13.
Arrivé à la maison qui avait été celle de son enfance, et que son père occupait en guise de résidence secondaire à ses heures perdues, Alérian se fit pratiquement étouffer !
- Je peux respirer un peu, papa ? Sinon si tu m'étouffes, tu m'éviteras le passage devant le Conseil !
- Quoi, je ne peux plus rendre service ? ironisa le grand brun borgne et balafré, en relâchant néanmoins l'étreinte de ses bras autour des épaules de son fils à la chevelure immaculée.
- Ce ne serait pas de refus, mais même mort ces bureaucrates et Warius viendraient me sortir de mon urne funéraire pour comparaître !
- Oui, cela ne m'étonnerait pas de la part de ce vieil embouché de Warius !
Albator redevint cependant sérieux.
- Warius est sur Terre ?
- Oui, il loge au même hôtel que moi. Il tient à être présent pour ma présentation devant le Conseil.
Le grand brun balafré fronça le sourcil.
- Pourquoi as-tu refusé que Chalandra et moi t'hébergions ? Comme c'est à l'habitude ?
Alérian fit la grimace, prenant place dans un des fauteuils de la terrasse, buvant son thé glacé à petites gorgées.
- Je n'ai pas eu le choix. Je dois m'en excuser, et j'espère que Chalandra et moi me le pardonnerez. Je ne pouvais pas vous l'expliquer avant d'être présent physiquement à Heiligenstadt !
- Le Conseil t'a assigné à cette chambre d'hôtel ? comprit alors Albator.
- Et je n'ai pu en sortir que sur dérogation et bonne escorte ! Je dois me conformer aux ordres. Comme si après avoir effectué tout ce voyage, j'allais me débiner ! ragea le jeune homme en martelant l'accoudoir de son siège. Et si seulement je pouvais les atomiser comme j'ai explosé le Juge Suprême Lovisthar !
- Vaudrait mieux que non, remarqua Albator. Sinon c'est en cellule que tu croupiras, à jamais ! Au fait, c'était compliqué d'en parler via holo-conférence. Tu vas revoir le Sculpteur, cet enfant-guerrier ?
- J'en ai bien l'intention, un jour ou l'autre. Car j'ai plein de questions sans réponses en stock dans ma besace ! siffla Alérian. Il s'est joué de moi, m'a fait tourner en bourrique, alors que nous étions du même côté dans cet affrontement ! aboya encore Alérian en se levant et en faisant les cent pas.
- Il devait avoir ses raisons. Est-ce que tout doit s'expliquer, mon grand chéri ?
Alérian s'interrompit dans son manège, la mine d'abord furax, puis se calmant et venant se rasseoir, à l'ombre, au frais, passant la manche de sa chemise sur son front emperlé de sueur vu la fournaise de l'été intense.
- Si tu pouvais ne pas me moucher, je n'aime pas qu'on me renvoie mes propres piques ! Guizol, j'en ai parlé avec Denver et Zunia, ils ne le connaissent pas ! Alors, qui est ce Sculpteur ? Il a créé les Juges, mais en quel but ? Et selon ses propres dires, son but a échoué puisqu'il m'a aidé à vaincre Lovisthar alors que je n'avais pas la plus petite chance contre lui, à la loyale ! Ce Sculpteur est un mystère, et je n'aime pas les énigmes !
- Toi, tu tiens bien trop de moi…
- Ou de Mulien Schormel, le grand fan de romans policiers !
- Voilà un mélange détonnant ! sourit Albator, nullement offensé. Si seulement j'avais pu avoir eu plus de temps pour approfondir une amitié avec ton Tuteur !
- Il a fait son devoir. Je lui dois toute ma vie. Demain, j'irai déposer des fleurs sur sa tombe commune avec celle de Lhora. Ensuite j'irai devant le Conseil.
Alérian eut un petit rire.
- Au fait, Warius loge donc au même hôtel que moi, le Shirion. Il a insisté pour m'accompagner jusqu'à la salle du Conseil, demain.
- Je serai là, moi aussi.
- Merci, mes protecteurs.
Et sans aucune ironie, offense ou supériorité, Alérian se releva pour s'incliner devant son père, la main sur le cœur.
Ensuite, il redevint fantaisiste.
- On peut aller à ton domaine et celui de Chalandra, à présent ? Je meurs de faim et je ne serais pas contre dévorer quelques kilos de viande, poissons et légumes, à un barbecue géant ?
- Heu, Chalandra avait plutôt prévu quelques salades vertes. Elle est au régime.
- Papa !
- Je plaisantais, évidemment, fit rapidement Albator en réconfortant son fils dont la mine s'était complètement défaite. Chalandra s'est assurée que tout est prêt pour qu'on se régale en ce soir. Et Warius est convié, ça t'embête ?
- Non, jamais ! Oh papa, vieux cachottier, en vérité, tu savais depuis avant mon arrivée que Warius était à Heiligenstadt ! ?
- Bien sûr. On a fait un barbecue avec lui hier soir !
- Papa, tu es un tordu de première !
- Et là aussi je sais à qui j'ai transmis cette hérédité.
Buvant leur thé rafraîchissant, les deux hommes discutèrent encore un peu, avant de se séparer, chacun partant vers son propre destin !
