9.

Beebop et Kropion entouraient Alérian.

- Je sais que tu attendais un colosse dans mon genre, fit le géant Caméléon.

- C'est effectivement de quelqu'un comme toi dont j'aurais eu besoin à mes côtés face à Lovisthar, soupira le jeune homme.

- Je suis désolé de n'avoir que le pouvoir de camouflage, fit Kropion. Et même si je pouvais l'étendre à toi, être invisible ne t'aiderait pas à projeter des attaques suffisantes contre ce Juge Suprême…

Alérian passa les doigts dans ses mèches immaculées.

- Ce n'est pourtant pas pour me faire tourner chèvre qu'Itha m'a recommandé ce Guizol ! protesta-t-il. Cet enfant doit bien avoir des talents cachés !

Beebop frémit de ses chenilles à ses antennes.

- Mais il n'a que cinq ans, tu ne peux l'emmener au combat !

- Six ans, rectifia machinalement Alérian.

Il se leva.

- Je vais le voir !

Et à grands pas, il sortit de son appartement, se dirigeant vers le studio où l'enfant avait été hébergé, seul prisonnier, voyageant seul, demeuré à bord alors que tous les autres avaient été rapatriés chez eux par la Flotte de la République Indépendante tandis que croiseurs Pirates et leurs équipages avaient eux été emmenés sous bonne garde vers divers Pénitenciers.


Partageant le studio avec une nounou Mécanoïde, pour ses soins et sa protection, Guizol jeta un regard noir à son visiteur.

- Je veux rentrer chez moi !

- Pour cela, il aurait fallu que tu te confies au Responsable Civils de mon bord, grinça Alérian, la moutarde lui montant déjà au nez.

- Je peux vous servir à boire, Amiral ? proposa la Mécanoïde, pour faire diversion.

- Sans façons. J'ai à m'entretenir avec notre jeune hôte, peux-tu nous laisser, Yéra ?

- A vos ordres, Amiral. Je serai dehors devant la porte.

Alérian se tourna vers le garçonnet assis sur son lit.

- Je n'ai pas eu l'impression que j'ai pu me présenter correctement à toi, Guizol. Je suis Alérian Rheindenbach, je commande ce vaisseau. Et je te ferai ramener quand je saurai où te déposer, en sécurité ! Tu es bien installé ?

- C'était plus grand chez moi, marmonna Guizol en jouant avec ses doigts, ignorant quasiment la présence du jeune homme debout devant lui.

- Désolé. Tu rentreras, le moment venu, comme je viens de te le promettre. Et je respecte toujours ma parole. Ceux de ma famille tiennent toujours leurs promesses, c'est ce que mon père m'a appris !

- Moi, je n'ai pas de papa…

- Mais si, tout le monde en a un, contesta Alérian, bras croisés dans le dos, serrant les poings, agacé au possible. Bien que j'avoue que je n'ai pas eu de mère biologique au début de ma vie.

- Alors, pourquoi tu me dis des choses bizarres, et qui me font mal sans que je comprenne tout à fait pourquoi ?

- Mais, je n'ai rien proféré d'offensant !

Alérian préféra alors opter pour une autre approche.

- Pourquoi étais-tu prisonnier, seul ? Est-ce qu'on a fait du mal à ta famille ?

- Je n'ai pas de foyer. J'ai mon chez moi, et je me débrouille. Je suis grand !

- Tu n'as que six ans… soupira Alérian, soudain désolé pour l'enfant. Des adultes devraient prendre soin de toi !

- Ce ne sont pas tes oignons ! siffla Guizol. J'étais bien, même prisonnier, car je découvrais de nouveaux mondes. Je ne m'étais pas habitué aux cales des Pirates, tu m'en as enlevé ! C'est très vilain !

Alérian s'assit sur un pouf à quelques pas du lit.

- Une amie que j'ai récemment appris à apprécier m'a demandé d'aller à ta recherche, de te trouver, de te garder. D'après elle, j'aurais besoin de toi.

- Tu vas me mettre de corvées ici ? C'est de l'exploitation de mineur !

Alérian éclata de rire.

- J'adore ton discours, tes propos, tes mots bien que certains soient en décalage avec tes cinq ans…

- Six ans !

- Un adulte dans un corps d'enfant, j'ai connu ça… Mais je ne perçois rien de particulier en tout. Pourtant tu dois vraiment être exceptionnel pour qu'une Déesse me lance sur ta piste !

- M'en fiche ? C'est l'heure du goûter, j'ai faim ! Je veux à manger !

- Yéra va demander qu'on te prépare un en-cas sucré. Je te laisse, Guizol. Je reviendrai te voir plus tard !

- Nan nan, je ne veux pas !

- Tu ne te débarrasseras pas de moi aussi facilement, sourit Alérian. Je suis plus collant qu'une sangsue !

- Une quoi ? !

Et, peu charitablement, le jeune homme à la crinière de neige éclata de rire.

- Tu me plais, toi !