Adolescences tardives
Disclaimer: Tout à JKR, sauf les personnages sortis de mon imagination...
Pairing: HGDM, what else?
Coucou tout le monde ! :D
Un chapitre, enfin, je sais, il était temps ! Bon, je vous avais prévenu que je n'aurais sans doute pas beaucoup de temps, et effectivement, là maintenant de suite, je devrais être en train de réviser mon Bac Blanc de philo. En grande rebelle (ou pas) que je suis, je fictionne ! ;) Bon, aussi, être la dernière zone à partir en vacances, c'est surcrevant ! Et comme je n'aurais pas trop accès à l'ordinateur pendant ma première semaine de repos, je me dis : c'est maintenant ou jamais !
Et j'ai tellement envie de review, c'est toujours un réel bonheur !
En tout cas j'espère que vous aimerez la suite, je l'ai écrite par petits bouts, et je suis plutôt contente de la fin, que j'anticipais d'écrire… Enfin, je vous laisse lire ! Une dernière chose, juliette, a relevé la mention assez récurrente que je fais des odeurs, et s'est enquis du comment du pourquoi.
Explication : Elles ne jouent pas un bien grand rôle, et je suis peut-être un peu intervenue là-dessus car j'adore les odeurs. Toutefois, je ne les ai pas choisie pas hasard.
L'iris d'Hermione, c'est parce que le nom de la fleur est lié à la déesse égyptienne Iris, déesse de la famille et de l'amour, et c'est pour moi une part d'Hermione. Cela souligne aussi sa féminité, qu'elle tente parfois de dissimuler. Pour finir, la fleur à aussi quelques connotations amoureuses.
Pour la verveine de Drago, je voulais une plante plus sauvage, mais dont l'odeur est aussi un peu sucrée. J'aime beaucoup la verveine. De plus, c'est aussi une herbe aromatique et une plante médicinale, ce qui sied bien à Drago, qui descend d'une longue lignée de sorciers et qui sort de Serpentard.
Enfin, le thé fumé est l'odeur de Neil. Ce n'est pas forcément une odeur très agréable au premier abord, sans être détestable. Elle tend plutôt à étouffer, puis à enivrer… Enfin, c'est mon avis ! C'est plus rugueux, loin des délicates fleurs anglaises, et de fait, Neil est un américain, à l'accent roulant. Le thé fumé évoque aussi l'Asie, et donc un vague côté aventureux.
Voilà donc toutes les réponses, et je remercie juliette s'avoir posé la question ! Que ces détails vous aient intrigués ou pas, j'espère que mon explication vous a intéressés !
Sur ce, see ya' en bas ! Lisez bien :)
Réponses aux reviews anonymes:
Juliette : Coucou toi ! Héhé, je me doutais bien que la grippe ne devait pas être de ton fait, mais à présent, je suis tout à fait rassurée ! :p Quant à Norbert… Arf, je « feuilletais » le site EHP quand je suis tombée là-dessus, ça m'a fait rigoler, donc je me suis dit : « autant respecter fidèlement les idées de Rowling ! ». D'ailleurs, jette un coup d'œil sur ce site, il est très complet sur le monde de Ryry, et franchement, il y a quelques perles ! En ce qui concerne Astoria, je ne peux pas trop te répondre, ça te donnerait trop d'indices, mais tu sembles sur la bonne voie… Ils sont tous plus ou moins liés à cette petite affaire… Haha, un jour tu sauras… D'ici la fin (voir même un peu avant). Malefoy émotif, oui c'est un peu étrange, mais bon, je ne le vois pas non plus comme l'as du stoïcisme qu'était Lucius, il en a réchappé de peu. Ses réactions dans les deux derniers tomes le prédisent comme étant plus sensible, plus à même de s'améliorer ('fin, c'est mon avis). Quant à Blaise, il n'a jamais été précisé de façon explicite qu'il haïssait Hermione. C'était plutôt les sangs de bourbe. Les seuls à avoir jamais haï Hermione sont sans doute Malefoy et Pansy, mais elle c'était plus par imitation. Sinon, je me suis bien amusée à faire revenir Harry, même si officieusement il applique les ordres de Kingsley. J'ai toujours beaucoup aimé leur amitié, et celle-ci s'est, selon moi, accrue depuis qu'ils sont les seuls qui peuvent se considérer sans aucun lien de parenté direct : pas de mari ou de frère. Et enfin, les odeurs… Tu as soulevé un point intéressant même si je n'y avais pas trop pensé. Je n'ai pas choisi les odeurs au hasard, mais leur importance est moindre. Je mets toutes les explications dans mon mot général, pour que tout le monde en profite ! ;) J'espère que ça te satisfera ! Et merci de l'avoir relevé, ça me montre l'attention avec laquelle tu me lis ! ;) En tout cas, j'espère que le chapitre suivant te plaira ! De gros Bisous !
liaco : Hullo ! Merci, encore, pour ta review ! :) Je suis ravie que tu aies aimé mon chapitre, il faut dire que je me suis bien amusée avec cette sorte de chassé-croisé… Et avec une touche de Blaise, comme tu l'as souligné ! Un peu d'humour dans toute cette romance, c'était urgent ! ;) Eh oui, les mariages se disloquent et Hermione et Drago tâtent le terrain… Ce n'est pas évident, mais tant que ça avance… Quant à Harry… Il me manquait, et il manquait à l'histoire. C'est Harry après tout, irremplaçable. Et ça corse l'affaire… En tout cas, j'espère que la suite te plaira ! Bisous
ootoo : Hey ! Une nouvelle lectrice, ça c'est une bonne surprise ! :) Merci pour la review, je suis contente que tu aimes ma fic ! Et je suis ravie de tes compliments, car je m'applique beaucoup à étoffer mes personnages, et ce que tu écris me fait vraiment plaisir… Et je suis également contente de savoir que tu aimes Astoria, je l'apprécie beaucoup, même si je n'avais pas d'aussi bonnes dispositions pour elle au départ. Le personnage m'a quelque peu pris de revers, à force d'écrire et de l'inventer, car JKR ne nous donne pas beaucoup d'informations à son sujet, je me suis attachée à elle… Et je ne le regrette pas ! En tout cas tu en sauras plus sur son personnage par la suite. Et merci pour le compliment à propos de « placebo de bonheur », ça fait un bout de temps que j'ai écrit ce chapitre, mais je me souviens de cette expression. Je ne saurais te dire comment j'en suis venue à l'écrire… :s Enfin, j'espère que la suite de la fic te plaira ! a +
lou29 : Coucou toi ! Mercii pour la review ! Oui, je vais mieux, même si j'attends les vacances avec impatience. Encore une semaine emplie de boulot, en perspective. Je suis contente que tu aies aimé le romantisme ambiant de mon dernier chapitre ! ;) Effectivement, les couples se défont et les chassés-croisés s'enchaînent. Neil… Hum, je n'en dirai pas grand-chose, si ce n'est que tu en sauras plus dans ce chapitre ! :) Eeh oui, Harry et Hermione se retrouvent comme avant… Avec une Hermione empêtrée dans les ennuis, cela va de soi. De toute façon ni l'un ni l'autre n'ont jamais su s'en tenir éloignés ! Je suis contente que tu aimes « mon » Blaise. Je dois avouer que j'ai de la chance car JKR ne donne que très peu d'infos sur son personnage, donc j'ai le champ libre pour l'inventer à ma guise ! ;) Et enfin, je suis ravie que tu aies aimé les passages entre Hermione et Drago. Ce n'est pas toujours évident, mais c'est un tel plaisir ! Après tout, puisqu'on peut s'arranger avec « l'histoire » originale, pourquoi s'en priver ? Enfin, j'espère que le chapitre qui arrive te plaira ! Bisouss
Marilyn : Helloo ! Mercii pour la review, je suis ravie que ça t'ait plu ! J'espère que tu aimeras la suite…
Was a long and dark December /From the rooftops I remember /There was snow /White snow
(…)
I took my love down to Violet Hill /There we sat in snow /All that time she was silent still
So if you love me / Won't you let me know?
(…)
Why'd you let me go?
