Chapitre 4
Arrivé à la boite aux lettres, le Geek l'ouvrit et récupéra tout le courrier qu'elle contenait. En vérifiant les lettres une par une pour jeter les publicités, il regardait l'expéditeur de chacune des lettres et ne fut pas surpris de constater que en plus des factures d'électricité et de gaz il y avait des factures de soins médicaux et paramédicaux.
Cela faisait des années maintenant que le Hippie était suivi par des soignants. Ils étaient nombreux : kinésithérapeutes, ergothérapeutes, psychomotriciens, orthophonistes, orthoptistes, neurologues… Toutes ces personnes aux noms plus barbares les uns que les autres tentaient d'améliorer son quotidien, leur quotidien.
Ils coûtaient un bras à Mathieu et au Patron qui travaillaient comme des fous pour subvenir à leurs besoins.
Régulièrement toutes ces personnes se réunissaient avec l'un des membres de la famille pour aborder le sujet épineux de l'avenir de leur frère. A chaque fois c'était une épreuve pour le Patron et pour Mathieu qui y allaient ensemble. Passer une heure à entendre que leur frère ne progressait pas ou très peu, qu'il avait de plus en plus de troubles sociaux et que ses angoisses ne diminuaient pas les atteignaient au fond de leur être.
Cependant depuis plusieurs séances ils rentraient plus exténués et déprimés encore que d'habitude. En effet le Hippie, ayant atteint la vingtaine, les projets d'avenir prenaient une part de plus en plus importante dans ces réunions et le pessimisme à peine dissimulé des professionnels de santé leur pesait énormément.
Ils étaient passés en quelques années d'un discours optimiste : « Votre frère pourra probablement travailler plus tard, nous faisons tout notre possible pour qu'il puisse avoir une vie d'adulte autonome plus tard » à un discours beaucoup plus dur : « Il ne pourra certainement jamais travailler ».
A chaque fois Mathieu rentrait en pleurs suivit d'un Patron rongé par l'angoisse.
Ils essayaient de nous expliquer ce qui avait été dit mais j'ai très vite compris qu'ils ne nous disaient pas tout de la violence de ce qu'ils devaient endurer à chaque fois. Ils se contentaient de nous faire un petit résumé de quelques phrases mais le regard de Mathieu parlait beaucoup plus que ses mots.
