Adolescences tardives
Disclaimer: Tout à JKR, sauf les personnages sortis de mon imagination...
Pairing: HGDM, what else?
Amis du soir, bonsoir (oui, il est fort tard …). Je sais, je fais plus l'effet d'une revenante que de quelqu'un qui va mettre son nouveau chapitre, je sais ça fait longtemps, et je me doute que vous vous demandez « tiens ? mais c'est quoi déjà cette histoire ? » x) Mais bon je vous l'avais dit, je fais de mon mieux, et je ne pense plus pouvoir, contrairement à l'année dernière, promettre de quelconques délais… Mais qu'une chose soit claire, je terminerai cette histoire, parce que je l'aime, parce qu'elle m'habite et m'accompagne depuis longtemps maintenant, et parce que je vous la dois, vous la faites également vivre …
C'est pourquoi je voudrais vous remercier tous très sincèrement et profondément pour votre suivi, votre assiduité, votre soutien et vos encouragements qui sont autant de petits éclats de bonheur pour moi. Je vous aime :) Et j'aime cette relation si particulière qui peut s'instaurer autour d'une histoire, de quelque chose de pourtant totalement imaginaire, mais si présent pour chacun.
Je voudrais également remercier encore Queenz ma bêta, pour son travail toujours impeccable, rapide et ce malgré mes irrégularités, mes silences et mes retours soudains.
En ce qui concerne mon histoire, malgré ce qu'il semble, elle s'approche doucement mais sûrement de sa fin. Trois, quatre chapitres encore, et c'en sera fini de cette merveilleuse aventure… Pleurerai-je comme à la fin d'Over the time ? Peut-être. Sans doute. En tout cas je suis plus qu'heureuse de cette année et demie passée à partager avec vous. À m'améliorer dans mon écriture, dans la construction de mon intrigue, à la fois motivée et nourrie de vos observations …
Mais en attendant cette fin qui n'est pas encore à l'ordre du jour, je vous souhaite à toutes et tous une très Bonne Lecture ! J'espère que vous aimerez … :)
Ps : je dédie tout spécialement ce chapitre à ma super revieweuse Loufoca-Granger, parce que je n'ai pas respecté mes délais annoncés de publication, et qu'elle n'a pas eu son cadeau… Joyeux anniv' en retard poulette ! :)
Réponses aux reviews anonymes:
Chapitre 4 :
Sika • : Coucou toi ! Merci beaucoup pour ta review, je suis ravie que mon histoire (ou tout du moins le début) te plaise ! Et tes compliments sur mon écriture sont vraiment super gentils, ça me fait chaud au cœur ! Par contre je ne répondrai pas à ton p.s car ce serait révéler l'intrigue ; let's read and see ! En tout cas j'espère que la suite te plaira !
Chapitre 26 :
Liaco : Salut salut ! Ouiii, je sais, ça fait un bail, tu peux me jeter des cailloux ;) D'autant que je dois te remercier pour une double review, celle du chapitre 25 comme du 26. En tout cas je suis ravie que ma fic, à ce stade, te plaise toujours autant ! Surtout avec l'histoire de la dette de sorcier … hin hin. Pour sur ça complique la donne ! Heureusement il y a le reste pour alléger tout ça, sinon mon histoire serait vraiment trop torturée xD (entre la dette, l'enfant d'Astoria … Mmh). Un peu d'enfants, de la romance, du Blaise Zabini … :D En tout cas je te remercie très sincèrement pour tes compliments sur mon écriture, ça me touche beaucoup … Sinon, je ne peux pas te donner d'indications sur la tournure de la fin de la fiction, si ce n'est que je situe sa fin à environ 30 chapitres, 31 tout au plus. Et oui, ça se rapproche … En tout cas j'espère que tu aimeras toujours autant la suite ! Des Bisous
MiladyMOon : Ma Capuuucine d'amûûûr :) Meric pour ton soutien et ton assiduité longue de nombreuses années, ton regard critique mais également au fait de mon évolution… Mon Unique* personne avec qui je partage mes bouts de papiers … Je suis ravie que tu aies aimé mon chapitre (et que les références t'aient plues ; on est puriste ou l'on ne l'est pas :p). Je me doutais bien que la fin serait à ton goût, héhé (au mien aussi, en fait :D) (et GENRE tu es un cœur de pierre… Jamais connu quelqu'un plus enclin aux sentiments que toi 3). En tout cas j'espère que la suite te plaira… Plein de Bisous
Clem : Mercii beaucoup pour ta review, et pour ton assiduité :) Désolée d'être si lente, aussi, j'espère que ma fic n'a pas été oubliée … En tout cas je suis contente que tu aies aimé ; certes, il y a enfin des révélations ! Et l'intrigue amoureuse devient de plus en plus concrète ;) J'espère que la suite te plaira tout autant ! Bisous
« I'm doing the best that I could / Trying my best to be understood / Maybe I'm changing slowly / I get out, turn around…
If only I knew I was dead wrong all along / You said it for my sake / that I would not lose my way / When I was dead wrong all along »
_ The Fray, Dead wrong
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Chapitre XXVII
// Serre-moi un peu plus fort que j'oublie ce que j'ai à faire, serre-moi pour que j'oublie de choisir. //
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Hermione fouilla une dernière fois nerveusement la souple besace de cuir qui pendait sur ses flancs. Fioles, baguette magique, cape d'invisibilité, tout semblait en place. Silencieusement, elle referma la porte de son office et la verrouilla. Elle s'était attardée longtemps dans son Département, veillant à dépasser les horaires d'ouverture du Ministère, prétextant du travail à remplir. Jenny avait tenté à plusieurs reprises de la convaincre de l'accompagner ; son amie se sentait coupable de voir Hermione s'embarquer seule et sans soutien dans cette ultime expédition au Département des Mystères. Mais Hermione savait combien Jenny était terrifiée par ce lieu, il était saturé de Magie obscure et inconnue, et elle ne voulait prendre aucun risque. De plus, elle était catégorique quant à sa décision : cette enquête lui était devenue trop personnelle, c'était sa dernière descente, et elle voulait l'effectuer seule, se retrouver face à sa conscience, trouver quelque chose, ou abandonner. Elle se l'était promis, l'avait promis dans son esprit comme dans son cœur à Drago Malefoy… Même si elle s'en voulait de se sentir aussi sensible à l'influence qu'exerçait sur elle une tierce personne, elle savait que ses doutes étaient justifiés. Elle n'était plus convaincue de sa cause, et de ce fait, n'était plus certaine de pouvoir la porter. Sa dette de sorcière n'était qu'un facteur de plus, elle savait très bien que son malaise était autrement plus prégnant. Déterminée, Hermione sortit un lourd trousseau de clefs de sa sacoche et verrouilla la double porte de chêne qui donnait accès aux bureaux du Département de Justice. La clef dorée crissa bruyamment dans le silence ambiant puis, dans un grincement, scella l'entrée.
Hermione se détourna et rajusta la capuche de sa cape sombre sur ses cheveux bouclés. Cet espace confiné autour de son visage la rassurait, lui donnait du courage. Par chance, sa qualité de fonctionnaire au Ministère ne faisait peser aucun soupçon quant à sa présence dans les locaux à cette heure tardive, et les conditions favorables dans lesquelles vivait à présent le monde sorcier rendaient les systèmes de surveillances moins redoutables. Si seulement ils savaient à quel point il était simple de les contourner et de pénétrer, un peu de jugeotte aidant, dans les lieux les plus secrets, songea-t-elle avec une ironie teintée d'amertume. Elle s'avança témérairement vers les cages d'ascenseurs qu'elle apercevait au fond du couloir, brillant faiblement à la lumière de quelques torches restées allumées en veilleuses. Toutefois, elle n'avait pas fait dix pas qu'elle entendit une autre porte se verrouiller sur sa droite. Jetant un coup d'œil au-delà des revers de velours de sa capuche, elle vit que quelqu'un quittait le Département des aurors. Le sorcier, car c'était sans doute un homme à en juger à sa silhouette imposante, suspendit son geste un instant, surpris par la silhouette encapuchonnée qu'il voyait, immobile, dans le couloir principal. Prestement, il s'empara de sa baguette.
.- Lumos.
Hermione reconnut la voix profonde. Alors que le corridor s'éclairait d'une vive lumière blanche, elle avança d'un pas, et dévoila son visage.
.- Bonsoir, Kingsley.
.- Oh, Hermione. Bonsoir.
L'auror la dévisagea d'un air impénétrable puis la rejoignit en quelques pas. Rangeant sa baguette, il les ramena dans le clair-obscur ambiant.
.- Vous voilà bien tard au Ministère, commenta-t-il.
.- Je travaillais. Vous aussi je suppose.
.- Certes, mais je suis tout de même chef des aurors. Et ma folle candidature pour le poste de Ministre me prend tout mon temps.
.- Vous feriez un excellent Ministre, sourit Hermione.
.- Eh bien cela me rassure de savoir qu'il y aura au moins un vote pour moi, répondit Kinglsey avec nonchalance.
