Adolescences tardives

Disclaimer: Tout à JKR, sauf les personnages sortis de mon imagination...

Pairing: HGDM, what else?

Hi there :)

Oui, je sais, je devrais aller me cacher pour éviter les jets de patates (cf. pommes de terre :D), vu mon retard abominable, monstrueux, éhonté, etc…

Mais, le chapitre est là, enfin (oui, moi non plus, je n'y croyais plus ).

Bon, tout naturellement, vous avez le droit à des explications, qui, de toute façon, ne combleront pas le retard : un été à n'être pas souvent chez moi, et pas toujours avec Internet, un déménagement à la rentrée, pour un début de vie étudiante (OMG) angoissant et excitant, des débuts en prépa également, la glorieuse Hypokhâgne bien sûr, qui ne laisse pas tellement de loisirs… Mais les fics, j'en ai besoin, j'ai besoin de ce merveilleux petit échange avec vous, de vos adorables messages qui m'enveloppent le cœur d'un baume tiède et me fendent la poire d'un sourire, qui m'encouragent à faire vivre cette histoire et ces personnages… Aussi me revoilà – crevée, entendez-le bien – mais heureuse :). Avec des chapitres sous le bras, pour ne pas vous laisser tomber ensuite pendant deux mois, car soyons lucides, je vais avoir du mal à écrire. Mais je le ferai, do not worry ;)

Et un immense merci à ma chère bêta, Queenz, qui m'ôte tout de même une part de travail et qui m'éclaire sur mes phrases alambiquées et mes confusions… Merci ma grande :)

Big Up à Capucine également, ma très chère charentaise émigrée à Strasbourg City, toute fraîche science Politicienne (oui oui, je lui jette des fleurs) pour la 400ème review. Et un merci démesuré également pour tous les revieweurs et lecteurs, as usual.

Et enfin, à la suite d'une demande fort bien pensée de Morgane 2 toi, voici un léger résumé de l'enquête, histoire que vous restiez au fait des derniers évènements :

- Hermione a découvert que Lucius Malefoy n'avait jamais paru à l'appel qu'il avait requis suite à son jugement dans le cadre des Grands Procès. Après quelques vérifications, elle découvre que Lucius n'est pas dans sa cellule d'Azkaban, et que l'arbre généalogique des Malefoy mentionne le mariage qui le lie à Narcissa Malefoy comme rompu. Nul ne semble être au courant de cette incongr Hermione uité, sauf peut-être un certain avocat, Willehm Ellery, qui avait travaillé pour les Malefoy et avait fait les frais de ce secret.

- Par ailleurs, on apprend que le Ministère exerce un certain chantage sur les Malefoy, qui se doivent de garder le silence sur l'affaire, en échange de leur blanchiment et l'abandon des charges à leur encontre. Cette découverte est suivie d'une autre des plus étonnantes : Drago Malefoy serait un meurtrier, et le nom de sa victime serait Yaxley, un ancien Mangemort et collaborateur de son père.

Je crois que c'est à peu près tout, rappelez-moi si j'oublie quelque chose ! :) Parce que forcément, à force de côtoyer la fic, il y a des choses que je ne vois plus ! Et encore, je ne résume que l'enquête, parce que les relations, entre Hermione et Drago, Astoria, Neil … Courage, fuyons xD

Bref, je vous souhaite à tous une bonne lecture, et j'espère que ça vous plaira !

Réponses aux reviews anonymes:

lou29 : Hullo ! Mercii pour ta review, et encore une fois, mille excuses pour mon infâme retard xD Sérieusement, je me veux un peu, même si je n'ai pas tellement eu l'occasion de publier ces derniers temps (emménagement, tout ça), avec un peu de bonne volonté … Enfin, à présent le chapitre arrive :D (et non je ne vous ai pas fait attendre par pur plaisir xD). En tout cas je suis contente que tu aies aimé le précédent ! Oui, on voit le retour de Ginny, on ne peut tout de même pas passer outre ce personnage ! Et elle est assez perspicace, bien plus que son grand frère, et sa meilleure amie devait lui manquer… Et – léger spoiler – elle ne lâchera rien à Harry ;) Pour les passages épistolaires, j'avoue que je me suis amusée, c'est quand même bien pratique le jeu de miroir que ça crée. Et ça permet de résumer certaines scènes qui ne valent pas la peine d'être écrites, ça fait avancer l'histoire. Bon, certes, les échanges entre Hermione et Drago sont plutôt du flirt, mais on ne va pas se plaindre, non ? :p (et oui, l'évolution des signatures n'est pas anodine) Pour Blaise et Astoria, ça éclaire un peu les autres aspects de l'histoire, d'autant que je me suis un peu centrée sur les griffons ces derniers temps, donc ça offre l'autre pendant de l'histoire. Ah oui et pour la date du « 8 janvier » euuh… Erreur de clavardage :s C'est du 3 mars qu'il s'agit, naturellement (et il faut que je trouve comment je peux modifier cette erreur). En ce qui concerne Harry, j'espère coller à son personnage en montrant ses scrupules, néanmoins, il s'inquiète toujours pour son amie… Enfin, tu verras bien ce qui arrivera par la suite ! Le passage avec Jane était certes un moyen de la réconcilier avec Ellery, mais j'ai surtout utilisé cela pour creuser son personnage. Pour le couple, il se fera (ou pas ;p lol) en filigrane, ce n'est pas primordial :s Enfin l'HGDM continue, ils s'habituent l'un à l'autre… J'essaie de ne pas faire tomber la relation dans la mièvrerie xD Sans toutefois tout bazarder ;) Pour finir, mercii beaucoup pour tous tes adorables compliments, ton immeeeeense review et ta présence constante depuis…. Fooort Longtemps ! J'espère qua la suite te plaira ! Gros bisous

Clem : Salut ! Merci pour la review, et pardon pour mon retard ! Erf, je sais, ce n'est pas glorieux. Je suis contente que tu aies aimé mon chapitre, qui est comme tu le dis plutôt correct pour Hermione et Drago. En ce qui concerne Ginny, même si elle n'est pas un personnage central de l'histoire, elle reste importante, et son amitié pour Hermione est un fait qu'on ne peut occulter. Pour le secret des Malefoy, tu vas très très vite tout savoir (en tout cas j'ai déjà écrit une bonne partie), de toute façon, le dénouement approche (je compte faire 30-31 chapitres). Quant au bac, même si ça remonte, oui je l'ai eu, et avec une « très bonne » mention :D Hé hé ;) Bref, j'espère que la suite te plaira, elle arrive ! Bisous

Liaco : Coucou toi ! Mercii beaucoup pour la review, et désolée pour le retard :s Hum, pas terrible, je tout cas je suis contente que tu aies aimé mon chapitre, malgré mon « sadisme ». Enfin, je trouvais plutôt que je n'étais pas trop sadique avec cette fin toute mignonne ;) Je peux faire bien pire ! lol Pour le rôle de parents de nos deux amoureux, ne t'inquiète pas, je ne l'oublie pas, mais chaque chose en son temps ;) On verra les enfants, promis (en fait j'ai déjà écrit certaines scènes, donc bon…) Sinon, pour le bac, même si ça remonte, oui, je l'ai eu, et avec une jolie mention en cadeau :D Une étape de faite ! En tout cas, j'espère que la suite de la fic te plaira ! Bisous

fanficxfleurdecerisier : Coucou toi ! Mercii pour la review :) Je suis ravie que tu aies aimé le chapitre précédent, même s'il remonte (honte à moi). Effectivement, Harry fait des découvertes, l'étau se resserre légèrement autour d'Hermione… Ginny de son côté fait un pas en avant, sa meilleure amie lui manque, et avec Ron absent, c'est plutôt logique, non ? En tout cas je suis contente de te la faire un peu aimer ! Sinon, certes, je laisse la relation entre Hermione et Drago s'installer doucement, il faut le temps de l'apprivoisement, tu ne penses pas ? Quant à Astoria, elle n'est pas aveugle. En tout cas, félicitations pour ton bac, et j'espère qua la suite te plaira ! Bisous

Sarah : Coucou ! Merci pour ta review, et pardon pour le retard :s Et aussi, merci beaucoup pour tes compliments, c'est adorable :D En tout cas je suis contente de lire que ma fic te plait toujours autant, et j'espère que la suite te plaira (quand ta connexion te laisseras lire librement… Bientôt j'espère !). La bise

Capu : Ma Capu préférée :) Arf, ma 400ème revieweuse aussi ! Hé hé … Je suis contente que ça soit toi, et comme d'habitude, j'aime avoir ton regard sur ma fic, recevoir tes petits mots qui me font un bien fou, garder ce lien particulier… Je suis ravie que tu aies aimé, et que « la vie quotidienne » te plaise. Pour le face à face entre Drago et Pansy, ça vient … Quant à Neil et Astoria, c'est aussi au programme (en vrai j'ai grosso modo quatre chapitres dans le tiroir xD). Bref, j'espère que la suite te plaira, j'attends ton avis ;) Bisouss

« The pebbles forgive me, the trees forgive me

So why can't you forgive me?

