Adolescences tardives

/Papa. Dis, pourquoi on ne va jamais voir papi?/ /Scorpius, qui t'a foutu ces idioties dans le crâne?/ /Rose Weasley./ Drago soupira. Il avait fallu qu'elle tienne de sa mère. Il devrait aller parler à Granger, ceci ne devait pas se propager. Post T7

Disclaimer: Tout à JKR, sauf les personnages sortis de mon imagination...

Pairing: HGDM, what else?

Bonjour à tous!

Un petit mot vite fait avant de vous envoyer ce chapitre, qui j'espère, vous plaira! Je me suis donné du mal pour celui-là, et j'ai encore dépassé mon quota: 20 pages word. Arf, dure la vie (bon pas pour vous, hein? ;p)

J'ai mis un peu plus de temps que prévu car moult aventures romanesques me sont arrivées… En fait non, j'ai juste eu une sacrée rhinopharyngite sur laquelle est venue se coller une grippe, qui m'a laissée exsangue, forcément. Je n'avais pas d'énergie, et bon pour l'écriture, c'était un peu mort… Mais bon, il y a quand même eu des trucs cool, du genre de la NEIGE en Provence. Je veux dire, ça arrive quoi, tous les 20 ans ? En plus ce n'était pas de la neige de gniogniotte, attendez, 25 centimètres, s'vous plaît ! Mer-vei-lleux !

Sinon, une légère précision, car je ne sais pas ce que vous en pensez (peut-être que vous n'en avez rien à faire en fait), mais quand je parle du petit-fils de Norbert Dragonneau… Ce n'est pas du dragon, que je parle, hein ! Mais de l'auteur de « Créatures magiques … etc. », car selon le merveilleux site EHP, Luna l'épouse. Je dis ça, j'dis rien, mais y'a pas de dragon dans mon histoire (a priori).

Voilà voilà, et avant de vous laisser, en vous encourageant à laisser des reviews, j'ai cru remarquer qu'il y avait beaucoup de lectrices issues de L (qui le clament fièrement dans les reviews). Eh bien les filles, qu'on se le dise, L rocks!

Bonne lecture à tous !!!

Réponses aux reviews anonymes:

Liaco : Bonne année à toi aussi ! Héhé, c'était dernière review de 2008, tu le sais ? :) Et merci d'avoir comme toujours été fidèle au poste ! Je suis contente de lire que tu as aimé le chapitre (et surtout sa fin, apparemment…). Il n'y a pas vraiment de l'eau dans le gaz entre Harry et Ginny, ils s'engueulent juste un peu… Je conçois leur couple comme inespérable, ils sont de vrais bisounours ! xD Enfin, bon, pas de souci de ce côté-là. En tout cas j'espère que ce nouveau chapitre te plaira ! Bisous

Thara : Hello ! Ravie de rencontrer une nouvelle revieweuse ! Je suis contente que ma fic te plaise, et merci de commenter. :) En tout cas, j'espère que la suite te plaira toujours autant !

lou29 : Coucou toi ! Héhé, si tu dis que mon chapitre t'a fait un joli début d'année, tant mieux! ;p Eh oui, le retour du Survivant, enfin, il n'était pas trop tôt, hein ? Et effectivement, il est un peu aiguillonné vers les affaires d'Hermione, merci Kingsley ! Tu verras bien comment ça se passe dans ce chapitre ;) Sinon, partisane du « non-meurtre » pour Drago ? Les avis sont partagés dans les reviews, mais tu verras bien en lisant… Je ne donnerai pas d'indice. Mais c'est vrai que grâce à Jenny, on peut avoir un regard un peu interne sur les serpentards. Je me suis rendue compte après coup que je l'avais faite un peu comme Sirius Black, un personnage à cheval entre les deux mondes, apte à critiquer, qui a eu du mal à s'en sortir, même si la situation de Jenny est moins dramatique. Et c'est vrai que les journaux vont aussi aider l'intrigue. Sinon, pour l'explication d'Hermione à ses enfants… Il fallait que je le fasse, et ce n'était pas évident. En fait, ça m'embêtait presque de l'écrire, comme les scènes avec Ron en fait, mais ça a été. En ce qui concerne les scènes Drago/Hermione, c'est vrai que ce chapitre fut soft. C'est pour ça que j'ai eu l'idée des lettres, qui ont finalement bien rempli l'espace, et m'ont servi pour ce chapitre. Puis bon, un peu d'humour que diable ! ;) En tout cas, j'espère que tu aimeras la suite ! Gros Bisous

Laure : Hullo ! Bienvenue, ô nouvelle revieweuse, c'est toujours un plaisir de lire de nouvelles reviews ! Je suis contente de voir que tu aimes ma fic et ma façon de traiter ce couple presque sacré de l'univers des fanfictions ! ;) Je me donne du mal pour justement éviter de tomber dans les clichés qui ne sont pas simples à éviter (j'ai d'ailleurs joué avec, il y a longtemps, dans un OS), mais je veux vraiment réussir cette fic. Bon, je ne l'imaginais pas aussi complexe au départ, mais je suis un peu tombée dedans, et puis je pense que c'est la dernière que j'écrirai, du moins aussi conséquente, donc je veux la faire bien et faire honneur au couple en leur offrant une histoire qui colle aux personnages. En tout cas j'espère que la suite te plaira ! Bisous

Juliette : Coucou ! Merci pour toutes ces gentilles reviews que tu m'as envoyées, je te fais ici une réponse générale. Et c'est toujours un plaisir de découvrir de nouvelles lectrices. Hum, je maintiens que Balzac ne m'aurait pas déplut, mais vu que je m'en suis bien sortie au bac, j'arrête de râler ! ;) Par contre chapeau pour le sujet d'invention, il n'était pas évident ! Sinon, oui, Dionysos en concert, une chose à faire une fois dans sa vie… C'est juste magique ! Et j'ai comme un doute pour la poupée vaudoue, sachant que j'ai eu une super grippe cette semaine… Aurais-tu mis ta menace en exécution ? :p Je suis contente que tu aimes bien mes expressions vaseuses qui sont souvent l'effet de la fatigue car je n'arrive à écrire que très tard. Arf. La « raison suffisante », c'est les théories de Leibniz, et surtout un mot récurrent dans Candide. Sinon, il me semble que tu te trompe lorsque je parle du petit-fils de Norbert Dragonneau, rien à voir avec le dragon, c'est celui qui a écrit les bouquins sur les « Créatures magiques » etc… Apparemment, Luna est supposée se marier avec son petit-fils, selon le site EHP. Comme tu le vois, je fais attention à la vraisemblance ! :) En tout cas je suis contente de lire que tu aimes mon histoire, et que le petit mystère que j'ai concocté t'intrigue. J'espère que tu aimeras la suite et qu'elle ne te détournera pas trop de ton travail… ;) Je sais ce que c'est, tout ce boulot (d'ailleurs, là j'ai encore deux DM à faire pour demain… Erf.). Courage, et bisous !

Sarah : Hullo ! Merci d'avoir reviewé, c'est super gentil vu que tu avais des problèmes de réseau :) Je suis contente de voir que tu as aimé le chapitre ! Héhé, tu as bien aimé mon petit tour au quartier des aurors. Il fallait faire revenir Ryry, que diable ! Mais, certes, il est très naïf, et puis comment pourrait-il soupçonner quoi que ce soit ? Quant à Drago, il n'est ni méchant ni gentil, il est juste lui, un peu cruel mais pas aussi diabolisé que dans une vision purement griffondor. Il est dur mais ça fait partie de lui. Pour Jenny, ça m'a permis une vue de l'intérieur de ce qui fait que les sang-purs sont tels qu'ils sont, et de leur attitude. C'est sûr que son amitié avec Hermione me sert bien ! Et puis j'aime bien ce personnage, sans doute parce qu'il m'appartient plus que les autres. ;) Sinon, pour le passage avec les enfants, apparemment, j'ai bien réussi ! Pourtant, ce n'était pas évident à écrire… Et je voulais éviter qu'ils fassent une crise, car bon, ç'aurait un peu entravé mes plans, donc j'ai tenté de les montrer compréhensifs, mais de façon crédible… Arf. En tout cas je suis contente de lire que ça t'a touché ! ;) Quant au côté maternel manqué d'Hermione… Elle est maternelle, mais là, elle est un peu en crise, et elle n'y arrive plus. Elle doit se chercher avant de pouvoir se dédier aux autres, ce qui est logique. Enfin, les lettres… Les premières t'ont fait rire, tant mieux, c'était le but ! Et la dernière… Bon, j'avais clairement en tête de la rendre marquante, tu t'en doutes. Et vu les reviews que j'ai reçues, je n'ai pas manqué mon but. Et Hermione se réveille toujours plus, même si elle reste lucide sur elle-même. C'est ma principale difficulté, amener le couple en respectant le caractère des personnages, et Hermione est clairement quelqu'un de raisonnable. Et enfin les carnets… Bon, vu que j'ai déjà publié des bouts, on sait déjà de quoi il est question. Reste à Monette de le découvrir, car elle l'a oublié. Peu étonnant, vu qu'elle n'avait pas de preuve de ce qu'elle soupçonnait. En tout cas, si tu es une adepte des longues reviews, je t'en prie, fais toi plaisir, car j'adore ça ! :) Quel auteur n'aimerait pas ? J'espère que la suite te plaira… Bisous !


