Adolescences tardives

/Papa. Dis, pourquoi on ne va jamais voir papi?/ /Scorpius, qui t'a foutu ces idioties dans le crâne?/ /Rose Weasley./ Drago soupira. Il avait fallu qu'elle tienne de sa mère. Il devrait aller parler à Granger, ceci ne devait pas se propager. Post T7

Disclaimer: Tout à JKR, sauf les personnages sortis de mon imagination...

Pairing: HGDM, what else?

Hulloo! :D

I'm back (pour changer), et je ne m'étalerai pas trop (on va dire…).

Alors, oui, comme vous vous en doutez, je suis submergée de boulot, et si l'on combine cela à ma nature procrastineuse (j'ai fini d'écrire le chapitre Dimanche dernier, et j'ai passé toute la semaine à repousser le moment où je devrais le relire, le corriger, le mettre en page …etc. Mine de rien, là, ça fait trois heures que je suis dessus.) Breffons, néanmoins, vous êtes chanceux, je vous avais promis un retour à des chapitres plus courts, du genre 10-11 pages. Eh bien je me suis auto-fourvoyée…

17 pages, par Merlin. Ça me tue.

Ça pourrait presque faire deux chapitres, mais vu que c'est incoupable, eh bien ça ne m'en fait qu'un. Il faut que je me remette au boulot, mais par pitiééé, savourez donc la longueur, car je ne peux pas promettre d'en avoir un nouveau d'écrit avant les vacances (durant lesquelles, sortez les feux d'artifice, je vais songer à m'avancer correctement pour ne pas être prise de court).

Sinon, une dernière chose avant d'aller me faire des fiches de Philo sur le Désir (huhu) ou de me farcir le Manifeste du Parti Communiste (culturons-nous) : Je vous aime, encore et toujours et à jamais !!!

Vraiment vous m'avez gâtée, des reviews longue, longue, longues (j'en avais presque les larmes aux yeux (presque hein, eh ho), et combien ?

18 !!!!!

Ahalala, vous êtes super, des dieux ! Continuez, surtout ! ;) (on dépasse largement les 200 reviews, la prochaine fois, ok? )

Allez, gros Bisous à tous, et lisez-bien ! :D

Réponses aux reviews anonymes:

Liaco : Hulloo ! ;) Aah, merci pour ta review, je suis contente que le chapitre XVI t'ait plu ! J'appréhendais un peu, depuis le temps que je n'avais rien envoyé, et puis bon, en ce qui concerne la dernière scène, ce n'est pas comme si j'en avais tellement écrit avant ! J'ai un peu galéré, mais apparemment, c'est passé ! Je voulais que ce soit réussi, quand même, depuis le temps que je vous fait poireauter… :p En ce qui concerne Neil, quelques infos dans ce chapitre, donc je ne te dis rien. En tout cas je suis contente que tu aies aimé, et j'espère que tu apprécieras ce chapitre, tout de même plus « light » que le précédent, niveau évènements (il est malgré tout beaucoup plus long que ce que je voulais, mais pas moyen de le réduire… xD Y'a comme un risque que vous vous habituiez à des longs chapitres … ) Enfin merci beaucoup pour toutes tes remarques, et gros Bisous !

' : Coucou ! Merci pour ta review ! :) Arf, j'ai hésité à la faire partir, mais j'ai tenté de me mettre dans la tête d'Hermione, et je pense que si je l'avais fait rester, je n'aurais pas respecté le caractère du personnage. Enfin, ça veut aussi dire qu'il y aura plus de tension, de séduction… Une bonne nouvelle en somme, non ?;) Enfin, je ne peux pas répondre à tes spéculations, au risque de te spoiler, mais les prochains chapitres vont être décisifs ! Sinon, merci beaucoup pour tous tes gentils compliments, je suis contente que tu aimes mon histoire, et j'espère que tu apprécieras la suite ! Bisous

Noémie : Helloo ! Arf, désolée d'avoir été aussi longue pour le précédent chapitre (et de réitérer avec celui-là …). Enfin, il t'a quand même plu, c'est l'essentiel ! ;) J'ai comme l'impression que vous êtes beaucoup à avoir voulu qu'ils continuent, c'est assez récurrent dans les reviews … xD En tout cas, je suis contente de lire que tu aimes ma fic ! :D Eeh oui, « Stellmaria », avec un « l » de trop car le pseudo était déjà pris… Je n'ai jamais osé écrire sur cette série, elle est trop… sacrée à mes yeux. Les premiers livres qui m'ont fait pleurer, quand même ! Une anthologie ;) Bref, bref, merci pour ta review, et j'espère que le nouveau chapitre te plaira ! Gros Bisous !

lou29 : Coucou toi ! :) Comme d'habitude, merci pour ta (longue) review ! En tout cas je suis ravie de voir que tu as aimé le chapitre XVI, je l'ai beaucoup travaillé. Arrgh, ce fut dur, mais je le voulais vraiment bien, et puis je voulais aussi me faire pardonner mon retard… Enfin bon, je réponds à te review. Neil : je suis contente que tu l'aies apprécié, je n'avais pas prévu de l'inclure, mais j'ai eu comme une « illumination ». Et puis il va servir pour le reste de l'histoire. ;) J'avoue qu'il est un peu mystérieux, mais vous allez vite le découvrir, pan par pan. Sinon en ce qui concerne Drago… Arf, oui il est un peu trop orgueilleux. Mais bon, tant que ça sert la romance, tout va bien ! Quant à Hermione, je me suis un peu lâché dans ses insultes, je me suis vraiment amusée à écrire ça. Et puis bon, un peu d'humour, en l'absence de Blaise ou de Jenny, n'est pas plus mal. Enfin le dernier passage… Héhé. C'était la première fois que j'en écrivais un comme ça, alors bon, vu les commentaires, il me semble avoir réussi (oh yeaah). Enfin quelqu'un qui partage mon avis pour la fin… ;) Tu verras que tu as eu raison dans les prochains chapitres… Voila voila, en attendant, j'espère que ce chapitre-là te plaira ! De gros Bisous.


S'il y a quelqu'un là-haut, il doit bien rire de nous tous ; cela est très comique, très comique, vraiment.

[Alfred de Musset]


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Chapitre XVII

// Car lorsque l'esprit s'épanche dans ces abîmes insondables, les seules perches restantes sont faites d'amour et d'amitié. //

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Sorcière-Hebdo, numéro 15 843 du lundi 21 janvier 2013 : DERNIÈRES DISCUSSIONS POUR LA LIGUE SORCIÈRE ANGLOPHONE Portrait d'une étrange collaboration.

Votre envoyée spéciale, Ursula Skeeter-Davidson, n'avait malheureusement pas le privilège d'être invitée au très privé et prestigieux dîner offert vendredi soir par Lord Drago Malefoy en son hôtel particulier situé à Hampton's court afin de finaliser dans la plus grande diplomatie les grands accords de l'imminente LSA, point d'orgue du mandat de notre Ministre de la Magie, Mr Bullock. Néanmoins, sa naturelle ténacité journalistique lui a permis de trouver de quoi alimenter son suivi plus que régulier de la grande affaire, et vous ne manquerez donc pas, très chers lecteurs, les derniers actes de cette vertigineuse affaire.