[Coldplay , Violet Hill]
oOo
Chapitre XX
// Les fins ne devraient pas laisser un goût aussi amer, puisque ce qui suit est parfois mieux.//
oOo
Journal d'Hermione Granger
11/11/1998
Cher journal,
Tu t'en doutes, ça n'a pas manqué, Ron et moi sommes de nouveau ensemble. C'était si prévisible, et pourtant, je suis tellement heureuse ! Je n'ai pas beaucoup de temps pour t'écrire, je viens juste de me souvenir qu'il faudrait que je t'en informe, mais vu que je suis entre deux cours... Emily et Gonzague sont partis chercher quelque chose pour se nourrir, ces cours magistraux sur l'Histoire de l'élaboration du Ministère de la Magie Britannique sont plutôt longs et assommants, même si je pense qu'en les remaniant un peu on pourrait obtenir des cours passionnants ! Edgar, lui, est allé courir après son tuteur : c'est une fille de troisième année, et je ne pense pas me tromper en supposant qu'elle lui fait de l'effet. C'est même assez flagrant ! Le pauvre, il me fait penser à Ron lorsqu'il était encore fasciné par Fleur... Donc, je t'expliquais que Ron et moi sommes de nouveau ensemble ! Je suppose que Harry et Gin' y sont pour quelque chose, car je ne pense pas que Ron aurait fait les choses aussi romantiquement de lui-même. Je devais passer le week-end en Angleterre, ce qui était plus rare depuis notre rupture, et en profiter pour passer un après-midi avec Ginny à Pré-au-Lard. Il faisait très froid – penses-tu, en novembre – aussi suis-je allée l'attendre aux Trois Balais, en sirotant une bonne Bierraubeurre. Cependant, elle ne venait pas, et Luna a fini par débouler dans l'endroit, en me disant que Ginny avait de retard, mais que je pouvais aller la rejoindre dans le parc, si je voulais. Vu que je m'ennuyais, c'est ce que j'ai fait, et puis je n'étais pas mécontente de retourner à l'occasion vers Poudlard. Lorsque je suis arrivée au niveau du lac – il était entièrement gelé ! – je commençais vraiment à me demander si Ginny n'avait pas croisé un certain Harry de ma connaissance en chemin et ne m'avait pas tout simplement oubliée ! C'est alors que j'ai vu la neige fondre tout autour de moi, en cercle, et des fleurs d'une variété étonnante et splendide se mettre à pousser. J'étais stupéfaite, je ne pouvais pas avancer. Puis j'ai entendu un sifflement, qui me semblait familier. En levant les yeux, j'ai vu un balai qui volait dans les airs, et qui se rapprochait de moi et de mon coin de printemps. Je n'ai pas tardé à reconnaître Ron. Il s'est approché tout doucement de moi, tout en volant, tout en faisant tourner sa baguette. J'ai compris que tout ceci était son oeuvre, mais tu sais que j'étais encore en colère, donc je lui ai demandé s'il croyait vraiment pouvoir se faire pardonner son « idiotie patente» par des fleurs. Il devait s'attendre à ma réticence, et il m'a proposé de monter sur le balai avec lui. Bien entendu, j'ai refusé. Alors il est remonté dans les airs, et utilisant un sort de « Sonorus », il a commencé à me parler. « Je suis désolé Hermione, tu as raison, je suis ridicule, immature, jaloux, égoïste, aveugle et emporté, et je ne te mérite pas. Je t'ai laissée tomber sans raison, simplement vaincu par tous ces défauts qui font celui que je suis. Je tente de m'améliorer, crois-moi, je tente vraiment de faire en sorte que mes défauts cessent de dicter ma conduite, et de te blesser, mais ils font ce que je suis. Je ne peux que les tempérer, les étouffer, mais non les annihiler, car je ne veux pas m'annihiler moi-même, je ne veux pas me faire disparaître, car alors disparaîtrait cette part qui me semble louable en moi, cette part de Ron qui est moins détestable, cette part de moi qui t'aime. Je t'aime Hermione, je t'aime follement, jalousement, égoïstement, avec immaturité, mais je t'aime, et parce que je t'aime, je ne t'imposerai pas mes défauts. Excuse-moi, je t'en prie, et quant à la suite de notre histoire, c'est à toi de choisir. » Il avait bien choisi ses mots, le bougre, et bien entendu, j'ai craqué. Que pouvais-je faire d'autre ? Comme une idiote, je me suis mise à pleurer, et quant il m'a rejointe, dans ce coin fleuri, nous nous sommes embrassés, c'était couru d'avance, mais... J'ai senti que ce n'étaient pas les mêmes baisers qu'avant. C'était beaucoup mieux, il y avait des vérités derrière nous, et je me suis vraiment sentie aimée et chérie, non pas seulement en temps que petite amie, mais comme une femme. Et je me suis dit qu'heureusement nous avions eu cette dispute, car sinon, notre couple n'aurait vraiment pas duré, et je n'aurai pas connu ce sentiment d'éternité... Ce sentiment qui m'a semblé à la hauteur de mes espérances, enfin.
Je dois te laisser, le cours va reprendre, mais je ne pouvais pas attendre. Ron vient me rejoindre ce soir, tant pis si l'on est en semaine, je me sens heureuse, heureuse, heureuse ! Comme une jeune femme de dix-neuf ans normale, comme pourrait l'être Emily, qui n'a pas connu la dernière guerre. Et c'est formidable.
oOo
Hermione avait apporté ses carnets à son bureau. Après tout, Miranda lui avait confié l'enquête sur Lucius Malefoy, et si ses carnets pouvaient apporter une quelconque nouveauté, ce ne serait pas un sacrilège que de s'occuper d'affaires plutôt personnelles alors qu'elle était dans son office. Même si… Elle était parfaitement consciente que si elle s'affairait tant à en déchiffrer les pages, c'était bien pour des raisons plus personnelles. Plus d'une semaine s'était passé depuis la grande cérémonie de signature des accords de la LSA, et les évènements plus intrinsèques qui s'y étaient déroulés. Elle n'avait pas revu Malefoy depuis, il respectait son besoin de recul. Harry venait parfois lui rendre visite, mais elle ne pouvait s'empêcher d'être surprise par certaines de ses questions. Il semblait deviner ses sentiments… Même si elle savait que son meilleur ami avait une extraordinaire capacité d'empathie, qui était parfois même un peu handicapante, elle ne pouvait s'empêcher de trouver cela étrange. Par ailleurs, elle se consacrait bien plus à ses enfants, et attendait un hibou imminent de Ron. Elle voulait lui rendre visite un de ces soirs, discuter calmement, régler les choses. Elle avait beau s'énoncer ces consignes très placidement, comme à son habitude, elle anticipait et s'inquiétait. C'était toujours Ron… La force qu'un prénom, une personne, pouvait avoir sur les sens et les sentiments d'une autre, en dépit de toute raison, était stupéfiante. Hermione en avait déjà deux exemples à son actif…
Les jours toujours aussi hivernaux s'étiraient avec une lenteur désespérante. Les frimas semblaient s'être installés sur le paysage anglais comme s'ils devaient ne jamais partir, et le maigre crachin que libéraient les nuages gris et pollués de Londres était si glacé qu'il faisait songer à de la neige fondue. La jeune femme se prenait à rêver de printemps, de pouvoir sortir et flâner hors de ces lieux clos qui l'oppressaient. Mais à présent, bien au contraire, elle s'y enfermait en se lançant à corps perdu dans son enquête. La porte de son bureau couina et Hermione sourit en reconnaissant Willehm Ellery, qui entrait, sa cape perlée de gouttes de bruine qui miroitaient dans la lumière de la pièce.
.- Hermione ! J'ai du nouveau.
.- Vraiment ? s'enquit la jeune femme, très intriguée.
Il se débarrassa de son manteau en l'accrochant au recoin d'une armoire et s'assit à califourchon sur un carton. L'air franchement réjoui, il paraissait quelques bonnes années de moins.
.- Votre Neil Dodge, vous savez l'Américain de la délégation qui s'est chargée de cette LSA ?
.- Oui, oui, je sais bien qui c'est.
.- Il est apparemment à froid avec la famille Malefoy, ainsi que vous l'aviez soupçonné. Il a été élevé en Amérique, mais il passait du fait d'un lien familial toutes ses vacances avec les Greengrass.
.- D'où ses liens avec Astoria.
.- Effectivement, je crois qu'ils étaient de lointains cousins – pas de lien du sang. Une alliance quelconque, sans doute.
.- Et donc… ?
Willehm appuya ses mains sur ses genoux, se penchant en avant. Son regard était presque rieur, tant il semblait ravi de ce qu'il avait appris.
.- J'ai récolté tout cela en allant avec Jane à la rencontre de Daphné Greengrass. Jenny la connaissait un peu du fait de leurs familles respectives, et elle a su provoquer les confidences.
.- C'est tout à fait elle ! sourit Hermione.
.- Je ne pense pas que Daphné sache quoi que ce soit sur notre affaire, mais elle connaît des détails intéressants. Neil aurait cessé de rendre visite aux Greengrass pendant les années de guerre, ce qui est logique, d'autant que sa famille était farouchement opposée au Lord Noir et à son délire eugénique. Il a cependant entretenu une correspondance très fournie avec sa cousine – Astoria. Quand la guerre s'est terminée, il a délibérément décidé de venir faire ses études en Angleterre, pour l'aider en cette période de reconstruction. Possible qu'il ait déjà eu à ce moment-là le béguin pour elle.
.- Ce n'est pas improbable.
.- Il a alors rencontré Drago Malefoy, puisqu'elle était déjà avec lui. Dodge était alors fortement hostile au nom de Malefoy, et je crois que, malgré quelques efforts aux débuts, ses rapports avec le petit ami de sa cousine se sont mués en une antipathie glaciale. Pendant la période des procès, Neil était toujours extrêmement présent. Pour Astoria, toujours.
Neil sortit de sa poche un vieil exemplaire chiffonné de la Gazette. Se relevant, il le déplia sur le bureau et pointa une photo animée. Celle-ci montrait le procès de Lucius Malefoy, la première partie, lorsqu'il n'était pas encore question d'appel, et qui n'avait pas été censurée. Hermione put y distinguer Drago, qui semblait comparaître comme témoin, plus loin Lucius, Narcissa, Astoria… Et en arrière-plan, un jeune homme brun séduisant qui ne paraissait pas accorder la moindre attention à Drago. De fait, il consolait Astoria, qui semblait troublée. L'article qui se déroulait autour de l'image était titré : « Je ne renierai jamais mon père ; la piété du fils du meurtrier signe-t-elle la fin de l'hégémonie Malefoy ? »
.- Neil était là…
.- Oui, un soutien de premier plan. Je me souviens que cette partie du procès s'était déroulée sur des dents-de-scie, car il fallait jouer sur l'opinion publique. On s'en était plutôt bien tiré, commenta Willehm.