I don't see what anyone can see, in anyone else

But you

()

You are always trying to keep it real

I'm in love with how you feel

I don't see what anyone can see, in anyone else

But you »

_ The Moldy Peaches, Anyone else but you

oOo

Chapitre XXV

// Ces jeux de regards, ils nous transpercent, nous brûlent, nous font frissonner… Ce ne sont pourtant qu'un néant, un néant enchanteur. //

oOo

Un bruit de pas mat claquait sur le linoléum du corridor. Une main laiteuse se faufila, rapide, pour retenir le battant de l'ascenseur. Un souffle court, quelques mèches folles qui s'échappaient d'un élastique fatigué, et une pile de dossiers en équilibre incertain apparurent dans l'embrasure. Hermione fit un sourire d'excuse aux quelques personnes qui attendaient dans la cage de fer et se glissa furtivement entre les lourds battants gravés aux armoiries du Ministère. Les portes ne tardèrent pas à se refermer dans un claquement sourd et un tintement annonça le départ. La jeune femme garda les yeux baissés, légèrement gênée, laissant ses joues rougies retrouver une couleur normale. La moitié de son Département était en congé de printemps, aussi devait-elle courir après le temps tout en subissant les multiples injonctions de Miranda. Hermione resserra sa prise sur les dossiers qu'elle devait porter à son grand damne au Département des jeux et sports magiques, la Coupe d'Europe de Quidditch se préparant pour l'été à venir. Elle releva le regard, saluant du menton quelques têtes connues. Soudain, une légère odeur, à peine plus qu'un effluve, la surprit, et elle ne résista pas à la tentation de tourner la tête. Derrière elle, adossé à la paroi de l'ascenseur, Malefoy la scrutait, un sourire narquois étirant ses lèvres en guise de bienvenue. Un frisson la parcourut alors qu'elle soutenait son regard avec un certain plaisir. Elle sentit aussitôt ses joues se réchauffer et lui adressa un léger sourire, presque imperceptible, mais hautement significatif dans cet espace réduit.

Un nouveau tintement, et les portes se rouvrirent. Deux personnes sortirent, alors que sous les lampes du plafond s'opérait le ballet des messages qui voletaient fébrilement. Soudain, une tête connue s'encadra dans l'ouverture et pénétra dans l'étroite cage d'ascenseur. Hermione ne put s'empêcher de se sentir déstabilisée. La lourde chevelure brune brillait d'un éclat diffus, et les lèvres carmines esquissèrent un sourire sarcastique, tandis que les prunelles d'un noir d'houille passaient du visage d'Hermione à celui de Malefoy, plus en retrait.

.- Tiens, Drago, salua-t-elle de manière détachée. Granger, ajouta-t-elle sur un signe de tête.

Les portes se refermèrent, et le tintement retentit de nouveau. Pansy Parkinson resta droite et fière, inébranlable, elle jaugeait du regard les deux personnes qui occupaient tout particulièrement ses pensées depuis quelque temps. Hermione se sentait légèrement mal à l'aise. Elle jeta un regard furtif vers son amant mais se reprit aussitôt en ayant le sentiment que pas un de ses gestes n'échappait à l'ancienne serpentard. Elle n'avait pourtant pas l'impression de devoir craindre quoi que ce soit de sa part, néanmoins sa présence l'embarrassait. Malefoy quant à lui conservait avec brio son flegme et il sourit légèrement à son amie. La brune lui répondit d'un haussement de sourcils moqueur, depuis le dos d'un minuscule fonctionnaire grisonnant. Le jeune homme n'avait pas oublié ce que Blaise lui avait confié, et il craignait légèrement la fureur que Pansy devait contenir à ce moment même. Il savait que son amie était jalouse, et qu'elle détestait être mise de côté. Un nouveau tintement retentit et les portes s'ouvrirent, un va-et-vient de personnes et de messages se fit. L'ascenseur reprit son ascension et le silence parut d'autant plus oppressant. Le son du carillon résonna encore, et cette fois, ils se retrouvèrent juste tous les trois dans l'ascenseur. Hermione jeta un coup d'œil en coin. Malefoy comme Parkinson semblaient bien trop orgueilleux pour prendre la parole. De fait, ils semblaient décidés à se jauger du regard, et même si elle savait que peu leur suffisait pour se comprendre, la jeune femme n'appréciait pas la soudaine froideur qui l'entourait. Elle n'avait guère envie de parler pour sa part, mais l'atmosphère lui pesait et était difficilement tolérable.

.- Beaucoup de boulot à la cour, Parkinson ? demanda-t-elle.

Elle se gifla mentalement pour cette remarque somme toute creuse et stupide. Elle connaissait bien la réponse, puisqu'elle travaillait elle-même dans la Justice. Néanmoins, elle parvint à relever le regard et attendit patiemment la réponse de sa néanmoins collaboratrice.

.- Comme toujours Granger, mais tu le sais. On doit se conformer aux modifications apportées par les accords de la LSA mais sinon…

.- Pas trop de problème ?

.- On s'y fait, répondit placidement la jeune femme.

Pansy marqua une pause, puis reprit sur un bref sourire :

.- Qui aurait cru que nous nous retrouverions tous les trois aussi liés, un jour ? Je veux dire, Granger et moi travaillons dans le même… Département. Puis toi Drago, tu as bien collaboré avec Granger pour ces accords.

.- C'est vrai, commenta le blond. Le destin est surprenant.

.- Pas de destin, enfin Drago ! Seulement des actions, des choix… N'est-ce pas ce en quoi tu crois ?

.- Tu me connais bien Pansy.

.- Je me disais… Les choix que nous avons faits, tu sais, ces choix cruciaux. Comme ceux que l'on a du faire durant la Guerre…

L'avocate joua nonchalamment de ses doigts contre la rambarde dorée du réduit. Seuls les crissements des rouages usés de l'ascenseur troublaient le silence. Ses yeux sombres fixèrent quelques secondes son ami avant de glisser vers Granger, non sans laisser voir un léger agacement. Ses sourcils se froncèrent avec élégance, comme si elle pesait ses mots.

.- De quoi parles-tu Pan ? soupira Drago, agacé par la componction de la brune.

.- Tu le sais Drago. Je parle des choix qui n'étaient pas évidents, des mensonges que l'on a faits, des secrets dont on s'est entourés, des remises en question. Ces choix nous influencent jusqu'à aujourd'hui…

Sa voix était clairement narquoise, presque féroce. Hermione resserra ses dossiers contre sa poitrine et baissa légèrement la tête, laissant ses boucles lui voiler la face. Elle ne voulait pas faire partie de cette conversation qui tournait à l'altercation, pour autant elle sentait qu'elle en était l'un des principaux sujets. Le regard trop insistant que Pansy ne manquait pas de poser sur elle écartait même le moindre doute à ce sujet. Qu'avait pu soupçonner ou découvrir Pansy ? Elle avait l'impression que la colère de la jeune femme était directement dirigée vers Malefoy, mais elle ne pouvait empêcher un curieux pressentiment de la tenailler. C'est avec soulagement qu'elle entendit le tintement du carillon de l'ascenseur percer le silence, lui annonçant qu'elle était enfin à l'étage désiré. Elle échangea un bref regard avec Malefoy. Sa mine grave lui indiquait de s'en aller, qu'il allait s'occuper de Pansy. Hésitante, elle observa une fraction de secondes les deux amis qui, malgré leur apparente nonchalance, se tenaient trop raides. Ce n'était pas sa dispute, songea-t-elle, elle devait les laisser seuls. Hermione prit alors congé et s'en alla d'un pas vif, la nuque raide.

Lorsque les portes se refermèrent une fois encore, Drago appuya sans hésiter sur le bouton d'arrêt de l'ascenseur. Pansy laissa échapper un léger rire, sans joie.

.- Vraiment, Drago ? Dans un ascenseur ?

.- C'est toi qui a choisi le lieu Parkinson, ne m'emmerde pas avec tes remarques.

.- Bien. Je suis pressée, figure toi.

.- Alors on va régler ça rapidement. Quel est ton foutu problème Pansy ? Blaise m'a dit que tu m'en voulais. Je le comprends, je voulais aller te voir, mais là tu pouvais éviter cette scène plutôt pénible, remplie de sous-entendus que de toute évidence, toi seule comprends.

.- En es-tu sûr Malefoy, ou bien ne veux-tu pas comprendre, le défia la jeune femme, la voix froide.

.- Soit, tu es en colère. Défoule-toi je t'en prie, oublie que je suis en plein divorce et harassé de boulot, sans doute un peu – comment dit-on cela ? – perdu émotionnellement. Laisse éclater ta rancune en oubliant tout ça et…

.- Ferme-là Malefoy ! gronda Pansy. Je t'emmerde avec tes décharges, comme d'habitudes, tu es à côté de la plaque. Pas foutu d'être un tant soit peu indépendant, de t'assumer, tu as toujours besoin de te cacher. Si tu n'es pas au moins honnête avec moi, je ne vois plus quelle valeur je peux accorder à ton amitié.

