Adolescences tardives
Disclaimer: Tout à JKR, sauf les personnages sortis de mon imagination...
Pairing: HGDM, what else?
I'm back (again) !
Deux trois mots vite fait, donc un communiqué express :
.- Je suis une grosse lente, je sais, mea culpa.
.- J'ai le bac incessamment sous peu. Par Zeus, ça va devenir compliqué pour les publications de la fic jusqu'à début juillet. Oui moi aussi je pleure.
.- D'ailleurs, là je devrais dormir. Pas bien Olivia, pourquoi te cloques-tu devant ton mac à publier un chapitre, hein ? Wesh, super rebelle de la mort… Erf.
.- J'ai eu 18 ans depuis le dernier chapitre. Oui ça vous fait une vachement belle jambe, je sais. Moi, je trouve ça cool. (Quoi que j'aimais bien être dans le groupe des jeunettes de feufeu)
.- Message à ma bêta : Queenz, où es-tu ? Donne-moi des nouvelles… (Oui, autre motif de retard, disparition de la bêta. N'empêche moi je m'inquiète presque)
.- Quoi d'autre… Eh bien sixième point du communiqué : Bonne Lectuure !
Have fun :)
Ps : la chanson en extrait, en vrai la version que j'écoute elle est bien mieux que celle sur deezer (ma grande déception). Et oui c'est gniangnian, mais je n'ai jamais nié mon côté ultra fillette.
Réponses aux reviews anonymes:
Fanficxfleurdecerisier : Merci pour la review :) Et oui, un sacré pas en avant a été franchi ! En ce qui concerne Ron et Harry, tu penses bien qu'ils ne le sauront pas tout de suite … Mais je n'en dis pas plus ! En espérant que la suite te plaira ;)
Ootoo : Hullo, merci pour la review. Hem, tu as parfaitement raison au sujet de l'erreur que j'ai faite concernant la figure de style… Pas bien. Ça m'énerve contre moi-même car en général je maîtrise assez bien cela. Enfin, tu sembles être la seule à avoir remarqué, à croire que ce n'est pas trop choquant… ;) Enfin, promis, je serai plus vigilante ! Merci de ta remarque, et j'espère que tu aimeras la suite :)
Liaco : Coucou ! Wow, quelle ovation que de compliments, mercii ! Apparemment, le chapitre XXII a eu un certain effet ;) Je suis ravie que ça t'ait plu, d'autant que je voulais le réussir bien comme il faut, je m'étais mis pas mal de pression. Et ça me touche beaucoup que tu écrives que j'ai réussi à éviter les écueils du voyeurisme… Erf, thanx god. Sans donner le moindre spoiler, j'affirme d'ors et déjà que non, pas de bébé (malgré tes yeux je n'en doute pas larmoyants). Pour tout te dire, c'est déjà assez compliqué de se coltiner un tel nombre de personnages, dont des enfants (arrgh) pour ne pas ajouter une crevette dans l'histoire :p Et oui, Ron se barre, comme quoi il y a une bonne nouvelle ! Par contre pour Astoria, c'est non négociable, je la garde, j'aime trop l'écrire… (Bizarre comme faon de parler mais c'est le cas) Elle a au moins l'avantage de faire partie du camp des serpentards, ce qui lui donne une longueur d'avance sur Ronny. En tout cas, j'espère que malgré le retard, la suite te plaira :) La bise
Rose-Mary : Coucou ! Merci pour la review, je suis ravie que mon histoire te plaise ! Tous tes compliments me touchent beaucoup, ça fait plaisir à lire… :) J'espère que la suite te plaira tout autant !
Kryss22 : Hey ! Merci d'avoir reviewé ! Alors, apparemment le chap XXII t'a plu … Hé hé. C'est sûr que j'ai laissé traîner en longueur cette relation, et je suis contente que tu l'apprécies. J'espère que la suite te plaira également :)
lou29 : Coucou toi ! Wahouu quelle longue review, mercii :D Et merci pour les complimens, je suis ravie que ça t'ait plu ! Pour le Département, c'est sûr qu'il y avait de grandes chances que ça finisse bien, néanmoins ça ajoutait un peu d'action à cette histoire, non ? (quoi que niveau action, la dernière scène … Ahem) Et Hermione retrouve effectivement un peu d'entrain (bien, elle progresse). Pour Ron, tu as tout à fait compris pourquoi je l'ai fait partir : à la fois car c'est dans la logique du personnage, mais également parce qu'il n'apporte pas grand-chose à l'intrigue principale à présent, mais je ne peux pas occulter le personnage, et ça ajouterait des scènes inutiles et ralentirait l'action. Donc exit Ron. Je suis contente que tu aies aimé le passage avec Harry, et je ne peux que te féliciter pour ta vigilance quant à certains détails… À suivre. Et je suis contente que ça t'ait émue (pas que tu aies presque pleuré, quoi que pour moi c'est gratifiant… lol). Pour finir, l'HgDm… Certes, les cris et les disputes, soutenus par les méchancetés et le sarcasme sont un excellent moyen de communication entre les deux. À croire qu'il n'y a qu'ainsi qu'ils sont parfaitement sincères, qu'ils arrivent à y voir clair. Ils ont intrinsèquement besoin l'un de l'autre… Et bien sûr que je vais les malmener, tu peux compter sur moi, néanmoins, cette dépendance qu'ils développent va peser… Je n'en dis pas plus :p En tout cas j'espère qua la suite te plaira ! Gros Bisous
Natom : mercii pour la review, je suis ravie de lire que tu as apprécié le grand pas en avant dans l'HgDm ;) J'espère que la suite de leur histoire, et de la fic en général te plaira !
Clem : Hey ! Merci beaucoup pour la review, je suis contente que ça t'ait plu ! Eet oui, enfin, comme tu dis ;) Un sacré pas de fait ! En ce qui concerne le départ de Ron, je trouvais que ça collait avec son caractère (JKR nous a suffisamment pointé sa tendance à la fuite lorsqu'il se sent mal) et son départ me laisse le champ libre :) Quant à l'évolution de l'HgDm, je ne t'en dis pas plus, mais tu imagines bien que ce ne sera pas toujours simple. Voilà, j'espère que la suite te plaira ! Bisous
Momo_201093 : Coucou ! Merci pour ta première review, c'est toujours un plaisir de découvrir une nouvelle personne qui lit ma fic ! Je suis contente que tu l'apprécies (quel courage de la lire d'une traite !), et je te remercie pour tes compliments, ils me font vraiment plaisir. En ce qui concerne les histoires de diplomatie, de lois… Ce n'est pas que j'y connaisse grand chose (j'ai fait genre un stage au lycée dans un cabinet d'avocat mais c'est tout), ma principale inspiration reste les séries télévisées (eet oui), saupoudrée d'une bonne dose de conviction quand j'écris. Je ne suis pas certaine d'être toujours dans le vrai, mais je sais qu'en général je m'efforce d'y coller. Pour le couple principal, je suis contente que tu l'apprécies, quant à Ron, c'est sûr qu'une petite colère… Mais il ne sait pas encore le fond de l'affaire. Et il y a bien eu des disputes, non ? Bref, j'espère que la suite te plaira toujours autant ! Et concernant une fic « Hermione/ Sirius », oui j'en ai bien écrite une il y a un bout de temps, « Over the time ». Possible alors que je t'ai déjà lue parmi mes reviews ;) Bisous
« I don't wanna run away, I don't wanna be alone
No Promises
Baby, now I need to hold you tight, now and forever my love. »
_ Shane Ward, No promises
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Chapitre XXIII
// Lorsque les délices de la découverte ne peuvent exister sans effroi //
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Lorsque Jenny sortit de la cabine téléphonique d'un rouge passé, elle fut éblouie par la lueur des éclairs. Cela faisait longtemps qu'elle n'avait pas vu le ciel se déchaîner de la sorte : les nuages gorgés d'onde étaient crevés de zébrures de lumières, surgissant dans un grondement qui paraissait sortir des gorges de l'enfer. La nuit était noire, une panne d'électricité semblait affecter la vieille capitale anglaise, et la seule lumière provenait de ces racines lumineuses qui s'évertuaient à réunir ciel et terre dans un tout sombre et déchaîné.