De fait, ce dîner qui parachevait plusieurs mois de négociations, de balais transatlantique mais aussi le séjour depuis plusieurs semaines de nombre de diplomates de tous pays en notre capitale bien aimée, venait ici résoudre par la courtoisie les derniers différends pouvant demeurer entre notre patrie et l'autre futur grand état membre de la Ligue, à savoir les États-Unis. Pourtant, ce dîner aurait pu être désastreux, en raison des protagonistes aux fortes personnalités qui y prenaient part, et gardaient entre eux de profondes inimitiés. Laissez-moi faire un état des lieux de ce qui aurait pu résulter de cette assemblée du 18 janvier : une paralysie politique. En effet, le maître de cérémonie et délégué aux négociations, le très connu Drago Malefoy, charmant jeune homme en soi, mais non exempt d'ennemis, se trouvait pour le moins mal entouré. Son habituelle collaboratrice, la très élégante Miranda Howitt, ayant du s'absenter pour des raisons d'importance majeure, le pauvre jeune homme n'avait pour seule alliée que la subalterne de celle-ci. Et quelle subalterne ! Chers lecteurs, vous la connaissez tous, son effronterie couvre plusieurs pages des livres d'Histoire contemporaine ; il s'agissait ni plus ni moins d'Hermione Weasley, précédemment nommée Granger. Cette jeune parvenue nous avait fait le plaisir de ne pas faire de vagues depuis quelques années, mais c'était la méconnaître et la voilà ressurgissant à son gré dans une affaire de la première importance. De plus, vous remarquerez sans nul doute le peu de perspicacité de la jeune femme, qui aurait pu couler la réunion au profit de son retour dans la vie mondaine, du fait de sa très connue et incompréhensible haine pour . Celui-ci s'est fort heureusement tiré d'affaire avec éclat, puisque nous savons les résolutions prises à l'issue du dîner, mais la chose n'était pas simple. La jeune femme, qui d'après mes sources rencontre des difficultés dans son mariage, s'était ridiculement apprêtée et se pavanait avec fierté, bien loin des considérations politiques qu'elle était supposée défendre. Papillonnant d'un représentant à l'autre, elle distribuait des poignées de sourires ingénus, ravie semblait-il d'être remise sur le plus choisi des marchés. Nous savons déjà à quel point la jeune femme sait manipuler les cœurs masculins, possédant dans son bref palmarès – son mariage l'ayant empêchée d'accumuler les scandales de mauvais goût – des personnalités telles que le plus célèbre attrapeur de sa génération, le bulgare Viktor Krum, ou encore notre héros national, Harry Potter. Ce soir-là, Mrs Weasley semblait s'ingénier à provoquer en alternance des tête-à-tête avec Neil Dodge et Drago Malefoy, devant pourtant bien savoir l'inimitié entre les deux jeunes diplomates, lesquels se sont absentés durant la soirée, semblant vouloir régler un différend. La jeune croqueuse d'hommes devait bien s'amuser de retrouver ici la même situation que celle qu'elle avait provoquée entre Krum et Potter dans son adolescence. Nous espérons que l'ex-Miss Granger n'aura point tourné la tête du Lord Malefoy, et prévenons de ces manigances son aimable épouse Mrs Astoria Malefoy, laquelle doit se sentir offensée qu'une telle aventurière ait pu prétendre à séduire son époux. Je me doute bien que mes chers lecteurs sont tout aussi indignés que moi du spectacle d'une telle effronterie, surtout au milieu de telles tractations politiques, et s'en prenant à quelqu'un d'aussi admirable que . Il faut noter que, bien après la fin de la soirée, la jeune femme a, semble-t-il, voulu s'éterniser dans la luxueuse demeure de son collaborateur d'un soir… D'aucuns, idéalistes, diront que ce n'est que pour une simple délibération, afin d'analyser la soirée écoulée, mais ce serait surestimer la valeur du personnage ! Mrs Weasley est tout sauf politiquement intéressée, sous ses airs pédants se cache en effet une personne fort primaire, toujours à l'appât du gain, ainsi que le prouvent ses scandaleux agissements. Pour preuve, elle ne quitta le lieu de réception que près d'une heure après le départ des invités, de façon fort précipitée. Espérons que lui aura donné sa façon de penser et que l'opportuniste sera retournée définitivement hors de la scène publique.

Ainsi, de nombreuses intrigues se nouent toujours dans l'ombre des grandes réunions, et la petite histoire vaut bien la grande. Soyez sûrs que je suivrai de près les derniers actes comme les coulisses de la formation de la LSA, vous informant de la façon la plus pointue qui soit.

Votre dévouée Ursula Skeeter-Davidson.

oOo

.- Mais qu'est-ce que…

Hermione reposa le journal sur son bureau, la mine dégoûtée. Elle ne pouvait pas croire ce qu'elle venait de lire. Il était d'ailleurs incroyable d'imaginer qu'une telle vilénie gratuite puisse exister. Elle ne connaissait pas la jeune sœur de Rita Skeeter, car, n'ayant jamais été acceptée à La Gazette du Sorcier - et elle comprenait bien pourquoi! -, elle créait d'ordinaire bien moins l'évènement que sa soeur aînée. Pourtant, en signant de sa plume acérée et mensongère cet article d'un mauvais goût écoeurant au parfum de scandale, nul doute ne restait sur le sang qui coulait en ses veines. Sa perfidie atteignait des sommets.

.- Tu sais que tu pourrais porter plainte pour ce qu'elle a écrit…

Hermione releva la tête et sourit d'un air fataliste à Jenny. La jeune secrétaire avait repris sa place habituelle dans le bureau de la jeune femme, perchée sur un carton empli de dossier, les jambes battant l'air.

.- Ce serait lui donner trop d'importance. Non, vraiment je m'en fiche, les gens qui m'importe et qui me connaissent n'iront jamais croire de tels racontars. D'ailleurs ce magasine n'a aucun crédit journalistique, il vaut même moins que le Chicaneur. Ce qui m'atterre c'est de constater ce que certaines personnes sont capables, sciemment, d'écrire un torchon pareil…

.- C'est une Skeeter. Cette famille n'a aucun scrupule, pour personne, et elle admire les personnes les plus indignes. Tu as bien vu ce qu'elle écrit sur Howitt ! Elégante, et puis quoi encore…

.- Jenny !

.- Quoi, tu ne partages pas mon avis ?

La jeune Rosier sourit innocemment, espérant réussir à dérider son amie à coup d'humour et de persiflage, et Hermione soupira, son visage se détendant. C'était bien vrai, l'article n'était pas si grave que ça, et la malicieuse ironie de son amie lui faisait du bien, la poussant à relativiser.

.- Si, Jane, je dois bien l'avouer. Et puis, cet article me rajeunit, j'ai l'impression de retomber la tête la première dans mes années à Poudlard, quand c'était Rita qui me faisait passer pour une gourgandine. Pourquoi toutes les deux s'acharnent ainsi sur moi, c'est un mystère, mais c'est mieux qu'un sort contre le vieillissement.

Les deux jeunes femmes éclatèrent de rire. Jenny était contente de voir qu'Hermione semblait décidée à ne pas se laisser abattre. Elle s'inquiétait un peu pour elle, n'ayant pas le temps de l'appuyer correctement, même si elles cohabitaient toujours par intervalle, car la période des examens d'admission à l'internat de Sainte Mangouste approchait et, délaissant son habituel désœuvrement frivole, elle devait se replonger avec rigueur dans les volumes rébarbatifs qu'elle n'avait que trop délaissés l'année précédente, chose qui lui avait valu d'échouer le concours la première fois qu'elle l'avait passé. Elle était exténuée et à bout de nerfs, supportant difficilement la vue de ses manuels, mais l'impression de rattraper cette année de secrétariat lui donnait de l'énergie pour s'entraîner jusqu'à pas d'heures durant la nuit, enfermée dans sa chambre, et entourée de cobayes magiques plongés en différentes stases médicales. Malgré la dose presque industrielle de café qu'elle se devait d'ingurgiter quotidiennement, entre son sommeil fragmenté, ses révisions et son poste de secrétaire, elle peinait à aménager du temps à son amie, qui elle-même semblait toujours par monts et par vaux, dédiée comme elle l'était à son enquête. Aussi était-elle venue aux nouvelles dans le bureau de sa supérieure, profitant de ce que Miranda était en réunion, pour quérir des nouvelles. Jenny devait bien s'avouer qu'elle était également impatiente d'avoir le rapport de l'entrevue d'Hermione avec Willehm Ellery, ainsi que d'entendre le récit de sa soirée avec le très discuté Malefoy. Elle n'avait pas été déçue, mais s'agaçait de voir son amie aussi empêtrée dans ses considérations, et s'appliquait à attaquer Hermione sur ce qu'elle lui révélé, rougissante et balbutiante, de ses actes avec le blond, quand Archibald avait surgi dans la pièce, la mine confuse, pour leur confier le numéro hebdomadaire de Sorcière-Hebdo, marmonnant qu'il s'était dit que "Mrs Weasley-Granger préfèrerait l'apprendre par elle-même". Elle ne pouvait de son point de vue que féliciter la sagacité du jeune stagiaire, qui se montrait toujours fin et habile dans ses actions. La jeune médicomage en devenir observa quelques secondes, attendrie, son amie qui chiffonnait avec application l'article.

