Bonsoir tout le monde !
Voilà, sans plus attendre, la suite des aventures d'Elisabeth. Je suis désolée pour tout mon retard, j'avais les idées, l'inspiration, et parfois même le temps mais...Des difficultés à m'y mettre, à écrire comme je le voulais. Je vais tâcher de retravailler cette histoire que j'adore, et de poster tous les 15 jours un peu près. J'espère que ça vous plaira.
La Carotte : Merci pour ta review, ça fait très plaisir ! J'espère que cette suite te plaira et que je ne t'ai pas fait trop attendre. Sache que c'est ta review qui m'a motivé à m'y remettre. Alors, merci encore
Octobre 1788, Londres
- Et donc, si j'ajoute trois gouttes d'ammoniac à la solution, un nuage de fumée devrait apparaître au dessus du tube à essai.
Bafouillant ces quelques mots à travers le masque de fortune qui me recouvre le visage, je ne réalise pas que je suis en train de parler toute seule. Mais qu'importe, de toute façon. Les autres jeunes de mon âge m'appellent déjà "la folle", voir même "la tarée", à cause de..."L'originalité de mon caractère", selon les propres termes de James. Ca me blesse de la part de mes camarades, et m'énerve de celle de mon vieux majordome. Devant eux, je fais bien sûr mine de ne pas y porter attention, mais cela ne m'est pas réellement si facile de me sentir différente.
Je m'appelle Elisabeth -certainement le prénom le plus commun en Angleterre- et je vais sur mes 16 ans, l'âge de l'insouciance, des premiers amours, des amitiés inséparables. Alors pourquoi rien de ma vie ne correspond à cela ? Pourquoi ne suis-je pas une fille commune, une fofolle un peu niaise courant après les beaux garçons ? Peut-être parce que les garçons ne sont pas beaux, et encore moins intelligents. Enfin, on ne peut pas leur reprocher ce dont la Terre entière manque cruellement. Ah oui, c'est cela dont me parlait Edward : je serai apparemment quelqu'un d'orgueilleux. Un trait que j'aurai hérité en parti de mon père.
Père. Cela fait sept ans maintenant. Sept ans qu'il n'est plus là chaque jour, dans les petits instants et les grands moments de ma vie. Sept ans. Quand je me le dis, j'ai du mal à le réaliser. Sept ans, c'est énorme pour une fille de seize. Presque la moitié du temps que j'ai passé dans ce bas monde. Ainsi, on pourrait s'imaginer que l'image du Maitre des Templiers s'est peu à peu effilée dans ma mémoire, pour n'être plus qu'un lointain souvenir perdu dans l'ombre. Mais il n'en est rien. Sept ans, ce n'est rien pour un cœur détruit qui réclame vengeance. Vengeance contre Connor qui m'a arraché tout ce que j'avais de plus important au monde.
Car Père me manque. Bien plus que tout ce que mon orgueil me laisse admettre en public. Je revois la douceur dans son regard, la gentillesse dans ses attentions à mon égard. J'entends encore son rire éclater dans mes oreilles, je revois ce grand homme avec son bicorne et sa grande cape. Comment un être pareil a t-il donc pu mourir ? Comment ?
Je rêve de ce jour où je pourrai me retrouver face à Connor. De ce que je sais, ce monstre se trouve toujours aux Etats-Unis, où je compte retourner dès que j'aurai atteint ma majorité. D'ici là, je consacre un soin exemplaire à tout exercice capable de me donner un quelconque avantage en vu de ma confrontation avec mon demi-frère. Le duel à l'épée -auquel m'initie clandestinement Edward derrière le dos de ma tante-, l'équitation et, surtout, la chimie, mon domaine de prédilection. En cela, je peux remercier chaleureusement James, le premier à m'avoir offert un livre d'explication sur les bases fondamentales de cette science. Depuis, on ne m'arrête plus. Cela fait ainsi deux ans que ma chambre s'est remplie de très nombreux tubes à essais, erlenmeyers et autres instruments de verrerie, ainsi que de produits plus ou moins inquiétants.
Alors que j'ajoute les trois goutte d'ammoniac en question, une subite explosion retentit entre mes mains. Je ne sursaute pas car je m'y attendais. Tout comme au nuage de fumée épais qui se forme juste à la hauteur de mon menton. Si ce vulgaire morceau de chiffon n'était pas lié sur ma bouche et mon nez, on pourrait voir un large sourire éclairer mon visage.
- Qu'est-ce que tu fais ma grande ?
Edward. Ne lui ai-je pourtant pas dit de ne pas me déranger le temps que je finisse cette expérience ?! Toujours là quand il ne le faut pas, apparemment !
- COUVRE-TOI ! Je lui hurle littéralement, la voix obstruée par le morceau de tissu sur ma bouche.