Levant son visage vers les lourdes gouttes d'eau qui éclataient contre sa peau, elle laissa ruisseler l'onde froide, savourant ce rafraîchissement après la touffeur du Département des Mystères. Touffeur de l'endroit, de la peur aussi, de l'inquiétude pour son amie qui ne s'était pas montrée au rendez-vous qu'ils avaient fixé. Touffeur de l'angoisse, de son cœur qui battait trop vite, de son esprit qu'elle ne contrôlait pas. Angoisse de ce regard effaré qu'elle avait croisé, d'un regard qui ne la reconnaissait pas. Elle jeta un coup d'œil derrière son épaule, dans l'espoir naïf qu'Ellery l'ait suivie, malgré tout. Seules les vitres ébréchées de la vieille cabine londonienne esseulée s'offrirent à ses yeux. La jeune femme plissa ses lèvres. La ruelle miséreuse où elle se trouvait n'était pas pour la rassurer, même si elle se doutait que ni l'heure tardive ni l'orage qui annonçait enfin le printemps ne pouvaient encourager quiconque à errer par ces chemins de traverse. Sauf elle, apparemment. Écartant sa frange mouillée de son front, elle guetta vainement un message qu'aurait pu lui laisser Hermione. Elle s'inquiétait pour son amie, elle ne la connaissait que trop bien pour savoir que ce n'était pas dans ses habitudes de se désister sans prévenir. Sentant l'onde glacée lui couler dans le cou, elle frissonna. Il fallait qu'elle dorme, définitivement. Elle resserra les pans de son trench détrempé et transplana.
La nuit de Jane Rosier fut longue. S'étant couchée sur les trois heures du matin, elle ne parvenait pas à trouver le sommeil. Ses draps pesaient lourdement sur ses membres endoloris, sa tête tournait de droite et de gauche sur son oreiller froissé. Lorsqu'elle s'était laissée tomber sur son lit, dans la pénombre nocturne de son appartement, elle n'avait pas douté de trouver le sommeil sitôt ses yeux fermés. Pourtant à la fois son corps, son esprit et ses sentiments la lançaient. Des pensées s'étaient mises à surgir dans sa tête tant et si bien qu'elle savait qu'elle ne saurait s'endormir dans l'immédiat, étant à présent dans un état de grande fébrilité. Elle était éreintée par deux semaines de concours où s'étaient enchaînées les différentes épreuves qui lui permettraient ou non d'être admise en internat de Médicomagie. Elle savait qu'elle n'avait pas choisi une voie facile, d'autant qu'elle n'avait ni le soutien financier ni même les encouragements de sa famille. Pourtant elle tenait bon. Par ailleurs, il y avait cette enquête à la fois intrigante et dangereuse que menait Hermione, son amie. Une de ses seules amies, à vrai dire, malgré ce que le caractère enjoué de la jeune fille semblait présager. De fait, elle s'amusait beaucoup, mais se liait peu. Cette méfiance presque instinctive était l'une des multiples séquelles de son éducation ; elle se savait encore brisée, fêlée, mais elle tentait malgré tout d'avancer. Aussi l'amitié d'Hermione lui était précieuse, et la voir elle-même s'enfoncer dans des eaux trop troubles ne faisait que l'angoisser.
La jeune femme se redressa dans son lit et regarda par la fenêtre les arbres se tordre, les raies de pluie obliques transparaître à la lueur des éclairs comme pour brouiller leur image. Posant ses pieds nus sur le parquet de sa chambre, elle alla dans la petite cuisine de son appartement et se servit un verre d'eau. Au moins les canalisations fonctionnaient. Grimaçant légèrement au contact froid du carrelage contre la plante de ses pieds, elle s'accouda contre le rebord de la haute fenêtre, encombré de plantes aromatiques et médicinales. Une légère odeur de soufre, reste d'une potion, la ramena dans ses pensées.
Elle avait toujours eu une mémoire des odeurs. D'aussi loin qu'elle pouvait se souvenir, elle avait identifié les lieux, les personnes, les amitiés et les inimitiés aux odeurs. Hermione sentait l'iris. Elle en avait compris la raison lorsque pour la première fois elle était allée chez elle ; c'était bien l'une des seules fleurs que son amie prenait soin d'arroser dans son salon, les autres semblant dépérir. Elle lui avait expliqué qu'elle aimait cette odeur, car elle lui rappelait sa mère, son enfance moldue. Une explication classique en somme, mais Hermione était une personne classique. Ses enfants au contraire avaient une odeur d'enfants, sucrée, chocolatée, parfois un peu douceâtre, encore indéterminée. Ron, lui, d'aussi loin qu'elle l'avait connu, et bien qu'elle ne l'ait que peu fréquenté, sentait le café. Parfois la cigarette, mais elle se doutait que ce n'était là que le fruit d'un penchant occasionnel. Malefoy… Pourquoi pensait-elle à lui ? Car il était lié à l'enquête, il était lié à son amie. Il sentait la verveine, une plante de sorcier. Cela l'avait surprise, elle avait déjà eu l'occasion de croiser Narcissa Malefoy, et celle-ci préférait les senteurs raffinées, coûteuses. Non, lui sentait la verveine, et cette unique preuve d'humilité et de simplicité chez un homme qu'elle savait plus qu'arrogant l'avait immédiatement mise en confiance. Peut-être à tort, mais elle espérait de tout cœur ne pas se tromper.
Enfin le soufre… Odeur de son enfance, des grands cachots du Manoir Rosier. Odeur des sous-bois, lorsque sa terrifiante grand-mère, qu'elle n'avait connu que peu d'années avant son décès, l'entraînait de sa main sèche préparer des rituels. Odeur du cabinet tenu sous clef de feu son oncle Evan Rosier. Cabinet impénétrable et dans lequel elle avait pourtant passé une partie de son enfance. Cet oncle qu'elle haïssait, dont elle avait honte de la parentèle, et que pourtant elle adorait, qu'elle aimait car elle ne l'avait connu, qu'elle respectait de cette obligation due aux morts… Odeur de la terreur lorsque sa tante avait découvert son incursion, et qu'elle l'avait tenue enfermée dans la pièce étroite des jours durant. Odeur des découvertes atroces qu'elle avait faites sur les pratiques des mages noirs, de sa famille et des mangemorts qu'elle avait tant entendu glorifier. Peur de l'odeur.
Aussi, lorsqu'elle avait reconnu cette odeur, prégnante derrière la porte mystérieuse du département des mystères, elle avait senti sa gorge se resserrer, ses membres se mettre irrésistiblement à grelotter. Ellery n'avait pas compris cette peur, il avait tenté de la raisonner. En vain. Elle voulait sortir, elle voulait partir, elle ne se sentait pas bien. Inquiète, fatiguée, hantée par ses souvenirs et honteuse de perdre ses moyens devant le magistrat qui la couvait d'un regard inquiet, angoissée par la salle des cerveaux qui se trouvait dans son dos, elle était restée figée, la poignée de la porte à présent ouverte dans la main. Elle s'était sentie blêmir. Pas de nouveau, elle ne voulait pas de cette odeur étouffante et macabre. Ne pouvant faire demi-tour à présent que la porte était ouverte, elle en avait aperçu une autre au bout du couloir qu'elle dévoilait. Évitant soigneusement de respirer, de se tourner vers Willehm qui ne comprenait rien à sa conduite, elle avait marché d'un pas raide vers la porte. Elle lui avait résisté. Se sentant étouffer, perdre pied dans ce grand bond arrière vers son enfance, elle avait sorti sa baguette. Elle sentait qu'elle n'avait plus une entière maîtrise d'elle-même, et son cœur avait manqué un battement lorsque ses lèvres avaient psalmodié presque machinalement un sort de magie noire. La porte s'était ouverte dans un craquement sinistre, son battant enveloppé de volutes noires.
.- Jane ?
La voix de Willehm avait retenti dans son dos, choquée. Jenny avait relevé les yeux. Elle savait qu'il se tenait à quelques mètres d'elle, figé, stupéfait. Elle n'avait osé croiser son regard. Elle venait d'émietter la belle image qu'il se faisait d'elle, elle n'était pas la « Jenny » qu'elle s'était efforcée de devenir. Il avait raison en s'obstinant à l'appeler par son nom de baptême, elle était bien « Jane Rosier », quoi qu'elle fasse, Jane n'était pas morte. Le « Rosier » de son nom de famille non plus. Elle sentait bien alors qu'elle perdait ses moyens, qu'elle le regretterait. Elle s'était détournée et avait avancé vers la porte. Une volée de marches de facture ancienne s'était dévoilée sous ses yeux. Sans plus hésiter, elle s'était mise à descendre.
Jenny avala encore une gorgée d'eau. Sa gorge était sèche et douloureuse, elle la sentait se nouer alors que sous ses yeux, la vision des bouleaux qui valsaient sous la tempête se brouillait. Elle alla vers son trench, posé sur une des chaises de la cuisine, encore humide. Posant son verre sur la table, elle se pencha et fouilla une des poches. Elle en sortit une feuille, pliée en quatre. Elle la défroissa avec lenteur, passant le plat de ses mains sur le papier.
