Chapitre 3

Je fus soudainement prise de vertiges. Je m'assis brusquement sur une des chaises qui se trouvaient là, fixant l'enveloppe des yeux. L'agresseur me connaissait. Est-ce que ça faisait de moi sa prochaine victime ? Ou est-ce que son plan était de faire souffrir le peu d'amis que je possédais pour jouer avec moi ? La réponse se trouvait probablement là, juste sous mes yeux, mais j'étais incapable de bouger pour le moment.

- Ça va aller détective ?

Perlmutter s'était levé de sa chaise et il se trouvait juste devant moi, prêt à intervenir en cas de besoin. Reprenant mon mode flic, je me ressaisissais et lui répondis que tout allait bien. Je le remerciais et quittais en vitesse la morgue.

C'était la pause déjeuner. Tout le monde avait quitté les bureaux pour aller manger. Je profitais du fait qu'il n'y avait personne pour m'enfermer dans la salle de repos. Je posais la lettre sur la table et la regardais pendant de longues minutes. Une partie de moi voulait savoir ce qu'elle contenait mais l'autre partie avait peur de ce qu'elle pouvait m'apprendre. C'est pourquoi j'étais là, face à la lettre, à peser le pour et le contre. De toute façon, il faudrait bien que je l'ouvre un jour cette lettre.

Le bruit dans la pièce principale me sortit de mes pensées. Les agents étaient en train de revenir. Apparemment, c'était déjà la fin de la pause déjeuner. Ce qui voulait dire que j'avais passé une heure à fixer cette stupide lettre. En colère contre moi-même pour m'être laissée déstabiliser par une simple lettre portant mon nom à l'encre rouge, je l'ouvris et pris la feuille qu'elle contenait, commençant ma lecture.

Détective Katherine Beckett,

J'ai beaucoup entendu parler de vous. Tout le monde vante vos mérites en tant que détective. Il parait que vous êtes douée. Même très douée. Ce qui est parfait puisque j'étais à la recherche d'un adversaire à ma taille. C'est pourquoi je vous ai choisi. Cela fait très longtemps que je n'ai pas joué. Même très longtemps. Je pense que vous avez sensiblement compris les règles. C'est un jeu simple. Et je vous donne un coup d'avance : Vous connaissez les victimes. C'est un avantage considérable puisque vous n'avez pas à chercher toutes les informations les concernant. Tout ce que vous avez à faire, c'est les retrouver et m'arrêter … S'il n'est pas trop tard. Car puisque je vous ai donné un avantage, je dois également vous donner une contrainte : Je vous laisse une semaine pour gagner la partie. Puisque vous lisez cette lettre, vous avez déjà trouvé le Détective Javier Esposito. Saurez-vous m'arrêter à temps ?

A vous de jouer maintenant …

XXX.

Je dus relire la lettre deux fois pour me convaincre que c'était réel. Puis un sentiment de culpabilité m'envahit. Esposito avait été une victime de ce fou juste parce qu'il me connaissait. C'était de ma faute. Parce que j'étais ''douée''. Et parce que j'étais devenue connue à cause d'une stupide série de livres. Avant les Nikki Heat, personne ne me connaissait. Personne n'essayait de m'atteindre. Mais il s'était passé tellement de choses depuis que j'étais devenue la muse de Castle. Certes, il m'aidait beaucoup à résoudre les enquêtes. Et puis je l'aimais plus que tout au monde. Mais j'étais aussi devenue une cible idéale pour les tueurs fous. Et une fois de plus j'allais en payer le prix. Pire. Mes partenaires allaient en payer le prix.

Il me laissait sept jours pour trouver où il se cachait. Cela voulait donc dire que j'avais sept jours pour trouver des indices sur le tueur et trouver Esposito. Et Ryan. Parce qu'à ce stade du ''jeu'', il ne fallait plus se faire d'illusions : il y aurait plusieurs victimes. Au plus profond de moi, j'espérais que Castle n'aurait rien à voir là dedans et que le fait qu'il ne réponde pas au téléphone était une simple coïncidence. Mais dans une enquête policière, je croyais rarement aux coïncidences.

