Bonsoir tout le monde !
Voici (dans les temps, youpi ! XD) le nouveau chapitre des aventures d'Elisabeth ! Les choses commencent à devenir plus intéressantes pour cette dernière, son apprentissage de templière commence et l'action va maintenant avancer à bon rythme. Une révolution va se mettre en marche, tout de même ! ^-^
Je voulais vous dire : j'ai eu Assassin's creed Unity à Noël ! Il est tout bonnement génial, je l'adore ! Cependant, je reste sur mon idée première : ma fic suivra la ligne directrice que je voulais lui donner au départ, sans se soucier du jeu. Peut-être y aura t-il des similitudes, mais ce ne sera que coïncidence. Il se peut qu'Ubisoft ait exploité des personnages comme assassins et qu'ils soient des templiers chez moi, ou vis-versa.
Autre petite information importante : je pars en vacances mercredi et ne reviendrait que samedi très tard. Il est donc fort probable que je n'ai pas le temps d'écrire le prochain chapitre pour dimanche. Je pense plutôt le publier mardi 5 ou mercredi 6. J'espère que vous comprendrez.
Maintenant, place aux reviews ! (-:
Nocturis : Merci vraiment beaucoup pour ta review. Je suis heureuse que ma fic continue de te plaire. ^-^ Je t'avoue que tu me motives beaucoup à continuer. J'espère que ce chapitre te plaira.
Disclaimers : Rien ne m'appartient, tout est à Ubisoft. Seule Elisabeth et Edward sortent de mon imagination.
Novembre 1788, Paris
Lavoisier. Antoine Lavoisier. Le plus grand scientifique du siècle et le modèle de mes aspirations d'adolescente. Là, juste devant moi. C'est beau, trop beau pour être réel. C'est impossible, je dois être en train de rêver ! Etre acceptée au sein de l'Ordre, et découvrir que l'homme que j'admire en fait parti, c'est assez en une journée pour me faire tourner la tête. En une fraction de seconde, je revois les centaines de fois où j'ai manipulé mes pauvres tubes à essai, ce dans l'espoir un peu ridicule de faire de grandes découvertes dignes de l'homme en face de moi. A cette époque, je rêvais davantage de cette rencontre que ne l'envisageais réellement.
Et pourtant, il est là, aujourd'hui. Avec sa veste vert bouteille, sa jolie perruque blanche et un sourire gêné naissant sur ses lèvres. Pour tout avouer, il ne ressemble en rien à ce que j'ai pu m'imaginer de lui. En faite, je me le figurais plus tel une sorte de titan, aussi imposant et intimidant physiquement qu'il devait l'être intellectuellement. Or, il n'en est rien : le scientifique en face de moi est un homme de quarante-cinq avec la timidité d'un jeune garçon de dix-sept. Et pour cause, celui que je tiens pour le génie de son temps n'ose pour ainsi dire pas me regarder dans les yeux, et crispe une main tendue sur le pommeau de sa canne.
C'est alors que je me rends compte du regard fou de bonheur que je porte sur mon vis-à-vis. Sans même réfléchir un instant au fait que le lieu et mes manières ne sont peut-être pas les plus appropriées, je me met à retourner farouchement les poches de mon pantalon. Elle y est ! Elle y est forcément ! Jamais je ne m'en serais séparée ! Il y a quelques semaines, lorsque j'avais fait cette petite découverte suite à l'explosion de ma solution d'ammoniac, j'avais couché sur le papier mon étude pour la conserver soigneusement. Dans ma fuite sur le Morrigan, durant l'abordage, durant mon arrivée à Paris, j'avais conservé avec la plus grande précaution ce que, je l'imaginais, pourrait avoir des conséquences intéressantes.
Finalement, mes doigts trouvent enfin le papier tant désiré et le dégainent avec vivacité.
- Monsieur Lavoisier, c'est...C'est un honneur pour moi. Je...J'ai toujours adoré vos travaux... C'est...C'est tout bonnement fantastique...
Je n'ai jamais autant bégayé de ma vie. Pour la première fois, moi qui ai toujours été réputé par mes proches pour mon franc-parler frôlant l'insolence, je ne sais pas comment je suis censé aborder l'homme en face de moi. Il est tellement génial ! Et moi, j'ai l'air si stupide à ses côtés. D'autant plus stupide que durant ces quelques instants, j'ai complètement omis la barrière de la langue qui se trouve entre nous. Le scientifique, lui, ne l'a pas oublié, car je vois à ses yeux écarquillés qu'il n'a rien compris à ce que j'ai dit. Heureusement, Cormac vient à mon secours.
