Merci à Mariee1 pour la correction
Chapitre 8
L'homme de la situation ?
Disparue. Liliane avait complètement disparue. Si je ne ressentais pas le lien qui m'unissait à cette petite humaine je ne savais pas ce qui serait advenu de moi. Elle avait peur, mais il régnait dans son esprit une certaine sérénité. Je savais d'ores et déjà avec qui elle était. Devon. J'en aurais mis ma main au feu, il était si prévisible, de plus il y avait son mot. Cette feuille blanche que je n'arrivais même pas à regarder. J'aurais dû prendre ses avertissements plus au sérieux, arrêter pendant quelques temps le lycée pour assurer sa protection. Mais j'avais pensé qu'au milieu d'humains il ne pouvait rien faire, mais c'était mal le connaître.
Partout, je l'avais cherchée partout. Dans tout Forks, mais pas un signe d'elle. Le lien était bien trop récent pour que je puisse savoir son emplacement exact. La seule chose dont j'étais parfaitement sûr, c'était qu'elle se trouvait dans les bois. Mais la forêt était si immense que je ne pouvais pas me permettre de la rechercher à l'aveugle, se serait inutile et une perte de temps considérable.
Je me trouvais en ce moment même dans le salon, assise sur la table basse fixant sans la voir la porte menant à la chambre de la petite fille. Je n'osais pas vraiment regarder autre chose que cette porte immobile, une porte où je rêvais qu'elle s'ouvre sur une fillette encore endormie et qui m'offrait pour mon plus grand plaisir son premier sourire de la journée. Même si je ne le disais jamais j'aimais beaucoup cette petite humaine, je m'étais habituée à sa présence. Habituée à sa joie nouvellement retrouvée, à ses yeux bleus et plein de vie, à elle tout simplement. Je me souviens encore de cette nuit où elle m'avait dit « je t'aime, grande soeur », mais je n'avais pas pus le lui rendre, quelque chose m'empêchait de lui rendre ces mots.
Je m'empêchais de l'aimer, oui je l'appréciais, un peu trop, mais je ne pouvais pas me permettre d'aimer une nouvelle fois un être humain. Impossible. Inconcevable. Liliane finirait par partir loin de moi, pas comme Mona, pas pour ce long voyage qu'était l'après. Elle partirait et je ne ferais rien pour l'en dissuader. Oui je l'aimais comme ma petite soeur, mais jamais je ne le dirais à voix haute. Dire les choses tout hauts les rendaient réels.
Je mis mon visage dans mes mains, les yeux fermés, je soufflais doucement. Rien ne se passait comme je le voulais. Je n'étais pas là pour jouer les grandes soeurs, ni les lycéennes. J'étais ici pour trouver un moyen de rejoindre les cieux, retrouver mes ailes blanches. Mais peut-être que je n'étais pas destinée à ça. Peut-être que tout ce que j'avais fait jusqu'à maintenant était ma véritable voix. Peut-être que Liliane se soit mise sur mon chemin n'était pas le jeu du hasard. Et Edward... ce vampire me rendait étrange, je ne me reconnaissais plus en sa présence. Une présence agréable et calme qui ne demandait rien en échange. Je me sentais bien avec lui, mais ce qui me déplaisais - enfin pas vraiment - était les sentiments inconnus qu'il faisait naître au plus profond de moi sans s'en rendre compte. Je ne savais plus tout se bousculait dans ma tête, mais ce n'était pas l'heure de penser à ce genre de choses, j'avais quelque chose de plus urgent à faire.
Je me relevais, le corps lourd, j'avais du mal à tenir debout, j'étais épuisée. Le soleil était déjà haut dans le ciel nuageux. Nous étions déjà samedi ? Apparemment. J'ouvris lentement la porte et marchais dans la chambre sans vraiment faire attention, je voulais seulement m'imprégner de son odeur, me redonner la force de poursuivre mes recherches. Je m'assis sur le lit faisant tomber par mes gardes un petit carnet. Je le pris, fébrile et regardais ce qu'il y avait dedans. Son écriture était très soignée pour son jeune âge.
