Adolescences tardives
Disclaimer: Tout à JKR, sauf les personnages sortis de mon imagination...
Pairing: HGDM, what else?
Coucou tout le monde :D
Bon bon, un chapitre par mois, est-ce recevable selon vous ? De toute façon, je ne pense pas que je puisse faire mieux (et si j'allais plus vite, ce serait cool un temps, puis après y'aurait comme une faille temporelle, tout ça, un truc tragique).
En même temps, je cours après le temps (phrase sous-nulle, je sais). La prépa, bien sûr, les DS-de-6-heures-ranafoutre-de-ton-samedi-matin, les sous-week ends, les soirées khâgnes (quoi mardi soir ? Pas de souci ! Puis le lendemain, tu rampes un peu, et tu souhaites te téléporter à la fac), l'humour de khâgneux (éprouvant, surtout si toi t'as gardé ton humour de glandeuse et que tu piges que dalle), et les profs qui nous disent « novembre, c'est le mal » (en extrapolant sur notre propension à la déprime et aux envies de suicide quand il y aura ce foutu concours blanc, sur notre acné qui va proliférer, sur notre future obésité et notre célibat assuré. Ha ha.)
Puis des soucis de santé, aussi, youpi tralala, c'est trop cool x). Erf.
Tout ça pour dire que c'est trop la joie, enfin, presque. Les vacances, ça fait du bien …
Bon, je n'ai pas non plus envie de trop me plaindre là, de suite, sur ce chapitre (en même temps quand je vois des crétins à perruque blonde se faire nommer à 23 ans, sous diplômés, à des postes inaccessibles pour le commun de mortel qui trime et se trouve face à un vide existentiel en réalisant qu'il ne sait pas le moins du monde ce qu'il va faire de sa vie… J'adore.)
Joie, joie (je m'auto convainc). Donc en ce beau premier Novembre, entre Halloween et la fête des morts, voici donc le 26ème chapitre d'Adolescences Tardives, fic Potterienne s'il en est, car il y a quand même des choses dont la magie perdure :)
(à propos d'Halloween, y'avait une de ces brumes hier, un truc de fou. Limite flippant, hein.)
(et je viens de revoir Le Prisonnier d'Azkaban (en vf malheureusement), et youhouhou, je vais laisser tomber Proust pour me relire la série, je le sens bien xD)
En tout cas, merci merci merci de me suivre, d'être toujours au rendez-vous malgré ma lenteur, de me couvrir de jolis messages qui me font sourire bêtement devant mon ordi. J'aime, j'aime, j'aime.
Et rapport à la dette de sorcier du dernier chapitre, je précise juste que je me suis basée sur ce qui s'était passé entre Harry et Pettigrew, dans les vrais livres, donc j'espère qu'après réflexion, ça vous semble logique :) Et oui, cela sert l'histoire ;)
Bref bref, j'espère que vous aimerez la suite :D
Et un gros remerciement à Queenz pour sa relecture comme toujours impeccable ;)
Bonne Lecture !
Réponses aux reviews anonymes:
MiladyMOon : Mercii pour ta review ma belle :) Tes mots me font toujours aussi plaisir, c'est un véritable bonheur d'avoir ton avis, toi qui me connais, qui suis mon écriture depuis un bon nombre d'années déjà … De retrouver ce lien supplémentaire entre nous, fragment collégial mais absolument pas dépassé, car les rêveries n'ont pas d'âge … Je suis contente de t'extraire ainsi pendant quelques minutes du présent pour un retour dans cet univers que nous chérissons tant. Ainsi que tu l'exiges, la suite arrive, mais n'oublie pas que j'attends la tienne :p J'espère qu'elle te conviendra, et que quelques lumières se feront dans ton esprit car, ça y est, la fin arrive à grands pas, plus qu'un minuscule et terrifiant petit nombre de chapitres ! Plein de Bisouss, et bonne lecture :D
Juliette : Coucou ! Mercii pour la review, c'est un plaisir de te retrouver au fil des chapitres. Certes Hermione est de plus en plus perdue, la pauvre, je la malmène ;) Je suis ravie que tu aies aimé la scène de l'ascenseur, je m'étais dit qu'un endroit aussi confiné était le plus à même d'exacerber les tensions .. ! Quant à l'hypokhâgne, je m'accroche, heureusement que les vacances existent (en théorie, en fait xD) J'espère qua la suite te plaira ; )
Clem : Merci pour la review, je suis contente que le chapitre t'ait plu ( la légère appréhension après avoir déserté feufeu aussi longtemps ). Le lien que suppose la dette de sorcier est effectivement plutôt fort, et sera déterminant (mais je n'en dis pas plus ;p). Quant à Pansy, c'est indubitablement son fort de mettre des bâtons dans els roues des autres, c'est une empêcheuse de tourner en rond comme on les aime ;) Quant au secret des Malefoy, il commence à devenir plus clair dans ce chapitre… Mais pas totalement encore xD J'espère que tu aimeras ! Des Bisous
Fantomlady : Coucou, toi ! Non, ne crains rien, je ne suis jamais furieuse de découvrir de nouvelles revieweuses (faute de nouvelle lectrice, apparemment xD) Le mal est réparé (et peut continuer de l'être, hin hin… :p). En tout cas, je suis ravie de lire que tu es une lectrice de longue date, c'est flatteur. Je suis plus que ravie que mon histoire te plaise, merci beaucoup pour tes compliments. Quand à la suite de la fic, je compte bien ne pas lâcher l'affaire, même si forcément, ce sera plus compliqué avec cette hypokhâgne pour le moins prenante x). J'espère que la suite te plaira !
lili carter : Coucou :) Merci pour la review, je suis contente que tu aimes ma fic ( je ne me souviens plus si j'avais déjà lu tes reviews, il y a plein de « lili » parmi les lectrices xD). En tout cas j'espère que la suite te plaira ;)
The Vampire diaries : Hey, merci pour la review :) Je n'arrive pas à déterminer si tu es francophone ou anglophone (ce qui serait super flatteur en fait), donc je te réponds en français ;) Je suis contente que tu aimes mon histoire, et j'espère que la suite te plaira :)
Fanficxfleurdecerisier : Hulloo :) Merci beaucoup pour ton habituelle review, je suis toujours contente d'avoir ton avis ! Bref, je suis contente que ça t'ait plu. Effectivement, pas mal de révélations, qui complexifient encore les relations, niark niark ;p Astoria comme Théo sont effectivement un poil dépressifs x) Quant à Hermione, elle a des scrupules, mais elle reste elle-même, et l'enquête continue. Des révélations (encore) dans ce chapitre ;) (oui je fais ma pub xD). J'espère que ça te plaira :)
lou29 : Salut salut :) Merci pour ta review, c'est un roman très agréable à lire ;) Je suis contente que tu aies aimé, et mea culpa pour mes délais un peu étendus en ce moment (vive l'HK xD). Pour répondre à ta review (dans l'ordre), je t'avoue n'avoir absolument pas pensé à Twilight en faisant référence à un vampire (je ne suis pas une grande fan de cette saga vampiresque, à fort potentiel comique selon moi :D). J'étais plutôt dans la perspective Rowlingienne, qui fait elle-même plusieurs références à des vampires, ne serait-ce que dans ses premières descriptions de Rogue. De plus, le Chaudron Baveur est un lieu de passage, si on y croise des momies, pourquoi pas un vampire ? ;) Sinon, pour la scène de l'ascenseur, je suis contente que ça t'ait plu, je me suis bien amusée à l'écrire, hi hi. Les disputes, c'est rigolo :D Pour Astoria, prend patience, il va y avoir de jolies révélations dans ce chapitre, tu vas en savoir un peu plus sur ses relations avec Neil, promis. Harry, de son côté, commence à se méfier… Les soupçons se resserrent autour de notre petit couple ! Et enfin, la dette de sorcier, le point de mire du chapitre :) Pour tout te dire, ce sera assez crucial pour le dénouement de la fic, mais je n'en dis pas plus ;) Ne t'inquiètes pas pour les sentiments de nos deux jolis amoureux, j'ai bien éclairci la chose, il me semble ? Quant à l'enquête, forcément, elle ne s'arrête pas, je ne vous fais pas mariner depuis 25 chapitres pour rien xD Quant aux confidences, chaque chose en son temps. Bon j'espère que la suite te plaira, je n'ai pas été super rapide, mais pas trop lente non plus, j'espère :) J'attends ton avis ! Des Bisous
Lalaoui : Coucou ! Je suis contente que ma fic te plaise, merci beaucoup pour tous tes compliments ça me fait vraiment plaisir :D Je suis contente que tu trouves que les différents aspects de mon histoire sont cohérents, enfin qu'ils forment réellement un histoire, c'est tout de même quelque chose d'important ! En tout cas j'espère que la suite te plaira ;)
« They don't know about us
Everyone's asleep when we play
Yeah the kids are all fucked up
Now it's too late to go
It's getting light out
I know you don't wanna
Sleep here alone
Just take it easy»
_ Cobra Starship, The Kids are all fucked up
oOo
Chapitre XXVI
// Un deux trois, nous nous cachons dans les bois, un deux trois, aux faux-semblants nous sommes rois.//
oOo
Les rayons paresseux du soleil s'étiraient mollement dans la pièce, projetant en ombre chinoise les premières fleurs écloses de ce début de printemps sur le parquet parfaitement ciré de la salle de billard. Seul le bruit des boules qui roulaient sourdement troublait l'atmosphère paisible et douillette de cette fin d'après-midi. Blaise Zabini s'appliquait à viser les sphères les plus importantes de ce jeu modifié magiquement, car celles-ci ne pouvaient être poussées vers les cavités aux angles de la table de jeu que selon un certain ordre et pouvaient, si l'on ne respectait pas le protocole, s'élever de manière à ce qu'on ne puisse les toucher. Toute la technique résidait dans la capacité du joueur à endormir leur méfiance en faisant semblant de viser d'autres boules, et aiguisait de ce fait sa capacité à changer de cap rapidement pour envoyer ces boules roublardes rouler dans les trous et gagner les points désirés, doublant ainsi son adversaire de jeu.
Derrière le métis, deux petites personnes observaient d'un air apparemment subjugué le jeu du maître des lieux. Nero Zabini et Scorpius Malefoy semblaient particulièrement impressionnés par la dextérité de Blaise. Quelques secondes plus tard, celui-ci envoya la boule et deux autres par la même occasion rouler dans les trous, et se retourna d'un air relativement satisfait.