.- Affaire classée ?

.- Affaire jetée, opina Hermione en lançant la boule qu'était devenue la page diffamante dans la corbeille qui traînait quelques mètres plus loin.

.- En ce cas, nous pouvons reprendre notre conversation au point où elle en était ! Conversation qui est d'ailleurs liée à l'article, qui sans le savoir, laisse voir sous ses mensonges une certaine vérité. Alors, dis-moi tout… Malefoy ?..

.- Jenny…

.- Enfin, comprends-moi un peu, tu m'avoues que tu as passé une dizaine de minutes d'extase dans les bras de l'homme le plus attirant et diaboliquement beau du pays, preuve que tu es en train de remonter la pente, et…

.- Et rien du tout, je me suis égarée. D'ailleurs, je pense que le fait que j'ai repris mes esprits, et ai comme tu dis sacrifié le meilleur, est ce qu'il m'est arrivé de mieux. Je connais Malefoy, Jenny. Les circonstances, comme le fait que je sois actuellement perdue et déprimée et que lui soit attirant, je dois l'avouer, peuvent vaguement expliquer mes actions, mais je ne comprends pas pourquoi il a fait ce qu'il a fait. J'ignore ce qu'il tramait, mais je me méfie de lui comme de la peste, et j'ai l'heureux sentiment d'avoir échappé à l'un de ses plans voués à me blesser ou à quelque autre fin abjecte.

Jenny croisa ses jambes l'une sur l'autre en soupirant. Cela crevait les yeux qu'Hermione avait été perturbée par son dérapage avec son supposé ennemi. Émerveillée aussi, car son regard s'égarait souvent. Il replongeait dans les souvenirs de ce qu'il lui était arrivé. Ne lui était-il donc jamais arrivé de supposer que, peut-être, Malefoy était aussi perturbé qu'elle par l'évolution de leur relation ? Que tout ce qu'il leur arrivait n'était peut-être que leur destin, et non pas le résultat de quelque machiavélique plan libidineux ? Bien sûr, Jenny savait qu'elle ne pouvait pas se poser en juge, elle n'avait pas été là et ne connaissait pas vraiment Malefoy. Mais au-delà de la Jenny qu'Hermione connaissait au quotidien subsistait toujours la Jane Rosier fière et orgueilleuse, dernière représentante du clan Rosier, une illustre famille de sang purs. Et à l'instar de ceux qui lui avaient donné le jour, elle savait observer. Et elle connaissait le clan Malefoy. Elle connaissait ses caractéristiques, et savait ses principes. Et la conduite de Drago Malefoy était hors de propos par rapport à tout ce qui constituait son éducation, aussi soupçonnait-elle que d'autres intentions que celles qui lui prêtait Hermione l'agitaient. Car sinon, il n'aurait pas agi de la sorte. S'il l'avait voulu, il aurait pu la briser de centaines façons différentes, sans « s'abaisser », selon son ancestrale doctrine, à des contacts charnels. Si tout cela avait eu lieu, c'est qu'il devait y avoir autre chose qui le motivait. Jenny soupira une seconde fois. Elle ne voyait pas de quelle façon elle pourrait le faire comprendre à Hermione, surtout lorsque celle-ci se campait dans une posture aussi bornée.

.- Qu'est-ce qu'il y a ? s'enquit Hermione, surprenant les sourcils froncés de son amie.

Elle se doutait de ce qui se tramait dans la tête de Jenny, la jeune fille l'ayant toujours exhortée à sortir, à s'amuser. Celle-ci haussa les épaules, roulant des yeux.

.- Tu fais ce que tu veux, Monette.

.- Tu abandonnes aussi facilement ? Ça ne te ressemble pas, Jen', qu'est-ce que tu prépares ?

.- Moi ? Rien. Reste campée sur tes positions, si tu t'en trouves heureuse. Mais je te relancerai sûrement sur le sujet, une fois que tu auras abandonné tes bastions de vierge catholique effarouchée.

.- Catholique ?

.- Religieuse tout du moins, elles se ressemblent sous toutes les croix. On dirait que tu as peur du Démon, des appâts qu'exercerait Satan sur toi.

.- Tu t'y connais en théologie moldue ? continua de s'étonner Hermione, perdue par l'attitude de Jenny.

.- Quoi, tu n'aimes pas ma métaphore? Et oui, j'ai un minimum de culture générale du monde moldu, je ne suis pas ignare.

.- Je n'ai pas dit ça.

.- Bien.

.- Bien.

.- Alors, tu vas cesser de voir le Démon en Malefoy ?

.- Jenny !

.- Car tout ce qu'il te propose, sortie de cette vision ecclésiastique des choses, c'est la vie, un peu de bonheur… Ne t'impose pas des contraintes qui n'existent pas.

Hermione grimaça, se renfonçant dans son fauteuil. Croisant les bars sous sa poitrine, elle fixa d'un regard farouche et agacé son amie, laquelle ne semblait pas vouloir démordre. Jenny semblait décidée à pointer les multiples inégalités du comportement d'Hermione. Celle-ci finit par lever les bras, semblant en quête d'un cessez le feu.

.- Paix. J'accorde du crédit à tes arguments, mais juste… Laisse-moi du temps, ok ? Ton avis m'importe, mais je ne suis pas prête à envisager aucune de tes… propositions, qui me semblent presque contre-nature. Ne ris pas, tu me connais, et tu devrais savoir dans quel état je suis. Et je maintiens que l'attitude de Malefoy ne doit pas être sans mauvaise arrière-pensée.

.- Je sais dans quel état tu dois te trouver Hermione, et je sais aussi que ce n'est pas facile. Mais juste… Penses-y, d'accord?

.- Promis.

Le silence flotta quelques instants pendant lesquels les deux confidentes savourèrent la baisse de tension. Ce fut Hermione qui reprit la parole, à voix basse, comme se confessant.

.- Et puis… Je ne veux pas envisager quoi que ce soit tant que je n'ai pas tout éclairci avec Ron.

.- Hermione !

Jenny sentit son sang s'échauffer. Pourquoi fallait-il que dès qu'Hermione faisait le moindre pas en avant, vers la sortie du gouffre, elle se précipitât à toute vitesse dans les bras maladroits de son cher Ronny, et les lambeaux de sa vie conjugale?

.- Il est mon mari Jen', il n'a fait d'erreur qu'une fois, et je ne suis pas prête à le laisser filer. Je voulais donner un nouveau souffle à notre mariage et je me retrouve au bord de la séparation définitive. Et ça qui s'ajoute à la donne…

.- Hermione, ça ne serait pas plutôt un signe que c'est là un tournant dans ta vie ?

.- Je ne suis pas prête, Jenny. Je ne peux pas le laisser partir comme ça, c'est quand même Ron, mon Ron. Je lui en veux, et je suis presque sûre que nous ne fonctionnons plus ensemble, mais il faut que je tente, que j'essaye. Je ne serais pas tranquille tant que je n'aurais pas l'impression d'avoir fait tout ce qui était possible.

.- Alors pourquoi ne tentes-tu rien? Tu dis vouloir tout essayer, mais je n'ai pas l'impression que ton mari et toi ayez l'occasion de vous voir souvent.

.- C'est que ...

La voix d'Hermione s'était enrouée, signe des larmes qui affluaient. Jenny se mordit les lèvres, désolée de la voir ainsi. Elle savait que sous ses airs joyeux et ses rires, son amie était fragile. Entre deux eaux. Elle avait tendance à oublier Ronald ces derniers temps, tant les évènements s'enchaînaient, mais elle savait à quel point Hermione l'aimait. Au cours des deux années où l'amitié des deux jeunes femmes s'était construite, elle avait eu l'occasion d'entendre parler de lui. Avec passion comme avec dépit. Ce n'était pas un mauvais bougre, bien au contraire, mais si ça ne fonctionnait plus… Elle comprenait qu'Hermione ait besoin de faire son deuil. Elle s'en voulut un peu de la pousser si futilement avec ses insinuations sur Malefoy. Elle oubliait parfois qu'Hermione n'était pas elle. Qu'elle avait une famille, des enfants. Pourtant elle était presque sûre qu'ils ne seraient pas des obstacles si Hermione voulait tenter de rebondir. Car une famille se devait d'être un devoir, un bonheur, mais non une prison.