.- Forcément, Astoria devait craindre pour Malefoy. Avec une telle déclaration…
.- Elle n'est pas aussi dévouée qu'elle en a l'air, souligna l'avocat.
Hermione releva la tête vers lui en haussant les sourcils. Ellery s'était rassis sur son carton et la contemplait avec malice. Hermione aimait bien ces moments où il semblait mener le jeu, car elle avait l'impression que trouver le fin mot de l'enquête Malefoy était possible. Cela la rassurait de voir qu'elle pouvait aussi se reposer sur lui. Elle devinait également quel avocat féroce il avait pu être et aurait pu devenir. Mais peut-être alors n'aurait-il pas été cet homme très gentil et un peu timide, toujours agréable, qu'elle et Jenny connaissaient. Sûrement. Et ç'aurait été dommage, en un sens.
.- Que voulez-vous dire ?
.- Qu'elle appréciait déjà beaucoup Neil Dodge. Qu'elle oscillait entre son mari et lui. Elle l'avait d'ailleurs presque toujours fait, étant éperdument amoureuse de Malefoy mais irrésistiblement attirée par son ami d'enfance, son plus fidèle soutien. C'est ce que Daphné nous a dit, et je veux bien la croire. Ne m'avez-vous pas confié, après tout, qu'elle semblait être tendue lorsqu'elle avait rencontré Dodge il y a quelques jours.
.- Au point de raconter des mensonges, à ce qu'on m'a dit, murmura Hermione, pensive.
Exactement.
Hermione esquissa un vague sourire crispé. Peu à peu, dans un tourbillon effréné, les nouvelles pièces que venait lui apporter Willehm s'intégraient en son esprit. Astoria avait sans doute dû réellement mentir à Dodge, c'était plus que vraisemblable. Et Neil qui s'apprêtait à quitter l'Angleterre ! Il lui avait semblé bouleversé. Cette histoire… Les liens commençaient à se faire en son esprit, entre les différents personnages, leurs sentiments et leurs ambitions. La jeune femme sentit ses joues chauffer, n'y tenant plus, elle se releva et ouvrit d'un geste brusque la fenêtre. Même si elle savait que tout cela n'était que magique, elle savoura un instant l'air glacé qui venait la calmer, puis se mit à parler avec lenteur, autant pour elle-même qu'à Willehm, qui restait poliment silencieux.
.- Pour comprendre l'affaire de Lucius… Il faut aller à sa genèse. Et cette genèse semble trouver une de ses sources dans ses descendants. Bien, mettons qu'il y ait eu ce triangle amoureux entre Malefoy, Astoria et Dodge. Malefoy déteste Dodge, mais l'accepte pour Astoria. Neil hait doublement Malefoy pour ce qu'il représente, mais aussi parce qu'il a la femme qu'il aime, et malgré tout il reste pour Astoria, parce qu'il a l'espoir qu'elle se détourne de son époux. Quant à elle… Elle est prise entre les deux, elle ne sait pas quoi faire. Elle est folle de Malefoy, ça tout le monde le sait, mais elle doit sans doute flirter avec son cousin.
.- Elle ne sait pas ce qu'elle veut.
.- Exact.
Hermione souffla. Étrangement, si tant est que cela puisse être possible, elle se sentait plus proche encore d'Astoria, et l'estimait. Elle avait l'impression que, finalement, toutes deux se ressemblaient, et c'en était troublant. Pourtant, elle se doutait bien qu'elle n'aurait jamais l'occasion de véritablement la connaître.
.- Reprenons. C'est la période des procès. La peine capitale, le baiser du Détraqueur, a été abolie, mais c'est une période de haute tension. Des attaques ont lieu, des soulèvements, ce n'est pas vraiment la paix que tous espéraient. Les haines sont tenaces, l'opinion publique est sans concession. Lucius Malefoy est aux tribunaux, il est finalement condamné à la peine que vous savez, trente-cinq années de réclusion. Les Lestrange sont morts, puisque Rodolphus s'est donné la mort, il n'y a plus de Black, les autres familles ont leurs propres problèmes. Pendant ce temps, Drago et Astoria se sont mariés, et elle est enceinte. La grossesse se passe bien, et c'est sans doute la lueur de joie qui subsiste dans l'existence des Malefoy. Une demande d'appel est faite, et ils sont relativement confiants quant son issue.
.- Nous n'avions presque aucun doute, et nous envisagions, au pire, une réclusion de cinq années, avec sans doute la possibilité d'effectuer la peine sous conditionnelle. Et effectivement, la grossesse d'Astoria relançait la confiance, c'était le signe de la vie de la famille Malefoy, la preuve qu'elle ne se laisserait pas abattre.
.- Bien sûr, le procès de Drago Malefoy était à venir, mais après tout, il n'avait pas tué, n'est-ce pas ?
.- Il n'avait pas tué dans la période de la guerre, en effet, acquiesça Ellery. Mais qu'en est-il de ce que nous avons découvert ?
.- J'y viens, bien que l'on n'ait pas encore de preuve formelle.
Willehm haussa les sourcils vers Hermione. Elle se doutait bien qu'il ne comprenait pas pourquoi elle s'obstinait dans cette ligne de conduite, mais comment lui expliquer ? Elle voulait à tout prix avoir le cœur net.
.- Donc, Neil est toujours là. Beaucoup de gens en veulent à la famille Malefoy. Certains sont mécontents du jugement qui a été rendu, et il y a aussi ces groupes de mages noirs qui tentent de profiter de la situation politique encore fragile pour tenter un coup d'éclat… Et là, Astoria fait une fausse-couche fatale pour son enfant, à quelques semaines de son terme. Pour que l'enfant meurt, il faut qu'il y ait eu une certaine violence, non ?
.- C'est fort probable, et cela correspondrait aux éléments que nous possédons. De plus, la version de l'accident n'est que celle qui a été relayée par les journaux, la version officielle.
.- Et l'on apprend que Malefoy fils a tué. Or ce ne peut être qu'après la guerre. Et enfin, on étouffe le cas Malefoy, et Lucius disparaît de prison. Et l'on vous muselle. Par Merlin, Willehm, je n'arrive pas à établir un rapport logique entre les faits… Pourtant je sens bien que nous y sommes presque.
.- Presque. De toute évidence, il nous manque quelque chose.
Willehm et Hermione restèrent silencieux quelques instants. Le jeune avocat tapotait mollement des doigts sur le bout de journal que, dans sa joie, il avait apporté. Certes, les informations affluaient et pourtant… Il avait toujours l'impression de brasser du vide. Pourtant, il avait cruellement besoin de savoir, non seulement par curiosité, pour découvrir le fond de cette histoire dangereusement captivante, mais plus personnellement, pour savoir pourquoi ? Pourquoi avait-il été sacrifié. Pour être enfin en paix avec lui-même, et qui sait, recommencer. Être heureux et non plus terrorisé. Aimer sans avoir l'air d'un paria, et sans terrifier sa compagne par des crises d'angoisse. Vivre. Ses sourcils s'étaient froncés en accents graves. Il releva son regard clair vers Hermione. La jeune femme, qu'il commençait à connaître, avait son air typiquement pincé, et tortillait nerveusement une mèche de cheveux autour de son index. Encore un instant, et elle allait se mordre les lèvres, s'amusa à deviner Willehm. Elle ainsi que Jane Jenny Rosier avaient été une bouffée d'air frais dans sa vie, une arrivée d'espoir. Hermione était l'amie, la confidente, l'épaule sûre et la conversation apaisante et agréable. Jane était la joie, l'espièglerie, l'enjouement et les rires, la jeunesse qui lui manquaient. Pourtant, il n'était pas beaucoup plus vieux qu'elle. L'avocat s'éclaircit la gorge, et Hermione releva la tête, intriguée.
.- Je ne vois qu'une seule solution pour connaître enfin le fin mot de cette affaire. Si les voies légales ne suffisent pas… Il faudra emprunter les autres. Espionner, fouiller. Cesser les recherches documentaires et passer à l'action. Je ne veux pas vous forcer Hermione, car cette histoire m'est personnelle, mais, me suivrez-vous ?
