Adolescences Tardives
Hum… salut. Ça fait longtemps, je trouve. Je ne sais pas vous, mais bon, je suis contente de revenir tous les 36 du mois avancer cette histoire. Je vais le finir hein. C'est sûr ! Let's do it quoi.
Bref, tout d'abord un gros merci pour vos reviews, même si je me sens comme un imposteur à vous lâcher des chapitres aussi fréquents que les fins du monde Mayas. Mais je me suis dit… Damn it, on est enfin dans le temps de mon histoire. Oui, car je veux dire, j'ai commencé à écrire en 2008. Je situais ma fiction dans l'hiver 2012-2013 par cohérence pour l'âge des personnages etc. Ben on y est. Le 28 décembre 2012 (juste avant le Réveillon et le baiser, souvenez vous !) C'est un truc de fifou.
Donc sans plus vous faire patienter, voici la suite (si vous vous souvenez de mon histoire hein). En espérant que vous aimerez.
Et un petit rappel : Hermione, enquêtant sur la période des Grands Procès, tombe sur le cas de Lucius Malefoy. Une anomalie la trouble celui ci n'a jamais procédé à l'appel qu'il avait demandé et obtenu. S'ensuit une enquête au long cours qui la plonge dans les intrigues de la guerre et de l'après guerre, aux côtés de son amie Jane et d'un avocat, Willehm Ellery, et la rapproche plus que jamais de la famille Malefoy alors même que son propre mariage avec Ron périclite. Découvrant les manigances du Ministère d'après guerre et ses abus, les complots de l'époque, elle se lie de plus en plus avec Drago Malefoy, en le fréquentant dans un nouveau milieu. Une affection qui se mue en attirance, voir en sentiment, alors même qu'Hermione découvre que tous deux sont liés par un lien encore plus profond et indéfectible : une dette de sorcier. A présent, Hermione a les résultats de son enquête, et tout est sur le point d'éclater, pour autant elle est déchirée par sa tendresse pour Malefoy et les conséquences que ces résultats auront pour lui.
Bonne lecture !
« I know nobody knows
Where it comes and where it goes
I know it's everybody sin
You got to lose to know how to win
Half my life
Is books written pages
Live and learn from fools and
From sages
You know it's true, oh
All these things you do come back to you »
Aerosmith – Dream on
oOo
Chapitre XXIX
/ L'éclat de la vérité est inhérent à ce mot : éclat, éclater, et tout disparaît. /
oOo
Jane Rosier était assise dans son fauteuil de bureau, tendue comme un arc, la nuque raide. Ses mains étaient posées à plat devant elle, sur le sous-main grenat qui recouvrait le bois de son bureau, mais elle ne savait pas si elle les avait agencées ainsi afin de se composer un air assuré ou bien si cela n'était qu'une ruse afin de mieux s'agripper au meuble. Ses doigts pâles étaient écartés les uns des autres avec application, et ses mains rappelaient les serres d'un rapace prêt à fondre sur sa proie.
La jeune femme soupira profondément avant de jeter un coup d'œil nerveux à l'horloge qui surplombait la porte d'entrée du Département de Justice magique. C'était sa dernière semaine de travail ici. Quand elle se revoyait, une année auparavant, planchant nuitamment sur ses exemplaires du Manuel avancé de préparation des potions de Libatius Borage, ou encore sur l'incomparable recueil des Indispositions et affections magiques les plus communes, elle se plaisait à imaginer la douceur que ce serait de quitter enfin ce bureau, ces formulaires insipides et l'insupportable sentiment de perdre son temps qui l'accablait quotidiennement. Ses derniers jours en ce service avaient été imaginés doux et agréables, bercés de joie et d'impatience. Elle avait été bien naïve de croire que ce grand joueur qu'était le destin ne se chargerait pas de la contredire.
La porte d'entrée du département s'ouvrit brusquement, brisant le silence qui régnait à l'accueil en cette heure tardive. La jeune femme sursauta.
- Willehm ! .. Merlin, vous m'avez fait peur.
- J'en suis désolée Jane. J'avais peur d'être en retard, je n'ai pas pu me défaire de mes obligations à la cour avant la dernière session de la journée, dit-il, en desserrant sa cravate pour mieux pouvoir respirer. Est-ce que .. ?
- Mrs Howitt n'est pas encore sortie de son bureau, le coupa Jenny.
- Oh…
L'avocat s'interrompit et reprit son souffle. Il avait visiblement fait son trajet au pas de course. Il fouilla la pièce du regard, et vit une banquette recouverte de velours taupe, sur laquelle il se laissa tomber.
- Hermione n'est pas là ? demanda-t-il, regardant autour de lui avec une mine surprise.
- Non.
Le ton de Jenny était froid. Malgré tout, elle laissa paraître une certaine anxiété sur son visage.
- Vous l'avez prévenue, n'est-ce pas ? Que c'est aujourd'hui que l'on fait le jour sur nos conclusions. Rassurez moi, elle s'est complètement remise de son accident ?
- J'ai essayé de lui dire …
Willehm se rapprocha d'elle. Jenny se releva d'un bond, brisant le silence de cette fin de journée printanière par le raclement crissant de sa chaise sur le sol. Ses iris châtaignes étaient obscurcis par une pupille démesurément dilatée. Le jeune homme lui attrapa la main, mais elle se déroba, fuyante, fixant son regard par dessus son épaule, sur la porte qui menait au bureau de sa supérieure. Elle se raidit, tendant l'oreille aux bruits qu'elle pouvait entendre au travers de la porte close. Willehm soupira et la saisit plus fermement par le bras.
- Jane, que s'est-il passé ? Dites moi…
Un tremblement nerveux traversa le corps mince de la jeune fille. Il se décala et déroba la porte de son champ de vision, la forçant à le regarder. Son regard rencontra enfin celui, trouble, de la secrétaire.
- Jane, dis moi ce qu'il se passe.
Elle tressaillit à l'entente de ce tutoiement dont elle n'avait pas l'habitude avec lui. Son dos se voûta légèrement, comme si elle était prise d'un soudain découragement, et elle se rapprocha de lui. Dans un souffle, sa voix s'échappa d'entre ses lèvres sèches d'anxiété, presque malgré elle.
- Willehm, Hermione… Je crois qu'elle ne veut plus nous suivre. Qu'elle ne le peut plus.
L'avocat recula d'un pas, son visage légèrement plus pâle que d'habitude, accusant le coup. La nouvelle le prenait de court, lui qui avait fait de l'enquête sa priorité et son grand espoir au cours des derniers mois. C'était normal, après tout cette affaire était en quelques sortes une affaire personnelle pour l'avocat. Jenny pouvait voir ses mâchoires se contracter en un réflexe instinctif, en un rejet qui ne pouvait qu'être naturel de sa part.
- Comment, pourqu …
- J'aurais du vous prévenir, cela faisait déjà un moment qu'elle avait des doutes. Je n'ai pas osé, je pensais réellement qu'elle finirait par se ressaisir, mais la situation est … Ambiguë, voyez vous.
- Expliquez moi.
- Malefoy, le fils. Elle …
Willehm se détourna d'elle. Elle voyait son dos se crisper et des larmes commencèrent à s'amonceler dans ses yeux, ou plutôt non, à remonter dans sa gorge, la tordant et l'étranglant impitoyablement. Elle se sentait véritablement partagée, déchirée dans cette situation. Elle ne pouvait qu'imaginer ce que ressentait Hermione en cet instant, mais elle même n'était pas tranquille. Elle n'avait cessé de retourner différents arguments dans son esprit, au cours de la dizaine de jours qui s'était écoulée. Justice devait être faite, mais à quel prix ? Pour autant Willehm, lui, n'aurait jamais l'esprit en paix tant que l'affaire n'aurait pas éclaté au grand jour.
- Elle ne sait plus ce qu'elle doit faire, elle a joué un jeu double pendant si longtemps qu'elle s'est embourbée très profondément… Elle s'est attachée à cette famille, très profondément. Elle sait ce qui les attend tous quand ce que nous avons découvert sera rendu public.
- Hermione savait dès le départ dans quoi nous nous engagions, siffla l'avocat. Par Merlin, c'est elle qui est venue me chercher, je ne lui ai rien demandé. Il est un peu tard pour se dédire.
- Je sais, dit posément Jenny. Je le sais, j'étais déjà mêlée à cette affaire bien avant que vous n'interveniez…
- Dites moi, expliquez moi ses raisons.