.- Bon sang, mais dis-moi donc quel est ton souci, s'emporta le blond. C'est quoi cette foutue histoire de choix, de mensonges…

.- Ma parole, tu es vraiment lent ! Même Granger a eu l'air de comprendre à peu près de quoi je parlais, vu sa gêne plutôt navrante. Ça répond d'ailleurs à l'une de mes questions…

.- …

Le jeune homme fusilla son amie du regard. Il détestait lorsqu'elle arborait cette arrogance écrasante qui tranchait avec la jeune femme posée et réfléchie qu'elle était devenue. Il retrouvait là la hargne et le sentiment d'incompréhension qui avaient tourmenté la jeune femme lorsqu'elle était plus jeune. Il la détestait ainsi, surtout lorsqu'elle usait de cette morgue contre lui, et pourtant il devait avouer qu'il reconnaissait ici toute la rugosité de son sang de Parkinson.

.- Drago, tu es en train de t'éloigner de moi, de nous, bien plus que ce que tu peux supposer. Je ne le supporte pas, je refuse de le tolérer.

.- Je ne m'éloigne pas Pansy, je récupère, grinça-t-il.

.- Et je te découvre différemment, poursuivit la jeune femme, indifférente aux réponses de son ami. La fin de ton mariage, cette explosion dans notre groupe, dans ce cocon solide qui a su survivre au pire… Mais surtout cette découverte.

.- De quoi parles-tu Pansy .. ?

La jeune femme soupira, passant une main ennuyée dans ses cheveux crantés. Ses yeux noirs étaient comme deux fentes tandis qu'elle semblait tenter d'appréhender son ami.

.- Mais ça ne te dit donc rien ? Lorsque je parle de choix difficiles faits durant la guerre ? De secrets… De Granger, qui semble au courant.

Drago recula d'un pas. Lentement, son esprit reconstituait ce qui était évident, et les paroles de Pansy prenaient un sens nouveau. Son cœur manqua un battement. Comment était-ce possible ? Il comprit alors l'obstination de la jeune femme, son sentiment d'avoir été en quelque sorte trahie… Ses yeux noirs s'étaient apaisés et seule son aura sombre et incandescente témoignait de l'agitation qui l'avait emportée. Sa voix redescendit et redevint grave et légèrement rauque, plus apaisée.

.- Drago, j'ai découvert…

.- Pansy, l'interrompit-il. Je suis désolée que tu n'en aies rien su mais c'était…

.- Difficile. Un choix difficile, j'ai parfaitement saisi.

.- Comment.. ?

.- Ça, c'est mon affaire, même si j'aurais des remarques à te faire à ce sujet. Je le sais, c'est tout.

Drago accusa le coup. Soit, elle ne voulait pas s'expliquer, mais ce n'était pas le moment pour lui de lui demander des comptes. Il avait pourtant si bien caché cet acte qui avait été crucial pour lui, qui l'avait sauvé en quelque sorte… Et son secret se révélait de plus en plus. Il lui demanderait plus tard l'explication de sa découverte.

.- Tu m'en veux beaucoup ? reprit-il.

.- Énormément. Ça, plus ta distance… Granger sait que tu l'as sauvé ?

.- Elle l'a découvert récemment.

.- Les accords de la LSA, je suppose… Drago, j'ai envie de te frapper jusqu'à ce que je n'en puisse plus, mais je sais bien que ce n'est pas une solution. De toute façon, tu ne voudrais pas.

.- Non, pas trop.

.- Tu n'as même pas tenté d'utiliser cela pour ta défense, lors des procès…

.- C'est mon affaire.

.- Ne me mens plus.

.- … Promis.

Elle fronça légèrement les sourcils.

.- Tu vas débloquer cet ascenseur ?

.- Oui, sourit enfin Drago.

Il avança sa main et tira légèrement sur le bouton doré. Le roulis des mécaniques retentit à nouveau et la cage se remit en mouvement. Puis, le jeune homme avança presque timidement sa main vers son amie, en gage de paix.

.- Tu me pardonnes ?

.- Je le ferai, attends encore un peu, promit-elle en pressant légèrement la paume de Drago, la mine encore irritée.

.- Et… Maintenant que tu sais ce que j'ai fait pendant la guerre, qu'en penses-tu ?

.- Drago Lucius Malefoy, tu as été d'une imprudence incroyable, d'une stupidité sans borne, d'un esprit plus que suicidaire…

.- Tu ne mâche pas tes mots…

.-Je ne sais même pas si on devrait te louer, puisque tu n'étais même pas conscient de ce que tu faisais, de la raison de ton acte. Tu aurais pu être pris, enfermé, torturé, mais tu as été chanceux et … Tu mérites d'être aux côtés des héros de la guerre. Tout couard que tu aies pu être…

.- Eh ! protesta le blond.

.- … Tout couard que tu aies été, reprit Pansy en souriant légèrement, mon avis est que tu es un homme d'honneur, un homme courageux. Je t'en veux beaucoup, je ne te comprends plus, mais je suis fière de toi, Malefoy.

oOo

Un léger frémissement apparut à la surface de la potion. Des bulles violettes commencèrent à se former tandis que la fumée auparavant blanche prenait une teinte de plus en plus verdâtre. Trois plumes d'hippogriffe vinrent compléter le mélange et pénétrèrent dans le liquide avec de petits crépitements argentés. Une main sûre diminua le feu et retourna un sablier. Une fois le temps écoulé, le dernier grain de sable rejoignant la partie basse de l'instrument, le lourd chaudron d'étain fut retiré du feu et déposé sur une étagère. Impeccable, la potion prototype était juste à point. Elle n'avait plus qu'à reposer là jusqu'à la prochaine pleine lune et l'on pourrait en faire usage pour les tests. Astoria Malefoy-Greengrass nettoya rapidement les ustensiles qu'elle avait utilisés et débarrassa la paillasse du laboratoire. Fourbue, elle retira les lunettes de protection en écaille qu'elle avait du porter pour que ses yeux ne soient pas agressés par la fumée, et accrocha ses gants en cuir épais sur un crochet. Elle n'avait plus qu'une hâte, rentrer chez elle. Elle passait trop de temps au laboratoire pour tenter de se changer les idées, et les multiples expériences auxquelles elle s'adonnait avaient beau la ravir, elle était exténuée. La jeune femme passa dans son bureau et observa d'un regard pensif le soleil rougeoyant qui éclairait la pièce. Elle appréciait le retour du printemps, de cette chaleur et de cette lumière qui lui avaient bien manqué récemment. Ses cheveux d'un blond vénitien devenaient complètement roux dans cette lueur et elle savoura ce bref moment hors du temps qui lui permettait de s'échapper. La sorcière pouvait alors prétendre être qui elle le souhaitait, elle parvenait même, l'espace d'un instant, à se sentir sereine. Elle tressaillit lorsqu'elle entendit le plancher craquer derrière elle. Astoria était supposée être la dernière encore là. Les sens en alerte, la jeune femme fit glisser sa main vers sa poche. Elle se retourna alors d'un bond, dégainant vivement sa baguette.

.- Stupéfix !

.- Holà, oh, du calme ma belle !

Face à elle, son meilleur ami venait de s'accroupir, évitant, à quelques cheveux près, le rayon de lumière pourpre. Théodore Nott se releva, hilare.

.- Eh bien tu ne m'avais pas menti, tu es sacrément à cran, commenta-t-il.

.- Hem… Désolée Théo, grimaça Astoria, contrite.

.- Pas de souci, tu ne m'aurais pas touché de toute façon.

.- Tu crois ça ? le provoqua la jeune femme.

Son ami haussa les épaules avec malice et alla nonchalamment observer les éprouvettes qui trônaient sur les étagères du bureau.

.- Tu as l'air d'avoir pas mal bossé ces derniers temps.

.- Je me fais plaisir.

.- C'est bien, ça.

Astoria lui sourit et déboutonna sa blouse blanche de travail. Elle alla la ranger dans son armoire et en sortit sa cape violine, qu'elle suspendit à son siège.

.- Je suis contente de te voir.

.- Je te l'avais promis. Et puis ce n'est pas comme si je ne me faisais pas de souci pour toi. Tu as petite mine.

.- Je suis fatiguée, c'est normal.

.- Même.

.- Tu sais ce qui me ferait plaisir ? Faire des expériences totalement irresponsables avec toi dans les cachots de Poudlard, avec les livres dérobés dans la Réserve.

.- Ah, c'était le bon temps ! Tu sais qu'on m'a approché pour me proposer le poste de prof de potions ? annonça le jeune homme, ses yeux pétillants de joie.

.- Non, c'est vrai ? Quelle chance ! Tu vas accepter ?