« She is gone and now there's no one else to take her place

She is gone and now there's no one else to love

'Cept my friends, Layin' 'cross the river »

[Gravenhurst, See my friends]


oOo

Chapitre XIX

// Car même si l'on a peur, il faut avancer, toujours.//

oOo

Drago Malefoy sirotait pensivement son café matinal, le regard perdu dans l'étendue enneigée du parc de l'ancien domaine Malefoy. Il tentait de se préparer à la journée qui allait suivre. La signature, les palabres habituelles, et enfin, elle... Il ne savait pas de quelle façon elle allait réagir. Il avait écrit sa lettre alors qu'il était passablement éméché, à trop contempler le feu brûlant dans sa cheminée, un verre de Whisky d'Aberdeen entre les mains, mais cela n'avait pas apaisé son esprit et il n'avait pas fermé l'œil de la nuit. Lui-même ne savait guère ce qu'il voulait, il était agité, perturbé, et il n'y était pas habitué. Il ne savait si ce sentiment lui plaisait ou si au contraire ce n'était qu'un désagrément passager qui s'en irait sous peu. De légères cernes soucieuses encadraient ses yeux perçants, accusant sa fatigue. D'où le café très serré qu'il avalait à petites gorgées. Il avait pensé chacun des mots qu'il avait écrit, et si son esprit était troublé, son unique certitude était qu'il voulait Granger. Hermione. Toutefois, il avait peur de sa réaction, qu'elle le repousse, ou pire encore, qu'elle l'ignore avec talent ainsi qu'elle savait le faire. Que ferait-il alors ?

Un froufrou de tissus glissant sur le sol le sortit de ses pensées. Il sourit amicalement à son épouse qui venait le rejoindre dans leur petit salon d'hiver. Elle était pâle, encore un peu endormie, quelques mèches froissées encadrant son joli visage, qui était rehaussé par sa robe de chambre de satin bleu pâle. Cela ne dérangeait pas Drago d'apprécier sa femme alors qu'il pensait à une autre. Il savait où il en était avec Astoria, et celle-ci semblait doucement sortir du sommeil bienheureux des épousailles. Elle étira ses lèvres rosées en un sourire endormi et s'assit gracieusement sur un petit fauteuil de rotin. Alors que ses mains fines s'emparaient de la théière de porcelaine pour remplir sa tasse, elle engagea la conversation :

.- Tu ne t'es pas couché cette nuit. Tu as fait une insomnie ?

.- Oui, et je m'en serais passé. Je vais devoir boire beaucoup de café pour tenir, avec la journée qui m'attend.

.- Tu t'inquiètes pour la signature ? Tu ne devrais pas t'en faire, tout va bien se passer, tous ceux qui m'en parlent me chantent tes louanges.

.- En ce cas, ironisa Drago avec un sourire amusé, je dois faire confiance à leur adoration.

Astoria leva les yeux au ciel, puis se détourna pour noyer elle aussi son regard au travers des larges fenêtres qui donnaient sur le parc. Elle s'y était habituée maintenant, à ces échanges vides et creux de formalités avec son époux. Il lui faudrait bientôt lui parler, clarifier les choses, aller de l'avant, enfin. Mais... Pas encore, pas tout de suite. Encore un instant, suppliait son cœur. Encore l'instant de ce matin silencieux et enneigé, de l'odeur du café et des toasts grillés, de la tendresse des sourires. Pas tout de suite. De toute façon, ce n'était pas le bon jour pour aborder les problèmes de leur couple, Drago avait été débordé par le boulot. Elle ne pouvait pas faire ça maintenant. Son mari s'éclaircit alors la gorge. Il venait de se souvenir de quelque chose.

.- Dis-moi, dois-tu impérativement aller au laboratoire aujourd'hui ?

.- Pas nécessairement, j'ai quelques analyses à faire, mais rien d'urgent. Je peux toujours déléguer. Pourquoi donc ? s'enquit Astoria, surprise.

.- Voudrais-tu m'accompagner à la signature ? demanda Drago.

Cela n'arrangeait pas vraiment le jeune homme. Astoria, Granger, dans la même assemblée. Trop de souvenirs et de sentiments s'entremêlaient en lui. Mais il avait promis à Dodge qu'elle serait là. Entre autres choses. C'était là une part des arrangements qu'ils avaient conclus lors de leur conciliabule, lors du dîner à son hôtel particulier. Le conciliabule qui avait en quelque sorte sauvé les accords des effets de sa propre bêtise. Il avait vraiment été prétentieux et vain en provoquant Neil Dodge pendant le dîner. C'était bien la dernière personne à vouloir se montrer complaisante avec lui. Il y avait de quoi, il fallait l'avouer, mais Drago lui aussi avait la rancœur tenace.

.- Pourquoi ? Enfin, ce n'est pas que ça me dérangerait, bredouilla la jeune femme, mais il y a longtemps que tu ne me demandes plus ce genre de chose...

.- J'en suis désolé Asto'...

.- Qu'essayes-tu donc de faire ? Sois honnête.

La jeune femme était sceptique. Elle connaissait son mari, et elle se doutait que cette galanterie n'était pas anodine. Et qu'elle n'était sans doute pas une tentative de ranimer leur couple.

.- Neil Dodge sera là.

.- Oh...

Astoria avait reposé sa tasse une peu trop brusquement, avec sécheresse. Neil... Par Merlin, cela faisait si longtemps... Forcément, elle avait coupé les ponts avec lui après ce qu'il s'était passé. Mais il lui avait manqué. Et le simple fait d'entendre son nom ranimait de multiples questions en son esprit, questions qu'elle avait étouffées depuis tant d'années. Qu'était-il devenu ? Était-il marié ? Avait-il des enfants ? Comment vivait-il ? Pensait-il à elle.. ? La jeune femme sentit sa tête tourner, prise d'un léger vertige. La nouvelle était surprenante. Toutefois, passé cet instant de fébrilité et d'émotion, son calme habituel revint, et elle darda un regard scrutateur sur son mari. Celui-ci était appuyé au chambranle de la fenêtre, une main dans la poche, et semblait particulièrement absorbé par le paysage, évitant soigneusement de regarder sa femme. Astoria n'était pas dupe, son regard à elle était lui aussi aux aguets.

.- Et ?

.- Quoi ? répliqua Drago, comme sur la défensive.

.- Il sera là. Et alors ? Pourquoi me le dis-tu ?

.- Je pensais que tu serais contente de le revoir.

.- Ne me prends pas pour une idiote. Aie au moins le courage d'inventer une excuse plus vraisemblable. Notre mariage est peut-être fini, tu m'ignores peut-être, mais conserve donc un minimum de respect.

Sa voix était implacable, cinglante. Astoria se releva, tremblante. Une certaine fureur s'était emparée de son petit corps. Elle avait envie de cracher à Drago toute l'amertume qu'elle éprouvait. Et il lui parlait de Neil ! Pourquoi ? Le jeune homme se détourna enfin de la fenêtre et s'approcha de son épouse. Malgré la résistance de la jeune femme, il saisit l'un de ses poignets.

.- Astoria, je te respecte, crois-moi. Tu es l'une des rares personnes que je respecte et estime, n'ose jamais penser le contraire.

.- Tu ne m'aimes plus.

.- Non.

.- Pourquoi me dis-tu que Neil sera là ? Pourquoi m'invites-tu ?

La voix d'Astoria était étranglée. Des larmes se massaient à l'orée de ses cils, menaçant de rouler à tout instant.

.- J'ai promis à Neil de t'inviter.

.- Qu... Pardon ? murmura la jeune femme.

.- Il fait partie de la commission chargée d'élaborer les accords. Il est à Londres depuis plus d'un mois.

.- Tu ne me l'as pas dit. Il n'a pas cherché à me voir ?

.- Jusqu'ici, non. Il m'a dit que si toi, tu ne voulais pas venir, ce n'était pas grave. Que je devrais faire autre chose pour lui.

.- Il te fait chanter ?

.- En quelques sortes, mais ce n'est pas grave...

Drago n'aimait pas voir cette détresse dans les yeux d'Astoria. Lorsqu'elle s'était écriée que leur mariage était fini, il en avait été triste, malgré tout. Il avait eu envie de la contredire. Mais c'était bien là. Il l'avait su avant elle. Et elle semblait prête. Pourtant, avec ce Neil Dodge qui venait demander à Astoria de le revoir, il s'inquiétait pour elle. La jeune femme serra les poings, nerveuse. Son corps tremblait légèrement, et ses larmes ne tardèrent pas à creuser leur sillon sur son visage désemparé. Enfin elle releva un regard déterminé et le planta dans celui de Drago. Elle était plus forte qu'il n'y paraissait.

.- Alors, tu viendras, ou pas ? demanda le jeune homme avec douceur.

.- Je viendrai. Drago...

.- Oui ?

.- C'est fini, c'est cela ?

.- Oui, tu l'as dit toi-même.

.- C'est vrai... C'est étrange, non ?

.- Oui. De toute façon, ça ne sera jamais totalement fini entre nous, il y a Scorpius.