Il avait articulé ces mots avec une certaine froideur, mais on pouvait sentir que c'était le ton de l'habitué des tribunaux qui s'exprimait. Il voulait entendre les arguments, la défense, avant de condamner. Jenny contourna son bureau et alla se mettre face à Willehm. Se rapprocher de lui, pour mieux le toucher. Abolir la distance. Hésitante, elle lui prit les mains, ce qui sembla le soulager légèrement. Il lui rendit un regard adouci.
- Vous même vous nous l'aviez dit, commença Jenny, la voix hésitante, comme cherchant ses mots. Que vous n'aviez jamais haï les Malefoy. Que vous les aviez défendu en étant fasciné par cette famille, et nos recherches nous ont montré à quel point cette famille était pieds et poings liés par le Ministère…
- Ce n'est pas une vendetta vengeresse que je recherche, vous le savez. Nous ne sommes pas, autant que nous sommes, de ces fanatiques qui veulent se venger de cette ancienne famille de partisans du Mage Noir.
- De Voldemort, souligna-t-elle, le voix douce.
Il grimaça.
- Oui, de Voldemort, exactement, corrigea-t-il. Notre enquête n'a que pour but de ne pas laisser d'impunis quels que soient les partis, anciens partisans et nouveau Ministère, et je suis certain que c'est également l'optique de Mrs Howitt.
- Que feriez vous, hésita Jenny, si ce que nous avions découvert était à même de détruire cette famille encore davantage, alors qu'ils ont déjà beaucoup subi, même si cela nous permettait de dévoiler les abus du Ministère de la reconstruction ? Ne pensez vous pas que cela mérite réflexion.
Willehm fronça les sourcils. Jenny lui sourit tendrement, et resserra ses mains sur les siennes, pour l'encourager.
- Je pense que nul ne peut avancer avec de tels fantômes, dit-il, la voix basse. Ce ne sera pas facile pour eux, certes, mais n'est ce pas un moyen d'éviter pour eux un passé faussé et une famille gangrénée ? C'est le risque de nouveaux coups durs qui empêchent Hermione de mener à bien cette tâche, n'est ce pas ?
- Oui, c'est exactement cela. Non contente d'avoir sans doute les mêmes hésitations que nous, elle est d'autant plus déchirée que la situation s'est complexifiée pour elle, et qu'elle est émotionnellement impliquée dans l'avenir de cette famille. C'est d'autant plus difficile pour elle qu'elle aime un Malefoy, lâcha Jenny d'une voix rapide, les paupières baissées.
- Elle aime un …
Willehm rejeta sa tête en arrière, relâchant un soupir semblant venir des tréfonds de son être.
- Bon sang de dragon, bien sûr. Évidemment.
Il rit doucement.
- Cela semble si évident que je me demande si je suis un si bon avocat que cela finalement. Bien sûr qu'elle est tombée amoureuse de Drago Malefoy. Enfin, c'est plutôt étonnant au regard de leur passé, mais c'est tellement… Normal qu'un homme tel que lui l'ait séduite. Et réciproquement. Je me sens absolument dépourvu de tout sens de l'observation à présent. C'est très embarrassant.
- C'est peut être justement l'incongruité d'une telle relation qui vous a empêché de voir cette évidence, suggéra Jenny, un léger sourire aux lèvres.
- Sans doute… Mais, dit il en reprenant une voix plus sérieuse, nous sommes trois à être impliqués dans cette affaire justement. Il n'y a pas que Hermione, et il n'y a qu'elle qui soit amoureuse. Emotions et impartialité n'ont pas à se mêler dans une telle affaire. Et ses conséquences sont tellement plus vastes que cette relation amoureuse.
- Je le sais bien, soupira Jenny.
Sa mine était redevenue sombre. La boule qui lui serrait la gorge depuis quelques jours était revenue, insistante.
- C'est pour cela que nous allons rendre nos résultats publics malgré tout, lâcha la jeune femme, la voix cassée. J'ai suivi le même raisonnement que vous, et c'est ce qui doit être fait.
- Est-ce décidé ?
Elle hocha la tête en le fixant dans les yeux.
- Je n'aurais jamais pris un rendez vous avec Miranda Howitt, alors même que je m'apprête à échapper enfin à ses griffes avec mon internat, sans rien avoir à lui montrer.
- Hermione le sait ?
- Cela fait plusieurs jours qu'elle ne répond plus à mes lettres, mais j'en ai envoyé une bonne dizaine, il lui est difficile de passer outre. Donc je pense que oui, elle sait la décision que j'ai prise très certainement. Nous nous étions un peu brouillées sur le sujet quand elle était sortie de l'hôpital. Je lui avais proposé de prendre ses distances et de nous laisser achever cette enquête, mais elle voulait savoir. La dernière fois qu'elle m'a écrit, c'était pour me livrer sa conversation avec Narcissa Malefoy, dont je vous ai fait part. Depuis c'est le silence.
Jenny soupira. Hermione avait fait tout et son contraire ces derniers temps. Niant ses sentiments tout en persévérant avec obstination dans l'enquête, plombant l'enquête de part les remords qu'elle éprouvait régulièrement. Et cette histoire de dette ne l'aidait pas. Elle semblait avoir pris son parti en s'effaçant brusquement, en coupant toute communication.
- La responsabilité de l'enquête est la nôtre, à présent. Elle doit se dire que le sort en est jeté, mais que la décision finale nous revient, et non à elle. Et elle doit savoir quelle est cette décision, et profiter autant qu'elle peut de son bonheur présent, de ce moment. Je connais bien Hermione, vous le savez Willehm.
Jane passa ses doigts dans ses cheveux courts pour les ramener derrière ses oreilles. Elle se tourna ensuite vers son bureau et attrapa maladroitement un volumineux dossier emballé dans une pochette en cuir de dragon.
- Hermione a un sens aigu de la justice, sinon elle ne travaillerait pas ici. Elle est curieuse, et aime voir les torts réparés. Elle veut faire avancer les principes de rectitude, de liberté et d'équité, des principes qu'elle a toujours tenté d'appliquer. Enfin, elle a toujours voulu protéger ceux qui sont mis dans une position de faiblesse. Mais que faire quand ce sont les forts, les méchants, ceux que l'on méprise, finalement, qui sont opprimés ? Hermione a été confrontée à ce dilemme, se devant d'appliquer ses principes mêmes pour déterminer en toute impartialité entre la famille qui avait voulu la voir mourir et l'institution ministérielle qu'elle respecte tant. Les rôles étaient inversés. Dans cette situation, elle ne pouvait que voir l'humanité de cette famille, qui n'était plus dans son rôle habituel, qui était décalée par rapport à sa place dans la société, dans l'ordre sorcier. Comment aurait elle pu ne pas apprécier cette humanité, l'aimer même ?
Jenny se retourna pour croiser le regard de l'avocat. Il vit que ses yeux étaient trop brillants, malgré ses efforts évidents de cacher les émotions qui l'assaillaient. La jeune femme semblait avoir une compréhension intime du dilemme que rencontrait son amie.
- Hermione a aimé cette famille. Moi je viens d'une famille comme ça. J'ai décidé de rallier le bon côté, du moins ce que l'Histoire consignera comme étant le bon côté. Mais ce côté, une fois au pouvoir, a toujours ses oppresseurs. On ne peut pas les laisser continuer au nom d'une vision manichéenne de l'ordre social. Les Malefoy, tout criminels qu'ils soient, méritent un procès. Ce procès ne les servira peut être pas, mais tout le monde mérite la justice, et le droit de se défendre. Personne ne devrait avoir l'interdiction de s'exprimer. Ils se doivent de répondre de leurs actes, de les assumer, tout comme le Ministère se doit d'assumer ses torts. C'est pour cela que je veux aller jusqu'au bout, conclure cette affaire. Pour Hermione aussi. Ce n'est pas parce qu'elle ne peut le faire qu'elle ne le veut pas.
Willehm s'approcha et pris le dossier dans ses mains.
- Êtes vous sûre de vous ? Pas de remords ?
- Des hésitations, pas des remords. Je suis prête à m'engager là dedans. Est ce que tu l'es toi aussi, Willehm ?, s'enquit elle avec un sourire complice.
- Je me le dois, tu le sais.
Il lui caressa légèrement la joue du bout des doigts. À ce moment là, la porte du bureau de Miranda Howitt grinça, puis s'ouvrit, laissant apparaître la directrice redoutable du Département de Justice Magique. Elle leur adressa un sourire en coin, mais son regard montrait qu'elle jubilait.
- Alors, martela-t-elle, qu'ont ils fait à ce pauvre vieux Lucius ?
oOo
Hermione souffla sur sa tasse de thé brûlant. Les volutes de vapeur qui s'élevèrent lui chauffèrent légèrement le nez. Réfugiée dans un recoin de la cuisine de la famille Weasley, elle se mettait d'elle même à distance, comme pour reprendre de l'énergie, avant de plonger, de foncer, d'aller droit dans le mur.