Grande soeur Bella m'a dit que j'étais une petite fée et que je vivrai pendant très très longtemps et que c'était mon secret. Le notre...Bella ressemble à un ange, un ange triste... Un Monsieur vient souvent à l'école, il reste, me regarde, puis s'en va quand la voiture de Bella arrive. Il me fait peur. Je ne sais pas si je dois le dire à Bella...C'est étrange, Bella ne mange jamais... Bella semble anxieuse, je me demande ce qui se passe... Hier soir j'ai dit à Bella que je l'aimais, mais je me suis endormie avant d'entendre sa réponse. J'espère qu'elle m'aime elle aussi... Je suis triste parce que je ne passe pas beaucoup de temps avec Bella, elle m'a promis qu'on passera du temps ensemble ce week-end. Je suis heureuse.
Si j'avais pu pleurer je n'aurais fait que ça. Si innocente. Je n'avais pas cru pouvoir haïr comme je haïssais Devon. Jamais. Si jamais je le trouvais je le tuerais, lentement pour qu'il comprenne son erreur. Je le ferais regretter ce qu'il venait de faire. J'en faisais la promesse. Je déposais délicatement le petit calepin sur son oreiller et fermais la porte derrière moi, me laissant tomber contre la porte. Je sentais notre lien faiblir. Elle ne se battait plus, elle était faible. Alors, c'était ça que tu voulais ? Vraiment ? Seulement récupérer ce qui t'était dû ? Une pression sur ma poitrine me faisait suffoquer, je me tenais la poitrine, quand je fus assaillis d'une vision...
Mon souffle était erratique. J'avais un mal fou à reprendre ma respiration, chose complètement absurde. Je me relevais difficilement et montais à l'étage prendre une douche rapide. Celle-ci prise, je m'habillais d'un haut noir et d'un pantalon dans lequel il était facile de bouger avec des tennis et attachais mes cheveux dans une haute queue de cheval. Ceci fait je me dirigeais vers le petit bureau qui - d'après mes vagues souvenirs - appartenait à mon père. Il était assez grand, le grand bureau en bois massif se tenait dans toute sa splendeur au milieu de la pièce devant la baie vitrée. À ma droite un petit coin détente, avec ce divan couleur vin et la petite table basse en verre. À ma gauche une grande bibliothèque plus que bien garnit. Des livres de droit, de médecine... on pouvait trouver de tout et de rien.
Quand je revins au bureau, j'y vis quelqu'un assis en train de lire un dossier - dossier qui n'y était pas il y a quelques secondes. J'étais au milieu de la pièce, je fis le tour et la pièce semblait plus vivante que tout à l'heure. Des dessins sur la table basse, alors qu'il n'y avait rien avant, des feuilles entassées sur le bureau - feuilles inexistantes il y a cinq secondes. Le grincement de la porte qui s'ouvrait exagérément lentement se fit entendre. Je me retournais et fit une petite fille me ressemblant, tout sourire se diriger en sautillant vers le centre de la pièce. L'homme au visage flou releva la tête et sembla sourire, referma le dossier, se leva et pris dans ses bras la petite fille. Il la fit volet dans les airs, j'entendais des rires lointains comme si je n'étais pas à côté d'eux, à côté de moi. Puis tout disparu lentement, je fermais les yeux et lorsque je les rouvris tout était redevenu comme avant. Je sursautais quand j'entendis des petits coups venant de dehors. Je me déplaçais jusqu'à la fenêtre et vis ce même corbeau noir, un bout de papier dans le bec.
J'ouvris la fenêtre, celle-ci ouverte je ne bougeais pas pour autant, me contentais de fixer l'oiseau de mauvaise augure. Je finissais par prendre le papier, tremblante de peur - peur que je m'efforçais de cacher à l'animal. Il finit par partir sans demander son reste.
