Bonsoir tout le monde,
Un peu plus rapide que prévu, je vous poste la suite des aventures d'Elisabeth !
Ce chapitre est un peu plus long que les précédents. J'ignore si je garderai cette taille pour les chapitres qui suivront, cela dépendra de mon inspiration (même si là, nous entrons dans le cœur de l'histoire et ce qui m'enthousiasme le plus ahah !)
J'espère que ce chapitre 6 vous plaira et qu'il ne présentera pas trop de fautes. On se retrouve en bas.
Octobre 1788
L'automne est déjà arrivé depuis quelques semaines, et les fraiches nuits d'été ont bien vite laissés place à une obscurité glaciale qui, alors que je regarde fixement la fenêtre, me donne la chair de poule. Mais cela, je ne le remarque que quelques secondes plus tard, absorbée que je le suis par de profonds élans de liberté et d'aventure. Mes rêves sont là, à porté de ma main, si seulement...Si seulement j'osais franchir cette fenêtre, dernier rempart entre eux et moi ! Mais...Cela signifierait abandonner Jennifer, James et Edward, ma seule et unique famille, tout en leur désobéissant. Les plus beaux idéaux du monde justifieraient-ils une telle action ? Je n'en sais rien.
Dois-je choisir la moralité et rester auprès des miens, ou bien préférer mes rêves au péril du reste ?
Face à ce choix cornélien, je tente difficilement de faire appel aux souvenirs qu'il me reste de mon père. Qu'aurait-il fait ? Encore une fois, je n'en sais rien. Que penserait-il de moi ? Cautionnerait-il mon choix ?
C'est au moment où je me pose cette question que je me rends compte que ma décision est déjà prise depuis longtemps et que malgré moi, ce dilemme n'était là que pour me donner bonne conscience. J'ai toujours eu l'aventure dans les veines, et aujourd'hui que je peux enfin m'accomplir pleinement, il est hors de question que je laisse passer cette chance. Je vous demande pardon Jennifer, Edward, ainsi que James, mais c'est plus fort que moi. Il existe en mon for intérieur une entité bien plus forte que ma moralité, et cette entité, je crois que c'est ma volonté.
Je me lève donc avec une certaine lenteur, de peur que ma précipitation ameute les autres habitants de la maisonnée. Et puis...Je n'ai pas envie de précipiter les choses. Je me dirige donc vers mon armoire, et en sort avec précaution un vieux sac rapiécé : ce même sac que mon père me donna six ans auparavant au moment de fuir l'Amérique. Il me semble symboliquement important de le prendre , comme pour me donner du courage dans cette entreprise difficile. Sans grande hésitation, je glisse quelques vêtements dedans, ainsi qu'un carnet et un crayon. Ne me souciant même pas d'y ajouter un petit peu d'argent, je le mets sur mon épaule et m'approche de la fenêtre. Un pied, puis un autre, et me voilà sur son rebord extérieur, en équilibre à quelques trois mètres de hauteur.
J'ai toujours eu le vertige. Bien sûr, je ne m'en souviens qu'à ce moment précis où tout semble se confondre autour de moi, le sol m'attirant irrésistiblement dans une chute que je peine à retenir. Me retenant d'une main tremblante aux volets de ce qui sera bientôt mon ancienne chambre, je tente un peu latéral dans l'espoir de marcher précairement sur un renfoncement du mur et me déplacer ainsi jusqu'au hangar le plus proche. Cependant, je n'ai pas le temps d'essayer que mon pied dérape et que je fais le saut de l'ange.
La croyance populaire dit que les chats retombent toujours sur leurs pattes. Dans ce cas, je suis un chat. A la différence près que pour moi, mes jambes encaissent moins bien le choc que les pattes d'un de ces félins. Ainsi, alors que je m'imagine assez agile pour me sortir sans mal de cette petite cascade, je sens ma cheville droite craquer sous mon poids et mes genoux fléchir vers le pavé. L'instant suivant, je suis obligé de me retenir avec mes mains pour que mon visage ne heurte pas le sol.
Cependant, ma crainte que le bruit de ma chute n'ameute quelque me ramenant bien vite à moi, je tente tant bien que mal de faire fi de la douleur qui me lance au pied et me relève en vitesse avant de clopiner, misérablement mais le plus vite possible, jusqu'à une petite ruelle adjacente. Cachée dans l'obscurité, j'en profite pour jeter un dernier coup d'œil à la maison de ma tante ainsi qu'à la lumière que j'ai laissée allumée dans ma chambre. Bientôt, d'ici un quart d'heure peut-être, on remarquera mon absence. J'ai donc un quart d'heure pour trouver ce que je vais faire. Je sens alors une pointe de regret apparaître dans mon cœur, très vite étouffée par cette constatation :
Je suis libre. Libre de devenir templière et d'accomplir mes rêves.