.- J'hésite encore, mais j'ai jusqu'en mai pour donner une réponse. Il faut voir ce qu'en pense Pansy. Le mieux serait que je puisse rentrer tous les soirs.

.- C'est sûr.

Théodore s'assit sur un tabouret et observa son amie. Il n'était pas venu pour lui parler de lui, mais il voulait égayer Astoria. Celle-ci, comprenant que son complice voulait rester un peu pour discuter, prit place dans son fauteuil.

.- Je te proposerais bien de prendre un verre, voire de passer à la maison, mais je raterais alors complètement le but de ma visite, expliqua-t-il.

.- N'était-il pas simplement de me voir ? ironisa la jeune femme.

.- Non, je pensais aussi te voler quelques potions, ajouta Théodore, pince-sans-rire.

Astoria rit légèrement. Son teint laiteux, ses cheveux fauves dans le couchant, ses dents perlées et ses yeux de jade, tout conférait à exacerber son aspect de poupée de porcelaine fragile, de petite fée lumineuse qu'on devait protéger. Théodore sourit tendrement. Il aurait pu tomber amoureux d'elle lorsqu'ils étaient devenus amis. La jeune fille était renfermée et solitaire, et il était l'une des seules personnes en qui elle avait confiance, avec sa sœur Daphné, Neil Dodge, puis plus tard Drago et leurs quelques amis. Il aurait pu se laisser charmer, mais il avait tôt-fait de découvrir que la tendre amitié qui les liait était à l'épreuve de tout, et bien plus forte que l'amour. Tomber amoureux aurait alors été comme une baisse d'affection.

.- C'est agréable cette lumière, souligna-t-il. Je trouve revigorant que tu ne travailles pas au Ministère. Un vrai bâtiment, de véritables fenêtres, et un soleil tout sauf artificiel.

.- Je préfère les laboratoires privés, ceux du Ministère manquent de subventions, éluda Astoria.

.- Certes.

.- Bien… Bon, vas-y Théo, j'attends tes reproches.

.- Vraiment ?

.- Oui.

.- Je ne veux pas te faire de reproches… Je suis juste perplexe. Tu revois vraiment Dodge ?

.- Une fois seulement. J'ignore s'il va rester en Angleterre.

.- Tu l'ignores, hum ? Je suis certain qu'il te préviendrait s'il devait partir.

.- Dis-moi le fond de ta pensée, Théo.

.- Je pense que… Tu fais une rechute.

.- Pardon ? s'offusqua Astoria. … J'étais sûre que tu allais dire ça, change de registre, soupira-t-elle.

Elle dévisagea le visage maigre et sévère de son meilleur ami. Son regard bis était pénétrant et il semblait lire en elle.

.- Je ne fais pas de rechute, martela-t-elle.

.- D'accord. Alors explique-moi : il y a peu, le nom de Neil Dodge était encore un tabou pour toi. Maintenant, tu vas divorcer, tu as l'impression que Drago voit quelqu'un et… Tu ne trouves absolument pas incongru d'accepter de revoir celui que tu détestais depuis presque dix ans ?

.- C'est mon affaire. Comme tu le dis, ça fait dix ans, alors je peux bien le revoir.

.- Bien, puisque ça fait dix ans, il y a donc prescription, susurra doucement le jeune homme. Donc tu ne vois pas d'inconvénient à me dire enfin pourquoi tu l'as haï si brusquement, lui qui était un de tes plus proches amis, ton ami d'enfance, celui qui parvenait même à faire hésiter ton cœur…

Astoria se raidit. Il la connaissait trop. Elle mourrait d'envie de se confier, et elle le détestait de la tenter ainsi. Elle ne pouvait pas.

.- Laisse tomber Théodore, tu ne sauras pas.

.- Pourquoi ? Si tu ne le dis pas au moins à moi, à qui d'autre ?

.- Ce n'est pas que je ne veux pas…

.- Tu ne peux pas ?

La jeune femme resta muette. L'héritier Nott fronça les sourcils, décontenancé par ce silence. Il reprit alors plus doucement.

.- Et au sujet de Drago… Ce que tu m'as écrit est surprenant mais je sais bien que l'instinct d'une femme est souvent fondé.

.- Je ne sais pas, je suis presque convaincue qu'il voit quelqu'un… Ou peut-être est-ce juste que je ne supporte pas l'idée que sa bonne humeur ne soit que l'effet de notre séparation.

.- Ce n'est absolument pas le cas, je t'interdis de le penser. Tu as raison d'avoir des doutes. Il est tout sauf heureux de l'issue de votre mariage. Ce qui veut dire que sa joie est extérieure… déduisit Théodore, pensif.

Astoria leva vers lui un regard inquiet.

.- Mais ne tirons pas trop rapidement des conclusions, l'apaisa son ami.

.- Théo, je me sens mal…

.- C'est normal.

.- On peut arrêter d'en parler, tu veux ? Sortons juste, détendons-nous… Comme avant.

Théodore eut un sourire légèrement amer. Il n'aimait pas cette solution de facilité, pourtant c'était bien sa faute si la jeune femme y succombait. Leur passion commune pour les potions n'était pas dissociée d'un certain amour des herbes de tout genre. Le jeune homme se maudissait pour sa faiblesse, mais il savait qu'Astoria comptait sur sa complaisance plus que sur sa vigilance. Il se releva et tendit la main vers son amie. Son regard trouble lui révéla combien elle se convainquait peu elle-même, mais elle avait besoin de prétendre. Que tout allait bien, qu'elle pouvait dédramatiser, rêver. Retourner en arrière. Peut-être que finalement la présence de Neil Dodge faisait partie de la cure qu'elle s'administrait. Mais il n'était pas certain qu'il en sorte quoi que ce soit de bon.

Astoria se releva et passa son manteau. Elle plongea la main dans la poche de son ami et en ressortit une petite pochette de cuir vieilli d'où s'échappait une odeur caractéristique.

.- J'en étais sûre.

.- J'avais prévu, comme tu le vois. Pas que j'en sois fier.

.- On n'avait pas décidé d'arrêter, de grandir ?

.- Tu le voulais. Moi je ne suis pas encore prêt, railla-t-il, la voix un peu triste.

.- Tu ne devrais pas m'empêcher ? s'enquit Astoria, vraisemblablement encore au bord de la brèche. Je suis une mère indigne.

.- Ça n'a rien à voir.

.- Je sais.

.- Tu veux vraiment que je t'en empêche ?

.- Non, admit-elle dans un soupir.

Astoria baissa ses cils blonds et remit la pochette dans le manteau de son meilleur ami et se mit en marche vers la sortie. Tout le monde avait ses défauts, ses déprimes. Elle savait qu'elle ne les soignait pas de la meilleure des manières. Théodore non plus, il fallait l'avouer, mais cela le concernait. Les concernait. Eux n'avaient jamais guéri, ils ne faisaient pas partie de ceux qui allaient de l'avant. Des fantômes les hantaient et les entravaient. Ils n'étaient pas assez forts, pas assez volontaires pour se débarrasser de cette brume qui leur permettait d'échapper aux regards. Ils avaient encore peur.

oOo

Lettre d'Hermione Weasley-Granger à Neil Dodge

24 Churchill Road, Birmingham, le 13 mars 2013

Neil,

Je vous avais promis de vous envoyer quelques nouvelles, or je viens d'apprendre que vous êtes encore en Angleterre. La nouvelle est bien étonnante, car voilà bientôt un mois que vous m'annonciez votre départ, néanmoins cela me réjouit. Je serais ravie de vous voir dans les jours qui viennent, il serait agréable de pouvoir discuter enfin d'autre chose que de cette fichue LSA. Pour être totalement honnête avec vous, je dois avouer que j'ai quelques questions d'ordre personnel à vous poser… J'espère que vous n'y verrez point d'inconvénient, auquel cas, je me garderai de vous importuner avec et vous reverrai néanmoins avec plaisir.

J'attends de vos nouvelles,

Hermione W-G

Lettre d'Hermione Weasley-Granger à Harry Potter

24 Churchill Road, Birmingham, le 13 mars 2013

Harry,

Je n'ai que peu de temps pour te voir, je sais, je manque à toutes mes obligations. Honte à moi. Je t'écris rapidement car j'ai beau y réfléchir, je ne comprends pas… Pourquoi Kingsley me suggère-t-il d'aller voir Narcissa Malefoy ? Harry James Potter, je crois que tu ne me dis pas tout. Réponds-moi rapidement.

Hermione

Lettre d'Harry Potter à Hermione Weasley-Granger

12 Godric's Hollow, le 14 mars 2013

Je suis étonné que tu ne soulèves ce point qu'à présent, je t'ai connu plus curieuse, Miss Granger.

Très honnêtement, j'ignore pourquoi Kingsley m'a chargé de dire cela. Il a juste indiqué qu'il pensait que ça t'intéresserait, par rapport à « la dernière fois où vous vous êtes vus ». Étrange, non ? Maintenant, c'est mon tour de te poser une question… Je m'inquiète pour toi Hermione, et j'ai le sentiment que tu as des fréquentations quelques peu surprenantes en ce moment, non ? Tu serais aimable d'éclairer ton meilleur ami.