J'ouvris, les mains tremblantes, le petit papier.
Là où deux âmes ne firent plus qu'une.
Il était sérieux ? Qu'est-ce que cela voulait dire ? Il se fichait de moi ? Je ne comprenais rien de ce que ce mot pouvait bien dire. Je tournais en rond dans la petite pièce, je sortie descendais les escaliers. Je pris mon sac, mes clefs, prête à sortir, j'avais une idée. J'ouvris la porte d'entrée dans un geste brusque et violent - pas le temps de le faire dans ma délicatesse. Lorsque que je heurtais un mur en béton, mur qui en réalité était le torse d'Edward. Un humain n'aurait pas supporté le choc mais j'étais solide. Heureusement.
- Ca va ? Rien de cassé, me demanda-t-il anxieux.
- Oui, oui je suis solide ne t'inquiète pas.
Il me tenait toujours contre lui et je ne fis rien pour qu'il me lâche mais qu'est-ce que tu me fais faire Edward ? Je toussotais pour lui faire remarquer notre position. À regret je quittais son étreinte de glace. Je ne désirais plus qu'une chose me retrouver dans ses bras. Mais qu'est-ce que je racontais ? Je détournais les yeux mal à l'aise. Je me demandais ce qu'il venait faire devant chez moi un samedi après-midi, mais ma voix ne semblait pas vouloir se manifester. Mais je n'avais pas le temps de rester en sa compagnie alors ce fut assez gênée que je lui dis qu'il fallait que je parte. Ressentant ma peur - enfin je supposais - il me demanda si j'allais bien. Aucun rapport avec le choc d'il y a quelques minutes.
- Si je te le dis, souris-je malgré moi. Je dois seulement aller voir quelqu'un.
- Je vois. Ses yeux s'assombrirent considérablement. Qu'est-ce que j'avais dit ? Franchement j'avais toujours l'impression de m'y prendre mal avec lui.
J'avais la très net impression que ce cher vampire allait me suivre et écouter la conversation que j'allais avoir très prochainement. Je devais l'en dissuader, pour notre bien à tous les deux ? Vraiment ? Non, j'étais juste égoïste, je ne voulais pas perdre cette amitié naissante entre nous deux, j'avais la mauvaise impression que je ne le supporterais pas. Je détestais les menteurs, je me détestais parce que j'en étais une. Pitoyable.
- Edward, promet moi de ne pas me suivre.
- C... Je ne peux pas faire ça, je suis désolé Bella. Il baissa les yeux, comme pris dans un dilemme.
- Je t'en prie Edward, le suppliais-je, le prenant par la même occasion ses mains. Je te promets de tout te dire...plus tard. Quitte à mentir, mieux vaux y aller à fond.
- Bien, souffla-t-il à contre-coeur.
- Promet.
- Promis. Je souris soulagée, je savais - pas vraiment comment - qu'il allait tenir sa promesse.
- Rentre bien. Je lâchais ses mains encore dans les miennes, une sensation de vide s'insinua en moi ainsi qu'un grand froid.
Je me dirigeais vers ma voiture direction la sortie de la ville.
Je venais de faire une promesse à Edward, une promesse que je ne tiendrais pas. Pourquoi le voulais-je tant à mes côtés ? Que m'as-tu fais Edward Cullen ? Pourquoi t'amuses-tu à me torturer ainsi ? Que t'ai-je fais ? Pourquoi je tiens tant à notre amitié ? Je savais maintenant que je venais juste de le perdre, pourquoi avais-je autant mal ? Il m'en voudrait, c'était sûr et certain.
