Chapitre 1

Cela faisait trois mois que Rick et moi étions ensemble. Trois mois que je m'étais rendue à son appartement en larmes pour lui avouer mes sentiments. Trois mois de pur bonheur, ou presque, qui ne cessait de s'intensifier de jour en jour. Mais malgré tout ce temps, personne n'était au courant pour le moment à part Martha, Alexis, Lanie et mon père. Et d'ailleurs, ça m'étonnait que personne d'autre ne nous ait grillé, ne se soit douté de quelque chose, tout particulièrement les gars. Peut-être qu'ils l'avaient remarqué mais qu'ils attendaient qu'on le leur dise. Fidèle à moi-même, j'avais gardé mon appartement au cas où quelque chose arriverait, pour me protéger. Mais j'y dormais très peu. Une fois ma suspension terminée, j'avais également repris mon poste au preccint pour le plus grand plaisir de Gates, même si elle n'en laissait rien paraître. Rick était revenu lui aussi. Nous ne quittions jamais le preccint ensemble pour ne pas trop éveiller les soupçons. Puis, le plus souvent, nous nous retrouvions le soir, des fois chez moi, des fois à son loft.

Mais hier soir nous ne nous étions pas vu. C'était un de ces soirs où ni lui ni moi ne pouvait venir chez l'autre. J'étais allée dîner avec mon père qui avait voulait passer ce moment seul avec moi. Puis j'étais allée prendre un verre en ville avec Lanie. Lui de son côté avait passé la soirée en famille car sa fille le réclamait. Depuis qu'elle était rentrée à la fac, elle ne pouvait plus profiter de lui autant qu'avant alors je comprenais parfaitement qu'elle veuille des moments d'intimité avec son père. Et puis il fallait que Rick soit seul le temps d'une soirée pour pouvoir écrire un peu avant qu'il ne se fasse remonter les bretelles par sa fameuse éditrice, Gina.

Il était plus d'une heure du matin lorsque je suis rentrée chez moi. Le vide, le calme et le froid, qui régnaient dans mon lit, m'avaient empêché de dormir correctement. Une nuit sans lui et il me manquait terriblement. Ce n'était pourtant pas la première fois que nous ne dormions pas ensemble pendant une nuit. Mais à chaque fois c'était pareil. Il me manquait plus que je ne voulais l'avouer et j'étais presque sûre que je lui manquais autant. Et à chaque fois, lorsque nous nous retrouvions le matin nous nous sautions dessus pour combler ce manque ressenti pendant la nuit.

C'est pourquoi ce matin je m'étais levée tôt pour aller au preccint. J'avais hâte de le revoir. Même si je savais que ce n'était pas parce que j'arrivais plus tôt que Castle viendrait plus tôt. De toute façon j'avais de quoi m'occuper pour faire passer le temps. Une pile immense de paperasses m'attendait sur mon bureau. Bien entendu, à mon arrivée au preccint, il n'y avait pas grand monde. Je me dirigeais vers la salle de repos pour me faire une tasse de café en attendant que Castle m'apporte le mien puis je m'installais à mon bureau, profitant du calme qui régnait dans la pièce à cette heure là pour me concentrer sur ce que j'avais à faire.

Autour de huit heures trente, les gens commencèrent enfin à arriver. Ce n'était pas trop tôt ! Je commençais à en avoir un peu marre de la paperasse. Et j'en étais déjà à mon troisième café depuis deux heures, il fallait que je me calme un peu sur la caféine. Gates venait d'arriver elle aussi mais il n'y avait toujours aucun signe des gars ni de Castle. Ryan et Esposito s'étaient réconciliés peu de temps après mon retour, pour le plus grand plaisir de tous. Ces deux là étaient devenus inséparables maintenant. La capitaine surveillait la salle depuis son bureau en regardant par la fenêtre. Je me remis donc à ma paperasse aussitôt. Il ne fallait pas qu'elle me prenne entrain de rêvasser. Je n'avais plus le droit à l'erreur avec elle.

J'avais beau travailler, je ne pouvais pas m'empêcher de penser à Castle. J'avais besoin de distraction, j'avais besoin de mon café, j'avais besoin de lui tout simplement. Du coup, poussée par ce besoin et n'en pouvant plus d'attendre, je regardais l'ascenseur à chaque fois qu'il s'ouvrait pour voir si ce n'était pas lui qui venait. Et chaque fois c'était pareil, ce n'était pas lui et je poussais un soupir de déception avant de regarder l'heure. Au bout d'un moment je me forçais à ne plus regarder l'heure affichée par mon ordinateur et je me re-concentrais sur ma paperasse. Mais à peine quelques minutes plus tard, qui paraissaient affreusement longues, je craquais et regardait l'heure une nouvelle fois.