Il l'escorta jusqu'au demi-cercle qui faisait face aux cages d'escalier silencieuses à cette heure. Ne faisant pas mine de se tourner vers les ascenseurs, il fit face à Hermione.
.- Comment vas-tu, Hermione ? lui demanda-t-il, la gratifiant par ce tutoiement de cette rare proximité qu'il se permettait avec les personnes auxquelles il tenait.
.- Bien Kingsley, relativement bien. J'ai cru comprendre que vous m'aviez épaulée dans mon dos, en parlant avec Ron.
.- Ronald a parfois besoin d'un coup de pied dans le derrière. C'était pour son bien comme pour le tien. Par contre je ne pensais pas qu'il déserterait mes effectifs, c'est une conséquence pour le moins regrettable.
.- Je suis sûre qu'il reviendra bientôt. Je connais Ron, d'ici l'été, il reviendra, affirma Hermione.
L'assurance dans sa voix l'étonna elle-même, mais elle savait qu'elle connaissait suffisamment Ronald Weasley pour ne pas se tromper. Tôt ou tard, tout finirait par se calmer et les personnes comme les sentiments retrouveraient des places où ils seraient enfin à leur aise.
.- Je peux vous poser une question, Kinglsey ?
.- Bien entendu.
.- Vous avez suggéré à Harry de m'écrire d'aller trouver Narcissa Malefoy, énonça placidement Hermione, scrutant le visage sombre de ses yeux bruns.
.- Je l'ai fait.
.- Expliquez-moi. Vous étiez avec moi à Azkaban, vous avez constaté la disparition de Lucius… murmura-t-elle. Vous vous doutez que je suis en train d'enquêter. Vous n'avez rien dit, vous m'avez laissé faire.
.- Je te fais confiance, et je te laisse chercher à ma place, sourit l'auror. Je sais que ça te fait du bien, et que tu es douée pour enquêter. Pourquoi m'ennuyer avec ça ? Tu trouveras bien.
.- Mais vous avez trouvé quelque chose, vous, n'est-ce pas ? Pourquoi me parler de Narcissa ?
Hermione avait légèrement pincé les lèvres, ses sourcils s'étaient froncés, signe qu'elle réfléchissait intensément.
.- Je n'ai rien trouvé, Hermione, je veux juste t'aider. Je te laisse faire, mais j'ai toujours ce vieux sentiment de devoir de protection qui traîne en moi depuis près de quinze ans. Vous trois, le trio d'or, vous êtes toujours les gamins que je dois entourer, en quelque sorte. Je veille sur toi de loin.
.- Et Narcissa ?
.- Comme je te l'ai dit, je suis plus éloigné que toi. Tu as le nez collé à ton enquête, tu ne vois pas le plus simple. Comment une femme comme Narcissa Malefoy ne saurait-elle pas le fond de ton affaire ?
.- Et, bien entendu, elle m'en parlerait avec plaisir, ironisa Hermione.
.- Ne la sous-estime pas, qui te dit qu'elle ne veut pas en parler ? Je sais que c'était une épouse aimante, c'était l'une des rares sang-purs à ma connaissance à avoir un mariage heureux. Penses-tu qu'elle garderait le secret sur la disparition de Lucius sans que cela lui pèse ? Tant qu'on ne lui pose pas de questions, elle est peut-être aise de ne pas avoir à mentir, mais si quelqu'un lui demandait réellement ?
Hermione le fixa un instant, l'air perdu. Kingsley lui sourit, et jeta un regard distrait vers la sacoche bombée de fioles de la jeune femme. Il remonta ses yeux le long de sa cape sombre, et sa mine prit un air pensif. Il tourna la tête vers les ascenseurs, fixant la pendule qui les surplombait, puis il se détourna vers les couloirs.
.- J'ai encore du boulot, en fait. Je vais rester un peu au Ministère.
La jeune femme hocha faiblement la tête, incertaine sous le regard d'ébène qui la sondait. Sans mot dire, elle s'avança vers les ascenseurs, et pénétra dans celui du centre. Se retournant, elle vit que Kinglsey Shacklebolt l'observait toujours, à demi caché par l'obscurité de l'étage. Au-dessus d'eux résonnaient quelque part les coups d'une horloge annonçant minuit. Hermione crut lire dans les yeux de son ancien protecteur comme un encouragement, comme si le sorcier savait pertinemment ce qu'elle allait faire. Sans détacher son regard du sien, elle appuya sur le bouton indiquant le Département des Mystères. Elle savait qu'il avait vu, qu'il savait où elle se rendait. Comme feu Dumbledore, il semblait tout savoir, la laisser vivre et se débrouiller tout en la couvant du regard. Dans le silence, le carillon de l'ascenseur résonna longuement, puis les portes se refermèrent, dérobant à son regard le visage majestueux et finement ciselé par les années qui se fendait en un mince sourire complice.
oOo
Le visage d'Astoria Greengrass-Malefoy s'illumina dès qu'elle vit Neil Dodge descendre les marches de la National Gallery, la rejoignant au centre de Trafalgar Square. Malgré les années qui s'étaient écoulées, elle le reconnaissait toujours d'un simple coup d'œil. Le temps tendait, lorsqu'on se connaissait depuis aussi longtemps qu'eux deux, à devenir purement subjectif, et c'était bien ce qui glaçait la jeune femme. Malgré tout ce qui s'était passé, ce qui l'avait séparée de son cousin, ce qui l'avait détournée de lui, elle sentait que leur relation restait immuable, ils ne pouvaient tout simplement pas tracer une croix l'un sur l'autre. De toute façon le voulaient-ils vraiment ? Neil traversa la place à grands pas nerveux, faisant s'envoler une nuée de pigeons dans le ciel moutonné de nuages anthracite.
.- Astoria.
Le son de sa voix était altéré. Il pausa, mit ses mains dans ses poches, semblant hésiter alors que la jeune femme restait interdite, les poings rivés au manche recourbé de son parapluie.
.- Ce n'est pas bon pour toi de me revoir, déclara Neil.
.- C'est toi qui me dit ça ? Toi qui as fait chanter mon mari pour me revoir, qui m'as supplié par lettre ? s'agaça Astoria, désarçonnée par cette entrée en matière.
.- J'y ai réfléchi et… Je ne mérite pas ton pardon, j'ai été un salaud fini. Vu ta situation, tu ne devrais pas me revoir, je ne pourrais te faire que du mal. C'est trop tard pour nous.
.- De quoi parles-tu, balbutia la jeune femme, ses joues s'empourprant d'émoi. Je veux juste revoir mon cousin.
Quelques gouttes de pluie se mirent à tomber. Un bruit de klaxon dans une avenue en contrebas les assourdit un instant. Astoria ouvrit son parapluie, dérobant son visage à la vue de Neil. Il avait raison, il y avait toujours cette ambiguïté entre eux, pourtant, lorsqu'elle lui avait envoyé une nouvelle lettre, elle avait eu le sentiment de faire juste.
.- Tu as été mauvais, égoïste, méchant, aveugle, continua-t-elle. Un salaud, oui. Mais je ne suis pas juste une victime, je ne peux pas te condamner sans retour. S'il te plait n'en parlons plus et essayons d'aller de l'avant.
.- Tu étais perdue, fragile, j'ai alimenté tes craintes, je t'ai séduite en profitant des ennuis de Malefoy. J'ai tué ton enfant.
.- Tu ne l'as pas fait, c'était… Un accident, je suppose. Un mauvais concours de circonstances.
.- Tu étais plus loquace, il y a quelques années, quand tu m'écrivis de ne plus jamais te revoir.
.- La colère est une folie passagère.
.- Astoria…
Presque timidement, il tendit son bras et lui saisit l'épaule, la rapprochant de lui. Elle leva les yeux de mauvaise grâce.
.- Astoria, je ne sais pas exactement pourquoi tu acceptes de me revoir. Mais crois-moi, tu m'as réellement haï. Si ça n'avait été que de la colère, je l'aurais su, et je n'aurais pas abandonné.
.- Je ne veux plus te haïr. Je veux boire un verre avec mon cousin, déclara-t-elle, détournant ostensiblement le regard.
Neil soupira. S'il avait longtemps rêvé passionnément de ce moment où Astoria souhaiterait le revoir, où elle insisterait pour renouer avec lui, il n'en voulait plus. Il avait beau l'aimer, encore… Il sentait bien que la jeune femme le cherchait plus comme un refuge, qu'elle-même ne savait pas pourquoi elle acceptait sa présence.
Malgré tout, malgré leur trouble respectif, et toujours aussi aveugles que par le passé, ils s'installèrent dans un pub, et passèrent ainsi qu'ils l'avaient prévu la soirée ensemble. Neil se sentait divisé, il savait bien qu'à l'instar de dix années plus tôt, ce répit entre eux n'était qu'une bulle qui éclaterait tôt ou tard sur le dur parvis de la réalité. Pourtant, il ne pouvait s'empêcher de se laisser envoûter par ce charme toujours présent, par la voix mélodieuse aux inflexions ensorcelantes de la jeune femme blonde, qui parlait insensiblement de tout et de rien, comme si elle voulait à tout prix combler le silence qui semblait la terrifier. L'Américain ne pouvait s'empêcher de se sentir chez lui, la musique aux intonations jazzy qui filtrait au travers des baffles de ce lieu moldu était accompagnée de la voix de chanteurs à l'accent nasillard, le bar au bois poli par les années, les fumées qui feutraient l'air ; il lui semblait que tout se conjuguait pour renforcer cette impression de trêve, de pause dans leur existence. Aussi naturellement que si c'était une habitude, il saisit la main blafarde d'Astoria, qui s'interrompit, croisant enfin son regard.