Celui qui m'avait écrit ces quelques mots était clairement dérangé dans sa tête. Mais il nous donnait de quoi creuser dans cette lettre. Ne sachant pas si je devais en avertir toute la brigade, je décidais de la montrer au capitaine d'abord. Gates relue, elle aussi , la lettre plusieurs fois ne croyant pas ce qu'elle lisait.

- Je pense qu'il vaut mieux garder ça pour nous pour le moment Beckett. Si les bleus savent qu'ils ont affaire à un tueur fou, ils paniqueront et ne nous seront d'aucune utilité. En attendant, faites tout votre possible pour retrouver les détectives Ryan et Esposito, s'il est toujours en vie. Avez-vous remarqué si d'autres personnes de votre entourage manquaient ?

- Castle ne répond pas au téléphone ainsi que sa famille mais je ne suis pas sûre que ce soit lié. Le Docteur Parish a également disparu depuis quelques jours. Répondis-je le cœur dans un étau rien qu'à l'idée de penser que quelque chose ait pu leur arriver.

- Bien. Lancez un avis de recherche sur eux aussi. Vous sentez-vous capable de gérer cette affaire détective ?

- Je le pense madame.

- D'accord. Ne vous inquiétez pas, on les retrouvera à temps. Si vous avez besoin de quoi que ce soit, vous savez où se trouve mon bureau ! ajouta-t-elle avec un petit sourire pour me montrer son soutien.

Je quittais son bureau soulagée qu'elle m'ait laissé sur l'enquête. Le fait qu'elle m'apporte tout son soutien me fit le plus grand bien également. Dans le commissariat, elle était la seule personne qui se rapprochait le plus d'une amie que j'avais. Tous les autres me voyaient comme ''la grande détective Beckett '' et rougissaient quand je leur adressais la parole ou presque. Alors avoir le sentiment de pouvoir parler à quelqu'un dans un moment pareil eu pour effet de calmer un peu tous les sentiments qui se bousculaient en moi.

Une fois à mon bureau, je me posais pour faire le point dans ma tête sur ce que je savais pour pouvoir réfléchir à la prochaine étape de l'enquête. Il fallait que je lance un avis de recherche sur Lanie. Mais je devais essayer de la joindre avant pour être sûre qu'elle avait vraiment disparu et qu'elle n'était pas malade ou quelque chose du genre.

N'ayant pas pu la joindre, ni sur son portable, ni sur son fixe, je prenais le téléphone pour lancer l'avis de recherche. Une boule se forma dans mon estomac et je sentis les larmes me monter aux yeux. Pour l'instant rien n'était sûr mais la simple idée que ma meilleure amie ait pu tomber entre les mains d'un malade comme ça me rendais malade. Pour la première fois depuis le début de l'enquête, je ne me sentais pas capable d'aller plus loin. Et si je n'arrivais pas à sauver Ryan et Lanie à temps ? J'appelais l'agent Karpowski pour qu'elle le fasse à ma place.

Je pris cinq minutes pour me calmer. Je ne pouvais pas me retirer de l'enquête puisque de toute façon, c'est avec moi que le tueur voulait jouer. Et puis j'étais la détective de New York avec le plus haut taux d'affaires classées. Il fallait que je reprenne confiance en moi et surtout que je garde la tête froide. Le tueur essayait de me déstabiliser à cause de la valeur sentimentale que l'enquête avait pour moi. Et je devais justement prendre du recul par rapport à ça. Mon téléphone sonna ce qui me sortit de mes pensées. Je, n'attendais pas de coup de téléphone puisque toutes les personnes à qui j'avais donné des tâches se trouvaient dans la salle. Je décrochais. L'agent de police qui passait l'appel m'informa que quelqu'un venait de trouver une nouvelle flaque. Mon cœur rata un battement.

- Allo ? … Détective Beckett ? … Tout va bien ?

- Oui. J'arrive. Merci.

Non. Non ! NON ! Pas déjà ! J'en étais encore au point de départ ! J'avais sept jours. Il m'avait laissé sept jours. J'en étais à mon deuxième jour et il y avait déjà deux victimes. Deux victimes ! Deux de mes amis ! Est-ce que cela signifiait qu'il allait faire une victime par jour ? Et à qui était cette flaque ? Ryan ou Lanie ? Ou quelqu'un d'autre qui avait eu le malheur de mourir simplement parce qu'il me connaissait ? S'en était trop. J'allais trouver cet enfoiré avant même qu'il ait eu le temps de penser à sa prochaine victime. D'un mouvement décidé je pris ma veste et me dirigeais vers l'ascenseur.