Ron était revenu en Angleterre pour une semaine. Il avait décidé de ramener lui-même les enfants, et en profitait pour rester. La maison lui manquait, les habitudes aussi il avait eu un entretien avec Kingsley la veille pour savoir s'il ne pourrait pas reprendre son poste à la fin de l'été. En attendant il s'était inscrit à différentes formations des forces d'auror françaises afin de diversifier ses techniques. Hermione se doutait que son départ n'était que temporaire, d'ailleurs Harry le lui avait dit. Sa technique de la fuite n'avait jamais été valable sur la longue durée, Ronald était bien incapable de tout plaquer pour de bon. En un sens c'était une bonne chose, car elle n'aurait pas voulu que sa séparation prive définitivement ses enfants d'un père. Mais elle n'était pas mécontente, finalement, qu'il se soit éloigné quelques temps, lui accordant une plus grande marge de manœuvre et un peu d'air tandis que lui même pouvait redevenir plus pondéré, réfléchir raisonnablement et sans risque de se brouiller avec quiconque. Elle l'observait bavarder avec ses frères et Harry, tous installés à la table du salon à manger un brunch très garni, laissant briller dans le soleil printanier cinq chevelures flamboyantes et une d'ébène.
Les enfants étaient déjà sortis depuis un bon moment, Arthur les ayant recrutés dans le jardin pour chasser les gnomes, qui avaient fait leur grand retour, à présent que le doux printemps anglais semblait enfin s'imposer. La perspective d'une bonne partie de dégnomage les avait mis en joie.
Alors qu'elle laissait flotter son regard sur la petite assemblée, elle croisa un regard de jade. Elle rougit. Harry la regardait avec insistance. Entre réprobation et anxiété, il semblait attaché à deviner son prochain mouvement. Ils n'avaient pas vraiment eu le temps de parler depuis qu'il avait découvert son « vilain secret », ainsi que Jenny l'avait surnommé. Son couple, ou du moins sa relation avec le très impopulaire Drago Malefoy. Relation dont l'avenir semblait fort compromis, alors même qu'Hermione sentait que ses sentiments devenaient plus fermes et assurés à chaque jour qui passait. Son meilleur ami la regardait du coin de l'œil, et sans être véritablement hostile, il semblait agité. Il savait que quelque chose se préparait. Il avait bien raison. Depuis que Drago avait décidé d'assumer ladite relation auprès de ses proches, Hermione sentait que ce n'était qu'une question de jours avant qu'elle ne doive faire de même. Pas que la perspective l'enchantât particulièrement, mais l'urgence se faisait de plus en plus sentir. Le malaise d'Harry quand il parlait avec Ron était déjà difficilement gérable, il valait bien mieux qu'elle prenne les devants avant que la nouvelle ne soit prise en charge par quelqu'un d'autre. Même si elle savait que Harry, comme Ginny, voulaient la laisser faire, elle se doutait que leur patience avait des limites.
La rouquine vint la rejoindre à ce moment là dans son recoin de cuisine. Ginny avait l'air relativement affable. Elle l'avait d'ailleurs surprise par son attitude très diplomate, elle qui avait ordinairement un tempérament plutôt sanguin. Hermione lui sourit.
- Ça va Hermione ? Ce n'est pas trop dur de revoir Ron ?.. Je suis contente que tu sois venue malgré tout nous voir aujourd'hui, je sais que ce n'est pas évident.
- Tu sais bien que ce ne sera jamais dur pour moi de le voir, ni même pénible. Il est quand même un de mes meilleurs amis, et ce avant tout autre qualificatif. J'espère juste qu'il pense la même chose.
Ginny concéda un sourire.
- Il arrivera un jour à retrouver cette conception. C'est sans doute pour cela que même en te séparant de Ron, tu seras toujours une partie de la famille Weasley, et que tu viendras toujours ici. C'est une chance même. Pour moi aussi, ajouta-t-elle, tu étais quand même ma belle sœur préférée ! Pénélope et Fleur sont beaucoup moins rigolotes.
- Ne t'en fais pas, je vais tenter de rester dans le coin pour qu'on puisse continuer à se moquer d'elles quand elles deviennent trop casse pieds, s'amusa Hermione.
- Oh oui ! Et puis, reprit Ginny, quand tes relations avec Ron seront revenues à la normale – et par la normale je veux dire vos relations à Poudlard, mais sans intrigue adolescente –, tu verras, ce sera juste parfait. Et tant mieux pour les enfants aussi.
- Voilà une séparation plutôt bien agencée, ironisa Hermione.
Bien sûr, tout n'était pas si simple. Elle était véritablement bouleversée à la simple vue de Ron, et le serait sans doute pendant longtemps. Quinze années de relation amoureuse officielle, sans oublier l'attachement qui les liait déjà avant, ne s'effaçaient pas aisément. Il était difficile d'extraire la dimension romantique de tant de souvenirs et de tant d'habitudes. Ronald n'avait fait, en un acte élégant, aucune remarque quand à la présence de son épouse dans la maison familiale, et il semblait clair dans son esprit qu'Hermione était ici à sa place. Néanmoins, leurs rapports, sans être tendus, étaient gênés, et ils pouvaient difficilement échanger autre chose que des banalités. Sauf quand il s'agissait des enfants bien sûr. Cela lui réchauffait le cœur quand au détour d'une phrase ils échangeaient un regard complice en racontant la dernière étourderie de d'Hugo ou en écoutant Rose disserter sur ses dernières lubies – la dernière en date était de finir son école primaire dans une école moldue, l'incohérence de son enseignante d'éveil à la magie commençant à ennuyer cet esprit très actif. Mais pour chaque instant de complicité, le centuple était rendu en gêne dès la seconde qui suivait. Il allait falloir du temps.
- Hermione, est ce que je peux te demander quelque chose ?
- Bien sûr Ginny, répondit la jeune femme, encore perdue dans ses pensées.
- Qu'est ce que tu as dans la tête exactement ? Concernant ta relation avec Malefoy ?
Hermione revint brusquement à la réalité. Elle croisa les yeux bleus de Ginny qui l'interrogeaient avec une pointe d'inquiétude.
- Que veux tu dire exactement ?
- Eh bien, je me doute que ce n'est pas qu'une passade, je te connais trop bien. De toute façon, tu n'as jamais de passade, quel que soit le domaine, tu es trop sérieuse pour ça. Sans juger de ton choix, que vas tu faire ? Si cette relation est sérieuse, tu vas bien finir par le faire savoir, non ? À tes enfants, à Ron … À tout le monde en fait. Ce que je veux dire, c'est que ce serait bien, et même nécessaire, que tu prennes les devants.
Elle avait instinctivement baissé la voix à mesure qu'elle parlait. La brunette rougit. Elle avait déjà pensé à tout cela, oh combien de fois. Elle voulait plus que tout continuer cette relation. Elle ne pouvait tout bonnement pas s'imaginer pouvoir se passer de Drago. Son bonheur avec lui était si bouleversant, elle se sentait envahie d'une joie qu'elle désirait plus que tout conserver et partager, prise à bras le corps d'une volubilité qu'elle ne se connaissait pas. Mais c'était Malefoy, comment faire cela ? Ce n'était pas comme si elle devait présenter un nouveau compagnon – d'ailleurs, n'importe qui d'autre que Malefoy n'aurait guère posé de problème. Et surtout, comment le faire alors qu'elle se savait dupe de l'homme qu'elle commençait à aimer avec une démesure qu'elle ne se savait pas capable ? Comment le regarder en face alors qu'elle ne l'avait approché que pour enquêter sur lui ? Et surtout, comment réagirait-il lorsque l'affaire sortirait ? Car elle sortirait. Hermione avait reçu de nombreux courriers de la part de Jenny au cours de la semaine qui venait de s'écouler, et elle savait que ce n'était qu'une question de jours avant que l'affaire ne devienne publique. Miranda devait exulter de pouvoir se faire la tête de proue de la révélation d'un tel scandale.
- Il y a tellement de choses qui entrent en compte tu sais, répondit elle sobrement à Ginny. Il faut que je le fasse, bien évidemment. Bien évidemment, répéta-t-elle, songeuse. Cela ne saurait rester un secret longtemps, murmura-t-elle.