Je t'embrasse,

Harry

oOo

.- Vraiment ?

La voix veloutée de Selene exprimait son étonnement. Pansy remuait rageusement sa petite cuillère dans la fine tasse de porcelaine emplie au trois quarts de thé, menaçant leur table d'un raz-de-marée au jasmin.

.- Oui, vraiment. Je t'avoue que je préfèrerai mentir plutôt que d'être aussi certaine de la véracité de ce que je dis.

.- C'est pour le moins surprenant.

Elles étaient installées dans un petit salon de thé sorcier très huppé, réputé pour son prestige relativement ancien et la qualité des personnes qui le fréquentaient. Les sorcières de la haute société raffolaient de l'endroit, et il n'était pas rare d'y croiser Narcissa Malefoy ou encore Felicia Diggory en train de savourer une part de cheese-cake et d'échanger des cartons d'invitations. Selene et Pansy appréciaient le lieu, elles savaient qu'elles n'y faisaient pas tâche, loin de là, même si elles ne niaient pas préférer des endroits plus populaires comme le pub des Trois Balais. C'était toutefois un endroit commode pour discuter, et elles avaient l'habitude de s'y réunir de temps à autre avec Astoria. Cette fois, seulement, il n'y avait qu'elles deux, et les deux amies avaient pris soin de prendre place en un recoin isolé.

.- Je ne pense pas que Drago ait spécialement envie que tu me confies ça, souligna Selene avec inquiétude.

.- Sans doute pas, mais j'ai besoin d'en parler à quelqu'un, et je ne veux pas en parler avec lui. Je suis fâchée contre lui, tu le sais.

.- Comment l'occulter ? soupira la jeune femme.

.- Et Blaise est ton mari. Tu l'aurais bien su un jour, par hasard.

.- Je ne fouille pas son bureau, souligna Selene, taquine.

.- Ne mens pas, répliqua Pansy avec un sourire.

.- Bon, ça a pu m'arriver… admit sa compagne en riant.

La belle méditerranéenne respirait la douceur, et Pansy était heureuse de lui avoir parlé. Elle savait que Selene serait une excellente confidente. La jeune femme était discrète, mais de cette discrétion charmante qui lui alliait quiconque la connaissait. Par ailleurs, elle était très fine et pouvait se révéler surprenante. Le parfait alter ego de Blaise, en somme, même si tous deux différaient en de nombreux points.

.- Alors, qu'en penses-tu ? s'enquit Pansy. J'hésite entre la fierté, l'admiration, la colère pour la « traîtrise » de Drago, l'incompréhension…

.- C'est normal. Pour ma part… Je trouve que cela explique certaines choses.

.- Vraiment ?

.- Je me souviens un peu de cette fille, Hermione Granger. On l'avait vue au Nouvel An, c'est cela ?

.- Oui.

.- Tu dis qu'elle sait que Drago l'a sauvée, qu'elle lui doit la vie ?

.- Depuis peu apparemment.

Selene se tut, songeuse.

.- J'aimerai bien la revoir, déclara-t-elle. Aux côtés de Drago. Il faudrait que je vérifie quelque chose.

.- C'est ça ta réaction à ce que je viens de te dire ?

.- Attends un peu, tu vas comprendre. J'avais été surprise lorsqu'on l'avait rencontrée, un peu décontenancée. Sa relation avec Drago… Je sais leur passé commun, leur antipathie, mais ils avaient comme un lien particulier. C'était étrange et je ne m'y suis pas attardée.

.- Que veux-tu dire, demanda Pansy, plissant ses lèvres en une moue indécise.

.- Vu ce que tu m'as raconté, je me demande s'ils n'avaient pas contracté…

Elle jeta un regard autour d'elle, apparemment appréhensive. Sa peau mâte soulignait ses yeux d'eau qui semblaient agités, et Pansy sentait qu'elle hésitait à lui révéler son idée.

.- Contracté quoi ? l'encouragea-t-elle doucement.

.- Une dette de sorcier, murmura Selene.

Pansy se figea. Elle dévisagea son amie d'un air incrédule. Celle-ci lui adressa un maigre sourire avant de boire une gorgée de thé.

.- Ce n'est qu'une supposition, mais j'avais clairement senti un lien.

.- Et…

.- Pansy, tu me connais, je me trompe rarement.

La jeune femme le savait. Elle savait très bien la valeur des paroles de son amie. Selene Zabini était issue de la célèbre famille Wright. Ce clan était de très ancienne souche et sa renommée s'étendait principalement aux anciennes Indes anglaises, à l'époque ou l'Empire Britannique se targuait d'être comme celui de Charles-Quint, une étendue où le soleil ne se couchait jamais. Sa mère quant à elle était une Cittavecchia, et partageait un héritage de divination, astrologie, nécromancie et autres arts oraculaires qui avaient instauré tout le prestige de sa famille. Selene avait grandi à mi-chemin entre l'Italie et la France, où ses parents avaient élu domicile, mais se devait de passer ses étés dans les palais familiaux de Sardaigne, où elle s'instruisait et perpétuait les traditions familiales. La jeune femme avait la particularité de posséder un Troisième œil naturellement développé qui lui offrait une prescience redoutable. Elle avait connu Blaise très tôt car sa famille était très liée avec la mère de celui-ci, laquelle revenait chaque été en Italie et sollicitait bien souvent les talents des Cittavecchia pour la conseiller sur un plan matrimonial. Blaise et Selene s'étaient donc connus assez jeunes, bien que toute romance entre eux ne se soit développée que relativement tard. L'été avant la rentrée de Blaise en sixième année, alors que Selene allait elle-même regagner Beauxbâtons, elle avait été saisie d'une transe effroyable. Par éclairs brutaux et irrépressibles, une tour enflammée était apparue devant ses yeux fixes, un parc où des jets de lumière fusaient, des cris stridents et un phénix au chant poignant résonnaient à l'intérieur même de son esprit… Elle avait mis en garde Blaise, l'avait enjoigné à se tenir sur ses gardes, et au mois de juin suivant, les mangemorts investissaient effectivement Poudlard. Le don de la jeune femme, malgré la complexité de la vision, n'avait pas failli.

.- Tu ne te trompes jamais, c'est bien ce qui m'effraie … murmura Pansy, sortant de ses pensées.

Selene pencha la tête, ses sourcils formant un accent circonflexe inquiet sur son front. Elle ne voulait pas alarmer son amie. Quand bien même avait-elle raison, de toute manière, ce pacte ne revêtait pas une si grande importance, si ?

.- Tu sais Pansy, ce n'est pas tragique comme situation… Eh quoi, Drago a sauvé la vie de cette fille, et elle a une dette envers lui, ce n'est pas grand-chose. Au contraire, c'est comme s'il disposait d'un joker, elle lui doit un service. Il l'a sauvée de la mort, elle lui doit donc un sacré service.

.- Comment se fait-il qu'ils ne le sachent pas ? Car je suis presque sûre qu'ils ignorent ce pacte magique…

.- Apparemment, Hermione Granger ne sait ce qu'à fait son ennemi que depuis peu. Ce n'est pas étonnant qu'ils ne se rendent compte de rien. Par contre, il est possible qu'ils sentent qu'un lien particulier les lie. Les dettes de sorciers ne sont pas automatiques, on peut supposer que celle-ci s'est créée car il y avait un sacrifice pour l'un des partis, c'était un acte libre et moral. Ça avait de la valeur, murmura Selene.

.- Tu ne le condamnes pas ? renifla Pansy.

.- Je ne le pourrais pas, je n'ai jamais été de votre bord durant la guerre. De toute manière, ose me dire que tu as toujours été profondément convaincue par ta cause.

.- Je ne le dis pas.

.- Bien.

Selene Zabini observa d'un air distrait l'intérieur de son poignet. Elle aussi avait un tatouage, mais il était bien éloigné de la sinistre tête de mort des armées du Lord. Des runes gaéliques dansaient sur son poignet, symbole de la Guilde de Brocéliande. Pendant la guerre, elle avait été divisée. Pas au sujet de ses idéaux, mais en son esprit. D'une part, Blaise se trouvait quelque part dans cette sinistre Angleterre et elle n'avait plus eu de ses nouvelles pendant une année entière. Son propre père avait été rappelé en son pays, et elle brûlait de s'y précipiter, de les retrouver. D'autre part, elle faisait partie des combattants de l'extérieur, elle ne pouvait abandonner son poste à l'ambassade anglaise de Paris, surtout en cette période dangereuse… Elle était en charge, avec d'autres apprentis, comme elle de dernière année de Beauxbâtons, de rituels qui permettaient de consolider les forces de l'Ordre du Phénix outre-manche. Sa grande dextérité à manier les runes lui avait permis d'intégrer cette guilde et l'encre qui marquait sa peau témoignait de son engagement lors de la deuxième guerre. La jeune femme s'y connaissait donc en dilemme et en déchirements, elle savait ce qu'était un choix pénible. La difficulté d'obéir à son cœur, la souffrance de ne pouvoir le faire. Les élans qui dévastaient tout. Elle ne pouvait pas rester indifférente au geste de Drago Malefoy.