La salle dans laquelle elle était parvenue… C'était la salle d'audience spéciale. Tout le monde la connaissait, peu y avaient pénétré. Jenny avait senti son cœur s'affoler à la vue de ces gradins austères, de cette pierraille moyenâgeuse garnie d'estrapades rouillées, de ce plafond invisible et surtout de ce fauteuil à chaînes qui trônait sinistrement au centre. C'était là que le Magenmagot se réunissait pour les commissions extraordinaires, et non pas au Département de Justice comme c'était le cas pour les affaires courantes. C'était là qu'avaient été jugés les Mangemorts.
La salle était froide, sévère. Elle n'y était jamais entrée ; le peu qu'elle en savait provenait des journaux qui avaient suivi les procès, il y avait presque dix ans. La jeune fille ne se sentait pas bien, elle sentait encore les effets nocifs de la magie noire qu'elle avait utilisé qui l'incitaient à en user encore. Il ne fallait pas, elle avait tout fait pour ne pas que cela recommence. Elle ne devait pas laisser une mauvaise passe tout gâcher. Alors elle s'était avancée, avait contourné les gradins, évitant soigneusement de s'approcher du fauteuil. Il n'y avait presque pas de lumière, et tout ce qu'elle parvenait à distinguer des lieux était la silhouette plus foncée d'objets qui se détachaient dans le gris de l'endroit. Deux torches incroyablement haut placées servaient de veilleuses. Alors qu'elle grimpait sur le plus haut gradin, à l'opposé des larges portes de bois noircies par les ans et serties de multiples verrous, elle avait aperçu un livre. Rien d'autre ne l'entourait, c'était juste un livre, âgé et volumineux, posé là. Retenant son souffle, elle s'en était approchée. C'était l'historique des procès tenus dans le lieu, des procès d'exception dans des cas de remous majeurs dans le monde des sorciers. Sa main avait hésité un instant, puis avait tourné les pages sans que rien ne se produise, sans que le livre ne lui échappe ni lui hurle de le lâcher. Le livre se laissait faire, il était disposé là pour être vu. Alors elle l'avait lu, encore et encore. Puis une page avait retenu son attention. Elle en était alors au compte-rendu des divers procès de mangemorts ayant eu lieu à la suite de la seconde guerre contre Voldemort. Mais alors du bruit s'était fait entendre, et elle avait entraperçu des torches filtrer sous les portes face à elle. D'un geste vif, elle avait déchiré la feuille, rouvert le recueil à la page où elle l'avait trouvé, puis s'en était allée. Lorsqu'elle était remontée, le cœur battant, le souffle court, Willehm n'était plus dans le couloir, ni dans la salle des cerveaux. Ni ailleurs.
Jenny déglutit. Elle n'aurait pas dû perdre le contrôle, et encore moins ne pas s'en expliquer. Willehm Ellery n'aimait pas les mages noirs, c'était un homme juste, droit et honnête. Et elle avait laissé son sang de Rosier remonter en elle, balayer d'une formule la rigueur qu'elle s'était appliquée à elle-même. Son cœur la lançait insidieusement, de même que sa raison et ses membres. Elle n'arrivait pas à dormir, trop de choses tournoyaient en elle. Et alors qu'elle s'était promis d'attendre d'être avec les autres avant de se replonger dans l'affaire Malefoy, elle lut une nouvelle fois le papier.
Acte signé par l'ensemble du Mangenmagot, le 2 juin 2003Abandon des poursuites judiciaires à l'encontre de Drago, et de l'ensemble de sa famille n'ayant pas encore été mise à l'examen, ainsi que sa descendance.
Je, soussigné, Amos Diggory, Ministre de la Magie, abandonne les charges tenues à l'encontre de l'ensemble de la famille Malefoy. Le procès précédemment mené est reconnu comme nul. Ci-dessous, les clauses qui seront appliquées :
- Retrait des charges à l'encontre de Drago. Accusation de meurtre non valable.
- Relaxation quant au délit de complicité.
- Des amendes, décidées par le Ministre, seront infligées à la famille Malefoy et redistribuées à différentes associations magiques de Grande-Bretagne.
(cf. Les orphelins du Phénix, le dispensaire de Ste Mangouste, le laboratoire de recherches en médicomagie Bézoard, fonds et financements du collège de magie et de sorcellerie Poudlard)
- Retrait de la demande d'appel de M. Malefoy Lucius. Trente années d'emprisonnement à purger.
- Retrait des accusations de complicité à l'encontre de Mrs. Malefoy Narcissa.
- Relaxation des charges pouvant incomber à Mrs. Malefoy Astoria.
De plus, les fonctions publiques ayant été retirées à la famille lui seront restituées.
NB : Examen du cas du meurtre de M. Fitzroy Yaxley par M. Drago Malefoy : accident, aucune charge ne peut être retenue à l'encontre de l'accusé.
oOo
Ce fut la chaleur du soleil contre sa peau qui réveilla Hermione. S'éveillant avec peine, elle reconnut sans diificulté un corps tiède qui la couvait tendrement, des bras fermement enserrés autour de sa taille. Laissant ses lèvres s'écarter en un sourire de plaisir, elle papillonna des yeux. Au-dessus d'elle le dôme de verre du grenier de l'hôtel particulier de Malefoy laissait voir un ciel d'un bleu presque azuréen, vide de tout nuage. Le soleil, qui ne commençait qu'à apparaître à la limite de cette fenêtre sur le ciel anglais, s'était débarrassé de la traîne de grisaille qu'il semblait avoir adopté depuis de trop long mois. L'hiver commençait à prendre fin, et la promesse de beaux jours à venir était des plus délicieuses.
La jeune femme roula sur le côté, savourant la caresse des bras qui glissaient sur ses hanches. Face à elle, un torse pâle se soulevait régulièrement, sous l'effet d'une respiration paisible. Détournant son regard du drap qui les réunissait comme une même personne, Hermione releva les yeux vers le visage de Malefoy. Ses cheveux d'habitude impeccablement coiffés étaient froissés autour de son visage, légèrement ondulés à cause de la pluie de la veille. Leur blondeur faisait écho à celle de ses cils, longs, qui ourlaient ses paupières fermées. Son visage détendu et dénué de cet aspect toujours si dédaigneux et emprunté qu'il affichait en permanence lui conférait une vulnérabilité nouvelle. Sa peau même, les légères pointes d'une barbe qui apparaissait sur ses joues permettaient à Hermione de le percevoir sous un jour nouveau. Il était beau. Oh, cela bien sûr qu'elle le savait, c'était même une évidence, mais la beauté qu'elle percevait là n'était pas seulement celle d'une façade. C'était celle d'une personne qui se livrait entière, sans défense, sans séparer encore et toujours son être de son paraître.
Soudain, deux orbes gris s'ouvrirent dans le visage qu'elle contemplait. Vif comme un chat, Malefoy la fit rouler sous lui, encadrant son visage de ses coudes qui s'enfoncèrent dans les coussins. Son visage était rieur, joyeux, et Hermione crut même percevoir une lueur briller dans son regard alors qu'elle éclatait d'un rire surpris.
.- Bonjour Granger.
.- Malefoy, sourit-elle gaiement.
.- Bien dormi ?
Son ton était taquin.
.- Disons que je n'ai pas de réclamations à faire.
.- Bien.
.- Très bien. Et toi Malefoy, bien dormi ?
.- Le mieux du monde, dit-il doucement.
Ils se fixèrent quelques instants. Dans le contre-jour, les cheveux de Malefoy semblaient faits d'or et lui conféraient un air ironiquement angélique. Lui observait non sans plaisir la jeune femme abandonnée dans ses bras. Le drap ne la couvrait que jusqu'aux hanches et ses seins s'épanouissaient telles deux fleurs rosées. Ses cheveux épars et fous respiraient de sensualité. Merlin qu'il l'avait voulue, qu'il l'avait, bien à ses dépends, désirée.
.- Je…
.- Malefoy, commença-t-elle au même moment.
.- Granger, ironisa-t-il, haussant les sourcils avec sarcasme.
Hermione leva les yeux au ciel. Le Malefoy qu'elle connaissait était de retour.
.- Que fait-on ?
.- Hum … Dure question, badina-t-il. Je ne sais pas, pour le petit-déjeuner, je crois pouvoir nous faire des œufs au plat. Sinon, une balade au parc, ça te dit ? Vu le temps qu'il fait …
.- Malefoy !