Elle n'en voulait pas réellement à Jane. Bien sûr, elle avait légèrement espéré que la loyauté de son amie envers elle serait telle qu'elle ne pourrait aller jusqu'au bout et publier un dossier qu'elle savait devoir l'anéantir. Mais ce n'était pas une question d'amitié, Hermione le savait. Elle était trop intelligente pour la blâmer. Et les missives que Jenny lui avait envoyées témoignaient de la conscience aigue que la jeune femme avait également autour de toute cette affaire. En vérité, il s'agissait d'un cas de conscience. Plus que de son éthique professionnelle d'employée du Département de Justice Magique, c'était là une affaire de morale que de révéler leurs découvertes. Et il était certain, fort heureusement, que la force et l'intelligence de Miranda Howitt, sans compter ses nombreuses connexions, lui permettraient de ne pas laisser l'affaire être étouffée à nouveau. Sans parvenir à aller jusqu'au bout, Hermione espérait en son fort intérieur que ses complices le feraient pour elle. Sinon l'attente éternelle d'une résolution, la contrainte morale et la longévité de sa duplicité risquaient de l'anéantir.
- Tu sais, reprit-elle, je crois bien que je l'aime, avoua-t-elle dans un souffle.
Le visage de Ginny se troubla, et les joues d'Hermione rougirent de s'entendre dire ce fait pourtant si évident d'une manière aussi naturelle. Mais si elle ne le disait pas maintenant, quand aurait-elle le temps ? La présence discrète de Ginny, qu'elle avait pourtant malmenée et mise de côté, et qui, prise entre deux feux, avait malgré tout réussi à ne pas faire défaut à ses devoirs d'amie la poussait à l'honnêteté. À une honnêteté bien plus complète que celle dont elle faisait preuve envers elle même. Et envers Malefoy.
- Même sans le dire, c'était évident, dit gentiment la rouquine.
- Je veux dire, je veux que ça dure. Longtemps. Je me sens bien tu sais.
- Tu n'as pas l'air bien, pourtant. Tu es pâle. Et fatiguée.
- Oui, mais ça n'a rien à voir. C'est justement ça le problème. Je ne peux pas m'avancer, ni reculer. Je suis comme piégée encore une fois sur ce foutu jeu d'échec de première année. Il faut que j'attende de voir comment les autres vont jouer.
- Et qu'est ce que les autres ont à voir avec ta relation avec Malefoy ? Tu n'arrêterais pas, quand bien même Ron ferait une syncope, sourit Ginny. La meilleure chose à faire, c'est de concrétiser tout cela. Pour toi comme pour les autres, au moins les choses seraient claires et nettes. Laissent donc ces autres râler, ils se rendront bien compte que s'ils veulent te garder, ce sera avec la fouine ou rien – je m'en passerais bien, mais j'ai compris que c'était la solution.
- Si seulement. Mais les autres ont tout à voir avec cela. Tu comprendras vite, ajouta-t-elle, faisant un sourire d'excuse à son amie, car elle ne pouvait lui donner plus de précisions.
Elle entendit les chaises racler le sol et elle regarda vers la table. Les garçons étaient en train de se lever, et Ron fit mine de s'avancer vers Hermione. Il semblait hésitant. Ginny s'éloigna, après lui avoir légèrement pressé la main. Le rouquin, qui se tenait dans l'embrasure de la porte, avait une lettre dans sa main. Il fit quelques pas pour se rapprocher.
- Qu'est ce que c'est ? demanda Hermione.
- Une chouette vient de l'amener. C'est pour toi, James m'a dit de te la donner.
- Ah, il essaie de créer des occasions de contact entre nous, sourit elle.
- Oui, c'est sans doute cela, ironisa Ron. Quelle crapule.
Elle tendit la main et attrapa maladroitement la missive, perturbée d'avoir senti les doigts de son ancien mari effleurer les siens. Le contact physique était définitivement un point qui prendrait du temps à se régler.
- Ça va être difficile, admit-il, conscient de ce moment de gêne. De renouer contact, car on doit réinventer nos relations. Mais tu vas voir, on va s'en sortir. Je le veux en tout cas. Je suis déterminé à ne pas te laisser sortir de ma vie – de nos vies.
Hermione lui sourit tendrement. Merlin qu'elle l'aimait… Plus de la même manière, certes, mais de cette affection indubitable, inconditionnelle, éternelle qui l'avait pourtant fait souffrir.
- Ça va toi, demanda-t-elle, rangeant la lettre dans sa poche. Ce n'est pas trop difficile de me voir ici ? Je peux repartir, tu sais, proposa-t-elle d'une voix douce.
- Non, ne repars pas !
Il avait dit cela d'une voix un peu rapide.
- Je veux dire, je ne veux pas voir cet endroit sans t'y voir. Et je sais que tout le monde pense la même chose, tu vois. C'est un peu brusque, peut être, mais au moins, ça fait avancer les choses. T'avoir ici permet de cautériser, ça fait mal, mais c'est pour se soigner.
- Je serai donc encore beaucoup ici. J'adore le Terrier, et vous êtres ma famille sorcière, en quelques sortes, sourit Hermione.
- On est ta famille de toute façon. Je suis le père de tes enfants, et il y a ici leurs cousins, leurs oncles et tantes et leurs grands parents. Bien sûr que tu seras toujours ici chez toi, c'est une évidence.
- Et si … Hésita Hermione, ne sachant comment présenter la chose. Et si un jour, toi ou moi on rencontre quelqu'un, comment fera-t-on ?
Le rouquin grimaça.
- Eh bien… Ce sera toujours ma famille, je pense que je ne me ferai pas bannir, dit il en souriant avec morgue. Mais je pense qu'on pourra s'en sortir pour toi. Tu dois rester ici, tu le sais. Avec ou sans moi. Si on n'est plus tous les deux, il nous reste toujours notre « tous les trois ».
- Oui, admit Hermione. Ce « tous les trois » devrait encore durer un moment.
Ron lui fit un léger clin d'œil, avant de s'éloigner, Molly l'appelant à l'étage pour calmer la goule qui sévissait de nouveau au grenier. Hermione était heureuse de cet échange. Elle aimait ce Ronald mâture et posé. Elle savait qu'il prenait sur lui, beaucoup, et elle lui en était d'autant plus reconnaissante. Etrangement, ces quelques mots l'avaient plus apaisée à propose de son futur que la moindre des théories élaborées avec assiduité dans son cerveau. Distraitement, elle sortit la lettre de sa poche et la décacheta, mais sa joie retomba bientôt à la lecture des quelques lignes qui y étaient inscrites.
Londres, le 13 avril 2013
Hermione,
J'espère que tu lis encore mes lettres, car je veux te prévenir que l'affaire est lancée. Miranda était estomaquée naturellement, et elle est, je pense, suffisamment capable et habituée à ce milieu pour ne pas se faire refouler.
J'espère que ça va, et que tu tiens le coup. Je sais que ce n'est pas facile, mais nous savons toutes les deux que c'était la chose à faire. Peut être même que ton Malefoy sera soulagé d'être enfin libéré de ce poids, qu'en dis-tu ? D'ailleurs, à propos de Malefoy, quid de Lucius ? Sais tu où il est, et dans quel état ? Cela devrait sans doute être révélé au procès, mais peut être l'as tu déjà découvert. Mais comme je n'ai plus de nouvelles…
Tendres pensées néanmoins. Écris moi si tu as besoin de quoi que ce soit.
Jenny
PS : J'ai expliqué un peu les choses à Willehm, il ne t'en veut pas du tout.
oOo
Drago Malefoy observait d'un air absent la convocation qu'il tenait entre ses mains. Cela faisait pourtant longtemps qu'il n'en avait plus reçu de la sorte. Bien longtemps. Se frottant les yeux d'un air soudainement harassé, il relut une seconde fois la convocation, signée par la plume acerbe de Miranda Howitt, cette vieille chauve-souris revêche du Département de Justice Magique.
Londres, le 14 avril 2013
À l'intention de Monsieur Drago Malefoy,
Par la présente, je vous informe de nouveaux éléments venus à notre attention concernant l'affaire numéro 1898437 avec pour principaux concernés : Mr. Malefoy, Lucius Mrs Malefoy-Black, Narcissa Mr. Malefoy, Drago Mrs Malefoy-Greengrass, Astoria.
Vous êtes convoqués pour une audience préliminaire face au tribunal du Magenmagot le 24 avril prochain, pour un réexamen de votre dossier en appel, à la demande du Département de Justice Magique, constitué en partie civile. Une réunion préparatoire peut vous être octroyée en la présence de Mr. Ellery Willehm, qui sera votre avocat commis d'office sauf décision contraire de votre part. Je serai moi même à votre disposition pour tout demande de renseignements.