.- Voilà les gnomes, c'est comme cela que l'on joue. Je sais que le Quidditch vous semble bien plus excitant, mais c'est avec ce jeu-là que vous vous ferez un nom dans les salons pour gentilshommes – que vous finirez bien par fréquenter un jour ou l'autre.
Nero leva un sourcil circonspect.
.- Tu n'y vas pas souvent, toi.
.- Moi ? Oh, c'est qu'on me réclame, et il faut savoir se faire attendre, ironisa Blaise. Entre nous, ces salons sont barbants au plus haut point, mais il est important d'y paraître important.
.- Et si on s'en fiche, demanda Scorpius. Si on ne trouve pas si important d'y être important ?
.- Crois-moi, tu ne t'en ficheras pas, déclara Blaise, l'air presque sérieux.
Il rangea son bâton de jeu dans le réceptacle prévu à cet effet et fit un signe de tête aux enfants.
.- Chose promise, chose due. Bon, à présent, il va falloir déguerpir, j'ai des amis de mon âge à rejoindre.
Les deux amis sourirent en se remémorant que c'était Blaise qui avait insisté pour les emmener ici et qui avait prolongé la démonstration. Même s'il s'en cachait, il appréciait la compagnie des enfants. La légère tension qui régnait parmi les adultes avait également dû influencer son choix. Il fit signe à son fils de partir, mais alors que les deux enfants sortaient, il posa la main sur l'épaule de Scorpius, lui notifiant qu'il voulait lui parler.
.- Bon, gamin, passons aux choses sérieuses. En tant que parrain – je ne sais pas pour quelle raison ton père me fait confiance, mais les faits sont là – je dois veiller sur toi. Alors dis-moi un peu, comment te sens-tu ?
Le blondinet le regarda gravement, et l'espace d'un instant, Blaise eut l'impression que son meilleur ami lui faisait face. Il déglutit difficilement, ce n'était pas normal d'avoir autant de prestance à seulement sept ans, son propre fils en était encore à revenir couvert de boue presque toutes les fois où il sortait de la maison – bon Scorpius était également en piètre état lorsqu'il l'accompagnait. Mais cette attitude, ce sérieux… Un vrai Malefoy.
.- Je vais bien Blaise, ne t'en fais pas. Tu veux parler des problèmes de papa et maman ?
.- De quoi d'autre ? marmonna Blaise.
Scorpius arbora un sourire en coin, qui tenait plus de la grimace sur son visage qui se fermait.
.- Je… Je trouve ça dommage, mais je m'y attendais. Enfin non, pas vraiment, car je croyais que dans les familles comme la nôtre, on ne se séparait pas, déclara-t-il.
.- Ce n'est pas une règle mais c'est le cas.
.- Mais je trouvais ça triste, avant. Papa et Maman ne se parlaient plus beaucoup.
.- Et maintenant ?
.- Pas beaucoup plus en fait… grommela Scorpius. Mais ils ont l'air moins froids, et ils sont davantage gentils avec moi. J'y gagne, en fait.
.- Mmh, tu ne perds pas de vue ce qui peut t'avantager, remarqua Blaise.
.- C'est toi qui me l'as appris, parrain.
Blaise sourit alors que Scorpius le regardait, narquois. Un vrai Malefoy. Il ne laissait rien voir, et s'il était peiné, ça ne regardait que lui, songea le métis. Il se doutait bien que le gamin s'en remettrait, il était fait d'acier trempé. Toutefois, il avait l'impression que le garçonnet était beaucoup plus tendre et sensible que ne l'avait été son père, et il avait bon espoir de voir une page se tourner avec cette nouvelle génération. Ignorant la grimace de son filleul, il lui ébouriffa ses cheveux couleur de blé.
.- Bon, va donc rejoindre ma crapule de fils. Et n'oublie pas que tu peux venir me voir, tu n'es pas obligé de me parler, mais juste, n'hésite pas…
L'héritier Malefoy laissa un instant tomber le masque et un sourire plus doux se peint sur son visage.
.- J'y penserai.
Et, trop droit pour son âge, il sortit de la pièce, laissant Blaise seul. Celui-ci s'accorda quelques secondes, puis sortit à son tour, allant rejoindre sa propre génération, qui avait profité de l'atmosphère plus douce pour s'installer en terrasse. Ombragés par des bouleaux bourgeonnants, les adultes discutaient avec une apparente tranquillité, commodément éparpillés dans des fauteuils d'osier sur la vaste terrasse de pierre surélevée qui donnait sur une pièce d'eau limpide. Dans leurs mains, des bouteilles de Bierraubeurre largement entamées permettaient une certaine langueur, et Blaise retint un ricanement en voyant un certain nombre de cadavres de bouteilles sur la table basse. Il s'affala lourdement dans un des sièges et saisit une boisson, qu'il décapsula négligemment de sa baguette. Après avoir bu une longue gorgée, il jeta un regard en coin vers son meilleur ami, qui l'observait ironiquement.
.- Un souci Malefoy ?
.- Je me demandais juste comment s'était passé ta leçon.
.- Fort bien, ils ont saisi l'importance de fréquenter les bons cercles et de se donner du mal non seulement pour y entrer mais pour en être le point de mire, déclara Blaise d'une voix laconique.
.- Et tu ne leur as pas précisé que tu t'en étais fait chasser ?
.- Bien sûr que non, j'ai prétexté que je me faisais languir.
.- Zabini, tu as un certain art pour transformer la réalité, se moqua Drago.
.- Merci du compliment. De toute façon, c'est un pieux mensonge, du moment qu'ils ont compris le point principal : apprendre à jouer au billard.
.- Naturellement.
Ils échangèrent un regard railleur puis Blaise laissa glisser ses yeux à la gauche de son meilleur ami. Astoria était là, à nouveau. Pâle, les traits fatigués, l'habit morne, elle esquissait malgré tout un maigre sourire à l'entente des piques de son mari et de son ami. La situation était étrange, mais le jeune homme devait bien constater que tous faisaient des efforts, et que l'après-midi n'était peut-être pas perdue. Les gestes et les paroles manquaient de naturel, mais témoignaient d'une bonne volonté qui laissait espérer la fin de cette mauvaise période.
.- Où sont les enfants, Blaise ? demanda son épouse.
Aucune idée, avoua celui-ci. Sans doute dans la chambre de Nero, à moins qu'ils n'aient à nouveau décidé de converser avec l'aïeul du tableau du troisième, tu sais ce vieux Montrose.
.- Tant qu'ils ne recommencent pas à négocier une chevauchée avec les centaures, grimaça Selene.
.- Ils ne devraient pas, intervint Astoria. J'ai lieu de croire que Scorpius a conçu de leur mésaventure une certaine antipathie à leur égard.
.- C'est plutôt légitime, n'importe qui serait énervé par un tel épisode, se faire attacher à un arbre tout l'après midi, à vingt pieds de hauteur…
.- Ils en ont tellement honte que cette anecdote nous donne un joli moyen de pression, plaisanta Blaise.
Selene roula des yeux et fit un clin d'œil à son mari. Celui-ci, taquin, lui envoya un baiser qu'elle saisit de la main. Leur couple était sans aucun doute fort et fait pour durer, et le jeune homme s'en félicitait. Il ne pouvait se passer de sa femme, et il ne doutait pas qu'ils étaient tous deux parfaitement accordés, donnant l'impression, selon l'expression moldue, d'être sur la même longueur d'ondes. Il avait trouvé celle qu'il lui fallait… Son regard d'ébène passa lentement sur les visages de ses amis. Drago et Astoria faisaient plus ou moins bonne figure, et il s'amusa un instant de remarquer que le couple Nott semblait les surveiller avec attention. Théodore posait un regard inquiet sur Astoria, et Blaise fronça légèrement les sourcils en remarquant que son visage avait revêtu un air amer qu'il ne lui avait pas vu depuis longtemps. Blaise ne se souvenait que trop bien des problèmes qu'avait endurés le jeune Nott et de sa propension à la déprime. Adolescent solitaire et taciturne, il était devenu un jeune homme mal assuré. Il semblait s'être enfin pleinement assumé depuis quelques années, devenant accompli et maître de lui-même, mais cette vague de mélancolie sur son visage n'était pas des plus rassurantes. Blaise observa Astoria, sa peau pâle, ses traits tirés… Il savait que Theodore et Astoria avaient toujours été des amis très liés, notamment par leurs centres d'intérêt et leurs faiblesses, mais il espérait que ce qu'il voyait à présent n'était qu'une conséquence sans importance de cette mauvaise passe.
Pansy, de son côté, semblait scruter Drago. Ses lèvres cramoisies étaient serrées, et elle-même paraissait tendue. Blaise réalisa alors que le problème qui gangrenait leur groupe ne venait pas uniquement du couple Malefoy, chacun d'entre eux en était au contraire un facteur. Chacun d'entre eux jouait un double jeu, servant ses propres intérêts, scrutant son voisin, menant sa propre politique. C'était cet amalgame de tensions et de non-dits qui les éloignaient. Cet étranglement de la confiance, qui n'était plus qu'une ombre fugitive, telle un souvenir. Surprenant un regard de Selene, il lui sourit. Celle-ci, rassurante, lui saisit la main et la serra doucement, l'apaisant immédiatement.
.- Eh bien, quel silence, tenta-t-il, je trouve que nos petites réunions perdent en gaîté. C'est d'un sinistre …
.- On sent bien que c'est navrant pour toi, railla Pansy.
.- Parfaitement Pan, enfin, notre credo n'était-il pas de laisser nos problèmes de côté lorsque nous sommes ensemble ? De s'amuser et de profiter de la vie tout simplement ?
.- Et si le problème est interne ? insinua Astoria, la voix vaguement acide.
.- Alors on l'étouffe, déclara le jeune homme, voulant couper court aux protestations. Enfin Asto, un peu de feu, je te trouve triste à mourir. Drago, sors-moi donc quelque chose de plus fort, vous êtes tous d'un ennui, c'est atroce.
Il grimaça dramatiquement tout en avalant une longue rasade de bière. Un sourire en coin se fraya sur son visage en voyant que ses amis semblaient enfin réagir.
.- Tu exerces ton pouvoir de maître des lieux et nous plies à ton caprice, ironisa Theodore.
.- C'est une bonne idée ça, Theo ! Voilà, les jeux sont faits ; je suis donc votre seigneur, et vous, ô vils courtisans, obéissez-moi, je veux des rires et point de rancune, et de l'amitié avant toute chose. Sinon, déguerpissez céans.