.- Granger ?..
.- Tu m'agaces.
Le jeune homme rit légèrement et se laissa retomber sur le large matelas, entraînant Hermione qui se retrouva à son tour au-dessus de lui. Elle fronçait les sourcils, de son air si caractéristique de Miss Je-sais-tout, de Granger en somme. Une légère fossette apparut sur la joue droite de Malefoy.
.- Sérieusement ?
.- Bien sûr, sérieusement.
.- Envie d'être sérieuse ? C'est un peu trop tard, non, Granger ?
.- … Drago Malefoy tu n'es qu'une épouvantable vermine.
.- Tu me sembles fatiguée, je te connais un répertoire beaucoup plus ample et varié d'injures.
.- La faute à qui ? répliqua-t-elle, retenant un sourire en se mordant la lèvre.
.- Joueuse ?
Elle s'écarta et s'assit au milieu des coussins dérangés, remontant le drap sur se poitrine. Baignant dans la lumière de cette matinée ensoleillée, elle semblait d'autant plus désirable. Drago se redressa et s'assit dans son dos, passant ses bras autour de son corps féminin, collant son buste contre sa peau tiède, ses lèvres effleurant sa nuque dégagée.
.- Que fait-on, Drago ?
.- Tu as l'art de poser les bonnes questions.
.- Il paraît, accorda-t-elle. C'est une de mes réputations. Alors ?
.- Que veux-tu ?
.- Je ne sais pas si je suis déjà capable de vouloir… Je… J'ai besoin de toi.
Elle se détourna et lui fit face, le visage légèrement tendu. Elle semblait surprise par ses propres propos et appréhendait la réponse de Malefoy.
.- Hermione…
.- Ne dis rien, je raconte des choses qui me dépassent vraiment. Franchement, tu peux imaginer quoi que ce soit pour nous ?
.- J'aimerais. Mais je suis comme toi, je n'y arrive pas.
.- J'ai ma famille, toi la tienne, mes soucis, toi les tiens. Chacun a des enfants. Et nos cercles se détestent et …
.- Et nous sommes nous. Attends un peu, Hermione Granger et Drago Malefoy en couple ? énonça le jeune homme d'un air dubitatif.
.- Hum. Plutôt anti-cosmique comme concept, rit Hermione.
Ils se regardèrent quelques instants puis Drago resserra ses bras autour d'Hermione. Doucement, il embrassa ses lèvres, et elle se laissa faire sans plus aucune résistance, répondant avec légèreté. Elle passa ses mains derrière sa nuque, dans ses cheveux qu'elle ne se lassait pas de caresser. Ils se séparèrent péniblement, gardant leurs fronts collés l'un contre l'autre, leurs yeux espiègles se fixant.
.- Par Morgane, qu'est-ce qu'on a fait ? murmura Hermione.
.- On a… Écrit notre histoire, suggéra Drago.
.- Mais encore ?
.- On a défié la grande Histoire, celle à laquelle on aurait du se tenir. On a emprunté des chemins de traverse, et on s'est rencontré.
.- On ne s'est pas rencontré, on se connaissait déjà, remarqua Hermione.
Drago fronça légèrement les sourcils et se laissa retomber sur le matelas. Son amante le rejoignit, l'invitant à lui répondre.
.- C'était peut-être écrit, alors.
.- Peut-être. Mais que fait-on ?
.- Je… Je veux continuer de te voir. Mais je ne vois pas ce que nous pourrions être…
.- Pas de promesses, le coupa Hermione. Pas de promesse, pas de statut, pas de problème, juste nous, quand on le pourra.
Elle le fixait d'un air résolu, ses yeux à une dizaine de centimètres des siens.
.- Pas de promesses, répéta Drago. Ça me va.
Il considéra cette nouvelle donne. C'était la solution la plus simple, il le savait. Mais il ne pouvait s'empêcher d'en vouloir plus… Un Malefoy voulait toujours plus, il le savait, et il ne pouvait s'empêcher d'être indécis quant à cette décision qui ne lui assurerait pas une pleine prise sur la jeune femme. Malgré tout, voyant son air apaisé, il répéta :
.- Pas de promesses.
Il passa son pouce contre la joue d'Hermione, se gorgeant de ses yeux chocolat qui l'enveloppaient de chaleur. Avec une tendresse presque nouvelle, il saisit une des mèches bouclées de la jeune femme, et alors que le sourire de celle-ci s'agrandissait, il la replaça derrière son oreille.
oOo
Lettre de Jane Rosier à Hermione Weasley-GrangerCovent Garden, Londres, le 1er mars 2013
Hermione,
Bon sang de Gobelin, où étais-tu hier soir ? Je me suis fait un sang d'encre. Bref, donne-moi vite un signe de vie sinon je cours au Département des aurors prévenir ton ami Potter de ta disparition. Tu as intérêt à répondre, vite.
Merlin, merlin, merlin, je sors d'une nuit blanche, il faut que tu passes chez moi. Ou plutôt chez Florian Fortarôme, qu'on se prenne une glace, je n'ai que trop vu les murs de ce foutu appartement. Il faut que je te parle, d'urgence. D'une, lors de notre incursion tu sais où, Willehm et moi avons découvert des choses – d'ailleurs, lui-même n'est pas au courant … De deux, j'ai comme l'impression d'avoir un peu déconné. Pas qu'un peu en fait.
J'ai besoin de te voir, donc où que tu sois et à moins que ta vie ne soit en jeu, réponds-moi.
Jenny.
Lettre d'Hermione Granger à Jane Rosier7, Hampton's court, Londres, le 1er mars 2013
Jen',
Comme tu vois, je ne lésine pas à te répondre – tu auras reconnu l'adresse. Oui, non, laisse tes esprits où ils sont, je t'expliquerai tout. C'est d'ailleurs la raison de mon absence, hier soir… Mille excuses, vraiment.
Sinon, tes propos m'alertent. Bien entendu, je te rejoindrais, disons à 14 heures. Par Morgane, que s'est-il passé, Jenny ? Qu'as-tu découvert, ou qu'as-tu fait ?… Je commence à m'inquiéter. Bon, on se voit tout à l'heure.
Je t'embrasse fort,
Hermione.
oOo
Neil Dodge observait la Tamise couler d'un air absent. Il était nerveux. Viendrait-elle vraiment ? Réellement ? Ou s'amusait-elle encore à le torturer ? Pourtant, il lui semblait s'être suffisamment amendé. Quoi que le souvenir de ce qu'il avait provoqué ne cessât pas de le harceler, malgré les années. Sortant un mouchoir de tissu de la poche de son veston, il s'essuya le front. Il faisait chaud, une chaleur étonnante et accablante, comme seul le printemps savait la créer. Les remous du long fleuve anglais avaient troqué leurs éclats métalliques pour des reflets plus bleutés et une humeur festive flottait dans l'air, qu'il était trop anxieux pour partager. Les robes plus courtes revenaient, et des gilets remplaçaient les lourds manteaux. Quelques fleurs d'une blancheur virginale avaient timidement éclos dans les arbres qui bordaient les eaux, et le vent fleurait bon leurs odeurs sucrées.
.- Neil ?
La voix, douce mais fébrile, le fit tressaillir. Il ne se retourna pas, et se contenta de répondre avec espoir :
.- Tu es venue.
.- Je te l'avais écrit.
.- Je sais, mais tu comprendras que j'ai pu en douter.
Malgré le reproche, la voix de l'Américain était chaude. Il se tourna et apprécia la vue d'une de ses plus anciennes amies, avec laquelle il avait grandi. Celle dont il avait perdu la grâce il y avait près de dix années. Astoria était bien là, revêtue d'une capeline à la coupe élégante. À l'instar des autres femmes, ses jambes n'étaient recouvertes que jusqu'au liseré d'une robe qui s'arrêtait à l'orée de ses genoux. D'élégantes bottines de daim ornaient ses pieds. Il croisa son regard vert pâle, couleur de jade. Ses cheveux d'un blond vénitien étaient ramenés en un chignon lâche. Elle ressemblait à une poupée, fragile et délicate. Elle avait toujours été ainsi, une fillette gracieuse, une adolescente séduisante, une jeune femme fascinante. Pourtant, quelques marques de la vie l'avaient nuancée, et lui apposaient des touches qui, si l'on était attentif, témoignaient d'une résistance durement menée.
Elle le rejoignit, lui offrant un léger sourire, et alla s'accouder comme lui à la balustrade de ferraille qui les séparait des eaux.
