dans la pénombre, encadrés des circonvolutions de ses cheveux, qui auréolaient son petit visage. Enfin sa bouche, rouge et gourmande...
S'arrachant à ses pensées d'éternel prédateur, Drago s'avança vers elle. Hermione fronça les sourcils, mais elle ne paraissait pas extrêmement surprise de le rencontrer à nouveau.
.- Granger... Puis-je savoir ce que Pansy te voulait ?
.- Tu peux bien lui demander toi-même, non ? C'est ton amie. En ce qui me concerne, je n'ai pas de compte à te rendre.
Sa voix était assez froide. Elle continua sa marche, semblant vouloir passer son chemin. Drago, nullement démonté, lui emboîta le pas.
.- Dis-moi juste, comment se fait-il que vous ayez à vous parler ? Je ne savais pas que vous vous fréquentiez.
.- Elle est aspirante avocate, je suis dans le département de la Justice, Malefoy. CQFD.
Le jeune homme s'immobilisa quelques instants, déconcerté par la rugosité des paroles de sa plus tendre ennemie, mais également embarrassé de ne pas avoir établi ce rapport de lui-même. Cela ne lui ressemblait pas. Voyant que Granger s'enfonçait d'un pas vif dans la foule, il pressa le pas et la saisit au poignet. Elle se retourna, la bouche crispée d'un pli de colère.
.- Malefoy ! Lâche-moi veux-tu ?!
.- Encore une question, je...
.- Non, non, laisse-moi, je t'en prie. Va voir ta femme, elle doit t'attendre quelque part, non ?
.- Tu es splendide, ce soir.
La voix de Drago était éraillée. Hermione baissa ses paupières, évitant de croiser le regard de son assaillant, qui était devenu brûlant.
.- Évite ça, d'accord ? Ce n'est pas sain.
.- De quoi ? Je suis un homme et je te trouve belle.
.- Justement !
Les yeux d'Hermione s'étaient écarquillés, une flamme de panique y flottant. À l'endroit où la main de Drago tenait toujours son poignet, sa peau s'était couverte de chair de poule. Elle voulait s'en aller, maintenant, tant qu'il en était encore temps ! Mais elle restait pétrifiée dans ce regard de glace, elle sentait ses lèvres devenir douloureuses, le sang affluant en elle avec une force qu'elle n'avait pas connue depuis... Qu'elle n'avait jamais connue.
Drago, lui, ne savait pas vraiment pourquoi il provoquait ainsi la jeune femme. Les mots semblaient sortir d'une autre bouche que la sienne. Pourtant, son esprit ne les contredisait pas. Il resserra sa prise et vit la peau de Granger se piqueter de frissons. Elle lui semblait encore plus attirante, à présent.
.- Malefoy, murmura Granger, tu te souviens de qui je suis ? C'est moi, Hermione Granger. Arrête ça, va retrouver Astoria, elle te correspond bien plus.
.- Non.
.- Pardon ?
Soudain, les lumières s'éteignirent. Hermione, anxieuse, tourna la tête en tout sens. Mais elle ne voyait rien. Tandis qu'elle remarquait enfin une énorme et brillante horloge analogique, en un étrange grondement, les voix de toutes les personnes réunies en cette soirée spéciale s'élevèrent, tonitruantes :
"Cinq quatre trois deux un..."
Un splendide feux d'artifice éclata avec un son d'orage au-dessus de leurs têtes, à travers l'orifice du toit ouvrant qui s'écartait pour laisser profiter du spectacle ceux qui ne se trouvaient pas sur la terrasse. Elle leva les yeux, émerveillée comme lorsque petite, elle allait avec ses parents guetter les feux au pied de Big Ben, se laissant éblouir de rouge, or, émeraude... Son corps résonnait des éclats qui crépitaient au-dessus d'elle, et les détonations festives la peignaient de paillettes multicolores... Puis deux doigts saisirent en douceur son menton, et une bouche se retrouva sur la sienne. Suave, chaude et délicate. Prudente, comme craintive d'un refus. Entrouvrant les paupières, elle reconnut entre ses cils la chevelure lunaire de Drago Malefoy, illuminée par les flammèches extérieures. Elle referma les yeux, indécise et le cœur battant, mais savourant les sensations qui explosaient en elle. De l'enfant qu'elle se remémorait deux secondes plus tôt, rien ne subsistait. Les lèvres exercèrent une légère pression, la faisant vaciller, trop d'émotions depuis longtemps oubliées se bousculant en elle. Aussitôt, deux mains fermes vinrent l'enserrer au niveau de ses reins brûlants, pour mieux la soutenir. Mieux la sentir. Alors Hermione, étourdie, embrasée d'un feu rarement rencontré, répondit enfin. Ses lèvres dansèrent doucement contre celles de sa némésis, de son ennemi. Elles dansèrent, valsèrent, s'envolèrent et s'entrouvrirent. Les mains se rencontrèrent, se perdirent, leurs doigts s'entrelaçant, et Hermione abandonna toute défiance, pour goûter ce fruit défendu qui se proposait à l'orée de ses lèvres.
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Zi end. Du chapitre, bien sûr. Alors, alors, alors? Vous en pensez quoi? Arrgh, c'est quelques chose de tellement crucial, j'espère l'avoir bien écrit. Entre la première version et toutes les phrases que j'ai changées pour améliorer l'ensemble, il y a un monde. Bref, une bonne chose de faite. On va dire que le premier axe droit de la fic est posé. Il en reste deux. Chronologiquement parlant, ça ferait pour le second : de janvier à mars 2013, et pour le troisième: de mars à ...? A voir. Puis épilogue. Mais on en est encore loin. Très. Mais bon, je suis rassurée d'avoir tout cela inscrit à peu près clairement dans ma tête.
Pi la chanson de la dernière partie, c'est Dionysos. Pourquoi s'en priver? :) Donc, pour les références: album la Mécanique du Coeur, "Epilogue". (Oui, aucune chance qu'ils passent dans un club anglais, mais quand même. J'avais envie. ;p)
Bref. Sinon, autres aspects: le nouveau pote de Luna, Astoria qui renonce, Blaise bourré (?), Selene (bon on s'en fiche, mais je l'aime bien), Pansy clairvoyante ( Pansy powaa)...
N'hésitez pas à commenter, j'ai envie de voir plein de gentils mots dans mon mail en rentrant... :) J'aime beaucoup ça. Puis donnez-moi les points faibles, ceux que je néglige, spéculez, parfois ça m'inspire. Bref, faites-vous le plaisir avec mon ami le bouton "Go".
De gros bisous à tous, et à la fin de l'été...
Olivia, alias Stellmaria.