Et Blaise paracheva sa tirade en se levant et en les menaçant par des gestes de bouffon de théâtre, usant de sa bouteille de bière en lieu et place d'épée. Un rire nerveux ne tarda pas à secouer l'assemblée et les visages s'éclairèrent enfin sincèrement. Le métis échangea un regard complice avec Selene, et alors que celle-ci invoquait de nouvelles bouteilles, il contempla avec ravissement ses amis reprendre vie et couleur et s'animer, enfin.
Un peu plus tard dans la soirée, alors qu'ils s'étaient réfugiés à l'intérieur, car les nuits restaient froides, Blaise se retrouva esseulé sur la terrasse, savourant une cigarette dont le bout rougeoyait dans la brise qui s'était levée. Il sentit quelqu'un s'accouder à côté de lui et sourit largement à son meilleur ami emmitouflé dans une épaisse cape de vison noire, fermée par d'élégantes attaches d'argent en forme de faucons.
.- Par Merlin Blaise, tu es génial, commenta Drago. Je m'incline, tu as brillamment réussi à sauver cette soirée, ce qui n'était pas une mince affaire.
.- J'ai toujours su que j'étais un génie, approuva simplement le jeune homme. Néanmoins, ravi de te voir de retour parmi nous. Et Astoria également, à l'occasion.
.- Ta petite lettre de la dernière fois m'a fait me sentir ingrat envers toi et les autres.
.- Ah oui, cette lettre. Tu ne trouves pas que je suis excellent lorsque je m'énerve ?
.- Motivant serait le mot exact, sourit Drago en allumant négligemment une cigarette. Mais de toute façon, tu t'imagines bien que je ne t'aurais pas abandonné si facilement.
.- Je l'espère bien. Enfin, l'important est que tu sois là, et d'une humeur relativement joyeuse qui plus est.
.- Comme tu le vois, j'ai exaucé ta requête.
.- Et Pansy ? Tu lui as parlé ?
.- Hmm oui, hésita Drago, nous avons parlé.
Il tira une bouffée et un nuage de fumée s'envola vers les jardins en de lentes circonvolutions. Le blond resta silencieux, comme s'il choisissait scrupuleusement les mots qu'il allait utiliser.
.- Vous avez parlé, répéta Blaise. Et ?
.- Zabini, je ne sais pas de quelle manière, mais Pansy sait que j'ai sauvé Granger, gronda l'héritier Malefoy, la mine sévère.
Il tourna pleinement son visage vers son ami. Blaise l'observait d'un air incrédule, sa cigarette en suspens à mi-chemin de sa bouche.
.- Eh quoi ! Tu penses que je lui ai dit ? Ne sois pas ridicule, c'est à peine si je songe encore à ce… Détail.
.- Désolé, je ne voulais pas t'accuser, soupira Drago. Je me demandais juste de quelle manière elle le savait.
.- Ce n'est pas important, ça. Comment l'a-t-elle prit, plutôt ? Mal, j'imagine.
.- Assez oui. Là, elle est encore furieuse après moi, à part lorsqu'elle boit apparemment car dans de tels moments elle devient franchement affectueuse avec tout le monde.
Blaise sourit d'un air entendu. Il jeta un coup d'œil par-delà son épaule. Au travers des baies vitrées, il pouvait voir le salon largement éclairé où ses amis ainsi que sa femme étaient mollement affalés sur des sofas. Un jeu de cartes abandonné gisait sur le sol et la musique d'un groupe sorcier des années soixante sortait langoureusement d'un gramophone.
.- Sinon, Blaise, il y a autre chose dont je voudrais te parler, continua Drago.
.- Vas-y.
.- Je… Je ne sais pas trop comment dire ça, j'ai perdu l'habitude.
.- Accouche, vieux.
.- Je suis plus ou moins en relation avec Granger, marmonna le blond, ses joues pâles se colorant légèrement à la lumière des vitres.
.- Attends, tu rougis ou quoi ? s'étonna Blaise, choqué.
.- La ferme Zabini, grimaça Drago.
.- Et tu… Par Salazar, tu veux dire que tu sors avec Hermione Granger, la Hermione Granger ?
.- Allez, dis-le encore plus fort, maugréa Drago. Non je ne sors pas avec elle dans le sens strict du terme, sauf que l'on fait tout comme si l'on sortait ensemble. Mais elle a du mal à envisager cette idée, moi aussi d'ailleurs.
.- Merlin… Si l'on m'avait dit ça…
.- … Tu ne l'aurais pas cru, oui je sais, moi non plus.
Blaise resta coi quelques secondes.
.- Astoria le sait ?
.- Non, et je te prierai de ne pas lui dire. Je vais, bien entendu, lui en parler, mais plus tard, ok ? Ce n'est même pas sûr que ça dure avec Granger même si…
Quoi ?
.- Je n'en sais rien, c'est étrange, mais je l'aime bien. Beaucoup même. Elle me fait rire, et j'aime la regarder, être en sa présence. Je me sens bien avec elle. Elle est fascinante comme fille.
.- Heureusement que tu lui as sauvé la vie, hein ? railla Blaise.
.- Zabini…
.- Ose me dire le contraire. Bon, je tente de digérer la nouvelle : Granger et toi êtes ensemble. .- Ok. Bon, ça se voyait venir. En même temps, vous n'avez jamais su vous comporter normalement, vous deux.
.- Tu le vis bien ?
.- Quoi, ton « couple » ? ironisa Blaise. C'est bon, je ne suis pas en sucre. Je pense même que ça peut être intéressant, la Grangie et toi. Bon ça va être compliqué lorsque vous déciderez de ne plus vous voir en cachette mais en public.
.- Ne m'en parle pas.
.- Aha, ça veut dire que tu l'as déjà envisagé ! pointa le jeune homme.
Blaise observa d'un air rieur son meilleur ami. Malgré sa mine renfrognée, Drago ne parvenait pas à dissimuler un sourire ravi. Le métis se sentait fier de lui, il avait l'impression de le voir grandir, évoluer. Lui qui était resté si longtemps figé en pleine représentation, imitant son père par peur de vivre pour lui-même, s'animait enfin. Et si Granger en était le facteur… Alors qu'importe, la vie avait au moins le mérite d'être surprenante.
oOo
Neil Dodge repéra rapidement la brunette lorsqu'il pénétra dans la salle bruyante du Chaudron Baveur. Le pub était exceptionnellement bondé et des groupes de supporters de Quidditch fêtaient bruyamment la victoire de leur équipe dans le match qui avait opposé les joueurs anglais à l'équipe néerlandaise, redoutable adversaire. Néanmoins, malgré la masse de jeunes et de moins jeunes sérieusement avinés, la jeune femme se détachait à un rebord isolé du bar, observant d'un air hâbleur les autres consommateurs revivre intensément les dernières heures de jeu. Il lui adressa un signe de tête lorsqu'elle croisa son regard, et après avoir fait signe au barman de leur préparer deux boissons, il se fraya un passage et s'assit sur un tabouret miraculeusement libre.
.- Bonsoir, Neil, sourit Hermione. Je suis contente que vous soyez venu.
.- Je ne suis pas du genre à me dédire, remarqua l'Américain.
.- Je n'en doute pas. Vous avez donc bien prolongé votre séjour ?
.- Comme vous le voyez, oui.
.- Astoria Malefoy … ?
Neil sourit d'un air vague, sa main passant sur son menton mal rasé.
.- Elle a bien voulu me revoir, et m'a dit la vérité. Pour son couple. Elle va divorcer.
.- Je sais… murmura Hermione.
.- Vraiment ? C'est étonnant puisque la presse n'a pas encore saisi l'affaire. Mais c'est vrai que vous travaillez avec ce Malefoy.
.- Oui, c'est cela, approuva la jeune femme, s'en voulant pour sa bourde. En tout cas je suis ravie de vous revoir, Harry sera heureux de savoir que vous êtes toujours ici. Vous aviez bien discuté lors du gala, il me semble ?
.- Notre inimitié commune à l'égard de Malefoy a sans nul doute tissé des liens de sympathie mutuelle. Et de plus votre ami est de très bonne compagnie. Comment va-t-il ?
.- Bien, toujours très occupé à son poste d'auror.
.- J'ai entendu dire que le chef des aurors, Shacklebolt, allait se présenter pour être Ministre ?
.- C'est vrai, d'où une certaine effervescence au Ministère.
.- Les périodes d'élections sont toujours ainsi, surtout depuis que l'on a décidé de mêler le vote populaire au choix du Ministre.
.- C'est une réforme très importante.
.- Étant Américain, je ne peux que la soutenir.
Le barman au crâne de plus en plus dégarni arriva et leur déposa deux chopes pleines de bière irlandaise. Neil sortit une poignée de pièces d'une bourse attachée au revers de sa cape et la remit au vieil homme lui indiquant de garder la monnaie. Puis il se tourna vers Hermione et leva sa boisson.
.- C'est moi qui invite, sourit-il, je le dois bien à l'une des seules amies que j'ai de ce côté de l'Atlantique.
.- Dit comme ça, c'est un peu attristant, grimaça Hermione.
.- Je fais dans la qualité, pas dans la quantité. Et je me suis permis de prendre deux Guinness pour être à contre-courant du nationalisme ambiant de ce bar.
.- Vous savez bien les effets du Quidditch.
.- Bien entendu, je suis moi-même un grand fan, mais là je ne me sens pas trop concerné par ce match – en fait, je dis ça mais c'est que je n'ai pas réussi à me procurer de place.
Hermione sourit dans sa main. L'Américain l'amusait.
.- Eh bien trinquons donc à… ?
.- Au Quidditch ?
.- Je n'ai jamais dit que j'étais moi-même fan, pointa la jeune femme.
.- Alors à ce cher Malefoy, qui m'offrit malgré lui une amie ? railla Neil.