Bon, je dois bien reconnaître que j'ai vite déchanté. Dix minutes plus tard, je fus tenté de faire le chemin inverse pour rentrer chez moi et tout abandonner. Mais comment faire maintenant que tout le monde avait peut-être constaté mon départ ? Non, je n'avais plus le choix. Et puis, ce n'était pas comme si j'avais peur. La fille de Master Kenway n'a jamais peur.
Cependant, je dois bien avouer que dans cette ruelle sombre et un peu lugubre, alors que mes pas m'ont menés bien loin de mon ancien chez-moi, je ne suis pas parfaitement à l'aise. En faite, pour combler un peu le silence qui m'angoisse de plus en plus, je me laisse même aller à chantonner quelques notes, ce qui ne fait que me renvoyer en écho ma propre solitude. A un moment, je crois bien apercevoir une ombre sur le toit d'une bâtisse, mais un battement de paupières plus tard, tout a disparu. J'en conclu que j'ai du rêver.
Je marche donc, sans trop savoir où je vais, ni ce que j'y fais. J'avais espéré dans les premiers moments rencontré un homme qui m'aurait emmenée dans une grande aventure, mais non. Tout cela, ce n'est que dans les livres. Bon Dieu, mais quelle idée ais-je donc eu ?
Soudain, ce n'est plus une ombre sur un toit qu'il me semble apercevoir, mais un homme avançant vers moi de l'autre côté de la ruelle. Mais contrairement à mon apparition imaginaire quelques minutes auparavant, cet individu est parfaitement réel et bien moins...Elégant. En effet, à en juger par son allure courbé et le bruit de régurgitation qui me parvient aux oreilles, j'en conclus que mon vis-à-vis ne doit pas être tout à fait sobre. M'a t-il remarqué ? J'en doute, ou du moins il ne prête aucune attention à moi. Malgré tout, je préfère ne pas trop m'avancer, de peur de faire une mauvaise rencontre, et demeure debout au beau milieu de la ruelle, ne sachant plus trop si je dois avancer ou reculer, à une vingtaine de mètres de mon homme.
Je n'ai guère le temps de m'adonner davantage à mes réflexions qu'un bruit étrange, comme un froissement perçant l'air, parvient à mes oreilles. L'instant d'après, je ne peux que remarquer que mon ivrogne est allongé face contre terre, un homme venant de tomber -apparemment du toit- sur sa personne. Une flaque de sang ne tarde pas à s'étaler sous son corps, et je comprends bien vite qu'il ne s'agit plus que d'un cadavre.
Je suis sous le choc. Qu'est-ce que je suis censée faire, au juste ? J'avais demandé de l'aventure, pas ça ! Pas un meurtre glauque dans une ruelle en pleine nuit !
Je veux fuir, mais mes jambes tremblantes refusent de bouger. Je veux retenir ma respiration, pour espérer demeurer discrète aux yeux du meurtrier, mais j'ai l'impression que l'on n'entend que moi. Je veux finalement crier à l'aide, mais à peine ais-je ouvert la bouche qu'une masse me plaque contre le pavé, m'empêchant de prononcer le moindre mot en bloquant ma bouche de sa main gantée.
- On se tait. Me déclare platement mon agresseur, la voix étrangement calme.
Maintenant que son visage est à une vingtaine de centimètres du mien, je peux parfaitement voir les traits du meurtrier de l'ivrogne. Il s'agit d'un homme, peut-être d'une cinquantaine d'années, aux cheveux noirs courts regroupés en une petite queue de cheval. Ses yeux, d'un vert intense, me clouent sur place, tant que même s'il ne me maintenait pas au sol de tout son poids, je n'aurais tout de même pas la force de bouger.
- Tu vas te taire. Me répète t-il avec un léger sourire condescendant. Sinon je serais obligé de te tuer.
Dans un geste pour montrer à mon agresseur que je me rends à ses conditions, je lève les deux mains au niveau de ma tête, la paume vers le ciel. Cela fonctionne car lentement, avec milles précautions, l'homme en question retire sa main de sur ma bouche, sans pour autant se relever. Il ne faudrait pas que je puisse lui échapper, tout de même !
- Qui êtes-vous ? Je lâche presque immédiatement dans un chuchotement.
Ma propre voix me surprend, je ne me pensais pas capable de tant de sérénité dans une pareille situation. Ma question, quant à elle, fait sourire mon vis-à-vis d'un sourire tout aussi amusé que contraint.