.- Bien sûr Willehm, et il y a fort à prier que notre petit trio n'ait pas à se dissoudre.
oOo
Journal d'Hermione Granger
1/12/1998
Cher journal,
Le Parlement anglais a été attaqué par un groupe d'activistes sorciers. La situation est catastrophique. J'ai l'impression que nous sommes de retour au temps de Guy Fawkes et de la Conspiration des poudres, et pourtant nul mort n'a été à déplorer – ni parmi les victimes, ni chez les coupables. C'est ce que disent les journaux, et j'ai du mal à y croire. Il faut calmer les populations, n'est-ce pas ? Ne pas les affoler en ces temps de relevailles, après toutes ces années de violence constante. Mais il faut croire que l'être humain n'en a jamais assez, que cette furieuse énergie de destruction qui bouillonne en lui est insatiable. Merlin ! Je me sens loin de tout, ici, en Hollande. Je reçois quelques nouvelles de première main grâce à Ron et à Harry, qui suivent les éléments de près puisque ils sont à la IFA. Je voudrais retourner à Londres, mais les transports ont été gelés, et seul le courrier peut encore transiter. Apparemment, les élèves de Poudlard ont leurs cours suspendus, d'après ce que m'ont écrit Ginny et Luna, et leurs professeurs ont été réquisitionnés. Je meurs d'envie de retourner en Angleterre, et je me sens tellement désemparée d'être si loin ! Heureusement, Edgar, Emily et Gonzague m'entourent, ils me croient bouleversée. Ce n'est pas tant ça, après tout… J'ai vécu pire non ? C'est juste l'envie, égoïste somme toute, d'y être. J'ai vécu pire... À cette simple évocation, ma séance de torture au Manoir Malefoy me revient en mémoire… J'aimerais pouvoir gommer ce souvenir, effacer toutes ces affreuses images. Si me souvenir à jamais des Doloris que j'ai subis pouvait au moins m'ôter la mémoire de ces trop nombreux morts, de ces visages éplorés... Mais je sais bien que ce serait vain, ces images me constituent. Alors le moins que je puisse faire est de détailler les évènements en tes pages, d'exorciser mes souvenirs comme mon état présent.
Déjà, même si je ne l'ai que peu évoqué, il faut savoir que cette Paix que nous espérions tant n'est pas aussi idyllique que ce qu'il nous était permis de rêver. Les mentalités n'ont pas diamétralement changé, et les rancoeurs personnelles sont autant d'obstacles à un retour à l'ordre paisible. La douleur de la perte de tous ceux qui sont tombés durant la guerre, les grands procès, les perquisitions, la restructuration du Ministère… Tout cela pèse sur les épaules de la communauté sorcière, qui de par ses profondes divergences ne semble pas coopérer autant que l'on pourrait s'y attendre. Récemment, une loi interdisant le baiser du Détraqueur comme peine capitale avait été promulguée, et il m'avait semblé que les esprits se seraient apaisés. On aurait pu s'y attendre non ? C'était pour moi l'une des plus grandes avancées qui ait été faite en matière judiciaire depuis bien des années. De toute façon, tu le sais bien, depuis que j'ai eu connaissance de cette peine, je n'ai cessé d'en être horrifiée. Cela a dû également augmenter avec ma connaissance de Sirius Black. L'idée qu'une créature aussi… Maladive, inhumaine, qu'un Détraqueur, ait le droit d'avaler l'âme d'un individu... Non pas de le tuer, pire, de le vider. De le condamner à être, et non plus à exister. Cette simple pensée me fait horreur, aussi cette loi m'avait mise en joie. Il semble bien que je sois l'une des seules. Mardi, un groupe de sorciers versés en Magie Noire a pris possession du Parlement moldu. On ne sait pas s'ils avaient un lien quelconque avec les mangemorts, mais il ne serait pas inconcevable de penser que d'autres groupuscules profitent du déclin de Voldemort pour le remplacer en tant que côté sombre, comme contrepoids. Après tout, il en a toujours été ainsi, Grindelwald avait pris la place du grand mage noir du XIXème, et lui-même a été remplacé par Tom Elvis Jedusort. Cela semble être sans fin, comme soumis à l'Ouroboros. Possible, d'ailleurs, rien ne prouve que des rituels n'aient pas été exécutés pour veiller à cet équilibre du mal… Mais je préfère ne rien imaginer à ce sujet.
Pour en revenir à l'attentat… Les aurors sont intervenus à temps, mais ils n'ont pu prendre les sorciers. Par contre, il fallait effacer la mémoire des moldus, or certains se sont enfuis, ont répandu la nouvelle, plusieurs députés sont allés parler à des journalistes. Une sorte de panique teintée d'hystérie collective s'est emparée du monde moldu, ou tout du moins de Londres. Le Premier Ministre est, paraît-il, furieux, et il y a fort à parier que notre ministre intérimaire de la Magie ne reste pas longtemps en place. Il a même été convoqué par la reine pour se faire réprimander. Je comprends que les moldus en aient assez de subir nos ingérences, ils ont leurs propres problèmes. Mes parents m'ont d'ailleurs envoyé un hibou en me demandant des précisions à ce sujet. Ils craignaient qu'une nouvelle guerre ne commence dans mon… Mon monde. Je n'espère pas.
Voilà donc, mon cher journal, l'état des choses. Normalement, je devrais être capable de rentrer en Angleterre pour le week-end. Il me tarde. J'espère que la situation se rééquilibrera bientôt, je dois t'avouer que cette menace invisible et inconnue m'angoisse. À la prochaine, alors !
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Pansy observait le vent frapper de ses assauts les bouleaux souples qui faisaient face à la fenêtre de son manoir. Fragiles, comme des fétus de paille sous la poigne humaine, ils pliaient, mais jamais ne cassaient. Leurs troncs blancs marbrés d'ébène ressortaient dans la nuit sombre de ce mois de février glacial. La pluie tombait comme par à-coups, elle aussi vaincue par ce vent impétueux qui soufflait, inaltérable, sur l'étendue herbeuse de la lande vallonnée que la jeune femme surplombait depuis sa fenêtre. L'herbe esquissait des vagues gracieuses, l'on se serait cru dans une mer en pleine tempête. Dans un bateau sur le point de sombrer, de se briser dans l'écume fumante.
La jeune femme ne parvenait pas à dormir. Elle avait vu les Malefoy, aujourd'hui. Ils allaient se séparer. C'est ce qu'ils lui avaient dit, aussi simplement que ça. Et l'un comme l'autre semblait déjà ailleurs, loin. Elle ne parvenait pas à l'admettre, à comprendre que cela se passe ainsi, si vite. Dans les familles de sang pur, on ne se séparait pas. On s'arrangeait, on faisait de son mieux. Et puis… Drago et Astoria lui avaient toujours semblé être le couple fiable, lié. Elle avait bien vu qu'il y avait quelques incompréhensions, elle n'était pas aveugle, mais la nouvelle l'avait surprise. Se pouvait-il donc qu'ils se séparent, réellement ? Et elle avait pensé à son enquête, à Granger. Elle devait s'avouer que beaucoup problèmes avaient commencé après la fausse-couche d'Astoria, et ne s'étaient pas résorbés depuis. Après la disparition de Lucius, également, puisque les faits semblaient concorder. Et elle voulait savoir en quoi, pourquoi. Qu'est-ce qui les avait changé ? Et qu'est-ce qui les avait tenus ensemble aussi longtemps, quel secret terrible ?.. Un secret qui devait les avoir rongés, qui de toute évidence les avait détruits.
Pansy resserra les pans de son chandail sur sa poitrine dénudée. Le froid qui l'entourait l'engourdissait, mais elle avait l'habitude de ces demeures trop grandes, trop froides. Ses cheveux noirs et souples pendaient sur ses épaules, et elle en voyait le reflet sombre dans la vitre. Comme les ailes noires d'un oiseau de mauvaise augure. Elle le savait, elle n'avait jamais été beaucoup aimée, et elle-même n'était pas des plus tendre avec la plupart des gens. Pourtant, lorsqu'elle aimait, elle se donnait toute entière. Et parfois même, on le lui rendait. Ça n'avait pas été facile, dans sa propre famille tout d'abord. La petite Pansy, si peu gracieuse, si brune. Un regard trop mauvais qu'elle affichait presque constamment. Puis elle avait aimé quelques rares élus, s'était ouverte, avait affiché sa beauté. Drago, Théodore, Astoria, Blaise, Selene… Toujours les mêmes dans le fond, à part quelques rares exceptions. Ce qui expliquait qu'elle veillait au grain, qu'elle ne voulait pas les perdre. Mais elle avait l'impression qu'on ne l'écoutait pas, et elle ne savait que faire.
Soudain, deux bras chauds lui enserrèrent la taille. Presque instinctivement, elle se retourna et se blottit dans la chaleur aimante et rassurante de Théodore. Son mari, la personne la plus chère à son cœur. Elle n'avait jamais imaginé qu'elle pourrait aimer autant, et surtout l'aimer, lui. C'était lui, plus que quiconque, qui l'avait aidée à sortir de son mur d'âpreté, à perdre ses mauvais regards, à dévoiler la fleur que supposait son prénom. Elle n'était pas censée tomber amoureuse de lui, ni même s'attacher à ce grand et maigre jeune homme, trop pâle, à la beauté trouble, étrange. Trop froid, détaché du groupe mené alors par Drago Malefoy. Au regard toujours à moitié attentif, indifférent au monde. Mais elle, il la regardait toujours avec attention. Il l'écoutait, il s'intéressait à elle. À elle en tant que personne, avec une patience et une moquerie toujours tendres, et non pas à elle en ce qu'elle était une fille. Une fille. Elle haïssait ce nom, si commun, qui diminuait tant. Elle n'était pas une fille, ni même une femme, elle était, tout simplement. Et pas même Drago, qui pourtant était proche d'elle, ne l'avait compris. Théodore si. Mais il l'avait laissée se perdre avant de se l'attacher. Il avait peur lui aussi. Il n'était pas si calme qu'il le laissait croire. Parfois même, il pouvait sembler terrible. Mais elle l'aimait, lui, car il était.
Elle enfouit son visage dans son cou et murmura :
.- Je te manquais, tu étais trop seul, dans notre lit ?
.- Possible. À quoi penses-tu, Pan ? Tu sembles inquiète.