Mensonge. Mentir. Comment ces simples mots pouvaient avoir autant d'importance sur l'homme ? Avaient-ils autant d'importance que les autres réunis ? Il existait deux sortes de mensonges, le premier, le moins noble, celui qui nous rendait faux. Sans identité. On le voyait grandir sans pouvoir rien n'y faire, seulement le regarder se propager comme une traînée de poudre. Nous rendre mal. Il nous rongeait de l'intérieur, sans préavis, sans remords, il nous incitait à mentir encore et encore jusqu'à ne plus discerner le vrai du faux. Troublant. Désolant. Plus le mensonge était grand et plus il était difficile de s'en séparer. Il nous collait à la peau, nous suivait partout, sans cesse, sans se fatiguer. Il nous rendait faible, vulnérable. Mais la vérité finissait toujours par éclater, et il s'en amusait. La culpabilité s'en délectait. Infâme. Sans vergogne. Un jeu. Juste un jeu où ils étaient les rois.
L'être humain n'était jamais content de ce qu'il avait entre ses mains ; il lui en fallait plus, toujours plus. Ils mentaient pour se faire envier, jalouser, aimer. Juste être...quelqu'un qu'on n'oubliait pas. Mais où menait toutes ces belles paroles ? À notre perte. Pur. Simple. C'était bien beau de mentir, mais il fallait aussi tenir la barque. Il fallait être plus fort que le mensonge, que la culpabilité, sinon nous signions notre fin. Mentir, c'était s'engager dans un jeu sans fin, avec des règles qui s'inventaient au fur et à mesure du déroulement de la partie en cours.
Le deuxième, le noble, le saint, celui qui consistait à mentir pour protéger une personne autre que nous.
Mentir ne servait à rien en fin de compte, car un jour ou l'autre celui-ci nous rattrapait qu'on le veuille ou non. La vérité était dure à accepter, que l'on préférait se mentir à soi-même pour se protéger. Ou encore mentir pour se protéger de soi. Ou bien, pour le bien d'un autre, geste qui pourrait être qualifié d'altruiste, mais en fin de compte cette fameuse vérité que l'on souhaitait tant refouler, remettre à plus tard, oublier pour se construire celle qui nous fera le moins de mal. Elle revenait encore et toujours, nous rappelant que tout ce qui nous entour n'était qu'une illusion que nous avions créée dans notre imperfection. Mentir n'était qu'une échappatoire à court terme, elle nous protégeait de ce que nous ne voulions pas voir. Mais au final, le mensonge était. éphémère.
Je m'engageais sur la petite allée et me garais à côté de la voiture déjà présente. Je ne comprenais pas, il avait une maison digne des plus grands bourgeois et il exerçait un métier...passons. Je frappais doucement à la porte, admirant les sculptures dans le bois. Ce fut une vieille dame qui m'ouvrit, un sourire chaleureux sur son visage accueillant.
- Vous êtes ?, me demanda-t-elle de sa voix traînante.
- Bella Swan et...
- Monsieur vous attendez entrez, me coupa-t-elle souriante.
Je rentrais un peu...suspicieuse après ce que cette vieille dame venait de me dire. Alors, comme ça, il attendait ma visite. Fou. Les humains étaient fous et je devenais folle. La femme me laissa seule dans le grand hall, pourquoi travaillais-t-il alors qu'il avait un manoir ? Au moins il faisait quelque chose de ses journées. Je m'engageais dans un couloir à ma droite, les murs étaient entièrement vêtu de tableaux de différentes tailles, tous plus beaux les uns que les autres. Je m'arrêtais pour regarder celui qui s'étendait en longueur.