- Dire son nom a quelqu'un est lui donner un avantage, et je ne compte pas t'en donner un pareil. Me répond t-il poliment mais un peu froidement.
- Vous ne connaissez pas le mien non plus. Je fais remarquer pragmatiquement. Alors personne n'a l'avantage.
- Hormis si l'on omet que tu es à ma merci. Rétorque à son tour le meurtrier avec un sourire.
Un long silence s'ensuit à ses paroles. Je réalise soudain que ma vie menace de se terminer d'un instant à l'autre, ce que je ne peux considérer sans sentir mon cœur s'étreindre. Mon courage peine à garder le dessus, et c'est avec beaucoup de difficulté que je garde mon regard ancré dans celui de mon adversaire, lui adressant un petit sourire. Je suis sur le point de lui répondre -de lui répondre quoi, d'ailleurs ? Je ne sais pas vraiment-, quand un rayon de lune vient se refléter sur quelque chose à son poignet. Intriguée, je ne peux m'empêcher d'y jeter un regard qui aurait pu rester discret si je n'avais pas poussé un petit cri l'instant suivant.
- Une lame secrète ! Je m'écrie, mon visage perdant toute couleur à cette constatation.
Prise soudainement d'une peur qui me glace le sang, je ne remarque pas le regard surpris de mon agresseur. Je n'ai qu'une seule idée en tête : me défaire au plus vite de cet homme avant qu'il ne me tue ! Car il me tuera ! S'il a une lame secrète, c'est qu'il est un Assassin, et je suis bien placé pour savoir que ces monstres n'ont aucune pitié. L'image de mon père me revient alors. Même si j'ignore tout des circonstances exactes dans lesquelles il a trouvé la mort, je peux aisément m'imaginer qu'elles n'étaient pas extrêmement différentes de celles que je vis actuellement.
- D'où sais-tu cela ? S'exclame soudain l'homme, toujours sur moi. D'où connais-tu ce nom ?
Si je réponds que je suis la fille de l'ancien Grand Maitre de l'Ordre, je me fais tuer. Si je refuse de répondre, cela serait suspect. A défaut d'autre idée, et ne trouvant pas de mensonge assez cohérent pour demeurer crédible, je décide de jouer la carte de l'audace. Cela ne me changera pas trop de d'habitude et avait parut plaire à mon agresseur. Grace à ce dernier point, j'espère pouvoir garder la vie sauve.
- Vous me posez une question tout en refusant de répondre à la mienne. Ce n'est pas trop poli. Je fais remarquer d'un ton aussi doux que cordial.
Le meurtrier lève les yeux au ciel dans une attitude tout ce qu'il y a de plus comique. Puis, il focalise de nouveau son attention sur moi, et voyant que je ne compte pas reprendre la parole, pousse un soupir avant de répondre :
- Shay Patrick Cormac. C'est mon nom. A toi maintenant de me dire ce que tu sais sur cette lame secrète.
Je souris, malgré moi. J'en oublierai presque que je suis en position de faiblesse, sur le point de me faire assassiner ! A l'instant présent, je ne considère que ma victoire sur celui qui vient de se présenter comme M. Cormac. Trop heureuse que mon obstination ait porté ses fruits, je réponds à mon tour, non sans quelques hésitations.
- Mon père en avait une pareille.
Mon agresseur semble aller de surprise en surprise. Ma révélation semble le déconcerter et pour cause ; n'importe qui n'a pas une lame secrète ! Cette simple remarque veut forcément dire que je suis soit la descendante d'un Assassin, soit d'un Templier. Et apparemment, M. Cormac n'arrive pas à trancher.
- Qui est ton père ? Me demande t-il immédiatement pour dissiper ses doutes.
Mon sourire s'accentue : l'occasion est trop belle !
- Une question contre une question. Je crois que c'est ce que nous avons commencé à faire, non ? Je lui demande, l'air faussement naïf.
Le meurtrier soupire de nouveau, puis fait un geste de la main pour me faire comprendre qu'il accepte mon marché. Je ne me le fais pas dire deux fois.
- Qui était cet homme ? Je questionne en faisant un signe du menton en direction du cadavre un peu plus loin.
A ces mots, M. Cormac a une moue dégoûtée. Presque automatiquement, d'une manière un peu pressée, il s'empresse de me répondre :
- Un Assassin que j'avais pour mission de supprimer.
- Vous voulez dire que vous êtes un Templier ?!