Il était déjà dix heure et toujours pas de nouvelles de mes trois partenaires ! Je pouvais comprendre que Castle ait écrit tard et qu'il n'ait pas réussi à sortir du lit ce matin mais en revanche, ce n'était pas du tout dans les habitudes de mes deux meilleurs détectives. Ryan et Esposito n'étaient pas sur une affaire de meurtre donc ils n'avaient aucune raison d'être en retard. Et puis s'ils avaient eu un quelconque empêchement, ils m'auraient appelé pour me prévenir et me demander de les couvrir …

Je me devais de mettre toute cette situation au clair. Je pris mon portable pour appeler Rick. Je fus surprise de tomber directement sur la messagerie ce qui ne lui ressemblait pas puisqu'il n'éteignait jamais son portable. Une boule commença à se former dans mon ventre. Et si quelque chose leur était arrivé ? J'essayais de me convaincre que c'était rien, et j'allais me refaire un café.

Ça faisait déjà un quart d'heure que j'étais dans la salle de repos, mon café à la main et les fesses posées sur la table, entrain de fixer l'ascenseur. Toujours rien. Toujours pas de Castle. Toujours pas de Ryan ni d'Esposito. Ce n'était définitivement pas normal. Peut être qu'ils avaient fait une soirée entre gars et que Rick n'avait pas voulu m'en parler. Mais pourquoi ne m'en aurait-il pas parlé ? Ou alors, comme on n'avait pas d'affaire en cours, ils avaient peut être décidé d'aller prendre un verre ensemble avant de venir ici. Mais ça ne leur ressemblait pas vraiment. Je décidais donc d'aller voir chez Rick si tout allait bien. Discrètement, je me dirigeais vers mon bureau, de manière à ce que personne ne me remarque. Mais lorsque je pris mon manteau, j'entendis Gates m'appeler dans mon dos.

- Oui madame ?

- Où allez-vous détective Beckett ? Vous n'avez pas été appelée pour un meurtre à ce que je sache … J'aurais entendu le téléphone sonner si ça avait été le cas.

- Je comptais aller chercher les gars madame. Ils ne sont pas encore arrivés et je pense qu'il se passe quelque chose. Répondis-je en espérant qu'elle comprendrait.

- Ils sont probablement en retard mais il n'y a pas de quoi s'inquiéter pour le moment. Retournez travailler Beckett. Je veux que vous soyez présente si quelqu'un appelle pour signaler un homicide. Et puis vous n'êtes pas payée pour baby-sitter vos détectives.

Quelques peu énervée par ses propos, je reposais ma veste et m'asseyais sur ma chaise. Je pris cinq minutes pour me calmer et me détendre un peu. Gates avait probablement raison, les gars devaient probablement avoir une bonne raison pour être en retard. Je me replongeais donc dans ma paperasse tout en essayant de ne penser à rien d'autre que ce que je faisais.

La matinée fut très longue. Les gars n'arrivaient toujours pas et malgré mes efforts pour me calmer, mon taux d'angoisse ne cessait de monter. L'heure de la pause déjeuner arriva. Je n'avais pas le temps de manger. Je filais directement à ma crown victoria direction le loft de Castle. Arrivée sur place, je me garais sur un emplacement réservé aux camions de livraison et me précipitais à l'intérieur de l'immeuble. Le concierge avait l'habitude de me voir maintenant et il me laissa passer sans problèmes. Jugeant que l'ascenseur serait trop lent pour moi, je prenais l'escalier de service et montait les marches quatre à quatre.

Je sortis les clés de ma poche et ouvrais la porte à la volée. Après un tour rapide, je me rendis compte qu'il était vide. Castle n'y était pas et Martha non plus. Je prenais mon téléphone et j'appelais Alexis pour savoir si elle savait où ils étaient. Le portable de la jeune fille était lui aussi éteint. De plus en plus bizarre. Alexis avait toujours son potable allumé sur elle. Et puis c'était l'heure de déjeuner donc elle devait être disponible à cette heure là. Je retournais à ma voiture. Il était une heure de l'après midi. Il me restait donc une demi-heure pour trouver ce qu'il se passait. Je démarrais et je pris la route pour me rendre chez Esposito.

