Adolescences tardives

/Papa. Dis, pourquoi on ne va jamais voir papi?/ /Scorpius, qui t'a foutu ces idioties dans le crâne?/ /Rose Weasley./ Drago soupira. Il avait fallu qu'elle tienne de sa mère. Il devrait aller parler à Granger, ceci ne devait pas se propager. Post T7

Disclaimer: Tout à JKR, sauf les personnages sortis de mon imagination...

Pairing: HGDM, what else?

Bonjour tout le monde!!!

Bon décidément, je n'arriverai à tenir aucun délais, donc je ne promettrai plus de poster à des dates spéciales! J'espère ne pas trop vous avoir déçu à Noël, mais j'étais en un coin où Internet peinait à exister… Malgré tout, avec une semaine de retard, et en une occasion toute aussi spéciale, voici le chapitre XVIII ! Long comme les précédents, à croire que je m'y habitue. :p

J'espère qu'il vous plaira, et mercii beaucoup pour toutes les reviews, c'est un plaisir de les lire et d'y répondre ! Visez ça un peu, déjà 210 !

Et juste histoire de faire un peu de pub, avant de filer en douce, allez donc dans mes auteurs favoris lire la fic de miss MiladyMoOn ! Peut-être trouvera-t-elle le moyen de se motiver pour écrire la suite ! ;)

(Je sens surtout qu'elle va me trucider pour ce message, mais je l'aime ma Charentaise ! :D)

Voilà, gros bisous, joyeuses fêtes, bonne année et meilleurs vœux !

LUV'YAH

Réponses aux reviews anonymes:

liaco : Coucou, toi ! Mercii pour la review ! Oui, encore un grand chapitre, il faut croire que j'ai pris l'habitude. Cela va finir par devenir disproportionné par rapport au début… Enfin ! Je suis contente que tu aies aimé le côté « light ». Désolée pour le cadeau de Noël, j'ai du retard, disons que les rennes se sont enrhumés ;) Mais bon, c'est toujours bien pour la nouvelle année ! Courage avec tes bouquins (boulot, boulot) et gros Bisous !

lou29 : Héhé… Mercii pour ta review ! Apparemment, le style Skeeter était bien imité, je me demandais si je n'exagérais pas trop ! Mais rien n'est trop gros pour les Skeeter ! Sinon, je suis contente de lire que tu aimes bien l'amitié entre Jenny et Monette, je m'attache bien à ce personnage inventé de toutes pièces ! Et puis elle a des avantages sur Ginny, Jenny n'est pas mariée, et n'est pas la sœur de Ron ! Et elle sort de serpentard… Donc forcément ! En ce qui concerne les découvertes… Tout ça relance le suspense, non ? Ne t'inquiète pas, d'ici la fin de la fic (un jour) tu sauras tout… Mais laisse donc Monette enquêter et suivre ses intuitions. Enfin, juste pour ne pas t'envoyer sur une fausse piste, Lucius n'est pas aux Caraïbes ! xD Quant à la fin… Haha, je joue un peu avec les nerfs, mais c'est tellement amusant. Et puis j'ai déjà tout décidé par rapport aux moments clefs de leur romance, les caps en quelque sorte, et ce n'en était pas un… J'ai un planning à respecter ! ;) En tout cas, merci encore pour ta review et tous tes compliments… J'espère que la suite te plaira ! De gros Bisous, et une bonne année !

MiladyMoOn : Ma Capu… Mais quelle review ! J'adhère ! ;) Diis, j'aurai le droit à d'autres comme celle-là ? En tout cas c'est sûr que tu as été ponctuelle, c'est à présent moi qui cumule les retards… Enfin, la suite est là, mais il ne faut pas que je me repose sur mes lauriers, car je n'ai que très peu d'avance. C'est ridicule, mais j'en panique presque. Bref, tu me connais après tout ! ;p En tout cas, mercii encore et encore pour tes compliments… Le simple fait que je te connaisse « en vrai » (ben oui quand même un peu, non ?) les rend encore plus précieux… D'autant que parmi mes proches, tu es ma seule et unique lectrice. Bref, je te réponds correctement à présent. Je suis contente que tu aies aimé le différend entre Jenny et Monette, je n'étais pas trop sûre de moi, car j'avais un peu zappé Jenny dans les autres chapitres, et je me disais qu'il était temps qu'elle revienne ! Pour Harry, Ron, les gosses et tout… Ils reviennent, ne t'inquiète pas, mais j'ai du mal à tout caser, je dois l'avouer. Car bon, sinon je stagne un peu dans mon intrigue, et il me faut avancer. En ce qui concerne Ellery… Moi aussi je l'aime bien ;) Je tends à m'attacher beaucoup aux personnages que j'invente totalement ou partiellement (comme Astoria), c'est affolant. Il ne faudrait pas qu'ils supplantent les personnages principaux ! En tout cas on le reverra, mais plus tard, car les prochains chapitres vont être remplis. Quant à l'introspection… Arf, c'est ma grande faiblesse, j'ADORE l'introspection. Et fatalement, je tombe dedans, puis je me fustige en me disant que je suis une sacrée nouille, car mon action n'a pas avancé d'un pouce. Mais bon, je m'amuse bien en écrivant ça, alors si ça plait et qu'on ne me le reproche pas, tout va bien. (D'autant que je ne fais pas une mini mise au point, c'est un pavé en général) Enfin, ça m'aura servi pour lier tout ça aux journaux… Je commence à me perdre moi-même dans mon histoire, c'est terrifiant. Et enfin, la fin (légère redondance) : bah oui, la technique de la carotte… Tentation, tentation, eh bien non tu ne l'auras pas. De toute façon, j'ai déjà décidé Où et Quand (hin hin). Alors rien ne me détournera de mon « planning ». Bref, mercii encore pour cette review qui fut un plaisir à lire, à relire et à répondre ! Je t'envoie du vent du Sud et de la neige des Alpes, et je pense au printemps… Milles ondes d'amitiés, et une merveilleuse année !

Alex : Hullo, mercii pour ta review ! Que de compliments ! :D Je suis toujours contente de « lire » de nouvelles revieweuses, et je suis ravie que tu aimes mon histoire et ma façon de l'écrire ! En tout cas, j'espère que la suite te plaira et ne décevra pas tes attentes ! (D'autant qu'étant moi-même très fan des HgDm, je veux écrire sur eux correctement). Voilà, de gros Bisous et Bonne Année !

Popo : Helloo ! Merci beaucoup pour ta review, je suis contente de lire que mon histoire te plait ! Ne t'inquiète pas, je ne te laisse pas sur ta faim, la suite arrive … En tout cas je suis ravie d'apprendre que ma manière d'amener le couple HgDm sort un peu du lot, c'est sûr que c'est dur vu à quel point ce couple est populaire (j'en suis moi-même une adoratrice ;p). Apparemment, les autres intrigues, qui ne sont pas franchement secondaires, te plaisent, et c'est tant mieux ! Je me laisse un peu dépasser par toute cette histoire, mais j'espère bien la mener correctement jusqu'au bout. ;) Bref, sur ce je te laisse, j'espère que tu aimeras toujours… Gros Bisous et Bonne année !

Sarah : Coucou, merci beaucoup pour ta review ! Tous tes compliments me touchent beaucoup, je suis contente de lire que mon écriture te plait ! Je dois avouer que je fais beaucoup d'efforts et que je me relis un nombre incalculable de fois, mais c'est bien parce que j'ai moi-même du mal à apprécier les fictions mal écrites ou à l'orthographe trop « sms ». Je n'impose pas ce que je n'aime pas ! ;) Même si bien sûr, les fautes de frappe échappent souvent à l'attention … :'( Enfin, je suis contente de lire que tu aimes aussi ma manière de rapprocher Hermione et Malefoy, tu partages ma vision des choses. Ce n'est pas aussi simple entre eux deux, et le grand amour en 7 chapitres serait surréaliste ! Bref, merci encore et … Bonne année! :)

Et deux citations cette fois-ci …


"Il y a souvent plus d'angoisse à attendre un plaisir qu'à subir une peine."

"Il n'y a que deux espèces d'être humains : ceux qui ont tué et ceux qui n'ont pas tué."