.- Pourquoi pas…
Et ils burent de concert. Hermione sentait son pouls battre un peu trop vite, sans doute avait-elle le sentiment de duper Neil. Mais après tout, ne trompait-elle pas tout le monde ? Elle appréciait Neil, sa décontraction et son accent traînant n'étaient pas sans lui remettre en mémoire des souvenirs de ses années d'études, de l'immense brassage culturel dans lequel elle avait vécu à la Haye. Elle se souvenait particulièrement d'Emily, la jeune Américaine qu'elle fréquentait là-bas. C'était bien la première fois qu'Hermione avait fait primer une amitié féminine sur les autres, mais cette nouveauté lui avait fait du bien. Elle se souvenait également des autres, d'Edgar le français à la langue pendue et à la vanité exacerbée, et de Gonzague, le joyeux latino. Elle les avait finalement tous plus ou moins perdu de vue, les années passant, leurs vies qui s'étaient mêlées un instant bifurquant vers des voies différentes. La jeune femme se demanda s'il en était de même pour Neil et Astoria, si cela devait toujours fonctionner ainsi. Elle savait bien que si elle avait fait plus d'effort, elle aurait conservé ces amis, mais ne devait-il pas en être de la sorte ? Ou bien s'était-elle totalement fourvoyée en se renfermant avec les mêmes connaissances, ne profitant pas des opportunités qu'on lui offrait ? Gonzague… Elle se souvenait qu'il avait voulu un temps la séduire, mais qu'elle s'était cramponnée à son cocon habituel. Elle ne s'était pas demandée un instant ce qu'elle voulait réellement, mais était restée campée sur ses positions. À présent Malefoy représentait une certaine nouveauté, et elle lui avait offert sa chance. La jeune femme souffla doucement puis prit une gorgée de bière. Elle espérait que ce saut dans le vide ne l'emporterait pas. Pour l'instant, il la grisait.
Le duo resta une vingtaine de minutes à badiner, conversant de sujets divers et variés, et riant sous les plaisanteries. Ils observaient d'un œil hilare les supporters de plus en plus enivrés, et se contaient maintes anecdotes qui leur firent se connaître davantage. Hermione sut bientôt beaucoup à propos de la jeune sœur de Neil, Maddy, qui venait d'épouser un Argentin fantasque, au grand dam de son frère, et le jeune homme évoqua même Lilias, une femme qui avait longtemps partagé sa vie. En échange, Neil connut de nombreux détails croustillants sur les aventures de jeunesse d'Hermione et de ses deux meilleurs amis, de l'épisode du Troll au vol en sombral qu'ils avaient effectué, en passant par le coup de poing que l'adolescente d'alors avait administré à Drago Malefoy.
.- Sérieusement ? s'esclaffa Neil. Hermione, vous êtes mon héroïne !
.- C'est l'un des grands moments de gloire de ma vie.
.- Je n'en doute pas un instant. Par Morgane, vous devez vous remémorer ce souvenir à chaque fois que vous le voyez !
.- Pas exactement, mais je dois avouer que je suis particulièrement fière de moi, sourit Hermione.
Neil secoua la tête en souriant, comme s'il voulait garder à jamais l'anecdote à l'esprit. Hermione l'observa avec attention. Il la surprenait, il pouvait tout aussi bien être jovial et d'excellente compagnie et virer rapidement à un cynisme cruel. Qu'importait, cela ne l'empêchait pas d'apprécier sa compagnie, mais ce caractère séquencé l'intriguait. Il posa sa chope et s'essuyant les lèvres du bout des doigts, il reprit un air plus sérieux.
.- Hermione, vous m'aviez dit que vous vouliez me voir pour me poser des questions particulières. À présent que nous avons bien bavardé, je vous en prie, dites moi tout, vous avez aiguisé ma curiosité.
.- Pour tout vous dire, et sans m'embarrasser d'une entrée en matière hasardeuse, je voudrais que vous me disiez exactement pour quelle raison vous vous êtes brouillé avec les Malefoy, avec Astoria surtout. Pourquoi vous avez quitté l'Angleterre.
.- Effectivement, ce sont des questions personnelles, observa Neil, le visage fermé.
Hermione se mordit les lèvres. Mal-à-l'aise, elle focalisa son regard sur une goutte ambrée de bière, qui roulait insensiblement sur le verre de sa chope.
.- Bien entendu, je ne veux pas vous forcer à me répondre, reprit la jeune femme. Nous ne nous connaissons pas vraiment, après tout. Néanmoins vous devez savoir que ces informations sont importantes pour moi, il ne s'agit pas de curiosité déplacée, ajouta-t-elle en assurant sa voix.
.- Et pour quelle raison devez vous savoir ces faits personnels ? demanda Neil.
Hermione déglutit et tourna son regard vers lui. Sa peau basanée lui donnait un air vaguement menaçant tandis que la barbe qui piquetait ses joues participait à sa mine sombre. Seuls ses cheveux, à la couleur des sables mouvants, éclairaient un peu ce visage aguerri, où brillaient comme deux gemmes ses yeux légèrement enfoncés.
.- Je vais être honnête avec vous, mais j'espère bien que, de votre côté, vous saurez être discret.
.- Je m'y engage, assura Neil, la voix ferme.
.- Je mène actuellement une enquête officieuse pour le compte du Département de Justice Magique. Pour n'en dire que les grandes lignes, je dois découvrir d'une part pourquoi Drago Malefoy et le reste famille ont échappé à un quelconque procès, et de l'autre pourquoi Lucius Malefoy lui-même a renoncé à porter son procès en appel.
.- Et en quoi ma vie doit vous aider à découvrir ce que vous voulez savoir ?
.- Il semble que les faits se rejoignent aux alentours du 2 juin 2003. N'est-ce pas vers cette période que vous avez brusquement cessé tout commerce avec les Malefoy ?
.- Certes.
.- Aussi, vous comprendrez que la connaissance de tout ce qui a pu arriver à cette famille à cette période me permettrait sans doute de savoir la vérité sur cette affaire, une anecdote anodine peut très bien faire la lumière sur toute l'histoire.
Neil resta silencieux quelques instants, comme considérant ses options. Puis il reprit lentement :
.- Votre affaire m'intéresse, et à présent que vous m'en avez parlé, j'aimerais moi aussi savoir le fond de l'histoire. Même si ce que je vais vous dire ne m'est guère agréable, je vais vous aider.
.- Merci, Neil, sourit Hermione, sentant une vague de soulagement l'envahir. Alors, expliquez-moi tout d'abord vos relations avec Astoria Malefoy.
Son compagnon se tut pendant une minute, comme si les mots ne pouvaient passer le barrage de ses lèvres. Comme s'ils étaient enfermés depuis si longtemps que le secret était devenu leur forteresse.
.- Astoria et moi sommes des amis d'enfance, et des parents éloignés. Nous avons toujours été très liés, et nous passions nos étés ensemble tour à tour en Angleterre ou sur la côte Est des États-Unis.
.- Vous étiez davantage proche d'elle que de Daphné, par exemple ?
.- C'est vrai, opina-t-il. J'avais un an de plus qu'Astoria et un de moins que Daphné, mais je préférais de loin la cadette. Daphné Greengrass ne se joignait pas toujours à nos réunions estivales, et je la voyais moins. Et puis, la libéralité de mes parents, le fait que nous soyons Américains, ainsi que notre manque de convenance nous desservait à ses yeux.
.- Vous étiez de quel parti pendant la guerre ? demanda Hermione, la voix un peu gênée.
.- Celui de Dumbledore, répliqua aussitôt Neil, ses yeux brillant. Lorsque je dis qu'aux yeux de Daphné, notre famille était libérale, c'est dans tous les sens du terme.
.- Bien. Vous… Étiez-vous amoureux d'Astoria ?
.- … Oui.
La tête du jeune homme s'affaissa insensiblement, comme si à l'instar d'Achille, sa plus grande faiblesse venait d'être découverte. Hermione hésita un instant et, après un signe au barman de leur rapporter de quoi boire, elle saisit sa main durant une fraction de secondes, exerçant une pression amicale. Il la regarda avec un sourire.
.- Je n'ai pas besoin de tant d'attention, vous savez.
.- Peut-être, mais moi j'ai besoin de vous la donner, cette attention.
.- Alors merci. Vous pouvez continuer.
.- Bien. Dites-moi Neil ce que vous faisiez exactement pendant la guerre ? Fréquentiez-vous toujours Astoria ? Car c'est à ce moment-là qu'elle s'est liée avec les Malefoy.
.- Je ne l'ai plus vue pendant un certain temps, les frontières étaient fermées et moi, mineur. Nous entretenions une correspondance. Je n'appréciais pas du tout son rapprochement avec Drago Malefoy, et le condamnais, mais elle ne voulait rien entendre. Ses défauts qui étaient pour moi indéfendables, car il était l'incarnation du genre de sorcier que je détestais, ne la dérangeaient pas. Elle était d'un autre genre de famille.
.- Vous étiez jaloux ?
.- Extrêmement. Mais je me suis dit que dans ce contexte de guerre, ce que je croyais être un simple flirt serait passager. Je savais qu'une certaine ambiguïté existait déjà entre elle et moi et j'espérais bien la conquérir lorsqu'enfin, je pourrais la revoir.
.- Et vous l'avez revue dès la fin de la guerre ?
.- Un peu après, mais je prévoyais de faire mes études en Grande-Bretagne. En arrivant, je fus extrêmement désappointé de constater que Malefoy et elle étaient très proches.
.- La guerre avait dû les lier, commenta Hermione. Le confinement, la peur…
.- Vous parlez de quelque chose de vécu ?
.- Sans doute, tout le monde l'a vécu, sourit amèrement la jeune femme.
Le barman apporta alors la seconde tournée de boissons, mais aucun n'y toucha, trop distrait par ce plongeon en plein passé.
.- Vous avez donc décidé de rester auprès d'Astoria.
.- Naturellement. J'espérais bien qu'un jour, elle reviendrait de cet aveuglement qui me semblait évident. Par ailleurs Drago Malefoy ne tarda pas à voir clairement en moi et son antipathie primaire, la même que celle qu'entretenait Daphné à mon égard, se mua rapidement en haine tenace. Malgré tout, il toléra ma présence car il savait combien Astoria tenait à moi, et surtout parce qu'il savait à quel point elle l'aimait, lui. Il était sûr de son couple, et pensait avec raison se venger suffisamment en m'imposant sa vision. Je ne fis en fait qu'aggraver les choses. Si au début Astoria ne se détourna effectivement pas de Malefoy, je ne gagnais de sa part une attention autre qu'amicale que lorsque les procès commencèrent. Les traques, les condamnations, les cours de justice, les nuits blanches à préparer une défense, la peur de tout perdre, la tristesse de voir des connaissances disparaître… Et son mari qui était occupé, rongé par le procès de Lucius Malefoy, de son meilleur ami Blaise Zabini, des anciens Mangemorts ou enfants de Mangemorts, tout cela contribua à augmenter sa tendresse pour moi. La vieille ambiguïté revint, et nous flirtions trop près des limites. Je ne me posais pas de questions, j'étais égoïste, je n'avais aucun égard.