.- J'aime bien cet endroit, murmura-t-elle.
.- Je sais. Je n'ai pas oublié que c'est là que tu m'accueillais chaque été quand je venais te voir.
.- Le point de chute du Port-au-loin, c'est vrai, sourit-elle. Et après, nous faisions un pique-nique sous les bouleaux, un peu plus loin.
.- C'est cela. Et Daphné râlait car elle avait horreur des pique-niques, de devoir s'asseoir dans l'herbe.
.- Tu es mauvaise langue, tu n'as jamais beaucoup aimé Daphné, pointa la blonde.
.- C'est vrai, admit Neil.
Ils perdirent quelques instants leur regard dans l'ondoiement des eaux et des arbres qui les surplombaient, dans le miroitement des rayons de soleil sur la surface bleutée.
.- Alors, tu t'en vas ?
.- Je pense.
.- Tu penses ?
.- Puisque tu as accepté de me revoir, j'ai comme trouvé une bonne raison de rester.
.- Neil… Je me disais bien que je faisais une énorme erreur en te répondant.
Astoria avait baissé les yeux et regardait obstinément les quais qui se trouvaient sous elle. Des mèches de cheveux cachaient son visage. Timidement, vaguement gêné par sa hardiesse, Neil avança sa main vers la sienne et l'enveloppa. Elle lui jeta un regard en biais.
.- Tu dois te douter de l'état dans lequel je suis.
.- Bien sûr. Je suis désolé, je ne veux pas t'importuner. Tu sais que je n'ai jamais su m'embarrasser de toutes ces conventions, comme vous autres Anglais.
.- Cela n'a rien à voir.
La jeune femme se redressa et son cousin lui offrit son bras. Après une hésitation, elle l'accepta, et ils se mirent à marcher paisiblement, gagnant la jetée qui se trouvait un peu plus loin.
.- Au fait Neil, comment va Maddy ?
.- Ma sœur ? Bien, enfin, je crois. Je ne l'ai guère vue depuis son mariage.
.- Elle s'est mariée ?
.- Oui, mais c'est normal que tu ne sois pas au courant, c'était discret. Avec un sorcier Argentin, un peu dilettante selon moi, un Salama.
.- Bien. Et comment va ton amie, tu sais ? Lilias, si je me souviens bien.
.- Nous ne sommes plus ensemble. Elle a fait une fausse-couche, et nous n'avons pas réussi à maintenir notre couple après cela.
Astoria s'arrêta. Elle avait pincé ses lèvres et regardait droit devant elle. Bien entendu, ce que lui avait dit Neil n'était pas anodin pour elle, mais elle n'aurait pas souhaité qu'il le lui cache. Elle joua quelques instants avec la boucle de son sac et tourna son regard vers Neil. Ses cheveux voletaient autour de son visage dans la brise presque marine de cette embouchure de fleuve.
.- Tu sais Neil, je t'ai menti.
.- Pardon ?
.- Drago et moi ne sommes en aucun cas parfaitement heureux. Nous allons nous séparer, d'ailleurs.
.- Je suis désolé, Astoria, bredouilla le brun.
.- Non tu ne l'es pas. Mais peu importe, je crois que je te dois cette vérité.
Neil ne savait pas quoi répondre. Il la sentait affligée, fragile, et il se sentait effectivement désolé. Il n'aimait pas la voir comme cela. De plus, l'entendre parler de Lilias, l'autre femme de sa vie, ne l'avait pas que peu remué. Il se tenait, gauche, et attendait que la jeune femme reprenne la parole. Celle-ci jeta un coup d'œil à sa montre.
.- Je dois aller chercher Scorpius. Je suis désolée d'écourter notre rencontre Neil.
.- Ne t'en fais pas.
.- Si… S'il t'arrivait de changer d'avis et de vouloir rester en Angleterre…
Astoria baissa les yeux, puis les releva prestement pour les planter dans ceux de l'Américain.
.- N'oublie pas que tu me dois des nouvelles de ma famille d'outre-Atlantique.
.- Des nouvelles…
.- Oui.
.- Je t'en donnerai, déclara Neil, un peu vivement.
.- Bien.
Les yeux verts se plissèrent dans un sourire presque chaleureux, pas tout à fait, mais cela s'en approchait et Neil se sentit plus heureux qu'il ne l'avait été depuis longtemps.
oOo
Le Chemin de Traverse retrouvait ses couleurs des beaux jours. Une foule de sorciers de tous âges s'y pressait, et c'était comme si une marée de chapeaux pointus envahissait la rue tortueuse. Dans leurs cages, les hiboux hululaient tandis que les enfants sorciers pressaient leurs visages contre les magasins d'équipement de Quidditch. Plusieurs vendeurs à la sauvette proposaient maints artefacts magiques et de vieilles sorcières vantaient les mérites de leurs potions faites maison. Au milieu de cette masse, une jeune femme brune et un homme blond marchaient, échangeant de nombreux regards mais respectant comme une distance tacite entre eux. Hermione se sentait fébrile car Drago avait tenu à l'accompagner sur le Chemin, précisant qu'il avait lui-même des affaires à y traiter. Pourtant, chacun des regards qu'il lui lançait était comme autant d'invitations délicieuses. Le jeune homme prenait un malin plaisir à profiter des remous de la foule pour effleurer la main de sa compagne, la laisser passer en frôlant ses hanches. Elle lui répondait par des regards vindicatifs, mais peinait à cacher le plaisir que ce jeu de cache-cache lui procurait.
.- Je crois que tu es arrivée Granger, remarqua Drago, d'une voix des plus ordinaire.
.- En effet, admit Hermione en reconnaissant Jenny à la terrasse, la jeune femme ouvrant des yeux ébahis à la vue du couple qui faisait semblant de ne point en être un.
Se poussant pour laisser passer une famille nombreuse, le jeune homme pressa légèrement la taille d'Hermione. Elle se tendit, le regard aux aguets, mais personne ne semblait remarquer les deux personnes qui étaient aux yeux de tous simplement en train de marcher ensemble.
.- J'ai envie de t'embrasser, chuchota Malefoy.
.- Merci de m'avoir raccompagnée, Malefoy, répondit Hermione à voix haute, prenant le ton qui était convenu entre eux.
.- Tout le plaisir est pour moi Granger. Avoir un surplus de temps pour t'embêter, penses-tu…
.- Tu l'as bien employé, il me semble ?
Hermione haussa les sourcils vers Malefoy, qui lui répondit avec un sourire presque carnassier. Joueur, il lui tendit la main.
.- Je ne te retiens pas plus Granger.
Méfiante, elle serra cette paume offerte, et ne put empêcher une certaine rougeur de gagner ses joues lorsqu'elle sentit un pouce lui caresser sensuellement le dos de la main, tandis que Malefoy continuait de parler avec ce ton légèrement arrogant et sarcastique qui lui était habituel.
.- J'aime toujours autant échanger quelques piques avec toi. Au plaisir de se revoir, donc.
.- Au plaisir, Malefoy, répondit Hermione, se permettant un léger sourire.
Relâchant sa main à regret, elle lui tourna le dos, et grimpa les quelques marches de la terrasse du glacier du Chemin de Traverse. Elle pouvait sentir les deux pupilles grises de sa Némésis lui vriller le dos, mais elle résista au désir de se retourner. Elle aperçut Jenny, qui l'accueillit avec un air de connivence. Son amie avait l'air fatiguée. Alors qu'elle prenait place, Hermione put voir Malefoy lui adresser un dernier signe de tête, un sourire sardonique aux lèvres, puis se détourner et partir dans la foule. Elle croisa le regard malicieux de Jenny.
.- Alors ? demanda la jeune femme.
.- Alors quoi ?
.- Tout. Malefoy, toi, ces airs de ne pas y toucher qui ne prennent pas si on est un tant soit peu dans la confidence.
.- Ça … sourit Hermione. Eh bien…
.- Raconte-moi donc, que je sache exactement ce qui a fait que tu m'as plantée, hier. En plus j'ai bien des raisons d'avoir des doutes, avec Malefoy qui était passé au bureau plus tôt dans l'après-midi.
.- Je l'ai bien vu après.
.- Et donc ?
La voix de Jenny était enjouée.
.- Nous nous sommes disputés. Du genre une grosse altercation, pas juste des piques, mais vraiment quelque chose plein de méchancetés et de ressentiments. Une belle dispute, déclara Hermione, prenant un air fataliste.
.- Quoi ?!