.- Ce n'est rien, juste des bêtises.
.- Des bêtises ?
.- Oui. Le monde change, et je ne pourrai l'empêcher de faire de la sorte. Il le faisait bien avant que je ne sois, et il le fera encore après. Donc je m'ennuie l'esprit avec des bêtises.
.- C'est la séparation de Drago et d'Astoria ?
.- Tout… Tu le sais, j'ai toujours eu peur. Mais je m'améliore, acheva-t-elle en souriant.
.- Tu peux avoir peur. C'est sain.
Il lui déposa un baiser sur le front. Son visage anguleux semblait fait d'albâtre dans la lumière nocturne. Pansy se sentit se réchauffer à sa seule vue. C'était si bon de l'avoir, pourquoi donc fallait-il se préoccuper des autres ? Il la prit dans ses bras et l'entraîna vers la chambre conjugale. Lorsqu'ils y furent, il retourna s'allonger, les bras en croix. Pansy resta à le contempler quelques instants. Ils ne parlaient pas, ils n'en avaient pas vraiment besoin. Il la couvait de son doux regard bis, confiant, alors qu'elle se débarrassait de son tricot de laine. Elle se glissa dans les draps encore tièdes et se mit en travers de lui. Le surplombant légèrement, le visage à quelques pouces du sien, elle murmura :
.- Je peux te demander quelque chose ?
.- Bien sûr.
Elle se redressa légèrement, posant ses mains sur le torse de l'ancien serpentard, le regardant dans les yeux, toujours.
.- Pourquoi Drago n'a-t-il jamais eu de procès ? Je me le demande… Toi, tu as dû comparaître, alors même que seul ton père était impliqué. Alors même que tu ne l'as jamais tellement connu, puisqu'il était toujours en fuite, puis en prison.
.- Je ne sais pas si Drago veut qu'on le sache…
.- Tu sais.. ? hoqueta-t-elle. Tu sais pourquoi il n'a pas été jugé ?
.- Chhht… souffla Théodore. Je sais oui, mais pas tout. J'ai surpris certaines… conversations. Je ne suis pas supposé savoir, c'est pourquoi je reste silencieux à ce sujet.
.- Et tu me diras... ?
Le ton de Pansy était légèrement impérieux. Le jeune homme esquissa un sourire et l'attrapa par la hanche, amusé par l'impatience de sa femme, appréciant la tiédeur au creux de sa paume. Toutefois, comme elle semblait réellement vouloir savoir, il chercha ses mots.
.- Tu ne le répèteras pas ?
.- Je verrais.
.- Pansy.
.- Théodore, tu me fais confiance, oui ou non ?
.- Oui, bien sûr.
Il souffla légèrement. Il espérait qu'il n'était pas en train de commettre une erreur. Sans doute n'en savait-il pas assez pour révéler quoique ce soit de capital. Et puis il détestait devoir cacher des choses à Pansy. L'heure tardive meublée par les seuls gémissements lascifs du vent incitait aux confidences. Il tendit son bras et laissa la jeune femme s'installer contre celui-ci.
.- Drago devait avoir son procès. Et apparemment… Il y aurait eu des problèmes. Il semble qu'il ait tué quelqu'un.
.- Oh…
Pansy le savait, naturellement. Granger lui avait envoyé l'information. Mais jusqu'à présent, elle n'en était pas sûre.
.- La famille Malefoy était ruinée. Le Ministère avait prévu de les utiliser comme exemple. De les saigner à blanc, de tout leur prendre et de les laisser sans rien.
.- Je ne trouve pas ça frappant quand je vais leur rendre visite. Leur manoir est somptueux, et leur train de vie… N'en parlons pas.
.- Exactement. Il semblerait, à ce que j'ai compris, qu'ils aient conclu un arrangement avec le Ministre. Quelque chose au sujet de Lucius Malefoy. Je préfère ne pas savoir, mais il est possible que le Ministère les fasse chanter. Je suis presque sûr que c'est ça. Ils gardent leur réputation et leur rang, mais ils sont muselés, à la botte du Ministère. Je ne sais pas contre quoi on les fait chanter, et je pense bien que ça ait un rapport avec . Je pense également que le Ministère a quelque chose à se reprocher, car sinon, il n'aurait pas abandonné aussi facilement l'occasion de démolir toute la famille. C'est à peu près tout ce que j'en sais, et en général, j'évite d'y penser. À eux de démêler leurs propres problèmes, ils ne m'ont pas demandé mon aide, après tout.
Théodore regardait le tissu tendu au-dessus de lui, qui composait la courtine de leur lit à baldaquin. Pansy restait silencieuse. Il espérait qu'elle ne répéterait pas. Il lui faisait confiance, mais il savait que ce n'était pas dans ses habitudes de s'entêter avec lui. Elle semblait véritablement vouloir connaître le fond de l'affaire. Et elle ne semblait pas être novice dans cette histoire. Qu'importait, il attendrait qu'elle se confie. Elle le faisait toujours.
Il se releva et alla à son tour contempler le parc. Lui qui était tout prêt d'aller se recoucher se retrouvait à présent agité. Sans doute était-ce là une part des pensées qui avaient troublé la nuit de son épouse. Pansy se rassit sur le lit et le regarda. Il croisa son regard et lui sourit avec tendresse, pour lui montrer qu'il n'était pas fâché. Ses cheveux noirs et souples étaient renversés d'un côté de sa nuque, et ses sourcils se fronçaient légèrement. Elle semblait réfléchir.
.- Théo, tu m'as dis que tu crois qu'on les fait chanter ?
.- C'est cela.
.- Mais si le Ministère, ou qui que ce soit, a tout intérêt à cet arrangement… Pourquoi ne révèlent-ils pas tout ?
.- À toi de leur demander, ma chérie.
.- C'est cela…
Pansy secoua la tête, exaspérée. Enfin, elle soupira légèrement, et esquissa un geste engageant vers son mari.
.- Bon tu viens ou tu attends que je vienne te chercher. Tu sais, puisque nous sommes tous les deux réveillés…
Théodore esquissa un sourire séducteur. Celui-ci s'élargit quand il vit son épouse s'allonger avec délices dans le lit, le regard brillant. Il se rapprocha doucement et s'allongea à ses côtés, ses mains se perdant dans un froissement frivole vers ses courbes voluptueuses. Et alors que leurs lèvres se scellaient dans une gourmandise pleine de tendresse, il songea que tout bien pesé, il laisserait Pansy faire ce qu'elle voulait de ce qu'il lui avait dit. Qu'importait, après tout ? Tant que l'avenir cimentait le passé, et que le monde continuait de tourner…
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Hermione tourna la clef de son bureau avec plaisir. La journée avait été longue, et elle désespérait de plus en plus de ne connaître chaque jour que les quatre murs de son bureau. Quelques années plus tôt, elle aurait difficilement pu croire qu'elle serait réduite à tant de paperasseries. La jeune femme se souvenait de cet idéaliste qui avait dit que si l'on pouvait encore compter le nombre de pièces où l'on avait passé sa journée, c'est que l'on restait enfermé en soi-même. Qui était-ce donc, un moldu, un sorcier ? Ç'aurait même pu sortir de la bouche de Dumbledore lui-même, songea-t-elle avec dérision. En ce cas, elle menait une bien piètre existence, elle qui voulait prendre un nouveau départ. Elle se faisait l'effet d'un enfant clopinant, qui avait encore du mal à marcher. Mais, peu importait, puisqu'elle se déplaçait enfin. Pas très habilement, pas très loin, mais elle se déplaçait. C'était déjà un début.
Elle salua Archibald qui tentait avec obstination de faire entrer une liasse de dossiers dans sa mallette.
.- Besoin d'aide ?
.- Non merci, mais c'est gentil Mrs Weasley.
.- Comment se fait-il que tu sois encore ici ? Tu ne t'es pas enfui avec les deux autres ? Même Jenny n'est plus là, c'est te dire.
.- Je tentais de fignoler mon rapport de stage.
.- Ah, merci Merlin, enfin un stagiaire sérieux ! plaisanta Hermione. C'est plutôt rare.
Archibald lui sourit en retour. Il s'était révélé être le plus motivé des trois, ses deux acolytes ayant préféré s'engager en une romance plus ou moins appréciée, mais néanmoins assez tumultueuse pour leur faire négliger leur travail. Toutefois, Hermione était ravie pour le jeune Écossais, qu'elle avait pris en affection. Il était plutôt jeune, quelque vingt-deux années, guère plus, mais il semblait déterminé. Son stage dans leur département serait une excellente étape à apposer sur son Curriculum Vitae, et la jeune femme se promettait déjà de lui offrir une très bonne appréciation. Elle lui tint la porte du département, puis après avoir éteint les lumières, marcha avec lui dans les couloirs du Ministère, en se dirigeant vers la sortie.
.- Vous aussi, vous finissez tard, fit remarquer Archibald. Il me semblait pourtant que vous aviez une enquête en cours ?
.- Tu ne perds rien de vue, dis donc, s'esclaffa Hermione. Oui, j'ai bien une enquête – dont je ne préciserai pas le contenu –, et c'est pour achever tout ce que je néglige comme travail routinier que je dois m'attarder ici. Pourtant, crois-moi, je ne demande qu'à rentrer chez moi.