.- Ok Monette, changement de sujet. Et si tu me parlais de ce bougre d'Ellery ? Il m'a l'air bien torturé, dans son genre.

.- Jenny, rit Hermione, souriant malgré ses yeux brillants de larmes refoulées, il a bien des raisons de l'être ! Cesse d'être si narquoise.

.- N'est pas serpentarde qui veut.

Jenny tira la langue, ravie de voir Hermione sécher ses larmes.

.- De toute façon, tu le verras cet après-midi, nous allons travailler ensemble.

.- Tous les trois ? s'extasia Jenny, applaudissant joyeusement. Oh oui, oh oui, oh oui, je veux faire partie de la bande !

.- Euh… Jen' ?

.- On devra faire une cérémonie et tout ? Il faudra se trouver un nom de groupe, hein ?

Elle se releva et s'appuyant des coudes sur le bureau de son amie commença à babiller à propos de pactes de sang et d'organisations secrètes pour vaincre le gouvernement corrompu, sous les rires incrédules d'Hermione. Toutefois, elle s'arrêta net quand la voix perçante de Miranda retentit depuis le secrétariat, à grand renfort de « Jaaaane » suraigus. Ladite Jane pâlit dangereusement, et après avoir reposé sur le bureau d'Hermione la plume qu'elle avait saisi pour griffonner différents noms de codes, elle sortit discrètement de l'office, tentant vraisemblablement de rentrer dans les murs, pour peu que cela lui épargne l'ire de sa supérieure.

oOo

Le silence de la salle des archives était apaisant. Hermione aimait beaucoup ce lieu, qui s'apparentait à ces calmes et anciennes bibliothèques en lesquelles elle aimait flâner. Bien sûr, les documents contenus en ce lieu étaient plus administratifs et juridiques que dans ses antres de prédilection, car ils concernaient l'ensemble des faits se passant où s'étant passés dans la communauté sorcière depuis que des manuscrits avaient permis de coucher l'Histoire par écrit. De ce fait ils devaient être pris d'une manière tout autre que ceux d'une quelconque bibliothèque et composaient comme un index immense du monde sorcier. Originaux et précieux, ils n'expliqueraient jamais la manière d'utiliser un sort, ni ses caractéristiques, car ils n'étaient pas des manuels. En revanche, toutes les victimes dudit sort ainsi que l'évolution des différentes lois l'ayant encadré y étaient recensés, et les archives pouvaient ainsi renseigner n'importe quel sorcier-chercheur pour peu qu'il se donna la peine de fureter. Le Libriomagique, endroit s'apparentant à une Bibliothèque nationale, recensait lui tous les originaux des ouvrages écrits par des sorciers existants de par le monde, mais se trouvait lui dans une aile opposée du Ministère, s'ouvrant sur le Chemin de Traverse.

Hermione avait pensé que ce serait le lieu le plus à même pour poursuivre leurs recherches. Presque déserte à cette heure tardive, la salle était suffisamment grande pour trouver des lieux d'où la voix ne pouvait être entendue. Les tranchées d'étagères et armoires croulant sous le poids des divers documents offraient un abri sûr, et les lampes basses à la lumière jaune tamisée par des attiques d'un vert mousse renfermaient les tables de travail isolées dans de petits cocons de calme. La jeune femme était encadrée d'une part par Willehm Ellery, éreinté mais semblant revivre, et de l'autre par Jenny, qui avait absolument tenu à apporter son appui dans leurs recherches – Hermione lui avait rappelé ses révisions pour ses futurs examens mais la jeune fille avait argué que l'affaire Malefoy l'obsédait elle aussi et qu'elle voulait pouvoir les aider, dans la mesure où elle était le seule autre personne au courant de leur enquête. Hermione soupçonnait son amie de vouloir également faire acte de présence à ses côtés, et s'en voulait de se montrer si fragile, chose qui l'avait sans doute poussée à prendre de son temps pour rester à ses côtés. Toutefois, elle devait avouer que cela lui faisait du bien et que l'amitié de Jenny lui faisait chaud au cœur, d'autant plus qu'elle tendait depuis quelque temps à éviter ses amis de toujours.

Ses amis... Les choses pourraient-elles jamais revenir un jour à la normale? Elle savait qu'elle avait perdu Ron, peut-être définitivement, aussi l'essence même de son précieux trio s'était sans doute envolée. Qu'allait elle bien pouvoir faire sans eux? Sans ce lien précieux, qui la ravissait et la réconfortait? Pourtant... Elle devait bien l'admettre, cela faisait longtemps que la magie, leur magie, était partie... Depuis qu'ils avaient grandi. Que l'âpreté et la vivacité de leurs adolescences vibrantes s'étaient évanouies. Ron et elle, Harry et Ron, Elle et Harry. Mais plus tous les trois de concert, ça ne marchait plus. Plus comme avant. Car Ron et elle s'étaient aimés, s'étaient mis ensemble. L'un des chaînons de leur amitié n'était plus, le trio était mort. Bien que leurs liens soient demeurés étroits, elle le réalisait, cela faisait longtemps qu'elle devait faire sans son point d'origine habituel, celui auquel elle rapportait tout, son noyau, son abri. Qu'ils devaient tous faire sans. Bien sûr, elle avait toujours Ginny, son précieux Harry, les frères Weasley, Luna... Mais. Hermione se sentait bouleversée. Elle ne savait ce qui l'avait amenée à penser à cela, à s'enfoncer dans les dangereuses affres de l'introspection. Pourtant elle savait bien qu'elle était fragile. Qu'elle n'aurait pas dû. Que son esprit troublé, embrouillé, ne tenait face au monde que grâce à l'unique fil de la nécessité. Elle releva la tête, et observa silencieusement Jenny et Ellery grimacer sur différents articles de journaux. L'une jeune et vive, attachante et attentionnée. L'autre perdu et mélancolique, et pourtant aimable et ironique. Et elle-même, Hermione, Granger, Weasley, personne, qui savait? Un autre trio. Deux femmes, un homme, un contraire si ressemblant... Cela pourrait-il remplacer ce qu'elle avait perdu? Frappée par la constatation de ce vide envahissant, de la disparition de ce qu'elle tenait pour acquis, n'ayant pas eu l'occasion de faire son deuil, Hermione se sentit désespérément vulnérable.

.- Hermione?

La jeune femme ramena ses esprits vers le présent et sourit à Ellery. Le commis d'office semblait toujours incertain de lui-même. Encore un peu traqué, esseulé dans sa prétendue folie.

.- Oui Willehm? Vous avez trouvé quelque chose?

.- Pas vraiment, comment le pourrais-je vu les absurdités écrites par ces journaux? Je pense d'ailleurs que je vais abandonner leur étude pour me pencher sur les papiers administratifs. C'est juste que... Vous m'aviez dit que vous collaborez avec une avocate proche de la famille Malefoy, c'est cela?

.- Oui, il s'agit de Mrs Nott.

Ellery haussa légèrement ses sourcils.

.- Pansy... Cela m'étonne qu'elle ait accepté, mais il est vrai que cette histoire peut l'avoir intriguée. Je l'ai un peu fréquentée du temps où j'avais mes entrées au Ministère, précisa-t-il. Elle était prometteuse. Je me demandais juste si, puisqu'elle côtoie régulièrement mes anciens clients elle...

.- ... Est déjà sur le coup.

.- Vraiment?

.- Oui, elle tente de soutirer quelques informations aux Malefoy, mais je dois avouer que cela fait longtemps que je n'ai pas eu de ses nouvelles. Je vous remercie de me le rappeler, il faudrait que je la contacte. J'étais un peu dépassée ces derniers temps...