.- Tu es véritablement sûre de ce que tu as vu ?

La voix de Pansy la ramena au salon de thé.

.- Plus j'y repense, moins j'en doute. Ce qui me semblait être une incongruité il y a trois mois semble plausible à présent.

.- Ils sont donc liés… grimaça Pansy, mal-à-l'aise à cette idée.

.- Oui, et ce jusqu'à ce que la dette soit remboursée. Une Dette de sorcier est tout sauf anodine. C'est de la magie ancienne, pure. Quoi qu'il advienne, et par l'importance du geste de Drago, ils seront reliés jusqu'au remboursement de cette dette.

Pansy soupira lourdement. Cela allait de mal en pis, elle n'aurait peut-être pas du parler avec Selene. Elle aurait préféré ne pas savoir. Comme ne pas lire la lettre de son meilleur ami. Et ne pas commencer à enquêter sur lui. Rester dans sa bulle et ne pas bouger… Mais elle savait que ç'aurait été intenable. Elle devait savoir. À présent, elle devait aller jusqu'au bout. Et tout d'abord parler avec Granger. Elle avait une dette envers Drago, elle ne pouvait pas continuer l'enquête, il fallait l'éloigner. Tout exaspérée qu'elle commençait à se sentir, Pansy Parkinson estimait qu'elle devait à présent défendre son meilleur ami. Granger devait rembourser sa dette et rompre le lien.

oOo

.- Les enfants, quelqu'un peut me dire ce qu'il sait de l'ancienne magie ? Je veux voir vos connaissances avant de m'avancer vers la thématique des origines de la magie, demanda l'institutrice à sa classe de niveau deux de l'école élémentaire sorcière londonienne.

Rose Weasley fit un grand sourire et jeta un regard malicieux vers sa mère. C'était la journée portes ouvertes de son école et les parents pouvaient assister aux cours de leurs enfants. Des sièges avaient été disposés pour eux au fond de la classe. Très fière, la rouquine échangea un clin d'oeil avec son cousin Albus et tous deux levèrent leurs mains à la vitesse de l'éclair. Hermione leur avait depuis longtemps tout raconté à ce sujet, et ils tentaient de rivaliser en ce jour où ils pouvaient se donner en spectacle.

.- Oui Rose, fit la voix aigrelette de leur institutrice.

.- L'ancienne magie est différente de celle que l'on pratique avec des livres et des baguettes. C'est plutôt une partie intégrale et inévitable de la réalité, elle reflète une sorte de moralité inhérente au monde. C'est… hésita Rose. C'est comme une hypothèse de ce qu'est le bien et le mal.

.- Mais elle est neutre, ajouta Albus. Ce sont les hommes qui la définissent comme bonne ou mauvaise, par leur utilisation.

.- C'est bien tous les deux ! s'exclama l'institutrice, ravie de voir que certains de ses élèves ne restaient pas muets. Quelqu'un d'autre ?

Scorpius Malefoy leva la main de mauvaise grâce sous le regard sévère de son père.

.- Scorpius ?

.- Je sais que l'ancienne magie se manifeste de façon particulière au travers d'actions sincères et profondes. Elle ne peut être manipulée, elle est indépendante.

.- Très bien !

.- Le sacrifice de soi donne un certain pouvoir, il y a aussi une force dans les liens familiaux, ajouta Scorpius d'une voix monocorde.

Rose lui jeta un regard admiratif. Elle ne pensait pas que l'héritier Malefoy savait ces choses là, lui qui préférait être dissipé pendant les classes. La fillette supposa que la présence des parents le poussait à faire un léger effort.

Alors que l'institutrice félicitait ses élèves et continuait sa classe, au fond, Hermione observait fièrement sa fille. Elle venait de faire un tour dans la classe d'Hugo et regrettait que Ron ne soit pas là pour voir à quel point leurs enfants grandissaient. Elle savait qu'il leur manquait. Fort heureusement, les vacances toutes proches leur donneraient l'occasion de le voir. La jeune femme s'était assise aux côtés d'Harry, qui la faisait pouffer de rire en lui murmurant des plaisanteries au sujet de leur progéniture. Rose et Albus étaient tellement complices que leurs manèges de signaux pour communiquer n'étaient pas sans attendrir leurs parents. Alors que l'institutrice partait dans un monologue somme toute assommant, Hermione laissa glisser son regard vers les autres parents. Drago était assis un peu plus loin et elle pouvait sentir de temps à autre son regard l'embraser. Elle mourrait d'envie de lui parler, de le rejoindre. Le simple fait d'être en sa présence la faisait se sentir curieusement … Vivante. Elle n'aimait pas se sentir aussi dépendante de lui et pourtant elle se laissait griser. Pas de promesses, c'était son idée. Une inimitié améliorée, en quelque sorte. Pourtant elle sentait bien qu'elle s'attachait. Ce n'était pas bon, pas bon du tout mais… Elle n'avait pas encore le courage de se ressaisir.

Elle sentit la pression de la main d'Harry sur son bras et détourna à contrecœur son regard pour sourire à son meilleur ami. Le visage de celui-ci s'était un peu fermé, il semblait sévère. Ses yeux émeraude se détachèrent d'elle et passèrent par-dessus son épaule, pour regarder Drago Malefoy. Hermione mordilla ses lèvres, honteuse de n'avoir pas été plus discrète. La dernière lettre d'Harry l'avait un peu alarmée, mais elle ne s'était pas imaginé que ses soupçons soient aussi précis que ce qu'il laissait voir. Se doutait-il de quelque chose ? Avec Pansy Parkinson quelques jours plus tôt, l'attitude d'Harry lui créait une inquiétude supplémentaire. Elle vit Malefoy renvoyer à son meilleur ami un regard glacial, typique en quelques sortes, ses joues étaient légèrement rougies par la contrariété de voir son ennemi le fixer. Le brun soupira et détourna le regard vers les enfants. Hermione sentit cependant qu'il resserrait sa prise sur son bras, comme s'il voulait s'assurer qu'elle n'allait pas s'envoler.

.- Harry, tu me fais mal… souffla-t-elle.

.- Oh, balbutia-t-il. Désolé.

Aussitôt son bras reprit sa liberté.

.- Ça va, Harry ? Tu as l'air énervé, tenta Hermione d'une voix mal assurée.

.- Moi ? Oh… Tu sais que Malefoy m'agace.

.- Grandis, Harry.

.- Je…

Il fronça les sourcils.

.- Hermione, tu le regardais curieusement, tantôt.

.- Vraiment ? J'avais le regard perdu dans le vide, je n'avais pas remarqué que je le fixais, éluda la jeune femme.

Harry la dévisagea d'un air dubitatif, mais ne poussa pas plus. Hermione souffla légèrement. Cette salle de classe lui semblait atrocement petite, elle se sentait étouffer. Elle avait le sentiment d'être assaillie de toutes parts. Elle reporta son attention sur les élèves et écouta d'une oreille distraite la suite du discours de l'institutrice. Il était question des sorciers égyptiens de la Haute Antiquité et des sorts qu'ils apposaient sur les tombeaux. Hermione connaissait tout cela, et cette version édulcorée l'ennuyait. Pour sa part elle aurait préféré envoyer ses enfants dans une école élémentaire moldue, au moins jusqu'à leur entrée à Poudlard, mais Ron avait insisté. Elle n'était pas certaine que cette école d'éveil à la magie soit extrêmement utile.