.- Oui, il y a Scorpius. Tu sais ce que je disais à Pansy l'autre jour ? Que je voulais un autre .- enfant, soupira Astoria en s'éloignant de quelques pas.

.- Ah...

Drago était surpris par le revirement de conversation. Pourtant, il connaissait son épouse, il savait qu'elle ne s'épanchait pas longtemps. Parfois même, c'était elle qui le prenait en main.

.- Non, pas un autre enfant, en fait. Je la voulais elle. Elanor.

La voix d'Astoria venait de se briser. Drago rejoignit la jeune femme en quelques pas et la serra dans ses bras. Lui aussi l'avait voulue, cette enfant, lui aussi aurait voulu avoir cette petite fille. Sa fille. Il aurait aimé la voir grandir, il s'était habitué à elle. Mais tout ce qu'il avait jamais connu d'elle avait été ce petit corps enterré hâtivement dans un minuscule cercueil. Elle lui manquait, Merlin elle lui manquait, et lorsqu'il voyait une fillette dont l'âge correspondait avec celui qu'aurait eu sa fille, il ressentait d'autant plus ce manque. Il enlaça plus fermement Astoria. Encore quelque chose qui les lierait à jamais. Cette perte, ce manque.

.- Tu auras d'autres enfants Astoria, crois-moi. Tu ne resteras pas seule, tu n'es pas faite pour l'être.

.- Mais je la veux...

.- Moi aussi Asto', elle me manque. Et je sais que Scorpius aurait aimé avoir une grande soeur...

Astoria esquissa un faible sourire à travers ses larmes. Déjà, elle sentait que Drago s'éloignait. Qu'il prenait le rôle du père de leur enfant, et non plus de son époux. Des rôles, il jouait toujours des rôles, qui se remplaçaient l'un l'autre. Pendant un temps, elle avait su le percer à jour, mais elle n'y parvenait plus. C'était fini, il n'était plus à elle. Elle savait, elle sentait que chaque seconde les éloignait plus que la précédente. Que le seconde présente les liait plus étroitement que la suivante.

.- Je ne veux pas voir Neil... chuchota-t-elle. Je ne vais pas y arriver.

.- Tu n'es pas obligée.

.- Je viendrais de toute façon, tu le sais. Tu le savais avant même de me le demander.

.- Oui...

Astoria releva la tête vers Drago, et se laissant aller à cet instant de détente, de complicité, elle rapprocha ses lèvres de celles de son époux. Il se laissa faire et scella leur baiser, enlaçant plus étroitement le mince corps entre ses bras, embrassant avec tendresse mais non volupté ces lèvres. La jeune femme huma avec délices le parfum de verveine de son époux. Il n'y avait jamais eu que deux odeurs dans sa vie, verveine et thé fumé. Elle entrouvrit ses lèvres avec lucidité et donna tout son amour épuisé et à bout de souffle dans son baiser. Le dernier, sans doute, même si cette formulation lui semblait ridicule.

Lorsqu'ils se séparèrent, elle vit que Drago lui aussi semblait ému. Il piqua un baiser sur le nez d'Astoria. Comme à leurs débuts. Puis il lui murmura :

.- Tu me rejoins au Ministère ?

.- Oui, je vais déposer Scorpius et donner mon avis de congé au labo.

.- Alors, à cet après-midi Astoria.

.- À cet après-midi M. Malefoy.

L'ironie était presque cruelle.

oOo

Hermione venait tout juste d'échapper aux griffes de Miranda, qui avait tenté de la happer pour une ultime mise au point. Fort heureusement, sa patronne avait rencontré au tournant du couloir ministériel une ancienne connaissance, et jugeant qu'il était inapproprié de ne pas s'attarder à converser, elle avait enfin daigné laisser filer son assistante. La jeune femme souffla doucement. Elle appréhendait cette signature et les discussions qui s'annonçaient. Elle savait qu'elle était en avance, mais les couloirs grouillaient déjà de monde qui se hâtait en direction de la salle de conférence, échangeant de-ci de-là des poignées de main. Quelques tables drapées de nappes moirées lévitaient avec dignité sous les hauts plafonds décorés de stuc afin de rejoindre les salles mises à disposition pour le cocktail qui finaliserait la création de la LSA. Ne voyant pas de tête connue, Hermione allait se décider à se rendre dans l'amphithéâtre pour choisir une place avantageuse dans les gradins, qui pourrait lui permettre de voir sans trop être vue, quand elle entendit quelqu'un l'appeler. Elle se détourna et scruta patiemment la foule compacte, curieuse de voir qui la cherchait. Une masse de cheveux de noirs surmontant une paire de lunettes rondes ne tarda pas à apparaître, et Hermione ne pût retenir un sourire incrédule.

.- Harry ?

.- Hello Hermione, ça faisait longtemps ! s'exclama Harry qui s'extirpa du flot de personnes en quelques coudées et saisit la main de son amie pour l'embrasser cérémonieusement.

.- J'avoue, mais cesse donc ces simagrées ! pouffa-t-elle.

Elle le serra chaleureusement dans ses bras.

.- Alors, que fais-tu ici ? En mission comme auror ? supposa-t-elle.

.- Possible, en effet... C'est d'autant mieux que je sois affecté ici que je voulais te voir, et comme je sais que tu as travaillé sur ce projet... marmonna le jeune homme, vaguement gêné.

.- Tu as lu l'article, c'est ça ? devina Hermione, dépitée.

.- Oui, et même si je ne crois en rien ces racontars, car tu sais bien que je suis un habitué des fausses rumeurs, cela m'a fait réalisé à quel point j'avais manqué à mon rôle d'ami et t'avais dédaigné. Tout de même, être informé de tes sorties pas Sorcière-Hebdo, c'est plutôt malheureux, non ?

.- Mmh... Oui, plutôt, se moqua la jeune femme.

Harry haussa les épaules avec fatalisme puis, malicieux, lui donna une bourrade dans le dos. Tous deux partirent en un rire franc et joyeux. Il n'y avait pas de doute, cela leur avait manqué de ne pas se voir, et ils ne le réalisaient qu'à présent qu'ils étaient réunis. Un léger malaise subsistait, mais Hermione sentait que la vue de son meilleur ami lui mettait comme un baume chaud sur le cœur, et elle se promit de ne plus laisser de fossé se creuser entre eux - quand bien même elle devrait camper dans la tente de devant la maison des Potter. Harry devait partager sa pensée car il lui ébouriffa affectueusement ses cheveux déjà difficilement disciplinés puis, l'attrapant par la taille, il la mena vers deux sièges.

.- J'ai pris l'initiative de te garder une place près de moi, ça ne te dérange pas ?

.- Oh, oui affreusement, quelle horreur, je déteste devoir supporter ta compagnie ! rit Hermione. À ton avis ?

.- À mon avis je vais subir tes babillages pendant un bon moment.

.- Harry !

.- Mais, c'est donnant-donnant, tu vas devoir supporter les miens.

.- J'aime mieux ça.

.- Alors, donne-moi un peu de tes nouvelles. Mes chers neveux ont beau être aussi bavards que leur père et leur mère réunis, je préfère avoir ta version de ta propre vie.

.- Trop aimable. Eh bien, comme tu vois j'ai du sortir quelque peu de mon vieux bureau ces derniers temps et me prêter au jeu des diplomates.

.- Merlin quelle horreur ! geignit Harry.

.- Je sais combien tu détestes les bureaucrates, mon petit Potter, épargne-moi donc tes critiques. Je suis moi-même membre de cette administration que tu abhorres.

.- Et de bon droit, ne trouves-tu pas tout cela assommant ?

.- Passionnant serait le mot le plus juste.

Harry haussa les sourcils, dubitatif. Il n'avait jamais réellement compris pourquoi Hermione s'était ainsi engagée à travailler pour le Ministère, à rester enfermée des journées entières à réviser de vieux textes et à départager des décrets. Certes, il ne niait pas l'importance de ce travail, mais il se disait juste que... Après avoir tant vécu dans l'action, assez librement, dans l'instantané, à enquêter et à chercher des potions et des sortilèges pour les sortir d'embarras, Hermione ne pouvait pas s'estimer heureuse dans ce qu'elle faisait à présent. Certes, au début elle avait défendu des causes, comme celle qui lui tenait tant à cœur, sur les elfes de maison, mais à présent qu'elle avoisinait les plus hauts grades de son département... Force lui était de reconnaître que ce que faisait son amie n'était guère stimulant, et il s'en désolait. Car il savait à quel point elle pouvait se montrer remarquable lorsque c'était la passion qui la portait.

.- Quoi, Harry ?

La petite tête d'Hermione était penchée sur le côté, et l'observait en fronçant les sourcils, de façon tout à fait charmante. Elle avait l'air d'aller un peu mieux, à y regarder de plus près. Harry lui donna une petite tape sur le nez, lui souriant.

.- Rien, tête de bois. Alors, dis-moi tout de tes échanges diplomatiques, je te promets que mes critiques resteront inexprimées.

.- Quelle clémence !

.- C'est ton jour de chance.

.- Bizarrement, ça m'inquiète plus qu'autre chose. Enfin ! Je dois t'avouer que j'ai beaucoup aimé cette expérience, et que j'aurais du mal à retourner à mes dossiers.

