Annecdote : Alors que je somnolait sur la terrasse, il y a quelques mois, mon chat (roux) est arrivé avec un oiseau encore vivant dans la gueule. Il était tout noir, cet oiseau. Je n'osait pas l'approcher parce qu'il avait une plaie béante qui laissait voir tout l'intérieur... Il est mort dans mes mains, quelques minutes après l'avoir ramassé.
Quand Sally ouvrit reprit conscience, ce qu'elle perçut tout d'abord fut le battement d'un cœur.
Un petit cœur affolé qui faiblissait et menaçait de s'éteindre.
Mais ce n'était pas le sien.
Puis elle entendit une respiration.
Un souffle saccadé qui devenait par moment un râle.
Mais ce n'était pas le sien.
Enfin, elle sentit un liquide tiède qui s'écoulait sur le sol, à côté d'elle, et qui imbibait ses vêtements.
Un fluide à l'odeur métallique qui quittait la source d'où il était issu.
Mais ce n'était pas le sien.
Alors, lentement, elle ouvrit les yeux.
Elle fit face à un regard doré, un regard mélancolique qui déclinait peu à peu.
Ce regard qui l'avait tant séduit, la première fois qu'elle l'avait croisé…
"Comment te sens-tu… Sally ?..." murmura Pitch dont le sourire était tordu par la douleur.
La jeune fille se redressa doucement et vit le flanc du croque-mitaine…
Le trou de chair déchirée s'étendait sur toute la partie avant-gauche de son torse, juste sous les côtes.
Il tentait vainement d'épancher le sang le sang si sombre qu'il paraissait noir dans la nuit mais ne réussissait qu'à accentuer la souffrance déjà plus que lancinante et supportable.
Cela donna la nausée à la lolita qui faillit retomber en arrière.
Plaquant une main sur sa bouche pour étouffer un cri, elle parcourut des yeux les restes du champ de bataille.
Les gardiens qui aboyaient, jappaient, piaillaient, couinaient des choses incompréhensibles, bloqués par des fauves irréels.
Le lion orangé qui menaçait toujours, ses babines salies d'hémoglobine fraîche.
Jack qui arrivait en courant, Fauna qui affichait un air déçu.
Et alors elle réalisa ce qu'il venait de ce passer.
Elle reporta vivement son attention sur celui qui l'avait sauvé et sentit des larmes rouler sur ses joues.
"P… Pourquoi… ?"
Elle serra une main qui n'avait jamais aussi bien porté sa couleur cadavérique.
"Pourquoi… M'avoir sauvé… ?!"
C'était bel et bien le roi des cauchemars. Celui qui terrorisait les enfants, qui leur donnait la peur du noir, qui hantait leurs armoires et se cachait sous leur lit…
Alors, oui, pourquoi ?
L'esprit de l'hiver posa sa main sur l'épaule de Sally et lui dit quelque chose mais elle ne l'écoutait pas…
Le donneur de tourments inspira une bouffée d'air qui parut lui incendier la poitrine tellement il crispa ses doigts sur ceux de la jeune fille.
"Parce que… Tu crois en moi…"
Le garçon de glace devait sans doute lui intimer d'économiser ses forces mais il l'ignorait totalement.
"Je n'avais… Plus d'espoirs… Je pensais que… J'allais disparaître… Pour de bon… Et puis… Je t'ai rencontré…"
Il toussa violemment, projetant un jet de sang.
La poigne que préservait la lolita dans la sienne se relâcha petit à petit.
"Tu es… Une grande fille… Je suis heureux de t'avoir vu… Avant la fin…"
Il se tut. Sa main se détendit complètement et glissa de celle de Sally.
Elle écoutait son cœur battre, à l'affut de la moindre pulsation.
Bom bom… Bom bom…
Les pupilles d'or ne brillaient plus. Elles s'étaient vidées de leur éclat comme il se vidait de sa vie.
Bom bom… Bom…
Jack se pencha au dessus de celui qu'il avait combattu, il y a deux ans.
Dans le regard de North, même s'il était sous la forme d'un chien, on ressentait tout le chagrin qu'il éprouvait.
Le petit hamster Sab, boule de lumière et de rêves, baissa la tête tristement, imité par Bunny.
Tooth se posa sur le crâne du saint-bernard rouge et on vit une larme énorme pour sa petite taille couler dans ses plumes arc-en-ciel.
Bom… Bom…
Le jeune homme aux cheveux blancs ferma les yeux qui ne voyaient plus. Il sentit un froid s'insinuer dans le corps du croque-mitaine.
Ce n'était pas le vent de l'hiver, ni le ver vicieux de la peur.
C'était le voile de la mort.
Bom…
Dans un sanglot, Sally voulut serrer contre elle celui qui avait renoncé à son existence pour la protéger…
Ses bras se refermèrent sur de la cendre brillante qui se dissipa dans l'air, évoquant le sable des cauchemars.
Et pourtant c'étaient les restes d'un homme…
Ces moments là où je me hais moi-même...