Perdue dans ses pensées, la jeune femme sentit un regard insistant posé sur elle. Tachant d'être discrète, elle lorgna vers Malefoy. Celui-ci ne faisait pas attention à elle, il observait au contraire son fils qui semblait participer de mauvais gré au cours. Son regard glissa sur les autres parents. Elle reconnut le couple Zabini, qui était là pour voir leur fils Néro. Blaise avait cet éternel air légèrement moqueur, comme si la situation était une source de comique inépuisable. Sa moue caustique s'accordait parfaitement avec le flegme de son fils, assis stratégiquement près d'une fenêtre, et qui tentait de déconcentrer Scorpius alors que celui-ci se faisait interroger. Hermione ne mit guère de temps à se rappeler l'épouse de Blaise, Selene Zabini-Wright, si ses souvenirs étaient exacts. C'était la jeune femme qui la fixait. Sa peau mâte, son visage ovale et ses yeux verts d'eau respiraient la douceur et sa curiosité tranchait avec son apparence. Surprenant son regard, Selene lui adressa un sourire embarrassé. Hermione lui fit un signe de tête hésitant. Elle détourna le regard, faisant semblant de se reporter sur les élèves, mais continua de l'observer en coin. La jeune femme méditerranéenne faisait voguer son regard de Malefoy à elle, puis d'elle à Malefoy. Hermione sentit son cœur battre plus vite. Drago avait-il dit quelque chose à Blaise, et celui-ci l'avait-il confié à sa femme… ? Elle espérait se tromper. Les orbes verts semblaient concentrés, comme s'ils cherchaient à discerner quelque chose. Comme s'ils cherchaient à voir leurs âmes, leurs essences magiques, à les dénuder. De fait ils étaient étrangement fixes, les pupilles curieusement dilatées, et si la chose ne lui avait pas semblé fantasque, Hermione aurait juré que Selene Zabini entrait en transe. La jeune femme jeta un regard vers Malefoy. Celui-ci avait également surpris le comportement de la femme de son meilleur ami et la particularité du trajet de ses regards. Il grimaça imperceptiblement vers l'ancienne griffondor, mais son visage affichait un air songeur. Hermione se détourna vers Harry et, se forçant à sourire, elle tenta de ne plus y prêter attention. Elle ne put empêcher un léger frisson de parcourir son dos alors qu'elle avait l'impression de se sentir plus faible, comme vidée de toute énergie. Comme si son être passait sous le joug d'un redoutable occlumens …

oOo

Lettre de Pansy Nott-Parkinson à Hermione Weasley-Granger

Ministère Britannique de la Magie, office n° 854, le 19 mars 2013

Granger,

Bon, je n'aime pas trop t'écrire, mais je le dois bien. Comme tu dois le savoir, car tu n'es pas idiote, je sais que Drago t'a sauvé la vie. Je veux bien croire que lorsque tu as appris son curieux acte de bravoure, ça t'a surprise, chamboulée, tout ce que tu veux. Enfin, ne va pas te plaindre non plus, puisque grâce à son geste stupidement héroïque, tu es vivante. De mon point de vue, je ne trouve pas cela particulièrement agréable comme nouvelle, mais toi tu peux être contente. Toujours est-il que ça change un peu la perspective de notre petite enquête, tu ne crois pas ? Déjà que nous stagnions un peu jusqu'à présent, alors avec ce que je viens d'apprendre…

Granger, tu es une gentille fille, tu ne peux décemment pas enquêter sur Drago, dans son dos, après ce qu'il a fait pour toi, non ? De toute manière, j'ai l'impression que nous ne verrons pas le fond de l'affaire. Bref, ce secret a l'air important pour lui, alors sois une brave fille, comme tu sais l'être, et abandonne l'enquête. Tu peux considérer ça comme un renvoi de nimbus, tu lui rends service à ton tour. Tu lui laisses son secret, auquel il a l'air de tenir – tu te souviens quand je t'ai dit qu'il était même allé jusqu'à pleurer ! – et tu abandonnes l'enquête.

De mon côté, je verrai ce que je ferai, ça me concerne. Dans le meilleur des cas, je te tiendrai au courant. Car, bien entendu, moi je suis libre d'enquêter, toi tu as… Comment dire ? Un devoir moral envers lui. Oui, parfaitement, un devoir moral. Alors laisse juste tomber l'enquête, ok ?

J'attends ton hibou.

PNP

Lettre de Selene Zabini-Wright à Hermione Weasley-Granger

Zabini's Manor, le 20 mars 2019

Bonjour,

Ma lettre doit vous surprendre, nous ne nous connaissons pas vraiment après tout, mais j'ai le sentiment que je dois vous écrire instamment. Nous nous sommes vues, il y a peu lors de la journée porte ouvertes de l'école de nos enfants, et je me souviens que vous m'avez surprise en train d'agir de manière pour le moins étrange… Je m'en excuse et m'en explique. Mon entrée en matière va vous sembler surprenante, mais je dois tout d'abord vous dire que j'ai un don de Troisième œil extrêmement développé, qui me permet assez naturellement de voir au-delà du réel – l'avenir, le passé, les présages, mais également les essences magiques. Ainsi, l'autre jour, j'étais en train de sonder votre magie, ainsi que celle de Drago Malefoy. Croyez bien que je m'en excuse, c'est extrêmement gênant et pour le moins malpoli. Pour tout vous dire, Pansy Parkinson m'a confié qu'elle avait découvert que mon ami vous avait sauvé la vie – oui, je pense bien que vous devez être déstabilisée que tant de gens le sachent, si vite, et j'aurais de loin préféré demeurer ignorante, mais le fait est là. Et je me suis remémorée une impression que vous m'aviez laissée, au Nouvel an. Je pense que je vous dois la vérité, et je vous laisse en faire ce que vous voulez, notamment par rapport à Drago. Un lien très puissant, composé d'ancienne magie, vous relie à lui : vous avez une dette de sorcier envers Drago. Ce n'est pas évident à deviner même pour les concernés, d'autant que je sais que vous ne connaissez votre sauvetage que depuis peu…J'avais senti ce lien, il y a quelques mois, et j'en suis à présent certaine. Par ailleurs, je ne peux vous cacher que c'est de la magie très vivace ; Drago s'est sacrifié pour vous sauver, il n'a pas hésité alors que les retombées auraient pu être terribles. Cet acte est pur, et rend votre lien d'autant plus tangible. Je pensais juste qu'il était de mon devoir de vous en informer, et je m'excuse encore d'avoir fouillé votre magie pour vérifier mon hypothèse.

Une dernière chose, il me semble important de préciser que cette dette vous lie à Drago à vie, peu importe ce que vous ferez pour lui. Votre lien est plus puissant que ce que je pensais, à tous égards.

J'espère que mes informations vous serviront.

Selene Zabini

Jane Rosier reposa les deux lettres en affichant une moue pour le moins déconcertée. Elle releva le regard vers Hermione, assise face à elle dans la salle sombre et enfumée du Chaudron Baveur. La brunette mordillait nerveusement la paille qui plongeait dans son verre déjà vide, clairement préoccupée.

.- Bon, soupira Jenny. Voilà autre chose…

.- Effectivement.

.- C'est embêtant, ça ? demanda-t-elle, indécise.

.- Je ne sais pas encore, marmonna Hermione, l'air maussade.

Jenny s'appuya contre le dossier de sa chaise et observa attentivement les deux lettres qu'avait reçues son amie. Lorsqu'elle celle-ci s'était présentée à son bureau de secrétaire, la mine sombre, la jeune femme avait tout de suite compris que l'instant fugace de sérénité dont elles avaient toutes deux joui s'était envolé.

.- D'après ce que je lis, Pansy ne connaît pas les conclusions de la femme de Blaise, ajouta Hermione.

.- Tu crois ?

.- Je pense que Selene lui avait confié ses soupçons mais qu'elle ne m'avait pas encore « vérifiée », si l'on peut dire. Dans sa lettre Pansy a l'air de croire qu'en rendant un service important à Drago, ici en abandonnant l'enquête, ma dette serait effacée.

.- J'ai l'impression que l'idée que tu aies le moindre lien privilégié avec lui l'agace.

.- Pas faux, déjà au collège elle me jalousait d'être son souffre-douleur, plaisanta Hermione, acerbe.

Elle se tut un instant, passant ses mains fraîches sur ses joues surchauffées par l'émotion. Jenny pinça les lèvres, elle n'aimait pas voir son amie prise entre deux feux. Ce n'était pas bon pour elle, pas sain. Elle se reprochait confusément d'avoir encouragé Hermione à s'engager dans une voie aussi périlleuse, aussi bien pour l'enquête que d'un point de vue sentimental. Car il ne fallait pas se voiler la face, tout semblait s'embrouiller et se complexifier à mesure que le temps passait, et ce de manière inéluctable.

.- Dans sa lettre, Selene a l'air d'avoir découvert que ta dette est une dette à vie, murmura Jenny.

.- Génial.

Hermione grimaça.

.- Jen', je la sens mal cette histoire.

.- Bon, voyons… Que vas-tu faire ? Pour l'enquête, d'abord.

.- Eh bien… C'est ennuyeux. J'ai un cas de conscience qui va grandissant par rapport à Malefoy, mais d'autre part, j'aurais vraiment du mal à laisser tomber. Et Pansy n'est pas obligée de savoir ce que je décide.

.- Bien répondu, approuva Jenny, faussement enjouée.

Elle se doutait bien qu'Hermione ne lâcherait pas l'affaire, tout comme elle-même n'abandonnerait pas. Elles étaient toutes deux déjà trop impliquées, il était absurde de supposer qu'elles pouvaient tout laisser en plan et ignorer ce mystère qui les préoccupait depuis maintenant plusieurs mois.

.- Donc, que va-t-on faire ? poursuivit Jenny.

.- Poursuivre, bien sûr, déclara Hermione sur le ton de l'évidence. Je vais tenter de voir Neil Dodge, qu'il m'éclaire un peu sur les bouleversements qui ont agité les Malefoy lorsqu'il les fréquentait encore. Ça devrait nous éclairer sur beaucoup de points. Sinon il faut aussi en savoir plus sur Yaxley… J'imagine qu'une dernière descente au Département des mystères s'impose. Et enfin, il me reste cette piste étrange, suggérée par Kingsley Shacklebolt.