.- Vous étiez amoureux.
.- Certes, mais ça ne m'excuse pas. Astoria était enceinte à ce moment-là, et elle était d'autant plus émotive, ce dont je profitais presque sans scrupule. Il y avait des remous parmi les anciens mangemorts, et Malefoy était trop absent. Elle était jalouse, dépitée, elle me séduisait puis revenait vers son mari, lequel ne lui expliquait pas ses absences. Lui-même voyait bien que sa femme se rapprochait de moi et d'énormes disputes survinrent entre eux. Et là encore, insensé et fou d'elle, profondément égoïste, j'en ai profité.
La voix de l'Américain devenait cassée, comme si sa gorge se nouait. Une moue dégoûtée se peignait sur son visage, dégoût de lui-même et reproche éternel. Il but une rasade de bière et poursuivit, tandis qu'Hermione n'osait l'interrompre, ne pouvant croire qu'elle touchait au but, bouleversée également par cette face de l'histoire.
.- Nous étions alors à la fin du mois de mai 2003. J'ai… J'ai aidé les soupçons d'Astoria, je la poussais à douter de son mari, à croire qu'il allait voir ailleurs, que son instinct était juste. Je détestais alors Malefoy au plus haut point, bien plus que je ne le déteste aujourd'hui. J'étais cette époque convaincu qu'Astoria était entre les mains d'un meurtrier, d'un mangemort de la pire espèce. Je sais à présent combien je me suis trompé. Toujours est-il qu'un certain soir, et ce pouvait très bien être le 2 juin, je ne me souviens plus, nous nous sommes rapprochés bien plus que de coutume et… Malefoy nous a surpris. Dire qu'il était en colère… Moi-même il me terrifiait. Il s'en est pris à Astoria, pas physiquement, bien entendu, d'autant qu'elle était enceinte de huit mois, mais verbalement, leur dispute fut colossale. Enfin, disant qu'il n'avait pas de temps à perdre avec ça, je me souviens très bien de sa mine écoeurée, il a transplané. Et Astoria n'a pas résisté. Elle était en larmes, folle de rage et de tristesse. J'ai voulu la réconforter, la prendre dans mes bras, mais à peine l'avais-je touchée qu'elle s'en est prise à moi. Elle m'en voulait furieusement, elle me détestait, et ce fut à notre tour de nous disputer. Je sentais bien que quelque chose s'était brisé, mais je m'accrochais, et j'en voulais à Malefoy, et à elle également, qui me rendait fou, qui ne m'avait rien accordé.
Neil déglutit et tourna un visage à faire peur vers Hermione. Elle comprit qu'il pouvait être dangereux, qu'il était gouverné par ses pulsions, qu'il était colérique. Qu'il en avait conscience. Un fou amoureux, un fou sentimental, un héros romantique désespérément aveugle.
.- C'est là que vous êtes parti, que les Malefoy vous ont banni…
.- Non, si seulement ç'avait été le cas… Je voulais prouver à Astoria que j'avais raison, que son époux n'en valait pas la peine, qu'il avait des activités pas claires. Alors j'ai lancé un sort de traçage et, sans écouter ses protestations, j'ai transplané, occultant le fait qu'elle était enceinte. Lorsque je suis arrivé, elle était livide et se tenait le ventre. Nous avions atterri au sommet de l'escalier d'entrée du Manoir Zabini. Je… J'ignore encore ce qui s'y tramait. Toujours est-il que nous pouvions voir dans le grand salon ouvert près de nous Drago Malefoy et Blaise Zabini en mauvaise position, tenus en joue par plusieurs sorciers revêtus de capes sombres, un immense basilic vert et argent dans le dos. En nous entendant arriver, ils ont bondi, et un sort de couleur verte a fusé vers nous. Je me suis accroupi en poussant Astoria derrière moi, pour la protéger et c'est alors que j'ai entendu un fracas terrifiant. Astoria avait… Elle avait dégringolé les escaliers, et son hurlement me glaça jusqu'aux os.
Hermione mit sa main devant sa bouche, un haut-le-cœur la prenant. La fausse-couche… C'était ça. C'était lui le coupable, et alors, la haine que lui portaient les Malefoy était compréhensible.
.- La suite est confuse, sans doute parce que je n'en ai jamais saisi le sens véritable. Astoria gisait à terre, j'étais figé, mortifié. Je croyais qu'elle était morte, je n'arrivais pas à la voir respirer, et la mare de sang qui s'élargissait autour d'elle la rendait incroyablement pâle. Les sorciers qui semblaient être des intrus se sont approchés, et Malefoy a pu voir sa femme inanimée en contrebas. Il devint fou de rage, mais les autres sorciers le moquaient. Zabini avait l'aspect terrible, ses yeux enragés me transperçaient. Je ne sais de quelle manière, ils ont réussi à se libérer, et une bataille a commencé. Je n'avais pas ma baguette, je ne pouvais y prendre part je… Je suis le mauvais de l'histoire, en fait.
.- Que s'est-il passé, ensuite ? s'enquit Hermione, ne relevant pas la dernière phrase de son vis-à-vis.
.- Je ne me souviens pas des paroles échangées, mais les discours des sorciers semblaient rendre Malefoy fou de rage. Ses doigts se crispaient sur sa baguette, on aurait dit qu'il voulait la casser. Puis… L'un des sorciers, il ressemblait à un rôdeur, comme s'il avait été traqué, a levé sa baguette, et un jet vert en est sorti.
.- Un informulé…
.- Sans le moindre doute. Ce jet était dirigé vers Astoria, et Malefoy, semblant sortir de ses gonds, alors que le sorcier le narguait, a, en une fraction de secondes, protégé sa femme et renvoyé le sort. L'instant suivant, le sorcier était mort, et Malefoy tétanisé. Il s'est malgré tout animé, et plus furieux que jamais, a prêté main-forte à Zabini. Tous les autres sorciers furent capturés et emmenés dans les cachots. Astoria fut envoyée à Ste Mangouste. Quant à moi… Malefoy, et plus tard Astoria, m'ont clairement fait comprendre de ne plus jamais reparaître devant eux.
Neil conclut son histoire en avalant à grandes goulées la fin de sa chope. Hermione se sentait bouleversée, cette histoire était bien plus tragique qu'elle ne l'imaginait. Et pourtant, elle ne saisissait pas le fin mot de l'affaire.
.- Vous ne les avez plus jamais revus jusqu'à cette année ?
.- Exactement. J'ai… Je ne me suis pas encore pardonné, et j'aurais obéi à leur ordre si je n'avais pas dû revenir ici pour la LSA. Pourtant cet intervalle de dix années, les souvenirs qui ressurgissaient, m'ont redonné espoir. Vous devez me croire fou.
.- On l'est tous.
.- Je ne sais pas si cette histoire va vous aider, mais vous la raconter m'a rappelé mes erreurs.
.- On peut parfois se racheter…
.- Parfois seulement.
Hermione sourit tristement. Le pub était plus silencieux à présent, les supporters avaient sans doute décidé de faire leur soirée en plusieurs étapes.
.- Astoria a perdu son enfant, n'est-ce pas ?
.- C'est un fait connu.
.- Je sais… Et le sorcier tué par Drago Malefoy, pensez-vous qu'il s'agirait de … Yaxley ?
.- Pardon ?
.- Non, rien, un simple soupçon que j'ai…
.- Si cela peut vous aider, il m'avait tout l'air d'être un ancien mangemort, et les sorciers qui savent lancer des sorts informulés sont rares…
.- Alors ce pourrait être lui.
Tous deux observèrent un léger silence et grimacèrent.
.- Notre soirée ne se termine pas très bien, observa Hermione.
.- J'en ai connu de meilleures.
.- Alors il faudra la rattraper.
.- Je l'espère bien.
.- Allez-vous revoir Astoria ?
.- Je l'espère bien… Aussi.
L'Américain ne semblait pas croire à ses propres paroles. Hermione sentait sa voix hésiter, et elle se demanda si pour la première fois, il écoutait sa raison et non uniquement son cœur. Nul doute que cela ne leur ferait du bien ni à l'un ni à l'autre de se voir… Mais c'était leur histoire.
oOo
.- Non Malefoy, non ! On pourrait nous voir, rit Hermione en se cachant le visage contre le torse de son amant.
.- Et alors ? Ce serait original, non, comme scandale ?
.- Pas du tout, imagine un peu, les deux sœurs Skeeter à l'affût de nos moindres gestes ! On ne pourrait plus sortir.
.- Je ne vois pas où est le problème, susurra Drago d'une voix charmeuse.
La jeune femme rougit alors que le blond l'entraînait d'un geste pressant derrière un arbre, profitant de l'ombre pour lui voler un baiser. Ouvrant les pans de sa cape, il l'enveloppa contre lui et profita de cette intimité providentielle pour glisser ses mains sur ses hanches, respirant ses cheveux avec délices. L'ombre dérobait son visage, mais Hermione pouvait distinguer son sourire charmeur. Le devoir de se cacher, le secret et la menace des regards, tout cela exacerbait leurs sens et provoquait en eux une excitation diffuse. La jeune femme se tendit et, espiègle, déposa sur les lèvres de Malefoy un baiser alangui. L'empêchant de se retirer, celui-ci la rapprocha de lui, et l'embrassa plus passionnément, alors que les mains de son amante se perdaient dans sa nuque, accrochant de leurs doigts quelques mèches de cheveux.
Entendant retentir une sonnerie stridente, ils se séparèrent, haletant. Les joues d'Hermione avoisinaient le fuchsia, et elle s'empressa de remettre sa tenue d'aplomb d'une main fébrile.
.- Que de coquetterie, Miss Granger !
.- Il faut bien, quelle idée… À cent mètres à peine de l'école.
.- Calme-toi ma petite Granger, personne ne nous trouvera dans cette allée.
.- J'aimerais être aussi confiante que toi.
Se redressant, elle s'approcha de lui et posant la main sur son torse, lui offrit un dernier baiser plus chaste.
.- Maintenant, il faut chercher nos enfants, ajouta-t-elle.
.- Je trouve ça un peu déplacé après ce que nous avons juste partagé…
.- À qui la faute ?
.- La nôtre, à tous les deux, bien entendu. Nous sommes aussi incorrigibles l'un que l'autre.