Veuillez croire, Monsieur, en l'expression de mes sentiments les plus distingués.
Bien à vous,
Miranda Howitt
- Que se passe-t-il ?
Drago releva la tête. Blaise Zabini l'observait d'un air intrigué, ses sourcils bruns se rejoignant sur son front lisse. Il se releva de son bureau, où il était en train d'achever sa correspondance quand la chouette à l'intention de son meilleur ami était entrée dans la pièce quelques minutes plus tôt. Une chouette ministérielle portant le blason du Magenmagot. Tous deux avaient échangé un regard qui en disait long, tant la venue d'une telle chouette était lourde de sens pour les deux anciens accusés. Ce blason, qu'ils n'avaient pas revu depuis fort longtemps, était lourd de souvenirs pour chacun d'entre eux.
- Ils relancent le procès en appel, dit le blond, la voix hésitante. Je crois.
Drago grimaça. Il n'avait pas l'air particulièrement convaincu par ses propres paroles, ou plutôt était-il désabusé. Ils avaient tant lutté pour obtenir cela au début, avant de se résigner à leur fortune miraculeuse. Le Ministère était catégorique, et il n'y avait plus grand chose à faire. Qu'essayaient-ils donc de prouver après tant d'années ? Et surtout pourquoi le Ministère relançait-il la machine ? Il n'avait rien à y gagner, bien au contraire. C'était pour le moins paradoxal, même absurde après tout ce temps, alors que chacun arrivait à se sentir enfin en paix avec ces années des grands procès. Salir la mémoire glorieuse de la reconstruction n'était pas l'opération de communication la plus habile.
- Le procès… Tu veux dire le procès ? Celui de Lucius ?
- Oui, je pense. Enfin, avec cela, ils relancent forcément tout. L'ensemble Le mien avec celui de mon père. C'était la condition si la clause de la motion de sauvegarde de la paix sorcière était rompue, mais je ne comprends pas bien. On n'a rien dit, alors pourquoi le Ministère se tirerait-il ainsi des sorts dans les pieds ?
Blaise se passa la main dans les cheveux. Il voyait que son meilleur ami était tout particulièrement ébranlé par cette nouvelle surprenante. Presque machinalement, il déboucha une des bouteilles de Sherry qu'il gardait dans son secrétaire et en servit deux verres à fond plat. Le blond prit le sien sans guère y prêter attention. Ses joues, d'ordinaires déjà très pâles, étaient devenues blêmes, à la limite d'un gris léger, crayeux.
- Mais pourquoi ressortiraient ils ça ?, reprit Blaise, comme en écho. Merlin, cela va faire une belle pagaille… Surtout dans cette période d'élections, c'est stupide. Ils avaient pourtant enterré tout cela avec grand soin et au prix fort, je me trompe ?
- Tu le sais bien, grinça Drago. Non, ils ont du être forcés de ressortir les vieux dossiers. S'il avait eu le choix, le Ministère aurait tout laissé enfoui jusque bien après la date de prescription de la motion de sauvegarde. Ils n'ont aucun intérêt à ce que cela soit révélé, d'autant que plusieurs personnes ont encore des postes importants.
- Tu penses que quelqu'un a réussi à deviner la vérité ?
- Je pense que …
Drago jeta un coup d'œil sur la lettre en fronçant les sourcils. Il soupira profondément, des souvenirs commençant à se précipiter dans son esprit avec la force d'un torrent. Il ne se doutait même pas d'en avoir gardé tant que cela en mémoire.
- Tu as vu qui est notre commis d'office ?
- Oui, un certain Ellery… C'était votre avocat lors des grands procès, je me trompe ?
- Exactement. Le meilleur même, un jeune prodige du droit qui n'avait peur de rien. D'ailleurs il avait été assez malmené à l'époque par le Ministère, si je me souviens. On avait du l'éjecter très brusquement, mais le temps nous manquait. Je n'ai pas particulièrement pris de ses nouvelles, mais puisque je n'ai guère entendu parler de lui, c'est qu'il n'a sans doute pas du avoir la brillante carrière que tout le monde lui promettait.
- Un désespéré a assez de force pour dénicher bien des secrets, ironisa Blaise.
- Sans doute… Mais tout de même je me demande pourquoi il n'a fait cela que maintenant. Par Salazar, cela fait dix ans ! S'il avait tant voulu connaître le fond de l'affaire, il aurait commencé bien avant, quand tout était frais. C'est incompréhensible.
Blaise se rassit sur un fauteuil face à son ami. Il scruta son visage. La mâchoire du blond était crispée, signe symptomatique d'une colère qu'il tentait de contenir. Colère contre le Ministère, qui le rongeait depuis si longtemps, colère contre lui même aussi, qui pouvait le rendre si haïssable quand elle le consumait entièrement. Colère de replonger dans ce passé honni alors qu'il allait peut être enfin véritablement de l'avant. Toutefois, ses sourcils anxieux dévoilaient bien plus qu'une simple animosité on eut dit que toutes ses certitudes lentement construites se fissuraient, et que ses points d'appui âprement acquis se dérobaient sous des mains devenues trop faibles. Il était au bord de la chute, dans tous les sens du terme, songea Blaise, sentant son estomac se serrer d'angoisse.
- Tout cela va créer un désordre effroyable, gronda le blond. C'est bien ma veine. Et avec ce que le Ministère nous avait concédé, on a tout à perdre.
- Il faut que tu le dises à Narcissa…
- Merlin, je ne peux pas lui faire subir ça, souffla Drago. Le seul avantage de cette affaire était bien que l'on n'en parlait plus, que l'on nous laissait tranquilles.
- Et Lucius ? Ton père…
- Tu le sais, Blaise, siffla le blond. C'est ridicule, je ne veux pas prendre part à cette mascarade.
- Ce serait l'occasion de t'en sortir au contraire, tu ne crois pas ? De faire table rase, de jouer carte sur tables. De tout dire, de toute façon, tu ne peux pas être accusé de grand chose. Pas vraiment. Quand à Lucius…
- A quoi bon ? Ça fait trop longtemps. Je ne veux pas faire subir ça à ma famille, et qui sait seulement ce qui pourrait nous arriver ?
Drago se leva brusquement, croisant ses mains dans sa nuque, la faisant craquer, tout en inspirant profondément. La lettre qu'il tenait sur ses genoux atterrit sur le sol, et Blaise la ramassa.
- Je pense que tu n'as pas le choix, tu dois te présenter au Magenmagot. Ce n'est pas toi qui as brisé la clause, ce n'est pas toi qui t'attaques au Ministère. Howitt s'est constituée partie civile… Je suppose qu'elle a décidé que c'est tout le Département de Justice qui est victime de cet arrangement.
- Oui, j'ai bien compris.
- … Ce qui signifie qu'elle n'hésitera pas à s'en prendre à toi comme complice dans cette affaire. Je veux dire, vous avez bien accepté la proposition du Ministère, Narcissa, Astoria et toi. Tu n'es pas le plaignant, tu es convoqué.
- Ce n'est pas comme si on avait le choix à cette époque, gronda Drago.
- Et justement, ce n'est pas comme si tu avais le choix maintenant. Il va falloir que tu ailles là bas et que tu défendes ta famille.
Drago haussa les épaules. Il avança sa main pour saisir sa cape.
- Tu vas la rejoindre, c'est ça, demanda Blaise.
- Evidemment, soupira le blond.
- Tu l'as dans la peau, ta Granger, hein ?
Drago se fendit d'un sourire. Oui, il l'avait sacrément dans la peau. Il ne pensait pas qu'il pourrait un jour se sentir aussi épanoui. Mais qu'importait puisque maintenant tout allait imploser. Avec cette affaire sordide qui ressurgissait, comment allait il pouvoir la garder ? Ça n'avait été qu'un bonheur éphémère, saisonnier. Un souvenir dont il devrait se contenter. Il fallait qu'il la prévienne des derniers évènements…
- Tu sais, elle pourrait te surprendre, suggéra Blaise.
- Pardon ?
- Granger. Elle ne va pas forcément fuir quand tu lui diras ce qui se passe. Ce que le Ministère vous a fait.
- Elle est capable de tout, concéda Drago.
- Tu nous la montreras un peu, si elle reste ? Maintenant que ce n'est plus un secret pour aucun de nous, et que Pansy s'est remise de sa syncope – je crois.
- Tu penses que ça passerait ? Déjà que le dire n'avait pas exactement été le jour le plus glorieux de ma vie, avec mes oreilles qui sifflaient d'entendre tant de protestations.