- Je te demande pardon ? Me demande en retour le templier, ne comprenant pas l'enjeu de la situation.
- TOXIQUE ! Je m'époumone de nouveau, prononçant le premier mot qui me vient à l'esprit pour ne pas perdre de temps.
Edward comprend soudain et porte sa manche à sa bouche pour se protéger comme il le peut, tout en se bouchant le nez de l'autre. Son regard semble se remplir d'incompréhension, peut-être un peu de colère aussi, alors qu'il me dévisage intensément.
- Tu peux m'expliquer ce que c'est que ça ? Me questionne t-il alors avec difficulté, la bouche obstruée.
- Un nuage de fumée toxique ? Je réponds comme une évidence, bien qu'un faux air de doute pointe sur mon visage.
J'entends malgré tout mon protecteur soupirer. La situation immédiate ne semble pas trop lui plaire. Pour éviter de me diriger vers un conflit ouvert, je préfère me lever de la chaise sur laquelle je m'étais assise et me dirige vers la fenêtre de ma chambre pour l'ouvrir. Puis, à l'aide de larges gestes en direction du dehors, je fais évacuer la fumée qui s'était accumulée près de moi, laisse pénétrer l'air frais avant de la refermer d'un mouvement vif. C'est ce moment là que choisit le templier pour reprendre la parole, visiblement énervé :
- Elisabeth ! Ta tante et moi t'avons déjà dit de ne pas t'adonner à des expériences dangereuses, et encore moins dans ta chambre ! Je ne comprends même pas...
- Mais Edward ! Je réplique, l'enthousiasme me gagnant peu à peu. Je viens de mettre au point une bombe !
-...Que l'on puisse te laisser faire ça avec tes problèmes de santé. Conclut mon protecteur.
Apparemment, la joie occasionnée par mon succès chimique n'est pas communicative. Je viens pourtant de créer un truc génial, digne des découvertes de Lavoisier ! Antoine Lavoisier...Dieu sait que cet homme est un génie. Je l'adore. Mon plus grand rêve -après devenir Grand Maitre de l'Ordre et tuer Connor, bien sûr- serait de faire la connaissance de ce chimiste que j'admire. C'est d'ailleurs en vue de cette rencontre improbable que je note mentalement de conserver quelque part dans un coin de ma tête cette "recette" de bombe. Peut-être cela pourrait-il intéresser le maitre chimiste.
Mais pour l'instant, ce n'est pas Lavoisier que j'ai en face de moi, sinon Edward. Un Edward fulminant, d'ailleurs. Devant une telle situation, je sens bien vite mon enthousiasme redescendre, et je choisi de jouer la carte du regret, pour espérer l'apaiser. Mais le templier ne me laisse pas le temps d'ouvrir la bouche, enchainant immédiatement :
- Que je t'entraine au combat rapproché est une chose. Je peux m'assurer de ton bon état physique et tout arrêter si je constate que tu te fatigues. Mais ta tante -et moi-même au passage- t'avons déjà expliqué que l'utilisation de produits chimiques t'abimaient les poumons plus qu'ils ne l'étaient déjà. Ce n'est pas ce que tu veux, hein ?
Mes poumons, toujours mes poumons ! Cela commence à me faire suer, à la fin ! Je ne peux rien faire, je ne peux pas courir sans qu'Edward me supervise, je ne peux pas m'adonner à mes chères expériences, sous le seul prétexte que...J'ai le souffle un peu court, pour le dire ainsi. Pour une raison que les médecins ne comprennent pas, j'ai une fâcheuse tendance à m'essouffler très rapidement, voire à peiner à respirer dans certaines occasions. Rien de grave, n'est-ce pas ? Alors pourquoi tout le monde s'acharne t-il donc à me surprotéger à cause de ça ? J'en ai marre, plus que marre !
C'est au tour de ma résolution de calmer mon vis-à-vis de disparaître. Je déteste lorsqu'il emploie ces mots, cette façon de parler. Je ne supporte pas qu'il prenne ce rôle face à moi, et il le sait. C'est pourquoi je ne me retiens pas de lui lancer, un accent de hargne dans la voix :
- Tu n'as rien à me dire. Tu n'es pas mon père.
Bien sûr, comme on peut aisément l'imaginer, ces mots eurent un effet glacial sur notre conversation. Lentement, mais sûrement, je vis le visage du jeune homme se décomposer, partagé entre colère de mon insolence et tristesse face à cette mise à distance. Je remarque très vite qu'il ne sait pas comment réagir. Je prends alors une grande et laborieuse respiration -comme si le nuage de fumée présent précédemment avait contrarié mes voies respiratoires- et referme la fenêtre derrière moi. Ces quelques secondes me permettent de réaliser combien ma réflexion était stupide, mais il est trop tard et je ne peux pas revenir en arrière. Je ne peux que regarder, soudainement désolée, le visage rendu pâle d'Edward. J'ai comme l'impression de revivre une scène, sept ans plus tôt.