.- Qu'y a-t-il ?
Sa voix était à peine plus qu'un souffle.
.- Cet endroit, ça ne te rappelle pas la Nouvelle-Orléans ? La dernière fois que tu es venue chez moi…
.- Oui, sourit-elle doucement. J'avais repéré cet endroit après ton départ. J'aimais bien y aller, de temps en temps, avec Théo.
.- Pas avec ton mari ?
.- Il est plutôt vieille Angleterre, et puis Théodore était déjà venu chez toi, un été. Il est plus ouvert sur ce point.
.- Comment va-t-il ?
.- Bien.
.- Mieux… ?
Astoria hésita, baissant le regard.
.- Il fume beaucoup moins, lâcha-t-elle.
.- Mais il n'a pas arrêté ?
.- Tu sais, c'est beaucoup moins grave qu'avant, il a décroché, crois-moi. Mais c'est difficile, tu sais, quand on a été…
.- Un camé depuis aussi longtemps que lui, tu veux dire ?
La voix de Neil était un peu grinçante. Il appréciait Théodore, dans le temps, mais il savait que sa complicité avec Astoria n'était pas sur tous les points dans leurs meilleurs intérêts. Le meilleur ami de la jeune femme était plutôt anticonformiste pour la société sorcière, et avait longtemps entretenu ses dérives comme un art de vivre, en réaction avec ceux qui l'entouraient. Astoria s'était facilement jointe à lui, entretenant les mêmes terreurs, les mêmes angoisses. Pourtant, en grandissant, et alors que la jeune femme s'ouvrait aux autres, ils avaient tous deux commencé à vivre pleinement, mieux. Mais Neil se doutait que sous le teint blafard et le regard désabusé de l'héritier Nott, les vieilles appréhensions n'étaient pas mortes. Astoria pinça les lèvres sous le ton acerbe de l'Américain.
.- Théodore va très bien, et s'il a des ennuis, il n'a jamais inquiété personne avec.
.- Même pas toi ?
.- Même pas moi. Neil, je suis une grande fille, et tu n'es pas le mieux placé pour me juger.
Neil retira sa main, glacé par la sévérité de la jeune femme. Il releva la tête, et vit qu'elle le regardait toujours d'un regard doux.
.- Que s'est-il passé avec Lilias, demanda-t-elle. Tu l'aimais beaucoup, pourtant.
.- C'est vrai.
Il déglutit, le visage d'une jeune femme rieuse aux courts cheveux bouclés se dessinant sous ses yeux. Il ne l'avait pas méritée, il l'avait toujours su.
.- Comme tu le sais, nous avons perdu l'enfant qu'elle attendait. Ça ne marchait plus entre nous, et on a préféré se séparer.
.- C'est triste, murmura Astoria.
Elle avait connu la Texane des années plus tôt, elle faisait partie du cercle d'amis américains de Neil lorsqu'il étudiait en Angleterre. La jeune femme était une jolie brunette, vive et malicieuse, emplie de joie de vivre et sérieusement séduite par Neil. Astoria savait qu'elle l'avait raccompagné en Amérique lorsque le drame s'était produit chez les Malefoy et que lui-même subissait son propre drame personnel. Maddy Dodge, la jeune sœur de Neil, qui avait pendant un temps envoyé des nouvelles à Astoria, lui avait appris que le jeune homme avait fait une dépression plutôt profonde, et que Lilias l'avait soutenu sans faillir, tant et si bien qu'il avait réussi à tourner la page et qu'il était tombé amoureux de la brune. Astoria ignorait leur séparation, et curieusement cette nouvelle la touchait plus qu'elle ne le pensait. De plus les circonstances de cette rupture la poussaient à éprouver une certaine sympathie pour Neil.
.- Alors, reprit Neil, nous sommes seuls tous les deux. Malgré tout ce qu'il s'est passé, nous revoilà comme au point de départ. C'est curieux, tu ne trouves pas ?
.- Oui, acquiesça Astoria. Mais moi, j'ai Scorpius. Ce n'est pas pareil.
.- C'est vrai… Je ne le connais pas, ton fils. Quel âge a-t-il, sept ans ?
.- Oui, déjà. Il ressemble beaucoup à Drago, mais il reste très spontané.
.- Une bonne chose, sourit Neil. Tu penses que je pourrais le rencontrer ? Un jour, je veux dire, je ne sais toujours pas combien de temps je vais rester ici.
.- Tu prolonges ton séjour, semble-t-il.
.- Je m'étais promis de partir au plus vite, mais j'ai toujours été contradictoire.
Astoria sourit, retrouvant l'espace d'un instant leur ancienne complicité.
.- Scorpius serait content de te connaître, il est comme beaucoup d'enfants un peu fasciné par l'Amérique.
Neil rit légèrement.
.- Il n'y a pas de quoi, pourtant.
.- Par contre je pense que tu le rencontreras plus tard, ce n'est pas une période facile pour lui.
.- Tu m'étonnes.
Savourant cet instant de paix, tous deux se turent, se laissant bercer par la musique qui leur chuchotait des paroles langoureuses à l'oreille. Le vieux bouge était presque vide, ce n'était pas un lieu très fréquenté. Saisi d'un courage inattendu, Neil se leva et, prenant la main de la jeune femme, l'entraîna à sa suite en la faisant tourner. Astoria se mit à rire, le cœur soudain joyeux. Elle savait pourquoi elle voulait revoir Neil ; il lui faisait oublier le passé, il lui faisait tout oublier. Elle se souvenait de son mal-être de jeunesse, que seul l'été et leurs retrouvailles effaçaient. Avec lui elle était encore une adolescente insouciante et allègre, capricieuse et charmeuse, lunatique parfois. Elle pouvait être cette jeune fille égoïste, mais adorée, elle savait qu'elle pouvait tout lui dire, malgré leur différend, car c'était lui. Elle se laissa complaisamment emporter, et ne cilla pas lorsque Neil rapprocha son corps du sien, posant sa joue râpeuse contre sa tempe, la faisant élégamment osciller le temps d'une chanson lascive de crooner, vantant l'amour et le plaisir des sens, la vie dans toute sa mouvance. Il l'a fit lentement tourner sous son bras, ses cheveux blonds fendant la fumée que les quelques autres clients exhalaient. Souriante, elle ramena son visage contre son torse, savourant cette étincelle de bonheur. Des doigts tannés lui relevèrent délicatement le menton, et avant de pouvoir réaliser quoique ce soit, ses lèvres étaient contre celles de l'Américain, de Neil Dodge, goûtant cette saveur interdite, les sentiments affleurant au bord de sa bouche. D'une légère pression, il approfondit le baiser, tandis que ses mains glissaient avec précaution dans le dos de la jeune femme, comme incrédules. Neil ne comprenait pas ce qui l'avait pris, mais le désir impérieux qu'il avait toujours éprouvé pour Astoria, son amour qui ne s'était jamais vraiment éteint, conjugué à l'instant de grâce que tous deux vivaient à ce moment présent… Il ne sentit pas immédiatement l'eau couler sur ses joues. Ce n'est que lorsqu'un sanglot fit frissonner le corps de la jeune femme, qu'il comprit qu'elle pleurait. Il la détacha de lui avec lenteur, indécis et mortifié, peiné de voir Astoria prostrée, le visage baigné de larmes.
.- Je suis désolée, Neil, je ne peux pas… hoqueta-t-elle, fuyant ses yeux.
.- Astoria…
.- Non, ne dis rien, c'est ma faute, je n'aurais pas du te revoir. C'est moi qui ai insisté, pas toi, tu avais bien vu que je ne savais pas ce que je faisais. Je…
.- Qu'est-ce qui est si mal dans ce que nous avons fait ? demanda Neil, irrité.
.- Neil, nous deux, ça aurait pu marcher, s'il n'y avait pas eu Drago. C'était lui qu'il me fallait, il n'est pas l'erreur dans notre histoire. Il faut que tu l'acceptes. Nous deux, c'est impossible, maintenant. On ne pourrait pas… C'est ridicule d'essayer.
La voix d'Astoria était entrecoupée de sanglots.
.- Non, protesta, Neil, non…
.- S'il te plait Neil, le coupa Astoria. Je vais m'en aller, et on va oublier ça, d'accord ? Grandir un peu.
.- Laisse-moi parler, gronda Neil. Laisse-moi au moins une fois parler clairement. Je t'aime.
.- Neil…
.- Astoria, je t'aime, je t'aime presque depuis toujours. Même lorsque j'étais avec Lilias, je t'aimais. Je ne peux pas oublier, ne m'en demande pas trop. Est-ce si dur de nous imaginer ensemble ? De nous donner enfin cette foutue chance qui s'est toujours refusée à nous ? Je veux être avec toi. Je suis fou de toi.