Le tableau montrait les différentes étapes de la croissance d'une fillette. J'avais déjà vu ce bébé, il me rappelait celui vu lors de la projection au cours de Monsieur River. Il - enfin elle - marchait à quatre pattes vers la droite puis se mit debout pour devenir une jolie petite fille aux grands yeux verts. Elle portait une jolie robe blanche, elle portait dans ses mains un oisillon lui chuchotant quelque chose, une petite lumière jaillis de l'oiseau et s'envola. La fillette commença à sautiller dans l'herbe verte jusqu'à devenir...Pénélope ? Je l'a reconnaitrai entre mille. Celle qui hantait mes rêves, celle du cours de Monsieur River. Ses longs cheveux blond descendant dans son dos, ses yeux, son visage, c'était elle. La peinture jusque là idyllique s'assombrit, on sentait une angoisse en regardant le tableau. Des ombres semblaient se faufiler autour du corps de l'ange, elle continuait à marcher jusqu'à disparaître. Je ne comprenais pas, je revins vers la gauche, le bébé de tout à l'heure était revenu, mais cette fois immobile. La petite fille aussi, figé dans la peinture, elle tenait près de son coeur l'oiseau blessé. L'adolescente dans le même état, de trois quarts les ombres l'entourant dans la nuit. Avais-je rêvée ?
Je passais vite à celui d'à côté.
Une jeune fille était assise dans un vaste champs verdoyant et fleurie. Elle souriait, elle était heureuse, il émanait d'elle une joie brute, précieuse. Tellement que rien ne pourrait entacher à son bonheur. La brise jouait dans sa chevelure blonde au gré du vent tel un océan d'or. Elle portait une robe bleue allant parfaitement avec sa peau pâle. Couché, sur ses jambes étendues, une panthère au pelage blanc dormait, on pouvait l'imaginer ronronner au contact de la jeune fille. Le visage levé au ciel, elle contemplait rêveuse les étoiles. Le tableau changeait de fond montrant l'aube, le crépuscule et la nuit. Le soleil et la lune étaient invisibles dans le haut ciel. Pendant une fraction de seconde je crus voir la blonde être remplacée par une fillette brune, elle tourna le visage vers moi - étant de profil à moi - elle avait les yeux violets, mes yeux violets. Puis elle disparue laissant place à la véritable personne dessinée. Je sursautais quand j'entendis la voix de mon hôte m'appeler.
- Mademoiselle Swan, qu'est-ce qui vous amène chez moi ?
- J'ai besoin de votre aide.
- Suivez-moi.
Je le suivis dans le petit couloir étroit et sombre, je le regardais, il semblait moins...fou que les dernières fois où je l'avais vu. Tant mieux dans un sens. Il semblait même plus sage...dans le sens où il avait acquis une très grande connaissance du monde d'où la sagesse. Nous pénétrâmes dans un petit salon charmant mais...bordélique tout en étant rangé... Le salon jouait dans les tons blancs/noir. Les murs étaient blancs et les motifs noirs, le mobiliers aussi. Très impersonnel. Sur le sol des feuilles jaunies par le temps jonchaient le sol. Sur la grande table en verre de piles de livres dangereusement en équilibre. Piles qui s'écrouleraient au moindre coup de vent. Des livres plus ou moins anciens traînaient un peu partout, des pages marquées par de petits posthites de couleurs. Tout à coup je me demandais ce que je faisais ici.
Tout à coup je me demandais ce que je faisais ici. Pouvait-il vraiment m'aider ? Ce n'était qu'un humain après tout, mais un humain qui en savait considérablement.
- Excusez-moi pour le bazar. Voulez-vous quelque chose à boire ? Sa question était rhétorique. Non bien sûr que non vous ne buvez pas, suis-je idiot.
Je le regardais se servir un verre de cognac.
- Vous allez peut-être un peu fort, dis-je d'un ton neutre.
- Ca me remet les idées en place, mais je vous en prie asseyez vous. Ce que je fis tout en le regardant dans les yeux. Quel âge avez-vous ?, me demanda-t-il au bout d'un moment son verre toujours à la main.
- Savez-vous que s'est impolie de demander son âge à une femme.
- Je ne suis pas un gentleman.
- Et si nous arrêtions de jouer au chat et à la sourie.
- Vous êtes brillante Mademoiselle Swan, rit-il doucement.
- Combien de verres avez-vous bu ?, demandais-je inquiète pour sa santé.
- Je ne les compte plus. Alors, pourquoi êtes-vous là ?
- Pour ça. Je sortis le papier blanc et le déposais sur la petite pile de livre devant moi.