.- N'est-ce pas? souligna Jenny, malicieusement. Les Malefoy sont des personnes vraiment accaparantes

Hermione lui lança un regard noir, tandis que sa secrétaire souriant d'un air franchement goguenard. Elle lui en voulait d'avoir fait cette allusion face à Ellery.

.- Oui, Jane, je rappelle à ton souvenir sans doute un peu évaporé vers d'autres futilités le fait que j'étais effectivement occupée puisque je suis peut-être aux portes du divorce.

Ses mots s'étaient faits tranchants à dessein. Elle les regretta aussitôt, elle savait que Jenny n'avait pas pensé à mal. Mais elle ne voulait pas penser à Malefoy. Elle s'ingéniait en fait à empêcher sa pensée de se poser plus que superficiellement sur le sujet, et ce depuis deux jours. Elle ne savait pendant combien de temps elle parviendrait à tenir, surtout avec leur enquête qui ramenait de façon lancinante le nom du blond dans les conversations, mais elle voulait essayer. Car la jeune femme craignait les conséquences désastreuses qui pourraient survenir si elle se laissait aller à examiner, débattre, repenser... Elle avait beau donner l'impression de dénigrer sa conduite et de mépriser Malefoy, elle n'y parvenait que parce qu'elle muselait maladroitement sa propre pensée. Jenny de son côté claqua son classeur dans un bruit sourd, faisant sursauter Ellery, et montrant clairement à quel point la réflexion de son amie lui avait été odieuse.

.- Comment pourrais-je l'oublier, Hermione, puisque je t'héberge régulièrement et offre sans sourciller une oreille amie à tes problèmes.

.- Pardon Jen' je...

.- Tu ne veux pas parler de lui, ok, et tu préfères m'agresser plutôt que d'entendre une simple allusion à sa personne, soit. Cela risque de devenir compliqué pour la suite de l'enquête si tu t'obstines dans cette voie, tu sais? J'ai beau ne pas broncher, m'excuser dès que j'ai le malheur d'hausser le ton, je ne suis pas sûre que cela soit sain ni pour toi ni pour moi de nous camper dans les limites de ce qui peut être dit sans te froisser. Dans tous les cas, si tu as décidé de t'en prendre à moi, cesse de m'entretenir de tes états d'âme, car je pourrais cesser d'être complaisante. En tout franchise, et parce que malgré tes constipations mentales, je suis ton amie, je vais te donner pour une fois ma façon de penser et non mes conseils rassurants. Tout d'abord je pense que ton mariage est fini, donc cesse de t'y raccrocher de la sorte, et pour tout t'avouer, je trouve que Ronald n'est pas désagréable mais qu'il peut être un sacré abruti, et que tu n'es pas... une gourgandine, comme le disait ce foutu papier mais que tu devrais arrêter de prétendre être possédée ou je ne sais quoi d'autre lors de tous les moments où tu te laisses aller à être heureuse, c'est tout bonnement pathétique et ridicule. Vis un peu, personne n'agite une poupée à ton effigie pour te forcer à agir contre ta volonté.

Hermione pinça ses lèvres, sentant ses joues chauffer douloureusement sous la critique. Jenny posait sur elle un regard furibond. Elle avait dû oublier ce qualificatif à propos de son amie, à savoir qu'elle pouvait être lunatique, réagir au quart de tour. Et qu'elle-même devait cesser de croire sa patience infinie, car après tout Jenny était éreintée. Elle savait que son amie était tiraillée entre son boulot, ses études, son examen, sa propre vie en somme, et qu'en plus elle se débrouillait pour ne pas manquer à son office d'amie. Sous le féroce regard ébène qui la vrillait de part en part, Hermione voyait enfin les traits tirés et fatigués de la jeune femme. Elle avait été égocentrique et égotiste. Elle s'était laissée bercer comme une enfant et avait oublié de prendre soin de Jenny. Laquelle n'avait jamais protesté, jusqu'à présent. Les mots de Jenny sonnaient étrangement justes à ses oreilles, ses conclusions lui semblaient en accord avec sa réalité, pourtant elle voulait toujours les nier, les éviter. Quitte à s'aveugler.

.- Compris, Hermione..?

La jeune femme sourit d'un air contrit. Elle laissa son regard couler sur la table, sur les papiers qui se chevauchaient comme autant d'infimes épaisseurs, laissant apparaître des suites de mots sans lien ni sens. Comme s'ils crayonnaient ainsi l'ébauche de son esprit. L'esquisse de leur enquête. Et la voilà à présent qui mêlait sa vie à cette nasse infernale, et que le flou de son coeur l'empêchait de travailler. Elle remonta ses yeux vers Willehm. Celui-ci avait remonté plus haut la liasse qu'il tenait entre ses mains, les sourcils froncés comme s'il était plongé dans sa lecture, mais l'aspect extérieur donnant plus l'impression qu'il voulait y cacher le visage. Une envie de rire la saisit. La situation était vraiment trop ridicule! Elle releva plus franchement la tête et osa enfin planter son regard dans celui de son amie, laquelle haussa les sourcils devant la prompte décision d'Hermione, étant habituée à la voir délibérer plus longuement.

.- Eh bien?

.- Excuse-moi Jenny, je suis un monstre d'égoïsme, je mérite tes reproches.

.- Je ne l'aurais pas mieux dit, mais ne t'envoies tout de même pas trop de pierres. Je ne t'en veux pas au point de te souhaiter du mal.

.- J'éviterai, promis. J'ai vraiment été centrée sur moi-même ces derniers temps, et je t'ai négligée, alors que tu as été pour moi la meilleure des amies possibles, même la seule amie à mes côtés.

.- Trop aimable. Je ne réclame pas ton soutien, même s'il est vrai que je l'apprécierais, mais je sais que ta vie n'est pas évidente en ce moment. Mais juste... Facilite-la un peu. Car sinon, je ne vois vraiment pas comment tu vas t'en sortir.

.- J'essaierai, et je veux vraiment être là pour toi. Parle-moi, d'accord? Tu as bien fait de me brusquer de la sorte, car bon... Je n'étais pas prête de m'en rendre compte par moi-même. Quant à l'autre sujet... J'ai conscience de tout ce que tu me dis, et je ne l'aurais pas mieux énoncé, mais permets-moi de me rendre compte de ma situation par moi-même, ok? Je le ferai bien un jour, mais laisse-moi faire le chemin nécessaire. Laisse-moi l'espoir stupide et vide qui me soutient.

Jenny soupira légèrement, son expression retrouvant sa douceur habituelle.

.- Promis Monette.

Elles se sourirent de concert, de nouveau complices. Un baume sur le coeur, et un nouveau pas de fait. Interceptant les yeux noirs de Jenny, Hermione lui indiqua Ellery, lequel semblait presque pétrifié dans sa chaise, à tel point que l'on peinait à percevoir sa respiration. Jenny se mordit les lèvres ayant envie de rire.

.- Willehm?

.- Oui Jane, repondit-il, levant un regard circonspect de sa lecture, l'air un peu embarrassé.

.- Excusez-nous d'avoir dévié...

.- C'était très peu professionnel, renchérit Hermione. Quelle piètre image vous devez avoir de vos collaboratrices, ironisa-t-elle.

Willehm sembla hésiter sur la conduite à avoir, puis sourit franchement, l'air presque détendu. C'était presque étonnant tant jusque-là, il s'était toujours montré roide.

.- Ne vous excusez pas, c'est agréable de connaître des gens. Je veux dire, les connaître véritablement, saisir quelques aspects de leurs vies. Je n'en ai malheureusement plus eu l'occasion depuis longtemps. Mais ne croyez pas que je vous espionnais, j'ai juste... bafouilla-t-il soudainement, semblant se rendre compte de ce que révélaient ses propos.

.- Franchement Willehm, si nous avions voulu que vous n'entendiez pas, nous serions parties. La faute nous en incombe totalement, pas d'excuses à avoir, le rassura Jenny.