Jenny se repoussa dans sa chaise, l'air atterré. Ses sourcils châtains formaient un accent circonflexe sur son front, elle paraissait perplexe face aux propos de son amie. Profitant de ce qu'un serveur venait, elles passèrent leur commande, avant de se retrouver de nouveau toutes les deux.
.- Vous vous êtes disputés, répéta Jenny, désespérée de voir son amie si calme.
.- Oui.
.- Et c'est tout ? Hermione, enfin !
.- Nous nous sommes embrassés, puis nous avons passé la nuit ensemble, avoua Hermione d'une traite.
.- Oui, et après vous avez joué au Quidditch. Hermione Granger, dis-moi donc ce que vous avez fait, c'est quoi cette fichue histoire de dispute ? bougonna son amie.
À ces mots, Hermione éclata de rire. La mine effarée de son amie ne fit que renforcer le sentiment d'incongruité qui se dégageait de la situation.
.- Je te dis la vérité, Jen' !
.- Pardon ? Tu veux dire que vous vous êtes disputés, d'une dispute du même ordre que celles que vous aviez à Poudlard, puis que vous vous êtes embrassés, puis que … Oh Merlin…
.- Oui.
.- Oh Merlin, Salazar, Morgane…
.- Jane Rosier, cesse de jurer de la sorte.
.- Hermione, c'est formidable !
.- Tu es sûre que tu n'en fais pas trop ?
.- Que je…. Mais non, absolument pas.
L'arrivée du serveur avec leurs premières glaces de l'année l'interrompit quelques instants, avant qu'elle ne reprenne de plus belle.
.- Comment te sens-tu, alors ?
.- Moi ? Bien, merveilleusement bien. Toujours perdue, bien sûr, mais j'ai l'impression que ce n'est plus aussi grave.
.- Oh, Hermione, je suis ravie, vraiment. Ça fait du bien de te l'entendre dire. Combien de fois ne t'ais-je pas dit qu'il y avait quelque chose à explorer entre Malefoy et toi.
.- Je pense que tu avais raison, il y a définitivement quelque chose. Quand bien même hier n'aurait pas existé, je n'aurais pu lui rester insensible.
.- Bien, tu progresses, ironisa Jenny.
.- Très drôle.
.- Et, alors ? Vous êtes en couple ?
.- Non.
.- Pardon ?
.- Non, nous ne sommes pas … en couple. Nous sommes plus ou moins ensemble, comme… Un couple libre en quelques sortes. Nous avons décidé qu'aucune promesse ne nous lierait.
.- Hermione !
.- Jenny, n'insiste pas, tu ne pourras pas me faire changer d'avis. Certes il y a quelque chose entre nous, mais nous ne sommes pas amoureux ou quoi que ce soit qui s'en approcherait. Juste… Je ne sais pas. Nous ne savons pas. Alors c'est plus simple de laisser évoluer les choses, de voir où cela nous mène, sans promesse pour nous entraver.
Jenny haussa les épaules et se concentra sur sa glace. Hermione remarqua rapidement qu'elle semblait préoccupée. Prenant un ton plus doux, elle recommença à parler.
.- Et toi, Jen', pourquoi voulais-tu me voir ?
Le regard trouble que son amie lui renvoya l'alarma. La jeune Rosier commença placidement à parler, d'une voix basse, lui contant ses mésaventures de la veille au Département des Mystères, de quelle manière le passé dont elle avait tenté de se défaire l'avait prise de court, le regard accusateur de Willehm… La peur qui avait ressurgi en elle et qui lui tenaillait le ventre. Et enfin, elle déplia doucement la page du vieux manuscrit de la salle d'audience, dont l'écriture en lignes busquées se déroulait devant leurs yeux. Voyant la main de son amie trembler, Hermione s'aperçut qu'elle avait les larmes aux yeux. Prise d'un élan d'affection pour celle à qui elle confiait presque tout, elle l'enlaça et la pressa contre elle jusqu'à ce que la jeune femme se ressaisisse, ce qui ne se fit guère attendre, Jane n'aimant pas s'apitoyer. Elle épongea ses yeux avec un mouchoir de papier et tenta bravement un sourire.
.- Ça ira Hermione, vraiment. C'est gentil de me consoler.
.- Ne dit pas de bêtises, c'est normal.
.- C'est juste… C'est d'un frustrant de se sentir à ce point dépassée. Surtout lorsque l'on songeait que c'était derrière nous. Mais ça ira, un moment de faiblesse, rien de grave.
.- Tu peux te laisser aller.
.- Je ne veux pas. Ce n'est jamais bien agréable.
.- Je te l'accorde.
Une sorte de connivence les liait. Le mal-être, toutes deux le connaissaient bien, c'était comme un vieil ami encombrant et pénible, mais fidèle compagnon. Hermione jeta un coup d'œil au papier, puis écarquilla les yeux à la lecture des premiers mots et le parcourut attentivement. Lorsqu'elle l'eut fini, elle resta quelques instants pensive.
.- Yaxley… Voilà le nom qui manquait à notre tableau. Le mort.
.- Oui, ce serait celui que… Celui que Malefoy aurait peut-être tué, meurtre dont on l'aurait excusé s'il gardait le secret sur ce qui est arrivé à Lucius.
.- Oui.
Hermione garda le silence. Sa nouvelle position par rapport à Drago Malefoy la rendait quelque peu mal-à-l'aise par rapport à cette enquête. Elle sentait des scrupules naître en elle, qui ne feraient que lui faire obstacle. Mais après tout… Pas de promesses. Elle n'avait pas envie d'en faire un cas de conscience, du moins pas tant qu'elle n'en saurait pas plus. Sa curiosité ne tarda pas à l'emporter.
.- Bien, quels sont les liens de Yaxley avec notre histoire ?
.- Mangemort, fils de Mangemort. N'a pas été tué à la Grande Bataille et a disparu après la défaite de Voldemort. Jamais jugé. Il est recensé comme étant mort le 30 mai 2003, mais il n'y a pas d'explication quant à la cause du décès. Et oui, j'ai fait des recherches à mes heures perdues durant ma nuit blanche, ajouta Jenny pour répondre au regard intrigué de son amie.
.- Intéressant.
.- Oui. Il était dans le cercle de Voldemort, le premier cercle le noyau dur. C'était l'un de ses fidèles, donc penses-tu. Jamais arrêté non plus, il travaillait même au Ministère. Lié à Lucius, également. Ses relations avec Malefoy Junior me semblent plus difficiles à établir, je suppose qu'ils se connaissaient par l'intermédiaire du père.
.- Et donc, Drago serait accusé de l'avoir tué ? Placé en parallèle de la disparition de Lucius, seul facteur commun entre eux deux, Voldemort mis à part, il y a comme une logique dans cette histoire. Il faudrait encore trouver pourquoi Drago aurait voulu tuer Yaxley, à moins que ce ne soit lui qui l'ait attaqué…
.- Pas faux, comme raisonnement.
.- Et que fait-on de la fausse couche d'Astoria ? Du départ de Neil ?
.- Écris-lui… À Neil. Vous vous entendez bien, et je suis sûre qu'il ne cherche qu'un seul prétexte pour demeurer encore en Angleterre.
.- Sans doute, mais j'ai peur qu'il ne soit déjà parti…
.- Essaie, au moins.
Hermione prit un peu de glace et laissa son esprit divaguer. Ce qu'avait trouvé Jenny était d'un intérêt majeur ; cela ne se trouvait pas dans les registres officiels mais seulement dans un ouvrage que quelques initiés pouvaient consulter. Pourtant elle avait le sentiment que le Département des mystères ne lui avait pas délivré tous ses secrets. Il faudrait qu'elle y retourne, seule peut-être. Elle se doutait que Jenny serait sans doute effrayée par l'idée d'une troisième incursion, vu le désastre des deux précédentes. Quant à Willehm…
.- Willehm n'est pas au courant ?
.- Non. Je n'ai même pas osé lui écrire.
.- Penses-tu pouvoir le faire ou veux-tu que je m'en charge ? Je ne veux pas l'écarter de l'enquête, en plus il doit savoir certaines choses sur Yaxley. Et il fréquentait les Malefoy avant la disparition de Lucius, depuis plus d'une année.
.- Je le sais bien. Je lui écrirai, promis.
.- Bien. Et toi, ça va ?
.- Oui.
.- Willehm comprendra. Il a dû être surpris, c'est tout, mais comme tu le sais, c'est un homme bon. Et il a lui-même eu des torts dans sa jeunesse, il a commis des excès. Il ne sera pas celui qui te jettera pas la première pierre…
.- J'espère. Mais j'espère aussi que nos rapports ne vont pas s'en trouver faussés.
.- Je ne pense pas.