.- Une bonne nouvelle, Miss je-sais-tout veut sortir de son bureau !

.- Harry...

.- Passons. Tu disais ?

.- Même si cela n'équivaut pas l'action telle que toi tu la conçois, j'ai bien aimé cette part active des échanges. Je sais que pour toi ce ne sont que des bavardages insipides – pour le côté insipide, tu as d'ailleurs raison – mais une bonne partie des accords se scelle dans ces moments-là, tu n'as pas idée.

.- Eh bien, apparemment oui, puisque je suis ici en train de me préparer à voir une longue et monotone signature.

Cette fois-ci, ce fut Harry qui se prit une tape derrière la tête.

.- Vas-t-en donc, si cela t'embête, bougonna Hermione, vexée de voir son ami si sarcastique.

.- Bon, je ne dis pas que la LSA sera sans intérêt, le projet est intéressant, mais tout de même, tu ne trouve pas toute cette pompe un peu... de trop ?

.- Je suppose que ça plait à certains. On fait de jolies photos et on les met dans les journaux, comme dans Sorcière-Hebdo, plaisanta la jeune femme.

.- Puis on va découvrir la « petite histoire dans la grande », c'est cela ?

.- Ma parole, tu as appris cet article par cœur ! s'écria Hermione, ébahie.

.- Mais oui, tu sais bien que je raffole de ce genre de magazine, ils sont tellement creux, c'est un plaisir !

Harry lui lança un clin d'œil complice. Il approchait enfin du sujet qui le préoccupait. Il était ravi de revoir Hermione, mais ce que lui avait confié Kingsley l'inquiétait profondément, il voulait savoir pourquoi sa 'Mione adorée se devait de côtoyer ces mangemorts de Malefoy. Il voulait également savoir ce qu'elle avait découvert d'étrange car lui connaissait mieux la jeune femme que Kingsley, et il savait qu'en règle général ce qu'elle découvrait ne reposait pas sur du vent. Leur passé commun en portait de nombreux exemples, comme la découverte de la lycanthropie de Lupin, ou celle du moyen de déplacement du Basilic lors de l'ouverture de la Chambre des Secrets. Aussi, la savoir en train de mener sa propre enquête autour de la famille Malefoy, pire même de Lucius Malefoy, l'alarmait autant que l'intriguait. Toutefois il se doutait bien qu'Hermione ne lui dirait pas le fond de l'affaire si facilement.

.- Tu dois donc travailler avec Malefoy, si j'ai bien compris ce torchon, reprit Harry. Pas trop dur ?

.- C'est un casse-pieds de première, mais à part ça, en toute sincérité, ça se passe plutôt bien, répondit Hermione avec une moue crispée.

« Ça se passe plutôt bien », que voulait donc dire Hermione par là ? La jeune femme s'était raidie. Était-ce leur collaboration ou son enquête qui se passait plutôt bien ? Il n'y avait aucun moyen de le savoir, les deux hypothèses se valaient. De plus, son amie ne semblait pas être ravie de devoir parler de Malefoy.

.- Vraiment ? Aurait-il changé, si cela est possible chez lui ? N'oublie pas de lui dire ta façon de penser, parfois.

.- Ne t'inquiète pas à ce sujet, sourit Hermione, il a pu entendre les plus brillantes insultes que les jumeaux avaient pu m'apprendre, avant.

.- Il n'a pas dû très bien le vivre, en ce cas !

.- Je le crois volontiers. Mais, si je peux me permettre, il a tout de même changé. Il nous est arrivé de discuter, et c'était plutôt plaisant.

Tout en parlant, les joues de la jeune femme avaient légèrement rosi, tandis que son regard se faisait un peu fuyant. Prenant cela pour de l'appréhension, Harry lui sourit.

.- Tu sais, je ne vais pas m'insurger parce que tu as parlé avec lui, nous n'avons plus quinze ans. Je suppose qui si je suis capable de comprendre que vous ayez pu avoir une conversation viable, il est possible que Malefoy de son côté se soit très légèrement amélioré.

.- Très légèrement, hein ?

.- Oui, il ne faut pas pousser.

.- J'ai apprécié sa compagnie, car il ne faut se leurrer, il est intelligent. Il est juste dommage qu'il puisse être si hautain et désagréable.

.- C'est un Malefoy, Hermione, il n'y a pas de quoi s'étonner. Et puis de toute façon, c'est sans regret pour nous, n'est-ce pas ?

La question resta en suspens. Harry sentait ses sens entraînés s'aiguiser, et les secondes défilèrent avec une lenteur toute particulière. Hermione avait l'air mal-à-l'aise d'entendre parler de Malefoy, et le jeune homme avait quelque peu accentué sa question, non sans intention. Il voulait creuser un peu, et se surprenait à user des ses méthodes d'auror aguerri avec sa meilleure amie. Il en eut un peu honte, mais il voulait savoir. Et malgré ce qu'il avait dit, savoir qu'Hermione appréciait Malefoy l'embêtait. La jeune femme attendit un peu pour répondre, puis se décida enfin :

.- Non, c'est sans regrets, bien entendu. De toute façon...

.- Mrs Weasley-Granger !

Hermione s'interrompit brutalement et tourna la tête vers le haut de l'amphithéâtre officiel. La salle était presque comble, et la cérémonie de signature allait avoir lieu dans quelques instants. Déjà, les petites fées d'un bleu électrique qui indiquaient aux invités d'honneur leurs places volaient vers les portes pour les fermer. La jeune femme vit une silhouette d'homme se rapprocher d'elle en agitant la main et reconnut rapidement le sourire affable de Neil Dodge.

.- Neil ! Je suis ravie de vous revoir, même si je me doutais que nous nous croiserions. Et appelez-moi donc Hermione, je vous l'ai déjà dit.

Neil se fendit d'un galant baisemain. Il était content de revoir la gentille collaboratrice de ce nobliau de Malefoy, il l'avait bien appréciée la dernière fois. Hermione, elle, était très contente de cette interruption qui tombait à point nommé, car elle ne savait pourquoi, mais elle avait l'impression qu'Harry l'interrogeait de façon un peu trop précise, comme s'il se doutait de certaines choses à son sujet. Elle se tourna vers son meilleur ami et fit les présentations :

.- Harry, je te présente Neil Dodge, qui fait partie de la délégation américaine. Neil, voici mon meilleur ami, Harry Potter.

.- Oh, enchanté , je ne pensais pas que j'aurais l'honneur de vous rencontrer, s'exclama Neil, de toute évidence ravi de cette rencontre.

.- Merci, mais vous savez, une grande part de mon mérite revient également à Hermione, éluda Harry.

Neil lança un regard surpris à Hermione. Forcément, avec son nouveau nom de famille, il n'avait pas fait le rapport, mais il devait bien admettre qu'il aurait du la reconnaître. Hermione tripota ses cheveux, gênée, et tout en lançant un regard noir à Harry, elle sourit à Neil.

.- Vous êtes placé dans la tribune officielle ?

.- Non, à vrai dire, ça ne me tente guère. Je trouve plus agréable d'être dans les gradins, on peut observer les gens, et je cherche à reconnaître quelques connaissances. Et puis de toute façon, ces fameux textes, je les connais tellement que je pourrais vous les réciter.

.- À ce point ? plaisanta Harry. Eh bien, pourquoi ne vous installeriez vous pas avec nous, en ce cas ? Vous me seriez d'une aide précieuse pour comprendre tous ces longs discours, car pour être honnête, tout ceci m'ennuie et je ne suis venu m'enfermer dans cette salle que dans le but d'avoir l'extrême privilège d'agacer Hermione.

.- Ah, je me disais aussi... grommela Hermione.

Harry roula des yeux et se décala pour laisser Neil prendre place.

.- Vous êtes donc de la délégation américaine ? Je me disais, puisque vous avez travaillé avec Hermione, vous avez sans doute dû supporter , je me trompe ?

.- Vous ne faites pas erreur, répondit Neil avec cynisme. Je m'en serais bien passé, et c'est en partie pour cela que je ne suis pas dans la tribune d'honneur. Je ne veux pas être confondu avec un tel paon. Vous ne l'appréciez guère vous non plus ?

.- C'est peu dire, notre inimitié est presque historique...

Laissant les deux hommes bavarder ensemble, Hermione perdit son regard dans la mer de chapeaux pointus. La tribune d'honneur était brillamment éclairée, et elle pouvait voir nombre de sorciers au poil lustré sourire face aux flashs fumants des appareils photos qui crépitaient. Plusieurs plumes à papotte filaient sur de longs rouleaux de parchemin, et des bougies flottantes enfermaient l'angle dans un écrin presque sacré. Elle ne tarda pas à repérer une chevelure lunaire, qui slalomait entre les rangs, prenant soin de saluer tout le monde. Drago Malefoy semblait bien affairé, et elle se doutait qu'il ne devait pas penser à elle dans un tel moment, mais les mots qu'elle avait reçus de sa part la nuit précédente se ravivèrent dans sa mémoire avec un éclat tout particulier. Elle ne pouvait le nier, elle brûlait d'impatience de le revoir. Elle n'avait pas fini la lecture de ses journaux, et elle cherchait encore ce fameux indice, mais elle ne désespérait pas. Pourtant, la présence de Neil, d'Harry et ... d'Astoria la pétrifiaient. La belle lady blonde venait d'arriver, légèrement essoufflée de s'être pressée pour arriver à l'heure, mais néanmoins somptueuse et d'une élégance remarquable. Hermione ne savait déjà plus quoi faire en la présence de tous ces obstacles, sans compter sur ceux qu'elle se créait elle-même. Elle jeta un coup d'œil vers Neil. Celui-ci continuait de discuter avec aisance avec Harry, mais elle vit que son regard s'était accroché à la fine silhouette vêtue d'une robe de brocart violine et qu'il s'était allumé d'un certain feu.