.- Le chef des aurors ?

.- Oui, il m'avait accompagnée à Azkaban. Il a demandé à Harry de me suggérer de parler à Narcissa Malefoy.

.- Intéressant… Et Harry d'ailleurs, qu'est-ce qu'il vient faire là ?

.- Je l'ignore, et ça m'inquiète. Il a l'air terriblement soupçonneux, et j'ai comme l'impression que notre petite enquête comme nos autres affaires ne pourront rester secrètes qu'un temps limité.

.- Ce qui veut dire qu'il faut se presser.

.- Exactement.

Les deux amies se turent à nouveau pour prendre la pleine mesure des évènements. Ce qu'elles avaient pris au début pour une petite enquête distrayante était devenu au fil du temps un véritable mystère auquel elles s'étaient attachées et qu'elles désespéraient de percer. De plus, elles n'étaient plus complètement indifférentes aux personnes qui y étaient impliquées, elles avaient pu se rendre compte du poids du secret qui les rongeait et elles les fréquentaient à présent directement. D'une part la famille Malefoy, de l'autre Neil Dodge, Willehm…

Derrière elles, un vacarme se fit entendre. Un groupe de gobelins se disputait vivement autour d'une partie de jeu de cartes sorcier qui tournait à l'aigre. Un vampire de passage qui était assis plus loin, sirotant une liqueur de sang, leur lança un regard mauvais, tout en retroussant ses canines. Bientôt, le calme revint dans l'antique bar et le niveau sonore des conversations se stabilisa. Ramenant son regard vers sa propre table, Hermione reprit :

.- Jenny, je me demandais… On va jusqu'au bout de l'enquête, mais j'aimerais bien qu'on ne révèle pas la vérité à tout prix. Tu comprends ? En fonction de ce que l'on découvrira…

.- Je comprends Hermione. Je sais que tu te sens gênée, et j'ai moi aussi le sentiment que si cette histoire est cachée, c'est pour une bonne raison. Néanmoins, est-ce que tu aurais la conscience tranquille de savoir où se trouve Lucius, pourquoi les Malefoy n'ont pas tous été jugés – et ce même si tu t'es entichée d'un Malefoy – bref tout le fond de l'histoire et de ne rien révéler. Sans vouloir t'offenser, ça te ferait la complice du Ministère, souligna Jenny.

.- Je le sais bien ça, Jane Rosier. Je le sais suffisamment, maugréa la brune.

.- Ok. Bon, on continue et l'on avise à la fin, c'est ça le plan ?

.- Tu en as un meilleur ?

.- … Non.

.- Bien, passons à présent à l'autre ordre du jour…

.- Ta dette ?

.- Quoi d'autre ?

.- Tu devrais faire croire à Parkinson que tu abandonnes, elle arrêtera de fureter autour de toi, suggéra Jenny. Et elle croira la dette annulée – j'ai comme l'impression que Selene Zabini ne lui dira pas le fond de l'histoire.

.- Espérons.

.- Bien, comment te sens-tu par rapport à cette histoire ? Déjà lorsque tu avais appris que tu devais la vie à Malefoy, la nouvelle t'avait passablement bouleversée. Pour preuve, tu t'es jetée dans ses bras après l'avoir accablé de reproches – drôle de manière de le remercier, se moqua la jeune Rosier.

.- Jen' !

.- Relativise Hermione, ce n'est pas si terrible.

.- J'imagine.

.- Bien, comment ressens-tu cette dette ?

.- Étrangement. Cela va à peu près totalement à contre-courant de la relation que je voulais avoir avec Malefoy. Je veux laisser les choses évoluer d'elles-mêmes et voilà que je découvre un lien à vie. Je ne veux pas de promesses, et nous voilà reliés par de l'ancienne magie, rien de moins. Je m'attache doucement à Malefoy, mais voilà que j'apprends que ma vie durant je devrai lui être redevable – pas qu'il en soit responsable, on ne décide pas de la création d'une dette.

.- Et… Est-ce que tu parviens à te projeter avec lui ?`

.- Justement, non. Ou du moins pas encore… Je n'en sais rien Jen', je suis perdue.

.- Je veux bien le croire.

.- Toujours est-il que ça me fait peur. Tu dois bien le savoir, toi, ce genre de lien influence les relations entre deux personnes et…

Hermione se mordit les lèvres. Sa tête tournait à mesure que les doutes surgissaient dans son esprit. Une légère nausée la saisit.

.- Tu as peur que ce que tu ressens pour Malefoy ne soit pas naturel, que tes sentiments soient influencés par cette dette ? Que ton attirance pour lui soit factice ? hasarda Jenny, guère convaincue. Hermione, je t'en prie…

.- Non, tu as parfaitement compris. Ça me rend malade de l'imaginer…

.- Hermione…

Jenny se pencha au travers de la table et saisit la main de son amie. Elle la caressa doucement de son pouce et lui offrit un sourire encourageant.

.- Hermione, Malefoy et toi aviez déjà une alchimie étrange bien avant qu'il ne te sauve. Qui plus est, cette relation spéciale qui s'instaure lorsqu'une dette magique est contractée, ne tient-elle pas tout simplement de la relation particulière qu'entretiennent déjà ses deux membres ? Je veux dire, on ne sauve pas la vie de quelqu'un indifféremment, et la personne sauvée ne peut rester insensible à son sauveur. Quoi qu'il arrive, il faut que quelque chose existe déjà au préalable, amitié, amour, haine, tout sauf l'indifférence. Et ce n'est justement pas le cas pour Malefoy et toi. Les liens magiques que scelle la dette ne servent qu'à consolider cette relation, ils ne modifient rien.

.- Jenny, tu dis ça pour me rassurer… J'ai une dette magique envers Malefoy, je suis liée à lui pour toujours. Je n'aime pas cet aspect, j'ai l'impression d'être enchaînée. Et si… Si ça ne marchait plus ? Nous deux, c'est peut-être juste une passade. Je veux dire, c'est tellement invraisemblable, j'ai encore du mal à le concevoir.

.- Et si ce n'était justement pas qu'une passade ?

.- Jenny, imagine que tout finisse, imagine que, je ne sais pas, je me remette avec Ron et…

.- Foutaises !

.- Je ne sais pas, ça ne me dérange pas de remplir ma dette, ce qu'a fait Malefoy pour moi m'étonne toujours autant et m'impressionne. Je ne suis pas sûre que j'aurais pu en faire autant. Mais … Est-ce que je dois lui dire ?

.- Pardon ?

.- Pour la dette, je dois lui dire ?

.- À toi de décider, Hermione.

La jeune femme se prit la tête entre les mains. Elle se sentait perdue, divisée. À l'instant, la seule envie qui la tenaillait était justement d'aller rejoindre Malefoy et de tout oublier. De ne plus se poser de questions, de ne plus réfléchir à la meilleure solution. C'était justement ce qu'elle aimait avec lui, cet aspect instinctif, ensemble ils ne portaient plus de masques, ils s'échappaient du présent. Elle sentit Jenny se lever et venir s'asseoir à côté d'elle. La main fraîche de son amie sur sa joue lui fit du bien. Hermione releva les yeux, et vit que Jenny l'observait attentivement.

.- Hermione, il y a quelque chose que je veux te demander…

.- Vas-y.

.- Dis-moi, tu ne penses pas que… Que tu es en train de tomber sérieusement amoureuse de Malefoy ?

Hermione resta muette, les yeux agrandis d'étonnement. Elle secoua plusieurs fois la tête, de gauche à droite, l'air de ne pas y croire.

.- Non, je… Non. Je ne pense pas…

.- Je te crois, sourit Jenny, mais… Garde ça à l'esprit, malgré tout. Ça pourrait te prendre par surprise.

Hermione roula des yeux et fit une légère tape sur la tête de son amie, laquelle éclata de rire. Elle fut néanmoins satisfaite de constater que la brune gardait un sourire rêveur aux lèvres.

oOo

End :) of the chapter …

Brefouille, j'espère vraiment que vous avez aimé, ou au moins apprécié, que je ne vous ai pas trop paumé, tout ça.

Alors la réaction de Pansy (héhé) comme promis, Astoria et Théo, un Harry soupçonneux et acerbe, un peu de romance en filigrane… Et la nouvelle donne de mon histoire (que j'avais déjà prévu depuis belle lurette, je vous rassure) : la Dette de sorcier.

Bon, j'attends vos avis, même si ceci est un détail prévu depuis longtemps, annoncé parfois lors de mes descriptions de notre petit couple, et qui a son rôle à jouer … ;)

J'attends vos gentils adorables merveilleux petits messages bouillonnants de tendresse ou critique (rayez la mention inutile).

Merci de m'avoir lue !

Bises à toutes et à tous !

See ya'

Olivia, alias Stellmaria