La jeune femme recula de quelques pas, accentuant la distance entre eux deux. Déjà, Neil voyait que leur éloignement n'était pas uniquement physique, elle lui apparaissait comme dissimulée derrière un écran de fumée.
.- C'est peut-être ça le problème, dit Astoria, amère. Tu es fou de moi. Tu ne m'aimes pas, sinon… Sinon tu aurais compris qu'il ne fallait pas m'embrasser. Qu'il fallait accepter Drago, parce je l'aimais. Qu'il fallait me permettre d'être heureuse, et ne pas me torturer.
Neil accusa le coup. Il savait tout cela. Il le savait, il l'avait compris, mais elle ne le lui avait jamais dit. Il ne l'avait pas revue, après l'accident. Les paroles étaient tranchantes, même si le visage d'Astoria montrait toute la tendresse, la vieille amitié, qu'elle avait malgré tout pour lui. Ça faisait mal. L'Américain ne répondit rien. Il sentait que son séjour en Angleterre venait de prendre fin. Astoria avait raison, il fallait qu'ils grandissent. Il croisa une dernière fois le regard de la jeune femme. Les larmes avaient exacerbé leur couleur verte, si séduisante. Il vit qu'elle retenait son souffle, attendant qu'il proteste. Mais pour la première fois, il fit ce qu'il savait devoir faire, il la laissa libre. Parce qu'il l'aimait. Il la laissa. Il détourna le regard, et retourna s'asseoir face à son verre vide. Il la sentit qui rassemblait ses affaires, qui attachait sa cape. Elle hésita un instant. Puis sur une caresse sur la joue, ultime gage d'affection, elle partit.
oOo
Hermione était passée près du bassin des cerveaux. Tentant de ne pas y prêter attention, elle avait longé le haut de l'amphithéâtre au centre duquel le voile remuait toujours au milieu de la vieille arcade brisée, comme agité de murmures incessants. Elle s'était perdue dans la salle des planètes, frissonnant des sensations que leur vue éveillait en elle. Elle n'avait rien trouvé. La jeune femme désespérait, et se rappelait mentalement sa promesse : c'était sa dernière descente, si rien ne venait étayer son enquête, elle abandonnait tout. Malgré elle, l'ancienne Hermione Granger la tançait et ranimait sa curiosité insatiable et son caractère volontaire. Elle voulait tenir sa promesse, mais elle était décidée à savoir. La jeune femme était fourbue et frigorifiée ; malgré son épaisse cape, les lieux étaient glaciaux. Se laissant glisser contre un mur, elle fit une pause et ouvrit sa besace. Elle fut surprise d'y découvrir un flacon qui ne lui appartenait pas. L'ouvrant, elle le renifla, et reconnut l'odeur de la Bierraubeurre.
.- Jenny … sourit-elle.
Hermione but une longue gorgée et se sentit aussitôt réchauffée, comme si un liquide tiède et réconfortant glissait dans sa gorge. Elle sortit ensuite un carnet de notes où elle avait tenté de figurer un plan du Département des mystères. Cela faisait deux heures qu'elle se trouvait là, et elle avait le sentiment de tourner en rond. Elle retombait beaucoup trop fréquemment sur la salle circulaire, et elle avait l'impression de se perdre dans le dédale de portes qui se ressemblaient toutes. Le sol, fait d'un marbre noir extrêmement poli, inversait haut et bas, et les torches de flammes bleues qui seules éclairaient les lieux diffusaient un froid intense qu'elle ne se souvenait pas d'avoir éprouvé la première fois qu'elle était venue là. Elle avait le sentiment que les lieux eux-mêmes cherchaient à l'épuiser et avaient deviné sa présence inopportune, comme s'ils luttaient contre elle pour protéger leurs mystères. Hermione lança un regard agacé à son carnet. Le plan qu'elle avait esquissé ne ressemblait en rien au chemin qu'elle venait d'emprunter cette fois-ci, comme si les salles changeaient de place selon leur propre logique. La jeune femme soupira lourdement. La solitude, la crainte de se faire surprendre et l'absence de résultats concrets la poussaient à partir, pour autant elle ne pouvait s'y résoudre. Aussi, elle se releva et poussa sans grande conviction la première porte qu'elle trouva. C'est sans grande surprise qu'elle se retrouva, une fois encore, dans la salle circulaire. La porte se ferma derrière elle dans un claquement, et aussitôt, tous les pans de murs se mirent à tourner. Ce mouvement réfléchi une seconde fois sur le sol de marbre lui donna légèrement la nausée. Lorsque tout se stabilisa, elle recula d'un pas, et ouvrit la porte qui se trouvait à la place de celle qu'elle venait de passer. Il n'était guère la peine de trop hésiter.
Hermione pénétra dans une longue pièce voûtée comme une chapelle, emplie d'une lueur éclatante dansant comme des reflets de diamants. Un cliquetis incessant venait de toutes parts, et de fait, la pièce était bondée d'horloges, de montres, de réveils, de pendules… Partout on en voyait, qui égrenaient inlassablement un tic-tac monocorde : accrochés aux murs, pendus au plafond, rangés le long d'étagères au bois craquant, cloués entre des bibliothèques, posés sur le sol de pierre à l'instar des horloges de grand-mère, comme si des milliers de pieds minuscules avaient marché au pas. Tout au fond de la pièce, une imposante cloche de cristal semblait émettre la lumière qui baignait la pièce, à l'intérieur de laquelle des courants étincelants s'entremêlaient. En avançant à pas lents dans ce qui semblait être la salle du temps, Hermione crut reconnaître dans la cloche un minuscule colibri qui en l'espace d'une poignée de minutes croissait jusqu'à devenir immense, puis diminuait, redevenait un oisillon, puis un œuf, lequel éclosait de nouveau, répétant ce cycle sans relâche. La jeune femme s'arrêta un instant, fascinée par ce spectacle, le cœur battant fort dans ses tempes. Même pour une sorcière aguerrie comme elle le sentiment d'être face à un prodige ne la quittait pas, et elle restait immobile, transcendée par l'intensité magique qu'elle pouvait percevoir. Lorsqu'elle détacha son regard, Hermione put reconnaître, dans une bibliothèque vitrée, une collection de retourneurs de temps. Les observant un à un, elle esquissa un sourire amusé lorsqu'elle reconnut celui qui lui avait appartenu en troisième année. Il n'y avait pas à dire, elle avait été chanceuse de posséder un tel objet, dont le souvenir était d'autant plus cher à son cœur qu'il avait permis de sauver deux vies.
Toutefois, toute excitée qu'elle se sente à la découverte de cette nouvelle salle, Hermione sut qu'elle n'y trouverait rien. Malgré tout, elle l'inspecta attentivement, veillant à n'oublier aucun recoin, observant plus que ne touchant méticuleusement chaque objet. Elle finit par découvrir une porte, à l'arrière de la cloche, coincée entre deux bibliothèques et dissimulée par un lourd rideau de brocard grenat. Serrant de sa main droite sa baguette dans la poche de sa cape, elle ouvrit cette nouvelle porte. Une vague de froid, d'autant plus mordante que, dans la salle du temps, la température était presque agréable, l'assaillit. Hermione cligna plusieurs fois des yeux, devant habituer ses pupilles à la pénombre de l'endroit. Une vague angoisse lui enserra la gorge avant même de reconnaître la pièce, comme un pressentiment. La salle était immense comme une église, obscure, et divisée en une multitude d'allées interminables et étroites. Face à elle, en chiffres romains, Hermione put lire gravé dans le vieux bois d'une des étagères le nombre 53. Avançant de quelques pas, Hermione reconnut des boules de verre plus ou moins poussiéreuses disposées par centaines sur les étagères. Certaines brillaient faiblement, d'autres étaient noires comme de la suie. C'étaient des prophéties. La jeune femme inspira lourdement. Elle n'aimait pas cette pièce, et un sentiment de terreur la tenaillait. Néanmoins, elle savait que c'était sans doute ses souvenirs qui causaient son malaise, les temps étaient calmes et il n'y avait certainement aucun mangemort au Département des mystères. Hermione longea lentement la pièce, voyant les allées défiler sous ses yeux comme des grandes haies bien taillées. Elle marqua une pause au niveau de l'allée 97, se souvenant de la prophétie concernant son meilleur ami. Elle s'était trouvée là … Sentant son malaise augmenter, Hermione accéléra le pas. Gagnant une porte à l'extrémité de la salle, elle s'y engouffra avec soulagement. La température comme la lumière redevinrent correctes, et elle s'étonna de la normalité de l'endroit. C'était une longue galerie, bordée de petits bureaux. Sans doute ceux des Langues de plomb songea-t-elle. La jeune femme s'avança avec plus de confiance, la vision de bureaux contentant son esprit de rat de bibliothèque. Néanmoins, une vision l'assaillit, et elle se souvint encore une fois de sa cinquième année à Poudlard. C'était par là qu'elle s'était faite attaquer par ce Mangemort, comment s'appelait-il déjà ? Dolohov, Antonin Dolohov. Hermione se rappela qu'il avait été retrouvé mort dans sa cellule d'Azkaban quelques années après la guerre. Réalisant quelque chose, la jeune femme mit la main devant sa bouche, ses yeux s'écarquillant.