Lui aussi manquait à l'appel. Il était une heure trente passé. J'étais déjà en retard pour mon retour au preccint. Comme je savais que Gates avait probablement déjà remarqué que je n'étais pas revenue, je décidais de continuer ce que j'avais commencé et je me rendis chez Ryan. Son appartement était également vide. Cette fois j'en étais sûre. Quelque chose c'était passé, et quelque chose de grave. J'étais vraiment inquiète et je me demandais où ils avaient bien pu passer la matinée. Peut être que Lanie savait quelque chose, elle.

Je retournais donc au commissariat le plus vite possible pour ne pas être trop en retard non plus. Dans l'ascenseur, je consultais mon portable pour voir si personne n'avait essayé de m'appeler pour un meurtre ou si Castle n'avait pas essayé de me rappeler. Rien. Je composais une nouvelle fois son numéro et, une fois de plus, je tombais sur sa messagerie.

- Veuillez laisser un message après le bip sonore … Biiiiip

- Hey Castle, c'est Kate … eum … rappelle moi dès que t'as ce message ok ?

A la morgue, on m'informa que Lanie n'était pas là aujourd'hui, ou qu'en tout cas personne ne l'avait vu pour le moment. En arrivant à mon bureau, je m'aperçus que les gars n'étaient toujours pas revenus et que ça n'avait pas l'air d'inquiéter Gates plus que ça. J'essayais d'appeler Lanie pour savoir où elle se trouvait mais, pour une raison qui m'échappait, elle aussi était injoignable. Mais que se passait-il ? Pourquoi tout le monde avait subitement disparu ?

Un peu distraite, je me replongeais dans ma paperasse. Impossible de me concentrer. Il y avait trop de bruit et trop de choses qui n'allaient pas pour que je puisse travailler correctement. Il devait y avoir une raison valable à tout ça. Ça faisait à peine dix minutes que je m'étais replongée dans mon travail que Gates vînt vers moi. J'étais absorbée par le rapport que je faisais et par l'effort que je faisais à essayer de bloquer mes pensées que je ne l'avais pas entendu venir. Mais lorsqu'elle s'assit sur la chaise de Rick, mon cœur rata un battement et ma tête se tourna presque automatiquement en apercevant une silhouette sur la chaise et une vague d'espoir était remontée en moi, vite suivie par une vague de déception.

- Vous avez du nouveau sur l'absence des membres de votre équipe détective Beckett ?

Ce n'était pas Castle. Personne ne s'asseyait sur cette chaise à part lui. Mais cette fois, au moment où j'avais le plus besoin que ce soit lui, ce n'était pas lui …

- Beckett ? Interrogea Gates suite à mon absence de réponse. Votre petite enquête à midi a donné quelque chose ?

- Heu … Non madame.

- Si vous arrivez à les joindre, dîtes leur que ces heures seront à rattraper ! Et cessez de vous tourmenter et reprenez votre travail détective.

Comment savait-elle que j'avais fait des recherches ? J'étais si prévisible que ça ? En tout cas, je ne savais pas où ils étaient tous passés mais ils allaient le payer cher. Un rapide coup d'œil sur l'heure m'indiqua qu'il était 14H15. Je réessayais d'appeler Lanie mais elle n'était toujours pas disponible. Alexis et les gars non plus. Je me dis alors que je pouvais peut être essayer de joindre l'école de théâtre de Martha, et qu'elle serait peut être en mesure de me donner des renseignements sur les activités de son fils ou de sa petite fille. Une de ses élèves décrocha. Elle m'informa que Mme Rodger n'était pas venue aujourd'hui et qu'elle n'avait même pas appelé pour les prévenir de son absence. Au final, cet appel qui était censé me rassurer, avait provoqué l'effet opposé en moi. Martha aussi manquait à l'appel.

La fin d'après midi passa sans que rien de nouveau n'arrive. Castle ne m'avait pas rappelé et les gars ne s'étaient finalement pas montrer de la journée. Si demain ils n'étaient toujours pas là, j'irai demander à Gates la permission de creuser un peu plus sur cette histoire. Et si elle refusait, je le ferais quand même. Je décidais d'aller dormir chez Castle ce soir. Comme ça je pourrais savoir s'il était revenu ou s'il reviendrait dans la soirée. Je rentrais dans le loft de Castle : toujours vide. Stressée par toute cette journée et tout ce vide anormal, j'allais prendre une bonne douche pour me détendre un peu. Une fois ma douche terminée, j'appelais mon père pour savoir s'il était bien rentré la veille, et parce que j'avais besoin de parler à quelqu'un. Comme si je n'en avais pas eu assez dans la journée, je fus confronté une fois de plus à un répondeur. Essayant de me convaincre que tout n'était que pur hasard et qu'ils avaient sûrement tous quelque chose de plus important à faireque de répondre à mes appels, je m'installais sur le canapé devant la télévision. Ça occuperait mes pensées à autre chose que l'angoisse. Vers minuit, épuisée par la nuit précédente et la longue journée que je venais de passer, je m'endormis sur le canapé, ne voulant pas me retrouver une fois de plus dans un lit seule. Rectification : dans son lit seule. Et puis quand Castle reviendrait et qu'il ouvrirait la porte d'entrée, je l'entendrais et me réveillerais automatiquement.