.- Et puis, vous avez raison, nous faisons ainsi plus ou moins connaissance, ajouta Hermione en souriant, reprenant la vision d'Ellery. Bien que je pense qu'il y aura d'autres occasions plus agréables de se découvrir, en suivant des conversations moins houleuses. Mais enfin, il faut tout de même retourner à nos recherches...

Ellery acquiesça, semblant rasséréné. Il relâcha enfin sa prise sur ses documents et les laissa retomber sur la table, et pointa un feuillet, qu'il avait sélectionné.

.- Justement, quelque chose m'intrigue... commença-t-il. J'ai bien eu le temps de relire cinq ou six fois ce papier alors que vous discutiez avant d'en prendre réellement connaissance, se moqua-t-il. C'est un extrait de l'acte d'accusation à l'encontre de M. Drago Malefoy, - car l'acte avait été promulgué, même si son procès n'a jamais l'occasion d'avoir lieu...

.- Intrigant, il faut l'avouer. Que dit l'acte?

Ellery plissa ses lèvres, semblant préoccupé. Il joua quelques secondes avec le rebord de la feuille, puis lâcha enfin:

.- Que mon client est accusé du meurtre d'une personne.

.- Pardon? hoqueta Jenny.

.- Malefoy n'a jamais tué personne, protesta Hermione, son coeur s'accélérant. Je le sais. Il a baissé sa baguette devant le professeur Dumbledore - elle balbutia, prenant conscience du peu de poids de son argument - il n'est pas un tueur.

.- Pourtant c'est bien ce qui est écrit, réaffirma Ellery, son visage se faisant plus dur.

Hermione et Jenny échangèrent un regard confus. Elles avaient du mal à assimiler ce qu'elles venaient d'apprendre.

.- Mais... Qui a-t-il tué?

.- Le nom n'est pas marqué, ce n'est pas quelque chose que l'on précise dans les rapports officiels. Les détails se trouvent plutôt dans les dossiers des juges et des avocats, dans l'attente du procès, lors duquel ils sont rendus publics. Pourtant je l'ignorais, bien qu'en plus de la défense de Lucius Malefoy, j'étais en charge de celle du fils dans les procès d'après-guerre.

Sa mine était dépitée. Il ne savait pas de quelle façon il avait pu ignorer une telle chose. Les Malefoy lui disaient tout, ils ne lui avaient jamais caché aucun méfait, arguant que la meilleure défense se faisait en prévoyant la moindre attaque qui pourrait être lancée, opinion qu'il partageait. Et puis qui Drago Malefoy avait-il pu tuer? Il savait lui aussi que son client n'était pas un tueur. À moins que... Son regard croisa à ce moment-là celui de Jane Rosier, qui lui aussi s'éclairait, comme si elle venait de parvenir à la même conclusion.

.- Ce meurtre a peut-être été commis après la guerre...

.- ... Et il serait lié aux raisons de la disparition de Lucius Malefoy, finit Jenny.

Hermione secoua la tête, semblant toujours dubitative.

.- Mais pourquoi aurait-il tué? Cela ne colle pas, Malefoy n'est pas un tueur.

Étrangement, cette certitude se faisait harcelante en son esprit. Celui-ci semblait refuser ce que les mots calligraphiés sur l'acte d'accusation énonçaient. Un vague souvenir semblait vouloir poindre parmi les pensées d'Hermione, mais si flou. Le sentiment de l'innocence de Malefoy venait de là, elle en était sûre, mais elle ne savait pas pourquoi, elle ne parvenait pas à saisir les images qui ondoyaient sur l'écran de sa mémoire comme des vapeurs insaisissables. Comme l'ombre d'un doute, le sentiment d'une innocence qui pourtant était en tous points improbable. Elle était presque sûre que cela remontait à la fin de la guerre, car après tout, c'étaient là les dernières occasions où elle avait pu croiser le chemin de Malefoy.

.- Il y a quelque chose qui ne va pas, Malefoy n'est pas un tueur, répéta-t-elle.

Jenny lui jeta un regard agacé.

.- Bien sûr que si, il peut l'être Hermione. Quoique tu en penses, il n'est pas si dur que ça de tuer. Je le sais mieux que quiconque, vu les liens que peut avoir ma famille. Et si comme tu le dis, il n'était pas un tueur, alors notre théorie comme quoi cela aurait un lien avec la disparition de son père est un mobile suffisamment solide pour que le non-tueur qu'est Malefoy passe à l'acte, non?

.- Tu veux absolument qu'il ait tué, grinça Hermione.

.- Et toi tu veux qu'il ne l'ait pas.

.- C'est un acte d'accusation, et sans vouloir jouer les avocats du diable, rien ne prouve que ce soit vrai, que ce ne soit pas seulement une suspicion à son encontre qui aurait été traitée lors du procès, s'il avait eu lieu. N'oubliez pas, innocent jusqu'à preuve du contraire.

.- Hermione, tenta de tempérer Willehm, je suis aussi surpris que vous, je connaissais bien mon client, son tempérament, et je sais qu'il me l'aurait dit si ce meurtre avait été commis dans le cadre de la dernière guerre, et s'il ne l'a pas fait, c'est soit comme vous le pensez, parce qu'il s'agit d'une fausse suspicion, soit au contraire parce que cet acte est postérieur au laps de temps que je devais traiter. Je ne suis pas homme à refuser une piste lorsqu'elle se présente. Si effectivement, ce meurtre est prouvé et est lié d'une façon ou d'une autre à notre affaire, cela veut dire que nous avons trouvé une voie à remonter pour peut-être découvrir un semblant de vérité.

Hermione ouvrit la bouche pour répliquer, mais ne trouvant pas quoi que ce soit de pertinent à répliquer, la referma et soupira. Elle ne savait pas pourquoi, mais cette hypothèse lui déplaisait. Ou plutôt elle savait très bien pourquoi. Elle commençait juste à apprécier - car elle devait bien l'admettre - Malefoy, et cette nouvelle ombre ajoutée à son profil déjà fort complexe ne l'arrangeait pas. Pourtant, s'il fallait faire avec, elle n'allait pas faire la fine bouche. Rester professionnelle, se concentrer sur son enquête, ne pas entraver leurs recherches avec ses réticences. L'attrait d'une nouvelle piste l'emportait déjà insensiblement en d'autres sphères de pensée, différentes de celles qui avaient un rapport avec sa vie personnelle. L'excitation qu'apportait cette nouvelle perspective commença à l'atteindre, alors que sa pensée s'envolait en diverses hypothèses.

.- Soit. Que proposez-vous Willehm? C'est vous l'avocat ici, même si je suis supposée être versée dans les lois.

.- Reprenez contact avec Pansy Nott, mettez-la au courant de notre découverte. Je pense, connaissant son ingéniosité qu'elle saura mettre ceci à profit.

.- Vous pensez juste, elle m'a tout l'air d'être parfaite pour ce genre de mission.

.- Bien. Sinon, j'ai cru comprendre que vous étiez amenée à fréquenter dans le cadre d'un projet de loi? reprit le commis, d'une voix qui se faisait vibrante.

Ellery avait l'air de reprendre du poil de la bête. Son regard était décidé, ses directives surprenantes de concision. Hermione acquiesça, échangeant un regard avec Jenny, tout aussi saisie de la soudaine prestance de l'avocat, qui laissait entrapercevoir un pan de sa gloire passée. Au-delà de sa fonction même d'homme de loi, se mêlait en lui une part d'auror, de redresseur de torts, qui avait dû contribuer à son efficacité par le passé. Il ne se contentait pas de défendre, il cherchait, enquêtait, voulait connaître le revers des choses, au risque de défendre la mauvaise personne.

.- Gardez l'œil sur lui, badinez, tentez de voir qui peuvent être ses ennemis.

.- Vous savez Willehm, à la base, lui et moi nous détestons, et Malefoy voue une haine relativement tenace à tous mes proches. Donc techniquement, cela fait beaucoup d'ennemis pour notre liste.

Le commis sourit, semblant se rendre compte de la chose. Il jeta un coup d'oeil autour de lui, comme pour vérifier qu'ils étaient bien seuls.