Le gyrophare à fond, je grillais tous les feux de New York. Je ralentis en arrivant à proximité de la scène de crime. Je prenais le temps de me garer correctement et une fois arrêtée, je pris le temps de faire un hommage à la victime, en essayant de faire abstraction le plus du fait que pour la deuxième fois cette semaine, la victime allait être un de mes amis. Puis je me mettais en ''mode flic'' et je sortais de ma voiture.

La flaque se trouvait dans une ruelle peu fréquentée dans le Queens. En me rapprochant de la nouvelle scène de crime, je pus constater que la flaque était aussi grosse que la précédente. Ça signifiait qu'une fois de plus, la victime avait peu de chances de survie. Une nouvelle boite à musique se trouvait une fois de plus au milieu. Perlmutter était en train de relever des échantillons de sang. Malgré le fait que je sois passée en mode flic, une boule se forma dans mon estomac. Sentant qu'un mal de tête arrivait, je quittais la scène de crime pour aller voir un des agents qui était déjà sur place avant que j'arrive.

Le fait de m'éloigner un peu ne m'enleva pas la boule qui se trouvait dans mon estomac. Je me rendis alors compte qu'à cause de la lettre je n'avais même pas mangé à midi. C'était probablement pour ça que j'avais des crampes. Je demandais à l'agent qui avait trouvé la flaque et il m'indiqua que c'était des agents en patrouille qui l'avaient trouvé. Il m'indiqua où ils se trouvaient.

C'était un homme et une femme, tous les deux grands. La femme avait les cheveux longs. Ils étaient face à face et s'échangeaient des regards complices. Les regarder me fit penser à Castle et moi. Castle. Je ne l'avais pas vu depuis lundi soir. Trois jours et il me manquait déjà terriblement.

Il fallait que j'aille les voir pour savoir ce qui les avait amenés ici et s'ils avaient remarqué quelque chose ou vu quelqu'un en arrivant. Mais pour les rejoindre, il me fallait repasser par la flaque. L'agent qui se trouvait toujours à côté de moi s'inquiéta de mon silence.

- Détective Beckett, tout va bien ?

- Oui oui merci. Est-ce que vous pourriez vous occuper de trouver des témoins s'il vous plait. Tenez-moi au courant si vous avez quelque chose.

Puis je me tournais vers un autre agent qui venait de nous rejoindre et je lui demandais s'il pouvait s'occuper de trouver des caméras de surveillance, et s'il en trouvait, de chercher si on avait un aperçu de quelqu'un à proximité de la scène de crime au moment où le sang avait été déposé. Puis je me dirigeais vers Perlmutter.

- Bonjour Perlmutter.

- Bonjour détective.

- Vous avez trouvé quelque chose de différent par rapport à la dernière fois ?

- Non. Même M.O., il n'y a toujours pas d'empreintes. Peut-être que je trouverais quelque chose sur la boite à musique …

- D'accord merci. Prévenez-moi quand vous l'ouvrirez.

Je me dirigeais ensuite vers les agents qui avaient trouvé la scène de crime. C'était des bleus. Ils n'étaient en service que depuis un an et suite à un appel anonyme, on les avait envoyés patrouiller sur la grande avenue en parallèle à la petite ruelle où nous étions. Et c'est en inspectant les petites rues aux alentours qu'ils avaient aperçu la flaque de sang.

Je les remerciais de leur coopération puis je les renvoyais chez eux. En me retournant pour rejoindre ma voiture, je me rendis compte que Perlmutter avait déjà quitté les lieux, laissant la place à l'équipe de nettoyage chargé de faire disparaitre la flaque. C'est ce que j'aimais chez Perlmutter. Le fait qu'il fasse les choses vite et bien. Il était parfois désagréable mais personne n'avait jamais aucuns reproches à faire sur son travail. Il savait que l'enquête était importante et il savait que c'était probablement quelqu'un de la maison qui était la victime. C'est pourquoi j'étais presque sûre d'avoir les résultats de l'analyse de sang en début de soirée.