Malheureusement, ce ne fut pas la porte d'entrée qui me réveilla mais la sonnerie de mon portable à quatre heures du matin.

- Beckett … J'arrive.

Une nouvelle scène de crime venait d'être découverte. Les meurtriers ne dormaient donc jamais. Mais au moins ça occuperait mon esprit à autre chose qu'à me demander où pouvait bien être passé tous mes amis. Je m'habillais rapidement, refermais l'appartement et montais dans ma voiture. Sur le chemin, je m'arrêtais pour un café et j'en profitais pour essayer de joindre Castle pour l'informer du nouveau meurtre.

- Rick c'est encore Kate. Je ne sais pas où tu es passé et je ne sais pas pourquoi ton téléphone est éteint mais les gars ont aussi mystérieusement disparu et ta mère et ta fille ne sont pas rentrées hier soir alors j'aimerais bien savoir si je dois m'inquiéter ou pas … Et sinon je me rends sur une scène de crime maintenant si ça t'intéresse. Je t'envoie l'adresse par message. Rappelle-moi quand tu as ce message s'il te plait.

Je lui envoyais le message et reprenais ma voiture. Une fois sur place, je prenais deux minutes pour faire le deuil de la victime comme je le faisais à chaque fois. Un agent me laissa passer pour que je rentre sur la scène de crime. Il n'y avait pas de cadavre mais une énorme flaque de sang. Et au milieu de cette flaque se trouvait une petite boîte en bois, fermée. Lanie n'était pas le médecin légiste sur place. C'était Perlmutter qui se tenait accroupi à côté de la flaque, en train de prélever des échantillons de sang.

- Bonjour Perlmutter. Pas de corps ? demandais-je.

- Je crois que s'il y en avait un détective, vous ne me poseriez pas la question …

Perlmutter n'aimait pas les questions inutiles. Moi non plus mais je voulais savoir s'il y avait eu un corps un jour ou si on avait seulement découvert une flaque d'une importante quantité de sang.

- Vous savez ce que contient cette boîte en bois ?

- Pas encore. Nous l'ouvrirons au laboratoire. Je vous appellerais à ce moment là si vous voulez.

- Oui je veux bien merci. Qu'est-ce que vous pouvez me dire pour le moment ?

- J'estime la quantité de sang à deux litres.

- Il y a une chance de retrouver la victime en vie ?

- Tout dépend des blessures et de combien de temps la victime a mis pour perdre tout ce sang. Mais il y a peu de chance détective.

- Bien. Merci. Autre chose ?

- Par pour le moment détective.

Je le remerciais une fois de plus et me dirigeais vers mes agents pour voir ce qu'ils avaient trouvé. Il n'y avait pas de témoins de la scène pour le moment et la personne qui avait appelé le 911 était juste un SDF qui cherchait un nouvel endroit pour dormir parce qu'il y avait trop de voitures qui passaient dans sa rue la nuit.

Lorsque Gates arriva à 8h00, elle me demanda un rapport sur ce qu'il s'était passé dans la nuit. Une fois cet entretient terminé, je retournais à mon bureau donner quelques instructions à mes agents. J'étais entrain de mettre le peu d'informations que je possédais sur le 'murder board' lorsque Perlmutter m'appela pour me dire qu'il était sur le point d'ouvrir la boîte. Je descendais aussitôt à la morgue. Perlmutter m'attendait.

- J'ai quelque chose à vous dire avant d'ouvrir la boîte détective. Je viens de terminer l'analyse du sang de la scène de crime et ça correspond à un résultat dans nos fichiers … C'est le sang du détective Esposito.

- Pardon ? ! Ce n'est pas possible. Refaites le test encore une fois … Lui ordonnais-je, choquée par ce qu'il venait de m'annoncer.

- Je l'ai déjà refait détective Beckett. Il n'y a aucun doute possible …