- Si c'est passé avec toi, que le plus incorruptible d'entre nous a réussi à être séduit, avec nous cela devrait être le plus simple non ? Enfin, peut être que je suis optimiste, mais on n'a qu'un seul véritable obstacle, Pansy, car Astoria, si elle a été surprise, semble finalement assez indifférente. En tout cas c'est ce que Théo m'a dit, mais le pauvre, comme il doit déjà se coltiner Pan, la réaction d'Asto doit forcément être beaucoup moins impressionnante.
Drago finit d'ajuster sa cape et attrapa une poignée de poudre de cheminette dans un antique jarre grecque qui trônait sur l'âtre.
- Cesse d'imaginer un futur aussi idyllique, tu me fais souffrir. Le jour où Hermione nous fréquentera normalement me semble aussi improbable que le retour des Géants en Grande-Bretagne.
- Mieux vaut un futur avec cette affaire de réglée non ? Cela ne te soulage pas un peu, se risqua Blaise.
- Sans doute. Ça me permettrait de tirer un trait sur cette foutue adolescence à hésiter entre deux camps.
Blaise grimaça alors que Drago allumait un feu de cheminée d'un coup de baguette. Le saluant d'un hochement de tête bref, il entra dans le foyer et dit distinctement « 24 Churchill Road, Birmingham ». Il disparut dans une bouffée de fumée mauve. Blaise se laissa aller dans son fauteuil, fermant les yeux. Cette histoire allait mal se finir, il le savait, mais il ne pouvait s'empêcher d'espérer. Pourquoi faudrait-il que cela tourne mal ? Il relut pensivement la lettre. Qui diable avait bien pu réussir à faire remonter l'affaire ? Il avait sans doute fallu une immense ténacité et un certain génie pour y parvenir. Soudain, plusieurs pensées se superposèrent dans son esprit. Pansy ne lui avait elle pas vaguement déclaré avoir du collaborer avec Granger au cours des derniers mois ? De quoi s'agissait il au fait ? D'une enquête « super secrète, laisse tomber, je te dirai rien ». Et elle lui avait fait un foin incroyable quand elle avait appris que Drago avait sauvé Granger, il y a pourtant si longtemps. Impossible de passer à côté d'une Pansy scandalisée sans s'en souvenir. Peu à peu, les yeux du jeune homme s'écarquillaient alors que des bribes de souvenirs se précipitaient dans son esprit. La dette. Premier fait : Drago avait sauvé Hermione. Puis Sélène lui avait dit que Granger était endettée magiquement envers Drago. Car celui ci l'avait sauvé, ce qu'avait découvert à grands cris Pansy. Pansy qui collaborait avec Hermione sur une enquête secrète. Une enquête secrète … Qui demandait la collaboration de Pansy, la meilleure amie de Drago. Pourquoi diable, parmi toutes les avocates, Granger avait elle tenu à collaborer avec Pansy ? Et qu'est-ce qui avait poussé Pansy à fouiller dans le passé de Drago, découvrant cette lettre au passage ? Le jeune homme déglutit difficilement, son cœur accélérant succinctement son rythme. Parce que l'enquête engagée concernait l'affaire Malefoy. La guerre et l'après guerre. Il ferma les yeux, soufflant profondément. Hermione Granger avait relancé l'affaire Lucius Malefoy.
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Une bruine fine enveloppait Londres de son habituel fog, transformant chaque silhouette en fantôme errant. Le ciel était sombre et les trottoirs détrempés laissaient goutter une eau grise et glaciale. Le printemps était capricieux, et le beau temps ne pouvait guère durer. Hermione soupira avec lassitude, en contemplant les quelques lignes qu'elle venait de péniblement parvenir à achever. Elle n'était pas satisfaite de son œuvre, mais c'était la cinquième fois qu'elle recommençait. Ses destinataires ne seraient certainement pas aussi attentifs à ses tournures de phrases. Elle fit craquer ses doigts transis tout en relisant sa lettre à demi-voix.
- Je vous écris … Il faut que je vous fasse part de quelque chose de très important… Une transformation récente dans ma vie, qu'il faut … Je me dois partager ceci avec vous … Certains mécontents, mais… Je vous embrasse fort…
Un craquement sec la fit se retourner en sursaut. Sa chambre était sombre, elle n'avait guère allumé que la lumière de son petit bureau. La jeune femme laissa échapper un petit cri aigu alors que sa main cherchait instinctivement sa baguette sur le bois de la table. Elle se détendit en voyant apparaître Drago Malefoy.
- Par la barbe de Merlin, tu m'as fait peur !
- Désolé, grommela Drago, en s'époussetant les épaules.
- Dis moi, hésita Hermione, nous devions nous voir ?
Elle avait l'air perplexe. Ce n'était guère dans les habitudes de Drago de débarquer ainsi à l'improviste, en tout cas pas d'une manière aussi imprudente, avec le risque que ses enfants soient dans les parages. Fort heureusement, ils étaient demeurés chez les Weasley pour le reste du weekend.
- Non. Excuse moi de venir comme cela, je n'ai pas réfléchi, concéda le blond.
- C'est bon, il n'y a pas de mal, les enfants ne sont pas là.
Hermione lui sourit gentiment et lui indiqua de patienter alors qu'elle finissait sa lettre. Les nouvelles que lui avait envoyé Jenny l'avaient poussée à accélérer son action. Elle ne pouvait plus demeurer coincée entre deux feux, et quand bien même elle l'aurait voulu, il n'était plus temps. Elle n'était plus maîtresse de l'action, c'était d'ailleurs ce qu'elle avait voulu, confiant à quelqu'un d'autre le soin de débloquer la situation pour elle. De la mettre face au fait accompli, et de la forcer à agir, et non plus à réfléchir en bonne élève consciencieuse qu'elle était, qui veillait à ne blesser personne. Le sort en est jeté, songea-t-elle, remarquant l'à propos de cette expression pourtant toute moldue. Il y aurait forcément des personnes blessées, et elle préférait que ce soit elle qui souffre plutôt que les autres, par sa faute.
- Verba multiplier.
Une dizaine d'exemplaires de sa lettre apparurent en un tas ordonné sur le bureau. Hermione pouvait entendre Drago se servir un verre d'eau dans la cuisine tandis qu'elle apposait d'une plume fine son écriture sur chacune d'entre elles, spécifiant l'adresse qui devait être délivrée. Quelques minutes plus tard, elle alluma une bougie dont elle fit couler la cire chaude couleur vermeil, scellant ainsi ces missives qui l'avaient tant tracassées. Elle les enverrait le lendemain à la première heure lorsqu'elle se rendrait au Ministère. Elle ne pouvait pas décemment obliger sa propre chouette à faire un si grand nombre de trajets. Hermione repoussa le petit tas de lettres dans un angle du bureau. Un grincement lui indiqua que Drago était revenu dans la chambre.
- Tu as fini ton boulot ?
Son ton était légèrement distant. Pas forcément froid, mais affecté, ailleurs. Hermione fronça les sourcils. Elle pivota sur son siège, afin de regarder le jeune homme plus attentivement. Il était au delà du livide. Elle déglutit.
- Oui, je suis toute à toi. Je … C'étaient des lettres pour informer mes proches de notre relation, murmura-t-elle. Enfin, plutôt pour les réunir et leur annoncer cela de vive voix, comme ça je me prendrai tous les reproches en une seule fois.
Il eut un regard surpris, relevant ses sourcils. Il avait totalement occulté ce détail, alors même qu'il s'était senti peiné au cours des derniers jours de voir qu'Hermione avait tant de difficultés à sauter le pas. Bien sûr, elle lui avait dit qu'elle préférait attendre que Weasley rentre, pour ne pas avoir à faire cela plusieurs fois. Il s'en voulut intérieurement. Il y avait encore quelques heures, les soucis qui le préoccupaient semblaient tellement futiles et agréables, par comparaison ! Il tenta un sourire vers la jeune femme.
- Merci… Tu sais ce que cela représente pour moi.
- Tu ne m'embrasses pas ? demanda la jeune femme.
- Il faut que je te parle de quelque chose, répondit le blond, l'air terriblement sérieux.
Hermione sentit le battement de son cœur accélérer. Autant écrire ces lettres et appréhender de dévoiler son secret personnel lui avait paru terriblement difficile, anticipant avec peine les réactions passionnées qu'auraient ses amis et sa famille. Autant, dévoiler son autre secret, bien plus complexe car il n'était pas personnel, pas à elle et parce qu'elle n'avait aucun droit de se l'approprier, la hantait. Et pourtant elle était déterminée, le courrier de Jenny lui indiquait clairement que le temps n'était plus à la dissimulation.