.- Par Merlin… C'était en 2003, j'en suis sûre.
Juin 2003, très vraisemblablement. Hermione commença à comprendre. Voilà pourquoi le retrait de la demande d'appel de Lucius Malefoy était passé inaperçu, plusieurs morts avaient eu lieu à Azkaban. Une vague de suicides avait dit la presse. Cela avait causé de grands remous, le gouvernement était encore fragile… Comment n'avait-elle pas fait le rapprochement ? Autant d'évènements étranges, et tous avec pour point commun la dernière guerre et l'appartenance au camp du Lord noir... C'était trop de coïncidences. Hermione pénétra au hasard dans plusieurs bureaux. Ils étaient tous propres, vides, impersonnels. Peu de feuilles traînaient, mais la jeune femme soupçonnait un sort de dissimulation. Lorsqu'elle parvint au bout du couloir, elle découvrit néanmoins une salle qui semblait plus grande. D'apparence modeste, on aurait dit une salle désaffectée. Hermione fronça les sourcils, et fouillant dans sa sacoche, prit une potion d'énergie. C'était sa dernière… Elle hésita, se demandant de quelle manière elle pourrait sortir. La curiosité l'emporta, et elle avala le breuvage d'une traite. Prenant sa baguette, elle fit jaillir quelques étincelles bronze et leva le bras.
.- Revelatum.
La salle s'emplit soudainement d'une multitude de rouleaux de parchemins et de cadastres soigneusement ordonnés, emprisonnés de protections magiques et de sorts anti-intrus. C'étaient les archives nationales magiques. Hermione se souvint des cours qu'elle avait suivis à ce sujet, durant sa formation à la Justice magique. Les archives étaient consultables par le public, et réunies à la bibliothèque du ministère. Elles étaient divisées en six sections, législatives, administratives, historiques, topographiques, domaniales et judiciaires. C'était ce dernier point qui l'intéressait. Hermione se rappela également que les pièces ayant moins de cinquante ans de date, et celles qui concernaient des personnes encore vivantes ou des familles encore existantes ne pouvaient êtres communiqués que moyennant des autorisations spéciales. Plus encore, les archives récentes concernant le Ministère lui-même ne pouvaient être communiquées que selon la volonté du Ministre en place et relevaient du secret. Hermione déglutit. C'était donc là qu'elles devaient se trouver. La jeune femme avança, se sentant fébrile. Il n'était pas donné à tout le monde de pénétrer un tel endroit. Si elle se faisait prendre… Elle ferma les yeux, ne voulant imaginer les conséquences de ses actions.
La jeune femme s'avança. Les archives étaient classées par date, puis dans l'ordre alphabétique. Il lui fut facile de trouver l'année 2003, et bientôt, son regard rencontra une étiquette jaunie où était écrit à l'encre noire le nom de « Malefoy ». Pour sûr, les Langues de plomb savaient classer. Hermione fronça les sourcils, observant attentivement les diverses protections magiques qui protégeaient les documents. De sa baguette, elle suivit les variations magiques qu'elle pouvait sentir et vit les halos spécifiques de différents sorts apparaître. Il ne serait pas aisé de contourner les protections, et la jeune femme craignait de déclencher une alarme. Elle posa son sac pour se mettre plus à l'aise, et son regard accrocha dans l'ouverture un tissu argenté. C'était la cape d'invisibilité d'Harry, qu'elle avait une fois encore empruntée, sous le regard malheureusement soupçonneux de son meilleur ami. La jeune femme la caressa du bout des doigts, songeuse. Elle avait peur de se tromper, ou d'épuiser son énergie en tentant de défaire les sorts de protection. Pour autant… Une idée germait dans son esprit
.- Les reliques…
La cape d'invisibilité d'Harry était une des reliques de la Mort, faite d'une magie d'une puissance excessivement élevée. Hermione savait qu'elle prenait un risque, mais il y avait de grandes chances pour que son idée marche. Après tout, peu de monde connaissait l'existence des reliques, et il y avait fort à parier que les sorts ne puissent détecter la cape. Prenant une grande inspiration, la jeune femme saisit le tissu argenté et l'enroula en partant de son poing jusqu'en haut de son bras. Tendant sa main ainsi couverte au travers des sorts de protections, elle attendit. Rien ne se passa. Plus confiante, elle avança le bras, et du bout des doigts, saisit le dossier Malefoy. La cape la couvrait et semblait l'immuniser, comme si grâce au tissu, les sorts ne percevaient pas sa présence. Elle retira son bras, et ramena vers elle les précieux documents. Son souffle était court, elle ne pouvait pas croire qu'ils reposaient là, dans ses bras, que d'ici quelques minutes, elle saurait enfin. Qu'elle saurait tout. Elle prit quelques inspirations, tentant de calmer son cœur qui tambourinait impérieusement dans sa poitrine, rangea la cape et ramena la pochette de cuir craquelé vers une table. Elle défit doucement les cordons qui refermaient le dossier, et une liasse de parchemins apparut sur le bois du bureau. Les yeux d'Hermione parcoururent l'en-tête.
« CAS DE LUCIUS ABARAXAS MALEFOY, daté du 2 juin 2003.
Prévenus : Mr Lucius Malefoy, Mrs Narcissa Malefoy, Mr Drago Malefoy, Mrs Astoria Malefoy d'une part ; le Ministère Britannique de la Magie en tant que personne morale de l'autre.
Corrélation : Mr Blaise Zabini. »
Hermione tiqua. Ainsi Zabini était lié à cette histoire… Le récit de Neil Dodge lui revint en mémoire. Elle ne s'était pas trompée, le drame qui avait eu lieu chez Blaise Zabini était directement lié à la disparition de Lucius Malefoy et au contrat que les Malefoy avaient passé avec le Ministère. Elle tourna la page, et passa sur les états-civils des différents prévenus. Elle en vint enfin au procès-verbal, attirée par un nom qu'elle connaissait à présent.
« Entendu que Mr Willehm Ellery se voit retirer la Défense de la famille Malefoy, le Procès-verbal est rédigé par le procureur général Mr Darius Bullock. »
La jeune femme haussa les sourcils. C'était là le Ministre de la Magie en partance. Possible qu'il ait été choisi par son prédécesseur parce qu'il connaissait l'affaire. Elle se souvint du récit de Willehm lorsqu'elle l'avait rencontré, de la manière pour le moins étrange et cruelle avec laquelle il s'était fait retirer l'affaire. Ce n'était pas étonnant que lui n'ait pas oublié l'affaire, malgré le tapage des journaux autour des suicides des prisonniers, après tout il avait lui-même préparé l'audience. Hermione continua sa lecture.
« Faits avérés :
Cas de Mr Drago Malefoy et Mr Blaise Zabini.
. il a été confirmé que Mr Drago Malefoy et Mr Blaise Zabini ont été agressés par trois anciens mangemorts au manoir de ce dernier le 30 mai 2003.
. il a été confirmé que ceux-ci étaient Mr Gideon Yaxley, Mr Ernest Gibbon et Mr Horace Mulciber, trois anciens mangemorts recherchés par les forces d'auror du Ministère.
. il a été confirmé que le 30 mai 2003, Mr Drago Malefoy a commis le meurtre de Mr Gideon Yaxley.
. il a été confirmé qu'il y a eu comme témoins de cette première altercation Mrs Astoria Malefoy, épouse de Mr Malefoy, et Mr Neil Dodge, un parent.
. il a été confirmé que de ce premier événement a résulté la mise en accusation de Mr Drago Malefoy pour meurtre et l'envoi immédiat des deux captifs pour la prison d'Azkaban.
Il a été certifié par Mr Blaise Zabini que celui-ci recevait des menaces d'anciens Mangemorts, sous l'égide de son beau-père Mr Brutus Wilkes (NB décédé fin 2003) voulant former une résistance active contre le nouvel ordre et former une coalition afin de renverser le gouvernement en place. Ce groupe serait responsable de plusieurs attentats que le monde magique britannique a subi depuis la fin de la guerre (1998). Mr Zabini a assuré avoir voulu faire part de ces informations aux forces de l'ordre, mais de n'avoir pas été écouté. Par ailleurs, son avocat lui aurait déconseillé une nouvelle démarche, car Mr Zabini était en cours de procès.
Mr Zabini déclare encore, témoignage conforme à celui de Mr Drago Malefoy, que Mr Malefoy n'était en aucun cas un agresseur, et qu'il l'avait aidé à lutter contre la pression des anciens mangemorts. Par ailleurs, Mr Zabini confirme également le témoignage de Mr Drago Malefoy, comme quoi le meurtre de Mr Yaxley relèverait de la légitime défense de son épouse.