[Colette]


oOo

Chapitre XVIII

//L'espoir, l'attente, la frustration et le doute, voilà le douloureux lot de ceux qui veulent aimer.//

oOo

Journal d'Hermione Granger

7/10/1998

Cher journal,

Par Merlin, j'ai beaucoup de choses à te raconter. Tout d'abord, Ron a découvert que j'avais bu un verre avec Viktor. Pas que je tentais de le lui cacher, mais notre rencontre était de si peu d'importance que cela m'était totalement sorti de la tête. Et… Nous ne sommes plus ensemble, et je n'aurais pas pensé que ça puisse faire aussi mal. Ginny m'assure que c'est passager, que Ron va revenir, qu'il est pire qu'un Niffleur ayant trouvé une pièce d'or, obstiné dans son jugement, et borné dans son attitude. Je t'écris à présent à tête – presque – reposée, mes pleurs s'étant taris. Je me sens mal, misérable et blessée. Blessée car il n'a pas attendu mes explications. Blessée car ce crétin roux ne me fais pas confiance, blessée car je pensais que notre couple valait mieux que l'orgueil vaguement chiffonné de Monsieur. Je déteste et abhorre ce sentiment-là, celui de dépérir à cause de l'absence d'un homme auquel on garde rancune. C'est affreux et démoralisant. Je sais que Ginny a raison, il va bien finir par revenir, mais je lui ferai payer ce qu'il m'a fait subir. Je veux dire, car je ne te l'ai pas encore précisé, qu'il m'a quittée sur un bout de parchemin. Trois lignes. Ah Bravo, c'est bien digne de Weasel ! Tu vois, j'emploie des expressions terriblement Malefoyennes dans mon énervement. C'est que je dois être tombée bien bas. Mais quel butor, quel foutu Pitiponk des marais ! Je… veux lui faire payer sa conduite. Moi qui avais attendu depuis tellement longtemps de me mettre avec lui. Déjà que notre situation, à mi-chemin entre la Hollande et l'Angleterre n'est pas des plus aisées, il faudrait tout de même que Ron comprenne que la confiance est en ce cas indispensable. Ç'aurait été un autre homme, j'aurais laissé tombé, car son attitude m'a meurtrie. Mais c'est Ron… Je suis faible.

Sinon, peu de nouvelles, les cours progressent, et s'alimentent d'actualité. Cependant, les procès mettent du temps à se mettre en route, par manque d'avocats, or la Justice veut respecter scrupuleusement les règles établies. Ce n'est pas l'avis du « public », mais je lui en suis gré. Si le moindre pas est fait en-dehors des règles et lois établies, je crains bien, en cette période de tension pour le moins palpable, que tout dégénère totalement. Le « cas » du moment est celui de Rodolphus Lestrange. Son dossier est terrifiant, et l'homme en lui-même est à l'image de sa défunte épouse. Voilà un procès qui me manquera, celui de Bellatrix. Enfin, la savoir morte me contente tout de même.

Je passe pas mal de temps avec Emily, l'Américaine dont je t'avais parlé précédemment. Elle est vraiment adorable, et très drôle avec ça. Elle suit les cours de l'Université plus par désoeuvrement que par passion, elle n'a pas encore de projet d'étude défini. C'est vrai que son pays n'a pas été tellement touché par la guerre. Par contre, elle ne se lasse pas de mes récits, trouvant passionnant et fascinant ce que l'on a vécu. Cela m'amuse et me touche, elle ressemble plus à une jeune fille de dix-huit ans que moi. Et le fait de pouvoir parler d'autres choses que des évènements de ces derniers mois et années avec elle me libère l'esprit. Sue Lee a été mutée dans un autre département de l'université, qui se situe plus loin dans la région, aussi nous avons vite perdu contact avec elle, nos relations n'ayant pas la solidité que peuvent donner les années. Enfin, Edgar et Gonzague continuent de passer du temps avec nous. Le premier m'agace légèrement, mais je m'habitue à lui depuis qu'Emily m'a fait remarquer que c'est peut-être parce que… Nous avons la même attitude. Je suis restée coite sur le coup mais… Je vais tenter de m'améliorer. Je sais bien qu'elle ne m'a pas dit ça pour me vexer, et je peux moi-même me montrer suffisante. Aussi mes relations avec Edgar ce sont détendues, et finalement, nous possédons tous deux un certain mimétisme. Quant à Gonzague, très naturel et sociable, il me fait rire et semble décidé à devenir l'ami d'Edgar, dans le but de, je cite, « lui ôter ce petit air de coincé des banlieues chics de la face ». J'ai hâte de voir ça !

Voilà pour les nouvelles, je me sens bien plus calme maintenant que je me suis déchargée sur tes pages. Je sais bien que la colère et la tristesse ne m'accordent qu'une courte trêve, et qu'elles reviendront sous peu, mais je m'accroche à mon espoir: Ron me reviendra. Dans mes moments de doute, cette idée me semble bien fragile, mais j'en ai l'intuition, nous n'avons pas encore vécu ce qui nous est du. Pour chasser cela, souvent, je préfère m'énerver contre lui. Pitié cher journal, absorbe donc mon trop plein de rancœur ! Ça me fatigue et me tourmente. Sur ce à la prochaine !

oOo

Harry Potter tournait méthodiquement dans son fauteuil, derrière la mince et bien modeste palissade de bois qui isolait son bureau des autres, et du reste du quartier général des aurors. Plaquant ses paumes contre la faïence d'un mug, il se délassait quelque peu, bercé pour le léger roulis provoqué par le tourniquet de sa chaise. L'odeur de café chaud montait d'entre ses mains, et lui chatouillait agréablement les narines. De temps à autre, il jetait négligemment un coup d'œil à sa montre. Bientôt l'heure de partir... enfin!

La semaine avait été rude, à l'image des précédentes. La quantité de délégations d'importance et de manifestations mondaines avait accaparé tout le département des aurors, qui devait faire des mains et des pieds pour trouver le temps de se consacrer aux affaires courantes, tâche d'autant plus ardue que l'on avait constaté comme une montée de délits et d'autres faits divers, sans doutes encouragés par cette vague de changement politique qui agitait le monde sorcier. L'échiquier des nations allait connaître une transformation majeure, un coup magistral, pour le meilleur ou pour le pire, Amen. Cela agaçait Harry, qui peinait à montrer de l'intérêt pour l'affaire. Du changement, du changement, pourquoi diable voulaient-ils tous du changement? N'était-on pas bien, là? Pourquoi tout chambouler, tout retourner quitte à faire un saut dans le vide, quand on parvenait plus ou moins à s'accommoder de l'état actuel des choses ? Harry n'avait jamais été féru de politique, non pas par manque d'intérêt, mais plutôt par manque de sympathie pour le milieu. Des squales, des dragons, des hydres dansant dans un bal masqué de sourires cartonnés, voilà ce qu'ils étaient! On lui avait bien proposé des postes conséquents, proportionnels à l'importance de son nom, mais il avait refusé. Il n'aurait alors été qu'un pauvre pantin, un jouet médiatique. Ce qu'il aimait était l'action, aider les gens dans la détresse. Ce n'était pas nouveau, et il se moquait parfois de lui-même, se rendant bien compte qu'il était parfois trop utopique, trop gentil. Mais ça ne le dérangeait pas, pourvu qu'on le laisse faire. Quitte à être gentil, à passer pour un doux idéaliste, cela valait toujours mieux que d'entrer dans ce sinueux bal masqué et d'y rester menotté de chaînes dorées.

Il porta la tasse fumante à ses lèvres et savoura ce goût âcre qui faisait partir un peu de l'engourdissement qui s'était emparé de lui. Sa dernière heure de garde s'étirait décidément avec une lenteur assez lassante. Il n'était pas rentré chez lui depuis deux jours, ayant été appelé en urgence, puis ayant enchaîné avec deux gardes successives. Nuit puis jour. Il en perdait la notion du temps. Il avait envie de serrer ses enfants contre lui, même s'il savait que son aîné, James, protesterait. Heureusement Albus gardait encore un peu de cette tendresse toute enfantine. Les enfants grandissaient vite, à présent. Il se rassurait en se disant qu'il n'aurait sans doute pas ce genre de problème avec sa timide petite Lily, la fillette étant une fée de douceur. Et Ginny! Oui, il voulait rentrer chez lui, il était fourbu, et il savait, qu'en cette dernière heure, il ne ferait rien de bon. Il se contentait au contraire de savourer par avance les deux jours de repos qui s'annonçaient. Kingsley lui accorderait bien ça.

Harry tendit sa tête derrière le paravent et scruta les allées et venues, entre les "bureaux", des aurors des différentes sections. Leur département avait toujours eu la réputation de n'être qu'une immense salle subdivisée en différents minuscules carrés, où personne n'était à sa place et où tous couraient, des dossiers sous le bras, un café à la main, ou bien tentant tant bien que mal d'accrocher une cape en allant rejoindre la salle de transplanage pour les interventions, un badge brillant aux armoiries entremêlées de la IFA et du Ministère sur la poitrine. Il aperçut au loin la tignasse rousse de son meilleur ami, et hésita à l'interpeller. Il savait que Ron allait mal, et que son altercation voilà une quinzaine de jours dans le bureau d'Hermione l'avait démoli. Il n'était que l'ombre de lui-même, ne riait plus, ne parlait plus, à part de façon monosyllabique, s'il le devait vraiment. Harry s'en voulait, il se sentait mal à l'aise avec lui. Il n'allait pas le voir de bon coeur. Peut-être parce que son affection tendait également vers Hermione. Il se torturait entre ses deux amis, et ne faisait rien, n'osant parler ni avec l'un, ni avec l'autre. Il s'en voulait d'autant plus qu'il n'était pas allé voir Hermione... Depuis près d'un mois. Il avait honte, et cela le torturait. Il n'avait pas osé, et repoussait toujours à plus tard. Elle devait se sentir abandonnée... Il culpabilisait comme un criminel mais n'osait pas en parler. Ses relations avec Ginny étaient devenues quelque peu tendues, celle-ci semblant également affectée, et le silence que tous deux gardaient obstinément à ce sujet créait un vide plus que conséquent dans leurs conversations. De plus, il se sentait le pire des amis possibles. Il fuyait Ron plutôt que de tenter une conversation, et n'allait pas voir Hermione. Et ruminait.