- Moi aussi, il faut que je te dise quelque chose Drago …
Sa voix s'était cassée au milieu de la phrase. Voilà qui n'était pas un début très brillant. Malefoy la regarda avec curiosité, mais ne releva pas. Il attrapa sa main et la releva. Ses lèvres effleurèrent le front de la jeune femme pour un baiser bref mais doux. Il resta quelques instants ainsi, son nez reposant dans les frisottis de cette chevelure fauve, alors qu'Hermione ne bronchait pas, son corps mince demeurant vacillant comme un jonc dans la brise, sans volonté propre. Drago raffermit sa prise sur sa main et attira la jeune femme à sa suite, allant s'installer sur le divan qui ornait une petite alcôve à l'opposé du bureau, espace trop studieux. Il enroula ses bras autour de la taille de la brunette alors qu'il s'installait. D'une main tendre il tourna le visage de la jeune femme vers le sien, prenant en coupe sa joue si douce. Ses grands yeux bruns étaient humides, elle avait l'air profondément désemparée.
- Que se passe-t-il Hermione ?
La jeune femme sourit faiblement. Elle détestait son corps de laisser transparaître aussi aisément ses émotions. Elle aurait voulu avoir l'air forte, sûre de son fait, inébranlable. Mais comment pourrait elle l'être alors même qu'elle était très certainement sur le point de perdre son unique repère, celui qui, depuis de si longs mois, avait été d'abord un exutoire, puis un complice et enfin un véritable partenaire ? Comment pourrait elle avoir l'air sûre d'elle, quand la seule certitude qu'elle avait était qu'elle allait sans doute le perdre ?
- Nous avons tous les deux l'air bien mal en point, plaisanta-t-elle, la voix toujours brisée.
Malefoy raffermit l'emprise de son bras autour de l'épaule de cette femme, cette fille, cet être qui était devenu une évidence dans sa vie, comme il n'en avait jamais connu.
- Il faut que je te parle de plusieurs choses Hermione. Quand tu les auras entendues, il faut que tu me promettes d'y réfléchir quelques temps. Mais je comprendrais parfaitement que ce soit de trop pour toi…
Hermione entrouvrit la bouche. Quoi, si rapidement, la procédure était déjà lancée ? Mais depuis quand, elle n'avait même pas eu l'occasion de faire amende honorable que le temps se jouait d'elle et la devançait déjà. Elle sentit que la situation était en train de lui échapper dangereusement d'entre les mains.
- Drago, il faut que je te di…
- Non Hermione, laisse moi parler.
- Mais je…
- Granger.
La jeune femme se tut, sentant sa gorge se gonfler de larmes. C'était donc cela sa punition ? Devoir subir ce supplice d'entendre l'homme qu'elle aimait lui faire part de ses malheurs, avec une confiance aveugle envers elle, doutant même de la voir demeurer auprès de lui. Devoir le voir apparaître, lui Malefoy, en dépit de tout, comme une image de l'innocence, une image de l'être qui ne se méfie pas de ce que l'on se joue de lui. De celui qui se sent écrasé de devoir faire subir son propre revers à une autre personne, quand cette autre personne est précisément l'origine profonde de ce revers, de cet échec. C'était trop cruel. Hermione inspira profondément, et ravala ses larmes.
- Parle Drago, dis moi ce que tu as dans le cœur. Mais après il faudra que ce soit mon tour, j'ai aussi des nouvelles assez conséquentes, assez cruciales même. Et cela me tue de ne pouvoir te le dire dès à présent.
- Merci pour ta patience, lui répondit-il avec affection.
Il lui caressa la joue doucement.
- Une dernière chose Drago. Il faut juste que je te dise ceci avant que tu ne commences.
- Oui ?
- Il faut que tu le saches, que tu le comprennes. Tu dois garder cela à l'esprit, quoi qu'il se passe. Je… Merlin, je t'aime Malefoy. Je suis amoureuse de toi, vraiment, souffla Hermione. Je ne supporterai pas de te perdre.
La jeune femme se mordit les lèvres avec anxiété. Merlin, n'aurait elle pas pu faire mieux comme déclaration ? C'était tellement bricolé à la hâte, dans l'instant, l'urgence qui précède la perte. Il méritait mille fois mieux. Le regard du jeune homme flotta un instant sur ce visage qu'il avait appris à chérir, lui qui n'y avait jamais été vraiment indifférent dès l'instant où il l'avait rencontré. Un sourire rayonnant illumina son visage fatigué. Ses yeux clairs se remirent à pétiller.
- Moi aussi je t'aime Granger. Hermione. Je t'aime comme tu n'as pas idée.
Il plongea ses lèvres vers ce petit visage étouffé de cheveux, baisant les lèvres, picorant le nez, caressant le front tiède duquel un léger parfum s'échappait, réconfortant. Il soupira d'aise alors qu'il serrait ce corps si menu dans ses bras. Il n'aurait pu connaître plus grand bonheur et plus grande déchirure dans le même temps.
- Je t'aime, mais tu voudras peut-être garder tes sentiments pour plus tard, quand j'aurais fini de tout te dire. Tu aurais encore le droit de te dédire.
- Je maintiens ma déclaration, répondit Hermione avec un fermeté qui le surprit.
Elle ne semblait pas le moins du monde intriguée par ce qu'il voulait lui révéler. Malgré cela, Malefoy commença son récit, avec quelques hésitations, se perdant dans la foule des souvenirs qui l'assaillaient. Hermione ne sembla pas désarçonnée à un seul instant. Son regard était profondément doux et Malefoy pouvait sentir sa chaleur et sa tendresse l'envelopper alors qu'il se raccrochait désespérément à ces yeux bruns. La jeune femme écouta sagement alors qu'il lui exposait le déroulé des Grands Procès depuis son point du vue, les accusations qu'avait du rencontrer son père et celles que lui même avait du affronter, les menaces qui pesaient en filigrane et dont nul n'avait eu le récit officiel. Il lui parla de ce groupuscule de sorciers véreux qui faisait rage et menaçait la paix sorcière, faisant pression sur les familles déjà compromises avec Voldemort au cours de la dernière guerre. Il lui expliqua comment il en était venu à s'opposer activement à eux, et ce qu'il lui en avait coûté. La voix rauque, il lui raconta l'accident qui avait coûté à son épouse son premier enfant, et qui avait brisé leurs vies. Puis, pesant ses mots, il expliqua l'attaque de la prison sorcière d'Azakaban par les rebelles à la Reconstruction, la violence de l'assaut et la répression sanglante qui s'en était suivie. Il se tut un instant, laissant son regard flotter par la fenêtre. Hermione lui serra plus fortement la main, l'encourageant à achever son explication.
- La répression du Ministère fut très mal menée. Des abus furent commis, et parmi les victimes se trouvait mon père. Malheureusement pour le Ministère, il n'était pas mort. Dans le cas contraire ils auraient pu déguiser son trépas, mais la situation était telle que ce n'était pas possible…
- Qu'est-il arrivé ? demanda Hermione d'une petite voix.
Le jeune homme grimaça. Après tant d'années cette idée le bouleversait toujours autant. C'était bien pour cela qu'il était incapable de rendre visite à Lucius. À son père.
- Le Ministère avait commis une parjure. Contrairement à ce qu'il déclarait, en annonçant le retrait des détraqueurs de la prison, car ces créatures s'étaient alliées à l'ancien régime corrompu, il les maintenait officieusement en place pendant la durée des Grands Procès. Ils étaient supposés exercer une telle pression psychologique sur les prisonniers que ceux ci s'avéraient incapables de résister longtemps au cours des procès. Il s'agissait d'avancer, et vite, et la devise de ce vieux Diggory était de ne pas laisser les choses trainer à cause de personnes de notre espèce. Nous n'avions que ce que nous méritions, n'est ce pas ?
- Ce que tu veux dire, c'est que les détraqueurs… hésita Hermione.
- Ce que je veux dire, c'est qu'au cours de l'attaque, et avant que les aurors aient pu arriver dans la place, les détraqueurs avaient déjà commencé à contrer les assaillants. Je ne sais comment mon père avait été libéré de sa cellule, mais toujours est-il qu'il était dans les couloirs. Peut être parce qu'il avait été l'un des hommes forts du mage noir, les rebelles avaient jugé qu'il serait intéressant de l'embrigader. Ainsi, quand le Ministère a transmis aux détraqueurs l'ordre de faire le nécessaire pour verrouiller la citadelle, mon père fut confondu avec les attaquants. Peu de ceux ci furent réellement arrêtés au cours de cette attaque : ceux qui le furent étaient soit blessés, soit morts, à l'instar de nombreux prisonniers. Les autres furent capturés plus tard. Mon père, lui, n'avait pas sa baguette magique. Il était affaibli, et ne comprenait sans doute pas ce qui était en train de se passer. Un détraqueur particulièrement affamé le captura, et comme il n'était pas en mesure de résister il… Il reçut le Baiser du Détraqueur.
