Chapitre 6 :
La Fille regardait son frère hippie. Il était affalé paisiblement devant la télé depuis des heures. Il avait à peine esquissé un mouvement. Elle commençait réellement à se demander s'il faisait attention à ce qu'il regardait où s'il fixait juste l'écran sans le voir.
Cela faisait quelques jours déjà qu'il prenait les médicaments (/drogues) que leurs conseillaient les médecins depuis des années mais qu'ils s'obstinaient à refuser de peur de « perdre leur frère » et c'était désormais chose faite.
Après de longues heures de violentes disputes entre Mathieu et le Patron, ce dernier avait fini par céder en acceptant d'essayer les médicaments.
Le résultat est que maintenant ils avaient un frère beaucoup plus calme. Ses crises de paniques, ses moments de joie et d'affections n'existaient presque plus et ses crises d'agressivités s'étaient envolées. Il ne réagissait plus à rien. Il était devenu une sorte de coquille vide qui ne prenait plus aucune initiative et qui se contentait de suivre sans jamais broncher.
L'aspect positif est qu'il était beaucoup plus facile à gérer. Fini les violentes crises d'insultes où il fallait en venir aux mains pour le canaliser, fini les crises d'angoisses dès que ça sentait la fumée. Les médecins se félicitaient de cette « avancée » comme ils disaient, mais ce calme plat qu'ils vivaient à présent l'oppressait terriblement. La personne à côté d'elle n'était plus son frère, ce dernier n'était plus que l'ombre de lui-même.
Il fallait donc choisir entre un enfant de 4 ans dans le corps d'un jeune adulte et un drogué…
Ce serait mentir que d'affirmer qu'elle préférait toujours le Hippie surexcité, elle appréciait le fait de pouvoir avoir enfin une vie de sœur un peu plus « normale », mais quelque chose lui tordait les tripes : un profond sentiment de culpabilité de retirer toute envie de vivre à son frère.
Elle caressa tendrement sa main tout en laissant couler une larme sur sa joue en entendant Mathieu et le Patron se disputer dans la cuisine.