.- Je suis vraiment pitoyable... marmonna-t-il sombrement, alors qu'avant qu'il ait pu se résoudre à l'interpeller, Ron disparaissait dans l'enchevêtrement de bureaux de leur département.

La pression familiale, du reste, achevait de le démotiver, il était le point de mire de toutes les sollicitations, requêtes et réprimandes, et se faisait l'effet d'être un paratonnerre. Mauvais ça, d'être un point de convergence. Molly se désespérait sur son épaule, Ron ne voulait pas lui parler, et Hermione n'avait répondu que brièvement à ses messages. Les frères Weasley venaient tour à tour dénigrer leur frère, puis demandaient enfin, inquiets, s'il ne pourrait pas s'occuper un peu de Ron, car il avait l'air de dépérir. Ginny le laissait tranquille au sujet du roux, mais lui demandait des nouvelles d'Hermione. C'était pourtant son amie, arguait-elle avec mauvaise humeur. Celle de Ginny également, marmonnait-il, comprenant que sa femme était tout aussi empêtrée dans ses considérations que lui. Elle prétextait qu'Hermione préférerait le voir lui, puisqu'ils avaient toujours eu ce lien particulier, et puis elle ne voulait pas lui rappeler Ron. Comme si lui-même n'allait pas lui apporter le souvenir du membre absent de leur trio d'antan… Et s'il avait le malheur de demander à son épouse des nouvelles de Ron, celle-ci s'offusquait des manquements de son mari à son statut de meilleur ami. Ce à quoi, il répondait presque mesquinement que ce devrait être à elle de s'occuper de Ron, ils avaient un lien tellement spécial. En général, après avoir osé une telle remarque, il finissait sa nuit sur le canapé. Enfin, il y avait les enfants, les siens surtout. Ceux-ci le bombardaient de questions, en particulier Albus, qui s'inquiétait pour sa cousine favorite. Ils demandaient pourquoi Tata Mione et Oncle Ronny ne venaient plus, et pourquoi leurs cousins étaient aussi souvent chez eux. Enfin, c'étaient surtout les questions des deux cadets, James semblait avoir saisi la situation. Tout comme Rose d'ailleurs, qui ne disait mot, et s'occupait tendrement de son frère. Les enfants ont une capacité de compréhension impressionnante, songea Harry. Restait le reste de la cousinade, non moins coriace. Il avait même reçu un hibou de Teddy qui demandait, en post-scriptum si les choses s'arrangeaient chez Ron et Hermione. C'était un dur fardeau de faire partie d'une famille aussi soudée et nombreuse, car la moindre flamme provoquait l'incendie, et ce clan-ci faisait feu de tout bois. Et Harry se sentait bien souvent ballotté, dans tous ces vents contraires et impétueux, lui, l'ami, le beau-frère, le mari, le père, l'oncle, et le gendre. Seul Arthur, relativement calme, semblait silencieux. L'habitude, peut-être. Où la sage compréhension que de toute manière, ce qui se déroulait devait se faire, et qu'il n'était pas en leur pouvoir d'y changer quoi que ce soit.

.- Harry? Je peux entrer un instant, j'ai quelque chose à te montrer...

Reconnaissant la voix de Kingsley Shacklebolt, son supérieur et ami, Harry s'était tourné vers l'entrée de son carré, et avait fait signe d'entrer. L'immense noir occupa bien vite le peu d'espace restant, et prit appui sur la table, son poing resserré sur un journal qu'il posa devant Harry.

.- Sorcière-Hebdo? Non, vraiment Kinglsey, je crois que c'est plutôt Ginny que vous cherchiez.

Les sourcils du Chef des Aurors se resserrèrent, donnant un accent sévère à son visage. De toute évidence, il ne plaisantait pas et quelque chose semblait le préoccuper. Harry pinça ses lèvres, semblant dubitatif.

.- Bien, que dois-je lire?

.- Vas à la page 6, cela n'a heureusement pas fait les gros titres.

.- Cela?

.- Lis.

Le jeune homme obtempéra, son supérieur ne semblant de toute évidence pas d'humeur à discuter. Il fit glisser les pages de papier glacé entre ses doigts, 2... 4...5... 6. Il y était, et découvrait avec surprise une photo de sa meilleure amie, appuyant sur la sonnette d'un élégant hôtel particulier londonien, étant elle-même habillée avec beaucoup de goût. Des caractères en italique sous-titraient: " L'ex-Miss Granger ne semble rien trouver trop beau pour elle". Harry crispa ses mains sur les bords du magazine, le froissant, et ravala l'énervement qui s'emparait de lui en commençant à lire l'article. Des mots lui sautaient aux yeux, "jeune parvenue", et puis quoi encore, comment cette autre Skeeter osait-elle appeler Hermione de la sorte?Et ces élucubrations de mauvais goût, comme si elle pouvait être ravie "d'être remise sur le plus choisi des marchés", on aurait dit qu'elle parlait d'une foire aux animaux, cette femme n'avait aucune estime des autres. Et puis il se serait bien passé de se souvenir de cela, de "la même situation que celle qu'elle avait provoquée entre Krum et Potter dans son adolescence", encore un mensonge qui avait été monté de toutes pièces. Pourquoi s'acharnait-t-elle ainsi sur Hermione, elle n'avait pas besoin de cela en ce moment, d'autant qu'il y avait beaucoup d'autres jeunes femmes dont les frasques bien plus réelles pouvaient être contées. Et puis quelle idée, comment pouvait-elle insinuer que sa petite Hermione cherchait à tourner "la tête du Lord Malefoy", déjà que tous deux se détestaient, ce serait en plus lui faire injure.

.- Qu'est-ce que c'est que cet odieux torchon, siffla Harry, furieux. Il faut attaquer cette furie en justice, on devrait lui interdire l'exercice du journalisme.

.- C'est incriminant, je dois l'admettre, dit posément Kingsley, et absolument abject, mais là n'est pas l'essentiel. Un point en particulier m'intéresse ; Hermione semble avoir du collaborer avec , et ceci est sans doute la seule once de vérité de cet article. Savais-tu qu'elle devait le voir?

.- Si je... balbutia Harry, pris de court.

S'il le savait? Non, pas le moins du monde. Car dans sa lâcheté et son ridicule côté de justicier, qui ne voulait privilégier personne, il n'était pas allé la voir. Elle n'avait donc pas pu le lui dire. Et pourquoi l'aurait-elle fait, elle devait croire qu'il cherchait à s'éloigner d'elle. Mais c'était tout de même surprenant. D'ailleurs, rien n'aurait pu le pousser à rapprocher Hermione de cette fouine livide, mais après tout, tout le monde se croisait un jour ou l'autre au Ministère.

.- Je l'ignorais.

Harry songea soudain à Ron. Il avait dû tomber là-dessus. Plus que le fait de voir qu'Hermione se devait de fréquenter Malefoy pour son boulot, et cela n'était pas bien grave, après tout la jeune femme avait une certaine défense, cet article était odieusement diffamant tant pour elle que pour leur couple. Cela avait dû lui porter un choc. Il jeta un coup d'oeil à la couverture du magazine. Il datait de la veille. Et depuis la veille, Ron ne lui avait adressé absolument aucun mot. Savait-il? Et puis même... Il devait savoir la bassesse des Skeeter. Harry espérait que son ami ne prendrait pas la chose trop à coeur. Qu'il irait voir Hermione.

.- C'est gentil de m'avoir montré ça, Kingsley, je...

.- Je ne te l'ai pas montré pour que tu y vois une autre preuve de l'ignominie des Skeeter, ni pour te pousser à aller réconforter Hermione, même si je t'y encourage, ni encore pour que tu saches qu'elle se doit de collaborer avec Malefoy, même si ce dernier point est plus ou moins lié à la raison de ma visite.

.- Malefoy? Eh bien quoi, il est absolument détestable, et je compatis pour Hermione, mais je pense qu'elle s'en tirera. Il ne la fait plus pleurer depuis longtemps, et je peux espérer qu'il ait grandi.

.- Cela n'a rien à voir.

Son chef déplia son grand corps souple et musclé par l'exercice et, sortant sa baguette de sa poche, lança un sort de Silencio au petit carré d'où les bruits pouvaient rapidement filtrer. Harry sentit son pouls s'accélérer. La mine de son supérieur était préoccupée, et il se mit à s'inquiéter pour Hermione.

.- Qu'y a-t-il Kingsley, dois-je craindre quelque chose pour Hermione?

.- Laisse-moi te conter quelque chose, que j'aurais peut-être du te dire plus tôt. En décembre dernier, j'ai remarqué qu'il y avait une demande d'accompagnement à la citadelle d'Azkaban déposée au nom d'Hermione. J'étais intrigué, et comme je l'ai toujours bien aimée, je me suis saisi de l'occasion, en me disant que ce serait agréable de la revoir. De plus, la demande était confidentielle, et je me suis donc proposé, supposant qu'elle y allait pour quelque affaire que son département devait régler. En fait, elle devait aller rendre visite à Lucius Malefoy.