Il le lut buvant par la même occasion son verre à demi plein la vidant d'une seule traite. Il fronça les sourcils, me regarda, incrédule. Il déposa le papier et son verre sur un coin de la table et partis vers la grande bibliothèque noir effleurant les reliures des vieux livres devant lui. Il finit par en prendre un - et le plus volumineux de la collection - le feuilletant à une vitesse ahurissante avant de s'arrêter d'un mouvement sec, mais contrôlé. Il me le tendit sans un mot, reprenant son verre vide et s'éclipsa - pour le remplir sûrement.
Je le suivais du regard avant de mettre toute mon attention sur le livre dans mes mains. Sur la page de gauche un ovale orné de fleur et de lierre. Dans celui-ci le visage de Pénélope. Je regardais de plus près, je ne pouvais pas détourner les yeux comme aspirée par le portrait. Ses cheveux blonds devinrent progressivement d'un brun soutenu, ses yeux viraient aux violets...impossible ! Ça... elle...c'était...moi ? La fille que je voyais dorénavant portait exactement les mêmes traits que moi. La même couleur de cheveux, les yeux étaient identiques. Je relâchais le livre me relevant pour m'éloigner du livre en question. Je ne comprenais plus rien, tout s'emmêlait dans ma tête, trop de choses d'un coup n'était pas bon pour mon esprit en surchauffe. Où voulait-il en venir ? Quel était le rapport avec ce que je lui demandais ?
Elle est l'être ultime
Chante douce ange, joue nous ta partie la plus intime
Sur ce piano aux touches d'ivoires.
Survole ses notes blanches et noires.
Enfant des dieux,
Enfant des cieux,
Beauté mortelle,
Âme immortelle.
Libère ces condamnés qui t'implorent
Touche les de ta plume d'or,
Quitte à ce que tu tombes dans la mort.
Elle est l'être inachevé.
Deux jumelles sont concernées.
Toutes deux sacrifiées et séparées
A l'entrée d'une nouvelle éternité.
Mal,
Acquière beauté fatale,
La Mort, besoin vital.
Bien,
Reste sur le droit chemin,
La Vie, idée du destin.
Enfin réunit, la vérité enfin dévoilée,
''Deux âmes ne firent plus qu'une''
Naissant d'un feu sans vengeance aucune,
Signe d'une nouvelle Liberté.
Je me retournais, surprise d'entendre la voix de mon professeur. Monsieur River était nonchalamment accoudé sur son bar, un verre remplit à ras bord, dans sa main, les yeux vitreux. Je ramassais le livre, le fermais sans vraiment revoir la « vérité» en face.
C'était trop...impensable...trop...juste trop. Je revins vers l'homme saoul, laissant un mètre nous séparer. Il me regarda, un sourire bienveillant sur son visage, il porta son verre à sa bouche avant de la poser sur la surface plate du bar.
- Je vous croyais plus intelligente Mademoiselle Swan, dit-il, sa bouche empestait l'alcool.
- Je n'ai pas de soeur jumelle.
- Swan, cygne en français... un nom très rare de nos jours, songea-t-il à voix haute.
- Où voulez-vous en venir ? Sachant déjà où il voulait en venir.
- Les derniers Swan remontent à plus de cent ans, finit-il par dire en me regardant dans les yeux.
- ...
- Ils étaient quatre, un père, une mère et deux adorables petites...jumelles.
Je m'en souviendrais si j'avais eu une jumelle...peut-être pas finalement.
- L'une était brune, l'autre blonde, elles étaient déjà tellement différentes, mais elles se complétaient.
- C'était une erreur de vous demander de l'aide, je perds mon temps, dis-je en me dirigeant vers la sortie.
- Qui ?, demanda-t-il l'air de rien.
- Ma soeur, Liliane.
- Votre soeur ?, me demanda-t-il surpris.
- Adoptée. Il ne dit rien pendant un instant.