Il a été confirmé par les médicomages de Ste Mangouste que Mrs Astoria Malefoy avait effectivement subi un choc important, à le fois physique et magique, qui a eu pour conséquence la mort de l'enfant qu'elle attendait alors. »
Hermione reposa ce premier parchemin en fronçant les sourcils, les pensées en ébullition. Elle aurait voulu avoir une pensine à ses côtés pour reconsidérer toutes ces données calmement, mais elle manquait de temps. Clairement, l'incident chez Zabini était relié au fin mot de son affaire. Blaise Zabini avait donc du faire face à des pressions, et pas des moindres, celles de son beau-père. Hermione savait que Mrs Zabini tenait sa renommée et sa fortune de ses nombreux mariages, plus ou moins réussis. On pouvait supposer qu'à l'époque, Blaise avait craint pour la sécurité de sa mère. Par ailleurs, il était en procès… Il avait dû demander l'aide de Drago Malefoy, après tout, c'était son meilleur ami. Et ils se disaient tout, puisque Malefoy n'avait pas hésité à lui confier qu'il avait sauvé la vie d'Hermione. Ces informations s'emboîtaient parfaitement au récit de Neil Dodge : Drago souvent absent, préoccupé, fatigué… Ce n'était pas étonnant puisqu'il avait dû se soucier à la fois du procès de son père et de la sécurité de son meilleur ami. D'où les absences fréquentes. Et ce qu'avaient découvert Astoria et Neil en transplanant.
Hermione se permit un léger sourire. Elle avait eu raison, malgré tout. Drago Malefoy n'était pas un meurtrier. Il avait sauvé la vie de sa femme. Il avait tué, mais malgré lui. Pas pour lui-même, qui plus est. Son pressentiment s'était révélé juste, et elle sentit son affection pour lui grandir alors que le visage du blond se dessinait dans ses pensées.
Tout commençait à devenir clair, à commencer par la présence de Yaxley, dont le nom était tombé dans son enquête comme un cheveu dans une potion. Les mangemorts faisaient donc de la résistance, ils tentaient de former une nouvelle force ténébreuse. Hermione se souvint des attentats qui avaient effectivement eu lieu plus de dix années plus tôt, notamment celui du premier décembre 1998, lorsque le Parlement anglais avait été attaqué, créant une seconde Conspiration des Poudres. Elle savait à présent à qui les attribuer. Le lien avec Lucius se faisait de plus en plus resserré, et pourtant, il manquait quelque chose. Hermione tourna encore un parchemin et poursuivit sa lecture.
« Faits avérés :
Cas de Mr Lucius Malefoy, dans le cadre des évènements d'Azkaban. »
Allons donc, s'interrompit Hermione, il y avait donc un fichier avec lesdits « évènements d'Azkaban ». Mais la jeune femme ne voulait pas trop en savoir, tout ce qui l'intéressait concernait Lucius.
« Rappel à la cour : la prison sorcière d'Azkaban a été attaquée le 2 juin 2003 par un groupe d'extrémistes sorciers. Il semblerait que ceux-ci soient des complices des deux prisonniers faits à l'occasion du cas de Mr Blaise Zabini et de Mr Drago Malefoy et qu'ils préparaient cet attentat dans le but de restaurer un ordre des forces obscures, dirigé par de « véritables sorciers » (NB issus de familles sorcières), mettant dès lors en péril la paix sorcière.
. il a été confirmé que le 2 juin 2003 Mr Lucius Malefoy, ancien mangemort à la solde du Mage noir Lord Voldemort (NB Tom Elvis Jedusort), était emprisonné à Azkaban en attente d'une procédure d'appel à la cour.
. il a été confirmé que Mr Malefoy était coupable de nombreux délits, et était un criminel dûment reconnu.
. il a été confirmé que Mr Gibbon et Mr Mulciber venaient d'être emprisonnés à Azkaban.
. il a été confirmé que la forteresse a été investie par d'anciens mangemorts, mettant en péril le monde sorcier.
. il a été confirmé que les forces d'auror spéciales ont contenu le débordement, au prix de certaines vies.
. il a été confirmé que les délégués du Ministère ont abusivement accusé Mr Lucius Malefoy.
. il a été confirmé que malgré les précautions du Ministère, les dommages causés à Mr Lucius Malefoy sont irréversibles et ne pouvaient être dissimulés à la famille, obligeant les deux partis à prendre un engagement contractuel.
. il a été confirmé que l'affaire a été étouffée auprès du grand public, sous le couvert de la motion de sauvegarde de la paix sorcière.
Le Ministère s'est engagé à des avantages effectifs pour la famille Malefoy contre l'assurance de son silence. Tout manquement à cet engagement brisera les effets de la caution pour les deux partis.
La motion de sauvegarde de la paix sorcière a été invoquée du fait du caractère récent de la dernière guerre sorcière, pour conserver une unité communautaire et maintenir la stabilité du gouvernement en place. La motion ainsi décidée a une valeur de quarante années.
Les documents concernant Mr Lucius Malefoy ont été épurés de toute mention de son appel, tenant compte de l'importance de préserver la motion de sauvegarde. Son avocat, Mr Willehm Ellery, a été démis de ses fonctions. »
Hermione inspira un grand coup. Voilà, elle savait. Elle savait pourquoi Lucius Malefoy n'avait jamais eu son appel, pourquoi son procès était tronqué. Telle était sa première interrogation, avant que plusieurs autres ne s'ajoutent sur l'amorce de son enquête. Elle savait pourquoi Lucius n'avait pas eu son appel : Il ne pouvait pas y aller. Pourquoi, la chose n'était pas précisée dans son procès-verbal. Sans doute pas tué, car il aurait été au nombre des « suicidés » cités par la presse. Brutalisé, sans doute, gravement blessé à coup sûr, et ce alors qu'il était innocent, pour cette attaque-là du moins. Mauvais pour l'image du Ministère, très mauvais. À la fois pour sa fiabilité, mais également pour son discernement, cela aurait pu être crucial en cette période de procès. C'était également la raison du congé de Willehm, qui avait été une victime inconsciente des stratégies ministérielles. Il restait une feuille dans la liasse. Hermione la saisit, et la parcourut.
« Caution de secret liant la famille Malefoy au Ministère de la Magie en tant que personne morale.
La famille Malefoy, d'une part, c'est-à-dire Mr Drago Malefoy, Mrs Narcissa Malefoy, et Mrs Astoria Greengrass-Malefoy, s'engagent à ne pas ébruiter l'attaque du 2 juin 2003, et de ce fait ne peuvent attaquer le Ministère comme déficient quant aux conditions de sécurité et négligeant de la personne de Mr Lucius Malefoy. Les Malefoy s'engagent également à renvoyer leur avocat, Mr Willehm Ellery, renonçant à la demande d'appel de Mr Lucius Malefoy.
Le Ministère Britannique de la Magie, d'autre part, s'engage à arrêter toute poursuite à l'encontre des membres de la famille Malefoy, en particulier de Mr Drago Malefoy, coupable du meurtre de Mr Gideon Yaxley, de collaboration avec l'ennemi pendant la guerre, d'espionnage, de tentative de meurtre à l'encontre d'Albus Dumbledore. Le Ministère renonce également à se saisir de ses biens, et promet de rétablir toutes les fonctions que possédait la famille Malefoy.
Cette caution engage les deux partis équitablement. En cas de manquement d'une part comme de l'autre, elle prend fin immédiatement. La caution dure le temps de l'application de la motion de sauvegarde de la paix sorcière, temps exigé pour la prescription des faits mis à l'examen.
Ci-dessous, les signatures en tant que représentants des deux partis de Mr Drago Malefoy d'une part et de Mr Amos Diggory, Ministre de la Magie, de l'autre.»
Hermione reconnut l'écriture fine et élancée de Drago, alors que la plume ministérielle s'étirait en des courbes alanguies. Tel était donc l'accord qui expliquait les anomalies quant au train de vie des Malefoy. Hermione songea à ce que lui avait dit Pansy Parkinson, l'unique fois où elle avait obtenu des confessions de la part de Drago. Celui-ci semblait dévasté, et effectivement, ce contrat le tenait à la gorge. Il devait autant se haïr de l'avoir accepté que se réjouir de ses effets.
La jeune fille jeta un coup d'œil à sa montre et se mordit les lèvres. Trois heures du matin. Cela faisait déjà trop longtemps qu'elle s'était introduite dans ces lieux, mais au moins, elle avait trouvé quelque chose. Elle ne savait toujours pas où se trouvait Lucius, mais c'était normal de ne pas le trouver dans le procès-verbal. Elle pourrait éventuellement demander à Narcissa Malefoy, songea Hermione en se souvenant des conseils de Kingsley, bien qu'elle ignorât de quelle manière. La jeune femme copia certaines des informations, que sa baguette fit apparaître dans son carnet, afin de n'oublier aucun élément. Elle songeait notamment à Jenny et à Willehm, qui seraient ravis de sa découverte. Elle rassembla les papiers et les rangea soigneusement dans la pochette. Puis, réitérant sa stratégie, elle enveloppa son bras dans sa cape d'invisibilité et range le dossier dans l'étagère.