.- Malefoy père? Mais pourquoi?

Harry peinait à suivre ce que lui expliquait l'auror. Comment, sa petite Hermione, se rendre à Azkaban? Elle ne le lui avait pas dit, alors qu'ils se voyaient toujours, alors. Mais si c'était confidentiel... Il espérait qu'elle ne s'était pas embarquée dans une affaire louche. Elle était si fragile en ce moment... C'était bien simple pour lui de dire ça, lui qui n'était même pas allé la voir, mais il la connaissait sur le bout des doigts. Même si elle le surprenait toujours. Et pourquoi donc aller voir Lucius Malefoy ? Il savait qu'Hermione n'irait pas volontairement à la rencontre de cette famille.

.- Pourquoi devait-elle aller le voir?

.- Elle ne me l'a pas dit. Le fait est que lorsque nous sommes arrivés à sa cellule, celle-ci était vide. Inexplicablement vide. Lorsque j'ai voulu en référer au Ministre, celui-ci m'a dit que tout était en ordre, mais que je ne devais pas chercher. Tu me connais Harry, je ne me serais pas contenté de ça d'habitude, mais il avait l'air tellement catégorique et fermé que j'ai obtempéré. Je m'inquiétais plutôt pour Hermione. Elle était déjà mal en point à ce moment-là, et elle est tombée malade à la suite de la visite. Elle semblait déboussolée et ne parlait pas, mais on voyait que sa pensée galopait à toute allure. Je ne l'ai pas revue depuis, et j'avais oublié ce fait troublant. D'autant que j'avais pris soin de ne pas mentionner le nom d'Hermione devant le Ministre, aussi ne savait-il pas qu'elle aussi savait que Lucius n'était pas dans sa cellule. Et je crois bien qu'Hermione enquête à ce sujet. Ce qui pourrait expliquer qu'elle se soit rapprochée de Drago Malefoy, et collabore avec lui. Et cela m'inquiète, car pour peu qu'il y ait quelque chose d'inexpliqué dans les affaires de cette famille, c'est forcément dangereux.

La voix profonde s'était tue, laissant le silence apposer sa chape avec lourdeur. Harry pinça l'arête de son nez, fronçant les sourcils. Tout cela lui semblait fou. Hasardeux. Périlleux. Et lui qui n'était pas là pour Hermione... Alors qu'elle se lançait dans il ne savait quelle enquête, dans l'ombre du pouvoir ministériel. Curieuse et courageuse Hermione, pourquoi fallait-il qu'elle s'entête ? Il la comprenait, il en aurait fait de même. Mais... Malefoy. Ce nom lui restait en travers de la gorge. Le lançait et augmentait la vitesse de battement de son coeur.

.- Je n'ai pas le temps de m'occuper de ça, expliqua Kingsley en bloquant son regard dans celui de son auror, mes devoirs de chef m'en empêchent. Mais je m'inquiète, et je pense qu'en ta qualité d'ami, il faut que tu sois là pour la protéger. Tu devrais d'ailleurs déjà y être.

.- Je sais, marmonna Harry, contrit.

.- Pas un mot à Ron. Tu me feras tes rapports. Je sais qu'Hermione sera présente, avec Malefoy, à la signature de la LSA, ainsi qu'au gala qui s'ensuivra. Sois là. Pour elle et pour l'enquête.

Apposant le joug de son regard franc et scrutateur quelques secondes encore sur Harry, Kingsley se leva, et après un signe de tête de connivence, ôtant le sort de silence, sortit du bureau. Harry se prit la tête dans les mains. Il n'était pas un paratonnerre, il n'était qu'une brindille dans le vent. Une brindille qui devrait protéger une rose, qui malgré ses épines était extrêmement vulnérable. Une rose chérie et menacée par il ne savait quelle sordide purulence. De rage, Harry saisit le Sorciere-Hebdo et l'envoya valdinguer sur le mur face à lui, renversant quantité d'objets sur une étagère. Il ne resta que la photo de sa promotion de Poudlard, fièrement campée dans son cadre de cèdre. Le passé, toujours solide, immuable. Un roc sur lequel s'appuyer, une multiplicité de branches pour se perdre. Il se promit d'y réserver la meilleure place à sa sœur de cœur, mais il devait en attendant s'empresser de la déterrer du bourbier où elle s'enfonçait. Là n'était pas la place de la rose rouge des griffondor.

oOo

.-... Buark ... Je n'en peux plus Monette, sois gentille, donne-moi un sédatif.

.- Ce n'est pas cela qui va t'aider, répliqua Hermione avec fermeté.

.- Pitié, pitié, aie pitié de ton prochain, ô noble coeur de Griffondor, quand bien même j'appartiens à la vile maison des serpents...

.- Là n'est pas la question. Si tu commençais déjà par aller te recoucher? Les toilettes ne t'aideront pas à te retaper.

Jenny leva de petits yeux humides et désespérés vers son amie. Elle était malade, et ce sans demi-mesure. Ça devait bien arriver un jour, elle avait trop demandé à ses défenses, et celles-ci l'avaient lâchée. Elles s'étaient comme mises en grève, et elle se retrouvait avec une fièvre quasi tropicale et tous les aliments qui avaient l'audace de tenter de la nourrir étaient rejetés sans cérémonie. Fichus anticorps, jamais contents, n'auraient-ils donc pas pu tenir deux petits mois de plus, jusqu'au concours? C'étaient là de précieuses heures de révision qu'elle perdait en comatant, ne se levant que pour traîner sa pauvre carcasse frissonnante vers les cabinets face à sa chambre. Et en plus de cela, elle était d'une humeur exécrable. En fait, elle était toujours de très mauvais poil lorsqu'elle était malade.

.- Au lit!

Jenny lança un regard noir à son amie, mais finit tout de même par aller se réfugier entre ses couettes moelleuses et chaudes, qui pourtant ne parvenaient pas à l'apaiser. Elle soupira de frustration alors qu'Hermione la bordait avec tendresse. Elle détestait se sentir aussi impuissante, faible. Elle n'aimait pas ça, pire, cela la terrifiait. Toujours se montrer forte, implacable, lui avait-on appris. Elle avait avec le temps tempéré ces préceptes avec un peu d'humanité, aidée en cela par sa nature joyeuse, mais dès qu'une ombre assombrissait son esprit, ces conceptions claniques revenaient. Ce n'était pas exactement l'âpreté de ces règles qui lui pesait et hantait son esprit, mais plutôt cette éminence, le souvenir de son défunt oncle Evan Rosier, un mangemort d'importance de la première guerre, une gloire familiale. Son souvenir omniprésent n'avait de cesse de planer et avait pétrifié toute son enfance de son jugement sévère. Il paralysait sa famille, qui se sentait presque épiée, et qui mettait un point d'honneur à exalter ce grand nom. Elle s'était toujours sentie proche de cet oncle qu'elle n'avait pas connu, étant mort bien avant sa naissance, et s'inventait peut-être du fait de son absence des conversations avec lui. Jenny avait grandi dans sa chambre, et son souvenir, sa présence la hantait. Sans doute, suivant cette même logique, son éducation, les préceptes qu'elle avait appris à s'appliquer étaient-ils gravés en sa chair.

.- C'est bon, Hermione, je ne suis pas en sucre... grommela-t-elle, repoussant doucement les mains de son amie qui s'acharnaient à réajuster ses oreillers.

.- Je veux que tu sois bien, comme ça tu te retaperas vite. Comme ça tu pourras reprendre tes révisions, je sais combien cet enfermement forcé te pèse. Je veux être une bonne amie et m'occuper correctement de toi, énonça Hermione avec un doux sourire.

.- C'est vraiment gentil, mais je sais faire, ne t'inquiète pas. J'ai l'habitude. Tu n'as pas toujours été là, et tu as mieux à faire.

.- Non, je t'interdis de dire que j'ai des choses plus importantes à faire que de m'occuper de toi. Le reste peut attendre. J'ai encore trois heures avant que les enfants ne sortent de l'école, Willehm est à la cour toute la journée, et je n'ai pas envie de poursuivre les recherches, là, maintenant, alors que tu as besoin de moi.

Hermione s'assit sur la courtepointe du lit et la couva du regard, faisant fi de l'air dubitatif de son amie. Haussant les épaules, elle commença à jouer avec un fil qui s'échappait du piqué blanc de l'édredon. Elle était habillée de façon pratique, des baskets, un vieux jean délavé, un pull noir. Dans la lumière tamisée par les rideaux tirés, Jenny remarqua qu'elle ressemblait plus à une adolescente qu'à une mère de deux enfants. Sa bouche formait une moue songeuse, elle semblait être partie en d'autres mondes, comme souvent ces derniers temps.

.- À quoi penses-tu?, demanda Jenny, la voix éraillée. Tu sembles ailleurs.