Hermione se rendit compte qu'elle mentait à moitié. Ce n'était pas vrai, elle allait voir Ron ce soir. Et elle ne savait pas vraiment si elle avait hâte ou non. Par ailleurs, elle n'avait reçu aucune nouvelle de Malefoy. Elle se plaisait à croire qu'il tenait parole, qu'il lui donnait du temps. Pourtant, son esprit n'était toujours pas clair, et elle se demandait s'il le serait jamais. Vivre l'instant présent, voilà ce que lui avait conseillé Jenny entre deux volumes de Biomagie. Agir, oser, et ne pas penser à ce que l'on fait. Car alors arrive la réflexion, qui entrave tout, si bien qu'aucune échappatoire n'était plus possible. De toute façon, l'on n'était jamais autant soi-même que lorsque l'on arrêtait de penser, lorsque l'on se laissait pousser instinctivement, émotionnellement, et que le conventionnel perdait de sa force, avait ajouté avec conviction l'aspirante médicomage. Oui mais… Toujours ce mais. De toute façon, Hermione se devait définitivement de voir Ron, et son estomac se nouait déjà lentement. La compagnie d'Archibald lui était d'un grand bien dans la mesure où il la distrayait. Et puis, elle aimait parler avec lui, tout comme, supposait-elle, il appréciait sa conversation.
.- Je crois que vous vous trompez, je n'ignore pas totalement le contenu de votre enquête. Déjà, je sais que c'est au sujet des Malefoy, et que ce n'est pas officiel. Et sans doute que cela fera grand bruit quand vous en aurez fini avec, énonça le jeune homme avec un grand sourire, le souffle légèrement court de porter sa lourde mallette.
.- Oui, tu as raison, un bon point pour toi, et fin de l'histoire. Crois-moi Archie, tu n'en sauras pas un mot de plus, conclut Hermione avec un ton faussement exaspéré.
Ils arrivaient alors aux nombreux ascenseurs qui permettaient la communication entre les différents étages du Ministère. Un peu de monde les empruntait encore, et ils attendirent une poignée de minutes avant d'en trouver un de libre, qui voulut bien s'arrêter à leur palier. Dans un bruissement de robes de sorciers, ils entrèrent et appuyèrent sur le bouton désignant l'atrium. Les grilles se refermèrent dans un couinement, mais curieusement, l'ascenseur se mit à descendre en non à monter, comme il l'aurait du pour atteindre la surface.
.- Tu es sûr que tu as appuyé correctement sur le bouton ? demanda Hermione.
.- Hem, oui. Je ne comprends pas, s'étonna le jeune homme, haussant les sourcils.
La cage de métal s'arrêta trois niveaux plus bas, et les grilles se rouvrirent dans le même grincement aigu. Attentifs, ils ne virent qu'un couloir désert carrelé de marbre noir et blanc, miroitant à la lumière des torches. C'est alors qu'une voix se fit entendre :
.- Votre ascenseur est arrivé Monsieur.
.- Merci, N… Nigel.
Hermione sentit comme un coup en pleine poitrine à l'entente de la voix. Elle jeta un coup d'œil vers son stagiaire, mais celui-ci semblait tout au plus intrigué. Elle releva les yeux et croisa sans surprise le regard gris de Malefoy, lequel suspendit brièvement son mouvement en la reconnaissant. Il se recomposa rapidement une figure impassible en voyant qu'elle n'était pas seule, et entra dans l'ascenseur, appuyant d'un geste lâche sur le bouton doré.
.- Granger, dit-il sobrement, la gratifiant d'un hochement de tête.
.- Malefoy. Dis-moi, ça t'amuse d'utiliser les ascenseurs ainsi, à ta guise, sans souci de savoir si des gens y sont ?
.- Affaire diplomatique urgente. Et puis c'est le groom qui s'en est chargé, pas moi, éluda le jeune homme.
Il jeta un coup d'œil à Archibald, qui écoutait attentivement tout en tentant de paraître parfaitement détaché.
.- Je te présente un de mes stagiaires, Archibald McFadden, présenta Hermione. Il fera sans doute une jolie carrière dans la justice. Archie, voici Drago Malefoy.
.- Enchanté, monsieur, bredouilla le jeune homme.
Drago lui répondit d'un signe de tête. Il ne semblait pas lui accorder d'importance. Archibald, au contraire, dévorait des yeux ce personnage si illustre, quoiqu'il n'ait rien fait pour le mériter. Comme bien d'autres avant lui, il était légèrement fasciné par la prestance de son vis-à-vis, mais il n'en gardait pas moins un œil aux aguets. Il savait qu'Hermione enquêtait sur les Malefoy, aussi, la situation pouvait être intéressante. Drago Malefoy semblait avoir oublié son existence, et son regard fixait Granger avec une placidité apparente. Pourtant, ses quelques coups d'oeils aux étages qui défilaient lentement traduisaient une légère irritation.
.- Ça fait longtemps Granger, non ?
.- Dix jours, je crois.
.- Oui, c'est bien ce que je dis. Ne devais-tu pas me contacter pour me donner ta décision quant à la proposition de mon supérieur ?
Hermione osa alors croiser le regard du blond pour la seconde fois depuis qu'il était entré dans l'ascenseur. Elle se mordit les lèvres.
.- Tu ne m'en as pas reparlé, dit-elle sur un ton de reproche. Mais de toute façon, je ne pense pas que j'aurais accepté. Je veux changer d'air.
.- Vraiment ?
.- Oui. J'ai certaines choses à régler, puis je pense donner ma démission. Je veux retrouver un certain élan, ajouta Hermione en gardant son regard bien droit.
.- Professionnellement ?
.- Partout. En tout.
.- Est-ce que tu veux dire que tu ne serais pas contre un changement, disons, radical ? demanda Malefoy d'une voix attentive.
La jeune femme baissa ses paupières. Archibald ne comprenait pas exactement ce qu'il se passait sous ses yeux. Il savait que sa supérieure souhaitait éventuellement quitter son boulot, ayant perdu de la passion qui l'y avait menée. Il trouvait cela courageux, même s'il pensait que la Justice magique y perdrait beaucoup. Néanmoins, les propos qu'elle échangeait avec Drago Malefoy semblaient plus intenses, comme s'ils reposaient sur un double sens. Il n'eut pas l'occasion de pousser sa réflexion plus avant que déjà le carillon de l'ascenseur, vite recouvert par la voix magique, se faisait entendre, et que les portes s'ouvraient dans un couinement. Hermione se tourna une derrière fois vers Drago Malefoy et lui dit :
.- Peut-être, qui sait ?
.- Peut-être..?
.- Très probablement, lâcha-t-elle.
Le jeune homme s'écarta alors pour la laisser passer, galamment. Archibald se tenait encore au fond de l'ascenseur, se résignant à reprendre en main son énorme mallette, et après avoir salué Hermione, il ne put s'empêcher d'être surpris par le regard pensif du lord qui errait dans le dos de la jeune femme. Celle-ci s'éloignait calmement, et Malefoy ne la lâcha du regard que lorsqu'un mur l'eut masquée. Alors il s'en alla, le visage toujours incroyablement impassible, mais Archibald remarqua que l'on pouvait sans peine y deviner une légère inquiétude, comme une attente soucieuse.
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Journal d'Hermione Granger
26/12/1998
Cher journal,
Tout d'abord joyeux Noël, en retard, je l'avoue ! Mais tu penses bien qu'en passant les fêtes au Terrier, j'ai difficilement le temps de te remplir en toute tranquillité. Et puis après tout, ce n'est pas comme si j'en avais tellement envie que ça, car il y a toujours de quoi faire. La situation politique sorcière semble s'être améliorée, l'esprit de Noël aidant, qui sait ? En tout cas, je n'ai pas à déplorer quoi que ce soit, et c'est un soulagement. J'ai passé le réveillon chez les Weasley, comme tu le sais, et ce fut très joyeux. Toutefois, l'absence de Fred était dans tous les esprits, et ô combien marquante dans une fête comme celle-ci. Georges était morose, pour ne pas dire complètement submergé, même s'il a tout de même paru se détendre à plusieurs reprises, mais à chaque fois il semblait se reprendre, comme s'il culpabilisait d'être heureux. Je ne peux et ne veux le condamner, même s'il serait stupide de dire que je le comprends. Avoir un jumeau est quelque chose de si particulier, et je ne peux qu'imaginer la douleur que ça doit être. J'étais assez inquiète pour lui, et j'espère qu'il s'en remettra un jour. Je dis bien un jour, car un deuil n'est pas un acte facile, et il n'y a que la durée qui permet de l'accomplir. Et du soutien, aussi, et j'espère avoir fait de mon mieux. Une touche de gaieté était toutefois présente, avec le petit Teddy. Cet enfant est adorable, il gazouillait à tout bout de champ, c'était une joie de l'avoir avec nous. Andromeda Tonks était également présente, et j'ai bien apprécié la connaître un peu mieux. Bien entendu, le souvenir des défunts était toujours là, prégnant, mais il en est ainsi dans toute la communauté sorcière. Après tout, c'est le premier Noël d'après-guerre. Le 25, je suis allée manger chez mes parents, avec Ron. Ils étaient ravis de mieux le connaître. J'ai revu un peu de ma famille moldue, mais nos souvenirs respectifs des uns et des autres étaient si flous que tout s'est bien passé, grâce au très pratique échange de banalités.