L'instant suivant, je me mords les lèvres. Quelle idée j'ai eu de parler si vite ! Mais maintenant, il est trop tard. J'ai abattu toutes mes cartes sur la table ; me tirer d'une pareille situation devient de plus en plus compliqué. M. Cormac, lui, est de plus en plus incrédule. Je ne remarque d'ailleurs même pas que sa main, et donc la lame secrète, s'est écartée de ma gorge, et que bien qu'étant toujours sur moi, le poids de l'Homme se retire peu à peu.
- Explique-toi. M'ordonne t-il soudain brusquement, reprenant contenance. D'où connais-tu l'opposition entre Assassins et Templiers ? Qui es-tu donc, à la fin ?
Je n'ai plus le choix. Et puis, à tout bien y réfléchir, M. Cormac a l'air d'être effectivement un Templier, et donc un potentiel allié. Acculée ainsi jusqu'à dans mes retranchements, je finis par abdiquer. La voix enrouée à l'idée de prononcer ce nom que seul ma proche famille -mon ancienne famille- avait l'habitude d'entendre, j'avoue finalement :
- Je suis la fille d'Haytham Kenway.
- Et donc, tu es en train de me dire que le Grand Maitre aurait eu une fille qu'il se serait évertué à cacher pour une question de sécurité ?
Le nez dans mon chocolat chaud, je hoche la tête. La taverne autour de nous est secouée d'un vacarme continu, raison pour laquelle Cormac et moi-même, assis à une petite table l'un en face de l'autre, sommes contraints de nous pencher en avant pour nous entendre. Quelle retournement de situation, quand j'y pense ! Rien, il y a encore un quart d'heure, ne m'aurait laissé présager cela ! Au contraire, je m'imaginais plus mourir sous la lame secrète d'un mystérieux meurtrier que de boire avec ce même meurtrier un chocolat chaud dans une taverne ! Mais le Templier -car s'en est un, à ce qu'il parait- avait brusquement changé d'attitude lorsque je lui avais annoncé mon lien de parenté avec Master Kenway. Me relevant immédiatement du pavé trempé sur lequel j'étais tombé, Cormac m'avait alors pressé dans ce coin malfamé pour me poser davantage de question, au sec et au chaud.
- Et tu dis que tu t'appelles...? M'incita le jeune homme, un sourcil arqué dans une position de réflexion intense.
- Elisabeth Kenway. Je réponds machinalement, écartant un instant ma tasse de mes lèvres pour prendre la parole.
Shay Cormac ne renchérit pas immédiatement et semble demeurer un instant perdu dans ses pensées. J'en profite pour reprendre une longue gorgée de la boisson chaude, ce qui me fait un bien fou dans tout mon corps. Puis, mon regard se porte de nouveau sur le Templier, qui ne tarde pas à enchainer :
- Mais...Qu'est-ce qui me prouve que tout ceci n'est pas un mensonge pour me faire baisser ma garde ?
C'est à mon tour de soupirer, n'hésitant pas à répliquer sur le ton de l'agacement :
- Je connais l'existence des lames secrètes et vous parle des Templiers avant même que vous n'y fassiez référence. Je peux vous dire qu'Haytham Kenway est mort en septembre 1781 à New-York, et ce à l'âge de 56 ans. Son bras droit s'appelait Charles Lee. Je le connais parce que c'était lui qui s'occupait de moi lorsque Père était en mission. J'ai aussi un demi-frère du nom de Connor, qui a rejoint les Assassins.
A cette mention, ma voix, qui s'était éraillée de nouveau en parlant de mon père -l'émotion, je suppose- prend un timbre froid et dur. Le timbre de la colère.
- C'est lui qui a tué mon Père, et je compte bien le tuer à mon tour.
Lorsque je reporte mon regard sur Shay Cormac, je sais que j'ai gagné sa confiance. Personne, autre que la fille de Master Kenway, ou bien une Templière proche de ce dernier, ne serait capable d'en dire autant, et avec autant de passion. Je vois alors un petit sourire se dessiner sur les lèvres minces de mon vis-à-vis, qui me demande d'un ton beaucoup plus calme et engageant :
- Alors, pourquoi ? Pourquoi es-tu ici, à Londres, alors que tu vivais avec ton Père en Amérique ?
- Pour les mêmes raisons que ce que j'évoquais précédemment : ma sécurité. J'explique, en m'efforçant de ne pas laisser la peine ou la colère prendre le dessus. Cette dernière comptait plus que tout aux yeux de mon Père. Ainsi, lorsqu'il a senti que la situation tournait à son désavantage et qu'il s'est mis à craindre mon demi-frère, il a préféré m'envoyer outre Atlantique pour vivre un temps chez ma demie-tante. Malheureusement, il nous a quitté et je suis restée ici, chez Jennifer Scott, avec un certain Edward, un envoyé de mon Père pour m'escorter.