.- À tout et à rien, répondit Hermione avec un sourire coupable. À toi aussi. Tu es sûre que tu ne veux rien manger?

.- C'est bon, je le saurais si cet estomac réclamait quoique ce soit. En général, il le montre bruyamment.

.- Ce n'est pas faux, se moqua la jeune femme.

.- Hey!

Elles éclatèrent de rire, avant que Jenny ne parte en une crise d'éternuements, renforçant ainsi l'hilarité qui les secouait. C'est alors qu'elles entendirent de petits coups secs, comme si quelqu'un cognait. Elles levèrent la tête vers la fenêtre, et Hermione se releva. Repoussant le rideau, elle vit une petite hulotte noire piqueter impatiemment du bec la vitre. Ses ailes luisaient d'humidité dans le soleil hivernal déjà bas. Elle ouvrit la fenêtre et la fit entrer. Après l'avoir déposée sur l'étagère et lui avoir apporté de quoi grignoter, lui administrant quelques caresses en récompense, Hermione détacha le pli étroitement ficelé à sa serre.

.- C'est de Pansy Nott, constata Hermione, reconnaissant le sceau représentant une corneille emprisonnant un chardon dans son bec.

.- Ah, tu lui avais écrit?

.- Je lui ai laissé un mot à son office tantôt, pour l'enquête. Elle est rapide.

.- Alors, lis!

Hermione roula des yeux devant l'impatience de son amie. Même malade, rien ne pouvait entamer son enthousiasme. Même si elle devait admettre qu'il lui arrivait de voir son regard s'assombrir, par moments, de façon si fugace qu'elle n'osait y faire allusion. Si Jenny ne voulait pas lui en parler... Chassant ces pensées, Hermione brisa le cachet de cire et déplia le parchemin. L'écriture ronde et déliée de Pansy en emplissait tout le recto. Hermione s'éclaircit la gorge et commença à lire.

Ministère Britannique de la Magie, office n° 854, le 23 janvier 2013

Granger,

J'ai bien reçu ton message. Désolée de ne pas t'avoir communiqué d'informations plus tôt, le fait est que j'étais débordée, et puis que tout simplement que je n'en avais pas. Ne sous-estime pas l'efficacité de mon enquête, le problème est surtout que les Malefoy ne se confient pas facilement. Le peu de confidences que j'ai pu extorquer à Drago avant le Nouvel An était déjà exceptionnel, et depuis ni lui ni Astoria ne semblent avoir été tentés de s'épancher. Du moins pas à ce sujet; ils sollicitent plutôt mon aimable épaule pour d'autres confessions, c'en est presque fatigant. Je ne suis pas bonne pour jouer les oreilles charitables, mais bon, je me dis que ça me forge une sensibilité - il y a toujours un bon revers à chaque chose. J'ai également cherché du côté de Blaise - Zabini-, car il est tout de même le meilleur ami de Drago. Toutefois, s'il sait quelque chose, il le cache bien. En fait, je pense que c'est le cas, Blaise sait toujours beaucoup de choses sur Drago, même si, d'ordinaire, je peux me vanter d'être également au courant. Ce ne semble pas être le cas ici. Il faudrait que je fouille un peu chez lui, mais ça me gêne. La frustration de ne pas savoir me motivera sans doute. Il faudrait également que j'aille voir Narcissa Malefoy, elle connaît tout le fond de l'histoire, c'est sûr. Mais elle est peut-être trop proche, et puis, très franchement, je lui suis très attachée, ce qui me crée quelques scrupules embarrassants. Je verrais. La seule chose que j'ai pu trouver, et peut-être que ça t'intéressera, n'est que le fruit de mes relectures presque excessives de tous les documents que tu m'as confié. Tu dois savoir que Scorpius Malefoy n'est que le second enfant des Malefoy, Astoria ayant été enceinte durant la période des procès. Elle avait fait une fausse-couche alors que sa grossesse était déjà très avancée, et l'enfant n'avait pas survécu. Cela a eu lieu dans le même laps de temps, plus ou moins, que la disparition de Lucius. Drôle de coïncidence, non? Ça fait tout de même beaucoup de drames en une seule fois pour une seule famille. Je te laisse cogiter tout cela, et je te souhaite bonne chance de ton côté.

On reste en contact.

Pansy Parkinson-Nott

.-...

.- Ah oui, tout de même, murmura Jenny.

Hermione sentait un vague goût métallique dans sa bouche. Un goût de sang. Peut-être parce qu'elle était mère. La fausse-couche, bien sûr... Cet incident avait fait la une de tous les journaux à scandales, et avait alimenté de nombreuses discussions. Un accident si étrange, alors que la grossesse se déroulait sans la moindre complication, cela avait bien de quoi rassasier les commérages. Une tragédie de plus dans l'auguste famille Malefoy. Un regain de sympathie. L'étouffement progressif de la demande d'appel de Lucius Malefoy...

.- Je me souviens que ça avait monopolisé l'attention, murmura Hermione.

.- On ne parlait que de ça, c'était le grand drame qui avait frappé la haute société sorcière. Imagine donc à quel point j'ai pu en souper, chez moi.

Jenny plissa ses yeux de cette façon caractéristique qui montrait son agacement. Elle tendit la main pour saisir un verre d'eau et en but de longues goulées, savourant cette fraîcheur dans son corps brûlant. Hermione reprit sa place au pied du lit et parcourut à nouveau, en diagonale, la missive.

.- Oui, cette affaire a fait beaucoup de bruit, et le moment auquel l'incident a eu lieu n'est pas anodin. C'est lié à notre enquête.

.- La question est de savoir si c'est la cause ou la conséquence de la disparition de Lucius, souligna Jenny.

.- Une conséquence bien pratique puisqu'elle étouffait une affaire que l'on cherchait à faire oublier.

.- Une cause plausible, car les règlements de compte pleuvaient, cette période était encore dangereuse.

.- Quel parti prend-on?

.- Les deux bien sûr!

Jenny sourit d'un air malicieux. Cette piste semblait lui octroyer l'énergie que la nourriture n'avait pas pu lui insuffler.

.- Et puis, une tragédie pareille ne serait-elle pas suffisante pour pousser notre cher Drago Malefoy au meurtre? À moins que ce ne soit ce meurtre-là qui ait provoqué la fausse-couche... Une affaire bien sombre, suffisamment scandaleuse pour que le Ministère érige un mensonge impénétrable, et fasse disparaître les quelques témoins gênants.

.- Même si je ne cautionne toujours pas l'hypothèse du meurtre, tu tiens une piste, admit Hermione.

La jeune femme était toujours préoccupée par cette idée. Elle avait bien tenté de retrouver ses journaux, mais elle ne se souvenait pas où exactement elle les avait entreposés. Dans le grenier de leur maison de Birmingham, bien sûr, mais dans quel carton? Lors de leur emménagement, quelque neuf ans plus tôt, Ron et elle avaient entassé tout ce qui n'était pas indispensable dans cette poussiéreuse charpente, en se promettant d'ordonner ceci plus tard, d'entreposer soigneusement tous leurs souvenirs. Mais le travail, puis les enfants avaient coupé court à cette envie, qui s'était effacée. De plus, Hermione avait abandonné l'écriture de ses journaux peu après ses fiançailles ou son mariage avec Ron, elle ne se souvenait plus bien. Elle se sentait alors comme une femme accomplie et elle pensait naïvement que cet appui n'était plus nécessaire. La vie l'avait depuis bien détrompée. Pourtant dans ces journaux, quelque part, elle en était sûre, était manuscrite la preuve de l'innocence de Malefoy, ou si ce n'était de son innocence absolue, du moins la trace de la grandeur d'âme que lui soufflait son intuition, et qui lui faisait espérer que non, il n'avait pas tué. Qui justifiait la sympathie qu'elle éprouvait pour lui.

.- Hermione... Je ne voudrais pas que tu te fasses d'illusions, souffla son amie, un brin inquiète.

.- Je ne me fais pas d'illusions, Jen', je sais.

.- Comment ça?

.- Je ne sais pas encore ce qui me rend si certaine, je te dirai quand j'aurai trouvé.

.- Tu crois plutôt qu'il n'a pas l'âme d'un meurtrier, pas qu'il n'a pas tué, tenta Jenny.

Hermione observa ces yeux noirs, qui faisaient la renommée de la famille Rosier. Des yeux où iris et pupille se fondaient, et qui pouvaient terrifier s'ils en sentaient le besoin. Mais Hermione n'avait pas peur de Jenny, et son amie ne voulait point la pousser par la terreur, quand bien même elle savait qu'elle aurait pu le faire. À la place, ce n'était qu'une nuit noire et complice qui se reflétait dans son regard.

.- J'espère qu'il n'a pas tué, je sais, étrangement, qu'il ne pourrait pas tuer.

.- Mais comment peux-tu en être si sûre? Hermione, même si je ne connais pas Drago personnellement, je connais les Malefoy, leur famille, je sais profondément comment ils fonctionnent, quelles sont leurs valeurs. Ils sont capables de tuer même s'ils ne sont pas des tueurs. S'ils doivent le faire, ils le feront.

.- Pas forcément, il y a toujours d'autres solutions...