J'ai été plutôt gâtée, on m'a offert plusieurs livres pour mes études, un grimoire de sorts pour aurors – Harry s'est dit que ça me plairait, et il avait raison-, de nouvelles plumes très élégantes, un nouveau sac, car je ne pouvais plus continuer avec ma vieille besace, elle allait rendre l'âme. J'ai eu droit au traditionnel pull de Madame Weasley – couleur mousse cette fois-ci -, et à une montagne de friandises. Ginny m'a offert une très jolie écharpe à la laine toute douce, et mes parents m'ont fait cadeau d'habits et de bottes. Enfin, le présent de Ron dépasse de loin tous les autres, même si je ne les apprécie pas moins. Il m'a offert une chaîne, avec un pendentif de bronze représentant une loutre et un Jack Russel, très finement travaillés. Sur le revers, un cœur était gravé, avec nos deux initiales. J'étais émue, touchée, bouleversée, amoureuse et… J'ai fait ce que je n'avais encore jamais osé ni voulu faire dans mes quelques brèves relations précédentes. Nous avons fait l'amour. Hier soir, dans la nuit. Ce n'était pas évident, car au Terrier, tout le monde est un peu serré, mais avec un sort, tout s'est arrangé. C'était merveilleux. Ron était très tendre, timide au début, sans doute autant que je l'étais. Il me caressait avec une ferveur qui me rendait étrangère à moi-même. Ses mains sur mon corps, sur mes seins… C'est étrange de le dire, j'ai l'impression de ne plus être la même. Pourtant si. Toutefois… J'ai tant aimé le sillon de ses lèvres sur mon cou, sur ma poitrine, et plus bas encore. Le serrer dans mes bras, l'entendre soupirer sous mes mains. J'ai tant aimé sa peau brûlante contre moi, ses yeux mi-clos qui pourtant ne lâchaient pas mon visage. Et enfin, quand je l'ai senti en moi… Je ne saurais le décrire, je me suis sentie complète, aimée, par la façon même dont Ron m'enlaçait, anticipait mes gémissements. Et enfin cette sensation si intense… Je crois que je n'oublierai pas de sitôt ce 25 décembre-là.
Après t'avoir abreuvé de mes émotions et sentiments les plus frais, je te laisse. Après tout, je ne vois pas quelle nouveauté pourrait surpasser celle-là, n'est-ce pas ?
Ah, une dernière chose. J'aime Ron. Passionnément.
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Hermione se sentait mal à l'aise, un peu vide. Tout en bas de cette cage d'escalier sombre et mal éclairée, alors qu'elle jetait un regard inquiet vers les étages qu'elle devinait aux ombres chinoises qui se découpaient dans la pénombre, elle sentait ses jambes fléchir. Ron habitait là-haut, quelque part, dans cet immeuble estudiantin pour le moins misérable. Il se devait de vivre dans ces chambrettes et studios de fonction accordés par le Ministère. Il avait un toit, une maison, et il se retrouvait là. Pourtant, ils avaient de l'argent, pourquoi n'avait-il rien loué de plus agréable ? Tristement, Hermione en devinait la réponse : car il espérait que tout ceci ne serait que passager, que tout reviendrait rapidement à la normale. Lâchant un lourd soupir, elle s'appuya contre la rampe d'escalier glacée, et gravit les quelques volées de marches. Bientôt, elle se retrouva devant le bois de la porte du logement de son époux. Il n'y avait pas de nom, bien entendu, mais elle connaissait le numéro. La mort dans l'âme, elle haussa son poing et tapota quelques petits coups, discrets, qui résonnèrent avec vacarme dans le silence ambiant. Elle s'étonnait d'ailleurs d'entendre si peu de bruit, elle s'était attendue à une résidence pour le moins bruyante. Bien au contraire, tout semblait vide…
.- Hermione ?
Une tête rousse venait d'apparaître dans l'embrasure. La jeune femme esquissa un léger sourire, crispé. Ron était vêtu d'un vieux pantalon élimé, mais avait fait l'effort de passer une chemise propre et repassée. Elle le reconnaissait bien, à ne jamais pousser l'effort jusqu'au bout. Cela faisait son charme, parfois. Il écarta plus largement le battant et l'invita à entrer.
Hermione promena un regard curieux autour d'elle : un vestibule étroit serti de rangements, à sa droite une petite cuisine avec pour tout mobilier une minuscule table et deux chaises, à sa gauche une salle de bains toute aussi petite. Puis, plus loin, un petit salon avec un canapé qui devait être dépliable, si l'on en jugeait aux draps posés dessus. Enfin, un bureau accolé sous une fenêtre relativement lumineuse, barrée de persiennes, délimitait une sorte d'espace de travail. La jeune femme se tourna vers son mari, qui n'avait rien dit et s'était appuyé contre un mur, les bras croisés.
.- C'est plutôt petit…
.- C'est vrai qu'en comparaison avec notre maison… Mais je pense qu'en tant qu'étudiant, j'aurais été ravi d'un tel studio.
.- C'est fait pour les fonctionnaires du Ministère.
.- Vrai. Cela montre bien l'estime qu'ils ont pour nous, lâcha Ron avec dérision.
Hermione sourit légèrement. Ron restait Ron, et même si elle sentait de plus en plus qu'elle n'était plus amoureuse de lui, du moins pas assez, elle avait de l'affection pour lui, pour sa personne. Sa simple voix lui réchauffait le cœur, elle se sentait en sécurité. La même sécurité qu'elle éprouvait avec Harry. Le jeune homme tendit son bras :
.- Assied-toi, je t'en prie. On n'est pas obligé de faire de ces politesses, entre nous ce serait ridicule.
.- Je te l'accorde.
.- Je te sers quelque chose ?
.- Non merci, dit Hermione en se posant sur un bout de canapé.
Ron sembla hésiter à la rejoindre, puis prenant le parti de l'accommodation, il attrapa un tabouret et s'affala dessus, face à son épouse. La jeune femme sembla se détendre un peu, et se laissa aller contre le dossier. Le silence régnait, mais il n'était pas lourd. Au contraire, il semblait presque apaisant. Hermione ne ressentait pas la panique et la confusion qui l'avait prise lors de sa dernière rencontre digne de ce nom avec le rouquin. Elle ne lui en voulait même plus, ce n'était pas si grave que ça. Tous deux avaient des torts, de toute façon. Elle savourait juste ces quelques instants, car elle savait qu'après, plus rien ne serait comme avant. Plus jamais.
.- Alors…
.- Hermione, je suis désolé. Tellement désolé… bredouilla Ron.
La jeune femme leva vers lui des yeux ébahis. Elle ne s'était pas attendue à des excuses, ce n'était pas le genre de Ron. Du moins pas si vite, il attendait en général qu'il y ait prescription.
.- Pourquoi Ron ? Je le suis tout autant que toi.
.- Non, je veux dire… Pour la dernière fois. Et celle d'avant. J'ai été un abruti. Je voulais, et je veux toujours tellement te retenir. J'ai fait n'importe quoi, comme à chaque fois.
.- Ron, je t'assure que je ne t'en veux plus.
.- Si. Sinon, on n'aurait pas laissé traîner ça.
.- Ok, je t'en ai voulu. Beaucoup. J'étais totalement sonnée, hébétée et ébahie. Mais ce n'était pas tant ce que tu avais fait – enfin si, entre autre –, mais plutôt les réflexions que tout cela a déclenché. J'ai osé repenser notre mariage, et mes volontés.
.- Et qu'as-tu trouvé ? murmura Ron.
Sa voix était blanche, et ses taches de rousseur ressortaient d'autant plus sur son visage qui avait pâli. Il s'était à moitié relevé de son tabouret, et son regard semblait douloureux. Hermione comprit alors qu'il n'était peut-être pas aussi préparé qu'elle l'était. Qu'il espérait encore. Qu'il restait plus amoureux qu'elle. Et sans doute aurait-elle été dans le même état si elle n'avait pas… Ressenti de nouveau. Croisé un regard gris, autrement plus nuancé que l'azur de son mari. De son meilleur ami.
.- Ron… Je regrette tellement. Je pensais vraiment que ça devait être parfait, qu'il n'y aurait jamais de fin, j'en avais rêvé pendant des années. Tu étais parfait pour moi, mon meilleur ami, mon amant et mon amour. Mais l'un des trois s'en est allé, et l'équilibre ne tient plus.
.- Tu ne m'aimes plus ?
Le jeune homme se releva complètement, et il se tenait à présent devant Hermione. Il avait pensé que les pots étaient encore réparables. Il avait imaginé parler des enfants, glisser cet intermédiaire. Il avait espéré la faire rire, la séduire à nouveau. Il l'aimait encore tellement. Son Hermione. Elle avait toujours été l'Unique pour lui, la femme idéale, sa meilleure amie, sa confidente, son amour. Il n'avait jamais imaginé quoique ce soit sans qu'elle ne soit présente du schéma. Il s'accroupit et saisit les mains d'Hermione.
.- Dis-le 'Mione, dis-le que je l'entende de ta bouche. Que ce ne soit pas seulement mes pensées qui me l'insinuent.