N'ayant plus rien à faire sur la scène de crime, je remontais la ruelle pour rejoindre ma voiture. En tournant à l'angle d'un immeuble, je pus constater qu'une foule de journalistes attendait des scoops derrière le bandeau jaune. Je n'avais aucune envie de parler aux journalistes maintenant mais je n'avais pas d'autres issues possibles pour rejoindre ma voiture. J'inspirais un bon coup et me lançais pour faire face aux vautours.

Dès qu'ils m'aperçurent, ils se mirent tous à crier mon nom et à poser tous autant de questions les uns que les autres. Parfois, être inspecteur à la crim' est aussi difficile que d'être une star arrivant sur un tapis rouge. Sauf qu'on ne me prenait pas en photo. On m'harcelait juste de questions tordues auxquelles je n'avais ni le droit, ni l'envie de répondre. Le brouhaha était tel qu'il m'était impossible d'entendre une question en entier.

Je baissais la tête pour passer sous le ruban jaune et continuais mon chemin comme si de rien était. Sauf qu'il était impossible de se frayer un chemin dans cette foule. Dans un excès de colère et de fatigue j'exigeais le silence.

- La police n'a rien à vous communiquer pour le moment et vous devriez tous rentrer chez vous puisqu'il n'y a plus rien à voir ici.

Puis je rejoignais tranquillement ma voiture, démarrais et rentrais au poste.

C'était déjà l'heure des bouchons à New York. J'aurais pu mettre mon gyrophare pour rentrer plus vite au preccint mais quelque chose en moi m'en empêchait. Plus je me rapprochais du 12th, plus la boule qui s'était formée dans mon estomac devenait oppressante. Je pense qu'au fond de moi, je ne voulais pas savoir à qui appartenait le sang. Et puis je ne savais plus où j'en étais dans l'enquête. Tout ce que j'entreprenais ne menait nulle part. Le tueur de la boite à musique avait tout planifié et il avait soigné tous les détails. Mais aucun plan n'était parfait. Je devais juste trouver la faille.

J'étais rendue devant le preccint. Je sortais de ma voiture et me dirigeais lentement vers l'ascenseur. Et si c'était Lanie ? … Et si c'était Castle ? Une part de moi se disait que je n'arriverais jamais à trouver le tueur à temps, l'autre me disait que je n'avais pas le choix et que je devais les retrouver à temps. J'appuyais sur le bouton d'appel de l'ascenseur. Mon portable se mit à sonner ce qui me fit sursauter. C'était Perlmutter. Il avait les résultats.

Gates était déjà présente dans la morgue. Perlmutter avait l'air grave. Gates n'avait pas l'air d'en savoir plus que moi.

- J'ai tout de suite comparé le sang à notre base de données. C'est celui du détective Ryan. Je suis désolé.

Un silence morbide s'installa dans la salle. Puis Perlmutter proposa d'ouvrir la boite à musique pour qu'il puisse continuer ses analyses. Gates et moi nous approchâmes de la boite. Lorsqu'il l'ouvrit, la même musique, que pour celle d'Esposito, retentit. Le tueur utilisait toujours le même mode opératoire. Toutefois, quelque chose avait changé. Cette boite là était bleue. Bleue océan. On aperçu alors le doigt de Ryan à la place de la danseuse. Et en dessous du doigt, la boite était remplie d'eau.

Je ne comprenais pas vraiment ce que cela signifiait mais je notais dans un coin de ma tête d'y repenser. Je demandais ensuite à Perlmutter d'analyser l'eau au cas où celle-ci nous mènerait quelque part. Gates et moi remontâmes vers nos bureaux. Ensemble, nous ajoutâmes les informations nouvelles sur le tableau blanc avec une photo de Ryan.

Il était 20H et les bureaux étaient pratiquement vides. Le briefing aurait donc lieu demain matin à la première heure. J'étais épuisée et je n'avais pas le cœur à travailler ce soir. Je pris mes affaires et rentrais chez moi. En arrivant chez moi, je ne pus retenir mes larmes plus longtemps. Je mangeais un sandwich vite fait pour ne pas faire une crise d'hypoglycémie en plein milieu de l'enquête. C'est ainsi que je m'endormis, les yeux pleins de larmes et les pensées toutes tournées vers mes amis.