.- La sauvegarde avant tout, du nom, de l'honneur, de l'idéologie. Hermione, tu me connais dans ma vie de stagiaire joyeuse, mais crois-moi, une éducation comme celle-là coule dans ton sang, elle possède une violence qui laisse ses stigmates dans ta peau, elle règne dans ton esprit, elle imprègne tes pensées.

.- Jenny...

.- Écoute-moi, on n'y échappe pas. Quoique tu fasses, peu importe tes efforts, ça reste. Quand tu es membre de ce genre de famille, les enfants sont aussi éduqués ainsi, c'est de cette façon que ces valeurs sont transmises, elles sont imprimées dans ton âme au fer rouge, de telle façon que fatalement tu en pétriras de même tes enfants.

.- Oui mais...

Hermione ne trouvait pas de mots. Le regard de Jenny brillait, ses joues s'échauffaient. Elle semblait avoir de la fièvre. Une fièvre ardente et malheureuse. On pouvait sentir sa voix d'ordinaire enjouée trembler. Pourtant Hermione savait que les paroles de son amie n'étaient pas le fruit d'un quelconque délire, que chacune d'entre elles était empreinte d'une tragique vérité. C'était une part des ombres qui habitaient son amie, des colères froides qui la prenaient.

.- Moi non plus, je ne suis pas une tueuse Hermione, et contrairement à ton cher Drago Malefoy, aussi innocent qu'il paraisse à tes yeux, j'ai fait beaucoup d'efforts pour m'affranchir de cette nasse dans laquelle j'ai grandi. J'ai tenté de faire en sorte que l'on s'étonne lorsque je donne mon nom de famille, et c'est là ma plus belle victoire. Pourtant si je dois tuer, je le ferai, sois en sûre, et ce sans hésiter. Si quelque chose, une situation, un danger me pousse à tuer, je le ferai. Et Drago Malefoy tout autant que moi. Il vomirait ses tripes après, tout comme je ne pourrais supporter mon image, mais il le ferait. Réflexe, violence, hérédité, inconscient pétri par notre héritage. Si notre âme n'est pas celle de meurtriers, notre statut, cette immondice sociale qui nous enferme et nous dépasse, l'est profondément.

Hermione se releva et s'avança vers son amie qu'elle prit avec tendresse dans ses bras. Elle savait la dureté des moeurs de ces familles de tradition, tout le monde le savait, mais l'entendre de cette façon en confidence la touchait de façon poignante. Jenny, pâle et tremblotante, éthérée dans son grand lit en cette sombre après-midi de janvier, semblait profondément bouleversée. Quelques larmes débordèrent du rebord de ses yeux et lui échappèrent pour aller rouler, lourdes, sur ses joues blêmes. Hermione la berça doucement, la laissant se calmer.

.- Ça ira, ce n'est pas la peine de s'apitoyer ainsi sur moi.

.- Non ça ne va pas, je le vois bien. Jenny, pourquoi ne m'as-tu jamais parlé davantage de ta famille, de ton enfance?

.- Il n'y a rien à dire, et je n'aime pas y penser, même si je ne renie rien. D'autres l'ont vécu, mon enfance n'a pas été pire qu'une autre. Je constate les faits, c'est tout. Je suis juste fatiguée aujourd'hui. Je ne suis plus maîtresse de moi-même. Et puis j'ai comme toi de la sympathie pour Malefoy, pas la même que la tienne, mais une certaine sympathie, même si je ne me fais pas d'illusions. Je voulais t'expliquer ça.

Jenny soupira lourdement, haussant ses épaules pour signifier qu'il n'y avait rien à dire de plus.

.- Tout cela pour te montrer qu'il n'y a pas d'incompatibilité entre nos points de vue. Malefoy peut ne pas être un meurtrier en soi mais avoir tué. Nécessité et éducation obligent. Quant à trouver la "raison suffisante" de son acte, je crois que nous avons comme un indice... Ce n'est pas forcément la disparition de Lucius.

Hermione observa d'un air illuminé son amie. Elle venait de saisir son idée.

.- Ce serait plutôt quelque chose qui a causé la fausse-couche d'Astoria. À moins que celle-ci ne résulte du meurtre, mais je penche pour la première proposition, car après tout, à son stade de grossesse, une grosse émotion n'aurait pas forcément provoqué ceci.

.- Je vois qu'on suit la même logique. Tant mieux, ça faisait longtemps.

La jeune femme adressa un sourire moqueur à son amie. Nulle trace de son trouble ne subsistait. Cette faculté de cacher ses émotions, songea Hermione. Jenny semblait se ressaisir à une vitesse fascinante. Hermione avait envie de prolonger les confidences que lui avait accordées son amie, mais elle savait que ce serait malvenu. Chaque chose viendrait en son temps. Et le temps présent était celui de l'enquête.

.- Tu en informes Willehm par hibou ou tu veux que je passe le voir à la fin de son audience?

.- J'envoie un hibou, toi tu dois aller chercher tes deux gnomes.

.- Jenny!

.- Tes adorables diablotins, si tu préfères. Passe un peu de temps avec eux, ils n'ont pas été gâtés eux non plus, même si je sais qu'ils adorent la famille Potter. Ron et toi leur avez parlé?

.- Non, pas encore, et je veux bien croire que notre conduite est ridicule et immature. Encore ce foutu espoir, à croire qu'il nous habite. Surtout qu'il me semble bien ridicule, sachant que je n'ai pas revu Ron, si ce n'est en coup de vent, avec le record de cinq mots échangés, "Bonjour, ça va, au revoir".

.- Tu devrais parler à Rose et à Hugo, tant pis si vous n'êtes pas prêts. Si vous revenez ensemble, et tu sais que j'en doute, ça leur fera une bonne surprise, sinon, au moins auras-tu abrégé l'incertitude. C'est sans doute le pire pour l'enfant, qui lui aussi est enclin à espérer. Fais taire tes chimères, et agis en adulte.

Jenny affichait une moue mi-figue mi-raisin, semblant amusée de réprimander son amie alors qu'elle-même n'était pas mère, mais compatissant aussi très sincèrement pour la situation de désarroi dans laquelle devaient se trouver les deux petits Weasley.

.- Je ne veux pas te revoir jusqu'à vendredi, comme ça tu me racontes la signature. Je ne vais pas mourir, tu le sais, et toi tu dois aussi vivre ta vie, en dehors de l'enquête et de tes moments avec Malefoy. Willehm passera m'informer de vos recherches, Archibald m'apportera des nouvelles de Miranda - pas que j'en veuille, mais bon, on ne me demande pas mon avis.

Hermione éclata de rire devant toutes ces directives énoncées avec l'attitude du chef d'un escadron d'aurors.

.- Bien Maman!

Jenny la suivit dans son rire, semblant se rendre compte de son aspect comique. Elle se renfonça dans ses oreillers, essuya d'un air déterminé les quelques traces humides qui subsistaient sur ses joues et grinça:

.- Maintenant, file. Mais avant, sois gentille, apporte-moi donc une réserve de thé, s'il te plait.

.- Et tu disais que tu pouvais te débrouiller seule?

.- Laisse-moi profiter, pitié.

oOo

Lettre de Drago Malefoy à Hermione Weasley-Granger.

Ministère Britannique de la Magie, office n° 164, le 23 janvier 2013

Granger,

Tu te doutes combien il me pèse de devoir t'écrire une lettre, mais vu ton manque flagrant de bonne volonté... Je suppose que nous ne nous verrons pas avant demain, il est inutile de ma part d'espérer un revirement de comportement. Toutefois, sache que j'aimerai t'entretenir au nom du chef de la coopération internationale. Il aurait d'autres missions à te proposer, et il n'est pas franchement ravi de devoir autant attendre pour obtenir une réponse de ta part – réponse d'autant plus dure à lui fournir que tu as refusé de me parler lorsque je t'ai proposé un entretien. Il va finir par te croire prétentieuse. Comme tu vois, il n'y a aucun rapport avec ce qu'il s'est passé entre nous, l'autre soir. Je ne suis pas stupide, j'ai bien vu que tu ne voulais pas en parler. Encore une preuve de ta grande maturité, j'imagine.

Bien à toi,

Drago Malefoy

Lettre de Hermione Weasley-Granger à Drago Malefoy.

24 Churchill road, Birmingham, le 23 janvier 2013

Tu en as du culot Malefoy, vas donc te faire cuire une bouse de dragon !

D'une, à ton avis, toi qui es si friand de belles phrases, n'aurais-tu pas pu me glisser un mot à propos des missions que me propose ton patron ? Comment, par Merlin, aurais-je pu deviner que tu voulais me parler de quoi que ce soit d'autre que de ce qu'il s'est passé vendredi ? Apparemment, cela ne t'importe pas plus que cela, puisque tu t'en détaches si facilement. Tant mieux, cela m'évitera quelque douloureuse désillusion, je me disais bien que je ne pouvais rien espérer de bon venant de toi. Au moins m'as-tu donné les réponses que je cherchais. Quant aux propositions de M.Hoggart, veux-tu m'excuser auprès de lui, s'il te plaît – tu remarqueras l'effort –, et lui dire que je lui parlerai demain, après le signature ? J'espère que ma pauvre requête n'importunera pas trop Sa Majesté.

