15.

Dans le hall d'attente de l'amphithéâtre où siégeait le Conseil de l'Alliance Galactique, Albator serra les épaules de son fils.

- Mes pensées t'accompagnent.

Warius étreignit le poignet du jeune homme à la crinière de neige.

- Moi aussi, les mêmes souhaits.

Alérian serra les poings.

- J'y vais !

Et il rentra dans la salle de son jugement !

Alérian esquissa un sourire.

- J'ai mis des jours et des jours à préparer ma défense, mais en fait j'ai pris une décision : je n'ai rien à vous dire, et puis basta !

- De quoi ? !

- Vous avez été gradés et sur le terrain avant moi. Vous savez de quoi je parle. Même si un monde de ma personnalité vous échappe, et je ne vous en affranchirai pas ! On a tenté de me tuer, avant mon arrivée… Je ne pourrai rien y faire… Pour mes états de service, j'ai défait des Pirates, des Juges, un Conseil ne me fait pas peur. Je l'avais redouté, mais en réalité, je me fous de vous tous ! Vous avez plus de galons, d'étoiles, tous réunis, que moi seul, mais je retourne dans la mer d'étoiles, là où sont mes combats, ma vie, ma mort. Et vous n'en aurez rien à battre, sinon une ligne dans un registre, virtuel ou non ! Je me casse, un point c'est tout ! Et ne convoquez plus jamais, je suis simplement l'Amiral de la Flotte de la République Indépendante, et mon père est un Pirate !

Alérian martela le pupitre de sa Baguette encore ensanglantée.

- Je vais rentrer faire mon boulot, ce que je fais depuis vingt ans. Et je me fiche de vos avis ! Adieu !

Et tournant les talons, le jeune homme se retira.

- Arrêtez-moi, ou laissez-moi, mais je ne suivrai que ma destinée !

Et sans attendre aucune réponse, Alérian poursuivit son cheminement – mais à sa propre surprise, aucun garde et encore moins de menottes ne l'accueillirent à sa sortie !


Les enfants de Chalandra apportant les saladiers de crudités, Alérian et Warius levèrent leurs verres, trinquant avant la superbe rousse et le maître de maison.

Et la jeune femme rousse inclina la tête en assentiment du toast.

Bien après le dernier barbecue de l'été, Alérian avait retrouvé sa chambre de visite pour sa nuit avant de repartir sur son Destroyer.

- Une limonade, papa ? Rien de bien Pirate, j'avoue… Mais je n'ai pas mis la main sur ta réserve de red bourbon !

- Comme si, même toi, pouffa Albator en sortant une bouteille d'une niche dans le mur ! Vas-y, fais glisser les glaçons, Alie, je te sers !

En fils obéissant, Alérian fit jaillir les glaçons du grand réservoir à apéritif, puis tendit son verre pour qu'on le lui remplisse.

- Tu as été fou à lier, et exemplaire à ce que j'attendais, commenta Warius, lui aussi présent en cette fin de journée et d'affrontements éprouvants pour Alérian.

- A votre santé

- Tu as quand même pris un risque insensé, Alie, reprit son père Le ton sur lequel tu as parlé à tous ces pontes du Conseil de l'Alliance…

- Mes propos ont dépassé ma pensée, admit le jeune homme à la crinière de neige J'avais bien préparé ma défense, mais la moutarde m'est montée au nez.

- On aurait été à cran après cette agression, reconnut aussi Warius.

- L'enquête progresse ? interrogea Albator.

- Non, l'autopsie est toujours en cours. Je serai tenu au courant pour le futur. Mais sans indices, cela risque d'être mission impossible que d'identifier le commanditaire.

- On trouvera, le rassura encore son père. Nous allons tous repartir pour la mer d'étoiles, notre élément. C'est là que tu seras le plus en sécurité, mon grand chéri.

- Merci, papa.

Warius posa la main sur l'épaule du grand brun balafré.

- Je crois que nous avons tous grand besoin de repos. Demain sera une journée encore chargée.

- Et mon vol de Mission n'est pas fini, rappela Alérian. Mais usant de mon privilège d'Amiral, je me suis octroyé quelques jours de repos en famille, car j'ai vraiment cru que tout allait s'arrêter pour moi face à Lovisthar puis devant le Conseil.

Machinalement, le jeune homme caressa les perles de son nouveau collier protecteur, pouvant presque percevoir le pouvoir qu'il renfermait !

Et il sourit, avant de mettre son père et son ami dehors pour aller se débarbouiller puis se glisser sous sa couette !