.- Ce qui m'effraie, c'est de me rendre compte que cette magie noire me tente toujours autant, que je suis si prompte à l'utiliser, et qu'elle ne me pose pas de difficulté…
La jeune fille tourna tristement sa cuillère dans sa coupe vide. Hermione ne savait guère quoi répondre, elle retrouvait bien là ce que Jenny lui avait dépeint, cette facilité à user du pire, cette éducation qui collait à la peau. Elle savait que Jenny avait été abreuvée de magie noire, trop abreuvée, et qu'elle avait failli y laisser sa peau. Elle frissonna en songeant que c'était sans doute le cas de plusieurs de ses connaissances : Pansy, Blaise … Drago. Ils étaient du même sang, de la même caste. Ils étaient tentés par la même chose, partageaient les mêmes valeurs, et étaient autant de bombes à retardement. Mais elle savait qu'on pouvait le contenir, elle voulait que cela soit possible, elle y tenait. Car si ce n'était pas le cas, c'était tout espoir pour eux qui disparaissait.
oOo
Lettre d'Harry Potter à Hermione Weasley-Granger12, Godric's Hollow, le 2 mars 2009
Ma Mione,
Je comprends que tu n'aies pas tenu à venir faire tes adieux à Ron, moi-même je ne suis resté que le temps que la décence et mon amitié exigeaient. Pour tout t'avouer, j'avais du mal à faire bonne figure, j'étais partagé entre mon ressentiment et un élan qui me poussait à profiter de la présence de mon meilleur ami. Difficile situation que de détester les actions d'une personne tout en l'adorant dans l'absolu.
J'ai reçu ta lettre et j'ai transmis à Ron le mot que tu y avais joint. Je suis certain qu'il est heureux de cette attention de ta part, mais il ne m'a rien dit à ce sujet car il désirait le lire pendant sa traversée de la Manche. Rose et Hugo sont ravis de passer quelques jours chez Molly, je pense y laisser les enfants, histoire que Ginny et moi puissions nous accorder quelques jours. Rose et Albus sont intenables ensemble, et James quant à lui alterne entre la complicité avec ses cadets et une certaine arrogance d'aîné. Une véritable tête de mule. Hugo a l'air un peu déprimé, mais tu connais Molly, elle le couve comme jamais, et lorsqu'elle n'a pas le temps, Rose la supplée gracieusement. Quant à Lily, elle n'a pas l'air de tout bien saisir, quand bien même Ron et toi n'êtes pas ses parents, c'est pour elle un bouleversement de vous voir vous séparer. Enfin, son caractère joyeux ne devrait pas trop en souffrir. Si tu as besoin de notre aide pour t'organiser avec les enfants et ta nouvelle situation, ou si tu as simplement besoin d'une oreille ou d'une épaule, tu sais ou nous trouver. De toute façon, compte sur moi pour continuer de t'harceler au Ministère. Et je crois que ton amie Jane t'entoure bien elle aussi.
En tout cas tiens bon ma Mione, je pense à toi. Viens faire un tour au quartier des Aurors un de ces quatre, Kingsley serait ravi de te voir. Je crois qu'il envisage très sérieusement la possibilité d'investir les fonctions de ministre. Ce serait une bonne chose, non ? Il te transmet ses amitiés. Il m'a chargé de te dire, quoique je n'en ai pas tout saisi, que tu devrais parler à Narcissa Malefoy. Drôle d'idée, non ? J'espère que tu n'as pas trop à fréquenter cette famille.
Je laisse ma plume à Ginny qui veut ajouter deux mots. Prends soin de toi,
Harry
'Mione, 'Mione, 'Mione,
Je crois qu'Harry t'a déjà tout dit, il ne m'a pas laissé une miette. Malgré nos différends et la distance qui s'est malheureusement insinuée entre nous… Je tiens toujours autant à toi mon Hermione. Tu es ma meilleure amie, et tu seras toujours ma sœur, quoi qu'il advienne. Donc, n'oublie pas que je suis là, que ce soit pour rire ou pour pleurer, pour te confier ou pour chercher du réconfort.
J'espère qu'on se verra bientôt (Dimanche peut-être ? Maman compte sur toi)
Je t'embrasse
Ginny
oOo
Pansy Parkinson observait ses amis d'un regard acéré. Quatre, ils n'étaient que quatre. Blaise confortablement installé dans le large fauteuil du maître de la maisonnée, tenait à la main une cigarette dont le bout rougeoyait doucement. Sélène, sa femme, s'était installée sans plus de cérémonie sur l'avancée recouverte de coussins brodés qui longeait la fenêtre. Son élégance méditerranéenne ressortait dans le soleil, au travers de ses cheveux sombres et de sa peau hâlée. Pansy savait qu'elle aussi observait l'assemblée entre ses longs cils recourbés. Théodore, son mari, était assis à ses côtés dans un sofa, et lisait d'un œil les titres d'une gazette posée sur la table basse. Nul ne parlait. N'y tenant plus, Pansy se leva.
.- Où sont-ils ?
.- Qui donc, Pan ? demanda Théodore avec un désintérêt feint.
.- Les Malefoy. Pourquoi ne sont-ils pas là. Pourquoi ne sont-ils jamais là ces derniers temps ?
.- Tu le sais bien Pansy, trancha Blaise, la voix un peu coupante.
.- Je t'en prie Blaise, est-ce bien une raison ? Quelqu'un pourrait-il me dire quand il a vu Drago pour la dernière fois ? On ne le voit plus.
.- Moi je l'ai vu, rétorqua le noir.
.- Toi tu l'as vu, toi tu le vois toujours. Pourquoi toi ?
.- Je suis son meilleur ami.
.- Tu as toujours une longueur d'avance, ça m'exaspère. Où est passée notre solidarité, notre confiance mutuelle ? J'ai l'impression de participer à une mascarade dont je ne connais pas les règles. Je suis figurante dans une histoire inconnue.
.- Pansy, je t'en prie, calme-toi, demanda Blaise.
Elle s'arrêta devant lui et le défia du regard. Son ami releva un sourcil et tira une bouffée de sa cigarette. Ils avaient tous conscience que leur petit groupe inébranlable éclatait de toutes parts. Toutefois, seule Pansy, avec son caractère irascible, pointait l'outrage impardonnable du doigt. Les autres se taisaient, Sélène parce qu'elle n'aimait guère s'insérer dans les querelles intestines de ceux qui étaient devenus ses amis, Théodore, car il était d'un caractère impassible et qu'il aimait voir les choses se dérouler sans l'heurter. Mais Blaise… Blaise savait, elle en était sûre. Et ce qui la rendait folle de rage, c'est qu'au tout début, ç'avait été Drago, Blaise et elle, mais à présent, elle savait qu'elle était reléguée au second plan. Et cela la blessait.
.- D'accord, soit, pas de nouvelles de Drago. Il se sépare de sa femme, puis il part à l'autre bout du monde pour son travail, et pas de nouvelles, même lorsqu'il revient. Bien. Et Astoria, elle est toujours là. Alors ?
.- Alors elle vit sa vie. Elle viendra quand elle le désirera, laisse la respirer, répondit Blaise avec agacement.
.- Elle reprend contact avec Neil Dodge, d'après ce que j'ai pu comprendre, pointa Pansy.
.- Oui, répondit Sélène.
.- Elle te l'a dit ?
.- Je l'ai vue lorsque je suis allée prendre Néro, à l'école.
.- …
.- Pansy, ne prends pas cela personnellement, continua doucement la jeune femme, elle doit faire le vide. Je ne l'ai croisée que par hasard, elle a décliné toutes mes invitations. Elle a besoin de faire le point, de se recentrer.
.- Et cette histoire avec Dodge ?
.- C'est son cousin, Pansy.
.- Elle ne l'a pas vu en dix ans.
.- Les gens changent, se risqua à répondre Théodore.
Pansy lui jeta un regard furieux. Elle savait que lui aussi savait plus de choses qu'elle. Il était le meilleur ami d'Astoria, celui qui l'avait introduite dans leur cercle. Ils se ressemblaient, renfrognés et imperturbables. Gracieux lorsque l'occasion le voulait, mais désespérément solitaires.
.- Je vais faire un tour, déclara-t-elle. J'étouffe ici.
.- Pan … tenta Blaise, l'air un peu honteux.
.- C'est bon Blaise. Je vais me ressaisir, moi aussi.