HWG

Lettre de Drago Malefoy à Hermione Weasley-Granger.

Ministère Britannique de la Magie, office n° 164, le 23 janvier 2013

Granger,

Par Salazar, mais cesse donc de te donner de grands airs ! Pour qui donc te prends-tu ? Tu n'as vraiment pas évolué, mais vois donc la qualité de tes insultes – du Weasel pur-jus, et encore, du Weasel du temps de Poudlard ! J'irai parler à Hoggart, mais c'est bien parce que moi, je me comporte de façon normale – c'est à dire sans jouer les effarouchées dans les bibliothèques. Sinon, ravi d'apprendre que nos rapports vont revenir à la normale, je commençais à m'inquiéter.

DM

oOo

Rose éclata de rire devant la photo. Devant ses yeux hilares, une image de sa marraine Luna ressortait sur l'album photo posé sur ses genoux, et de fait, la jeune rêveuse de Serdaigle y attirait l'attention grâce à l'énorme chapeau en forme de tête de lion qu'elle avait fièrement ajusté sur ses cheveux.

.- Je ne pensais pas qu'elle irait si loin dans son rôle de supporter ! J'imaginais plutôt un attirail rouge et or, mais là elle a fait fort ! pouffa Rose en rapprochant le vieil album de ses yeux, comme pour se rassasier de l'image.

.- Je dois l'avouer, s'amusa Hermione, son chapeau était tellement imposant que j'ai troqué ma place avec celle de Neville pour avoir un peu de place pour bouger.

.- Quand est-ce que c'était ?

.- En cinquième année, il me semble. De toute façon, je ne crois pas que c'était en sixième, et en quatrième la saison de quidditch avait été annulée, tandis qu'en septième...

.- Vous n'étiez pas à Poudlard, compléta Hugo, qui connaissait bien cette histoire.

.- Exactement.

Tous trois étaient assis à même le sol de plancher vermoulu et poussiéreux du grenier de leur maison de Birmingham, et s'amusaient depuis plusieurs heures à sortir des cartons empilés de toutes parts les objets hétéroclites qui y étaient rangés. Hermione avait voulu continuer sa recherche de ses carnets, et avait invité ses enfants à se joindre à elle, songeant qu'il serait intéressant de leur montrer et de leur donner certains des souvenirs entreposés là. C'était ainsi qu'ils étaient tombés sur certaines de ses reliques de Poudlard, et notamment sur des albums débordants de photos animées, qui les avaient pour la plupart beaucoup fait rire.

.- Papa était déjà dans l'équipe ? demanda Rose.

.- Pas encore. Mais Tatie Luna a toujours été une de ses grandes supporters, ce qui l'aidait bien vu qu'il avait un trac monstrueux.

.- J'aime bien tata Luna, marmotta Hugo. C'est dommage qu'on ne le voit pas souvent.

.- Tu te doutes bien qu'avec ses fiançailles elle n'a pas beaucoup de temps, expliqua Hermione. Toutefois, je suis sûre qu'une fois qu'elle aura un peu de temps libre, elle passera plus régulièrement.

Elle sourit toute seule en se remémorant la dernière fois qu'elle avait vu l'extravagante blonde. C'était lors du Nouvel an, et il lui semblait qu'elle avait plus ou moins abandonné Luna en galante compagnie. Mais il ne fallait sans doute pas s'en faire, le petit-fils de Norbert Dragonneau ne pouvait pas être bien méchant ! Hermione continua de feuilleter l'album, pointant certaines photos à ses enfants, les illustrant de ses commentaires. C'était un bon moment qu'ils passaient là, tous les trois baignant dans la poussière du vieux grenier qui grinçait à chaque mouvement, éclairés par la lumière de quelques bougies flottantes qu'Hermione avait invoquées du fait de l'heure tardive. Elle se sentit un petit peu émue lorsqu'elle aperçut la silhouette animée de Dumbledore dans l'angle d'une des photos. Une autre la fit sourire à nouveau, c'était Ron et elle qui discutaient âprement au lieu de prendre la pause pour la photo. Hermione sentit son cœur se serrer. Ron aurait du être là, à ce moment, à partager ces souvenirs avec leurs enfants. Il aurait eu un bras nonchalamment passé autour de la taille de la jeune femme, la serrant tendrement, et aurait commenté les différentes images avec humour, échangeant des regards complices avec son épouse. Mais il n'était pas là, et il y avait peu de chance pour que la scène que se figurait Hermione ait lieu. Il ne fallait pas se leurrer encore et encore. Elle enveloppa d'un regard aimant ses deux enfants. Rose tentait de nouer autour de son cou une des cravates rayées rouge et or de son père, quant à Hugo, il semblait définitivement fasciné par les photos de l'équipe de quidditch de Griffondor, et admirait les petites silhouettes tournoyer entre les grands cerceaux dorés du terrain, qui apparaissaient dans le cadre de la photo. Elle devait leur parler, car Merlin savait quand elle aurait elle-même l'occasion de discuter paisiblement avec Ron.

.- Les enfants ? Il faudrait que je vous parle de quelque chose...

Tous deux relevèrent la tête de leurs activités, les cheveux roux frisés d'Hugo dansèrent dans l'ombre, ceux auburn et plus souples de Rose sagement ramenés en une tresse coulèrent dans son dos.

.- Oui M'man ? dit Hugo.

.- Je me doute que vous vous en êtes aperçus, comment ne le pourriez-vous pas ? Les choses vont très mal entre votre père et moi, et je ne pense pas vous mentir en avançant que ce n'est sans doute pas passager.

Hermione sentait son pouls battre plus fort. Elle l'avait dit, elle l'avait enfin fait, mais elle avait tellement peur de ce que ses enfants allaient penser, elle ne voulait pas qu'ils soient encore plus malheureux. Rose esquissa un demi-sourire forcé. Elle était intelligente, elle savait déjà tout cela depuis longtemps. Elle avait peut-être également discuté avec James, son cousin. Hugo, lui, était plus jeune, et ses yeux vert-de-gris semblèrent s'humidifier.

.- Vous allez ... divorcer ? bredouilla-t-il, ce mot lui semblant lourd de sens.

.- Ce n'est pas...

Hermione ne savait plus quoi dire face à la détresse de son cadet. Elle se traîna à genoux sur le plancher et saisit le garçonnet sous les aisselles, le ramenant entre ses bras. Par automatisme, il agrippa ses mains aux boucles de sa mère. Il s'y sentait plus tranquille, et parvint à ravaler ses larmes.

.- Alors M'man ?

.- Peut-être, Papa et moi n'en avons pas encore discuté, confessa Hermione.

.- Vous allez avoir une maison chacun ?

.- Je suppose... Oh, Hugo, Rose, je suis désolée de vous imposer ça...

Rose se rapprocha de sa mère et de son frère et, très digne, posa sa main sur l'épaule d'Hermione.

.- Tu sais M'man, ce n'est pas une surprise. Et puis, Hugo est trop petit, mais moi je sais que tu es plus souriante depuis que tu n'es plus avec Papa. Avant, tu étais toujours ailleurs, tu pensais souvent à autre chose. Je t'aime mieux comme ça.

Hermione sentit ses yeux la piquer. Elle allait se mettre à pleurer, pourtant ce n'était pas le moment, ce n'était pas à elle de pleurer ! Il fallait qu'elle arrête d'être aussi sensible, elle avait toujours été forte, il ne fallait pas qu'elle se transforme en cet être émotif qu'elle sentait en elle et qui nouait doucement une boule dans sa gorge. Elle saisit la main de Rose et l'embrassa.

.- Merci Rosy, mais tu n'as pas à être compréhensive. Tu peux crier, pleurer...

.- Je n'ai pas envie. Je suis un peu triste, et je pleurerai peut-être plus tard, mais je n'ai pas envie maintenant. Papa pourrait être là au moins...

.- C'est ma faute, j'aurais du le prévenir, s'excusa Hermione.

.- Non, c'est mieux qu'il ne soit pas là. Il ne t'aurait rien laissé dire, je le sais. Il veut te garder, M'man, mais il ne voit pas que quand vous êtes ensemble, vous êtes tristes tous les deux. Vous faites semblant, puis parfois, vous vous disputez. Et s'il était venu, vous auriez encore crié.

.- C'est vrai, renchérit Hugo, je n'aime pas quand vous criez. J'ai peur.

.- Ce n'était pas supposé se passer comme ça... murmura Hermione. Votre Papa et moi, on s'aimait tellement... On était fait l'un pour l'autre, notre couple devait être inébranlable. Mais quelque chose a du mal se passer, et maintenant c'est trop tard. Moi aussi, mes chéris, j'aimerai tellement que tout soit bien. J'aime énormément votre Papa.