Hermione sourit à l'entente de ce pluriel. Malefoy se montrait tendre avec elle, et cela la surprenait autant que la ravissait. Ils avaient partagé un café dans la partie moldue de Londres, afin de ne pas risquer de croiser une tête connue, et la jeune femme s'étonnait encore de s'être si facilement laissée convaincre par l'ancien serpentard. Elle qui ne voulait pas de promesses se sentait comme une adolescente empreinte d'excitation. Respectant une distance raisonnable entre eux, tous deux marchèrent vers l'école et donnèrent l'image de simples parents d'élèves échangeant des politesses avec nonchalance.
Arrivés sur le parvis de l'établissement scolaire, déjà bondé de parents, ils échangèrent un dernier regard et Hermione sentit une chaleur l'envahir lorsque Malefoy lui glissa un clin d'œil discret. Enfin, elle se détourna et après quelques pas, rejoignit Ginny Potter qui attendait ses trois rejetons. La rousse l'avait vue arriver et l'accueillit d'un large sourire.
.- Coucou Monette !
.- Bonjour Ginny, Harry n'est pas là ?
.- Non, ils lui ont rajouté des heures au Ministère. Et puis ce n'est pas toujours à lui de venir, non ?
.- Bien entendu.
Ginny lui lança un regard en coin, les taches de rousseurs sur ses joues tressautant comme si elles allaient danser.
.- C'est avec Malefoy que je t'ai vue approcher, n'est-ce pas ?
.- Nous sommes arrivés par le même chemin, nous n'allions pas nous ignorer, répondit sobrement Hermione.
.- Et ?
Une ombre passa sur le visage de la rouquine, comme si elle hésitait entre deux sentiments.
.- Rien du tout, Ginny.
Hermione se sentit gênée de sa voix inflexible, mais elle en voulait à Ginny pour ses insinuations. Ne pouvait-elle lui laisser du temps ? Si elle avait choisi le secret, c'était bien que cela la regardait. Et puis… Elle n'était pas sûre de pouvoir gérer cette histoire si elle devait voir le jour pour tout le monde. Elle n'était pas certaine de vouloir la gérer. Elle devait boucler son enquête, elle savait qu'elle brûlait, les révélations de Neil Dodge avaient levé le voile sur de nombreux aspects… Restait toujours le principal : Lucius, et les raisons d'un quelconque accord avec le Ministère. Elle devait également faire face à cette histoire de dette, mettre au clair ses sentiments et sa conscience… Non, Ginny ne pouvait pas savoir. Rien du tout. La rousse dut sentir l'hésitation puis la froideur de son amie, car elle détourna le regard, semblant absorbée par les portes qui s'ouvraient.
Une nuée d'enfants s'échappa du bâtiment par divers moyens, à grand renfort de cris. La plupart couraient en une joyeuse mêlée, mais quelques-uns bondissaient ou suivaient des tracés mystérieux, d'autres boitillaient et leurs habits couverts de terre révélaient l'agitation de leur après-midi, et une poignée, plus raisonnable et plus rare, marchait en babillant. Hugo ne tarda pas à foncer dans les jambes de sa mère, accompagné d'Albus qui galopait à ses côtés. James tenait la main de Lily, qui faisait l'équilibriste sur le bord du trottoir. Enfin, alors qu'Hermione cherchait des yeux sa fille, elle la surprit qui discutait âprement avec Scorpius Malefoy et Nero Zabini. Alors que le curieux trio s'approchait d'elle, elle put entendre leurs voix fluettes.
.- Non, tu comprends, disait Rose, ce ne sont certainement pas les sorciers qui ont précipité l'extinction des Géants. C'est arrogant de croire que nous sommes suffisamment forts.
.- Pourquoi pas ? Ils n'ont que leur taille, eux, railla Scorpius. Nous on a la magie.
.- Je t'en prie, va donc en affronter un en puissant sorcier que tu es, siffla-t-elle.
.- Bon, les gars, du calme, tenta Nero. Ce n'est peut-être pas notre faute, mais ils sont tout de même sacrément stupides pour s'être massacré entre eux à force de guerres.
.- Zabini, je t'accorde d'être à moitié clairvoyant pour l'aspect historique, par contre, je ne tolère pas que tu les insultes.
.- Pourquoi, y'en a dans ta famille ? Ça m'étonnerait, vu ta taille.
.- Mais cela expliquerait ton insipidité, renchérit Scorpius, un sourire hâbleur aux lèvres.
.- Espèce de… Nom d'un Scroutt-à-pétard, vous ne comprendrez donc pas … ? Je ne sais même pas pourquoi je m'évertue à parler à des têtes de bois comme vous, geignit Rose en les fusillant du regard, ses joues prenant une teinte proche de ses cheveux.
Hermione ne put retenir un rire à voir sa fille si furieuse et enflammée pour défendre une cause. Elle s'amusa lorsqu'elle remarqua que Scorpius ne cessait de sourire en s'en prenant à Rose. Son ventre se serra légèrement, et elle sursauta lorsqu'elle entendit une voix trop connue dire à quelques pas d'elle :
.- Nos enfants se sont suffisamment donnés en spectacle. Je vais chercher mon fils avant que ta fille n'ait l'idée saugrenue de lui mettre un coup de poing.
Et Drago Malefoy s'avança légèrement, sous le regard surpris de la troupe des Potter, pour négocier très honnêtement avec les trois enfants l'abaissement des armes. Accroupis aux côtés des trois belligérants, il semblait se prêter au jeu et les ennemis ne manquèrent pas de l'accepter à leurs côtés. Une vague de murmures attendris parcourut les quelques personnes présentes, et Hermione les observait avec émerveillement. Qui aurait cru voir Malefoy aussi … Humain ? La jeune femme se mordit les lèvres, voulant paraître neutre, mais un sourire ne tarda pas à lui barrer le visage.
oOo
.- Essaie encore Wright, là ce n'est pas terrible, moqua Blaise avec un sourire goguenard.
Selene Zabini-Wright accéléra et se permit un virage serré contre la paroi de son manoir. Un sifflement à sa droite lui indiqua que son mari la suivait de près, et elle se colla davantage au bois qui la soutenait. Remontant le manche de son balai, elle s'éleva en flèche avant de redescendre tout aussi brusquement, se grisant de l'air frais qui lui fouettait le visage. Elle contemplait avec exaltation le sol se rapprocher d'elle et ce n'est qu'au dernier moment qu'elle redressa son balai, sentant les herbes du verger lui fouetter les jambes. Revenue vers le terrain, elle ralentit et se stabilisa.
.- Alors, tu en dis quoi ? lança-t-elle.
.- Tu as baissé de niveau, railla son époux, ton temps n'est pas exceptionnel.
Blaise la rejoignit depuis un bosquet d'arbres où il s'était attardé à enchaîner les slaloms. Il embrassa au vol les joues rougies par l'air vif de sa femme, ignorant sa moue vexée, puis redescendit au sol. Un sifflement dans son dos lui indiqua que Selene le suivait. Quelques minutes plus tard, ils avaient rangé leur matériel et s'offraient une promenade à pied cette fois-ci dans leurs jardins, tous deux encore revêtus de leurs souples tenues de vol.
.- Je crois que je me suis rouillée cet hiver, grommela Selene, mes mouvements sont moins fluides.
.- Ça reviendra rapidement, éluda Blaise. Du moins je l'espère car sinon je suis mal barré moi aussi.
Selene lui sourit et s'empara tendrement de sa main, contentée par ce geste si habituel. Blaise la resserra contre lui et ils longèrent les serres de la famille Zabini, emplies jusqu'au plafond de plantes exotiques et dangereuses.
.- Tu voulais me parler de quelque chose, Lena ? poursuivit Blaise. Tu n'acceptes pas une promenade après une séance de Quidditch pour rien, en général tu préfères aller prendre une douche.
.- Pas faux. Ce que je vais te dire va devoir rester secret, mais bon, tu as l'habitude, sourit Selene. J'ai utilisé mon Troisième Œil.
.- De nouveau ? Selene, tu ne voulais pas tenter de le brider ?
.- C'est ce que je fais en général, mais parfois il m'échappe. Comme lors du Nouvel An.
.- Tu m'étonnes, avec ce champagne… Alors, qu'as-tu vu ? Présage, vision, magie ? Cela nous concerne-t-il, puisque tu m'en parles?
.- Eh bien, nous connaissons les concernés…
.- Dis-moi tout, l'encouragea Blaise, suspendant sa marche.
Il fit pivoter sa femme face à lui, et lui releva le menton. Selene n'aimait pas user de son don depuis la fin de la guerre. Son travail acharné dans la Guilde de Brocéliande l'avait laissée complètement exsangue, elle avait vu énormément, elle avait trop vu, des horreurs qui l'avaient longtemps hantée. Malgré la désapprobation de sa famille, elle s'efforçait depuis de réprimer son don, et l'avait même bridé, même si elle savait qu'un simple sort n'était pas suffisant pour contenir une telle magie. Blaise se souvenait de la guerre… Lui-même avait eu beaucoup d'ennuis, le mari qu'avait sa mère à l'époque entraînant sa famille dans une mauvaise spirale. Il était pour sa part sollicité par le Lord Noir du fait de son ascendance et de son prestigieux patronyme. Selene, qui était alors déjà une amie de longue date, tentait depuis la France de le sortir d'Angleterre. Elle avait échoué, mais les multiples visions qu'elle avait eues à son sujet lui avaient permis de s'en sortir lors de son procès, dévoilant la vérité sur ses actions durant la guerre, et invalidant bon nombre d'accusations. Par ailleurs, Selene lui avait permis d'avoir la vie sauve grâce à sa science des runes, lors de leur unique rencontre de toute la durée de la guerre. Elle l'avait aidé à créer une amulette afin de protéger certains élèves de serpentards, encore à Poudlard, qui étaient menacés du fait de la dissidence de leurs parents, lesquels refusaient de soutenir Voldemort. Lors de la Bataille finale, Blaise portait l'amulette sur lui, et après avoir été mortellement blessé par une horde de loups-garous, il avait malgré tout survécu et ce sans souffrir du moindre symptôme de lycanthropie. Selene avait vécu l'attaque avec lui, plongée dans une transe profonde. Elle ne s'était éveillée que lors de sa guérison, trop de sa propre magie ayant été investie dans l'amulette. C'était suite à cet événement qu'elle avait décidé de changer du tout au tout ses études magiques et qu'elle avait émigré dès l'automne suivant pour l'Angleterre afin d'en étudier l'Histoire magique et moldue. Malgré tout ce qui les liait, leur amitié et la confiance totale qui s'était instaurée entre eux, ils ne se laissèrent aller à s'aimer que pas moins de quatre années plus tard. Ce temps de réflexion et leur patience faisaient sans doute leur force, car contrairement à nombre de leurs amis, Blaise et Selene avaient eu le temps de devenir adultes.