Cependant, elle ne put guère continuer d'observer plus longtemps, car les lumières périphériques s'abaissèrent doucement et seule l'estrade somptueusement parée resta éclairée. Le Ministre de la Magie en partance, Darius Bullock, s'avança avec lenteur, précédé d'un texte empli d'enluminures, soutenu par des farfadets des landes, étincelants dans leur costume doré. La cérémonie de signature commençait.

oOo

.- Somptueuse cérémonie non ? commenta Harry, en sirotant avec gourmandise un verre de muscat.

Somptueuse, oui, la cérémonie l'avait été. Si les palabres avaient effectivement été ennuyeux, ils étaient si bien décorés et enrobés, la mise en scène avait été si grandiose et les intermèdes si nombreux que pas une personne dans l'assistance ne s'était ennuyée. L'on aurait bien plus dit un spectacle que la signature d'un papier officiel, mais cet évènement ferait sans aucun doute date et serait relayé dans le monde entier. Le Ministre pouvait être fier de lui, il quitterait son poste sur une victoire, et à son successeur de tenter de faire mieux ! Les divers délégués avaient également eu le beau jeu, et personne n'avait pu s'empêcher d'être quelque peu envoûté par Drago Malefoy. Par son excellente maîtrise de son corps et de son visage, le jeune homme en avait subjugué plus d'un par son charisme et il n'y avait guère de risque à parier qu'il serait l'une des figures majeures de la scène internationale du monde magique avant peu, et peut-être Ministre d'ici quelques années. Le nom des Malefoy refaisait encore une fois surface au plus haut, comme à son habitude.

.- Je ne regrette pas d'être venu, ces petits-fours sont à se damner, continua Harry.

.- Je vois quel intérêt tu portes à la LSA, soupira Hermione en roulant des yeux.

.- Non, vraiment, je trouve cette organisation bien pensée, même si comme d'habitude, cela ne profitera pas à tous. Enfin, ça c'est juste mon opinion.

.- Opinion très lucide, crois-moi, grimaça la jeune femme.

.- Enfin, je n'ai pas perdu mon temps, entre ce gala avec ces petits-fours – non vraiment, goûte-les, ils sont formidables ! –, nos plus ou moins retrouvailles et ma rencontre avec ce cher Neil, c'était plutôt intéressant.

.- Ravie d'être placée entre les gâteaux et Neil.

.- C'est pour ne pas faire de jaloux, tu sais bien que tu auras toujours une place de choix. À propos, où est Neil ?

.- Parti je ne sais où, même si je me doute quelque peu ...

Hermione pinça ses lèvres. Neil allait chercher à voir Astoria, sans doute. C'était du moins ce qu'elle déduisait de ce qu'il lui avait dit chez Malefoy. Elle ne savait pas vraiment ce qui allait se passer, et elle se sentait un peu aux aguets. Le mieux serait sans doute de rester égale à ce qu'elle avait toujours été, de repousser encore une fois Malefoy. C'était trop embarrassant, avec Harry d'une part, Astoria de l'autre et ...

.- Zabini ?

Le jeune noir venait de surgir d'une arche qui menait aux multiples salles prêtées pour le gala. Il était très élégant en habit de soirée sorcier de couleur anthracite, et tenait une flûte de mousseux dans la main. Ses yeux sombres scrutaient l'assemblée de dignitaires, et croisèrent le regard surpris d'Hermione. Ses lèvres se retroussèrent en un sourire légèrement moqueur, et il se rapprocha avec lenteur et souplesse du coin de table ou Harry et Hermione s'étaient postés.

.- Zabini, le Zabini de Poudlard, bredouilla Harry, surpris.

.- Oui, c'est lui. Tais-toi, il vient vers nous.

L'auror jeta un regard interloqué à son amie. De toute évidence, elle semblait avoir pris l'habitude de fréquenter des serpentards, et il avait l'impression de contempler une autre personne. Elle avait changé, oui, elle s'était affermie, s'était faite plus assurée, plus déterminée. La jeune femme posa sa coupe et avança d'un pas alors que l'ancien serpentard arrivait à leur niveau.

.- Granger, quel plaisir de te voir.

.- Zabini.

.- Et Potter, aussi ? Ma parole, où est donc ton mari, il en manque un sur trois, railla Blaise.

.- Harry est venu assister à la cérémonie pour le compte de son travail, c'est tout Zabini. Je suppose que tu es ici avec Malefoy ?

.- Cela va de soi. Pourquoi, tu le cherches ?

La sourire de Blaise Zabini était sans équivoque. Hermione sentit son échine se glacer. Malefoy lui avait tout dit, cette enflure avait tout raconté à Zabini. C'était logique, elle-même s'était confiée à Jenny mais... Zabini ! Ce n'était pas exactement le type de personne qu'elle prendrait comme confident. Sa hantise d'un quelconque coup monté de la part de Malefoy la reprit. Zabini avait un sourire bien trop moqueur, mais somme toute, il l'était toujours, elle ne l'avait jamais vu que de cette façon, joyeusement et frivolement dédaigneux par rapport au monde.

.- Non, je constate, c'est tout.

.- Apparemment, nous sommes voués à nous croiser en des lieux où l'alcool abonde, commenta Zabini en poussant un petit rire bref.

Hermione sentit ses joues s'empourprer. Elle préférait Blaise lorsqu'il était plus égaré. À ce moment-là, elle le découvrait avec le même talent serpentin que son meilleur ami, calculateur et narquois. Elle sentit Harry qui venait la rejoindre. Il avait dû deviner que l'entretien était pénible pour elle. Pauvre Harry, s'il savait que tout cela est en partie de ma faute, pensa-t-elle avec un élan de tendresse pour son ami.

.- Zabini, cela fait longtemps.

.- Quelle remarque plein de perspicacité, Potter. Mais oui, tu as raison. J'ai eu fort heureusement la chance de rencontrer plus souvent ta charmante amie, et je lui rappelais notre dernière rencontre, qui fut fort joyeuse.

.- Mais brève, Zabini, je tiens à le dire. Tu étais saoul, répliqua Hermione, tentant de faire taire le jeune homme.

.- Quand était-ce ? demanda Harry, qui sentait bien qu'entre les deux autres, une sorte de dialogue silencieux avait lieu.

.- Au nouvel an. Laisse-moi te dire mon cher Potter, que ton amie était fort en beauté, elle a plu à beaucoup de monde.

.- On s'est très rapidement croisés, ajouta précipitamment Hermione. Tu te souviens, Jenny m'avait invitée et il se trouve que nous avions choisi le même endroit pour réveillonner.

.- Ne sois pas si modeste, Granger, tu nous as bien diverti avec tes répliques, quelle gouaille.

.- Ravie de t'avoir amusé, Zabini.

.- Drago aussi avait apprécié, si je me souviens bien.

.- Tu te souviens mal en ce cas, car nous n'avions échangé que peu de civilités. Mais ça ne m'étonne pas, tu étais déjà fort abîmé, et il se peut que ta mémoire t'ait joué des tours.

.- Ah bon ? Soit, si tu le dis...

Blaise captura un instant les yeux d'Hermione. Elle se sentait percée à jour. Oui, Blaise savait tout, c'était obligé, mais à quel jeu jouait-il donc ? Pourquoi s'amusait-il ainsi avec ses nerfs ? Devant Harry, forcément. Par chance, il s'était ravisé sur la fin et s'était rangé à son jugement, mais pour combien de temps encore ? La jeune femme observa ce regard rieur. Il ne semblait pas avoir de mauvaises intentions, mais savait-on jamais... Le léger sourire qui ourlait les lèvres du jeune homme lui semblait plein de sous-entendus, et elle avait peur de les comprendre.

.- Harry, veux-tu m'excuser s'il te plait, fit-elle soudainement, mais il faut que je parle à Zabini.

.- Hermione, tu es sûre que ça va?

Le regard émeraude de son meilleur ami semblait inquiet. De fait il l'était. Il ne comprenait pas toute la situation, mais les sous-entendus de Zabini, ainsi que les regards qu'il échangeait avec la jeune femme dénotaient une certaine complicité. Une complicité terrifiante si l'on en jugeait par la tension qui semblait habiter Hermione. Son amie posa sur lui un regard doux et caressa doucement du doigt la joue du jeune auror.

.- Ne t'inquiète pas pour moi, Harry. Tout va bien, je t'assure.

.- Vraiment ?

.- Oui, je... Je t'expliquerai tout cela plus tard, je te le promets.

.- Quand ?

.- Plus tard.