- Là où deux âmes ne firent plus qu'une, cela ne vous dit vraiment rien.
La forêt...mais où ?
- Suivez votre instinct.
- Merci Monsieur. Je savais où elle était maintenant et je ne donnais plus cher de la peau de cet ange.
Je courus presque pour sortir de la grande maison. Alors que j'étais prête à rentrer dans la voiture je fus coupée par l'intervention de mon professeur qui m'avait suivi de près.
- Faites attention à ce que l'histoire ne se répète pas.
- Comment ça ?
- Vous semblez tenir à elle, faites attention à ce qu'elle ne perde pas la vie.
J'ignorais sa remarque et montais dans la voiture, rageuse, souffrante d'une douleur nouvelle et étouffante. Je conduisis jusqu'à trouver un sentier, me garais sur le bas côté, descendis et m'enfonçais dans les bois devenus sombre par la nuit proche. Je courrais jusqu'à en perdre haleine, je ne m'arrêtais pas, le lien cédait, je ne devais pas abandonner, seuls les faibles abandonnaient, lâchaient prise. Trop tôt. Bien trop tôt. Je sautais, évitais les obstacles, je montais dans un arbre, il était là, je sentais son aura mauvaise et suffocante. Je sautais de mon perchoir et marchais jusqu'au centre de ce qui semblait une clairière, puis des dizaines de flash m'assaillirent.
Une petite fille... elle court... elle est perdue... elle se sent suivi... ça va vite...trop vite pour ses petits yeux fatigués. Elle court sans s'arrêter... elle débouche dans une clairière... cette clairière... Elle tombe dans l'herbe... la présence qui l'a suivait n'est plus là...disparue. La nuit tombe vite... elle a froid... la peur s'intensifie à cause de la nuit bien présente maintenant... Son visage est couvert de boue... ses yeux son rouge et bouffis à cause des larmes...de longues traces humides partant de ses petits yeux bruns jusqu'à son menton tremblotant... Je la reconnais...comment oublier un visage qui vous avait appartenu dans votre enfance... votre vie ? Moi.
Un coup violent sur mon flan droit me fit revenir à la réalité. Je heurtais dans un bruit sourd contre un arbre centenaire. J'entendais très distinctement les racines sortirent de terre, l'écorce du tronc craqueler sous mon dos. Je me relevais difficilement, je fus soudainement prise dans un étau de fer, prise au piège, je pestais contre ma stupidité. J'étais tombée dans le piège comme une débutante. Je gesticulais, en vain je le savais mais c'était tellement...pathétique de perdre ainsi.
Ce que je vis ensuite me laissa coite. Une ombre, rapide, un vampire. Je reconnaîtrais cette odeur entre mille, entre des centaines de vampire, je la reconnaîtrait. Toujours. La pression relâchée autour de moi, je tombais au sol comme une poupée de chiffon, mes membres encore engourdis. Ce fut impuissante que je le regardais se battre contre Devon.
Ils se battaient avec une telle fluidité que si j'avais été humaine je n'aurais rien de ce qu'ils étaient en train de faire. Mais Devon pris l'avantage grâce à son don, je savais qu'il ne l'a jouerait pas à la loyale. Edward se trouvait au sol, se tortillant sur la terre, j'entendais ses os se briser peu à peu et mue par une force inconnue je me relevais, plus rien ne comptait que de le protéger. Lui. Juste lui. Maintenant. Peu importe s'il me voyait sous ma vraie forme, peu importe s'il me détesterait pour lui avoir menti, pour lui avoir caché. Je ne pensais plus aux conséquences de l'acte que j'allais commettre devant ses yeux de miel. Mes ailes se déployèrent majestueusement fendant l'air par la même occasion. Il lâcha sa prise sur Edward, mais il resta à terre encore affaiblie par le don de Devon, il fit la même chose que moi, fier.
- Jouons.
- Jouons, dis-je en fonçant sur lui.
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JasperloveLune