Hermione s'affaissa dans le divan. Elle se sentait glacée. La simple pensée de ces créatures infernales lui retournait l'estomac, et un sentiment d'extrême abattement l'assaillit. C'était là la pièce manquante. Les dommages commis à Lucius… Effectivement, il était plus mort que vivant.
- Le pire, poursuivit Drago, c'est que les forces spéciales des aurors arrivèrent une poignée de minutes plus tard. Naturellement. Enfin, je ne sais même pas si mon père, si il en avait eu l'occasion, n'aurait pas été particulièrement intéressé par les actions de ce groupuscule qui avait attaqué la prison.
- Ce n'est pas la question…
- Tu as raison, accorda-t-il en grimaçant. En tout cas il est depuis lors interné à la Clinique de Itching Nodbury. Ce n'est pas à proprement parler une clinique, plutôt un centre de repos. Il était avant à la Clinique Mnémosyne, mais on a depuis un bon nombre d'années renoncé à trouver un remède. Depuis, ses forces déclinent… Son corps perd sa mémoire. Je ne vais plus vraiment le voir, je ne supporte plus ce spectacle.
- Pourtant, avec ce que ta mère m'a confié…
- Oui, je te l'ai dit, il va bientôt en finir. C'est très certain.
Drago déglutit. Il ne savait comment envisager cette idée. S'il s'était vaguement dit que ce serait une libération, qu'allait-il se passer à présent qu'il se devait de retourner se défendre auprès des tribunaux.
- Voilà. Tout ceci explique notre fortune, notre train de vie, le fait que toutes les charges retenues contre ma mère et moi aient été abandonnées. Ce malheureux concours de circonstances est la cause de l'accord dont je t'ai parlé plus tôt, un accord de sauvegarde de la paix sorcière passé avec le Ministère. Je ne sais pas vraiment qui avait le plus à gagner dans cette affaire, personnellement je déteste cette aisance tronquée dans laquelle je peux vivre. Enfin, ceci est bientôt fini, avec cette petite fouine d'Ellery qui semble avoir déterré l'affaire…
- Merlin Drago… Je suis désolée, je suis tellement, vraiment, désolée…
Hermione se releva. Ça allait être à son tour de jouer, son grand acte à exécuter. Cela la tuait de sentir la peine et la fatigue qui suintaient de la voix de l'homme qui lui parlait. Elle se sentait d'autant plus oppressée qu'elle savait qu'elle avait perdu son avantage, en le laissant parler le premier. A présent tout ce qu'elle dirait semblerait avoir été motivé par sa confession, et ses propres aveux ne seraient pas pris pour sincères, mais de circonstance. Pour autant, Drago n'avait pas l'air particulièrement en colère contre Ellery, qu'il semblait considérer comme responsable de la révélation du scandale. Il avait l'air découragé, mais non pas furieux.
- Drago… Penses tu qu'il serait possible que la mise à plat de cette histoire puisse en fait… Être bénéfique ?
- La vérité est toujours bénéfique, cathartique. Mais cela ne veut pas dire qu'elle ne blesse pas, et qu'elle n'est pas cruelle, souligna le jeune homme.
Hermione inspira profondément. Une vérité cruelle. Combien allait-il devoir en affronter avant la fin de la journée ? Elle n'avait jamais voulue être cruelle. Savoir, connaître la vérité. Et en fin de compte se retrouver détentrice d'une telle responsabilité en conséquence de son obstination.
- Alors ?
La voix du blond la sortit de ses pensées.
- Maintenant que tu sais dans quoi tu t'embarques, que décides tu ?
Cette voix se voulait calme, impartiale. Mais le regard un peu trop clair du jeune homme témoignait de son anxiété.
- Bien sûr que je reste, répondit tendrement Hermione. Mais j'ai moi aussi une question pour toi resteras-tu quand je t'aurai dit de mon côté ce que je devais te confesser ?
Drago Malefoy haussa les sourcils. Il avait complètement oublié qu'elle aussi avait ses propres soucis à lui confier. Le souvenir de son visage défait, quelques temps plus tôt, sur le canapé, lui fit éprouver un élan de protection à l'égard de la jeune femme.
- Je te suis lié, plaisanta-t-il, ponctuant sa délicatesse d'un clin d'œil.
Hermione ne lui rendit pas son sourire. Cette phrase toute simple lui avait rappelé cette évidence : elle lui était définitivement liée. À vie. Quand bien même il ne lui pardonnerait pas elle n'aurait pas assez de sa vie entière à tenter de faire amende honorable. Même sans lui, elle ne pourrait passer à autre chose. Elle ne pourrait jamais plus se débarrasser des liens qui l'attachaient à Drago Malefoy. Cela deviendrait sans doute son purgatoire.
- Ce n'est pas vraiment par Ellery que ton secret a été mis au grand jour. Enfin, pas tout à fait.
Sa voix résonna comme une sentence.
- Drago … – sa voix se brisa – c'est moi. C'est moi qui suis derrière tout cela. Depuis le début.
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Lundi 15 avril 2013 – La Gazette du Sorcier – Prix : 7 Noises
Page 1 - Gros titres
LES ANNEES NOIRES DE LA RECONSTRUCTION – Révélations inédites autour des abus commis par le Ministère Diggory à l'époque des Grands Procès. Ayant obtenu un entretien exclusif avec Mrs Miranda Howitt, tête du Département de la Justice Magique, celle ci nous explique pourquoi elle s'est constituée partie civile à l'encontre du Ministère de la Magie Britannique. « C'est une question d'honneur, nous confie-t-elle, et de déontologie. De tels abus n'auraient pas du être permis, et la population sorcière ne doit pas être la victime inconsciente d'une nouvelle tyrannie. Je suis là pour faire sauter la censure ».
DES MANIFESTATIONS SE DÉCLENCHENT A ITCHING NODBURY – Des opposants politiques du ministère ont déclenché une émeute durant une réunion avec des représentants du Département décisionnel de justice magique. Ils ont illégalement tenté de pénétrer dans l'enceinte de la clinique du lieu, espace hautement sécurisé à destination de patients à fort handicap magique. Ils réclamaient la libération de l'ancien mangemort Lucius Malefoy. Des témoignages se sont en effet diffusés soutenant que Mr Malefoy est depuis plus de quatre ans hospitalisé en cet endroit, et n'a plus remis les pieds à Azkaban en dix ans. Le Ministère serait en cause.
Page 2 – Courrier des lecteurs
Page 3 – Focus
la famille Malefoy, une lignée dans la tourmente – Différents témoignages ont permis de reconstituer les compromissions auxquelles se serait livrée cette famille au cours des Grands Procès. Les Malefoy, dont le nom achevait d'être réhabilité par les actions politiques volontaristes du jeune Drago Malefoy, seraient à nouveau mis en cause comme personnes clefs dans le procès scandale initié à l'encontre des autorités sorcières de Grande-Bretagne. Immersion dans une de nos plus anciennes familles.
Page 4 – Sports
Classements et matches de la Ligue de Quidditch
UNE TOUTE NOUVELLE HARPIE SAUVE LA MISE - Une poursuiveuse de remplacement des Harpies de Holyhead, Jessie Morgan, marque dix buts durant le dernier match, sauvant miraculeusement la partie. L'entraineur de l'équipe, Gwenog Burk, ravi de cette nouvelle recrue, dit attendre avec impatience avec impatience le match contre la nouvelle équipe de son ancienne poursuiveuse, les Canons de Chudley.
oOo
Coucou, je recommence les vieux suspens. Comme d'habitude, je vais tenter de mettre la suite. Et je promets, comme d'habitude – avec une intention tout à fait sincère. D'ailleurs, je continue effectivement mon histoire, la preuve en étant ce chapitre :)
(Il faut dire qu'en parallèle je tente d'écrire mes propres petites histoires, mais dur dur de s'inventer son propre monde quand mon entrainement s'est toujours concentré sur le monde merveilleux de la fanfiction, où l'on connaît déjà les personnages, la mythologie, les histoires … Bref, je termine là ma parenthèse ma-vie-mon-œuvre).
Trêve de tergiversations, j'attends vos avis ! – houhou, y'a encore quelqu'un d'ailleurs ?
Et la bise à chaque lecteur !
Olivia, alias Stellmaria.