- Je...Je ne suis pas ton père. Me réplique à voix basse le Templier, le regard dans le vague. Mais au moins puis-je essayer d'être un ami.
Et sur ceux, il tourne les talons et me laisse seule avec moi-même pour ranger mes tubes à essais.
- Le dernier spectacle de Lady Mysteria ! A ne pas manquer : notre numéro spécial !
Les cris du jeune garçon vendeur de journaux sont entêtants tant ils sont répétitifs. Les gens autour de lui passent sans lui prêter la moindre intention, comme s'il faisait partie intégrante du paysage urbain. Je n'aime pas cette idée. Ce petit -qui doit avoir trois ou quatre ans de moins que moi- est un être à part entière, il est lui avant d'être un vendeur de journaux. Pourtant, personne ne parait y songer. Il n'y a que moi qui, assise sur le rebord du trottoir d'en face, m'amuse à regarder les passants dans la rue, ainsi que ce petit gars à dix mètres de moi.
Je glisse la main dans la poche de mon manteau. J'ai une livre sur moi, soit largement de quoi me payer l'exemplaire d'un journal. Je me lève donc d'un bon, et en quelques grandes enjambées, m'approche du garçon. Pas que ce qu'il vende m'intéresse fondamentalement, mais ce pauvre gringalet semble tellement désespéré de se faire quelques clients parmi tous ces gens qui l'ignorent, que j'espère simplement lui faire plaisir.
- Bonjour. Puis-je vous acheter un journal, s'il vous plait ? Je lui demande poliment avec un léger sourire.
- Bien sûr, ma chère demoiselle. Me répond-il en détournant le regard.
Je paie et alors qu'il s'apprête à me rendre la monnaie, je lève ma main pour lui faire comprendre de ne pas s'embêter avec ça. Après tout, ce ne sont pas quelques shillings qui vont me manquer, alors que ce bonhomme semble en avoir plus besoin que moi. Puis, faisant fi des pommettes rougies du vendeur, je m'écarte et reprend lentement le chemin de la maison. Tout en marchant, j'ouvre le morceau de papier un peu au hasard et me plait à en parcourir les titres.
Je souris. Que j'aime être ainsi titubant dans les rues, libre d'aller où bon me plait et d'observer ce qui m'intéresse ! Tante Jennifer déteste ces escapades, en ce qu'elle craint toujours qu'on tente de me faire du mal en qualité de...De fille de mon père. Cela me fait une belle jambe, et personnellement, je ne partage pas ces peurs. Qu'ils essaient donc de m'attaquer, ces assassins à la noix, et je leur apprendrai de quoi il en retourne ! Cependant, je doute même qu'ils sachent que j'existe.
Mais soudain, mon regard tombe sur quelques lignes qui m'intéressent tout particulièrement. Et pour cause, dans un coin du papier, écrit en caractères relativement petits, s'étale un article sur ce qui est nommé "La banqueroute fatale de la France". J'ignorais que ce pays se trouvât alors en crise. Intriguée, je parcours l'article en question et découvre que le roi français -Louis XVI- a nommé un nouveau directeur général du trésor royal : un certain Jacques Necker. Malgré moi, je songe un instant aux sages paroles que James prononça un jour en ma présence comme quoi toute crise financière importante avait la mauvaise habitude de se finir en émeute. En un sens, cette possibilité me semble tout à fait regrettable, mais en un autre, je ne peux m'empêcher de...De sentir une montée d'adrénaline à l'idée d'une révolte.
Calme-toi, Elisabeth. Je me dis en soupirant. Aucune révolte n'a encore éclatée, et rien ne dit qu'il en éclatera une. Et puis... Quand bien même ce serait le cas, tu es ici, à Londres, et non en France.
Je me fais donc une mission de ranger cette information en un coin de ma tête alors que je pousse d'un air distrait la porte d'entrée de chez ma tante.
Du potiron. Encore et toujours du potiron. A croire que James ne sait pas trop quoi cuisiner d'autre en ce moment, ou bien que Jennifer traverse une période d'adoration de la soupe au potiron. Ce n'est pas mon cas, pour ma part, raison pour laquelle je tourne ma cuillère dans mon potage d'un air absent, sans toutefois le porter à mes lèvres.
- Avez-vous vu Madame, s'empresse de demander Edward à ma tante, que l'exposition de ce peintre que vous aimez tant va toucher à sa fin ? Il serait peut-être temps d'y aller, si vous ne voulez pas la louper.