Quelques minutes plus tard, elle avait quitté les archives, et passait de salle en salle, cherchant à ouvrir une porte qui la conduirait à la salle circulaire. Néanmoins, les salles semblaient encore se jouer d'elle, et elle retombait inlassablement dans les pièces déjà visitées, comme s'il lui était interdit de retrouver la sortie. Hermione passa pas moins de trois fois dans la salle de la Mort, traversa de long en large celle des Planètes, longea en frissonnant la salle des Prophéties, et sentit son énergie diminuer. Les murs défilaient autour d'elle, sombres et froids, lui donnant une impression d'enfermement. Plusieurs fois, il lui sembla toucher au but, reconnaître une porte vers la salle circulaire, mais inlassablement, elle retombait dans une quelconque pièce du Département. Une sueur froide coulait dans son dos. Elle sentait son inquiétude augmenter, et tentait vainement de se résonner. Elle ne pouvait pas être perdue, surtout maintenant qu'elle détenait les informations. Maintenant qu'elle savait à quel point le Ministère tenait à son silence… Elle déglutit difficilement à cette pensée. Hermione sentait que ses mains devenaient moites, tandis que sa nuque se raidissait. Elle était fatiguée et transie, et sa potion cessait de faire effet.
La jeune femme resserra sa besace contre elle alors qu'elle longeait le bassin où flottaient les cerveaux. Elle reconnut la porte par laquelle Jenny, Willehm et elle étaient sortis un mois et demi plus tôt. Pourtant, elle savait, elle se doutait qu'elle ne trouverait pas la salle circulaire derrière le battant, car le Département des Mystères voulait la retenir. Elle tentait de ne pas paniquer, de ne surtout pas paniquer, mais la solitude et l'angoisse qui la tenaillaient la mettaient aux aguets. Elle sentait bien la puissance de la magie qui saturait les lieux. Les yeux embrumés de la jeune femme s'accrochèrent un instant sur la porte qui menait à la salle d'interrogation spéciale du Magenmagot. Désespérée, elle s'y risqua. L'odeur de souffre l'assaillit ainsi que Jenny l'avait prévenue, et la salle dans laquelle elle déboucha ne parvint même pas à la distraire de l'inquiétude qui la rongeait. Elle descendit les marches de pierre patinée en titubant. Elle avait chaud, elle avait froid, elle sentait que les lieux lui avaient pompé toute énergie, comme toute magie. Une migraine tenace et lancinante lui enserrait le crâne, et dans le silence ambiant, elle n'entendait que ses oreilles bourdonner infernalement. Elle craignit, soudain, qu'on la découvre, que tout vacille encore, la courageuse griffondor était alors loin. Seule, elle avait peur. Prise d'un fol espoir, elle s'avança vers les lourdes portes de bois, et appuya sur la poignée.
.- Si seulement…
Sa voix n'était plus qu'un souffle. À peine réussit-elle à enfoncer la poignée qu'une assourdissante déflagration survint. Elle sentit que des défenses magiques avaient été posées, ce qui était logique, mais qui ne l'avait pas effleurée dans sa fatigue hébétée. Dans un immense éclair turquoise, elle vola dans les airs, et son crâne alla heurter le rebord saillant de l'estrade de pierre. Elle vit le plafond vaciller sous ses yeux, comme dédoublé, triplé, quadruplé. L'idée qu'on allait vraiment la découvrir, qu'elle allait être arrêtée par des aurors l'inquiéta un instant, mais déjà un voile noir l'aveugla et elle perdit connaissance.
Quelque temps plus tard, une poignée de minutes ou plusieurs heures, elle n'en avait pas la moindre idée, elle sentit qu'on la soulevait avec précaution du sol rocailleux et un vague mouvement de marche lui indiqua qu'on la portait. Elle voulut parler, bouger, mais son corps ne lui obéissait pas. Tout ce qu'elle put entendre fut une voix profonde et grave, qu'elle semblait connaître, la rassurer.
.- Ne t'inquiète pas Hermione Granger, je veille sur toi.
oOo
Lettre de Kingsley Shaklebolt à Harry Potter
À l'hôpital Ste Mangouste, le 31 mars 2013
Harry,
J'étais au Ministère cette nuit pour travailler, quand une alarme a retenti. Je te donnerai les détails de vive voix, mais toujours est-il que j'ai trouvé Hermione, un peu mal-en-point. Elle était au bord de l'inanition, et elle avait une mauvaise blessure derrière la tête, qu'elle avait dû se faire en tombant contre le bord d'une marche de pierre. Son état est correct à présent, je l'ai amenée à Ste Mangouste. Tu passeras me voir après lui avoir rendu visite, d'accord ?
Kingsley
oOo
Drago Malefoy contemplait d'une mine amusée un fin débardeur de coton couleur cerise. Il tenait le bout de tissus entre ses mains, et jouait avec depuis cinq bonnes minutes. Il laissa échapper un rire désabusé.
.- Je deviens fou, soupira-t-il.
Il porta le débardeur contre sa joue et malgré la conscience aigue du ridicule de son attitude, il le huma. Une discrète odeur d'iris était toujours présente. Un sourire s'épanouit sur ses lèvres. Hermione Granger avait oublié le vêtement chez lui alors qu'elle devait s'habiller à la hâte, en retard parce qu'elle avait accepté de passer une nuit entière chez lui. Drago se souvenait de leurs rires, de la malice qu'il avait usée à la forcer à lui courir après, en sous-vêtements, pour récupérer son habit, puis de sa moue outrée, lorsqu'elle avait renoncé à son débardeur, décidant de couper l'herbe sous le pied de son amant. Le jeune homme l'avait rejointe sur le pas de la porte pour un baiser qu'elle avait accepté du bout des lèvres, pour lui demander s'il pouvait garder le bout de tissu. Hermione n'avait pas répondu, mais elle semblait approuver sa demande, si l'on en jugeait à la chaleur bien plus intense de ses baisers suivants, songea Drago. Il était à présent de retour dans son manoir du Wiltshire, et contemplait par la fenêtre la pluie printanière qui tombait interminablement, créant des ruisseaux boueux dans son parc d'habitude si bien entretenu.
Entendant du bruit, il rangea le débardeur dans un tiroir de son bureau et se releva. Il vit bientôt s'encadrer dans la porte à double battant de la pièce son épouse qui tenait son fils par la main. Les traits d'Astoria étaient tirés, comme si elle avait pleuré, quant à Scorpius, il ne laissait rien paraître mais sa main était fermement agrippée à celle de sa mère.
.- Scorpius veut nous parler, Drago, annonça sa femme.
.- Bien, entrez tous les deux. Je ne savais pas que tu étais rentrée, ajouta-t-il en tournant la tête vers Astoria, je te croyais encore chez Daphné.
.- Je ne peux pas abuser de son hospitalité indéfiniment.
Il se rassit sur son lit, et tapota à ses côtés, faisant signe à son fils de venir. Drago n'appréciait pas que Scorpius le voie dans la chambre qu'il avait investie lorsque Astoria et lui avaient décidé de se séparer. Il avait laissé la chambre conjugale à son épouse, n'osant pas penser à l'alternative. Il était un Malefoy, et respecter son épouse faisait partie de ses valeurs. Plus encore, même s'il ne l'aimait plus, la jeune femme lui restait chère. Astoria alla s'asseoir sur le siège du bureau, leur faisant face.
.- Qu'y a-t-il, Scorpius ?
.- Papa, je sais que Maman et toi allez divorcer, dit le blondinet. Vous me l'avez dit. Je voudrais savoir quand ?
.- Quand… Quand nous allons divorcer ? demanda Drago, désarçonné.
.- Oui.
La voix du petit garçon était assurée.
.- Eh bien je ne suis pas certain. Cela peut prendre quelque temps, ce n'est pas simple.
.- Je suppose que ce sera fait pour ta prochaine rentrée, ajouta Astoria, venant au secours de son mari.
Ils échangèrent un regard rapide. Au moins un domaine où ils fonctionnaient toujours bien ensemble ; s'occuper de leur fils. Après tout, ils l'avaient tellement voulu, Scorpius les lierait indéniablement à jamais.
.- Dis à ton père pourquoi tu voulais poser cette question, ajouta la jeune femme.
.- Je vais vivre avec qui, après ? s'enquit le garçonnet.
Le timbre limpide de la voix de Scorpius grelottait insensiblement. Drago soupira et passa son bras autour des épaules de son fils, ramenant sa petite tête blonde contre lui. De nouveau il croisa le regard d'Astoria et, d'un mince sourire, elle l'encouragea.
.- Ce sera comme tu voudras, Scorpius, tu subis déjà suffisamment nos problèmes. Maman et moi, nous pouvons transplaner, donc on te prendra quand tu voudras.
.- Mais plus ensemble ?
.- Non, mon chéri, répondit Astoria, plus ensemble.
Elle se leva, et alla s'asseoir de l'autre côté de son fils. Lui prenant la main, elle la porta à ses lèvres, posant un regarda tendre et inquiet sur lui.
.- À l'école, reprit Scorpius, on m'a dit que vous alliez sans doute vous battre pour avoir ma garde. Que je n'aurais pas le choix, que vous alliez vous détester encore davantage et que vous tenteriez tout pour m'avoir, mais chacun de son côté.