Dans le jardin de leur manoir, les yeux en amandes de Selene le sondaient en douceur, le surprenant en train de rêver. Il lui sourit et lui fit signe de parler.
.- J'ai vu que Drago Malefoy et Hermione Granger sont liés par de l'ancienne magie, car elle a une dette magique envers lui, expliqua-t-elle succinctement.
.- Oh…
.- Apparemment, il lui aurait sauvé la vie pendant la guerre. C'est Pansy qui me l'a dit, elle l'a découvert dans tes papiers.
.- Oh encore.
.- N'est-ce-pas ?
.- Par Salazar, si je n'aimais pas autant Pansy, je pense qu'elle aurait de quoi regretter d'avoir fouillé mon bureau, gronda Blaise.
.- Tu le sais depuis longtemps, ce qu'a fait Drago ? demanda Selene.
.- Il me l'a confié quelques mois après… Tu m'en veux de ne pas te l'avoir dit ? Sincèrement, je n'y pensais même plus…
.- Non, du tout, ça ne me concerne pas, ça concerne ton meilleur ami, l'apaisa la jeune femme.
.- Pas sûr que Pansy ait aussi bien réagi que toi.
.- De fait, elle est furieuse et trouve l'acte de Drago absolument stupide.
.- Sacrée Parkinson. Bon, à présent je sais que c'est malgré tout par moi qu'elle l'a su, car Drago m'a dit l'autre jour qu'elle l'avait confronté.
.- Je sais.
.- Apparemment, nous avons tous nos petites affaires chacun de notre côté, mais quand on en parle finalement, on en sait tous à peu près autant. On se débrouille bien, rit Blaise.
Selene roula des yeux en souriant, et elle lui reprit la main pour continuer leur promenade. Leurs tenues de vol en cuir crissaient légèrement et formaient un chuchotis qui rythmait leurs pas.
.- Et donc tu as vu une dette magique ?
.- C'est cela…
.- Pauvre Granger… Pansy le sait ?
.- Non, enfin elle sait qu'il y a une dette, mais elle la croit de faible ampleur. J'ai vu que c'était plus vraisemblablement une dette à vie.
.- Aouch. Dur.
Le métis pinça un instant ses lèvres puis, jetant un regard acéré vers sa femme, reprit la parole.
.- Bon, mon tour de te dire un secret.
.- Cool, sourit Selene.
.- Drago sort – je cite – « plus ou moins » avec Hermione Granger.
.- Non ?! C'est pas v… balbutia Selene. Mais ça explique une autre chose que je n'ai pas dite à Pansy.
.- … ?
.- Le lien qui les lie est vraiment très fort. S'ils s'aiment tout s'explique.
.- Hey, je n'ai pas dit qu'ils s'aimaient ! protesta Blaise.
.- Sérieusement ? C'est plutôt Drago qui ne t'a rien dit, se moqua la jeune femme. Orgueilleux comme il est, il ne le sait sans doute pas lui-même.
.- Lena, tu me fais peur.
.- Vraiment ? Pourquoi ?
.- Attends, tu te rends compte, ils sont bizarrement en relation et en plus de cela liés et…
.- Laisse-les vivre, le calma Selene. C'est leur histoire. Et puis ce n'est pas si dramatique, imagine, s'ils se haïssaient toujours, ce serait embêtant pour la dette de Granger, non ?
.- J'imagine.
.- Imagine donc et laisse moi savourer le bulletin rose du jour : Drago Malefoy et Hermione Granger. Vu ce que tu m'as dit de leur passé, c'est tout de même exaltant comme nouvelle.
.- Espèce de fille, grimaça Blaise.
.- Blasé, rétorqua Selene. Et Astoria ?
.- Je n'en sais rien… Ce sont leurs affaires comme tu le dis, et ce n'est pas comme s'il la trompait. Ils vont se séparer, non ?
Selene fit une petite moue et serra plus fort la main de Blaise. Le jeune homme comprit immédiatement que rappeler cet état de fait n'était pas pour réjouir la belle méditerranéenne, et lui-même la préférait avec ses mines de fillette exaltée par l'annonce d'une nouvelle amourette. La retournant amoureusement dans ses bras, il lui embrassa la nuque, et il put la sentir se détendre. Les affaires des autres pouvaient bien les divertir, tous deux ne perdaient pas de vue leur essentiel.
oOo
Hermione observait avec une joie toute enfantine les planètes graviter autour d'elle ; suspendues à des minces chaînes d'or, elles se mouvaient gracieusement sous le plafond tronqué du sous-sol de l'hôtel particulier de Malefoy. Tendant timidement les doigts, elle se mit sur la pointe des pieds et effleura l'une des sphères d'argent ; le métal froid vibra sous ses doigts, comme s'il ressentait sa caresse. Bientôt, une seconde main vient se poser sur la sienne et l'enferma contre une paume chaude, alors qu'un corps se tenait dans son dos, un bras passant autour de sa taille.
.- Ça, c'est Orion, expliqua Drago Malefoy en parlant au creux de son oreille.
.- Je le sais, sourit Hermione, qui sentit une légère piqûre au creux des reins. J'ai tout de même travaillé l'astronomie.
.- Hmm, pas ta matière préférée, hein Granger ?
.- On n'a jamais eu ce cours ensemble, donc ne critique pas.
.- Jamais de la vie.
.- Et Sirius, c'est laquelle ? murmura Hermione, portant de nouveau son regard sur les astres magiques.
Le jeune homme la fit pivoter très légèrement, et bientôt elle put contempler une sphère à l'éclat particulièrement lumineux, qui attirait le regard. Hermione fit un sourire complice vers l'astre, se moquant légèrement de son sentimentalisme exagéré, puis se détourna vers Drago. Tous deux étaient en haut d'une étroite esplanade, placée tout au fond du sous-sol mystérieux de l'hôtel particulier. L'endroit était aménagé en un planétarium à échelle réduite, mais la magie permettait de se croire perdu aux confins de l'espace, enveloppé de nuit et d'éclats stellaires. Un balconnet de bois plutôt exigu, serti de barrières de bronze minutieusement travaillé, permettait l'observation, et sa hauteur, car on n'y accédait que par un escalier en colimaçon, laissait l'espace d'un instant l'imagination s'égarer en un autre monde. Malgré tout, c'était un lieu d'étude, aussi, des pupitres occupaient l'espace restant, et les taches d'encre incrustées dans leur bois témoignaient de leur usage intensif. Des rouleaux de parchemin soigneusement enroulés et tenus fermés par des rubans de soie débordaient de larges alvéoles de cèdre, enclavés dans le mur.
.- Tu parlais de mon oncle ?
.- Pardon ? demanda Hermione, surprise.
.- En évoquant l'étoile, tu pensais à Sirius Black, le cousin de ma mère. Celui qui a été tué par Bellatrix…
.- … Oui, je parlais de lui, sourit Hermione.
.- Tu l'as connu, non ?
.- Oui, un peu. C'était un homme bon, et son histoire est tragique.
.- De ce que je sais, oui, acquiesça Drago.
Hermione vit que le visage du jeune homme s'était insensiblement fermé. Elle passa à son tour ses bras autour de lui et le rapprocha d'elle.
.- Tu aurais aimé le connaître ?
.- J'imagine. Mais je pense qu'il ne m'aimait pas, sans me connaître.
.- Possible… admit-elle. Mais il savait ce que c'était de se tromper, reprit Hermione.
Drago lui sourit et l'embrassa sur le front.
.- On n'est pas bien là, hein ?
.- Si.
.- Granger… Hermione, j'ai dit à Blaise pour nous.
.- Oh… Je m'en doutais. Il saura garder ça ?
.- Bien sûr, à la limite il le dira à Selene, sa femme. Celle qui nous fixait bizarrement à l'école, tantôt.
.- Je m'en souviens, murmura la jeune femme.
.- Je lui ai demandé ce qu'il lui avait pris, elle m'a expliqué que le sortilège qu'elle avait apposé pour brider son Troisième œil s'était un peu affaibli – car c'est une excellente voyante – et qu'elle s'était laissée quelque peu dépasser. Et donc il est possible que Blaise lui dise pour… Nous.
.- Oui, sans doute, approuva Hermione.
Elle ne savait s'il l'avait déjà fait, mais elle se doutait que ce ne serait pas une surprise pour la jeune femme. Selene avait très bien déjoué les soupçons du blond quant à sa transe. Cette pensée lui rappela sa dette… Elle était liée à vie à Drago Malefoy, l'homme qui l'avait tant malmenée, l'avait sauvée puis la tenait à présent dans ses bras. Était-ce écrit, le destin était-il joueur ? Son cartésianisme habituel n'était plus aussi fort qu'avant.
.- Tu sais Granger, je pense que je ne cesserai jamais de m'étonner de te voir dans mes bras.
.- Vraiment ? Nos querelles te manquent ?
.- Non, du tout, d'ailleurs on sait toujours faire, non ?
.- On n'a pas perdu la main.
Ils se toisèrent avec des sourires narquois, complices.
.- C'est vrai que j'ai moi aussi du mal à m'y faire, admit Hermione. Je ne sais pas ce je fais avec toi Malefoy.
.- Mais tu apprécies ?
.- Assez. Tu as toujours l'art de m'agacer, mais tu te fais bien mieux pardonner.
.- Pas faux. Toi aussi tu restes dans le fond la Hermione Granger, mais je pense que c'est ça qui est savoureux. Notre attirance mêlée d'une antipathie tenace, de cette rivalité entre nous…
.- Ta manière de formuler ça est presque malsaine, se moqua la jeune femme.
.- Non, mais imagine un instant que nous nous soyons mis ensemble à Poudlard, par exemple. Imagine…
.- Ce n'était pas possible, ne soit pas irréaliste, Drago.
.- Je me demandais juste, si nous en sommes arrivés au point où nous en sommes, c'est que finalement, ça aurait pu arriver n'importe quand et…
.- Et peut-être qu'il nous a fallu vivre tout ce que nous avons vécu pour franchir la barrière, raisonna Hermione.
.- Car tu considères toujours ça comme une barrière ?
.- Pourquoi, pas toi ?
.- La plus savoureuse des barrières, sourit Drago.
Il approcha ses lèvres de celles d'Hermione et les goûta avec retenue, se délectant de sentir la jeune femme frémissante, presque brûlante dans ses bras.