Et elle quitta la pièce. Ces non-dits l'énervaient, l'exaspéraient. Elle voulait savoir comment allait Astoria, pourquoi par Salazar elle allait revoir Dodge. Elle ne pouvait s'empêcher de faire dans son esprit le rapprochement avec l'enquête qu'elle menait en parallèle de Granger, glanant des informations de-ci de-là. Dodge était parti après la disparition de Lucius, les Malefoy lui avaient gardé une rancune tenace. Et cela, alors même qu'auparavant Astoria l'adorait, trop peut-être… Et Drago qu'elle ne parvenait pas à voir. Il était étrange, trop étrange. Les rares fois où elle l'avait vu, il ne semblait pas le moins du monde malheureux. Il était toujours affairé ailleurs, elle avait l'impression qu'il s'échappait.
Elle parcourut les pièces du manoir lumineux des Zabini. Il était décoré avec goût, à l'italienne, la mère de Blaise ayant toujours mis en avant ses origines et le bon goût qu'elles laissaient supposer. Au moins Sélène n'était pas trop dépaysée. Le marbre exposait toute sa variété de teintes, les étoffes moirées chauffaient l'atmosphère et les verrières multicolores étaient de mises. Une profusion de fleurs et de plantes vertes offrait un charme exquis à la demeure. Des statues voluptueuses aux formes mouvantes alternaient avec des peintures de l'école italienne, et les scènes galantes ajoutaient à l'agrément de la maison. Pansy atteint bientôt le bureau de Blaise. Grand et lumineux, confortable, il était bien différent de la pièce austère que Drago affectionnait, ne voulant rien changer aux arrangements choisis par son père. Elle parcourut des yeux les livres, les papiers entassés, les différentes correspondances classées méthodiquement. Au loin, elle pouvait entendre les voix de ses amis, qui reprenaient leurs conversations.
C'est alors qu'elle remarqua une correspondance importante, et qu'elle y reconnut le nom de son meilleur ami, « Drago Malefoy ». Une lettre, qui ne se trouvait ni au début ni dans les plus récentes dépassait de la liasse, comme si elle avait été consultée récemment. Pansy leva la main, curieuse, puis la laissa retomber contre son corps. Elle ne pouvait pas, elle n'était pas en mesure de fouiller la correspondance de ses meilleurs amis, quoi qu'ils aient pu se dire. Elle détourna son regard et le noya dans les coteaux qui vallonnaient le paysage. Contrairement aux demeures de la plupart des sang-purs, les Zabini n'avaient pas tenu à avoir un parc si grand qu'il écarta l'idée même de voisinage, préférant disposer d'un grand nombre d'habitats. On pouvait voir de la fenêtre plusieurs cheminées fumer allègrement dans l'air encore frais, et on distinguait en contrebas des enfants qui tapaient dans une balle dans l'enceinte d'un jardin. Tout semblait si paisible, mais elle ne pouvait pas se résoudre à adopter cette même sérénité. Elle entendit la voix de Blaise résonner, et une légère rancœur s'empara d'elle. Résolument, elle releva la main et se saisit de la lettre. S'asseyant dans le fauteuil de son ami, elle la déplia : elle était datée de 1998, après la bataille finale. Pourquoi par Merlin Blaise aurait-il voulu relire une lettre aussi ancienne. Sa curiosité étant à son comble, elle s'assura que personne ne venait et la lut avidement.
Manoir Malefoy, le 1er Août 1998Blaise,
(…)
Blaise, je t'en avais parlé, n'est-ce pas? De ce trou noir, deux jours entièrement effacés de ma mémoire. Figure-toi que peu à peu les souvenirs me reviennent. On avait pris Potter et sa bande, Weasley et Granger. (…) Je vais te conter la scène de mon point de vue, car que puis-je risquer à présent? Ils étaient là, le trio de griffondor au complet, encerclés dans le grand salon du Manoir. Potter était défiguré, et je soupçonnais Granger d'avoir exercé ses talents pour ne pas qu'on le reconnaisse. On m'a alors demandé de les identifier. Et je ne voulais pas. Je sais ce que tu vas penser, que j'étais fou. Car après tout, je les hais tellement. Oui mais, il y avait un pas entre notre haine scolaire et adolescente, et cette dénonciation qui les mènerait à la mort. Je pense que je n'aurais pas hésité, en juin de notre sixième année, à acquiescer à la question que me posa mon père. Mais depuis... J'ai mûri comme qui dirait. J'ai hésité devant Dumbledore. J'ai ouvert les yeux. Et, de la même façon, j'ai hésité devant nos prisonniers. Pourtant ça n'a pas désarçonné ma tante: elle a envoyé Potter et le rouquin aux cachots, et a gardé Granger. Et l'a torturée. Au début, j'étais satisfait, cette sang de bourbe, cette erreur de la Nature, recevait enfin ce pour quoi elle était née. Pourtant... En la voyant hurler, souffrir, c'est idiot, tellement stupide... J'ai compris qu'elle n'était en fait qu'un être humain. Comme moi, comme toi. Son image brisée m'a renvoyé la mienne propre, lors des accès de colère de mon père, et plus souvent encore ces derniers temps quand le Lord s'acharnait contre notre famille. Et tu sais que je doutais un peu de la justesse de notre cause. Je sais que tu vas me désapprouver, mais j'ai lancé un sort de protection à Granger. Discrètement, de façon à ce que dans sa folie meurtrière, Bellatrix ne me remarque pas. Mais suffisamment fort pour que Granger ne meurt pas. Car je connais les sorts de ma tante, leur perfidie, elle l'aurait rendue folle, au minimum. Le Lord n'avait pas besoin de Granger, qui n'est qu'une sang de bourbe, aussi Bellatrix pouvait-elle l'éliminer. Le plus douloureusement possible. Donc, oui, j'ai sauvé Granger. Je m'en suis un peu voulu, constatant encore ma faiblesse, mais si tu savais le soulagement qui m'a envahi quand en recouvrant mes souvenirs, je me suis rendu compte qu'elle aurait pu être morte, mais qu'elle ne l'était pas. Car, laisse-moi être franc, cette fille, toute détestable qu'elle soit, aurait été une grande perte une fois morte.
La suite, tu dois t'en douter: Potter et Weasley qui débarquent avec quelques acolytes, les sorts qui fusent, leur fuite, et ma baguette dérobée. Tant mieux dans un sens, car si à ce moment-là le Lord avait trouvé l'emprunte de ma mansuétude sur ma baguette, je ne serais plus là pour te conter cette étrange anecdote. (…)
Drago
Pansy laissa tomber la lettre sur ses genoux d'une main tremblante. Elle avait l'impression de s'être pris un coup dans l'estomac qui lui faisait tourner la tête. Drago avait empêché Granger de mourir. Drago avait sauvé Granger. Drago avait volontairement sauvé la vie de Granger. Parmi toutes les personnes qu'il aurait pu sauver, ç'avait été elle. Elle porta une main à sa bouche, effarée, sa vision des choses étant en train de changer. Hermione Granger savait-elle que son ennemi l'avait sauvée ? Elle se souvenait avoir mis Granger en garde contre Drago au nouvel an, mais n'y avait guère repensé depuis. Et si… ? Cela semblait impossible, mais l'idée même que Drago ait pu sauver Granger relevait de l'impossible. Et ce fait même ouvrait la voie à tous les inimaginables, à toutes les possibilités que sa raison bouleversée peinait à accepter.
oOo
Tadaaaam !À croire que je me spécialise dans les coups de théâtre, c'est fou !
Bref, avez-vous aimé, détesté ? Adoré, abhorré ? Adulé ou haï ?
Dites-moi tout (et plus encore, commentaire, spéculations, blablatage, je suis preneuse)
Sachez que j'ai encore un chapitre de prêt dans mon ordi. Sachez aussi que, dans une semaine, j'ai mes premiers oraux du bac qui tombent. Satanééé.
Donc je promets le chapitre suivant courant juin, puis la suite…Quand j'aurais le temps d'écrire, c'est-à-dire en juillet.
Oui, oui, pas drôle, je sais. Pas drôle pour moi non plus, d'autant que j'ai bien l'histoire en tête.
Et si quelqu'un a des nouvelles de ma bêta : Queenz… Le travail est sacrément plus long sans elle (Queenz, où es-tu ?)…
Ahem.
Sur ce les gens, profitez du soleil radieux, des soirées qui se réchauffent, des (tables d'examens) cocktails de fruits, des (annales) séances de bronzages… Enjoy ! :)
Et n'oubliez pas de muscler vos doigts (si, si très important) sur votre joli mignon clavier.
La Bise à tous ! (s'il y a un malheureux garçon perdu ici, qu'il se signale, sinon je passe définitivement au féminin ;p)
Olivia