Rose lui sourit, et se pelotonna contre sa mère. Ça ne l'étonnait pas, elle s'attendait depuis longtemps à cette confession. Elle en avait discuté avec Albus et James, et avait préparé son frère à cette situation. Elle en avait aussi beaucoup parlé avec Scorpius. Ses parents aussi avaient des problèmes. Ils habitaient toujours ensemble, mais c'était comme s'ils ne se voyaient jamais, ne se parlaient jamais. Rose ne savait pas si elle était contente de l'aveu de sa mère. Dans un sens, oui, mais en même temps, cela scellait la fin de leur famille unie. Mais non de leur famille heureuse, elle l'espérait. Soudainement, elle sentit la tristesse l'envahir par vagues. Alors elle se serra plus fort contre sa mère et son frère, et se laissa cajoler, cessant de se prendre pour une adulte, de tout examiner, pour redevenir cette enfant qu'elle était, qui apprenait la séparation de ses deux parents.

oOo

Tard dans la nuit, alors que les enfants étaient déjà couchés, Hermione continua de fouiller son grenier. Cette activité physique la calmait et endormait son esprit, et elle préférait s'étourdir dans la poussière froide de la soupente plutôt que d'utiliser la magie, qui l'aurait aidée dans la tâche. Elle l'avait fait, elle avait parlé à ses enfants. Cela avait été dur et simple à la fois. Dur car elle savait qu'elle les attristait, car ce n'était pas une bonne nouvelle qu'elle leur annonçait là, qu'elle s'annonçait à elle-même en quelque sorte. Simple car elle avait été étonnée par la tendresse de ses enfants. Elle s'était attendue à des cris, mais ils s'étaient montrés compréhensifs et aimants. Les mots lui étaient venus aux lèvres sans qu'elle ait à y penser, elle savait que c'était son cœur qui parlait et elle n'aurait pu être plus émue du sentiment de plénitude quelque peu déplacé qui l'avait envahi dans la soirée, alors que Rose, Hugo et elle avaient discuté calmement, s'étaient réconfortés lors du repas, se prenant dans les bras, s'échangeant des confidences. Elle avait l'impression qu'en annonçant la destruction de leur famille, elle en avait créé une nouvelle, solide et paisible.

Tout en se remémorant ces scènes, Hermione avançait dans ses recherches, et il ne lui restait plus que quelques cartons à ouvrir. Elle avait retrouvé des objets insoupçonnés, tels que les chaussettes qu'elle se plaisait à tricoter pour les elfes de maison qui travaillaient à Poudlard, lorsqu'elle avait monté son association pour le moins restreinte, la S.A.L.E. Heureusement, elle avait depuis fait des études juridiques, et avait mené un combat acharné pour faire passer des lois plus égalitaires en ce qui concernait le travail des créatures magiques, et notamment des elfes. Elle se devait bien d'avouer qu'à titre de comparaison, ses chaussettes avaient été plutôt inefficaces pour l'avancée de son combat. La jeune femme se frotta les mains. Il faisait très froid dans la soupente, et l'heure était avancée. Par chance, elle ne devait pas se rendre au Ministère le lendemain matin, à cause de la signature des accords de la LSA qui était prévue pour l'après-midi et qui mobilisait beaucoup de monde. Il n'en faisait pas moins très froid, en cette fin de mois de janvier. Hermione enfouit son visage plus profondément dans son gros col roulé de laine, et observa par la lucarne les flocons de neige tourbillonner sur un fond de ciel étoilé. Ron et elle avaient fait un bon choix en refusant d'habiter à Londres, c'était un bonheur de pouvoir contempler ce ciel. De toute façon, la distance n'était pas un handicap pour qui était sorcier.

Elle allait se replonger dans son carton, lorsqu'elle entendit un léger cognement contre la lucarne. Elle y découvrit avec surprise une chevêche brune, et se précipita pour lui ouvrir. L'oiseau semblait pétrifié par la froid. Elle fit apparaître, d'un souple coup de baguette, un bol empli de graines, puis s'empara de la missive, qui lui semblait bien tardive. Elle reconnut sans peine le blason des Malefoy.

.- Ben tiens, Milord a renoncé à envoyer son grand-duc ? ironisa-t-elle.

Hermione avait reçu plusieurs lettres de l'héritier Malefoy au cours de la journée. Si elle s'était sentie au début quelque peu troublée, elle avait vite déchanté sous les accusations de Malefoy et avait donné libre-cours à sa hargne dans sa réponse. Ce n'était pas justifié, et elle avait déversé beaucoup de sa frustration sans faire le moindre effort de modération, se vengeant à la fois du sarcasme du blond, mais aussi de son mal-être présent, de son agacement face à l'enquête, de tout ce qui la troublait et l'empêtrait. Morte de honte, mais aussi exagérément orgueilleuse, elle avait dédaigné de répondre à la dernière lettre. C'est pourquoi elle s'étonnait quelque peu de recevoir une nouvelle missive. Elle la décacheta avec une légère appréhension, se demandant ce que cet infernal lord allait encore lui asséner.

Manoir Malefoy, Wiltshire, le 23 janvier 2013

Granger,

Apparemment, tu n'as pas jugé bon de me répondre. C'est compréhensible. A froid, je me rends compte que ma première lettre était quelque peu irrespectueuse, même si tu m'as largement dépassé dans ta réponse. Je t'accuse de choses dont je suis le seul responsable, car je dois bien admettre que si je l'avais vraiment voulu, j'aurais pu te glisser un mot à propos de la demande de Hoggart. Le croirais-tu, et il me coûte de l'écrire, si je te disais que je me suis servi de cette demande uniquement comme prétexte pour t'écrire ? Je vais sans doute regretter mes mots demain, mais en temps d'insomnie, on parvient à avouer plus qu'en temps normal. J'ai vraiment été blessé et déçu de ton manque de réaction lundi dernier. Cela m'a perturbé, et j'espère que tu accepteras de me parler, pour évoquer non pas les propositions d'Hoggart – au moins suis-je honnête – mais les poignées de minutes paradisiaques que nous avons partagées. Je l'avoue, et je n'en ai pas honte, j'ai aimé être avec toi, et je n'ai pas envie de faire des allusions stupides et hypocrites en disant que j'ai apprécié « ce qu'il s'est passé vendredi dernier ». Au contraire, par Morgane, j'ai aimé t'embrasser, j'ai aimé te sentir sous moi, j'ai aimé te regarder chercher ton souffle, j'ai aimé te caresser et te voir réagir. J'ai aimé tout cela Granger, et ça me tourmente, et j'aimerais te voir pour en parler, réitérer, peut-être... Je sens que je vais vraiment regretter ce que j'écris, mais tant pis. Je te déteste de me faire me sentir ainsi, de me faire écrire une lettre aussi pathétique. Je déteste le fait que la prochaine fois que je te verrai, nous ne serons pas seuls. Et je déteste le fait de ne pouvoir dormir à cause de toi. Tu te doutes que je n'attends pas de réponse, mais, s'il te plait, ne me rejette pas totalement...

A demain, Hermione.

DM

Hermione vacilla, le souffle coupé. Elle ne s'était pas attendue à cela. Elle qui se préparait à des reproches, se retrouvait à lire la plus troublante des lettres. Elle sentait ses joues chauffer, son cœur battre, et ses pensées se tournèrent encore une fois, comme par habitude à présent, vers Drago Malefoy. Et si ce n'était qu'une supercherie ? Et si ?... Elle avait envie d'arrêter de douter. Elle avait envie de l'avoir devant elle, de l'embrasser, de le laisser la déshabiller doucement. Elle savait que dès le lendemain, l'élan qui la saisissait se serait apaisé, et qu'elle se retrouverait de nouveau empêtrée par ses propres contradictions. Et elle avait conscience que si cet élan était si fort, c'était parce qu'elle ne pouvait le réaliser. Alors Hermione décida de le savourer. Elle s'appuya à la charpente, et observa les étoiles, complices. Complices de cette lettre brûlante comme de leurs baisers. La jeune femme voulut s'asseoir sur un carton pour relire les mots tracés fiévreusement sur la feuille de parchemin. Mais alors qu'elle se penchait, le carton se renversa, et des dizaines de carnets de moleskine pourpre s'en échappèrent, comme les pétales de roses vermillonnes qui avaient crissé sous ses pas de jeune mariée, ces pétales qui avaient scellé à l'époque la rédaction de ses journaux. Hermione se laissa tomber à genoux, frappée par cette retrouvaille. Il était temps d'effeuiller de nouveau ces pages, de retourner vers son passé, de retrouver cette intuition formidable, celle qui faisait battre son cœur. Celle qui la faisait presque tomber amoureuse de Drago Malefoy.

oOo

Voilà, voilà, j'espère que vous avez aimé!

Un retour de Harry le Survivant, encore des journaux, une Jenny malade mais qui se dévoile, des pistes pour l'enquête, l'admission d'une fin, et une lettre brûlante lue sous un ciel étoilé…

Dites-moi ce que vous en pensez !

En attendant, bonnes fêtes à tous et bonne année !!!

Bisous

Olivia, alias Stellmaria

Ps : Ayant remarqué que Mister Go avait odieusement été remplacé par un ridicule bouton verdâtre, je vous rassure, il s'occupe toujours de l'intendance et de la réception des messages ! ;)