.- Tu vois que tu me détestes toujours, murmura-t-elle contre ses lèvres, tu me tortures.
Il sourit dans son baiser et la colla plus étroitement contre lui. Hermione huma son odeur de verveine, qui l'étourdissait dès qu'il s'approchait d'elle. Les lèvres descendirent dans son cou et elle retint à grand peine un soupir, oublieuse de toute réalité autre que Malefoy la ravissant délicieusement.
.- Granger, je voulais te dire quelque chose, s'interrompit Malefoy.
.- Vas-y.
Leurs corps étaient encore extrêmement proches et Hermione sentait son cœur s'emballer sans fin.
.- On ne se connaît pas bien. Enfin, si on se connaît, mais il y a des choses qu'on ne sait pas, ou qu'on a entendues déformées car on n'a jamais été du même camp.
.- Quoi, tu ne te changes pas naturellement en fouine ? le taquina Hermione.
Le visage de Drago se figea un instant puis se fendit d'un sourire presque espiègle, chose inimaginable dix ans plus tôt. Il avait mûri, s'était posé, songea Hermione en le sentant l'embrasser au coin de la bouche.
.- Non, je ne me change pas en fouine, Granger. Mais pitié, n'ébruite pas ça, je dois entretenir le mythe, grimaça-t-il.
.- Juré.
.- Bien, ce que je voulais dire, c'est qu'on m'a prêté les pires réputations. Certaines sont avérées : j'ai aimé terroriser les élèves les plus jeunes à Poudlard, je considérais Crabbe et Goyle comme mes sous-fifres. J'avais du mal à considérer les autres comme égaux à moi, pour moi ils m'étaient tous inférieurs et je ne supportais pas qu'ils me dépassent, comme toi. Je sais que j'étais atroce.
.- Je ne te le fais pas dire.
.- Je peux même ajouter que j'étais lâche, menteur, jaloux, vantard et vaniteux.
.- Garde les deux derniers, commenta Hermione, ils sont encore d'actualité.
.- Je ne relèverai pas ta remarque, sourit Malefoy en roulant des yeux. On a aussi dit que j'étais coureur, que les Malefoy en général ne s'embarrassaient pas avec les femmes, qu'ils trichaient avec elles comme en tout.
Drago s'interrompit et Hermione sentit qu'il était sérieux. Il prit machinalement une mèche de ses cheveux ondulés qui courait sur sa joue et la remit doucement derrière son oreille.
.- Cela, je tiens vraiment à ce que tu le saches, Hermione Granger, car tu es sans doute la mieux prévenue contre moi. Tu as d'ailleurs certainement dû me craindre, penser que je ne cherchais qu'à t'abuser, à te tromper…
Hermione sourit d'un air embarrassé. Malgré la faible luminosité du lieu, Drago put voir que ses joues s'assombrissaient sous l'effet d'une rougeur. Cela ne le gêna pas, il se doutait bien de ce qu'avait dû traverser la jeune femme avant de rendre les armes face à lui, il ne savait que trop qu'il ne l'avait fréquentée au tout début que par distraction, par esprit de vengeance envers Ronald Weasley. Cela avait pourtant rapidement changé, presque inévitablement…
.- Ce que je veux dire c'est qu'un Malefoy n'est l'homme que d'une seule femme. Je ne suis qu'à toi.
.- Oh…
.- Je suis sans le moindre doute possible monogame. Pas que je n'ai pas été avec plusieurs femmes, mais je n'en ai trompé aucune. Je préfère la rupture à la tromperie, je ne suis peut-être pas très courageux, mais ma lâcheté est personnelle. Je n'en use pas avec les femmes. Je ne te tromperai pas, ni ne t'abuserai, Hermione.
Hermione se sentit faible tout à coup sous ces pupilles si glacées qui la vrillaient jusqu'à l'âme, et qui lui donnaient l'impression de se liquéfier. La voix de Malefoy était plus grave que d'habitude, légèrement rauque. Il la contemplait avec attention, comme s'il jaugeait sa réaction, et Hermione ne savait comment réagir devant une telle déclaration. Malefoy reprit, la voix basse.
.- Je ne dis pas que j'ai toujours été comme ça, du type loyal, et tu le sais trop bien. Blesser les gens ça a été mon fort, je suis certain que j'y excelle toujours. Je suis un salaud, mais même sur ce point-là je n'ai pas su égaler mon père ; lui il écrasait les gens avec superbe, moi je le faisais… Avec couardise, par imitation, sans même savoir pourquoi je le faisais…
.- Malefoy, pourquoi me dis-tu ça ?
.- J'ai besoin que tu comprennes que j'ai changé, que j'ai grandi. Je suis avec toi, et sans cesse je me souviens du parfait crétin que j'ai pu être, de ma méchanceté sans borne.
.- Je sais que tu as changé, dit doucement Hermione, crois-moi je le sais. Sinon, je ne serais pas là avec toi.
Malefoy la serra plus fort contre lui, et Hermione enfouit son visage contre son torse, agrippant de ses poings son pull, ressentant le besoin éperdu de le sentir contre elle, de percevoir sa respiration, les battements de son coeur. Des larmes lui vinrent aux yeux, elle savait que Malefoy faisait un effort sur lui-même, qu'il s'investissait, et alors sa trahison lui fit horreur. Elle ne pouvait pas, elle ne pouvait plus poursuivre son enquête, continuer de le tromper alors que lui-même l'assurait de son intégrité, de son respect pour elle. Qu'il établissait comme les bases d'une relation qui devait durer. Elle se repoussa lentement de lui et prit son visage en coupe entre ses mains.
.- Malefoy, qu'es-tu en train de faire, au juste ?
.- Je me confie à toi, je te montre que je te fais confiance et que tu n'es pas n'importe qui…
Hermione accusa le coup. La confiance…
.- Ce n'est pas… trop ?
.- Je n'en ai pas l'impression Granger. C'est trop pour toi ?
.- Je ne sais pas.
.- Tu n'aimes pas ?
.- Si mais…
.- C'est ton foutu « pas de promesses » qui te bloque ?
.- Malefoy… Qu'est-ce qu'on est en train de faire ?
.- Tu me l'as déjà posée cette question, et je t'ai dit que nous tentions d'écrire quelque chose, notre histoire peut-être, même si ce n'était pas prévu. Ne le nie pas, s'il te plait.
.- Tu y tiens vraiment, n'est-ce pas ?
Malefoy se rapprocha et, collant sa bouche contre son oreille, l'enivrant de son odeur suave, répondit :
.- Oui, Hermione, j'y tiens.
.- Drago…
.- Je ne sais pas ce que ça va donner, mais je n'en ai rien à faire de ton « pas de promesses ». Un Malefoy décide, il ne se soumet pas. Je ne veux pas avoir « pas de promesses » avec toi, je te veux toi et pas une autre femme. C'est tout. C'est ma promesse.
Ses mains sur les hanches d'Hermione s'étaient affermies, il pesait de son corps contre elle, et elle sentait la balustrade dans son dos la soutenir bien plus que ses propres jambes. Dans la pénombre, les iris clairs de son amant étaient brillants et fixés sur elle, ils l'embrasaient. Derrière lui, les sphères d'or et d'argent voletaient dans un léger cliquetis ; scintillantes, elles mimaient les déplacements célestes et formaient un manège merveilleux qui les enfermaient dans des entrelacs de chaînettes dorées. Hermione sentait son cœur battre étonnamment fort, et elle percevait sur ses lèvres le souffle du blond qui se rapprochait. Lorsque leurs lèvres se rejoignirent enfin, elle abandonna toute défiance, et y goûta avec délectation, se laissant aller à une volupté qui ne tolérait pas la moindre hésitation. Sans plus d'appréhension, elle se laissa enlacer, et cessa de réfléchir, se livrant tout entière, laissant les bras de son amant l'asseoir sur la mince rambarde, confiante et heureuse. Ses jambes s'enroulèrent très naturellement autour des hanches de Malefoy, et celui-ci embrassa sa gorge, ses épaules, ses cheveux. Passant ses mains dans sa chemise, il l'en débarrassa avidement, et Hermione retrouva avec plaisir le contact de ses mains, de ses doigts délicats qui l'effeuillaient. Elle ne voulait plus avoir de scrupules, elle ne voulait plus hésiter. Elle se sentait bien, mieux que jamais, et ne voulait pas perdre cette sensation. Elle voulait payer le plus intensément possible sa dette envers Drago Malefoy, sans le moindre regret, sans scrupule d'aucune sorte. Elle devait finir son enquête, au plus vite, et, alors qu'un soupir lui échappait tandis que Drago caressait lascivement ses reins, elle résolut d'aller une ultime fois au Département des Mystères. Si elle ne trouvait rien, là finissait son enquête personnelle, et elle laisserait tomber l'affaire. Elle descendrait une dernière fois dans ce lieu si terrifiant, et découvrirait la vérité ou l'abandonnerait pour de bon. Si encadrée par la raison qu'était Hermione Granger, elle ne pouvait plus nier sa conscience qui la mettait en garde contre ses actions. Elle qui auparavant n'aurait guère tergiversé pour son enquête accordait à présent plus d'importance à son ancien ennemi et à leur relation, si récente soit-elle. Elle ne se comprenait plus elle-même, mais une chose était sûre : qu'importait si son ultime descente au Département des Mystères était infructueuse, ce serait cette fois-ci du tout ou rien.
oOo
Mouahaha.
Eh bien, j'espère vraiment que vous avez apprécié, que l'attente en valait la peine (alleeez :p). Alors, qu'en dites-vous ?
Les révélations de Neil ? Le secret d'Astoria Malefoy ?
Bouleversantes, surprenantes, révélatrices ou… Juste ennuyantes et sans intérêt, car de toute façon, vous n'aimez ni Neil ni Astoria xD
La progression de notre petit couple, leur secret qui se dévoile ?
Est-ce amusant de voir leur entourage découvrir leur secret, de lire les remarques de Blaise, de Sélène ? Ou plutôt oppressant de voir le secret se lever ?
Et enfin, les serments de Drago, les remords d'Hermione ?
Notre serpentard reste-t-il malgré tout fidèle à son caractère, ou vire-t-il OOC ? Hermione est-elle une foutue cruche à ne pas forcer Drago à l'épouser ? ;)
Donnez-moi votre avis, il m'est précieux, continuez de me raconter votre vie, j'adore, supposez, émettez des hypothèses… Je vous attends :)
De Gros gros gros bisous à tous :)
Merci de me lire !
Olivia, alias Stellmaria