.- Ceux qui t'ont dit ça ne sont pas très gentils, ou n'ont pas eu de chance, assura Astoria.
Tout d'abord, continua Drago, nous ne nous détestons pas. Ôte-toi cette idée de la tête, mon fils.
.- Et nous ne nous battrons pas. Naturellement, l'un de nous sera très malheureux s'il te voit moins, et, bien entendu, on voudrait chacun t'avoir entièrement, mais on préfère te voir moins mais heureux plutôt que tout le temps et triste.
Drago sourit à Astoria. Il avait toujours admiré son caractère réaliste et posé. Il savait qu'elle y avait longuement réfléchi, et il lui faisait confiance pour choisir ce qui lui semblait le plus juste pour tous et pas uniquement pour elle.
.- Que veux-tu, Scorpius ? demanda Drago.
.- Je veux vous voir autant l'un que l'autre, marmotta-t-il, lové entre ses deux parents.
.- Bien. Une semaine avec Maman, et l'autre avec moi, ça t'ira ?
.- Je pense. Mais on pourra pas se voir parfois, tous les trois ?
.- Je suppose, avança Astoria.
.- Oui, pour les anniversaires, les spectacles de l'école, tes matchs de quidditch, continua Drago. On pourrait même s'arranger pour Noël.
Le visage du garçonnet s'illumina. Il semblait beaucoup moins sombre qu'à son entrée dans la pièce. Drago fit un clin d'oeil à sa femme, heureux de la réussite de leur tandem, malgré tout.
Les Malefoy bavardèrent encore quelques minutes ensemble, puis Scorpius, parfaitement rassuré, s'en alla prendre son goûter. Drago s'étira, heureux, et Astoria se releva du lit, reprenant sa place au bureau.
.- Je ne vais tout de même pas rester sur le même lit que toi, expliqua-t-elle, sarcastique.
.- Ce serait étrange, admit Drago. Alors, ton séjour chez ma belle-sœur ?
.- Correct. On n'a pas parlé de toi, si ça peut te rassurer.
.- Je m'en doutais, mes oreilles ne bourdonnaient pas à cause de vos méchantes paroles.
Astoria roula des yeux.
.- Donc ça y est, reprit-elle, on prend des décisions de couple divorcé ?
.- Presque, mais ça nous fait de l'entraînement.
.- Tu le réalises toi ?
.- Notre séparation ? Je commence, mais ce n'est pas simple.
.- J'ai été heureuse d'être avec toi, commenta Astoria. On s'est séparés au bon moment, personne n'est lésé puisqu'on était tous les deux au bout du circuit.
.- Je suppose.
Drago la regarda. Même dans le contre-jour, il voyait clairement que son épouse était épuisée.
.- Ça va, toi ?
.- Je crois. Puisqu'on en est aux discussions de divorcés, poursuivit-elle, tu as pris d'autres décisions ?
Son ton était posé, et le jeune homme comprit qu'elle était déterminée à ne pas laisser les choses s'envenimer. Elle voulait régler ça à l'amiable, et non pas briser toute relation avec lui. C'était tellement elle, reconnut-il.
.- Pour nos biens, les propriétés, annonça-t-il. Je ferais tout selon tes termes. Je veux juste garder mon manoir et l'hôtel particulier à Londres.
.- Ça me semblait aller de soi, accepta Astoria dans un sourire. On devrait juste récupérer chacun nos propriétés, et peut être négocier les maisons de vacances. De toute façon, nous n'avons pas les mêmes préférences climatiques, donc ce sera simple à régler.
.- Pas faux. Tu sais, je te laisserais volontiers tout, quand je repense grâce à quoi on a toujours tout cela.
Astoria grimaça.
.- C'est vrai que vu sous cet angle, rien de ce que nous avons n'est réellement… Honorable.
.- C'est le mot.
Elle se releva, et perdit son regard par la fenêtre.
.- Tu sais, j'ai revu Neil.
.- Théo m'en a touché un mot.
.- Forcément. Je ne sais pas ce qui m'a prit.
La voix d'Astoria était blanche. Drago haussa un sourcil. Il n'avait pas vraiment apprécié d'apprendre qu'Astoria revoyait cet Américain, cela l'avait même inquiété. La jeune femme se tourna vers lui et son regard vert croisa ses iris bleus.
.- Je ne sais pas ce que je cherchais à me prouver, avoua-t-elle. Mais au moins, tout est clair dans ma tête à présent. Je pense que je cherchais une bouée de sauvetage, alors qu'en fait, je ne me noyais pas. Je n'ai pas besoin de bouée, surtout de celle-là.
.- Que s'est-il passé ?
.- On a pas mal discuté. Je l'ai vu pour la dernière fois alors que j'étais chez Daphné. Je crois qu'il avait saisi que je faisais n'importe quoi. Pourtant à un moment, on a dansé, et il m'a embrassée.
Astoria s'interrompit, gênée de parler de la sorte devant Drago. La mâchoire de celui-ci s'était crispée.
.- J'ai vraiment cru que… J'avais une seconde chance, poursuivit-elle. Mais en fait non. Ce que je faisais était si vain. Je me suis mise à pleurer, il m'a dit qu'il m'aimait, et… J'ai réalisé les désastres que son amour, et mon manque de discernement avaient causés. Je ne pouvais pas…
Les yeux de la jeune femme étaient humides, mais elle ne pleura pas. Elle raffermit sa prise sur le rebord du fauteuil.
.- Je ne pouvais pas, répéta-t-elle.
.- Je mentirais si je disais que je compatis, lâcha Drago, je suis plutôt content. Mais ton trouble est… Compréhensible ? Je ne sais pas si c'est le bon mot. Qu'importe, tu vas mieux ?
.- Oui, sourit Astoria. Certainement. Au moins j'ai arrêté de me tromper.
.- C'est bien.
.- Oui.
Elle vrilla sur lui un regard perçant.
.- Et toi ? Tu m'as l'air heureux.
.- Je le suis, avoua Drago.
.- C'est bien, murmura-t-elle.
Elle semblait sincère. Son visage semblait plus serein, et la jeune femme était définitivement en train de repartir d'un bon pied. Drago hésita un instant à lui confier sa liaison avec Hermione. Astoria était, en plus d'être sa femme, une bonne amie. Elle lui avait parlé de Neil, et ça n'avait pas dû être simple. Il était tenté de lui dire ce qu'il en était de son côté. Avouer sa relation avec Hermione Granger à Astoria était plus ou moins une manière de l'officialiser. Était-il prêt ? Et le voulait-elle, elle, qu'il le dise ? Il était encore surpris de s'être autant attaché à elle en si peu de temps. L'alchimie entre eux était flagrante, et chaque instant passé avec l'autre était riche de souvenirs. Il le savait depuis un moment, Hermione Granger était spéciale pour lui, mais peut-être devait-il s'accorder encore un moment ? Quelque temps de plus pour la découvrir, et se découvrir lui-même à l'occasion.
Ses pensées furent interrompues par une chouette frappant à la fenêtre. Elle ne faisait pas partie de sa volière. Astoria ouvrit la fenêtre, et l'oiseau s'envola vers Drago, lâchant un parchemin cacheté sur ses genoux puis repartant, signifiant qu'aucune réponse n'était désirée. Échangeant un regard surpris avec son épouse, il décacheta la missive et la parcourut.
À l'hôpital Ste Mangouste, le 31 mars 2013
Monsieur Malefoy,
Malgré mon sérieux manque de sympathie à votre égard, je pense que je dois vous prévenir. Hermione Granger, que vous devez connaître, a eu un léger accident et est à présent en soins à l'hôpital Ste Mangouste. Ce n'est pas grand-chose, une baisse d'énergie un peu alarmante, et une plaie à l'arrière de la tête, qui a causé une hémorragie rapidement maîtrisée. Je ne vous préviendrais pas si mon amie n'avait prononcé une ou deux fois votre nom alors qu'elle était inconsciente. Je me trompe sans doute, mais mes informations peuvent peut-être vous intéresser.
Kingsley Shaklebolt.
oOo
Voilà voilà, j'espère que vous avez aimé :)
Chapitre riche en rebondissements et révélations s'il en est … Moins d'HgDm, même si c'est toujours présent en filigrane. Plus d'Astoria/Neil, l'ultime confrontation, la fin du purgatoire. De l'Astoria/Drago aussi, car ils seront toujours liés, car il y a Scorpius. Le retour de Kingsley le Superbe, au regard paternel, à l'intelligence fine, le protecteur de toujours du Trop d'Or. Et enfin Hermione et son enquête. Et ses découvertes. Son plongeon dans le passé, le sien, celui des autres, et enfin son plongeon à terre.
Qu'avez-vous pensé de ce chapitre ? J'appréhende vos réactions après tant d'attente, et je brûle en même temps de les lire. De retrouver vos mots si aimés, de poursuivre cette relation un peu relâchée autour de cette histoire …
Je ne donne pas de date pour le prochain chapitre, je ferai de mon mieux. Lorsque je pourrais m'y consacrer, l'esprit clair, sans rien pour me perturber.
En attendant je vous dis à la prochaine :)
Mille bisous ;)
Olivia, alias Stellmaria