- Oh, je vois.
Rien de plus constructif, cela me surprendrait presque de la part d'un homme comme Cormac. Mais j'ai bien tort de m'en faire, car la suite arrive vite :
- Et...Je peux te demander pourquoi tu es dehors au beau milieu de la nuit ? Me questionne t-il, le plus innocemment du monde.
Aie, la question qui fait mal. Je ne sais pas trop quoi dire à cela, départagée entre la peur de me faire rabrouée ou de décevoir mon nouvel ami.
- Et bien...Je bégaye, perdant mes moyens malgré ma bonne volonté. C'est que...J'ai fugué.
Bon, j'aurais pu le dire autrement, mais les faits sont là, et ça a le mérite d'être clair. Etrangement, ma réponse ne semble pas surprendre démesurément Cormac, qui se contente de me relancer :
- Et pourquoi ?
Dit ainsi, on dirait un père qui se retient d'éclater avant de laisser sa colère se déverser sur sa fille. Cette pensée me donne des hauts le cœur. Shay Cormac, pour le peu que je le connais, n'est pas mon père. Cependant, je ne peux me retenir de lui répondre :
- Et bien, je...Depuis toujours, et d'autant plus depuis la mort de mon Père, je rêve de devenir comme vous. Je veux dire, une Templière, moi aussi. Or, ma tante, Jennifer Scott... Refuse que je me consacre à ce genre de vie, alors...Je suis partie, pour conquérir ma liberté.
Lorsque je relève ma tête, que j'avais humblement baissé durant mon explication, je remarque que Shay Cormac me sourit. Ses traits durs sont devenus plus sympathiques, et je verrais presque de la sympathie -ou de la pitié- sur son visage. C'est d'ailleurs d'une voix qui se veut apaisante qu'il me répond :
- Ecoute, Elisabeth...J'ai connu ton père, je l'ai même servi au sein de l'Ordre, et je sais que de là où il est maintenant, il doit probablement être mort d'inquiétude de te voir dans une pareille situation. Rentre donc chez toi, c'est qu'il y a de mieux à faire.
Je sens que je ne peux rien répliquer à cela, et ne relève donc pas, même si je n'en pense pas moins. Au fond de moi, autre chose m'intéresse, et comme d'habitude, je ne peux le dissimuler très longtemps :
- Mais vous, qu'allez-vous faire ? Je hasarde timidement.
Le regard de Cormac redevient dur comme pierre à cette question. L'instant émotion est terminé.
- Cela ne te regarde pas. Me réplique sèchement. Mais comme tu n'es pas désagréable, je veux bien t'avouer que mon bateau, le Morrigan, actuellement commandé par mon second, doit venir me chercher demain au port pour me mener jusqu'en France. J'ai une mission à accomplir là-bas.
A cela non plus, je n'ai rien à répliquer, mais de nouveau, je n'en pense pas moins. Le reste de notre courte discussion n'a que guère d'importance. Lorsqu'un quart d'heure plus tard, nous avons tout deux fini notre chocolat chaud, Cormac décide qu'il est tant de nous quitter. Entrainée dans ce tourbillon d'aventure qu'a représenté le Templier, je n'ai même pas réalisé que nous aurions pu être surpris à tout moment par des citoyens à ma recherche. Ca, Cormac ne semble pas l'avoir totalement oublié, car alors que nous nous trouvons sur le pas de la porte, il me répète encore une fois ces mots :
- Elisabeth...Je dois bien reconnaître que notre rencontre fut tout aussi imprévue qu'agréable mais...Je te supplie de l'oublier. Tu ne te rendrais pas service en t'évertuant dans cette voie de l'Ordre que tu veux suivre. Rentre chez toi, je te l'ai dit. Ta vie sera beaucoup plus douce, plus sereine, et plus belle, si tu ne te lances pas là dedans. Crois moi.
Au moment de nous dire un adieu définitif, le Templier veut effectuer un traditionnel baise-main, ce à quoi je coupe court en lui serrant la main d'une manière franche et un peu gaillarde. Il sourit poliment, un brin agacé de mon comportement, et nous nous quittons.
Le lendemain, lorsque le capitaine Cormac embarque dans son navire si joliment appelé le Morrigan, il ne remarque pas une tête supplémentaire faufilée à son bord.
Voilà tout pour aujourd'hui ! (C'est déjà pas mal XD)
Je vous dis à bientôt. N'hésitez pas à lâcher une petite review, ça fait toujours très plaisir.
A bientôt