.- Je veux dire, recherchez qui sont ses ennemis politiques, diplomatiques, ceux qui pourraient rivaliser avec lui. Ne m'aviez-vous pas dit que Neil Dodge faisait partie de la Commission en place? Il est notoire que et lui se détestent, et je pense qu'explorer de ce côté-là serait un bon début, ne trouvez-vous pas?

.- Savez-vous pourquoi ils se détestent? s'enquit Jenny, curieuse.

Le récit qu'Hermione lui avait fait de leur controverse lors de la soirée de vendredi l'intriguait.

.- Beaucoup de bruits courent, chuchota Ellery, mais je crois ne pas me tromper en imaginant que le point de discorde est Astoria Malefoy. Elle est l'amie d'enfance de Neil, sa famille était très liée aux Dodge, lesquels sont des humanistes, et ont toujours été en conflit avec les Malefoy.

.- Un triangle... Murmura Hermione.

.- Si vous voulez. Mais je pense que cela doit être encore plus complexe qu'il n'y semble.

Le silence flotta un instant, chacun semblant s'interroger. Leur enquête prenait un certain élan, il fallait l'avouer. Mais les nouvelles données étaient troublantes; la haine de Dodge, un meurtre... Et la disparition de Lucius dans tout cela? L'éviction d'Ellery? Le secret autour de l'affaire? Hermione plissait les yeux au fur et à mesure qu'elle s'énumérait les multiples et complexes rouages qu'ils avaient à disposition. Frustrée de ne pas apercevoir l'ombre d'une solution. Elle se repoussa dans sa chaise et ferma les yeux.

oOo

Jenny et Neil étaient partis depuis près d'une heure. Hermione avait souhaité rester plus longtemps à la salle des archives pour travailler. Ce qui était un bien piètre mensonge, puisqu'ils avaient tous trois décrété que prolonger leurs recherches en ce lieu ne serait pas forcément des plus fructueux. Mais elle avait besoin de calme, de livres ouverts face à elle, qu'elle feuilletait de temps à autre, laissant sa pensée glisser entre leurs pages. Ron avait les enfants ce soir, et elle avait envie d'un peu de quiétude, de temps pour penser. Pour oser le faire, oser arpenter les corridors tortueux de ses sentiments. Elle voulait aussi laisser à Jenny le bénéfice de son appartement, pour quelques heures tout du moins. Se conduire en bonne amie. Hermione s'en voulait pour son égoïsme flagrant, elle qui pourtant tentait toujours de faire attention à ceux qui l'entouraient. Mais à trop se hasarder à nager vers des lumières troubles, elle avait dû se noyer quelque part en chemin, sans s'en rendre compte. Elle avait continué de battre des bras, alors que le tourbillon l'emportait. Quand avait-ce pu être? Lors du Nouvel an, et de sa bonne humeur bien trop avinée? Non, ce n'étaient là que des maladresses, des balbutiements, de simples clapotements vite oubliés. Ils n'étaient point trop dérangeants, encore qu'ils revenaient la harceler à rêve. Comme le bruit de cette mer entendue la journée durant et qui s'obstine à murmurer au creux de l'oreille une fois que l'on s'est endormi. Enfin... Cela ne résolvait pas son problème. Quand s'était-elle noyée? Lors de la dispute avec Ron? Non plus. Vendredi... Sans doute. Pourtant elle avait l'impression tenace que ceci n'était que de l'aboutissement des grandes rafales qui l'avaient emportées vers ce rivage incertain. Ces baisers, tels de l'écume tiède sur sa peau. Cette tendresse enveloppante...

Hermione sentit son corps se piquer de frissons alors que ses pensées la percutaient sans ordre ni maîtrise. L'image de Malefoy se dessina devant ses yeux plissés. Son regard d'abord, d'un bleu gris d'averse, d'un acier de tempête. Ses yeux si ombrageux qui l'avaient observée, plus même, couvée, entourée, enlacée au creux de la chaleur insoupçonnable qu'ils savaient recéler. Qui l'avaient déshabillée, respectueusement, avec douceur et pudeur, et l'avaient bouleversée. Cette bouche ensuite, si ardente. Les lèvres brûlantes de Malefoy, partout sur son corps, son visage, ses propres lèvres, qui la lavaient de son chagrin et la faisaient renaître, la réchauffait du bain glacé dans lequel elle s'était trouvée. Était-il sa noyade ou son sauveur, cet homme cruel qu'elle avait toujours détesté? Qui l'obsédait, qui habitait sa peau de son souvenir prégnant. Elle avait beau paraître, prétexter, son être qui se cachait sous celle qu'elle s'obstinait à rester, cette Hermione malheureuse dont elle voulait se débarrasser et qui pourtant ne voulait pas la laisser, son être lui ne tendait qu'à éviter les pensées et les souvenirs qu'elle ne pouvait nier. Elle prétextait une fuite guidée par la raison, mais elle ne savait que trop... Les sentiments et sensations qui avaient crépité en elle, allumés avec ferveur par la chaleur qui lui avait offert Malefoy. Ses gestes ensuite, ses mains puissantes, son corps lourd d'homme dans la force de l'âge, qui avait pesé sur le sien avec attention, veillant à ne pas la gêner. Ses grandes mains fines qui l'avaient caressée, enveloppée avec sensualité, lui arrachant des soupirs d'envie. Quels étaient ses sentiments après cette entrevue impensable, inconcevable et pourtant inoubliable? Que devait-elle faire? Qu'aurait-elle du faire? Elle avait fui, elle ne le regrettait pas. Bien incapable d'assumer ses actes alors qu'elle avait réussi à s'arrêter avant d'aller trop loin, elle n'osait imaginer ce qu'il en aurait été si... Drago Malefoy l'obsédait depuis. Troublant auparavant, il était devenu le principal objet de ses pensées. Le cœur d'Hermione battait la chamade sous le simple joug de ses propres pensées. Que pouvait-elle faire? Malefoy devait se moquer d'elle, c'était ce qu'elle s'efforçait de penser, mais une intuition poignante, celle de son regard posé sur elle, de ses lèvres qui la dépossédaient de sa personne, niait une quelconque fourberie dans ses actions. Sa raison lui disait de se méfier, et la rappelait à Rose et à Hugo, à Ron, à ses amis, à son enquête, à Astoria et au petit Scorpius. Son cœur l'appelait vers ces yeux de tourmente. Écartelée entre les deux, elle se laissait couler. Écartelée entre la noyade et son sauveur.

Hermione secoua la tête, énervée et fatiguée d'être ainsi à la dérive. Elle qui était la plus rationaliste des sorcières, qui se plaisait à avoir une maîtrise totale sur toute chose, se retrouvait sans prise ni décision possible. Alea jacta est, le sort en était jeté, elle verrait bien ce qui adviendrait. Elle se laisserait porter par les évènements, encore une fois. Elle craignait de les laisser l'enfermer dans une situation aussi inconfortable, mais que pouvait-elle faire? Tout ou rien. Que ne devait-elle pas faire? Aucune résolution ne sortait du lot avec fermeté, puisque tout était possible, mais riche de conséquences. Mais encore, que voulait-elle vraiment? Retourner voir Malefoy? Le voulait-il? Il le lui avait dit.

Tu trouves qu'on a arrêté à temps ? Moi j'aurais voulu continuer, Hermione.

Cette phrase la ravissait et l'effrayait, l'attirait irrésistiblement, et ravivait par son simple souvenir le velours qu'avait été la voix rauque de Malefoy en la prononçant, le désir presque irrépressible de se retourner vers lui. Hermione était presque sûre que si elle retournait le voir, Malefoy ne serait pas contre. Mais avait-elle raté le coche, ne la rejetterait-il pas? Fier et mauvais comme il savait l'être, sans doute la blesserait-il plutôt que de lui ouvrir les bras. Et à quoi bon tout cela pouvait-il rimer? Que feraient-ils, si elle retournait le voir? Seraient-ils amants? Hermione grimaça. Elle n'était pas femme à être amante, à se complaire dans une relation de cette sorte... L'idée lui semblait d'autant plus saugrenue qu'il s'agissait de Malefoy. Mais quoi alors? Un couple? L'aimait-elle? Certainement pas, il l'attirait, lui plaisait, la fascinait et la rendait folle mais... Non, non, elle ne l'aimait pas, ce serait trop... C'était Malefoy. Mais alors, que seraient-ils? S'ils ne pouvaient être amis, amants, amoureux, que restait-il, ennemis? Ils ne l'étaient plus. Pourtant aucun des qualificatifs ne correspondait. C'était ridicule. Cela vaudrait-il dire que leur histoire était tellement particulière qu'elle en devenait hors du commun? Hermione étouffa un rire dans sa gorge. Cette vision lui semblait un peu hautaine, trop romanesque. Alors quoi, une relation tout simplement sans non? Une relation sans nom possible. Cela lui plaisait mieux.