Et il les observa s'éloigner lentement, sans mot dire, baignés dans la lumière dorée des nuées de bougies qui éclairaient les élégants appartements. Cette sorte d'aura mettait Hermione à distance, et il avait le sentiment de ne plus la comprendre. Elle avait changé, oui, et c'en était effarant. Il se demandait ce qu'elle faisait, si elle n'était pas en train de se noyer. Quelle était donc cette enquête qu'elle menait ? Qu'avait-elle découvert ? S'était-elle liée d'amitié avec ces serpentards ? Il n'était pas sûr de vouloir connaître la réponse, mais cette impression de la contempler s'échapper le tourmentait.

Hermione regardait droit devant elle. Elle savait que Zabini l'observait alors que, lentement, ils se frayaient un passage au travers de la foule. Une fois qu'ils furent arrivés à une élégante loggia, elle décida que c'en était assez et s'arrêta brutalement, se tournant vers le jeune homme qui ne se départait pas de son léger sourire.

.- À quoi joues-tu, Zabini ?

.- À rien Granger, je te rappelle seulement certains souvenirs.

.- Tu es affreux. Comment peux-tu faire ça devant Harry ?

.- C'est tellement drôle.

Hermione ne répondit pas. Elle était furieuse, elle était... Bouleversée. Elle ne savait plus quoi penser, elle ne savait plus ce qu'elle pensait. Elle était terrifiée et impatiente, énervée et honteuse, brûlante et perdue.

.- Granger... Allez, excuse-moi, je trouvais juste cela amusant. De toute façon, je n'aurais rien dit devant ce freluquet de Potter, je frôlais juste les limites. C'est tellement grisant, mais tu le sais bien toi aussi, hein Granger ?

.- Tu sais tout, c'est cela ?

.- Bien sûr que je sais tout. Quand bien même Drago aurait voulu me le cacher, je l'aurais su. Crois-moi, tu le changes, vous franchissez certaines limites et... J'espère que tout se passera bien.

.- Pardon ?

.- Je ne vais pas monter sur mes grands chevaux, de toute façon, ce serait inutile, on ne contrecarre pas la volonté d'un Malefoy. Enfin, ça vaut aussi pour les Zabini, de toute façon. Je suis juste un spectateur attentif et j'espère très sincèrement que ça ira. Car vous pourriez vous faire très mal.

.- Tu es étonnant, je ne t'imaginais pas aussi... tolérant.

.- Tu m'étonnes également, je ne te savais pas si... serpentarde. Mais je t'aime bien.

Hermione se fendit d'un maigre sourire. Blaise Zabini l'observait d'un air curieux, les mains nouées dans son dos. Il n'avait pas vraiment l'air méchant. Hermione repensa à ce que lui avait dit Jenny. Malefoy, Zabini, Parkinson et Jenny elle-même avaient reçu une certaine éducation, ils pouvaient tuer. Elle scruta Zabini quelques instants et se dit qu'elle avait du mal à le croire, pourtant il n'était pas le plus recommandable de tous. Toutefois, il lui inspirait une certaine sympathie, et elle voulait également croire en lui.

.- Tu n'es pas trop désagréable toi non plus, lâcha-t-elle dans un sourire.

.- Merci bien.

.- Je t'en prie. Dis-moi, tu n'es pas venu me voir uniquement pour me jauger, non ?

.- Non. Je vais d'ailleurs te laisser, tu devrais rester ici, ce balconnet est vraiment un joli endroit.

Il lui fit un clin d'œil et s'éloigna à reculons. Observant à travers les voilages d'un rideau, Hermione le vit rejoindre son épouse, Selene, qui était elle aussi rayonnante. Elle l'accueillit dans un éclat de rire et son époux l'embrassa amoureusement. Hermione fut attendrie par la scène, et s'éloigna de quelques pas. La loggia un peu baroque donnait sur une espèce de cour intérieure où poussaient des fleurs à foison. Aucune porte ne semblait y mener, et la jeune femme reconnut, en levant la tête, un faux ciel étoilé, de la même sorte que celui qui abritait ses repas du temps de Poudlard. Quelques autres balconnets donnaient aussi sur cette cour, mais ils semblaient être fermés, seul le sien était ouvert. Encore une magie du Ministère ou était-ce tout simplement un signe des étoiles… Le cœur battant, Hermione se pencha plus encore et observa ces astres amenés ici par magie.

.- Tu ne devrais pas trop te pencher, un de ces sorts malins du Ministère pourrait te précipiter en bas.

Hermione se détourna vivement. Drago Malefoy achevait de tirer les rideaux. Il se redressa et lui adressa un léger sourire. Ses yeux pâles brillaient dans la pénombre, et la jeune femme se sentit fébrile.

.- Mais tu serais là pour me rattraper, n'est-ce-pas ? murmura-t-elle.

.- Cela peut se négocier.

Il se rapprocha doucement et vint la rejoindre près de la rambarde de marbre. Il s'y accouda et Hermione le rejoignit. Perdant ses yeux dans la pléthore de fleurs qui s'étalait sous ses pieds pour se donner du courage, elle bredouilla :

.- J'ai reçu ta lettre, tu sais ?

.- Il n'aurait pu en être autrement, Osiris, la chevêche que je t'ai envoyée, est l'une des plus fiables de ma volière. Et... Vas-tu me rejeter, encore ?

Hermione pinça légèrement ses lèvres. Il fallait qu'elle arrête cette mauvaise habitude, mais c'était plus fort qu'elle, elle se sentait encore gênée.

.- Ce n'est pas toi, à proprement parler, que je rejetais. Il fallait que je réfléchisse, que je fasse le point, même si je ne suis pas sûre que cela m'ait grandement aidée. Et puis, qu'est-ce que tu veux, toi ?

.- Je ne suis pas encore sûr, moi non plus. Mais je sais que je te veux, aussi surprenant que cela soit.

Ils échangèrent un regard empli de doute et d'envie. Lentement, Drago se pencha et Hermione put sentir son souffle chaud, son odeur si étourdissante, l'envahir de nouveau. Elle ferma doucement ses paupières et bientôt, leurs lèvres se caressèrent délicatement, se reconnaissant et s'apprivoisant avec une sensualité qui les bouleversait tous deux. Enfin, elle s'unirent complètement, et Hermione se retint à grand peine de se jeter dans les bras du jeune homme. À la place, elle laissa sa main s'unir à la sienne et prit plus fermement appui contre la balustrade pour mieux apprécier les sensations qui s'éveillaient en elle.

Quand enfin ils se séparèrent, la jeune femme se redressa et s'éloigna de quelques pas, tenant de reprendre son calme. Quand elle se retourna, elle vit que Malefoy était tranquillement accoudé à la rambarde de pierre, et l'observait avec un air amusé. Pourtant son souffle semblait tout aussi irrégulier que le sien.

.- Alors ? s'enquit-elle avec une voix indécise.

.- C'est étrange, non ?

.- C'est sûr. Je... On pourrait réessayer ? Je ne suis pas sûre d'avoir tout saisi, demanda-t-elle avec une légère malice.

Malefoy sembla surpris, puis son sourire s'élargit et, séducteur, il s'approcha d'elle.

.- Tu as raison, la clef, c'est l'expérimentation. On ne pourra être sûrs que si l'on essaye.

.- Tu parles dans l'absolu ?

.- Je ne sais pas, Granger, je ne sais pas.

Hermione se sentit légèrement désappointée de l'entendre revenir à son patronyme. Malefoy sembla le comprendre car il lui releva le menton et l'embrassa de nouveau. Oubliant tout le reste, Hermione l'enlaça avec ferveur et se pendit à son cou, laissant ses mains puissantes lui attraper les hanches et la rapprocher de lui. Elle sentait ces lèvres si chaudes perdre leur timidité et s'infiltrer vers son cou, dérangeant sa coiffure, transformant chaque parcelle de peau en brasier, et se demandait si elle n'était pas en train de perdre la tête, quand un cri retentit.

.- Hermione ? Hermione, où es-tu ?

.- Harry... murmura-t-elle, blême.

.- Potter ?

Malefoy semblait surpris. Hermione, elle, était totalement refroidie et tentait précipitamment de rendre à sa tenue un minimum d'ordre. Ce n'était pas ça, ce n'était pas comme cela qu'elle voulait que cela se passe. Elle tenta d'éviter les yeux de Malefoy qui l'interrogeaient avec douleur.

.- Qu'est-ce qu'il y a ? Potter est là ?

.- Je dois le rejoindre je suis désolée, vraiment je... Je crois que j'ai fait une bêtise, je me suis montée la tête toute seule. Tu nous as vu, on est ridicule, deux gamins...

.- Granger, est-ce que tu es en train de me dire que tu me laisses encore une fois ?

La voix de Malefoy était cinglante. Achevant d'attacher ses cheveux avec une pince, Hermione osa enfin croiser les deux perles bleutées de ses yeux. Le décor était somptueux, ce ciel, ce jardin, ce balconnet, et lui, là ... Mais ce n'était pas ce qu'elle voulait, elle n'avait pas l'impression d'être elle-même, elle ne pouvait pas. La jeune femme s'approcha et pressa doucement le bras de Malefoy.

.- Je suis désolée, Drago...