- En effet. Remarque platement Jennifer tout en mangeant. Nous pourrions y aller...Samedi prochain, par exemple. Cela te conviendrait-il, Elisabeth ?
Sa question, quoi que tout à fait banale, me tire si violemment de mes songes que je ne peux m'empêcher de sursauter.
- Ah, heu...moi ? Je bafouille, gênée comme si l'on avait pu lire dans les pensées qui occupaient mon cerveau. Et bien...Oui, bien sûr, ma tante.
- Et bien soit, samedi prochain, alors. Conclut Jennifer d'un ton sans appel.
Un long silence suivit ces paroles, comme si plus personne n'avait rien à se dire. Ce qui n'est pas tout à fait vrai, en faite. J'ai quelque chose à dire, moi, mais je ne sais pas comment m'y prendre. Cela fait maintenant longtemps que j'y pense, et j'imagine que c'est le moment rêvé pour aborder enfin le sujet. Mais ce dernier est tellement délicat que je ne sais comment en parler sans jeter un vent ou pire, me heurter à un refus. Je sais bien que ma chère tante déteste tout ce qui a attrait à cet univers, autant dire que ce n'est pas gagné.
- Excusez-moi ma tante, je voulais...Je voulais vous parler de quelque chose. Je commence, l'air peu à l'aise, le regard rivé sur mon potage.
Ma gêne semble surprendre Jennifer Scott, qui me regarde en haussant un sourcil. Cependant, elle ne tarde pas à répondre :
- Bien sûr, tu sais que tu peux me parler, ma grande. Je t'écoute.
- C'est que...
Bon, je n'ai plus le choix, ça doit sortir. Je respire donc profondément une fois, deux fois, ce qui a le mérite d'attirer un regard inquiet de la part d'Edward -toujours inquiet pour ma santé-, et me lance finalement, la voix mal assurée :
- C'est que...Il y a six ans, alors que j'arrivais chez vous, vous...Vous m'aviez dit que nous considérerions la possibilité que je m'entraine pour devenir templière lorsque j'atteindrais mes seize ans. Or...Cela sera dans quelques mois, et je voulais vous demander...
Je ne sais plus quoi dire, ou plutôt comment dire ce que j'ai en tête sans bégayer, sans me répéter ou devenir toute rouge, aussi je préfère m'arrêter. J'ai alors tout le loisir de plonger mon regard sur le visage de ma tante, et d'admirer le reflet de ce qui se passe en elle. Et apparemment, ce n'est rien de bon, à en juger par ses traits tendus à l'extrême.
- Ma chérie...Commence t-elle.
Très mal parti pour moi. Ma tante use si peu de ce surnom que cet emploi ne me laisse rien imaginer de bon.
- Ma chérie, tu sais que je comprends tes motivations mais... Mais tes problèmes de santé ne te le permettent pas. Tu ne pourrais pas supporter un tel entrainement. Et puis...Pourquoi s'acharner dans cette direction ? Tu es une jeune fille intelligente, tu pourrais faire tellement de belles choses ! Te trouver un mari de bonne compagnie, t'établir dans la bourgeoisie...
C'est à mon tour d'avoir les traits tirés. Je n'en reviens pas. Qu'est-elle en train de me dire ? Mais...Ce n'était pas ce qui était convenu entre nous. J'ai soudainement l'impression que ma tante m'a trahi, qu'elle m'a manipulé depuis le début et que ces mots ne sont que des excuses pour justifier un refus douloureux. Elle ne veut pas. Elle ne veut pas que je devienne une templière, comme mon père. Mais de quelle droit ?! Comment peut-elle...?!
Je me lève alors de mon siège, assez violemment pour secouer la table, et renverse mon potage dans ce mouvement. Qu'importe ! J'aimerai crier la rage, l'injustice qui me sert la gorge, mais rien ne vient, hormis de larmes de colère. Je choisis donc de laisser Jennifer et Edward, abasourdis devant ma réaction, et grimpe comme un fauve jusqu'à ma chambre. De mon pied, je claque la porte derrière moi avant de me jeter sur mon lit et d'enfouir la tête dans mon oreiller. Je cris enfin, de colère et d'amertume.
Tout ce que j'avais se résumait à un nom. On me l'a arraché. Ma seule possibilité de le retrouver en devenant comme lui, on me l'arrache aussi, maintenant !
Dans ma colère gigantesque, je finis par remarquer un détail. La fenêtre de ma chambre est ouverte, sûrement laissée ainsi par James après avoir fini le ménage.
Mon issue pour la liberté.
Voili voilou ! Au prochain chapitre, l'apparition d'un personnage que tout joueur d'Assassin's Creed connaît, de près ou de loin. Je m'y attèlerai dès ce week-end, pour éviter de vous faire attendre.
D'ici là, lâchez une petite review, c'est toujours cool.
Bisous !