Hermione sentait les grandes mains de son mari presser les siennes avec affection et observait ce visage tant aimé et pourtant emprunt de désespoir muet. Elle connaissait Ron, elle savait quel effort il faisait pour se contrôler. Elle s'était attendue à des cris, à ce qu'il s'énerve. Qu'il s'enveloppe d'un mépris emprunt de suffisance. Mais au lieu de cela, une figure triste emplie de dignité s'offrait à elle. Elle sentit une boule se former dans sa gorge. Elle avait bien failli se leurrer, ce n'était pas si simple et serein que de mettre un terme à cette union qui avait été comme un tout pour chacun d'eux.
.- Je… Je ne peux pas.
Sa voix se brisa dans un sanglot. Ron passa doucement ses bras autour d'elle et la serra, toujours silencieux. Ce n'était pas ce qu'elle avait prévu. Merlin qu'elle se haïssait d'être si faible. Elle aurait dû soutenir Ron. C'était lui le plus malheureux. Pas que son cœur à elle n'était pas lui aussi fendu, mais elle avait trouvé un certain baume à étaler sur sa plaie. Elle se sentait comme une traîtresse d'avoir du réconfort de la part de son mari alors même que… Qu'elle devrait elle consoler Ron.
.- Je t'aime Ron, oh je t'aime tellement, tu le sais ? Mais juste…
.- Pas comme avant. Pas suffisamment pour notre mariage, hein 'Mione ?
.- Tu m'es essentiel. Je suis égoïste, car je ne supporterais pas de te perdre. Tu as été mon plus beau rêve devenu réalité, tu m'as comblée pendant plus de dix ans. Et en-dehors même de notre mariage, tu fais partie de moi. De nous. Harry, toi, moi, tu te souviens ? Je ne veux pas te perdre.
Hermione se dégagea légèrement des bras de son mari. Elle n'osait pas regarder Ron, et à la place se mettait à babiller de manière saccadée, tenant d'expliquer dans sa confusion les choses de la façon la plus clair possible. Entre deux sanglots, elle poursuivit.
.- Bien sûr, je ne peux rien exiger. Je suis en train de tout foutre en l'air. Mais je sais bien que notre dislocation est plus ancienne. C'est à cause de moi, de toi, de nous. Je… Je ne peux plus me mentir. Pourtant, je ne pensais pas que je me lasserais de cette manière. Ron, tu es certainement mon grand amour, le premier et le seul, en quelques sortes. Parce que, franchement, Viktor n'était vraiment qu'un ami.
Elle jeta un coup d'œil vers Ron et fut soulagée de la voir esquisser un léger sourire. Il se hissa et finit par s'asseoir à ses côtés, l'enveloppant de ses bras, comprenant qu'elle avait besoin de se vider. Ils s'étaient toujours tout dit, et c'étaient sans doute les non-dits qui s'accumulaient ces dernières années qui avaient causé le point de rupture. Ils se connaissaient sans plus se connaître.
.- Je pensais vraiment que ça passerait, mais j'étais comme appelée ailleurs. C'était étrange, angoissant. Je suis désolée Ron, j'aurais du t'en parler, et on n'en serait pas à ce point là, à défaire l'une des choses les plus merveilleuses de nos vies.
.- Hermione… Tu sais, je ne vais pas m'accrocher au souvenir de ce bonheur si cela nous rend amers, et malheureux de ne plus connaître la même félicité.
.- Mais tu ne veux pas…
.- Non, je ne veux pas. Mais je suis lucide. Et je t'aime. Je veux te voir heureuse, et sourire…
Hermione leva la tête des bras de son époux, qui la tenaient encore fermement.
.- Ron, je ne te reconnais pas…
.- Tu t'imaginais que j'allais crier, hurler, protester ? Mais le voulais-tu ?
.- Non.
.- J'ai envie de te retenir, de te supplier de réfléchir encore, d'essayer une nouvelle fois, mais je ne le ferai pas. Je ne suis pas arrivé à cette décision raisonnable tout seul, tu t'en doutes…
.- Harry ?
.- Kingsley, aussi étonnant que ça puisse paraître. Je te laisse décider.
.- Ce n'est pas normal.
.- Si, ça l'est. Tu n'es déjà plus là Hermione, je le vois bien, tu te comportes avec moi comme au temps de Poudlard, comme avec un ami, et également comme avec le père de tes enfants. Pas comme avec… l'homme que tu aimes.
.- Je t'aime toujours, tu le sais…
.- Oui mais plus assez. Tu n'es déjà plus là, je ne peux pas te forcer à revenir. Si tu étais encore là, j'aurais pu te convaincre de ne pas t'en aller, te rattraper, mais c'est trop tard, tu es déjà ailleurs. Le choix de revenir t'appartient, et apparemment il n'a pas retenu ton attention.
.- Les enfants…
.- On en reparlera une autre fois.
La jeune femme se redressa et fit face à son mari, qui tenait toujours ses bras autour de sa taille. Ses mâchoires étaient crispées, il prenait sur lui, douloureusement. Elle ne l'en admirait et ne le considérait que davantage. Elle se disait qu'elle perdait un bien grand homme. Pourtant, Hermione voulait être sûre.
.- Ron, embrasse-moi.
.- Pardon ?
.- Embrasse-moi. Notre mariage, notre couple mérite que l'on ait tout essayé avant de sombrer.
.- Hermione, murmura gravement Ron, ne m'en demande pas trop. J'ai déjà du mal à ne pas me laisser aller.
.- Juste ça chuchota la jeune femme.
Hermione ne savait pas tellement ce qu'elle faisait. Sans doute essayait-elle réellement d'honorer son mariage jusqu'à son dernier souffle. La douleur qui lui broyait le cœur et lui nouait la gorge était tenace, et elle pouvait sentir que ses joues étaient encore humides. Toutefois, l'image de Malefoy tournoyait subrepticement dans son esprit. Elle voulait repartir d'un pas neuf et assuré. Elle ne devait donc rien laisser au hasard. Elle sentit les lèvres familières de Ron caresser les siennes et s'entrouvrir avec lenteur, comme pour prolonger l'instant. Fermant les yeux, elle le laissa la guider, s'apaisant du souffle tiède qu'elle sentait sur son visage. Par automatisme, elle froissa ses cheveux roux. Ron, encouragé, commença alors à caresser plus lascivement le corps très féminin de son épouse, qui avait perdu sa minceur juvénile au profit de courbes assurées de mère. Hermione laissa échapper un léger soupir quand elle sentit des mains remonter sur ses cuisses. Derrière ses yeux clos, des images défilaient. Première fois, autres fois, expériences, nuit de noces… C'était la fin. Alors qu'une certaine chaleur se diffusait dans son corps, elle vit l'image d'autres mains, tendres mais prudentes, très pâles, qui effleuraient sa poitrine sous un ciel étoilé. Des mèches lunaires au-dessus de sa tête, une odeur d'herbe sauvage…
Hermione se dégagea des bras de Ron avec un sourire d'excuse. Lui ne dit rien, et resta immobile. Il semblait presque surpris. Elle s'approcha de nouveau de lui et l'embrassa avec gentillesse sur le front.
.- Je suis désolée Ron, c'est vraiment fini. Je… ne te dirai pas que je t'aime, je ne veux pas être cruelle. Mais crois-le ou non, tu m'es essentiel.
Elle se rajusta en hâte, et saisit son sac. Elle se dirigea vers la porte et tourna la tête vers Ron, qui n'avait toujours pas bougé ni dit le moindre mot, et se contentait de la regarder, l'air perdu. Hermione sentait son cœur battre à toute vitesse. Elle était à deux doigts de fondre en sanglots, de s'excuser, encore. Mais ça devait être fait. Elle lui adressa un dernier sourire.
.- On se reverra pour discuter des enfants, d'accord ?
Et sans plus regarder en arrière, elle tourna la poignée, referma la porte derrière elle et se précipita dans les escaliers, semblant fuir la peste. Une fois dehors, l'air glacial la frappa avec violence, brûlant presque ses poumons. C'était comme une remise à neuf, le premier souffle d'un nouveau-né, si brutal et vivifiant à la fois. Hermione exhala cette bouffée avec un sourire trempé de larmes.
oOo
Voilàà !
Eh bien, moins de Drago cette fois-ci (mais je vous avais gâtés avant, alors hein, bon), mais Beaucoup, Beaucoup de choses, n'est-ce pas ?
Je n'ai du genre vraiment pas le temps, alors juste deux trois précisions avant de filer :
Fawkes, personnage historique qui fut arrêté alors qu'il était à deux doigts d'allumer des explosifs sous la Parlement anglais. Pourquoi cette anecdote ? Parce que j'ai relu quelques tomes des merveilleux Mondes de Chrestomancie, où mention en était faite. Cela m'a inspirée, je me suis wikipédiée, et voilà le résultat ! ;)
2. Jack Russel : c'est le patronus de Ron. Bizarre, j'avoue, mais bon, je n'allais pas en inventer un autre.
3. Ouroboros: vous savez le symbole de l'infini, tout ça, avec un serpent qui se mange la queue. Eh bien c'est ça! ;)
Je ne pense rien oublier, juste un dernier mot :
Si vous lisez cette fic, que vous attendez les chapitres, que vous allez au bout de ces quelques 230 pages word et que tout ce que vous me laissez c'est une visite dans le compteur des statistiques, c'est pas très très sympa !
Car dans un rapport nombre de visites à review, j'ai comme un doute ! :s
Un mot, ça prend parfois moins de deux minutes. Vous en avez bien consacré une vingtaine pour lire ce chapitre, non ? ;)
A bon entendeur, salut !
Olivia, alias Stellmaria