Puis elle disparut dans le froufrou du rideau et ses pas se perdirent dans les bruits que faisait l'assemblée.

oOo

Astoria Malefoy avait perdu encore une fois son époux de vue. De toute façon, peu lui importait, elle l'avait depuis longtemps perdu de toutes les façons possibles. Et il était probable qu'elle ait également été l'une des actrices de cet éloignement, qu'elle y ait participé, mais à présent elle n'en avait cure. Elle avait bavardé distraitement avec Blaise et Selene, qui étaient venus soutenir Drago, puis avait échangé quelques banalités avec divers membres de la haute société magique, mais tout du long, elle s'était sentie épiée, et elle était tendue. Pourtant elle ne l'avait pas encore vu, mais elle savait qu'il était là et qu'il se montrerait. Elle avait peur et tout à la fois elle était intriguée et se mourrait d'impatience. Elle en voulait un peu à Drago de l'avoir ainsi abandonnée, elle aurait aimé avoir son soutien pour faire face, ou au moins le voir non loin. Mais il semblait être prévu qu'elle le verrait seule, aussi errait-elle à présent dans les divers salons, échangeant des signes de tête avec de vagues connaissances, mais toujours nerveuse, elle jetait de nombreux coups d'œils derrière son épaule, dans l'espoir de reconnaître un visage familier. Astoria finit par s'immobiliser dans un petit boudoir où elle se servit un verre de champagne et, prenant place dans un recoin, elle observa les gens qui passaient. Elle reconnut Hermione Granger, qu'elle avait eu l'occasion de rencontrer à plusieurs reprises, accompagnée du très célèbre survivant. Elle savait qu'ils étaient de très proches amis, et vit avec amusement que plusieurs jeunes filles promptes à trouver un moyen de faire un coup d'éclat les détaillaient avec ambition. Les deux amis s'étaient installés sur un sofa dans le coin opposé et semblaient bavarder à bâtons rompus. Hermione Granger semblait légèrement nerveuse, tout comme Astoria, aussi la jeune blonde éprouva de la sympathie pour elle. Peut-être attendait-elle également quelqu'un qu'elle détestait autant qu'elle le désirait, songea-t-elle pour se distraire.

.- Tu as l'air dans ton élément, ma chère Astoria.

Elle tressaillit, mais reprenant rapidement le contrôle de sa personne ainsi qu'elle savait bien le faire, elle resta immobile.

.- En effet, mais toi, il me semblait que tu détestais ces mondanités. De plus, aux dernières nouvelles, tu abhorrais tellement le climat anglais que tu semblais avoir décidé de ne jamais revenir.

.- Ne jamais dire jamais.

.- Aurais-tu appris de tes erreurs ?

.- C'est à toi de me le dire.

Astoria daigna enfin se détourner et observa non sans émotion Neil Dodge. Il était toujours aussi efflanqué, un petit peu gauche mais charmant et charmeur, avec cette légère gouaille dont il ne semblait pas vouloir se départir. La jeune femme posa l'un de ses poings sur ses hanches et but une légère gorgée de champagne.

.- Vraiment, Astoria, tu es toujours aussi ravissante.

.- J'ignore si c'est un compliment de ta part.

.- Te plais-tu en ces lieux de luxe et de sentiments creux ?

.- Te plais-tu dans ta vie gâchée, dictée par les a priori ?

.- Tu es plus délicieuse que jamais.

La jeune femme but une nouvelle gorgée avec énervement. Vraiment, revoir cet homme la bouleversait, et elle se retenait difficilement de lui envoyer sa coupe à la figure. Il la transformait, la transfigurait en une personne impuissante à maîtriser ses sentiments, et c'était d'autant plus problématique qu'elle était incapable de trancher s'ils penchaient vers l'amour ou vers la haine.

.- Pourquoi voulais-tu me voir ? Drago m'a dit que tu l'avais contraint à me le demander. Très noble de ta part.

.- C'est pour son éducation, ça lui apprendra à courber l'échine, parfois. Et puis, comment résister ?

.- Tu devrais avoir honte.

.- Je n'ai pas honte.

.- Tu sais que c'est du chantage ?

.- Quel chantage ? Cela se saura un jour ou l'autre, ne sois pas naïve.

.- Je ne suis plus naïve, ne t'inquiètes pas, et c'est grâce à toi.

Neil soupira lourdement. Il savait que ce ne serait pas simple, que la haine serait toujours là. Mais il ne pensait pas que ça ferait si mal. De voir une telle répulsion affichée sur ce visage si chéri lui semblait comme un coup directement porté au cœur.

.- Je devais te voir, Astoria...

.- Il n'y a rien à voir. C'est trop tard.

.- Tu es heureuse avec Malefoy ? Votre mariage resplendit de bonheur ?

Astoria crispa son visage. Comment répondre honnêtement... Elle releva dignement la tête.

.- Nous sommes ravis ensemble, et tu sais quoi, mon cher Neil, nous pensons à avoir un second enfant. Ce serait déjà le cas normalement, mais comme tu le sais...

Neil accusa le coup, encore. Il sentait son cœur se réduire en miettes, et Merlin ce que cela faisait mal ! Mais ce qu'il ignorait c'était qu'Astoria de son côté luttait pour ne pas laisser la boule qui se nouait dans sa gorge la submerger de ses sanglots.

.- Si tu me permets, dit-elle gracieusement, je vais y aller. Tu as eu ce que tu voulais, non ?

.- Pourrons-nous nous revoir ?

Le regard suppliant de Neil fit se serrer le cœur de la jeune femme et elle dut utiliser ses dernières forces pour résister à l'appel lancinant qu'il lui adressait.

.- Je ne crois pas Neil, au revoir.

Et le jeune homme se retrouva seul. Il s'appuya contre le stuc doré des murs et saisit sa tête entre ses mains. Il ne se souvenait pas s'être déjà senti aussi mal et désespéré... À part peut-être cette nuit-là. Était-ce donc fini, vraiment fini ? Il n'osait le croire, car alors, à quoi bon ?... Il avait dédié ses dernières années à attendre ce moment et ... Il se sentit observé et releva la tête. Hermione Granger le regardait à travers ses cils. Il se ressaisit et alla la rejoindre. Très dignement, il se pencha vers elle, faisant miroiter les étoiles de sa robe de sorcier.

.- Je dois prendre congé, je suis épuisé.

.- Alors rentrez donc, dit doucement Hermione. Vous lui avez parlé ?

Il lui adressa un sourire triste.

.- Elle est heureuse dans son mariage et pense bientôt enfanter à nouveau. Comme vous vous en doutez, je ne pourrais détester davantage notre ami commun.

Hermione sentit son cœur s'arrêter de battre. Comment cela un autre enfant ? Depuis quand le couple Malefoy se portait-il bien ? Malefoy s'était donc bel et bien joué d'elle, comme elle le craignait ! Oh, comme elle avait bien fait de le repousser, d'écouter ses scrupules... Elle sentait malgré tout ses yeux s'humidifier, un goût amer montait dans sa bouche. Elle avait envie de s'allonger et de pleurer, encore et encore... Son cœur pouvait-il l'avoir trompée à ce point ? Pouvait-il s'être épris sans qu'elle ne le sache ? Pendant ce temps, Neil faisait ses adieux à Harry. Revenant vers elle, il lui prit doucement le poignet et embrassa sa main.

.- Vous êtes décidément, avec votre ami Harry, les seules personnes qui me soient agréables en Angleterre. C'est dommage que nous ne nous soyons connu que si tard.

.- Vous repartez ?

.- Il y a de fortes chances, je commence à sérieusement avoir le mal du pays. Et puis, il n'est pas toujours bon de vivre dans le passé.

.- Je ne le sais que trop. Mais, êtes vous sûr pour Astoria ?

.- Encouragez-vous l'adultère ? se moqua-t-il. Oui, je pense qu'elle m'a dit la vérité, à moins que ses qualités de menteuse ne se soient améliorées.

.- Restez donc un peu en Angleterre...

.- Je ne sais pas, je vous écrirais. Bonne soirée Hermione.

Et à son tour, il disparut. Hermione alla rejoindre Harry qui s'était poliment tenu en retrait.

.- Curieuse soirée, non ? fit-il remarquer.

.- Oui, très curieuse soirée, si tu savais... murmura-t-elle.

.- Hermione, tu m'as promis de tout m'expliquer, tu sais ?

.- Je sais, mais plus tard, s'il te plait.

Elle fit quelques pas, et Harry l'enlaça par derrière, profitant de ce que le salon était vide. Il posa sa tête sur celle de son amie et la berça. Hermione se laissa aller. Elle était rompue, elle ne savait que penser, tout ce qu'elle souhaitait était de s'allonger et de rester ainsi le plus longtemps possible. De ne plus voir personne. Et pourtant, il y avait une personne qu'elle voulait tellement voir, et qu'elle rejetait tout à la fois. Elle était perdue et avait l'impression de totalement perdre pied.

.- Je m'inquiète pour toi, Hermione. Tu es sûre que tu ne veux rien me dire ? Toutes ces connaissances chez les serpentards, nos anciens ennemis, ces activités dont je n'ai aucune idée, et ton mariage qui part à la dérive.

.- Je ne pourrais t'expliquer si je le voulais, j'y suis trop empêtrée, Harry.

.- Tu ne fais rien de dangereux ?

.- Mais non, où vas-tu chercher ça ? Tout ira bien, un jour.