La jeune femme fit défiler quelques pages du volume qui se trouvait devant elle, toujours sans le regarder. Alors quoi, avoir trouvé commet qualifier sa relation avec Malefoy, si jamais elle décidait de suivre la décision que lui imposait son coeur résolvait-il pour autant son dilemme? Non. Car son coeur appartenait aussi à ses enfants, et encore un peu à Ron. Et qu'elle était toujours coincée dans son tourbillon nauséeux, attendant soit de toucher le fond, soit d'atteindre la lumière.

Hermione se releva, résignée à attendre se voir ce que le sort, quoi que cette notion ne lui ait jamais été tellement familière, lui réservait. En attendant, elle se promit de se concentrer exclusivement sur son enquête. Elle alla ranger les différentes archives qu'elle avait consultées dans les étagères de bois patiné par le temps, et enfila son manteau, se préparant pour partir. Elle agrippa son sac, et retourna vers l'entrée de la salle des archives, seul endroit encore lumineux à cette heure plus que tardive. Au travers des portes de bois sculptées entrouvertes, elle pouvait voir l'atrium du Ministère, et ses cheminées ronflantes mises à disposition pour rentrer chez soi. Elle se tourna vers l'archiviste de garde pour lui souhaiter bonsoir, mais se figea, tétanisée. À ses côtés se trouvaient deux hommes en robe du ministère, bavardant tout en attendant que l'archiviste ait enregistré leurs emprunts. L'un des deux, de haute stature et à la barbe sombre taillée en pointe, semblait être le sous-secrétaire du Ministre de la Magie. L'autre, non moins grand et plus jeune, qui s'était retourné à l'entente de ses pas, était l'objet de ses tourments et désirs.

.- Granger?

Elle s'accrocha un sourire poli de circonstance au visage, adressant un signe de tête aux deux autres personnes présentes.

.- Bonsoir... Hum, je suis pressée Malefoy, je ne vais pas tarder, donc...

Il fit un pas vers elle, semblant avoir oublié son interlocuteur. Il avait l'air fatigué, sans doute les dernières phases des accords lui prenaient elles tout son temps. Ce devait être ça, songea Hermione, je serai stupide d'imaginer quoi que ce soit d'autre. Et pourquoi imaginer, sinon pour se leurrer? La découverte faite plus tôt dans la soirée par Ellery lui revint en mémoire. Malefoy, un meurtrier? Ce n'était pas impossible, mais... Hermione savait très bien que c'était son coeur qui protestait. Elle se gorgea les yeux de l'image de Malefoy qui, immobile, la couvait de son regard ombrageux.

.- De toute façon, on se voit jeudi, pour la signature des accords, non?

.- On peut se voir avant.

Les yeux de Malefoy la scrutaient avec hardiesse, avides d'une réponse. Hermione sentit son coeur manquer un battement. Malefoy fit un signe à son interlocuteur, et s'avança vers elle, lui coupant le chemin jusqu'à la sortie.

.- On peut se voir avant, Hermione?

.- P... Pourquoi? C'est Miranda ta collaboratrice, pas moi.

.- Tu ne veux pas?

La jeune femme tentait de s'empêcher de perdre tout contrôle d'elle-même. Les yeux, les lèvres, les mains et le corps de son ennemi, tous beaucoup trop proches de sa personne, l'étourdissaient.

.- Sois raisonnable, Malefoy, nous avons tous deux beaucoup de boulot, cela ne servirait à rien, énonça-t-elle, prenant un ton professionnel.

Derrière Malefoy, l'archiviste et le sous-secrétaire bavardaient, en leur lançant quelques coups d'œil.

.- L'article dans le journal... murmua Malefoy, la voix plus basse.

.- Ce n'est rien.

Hermione baissa les yeux, essayant de s'intimer de ne pas s'enfuir en courant. Deux doigts lui soulevèrent le menton et son regard dû soutenir l'orage de celui de Malefoy. Profitant de ce que sa stature cachait ses gestes, le jeune homme avait osé ce rapprochement, se délectant du toucher de ces quelques centimètres de peau sous ses doigts. Il lui caressa doucement ses lèvres de son pouce, sentant la jeune femme se tendre.

.- Je veux te voir.

.- Tu me verras jeudi.

Hermione cherchait à tout prix un moyen de s'en aller. Et pourtant elle voulait prolonger ce contact qu'elle sentait sur son visage et presser son corps entier à celui de son interlocuteur. Lui un tueur? Elle ne voulait le croire. Une intuition déraisonnée lui soufflait son innocence. Des images lui revenaient. Le salon du Manoir Malefoy, le sol et elle se tordant de douleur. Croisant le regard de Malefoy, qui semblait la soutenir. Sa baguette. Puis le noir de l'évanouissement, le flou des médicaments. Les yeux d'Hermione s'agrandirent sous le choc de ce souvenir oublié depuis longtemps. Elle l'avait noté, elle était sûre de ne pas inventer. Quelque part, dans un de ses journaux... Elle devait le retrouver, vérifier.

.- Tout va bien? Tu n'as pas l'air bien, lui murmura Malefoy, observant son trouble.

.- Ce n'est rien. Écoute, je dois vraiment y aller, on se voit jeudi, d'accord?

.- Hermione...

Elle lui sourit légèrement et, attrapant sa main pour l'ôter de son visage, la serra légèrement plus longtemps qu'il ne le fallait, comme un signe de gratitude tardif pour ce qu'elle venait de se souvenir. Un remerciement pour Malefoy, parce qu'il lui avait sauvé la vie. Puis, adressant son salut aux deux autres personnes, elle s'en fut sans rien ajouter. Malefoy resta troublé quelques secondes. Elle le rejetait, il l'avait cruellement ressenti. Contre son envie qui de toute évidence était identique à la sienne, elle le rejetait. Elle, son obsession de longue date. Et pourtant, ce signe, ces petits doigts qui avaient pressé presque avec tendresse les siens. Il ne comprenait pas.

.- Malefoy?

Il se retourna sous l'appel de son collègue. Lui adressant un sourire, il retourna à ses affaires. L'esprit plus embrouillé que jamais. Humant avec délices la légère odeur de lys qui flottait dans l'air poussiéreux de la salle des archives.

oOo

Voilà… :)

Donc, forcément, un chapitre plus light, mais non moins empli !

Une Hermione perdue dans ses sentiments, qui l'amènent à admettre que peut-être ?... ;) Une Jenny un brin féroce, qui joue les amies-infirmières, réveillant notre Monette par quelques électrochocs. Un Ellery qui découvre et planifie. Un « Sorcière-Hebdo » toujours aussi vide et vain. Un Drago troublé, qui semble vouloir revoir une certaine demoiselle…

Et un souvenir qui ressurgit, grâce à la découverte d'un meurtre…

Alors, avis ? Dites-moi tout !

En attendant, je vais aller reposer mes petits doigts, mais ne vous inquiétez pas, Mister Go fait l'intendance. Vous pourrez l'aider à décorer le sapin ! xD

De gros Bisous… :)

Et peut-être un chapitre comme cadeau de Noël …

Olivia, alias Stellmaria

PS: Vous avez vu comme ils ont changé plein de trucs sur le site! Waouhh, j'étais comme une petite fille devant le sapin de Noël (pile dans la période), c'est trop joli... Les comptes d'auteur et tout... (bien plus pratique, aussi) Et je vois les images de reviewers... ^^ Aah, mais c'est juste trop bien! :D