.- Hermione...

.- J'ai parlé aux enfants, tu sais ? De notre situation à Ron et à moi. Ils vont se faire à l'idée, c'était affreux de les laisser trop espérer.

Harry la retourna dans ses bras pour lui faire face. Sa meilleure amie avait l'air lasse, très lasse, et il ne savait pas quoi faire. Tout en lui expliquant la dislocation de son couple, il avait l'impression que la jeune femme se séparait de lui également.

.- Tu as parlé avec Ron ?

.- Non.

.- Va lui parler, je t'en prie. Il est malheureux.

.- Je sais. Moi aussi je suis malheureuse.

.- Hermione, il la secoua légèrement. Hermione, tu es son monde, avec les enfants, et de toute évidence, tu as toi d'autres intérêts.

La jeune femme sentit les larmes s'échapper de ses yeux. Elle en avait assez d'être aussi faible, mais ce que lui disait Harry la blessait. Pourtant elle savait que c'était vrai, certes son couple ne fonctionnait plus, mais elle avait été égoïste avec tout le monde.

.- Je suis désolée Harry, je vais tout arrêter. Tu sais, j'ai peur de moi-même, je ne me comprends plus mais... Il y a quelque chose qui me donne du courage pour avancer, je dois faire ça jusqu'au bout.

.- Je ne veux pas te perdre.

.- Tu ne me perdras pas Harry. Jamais.

Il la serra fortement dans ses bras, et Hermione se sentit à l'abri. Ce précieux cocon qui la sécurisait était là, et elle s'abandonna dans ces bras chauds, se faisant l'effet d'être une toute petite fille qui avait voulu imiter les adultes, mais qui s'était perdue. Et qui retrouvait ce grand frère qui la consolait et séchait ses larmes. Elle sourit à Harry.

.- Ça ira, tu sais. Je vais y aller, je suis fatiguée.

.- Bien. Et n'oublie pas, je ne te lâche plus à présent, je ne te laisse plus tomber.

.- Cela n'a jamais vraiment été le cas, tu sais.

.- Si, et tu devrais m'en vouloir plus que ça.

Hermione embrassa le front de son meilleur ami et lui fit un léger clin d'oeil.

.- Je ne t'en veux pas. Bonne nuit, Harry.

Quand elle fut sortie de ces appartements étouffants, elle se sentit aussitôt beaucoup mieux. La fraîcheur, la pénombre, le silence, tout cela l'apaisait. Elle marcha lentement, tentant de ne s'attacher qu'au bruit mat de ses pas sur le sol froid, afin d'éviter de trop penser. Les ombres étaient ses complices et se mouvaient, changeantes, faisant apparaître autant de monstres que de créatures magiques à chaque recoin. Hermione n'avait pas peur, ce n'était pas ces monstres-là qui la terrifiaient. C'était la vie, en soi, elle-même. Le changement. Pas l'action, mais le changement, le bouleversement. Elle ne voulait blesser personne. Elle ne voulait mentir à personne. Mais c'était ce qu'elle faisait sans cesse depuis trois longs mois. Lorsqu'elle atteint l'atrium, sa décision était prise, il lui fallait finir son enquête, puis donner sa démission, trouver autre chose. Et enfin, réparer les pots cassés. Elle allait pénétrer dans l'une des cheminées lorsque les pas d'une personne qui courait retentirent derrière elle. Hermione se détourna, se demandant qui pouvait être aussi pressé à cette heure tardive. Soudain, de derrière le phénix du centre de l'atrium apparut Malefoy, fourbu.

.- Granger... Hermione...

Il était essoufflé. Hermione resta coite. Elle voulait s'enfuir, sauter dans une cheminée et disparaître, mais ne pouvait pas. Il s'approcha d'elle à pas mesurés, le visage inquiet.

.- Hermione... Tu ne peux pas me rejeter.

.- Ah bon ?

Hermione était sarcastique, elle trouvait que Malefoy se croyait vraiment important.

.- Et pourquoi ne pourrais-je pas te rejeter ? J'en ai toutes les raisons.

.- Quelles raisons ? Qu'ais-je donc fait qui t'ait déplu ? J'ai persévéré, je t'ai envoyé des lettres, j'ai accepté de me faire rejeter à plusieurs reprises. Je t'ai respectée.

.- Trop d'honneur. Par contre, tu as du oublier que tu es marié.

.- Toi aussi.

.- Mon mariage va vers sa fin, cingla Hermione. Mais toi, tes problèmes tout ça, ce ne serait pas plutôt une sacrée invention pour me piéger et encore m'humilier, me blesser, comme par le passé ?

.- P.. Pardon ?

.- Je veux dire, selon ta charmante épouse – oui charmante, je la trouve charmante, c'est tout de même malheureux – votre mariage va pour le mieux et vous prévoyez un second enfant.

Malefoy resta muet. Il ne comprenait pas. Hermione reconnut qu'il semblait réellement surpris par ce qu'elle disait. Il ne savait pas d'où la jeune femme sortait de telles élucubrations. Dans la pâle lumière diffusée par le phénix de cristal, il se rapprocha d'Hermione, l'air désespéré.

.- C'est... Totalement inventé ! Il n'en est pas question, ce matin même Astoria et moi avons convenu d'une séparation. Nous avons admis tous deux que notre mariage était fini.

.- Tu as dû le rêver.

.- Je te jure, nous allons nous séparer.

Il saisit Hermione aux épaules, et rapprocha son visage du sien. La jeune femme n'avait jamais vu son visage aussi expressif, on aurait dit qu'il se mettait à nu devant elle. Et pourtant, elle ne parvenait pas à céder quand tout lui indiquait de le faire. Elle reprochait à Malefoy une forme d'adultère qu'elle-même s'apprêtait à commettre. Elle n'avait encore discuté de rien avec Ron.

.- Pourquoi devrais-je te croire ? murmura-t-elle, à quelques centimètres de son visage.

.- Pourquoi ne le devrais-tu pas ?

.- Donne-moi une seule raison… Comment pourrais-je avoir confiance en toi, c'est normal que je doute, non ? Tu es Drago Malefoy et moi je suis Hermione Granger. La confiance n'est pas de mise.

.- Parce que nous sommes…

Drago prit une inspiration et caressa doucement la joue d'Hermione de son pouce. Son nez, son menton. Ses lèvres. Puis il remit en arrière une mèche de cheveux frisés qui venait taquiner son front. Elle était tellement désirable et défiante. Plus elle lui résistait, plus il la voulait, plus il en devenait dépendant. Plus elle le contredisait et le freinait, mieux il la connaissait et plus il avait l'impression qu'un lien indéfectible les liait. Il voyait la peur dans ses yeux, et la ressentait lui aussi. Il était terrifié, il se sentait comme au bord d'un précipice, mais quel agréable vertige le prenait ! Il plongea son regard dans la chaleur revigorante du sien.

.- Parce que nous sommes Hermione Granger et Drago Malefoy.

.- C'est ta raison ?..

.- C'est la seule et unique raison, la meilleure du monde.

.- Tu sais que je vais m'enfuir, encore.

.- Je le sais.

.- Et que vas-tu faire ? demanda Hermione, provocante.

.- Je vais t'embrasser avant que tu ne t'enfuies, puis je t'attendrais, je te laisserai venir mais certainement pas tomber.

Et il se pencha sur ses lèvres avec empressement, s'en emparant comme d'un fruit mûr et les caressa avec ferveur. Laissant ses mains couler de son dos, il soutint sa tête, noyant ses doigts dans sa lourde masse de cheveux, agrippant sa taille sensuellement cambrée. Il sentit avec bonheur ses mains à elle remonter dans son dos et se perdre à leur tour, dans ses cheveux, sur sa nuque, la brûlant au fer rouge. Vacillante, Hermione se laissa aller dans ces bras qui l'enivraient, qu'elle désirait et qui la désiraient. Elle se plongeait avec délices dans cette nouveauté étourdissante, fébrile, elle fermait les yeux et laissait son corps parler. Elle entrouvrit enfin ses lèvres rougies, et exploratrice comme explorée, elle se laissa voluptueusement emparer, détachée d'elle-même et pourtant tellement présente, sentant chaque frisson, entendant chaque soupir. Drago, lui, gardait les yeux ouverts et se gorgeait de la vision qui lui était offerte, de cet abandon aux plaisirs qui était en soi émouvant, de cette beauté qui se dégageait de la femme qu'il serrait contre lui.

Lorsque l'échange prit fin, enfin, il ferma les yeux. Il ne voulait pas la voir partir. Il sentit deux lèvres l'embrasser avec douceur sur la joue. Puis quelques crépitements, des pas, et le silence. Quand il eut le courage de rouvrir les yeux, il était seul, et seul un vague parfum d'iris sur sa peau lui rappelait Hermione Granger.

oOo

Héhé… Une fin bien romantique comme on les aime, non ?

Quoique je me sois laissée aller à ce romantisme tout le long du chapitre, mais bon.

Laissez-moi vos commentaires, vos avis, s'il vous plaît ! Longs, courts, peu importe (bon long c'est tout de même bien), car j'en suis folle !

À la prochaine ! (je ne promets pas de date, car j'ai pas mal de travail)

See'yah

Olivia, alias Stellmaria