- Elle vient de dire que c'est un honneur pour elle de rencontrer un homme comme toi. Elle t'admire beaucoup. Traduit-il.
En entendant cela, le sourire gêné de Lavoisier se transforme en un petit sourire sincère. Apparemment, aussi timide soit cet homme, il n'est pas inconscient de ses capacités et possède un certain orgueil que je viens de flatter. Mais cela n'évacue pas ma propre gêne, qui ne fait que s'accroitre. Mon papier avec mes quelques recherches dessus tremble dans ma main. Soudain, je prends mon courage à deux mains et le brandis sous le nez du génie en face de moi.
- J'ai...J'aime beaucoup la chimie, Monsieur Lavoisier et...J'ai découvert ceci il y a quelques semaines...Si...Si vous vouliez y jeter un coup d'œil... Je bredouille, rouge jusqu'aux oreilles.
Cette fois-ci, Cormac n'a pas besoin de traduire mes paroles. Même si, je le sais, mon modèle n'en a pas compris un traitre mot, cela n'a aucune importance. Prenant ma feuille avec une certaine hésitation, je le vois balayer du regard les formules qui y sont inscrites de ma main. Rien de bien grandiloquent, rien de digne de son génie, mais je ne crois pas avoir déjà entendu un chimiste avant moi proclamer cette transformation chimique. Je sens donc une pointe d'espoir naitre en moi tandis qu'un long silence s'installe, silence durant lequel mon modèle se concentre pour lire le fruit de mes travaux. Heureusement que la science est universelle et qu'elle ne souffre pas de la barrière de la langue.
Pour ma part, je scrute la moindre expression sur le visage de Lavoisier. Je crains tellement d'y voir paraître l'indifférence, ou pire, le mépris, que je me sens agréablement soulagée et surprise lorsqu'il se met à hocher la tête. Le génie tourne alors brusquement les talons et rejoint, en quelques larges enjambées, sa table de travail si fraichement quittée. Y aplatissant du plat de sa main ma feuille froissée, il se saisit d'un crayon et se met à écrire en vitesse d'autres formules sur une deuxième feuille. Le front plissé, je comprends que j'ai la chance d'assister à cet évènement dont je rêvais tant : celui de voir mon maitre en la matière au travail.
Lorsque Lavoisier relève la tête, quelques minutes plus tard, je peux lire dans son regard beaucoup de sympathie, peut-être même de l'affection pour ma personne. Ouvrant la bouche, je sens qu'il veut me communiquer quelque chose, mais c'est impossible. Plutôt que de passer par la traduction de Cormac, il choisit un autre mode de communication.
Son pouce levé en ma direction est sûrement la plus belle récompense que je pouvais attendre.
Si je comprends alors que je viens d'être adoptée par la communauté au travers de Lavoisier, je ne réalise pas encore que vient de commencer la plus grande amitié de ma vie.
- Pour être une bonne templière, jeune fille, il est nécessaire que tu apprennes à parler un parfait français. Sinon, tu te ferras remarquer trop vite au cours de tes missions, et ton accent risque de trahir ton identité.
Tout en m'expliquant ceci, Olympe ponctue ses mots de petits tapotements de ses doigts sur la table. Face à elle, je fais tout mon possible pour me concentrer la pluie qui, sur les carreaux de la vitre, dessine des arabesques tout à fait intéressantes. Cela me fascine. Pourquoi cette goutte d'eau tourne-t-elle à droite, et non à gauche ? Quelle loi de la physique peut donc régir cela ? De cela, je ne sais rien, mais ce dont je suis sûre, c'est qu'il faut absolument que je questionne Monsieur Lavoisier au plus tôt à ce sujet. Je suis sûre qu'il doit avoir une réponse à me fournir. Et puis...Cela ne le dérangera pas. Depuis notre rencontre imprévue la semaine passée, j'ai eu plusieurs fois l'occasion de m'entretenir avec le grand scientifique. Même si les mots nous manquent pour nous exprimer, nous sommes heureux lorsqu'une formule, un dessin ou même des mimes nous permettent de nous comprendre.
D'ailleurs, depuis que je lui ai montré mes quelques petits travaux explosifs, mon modèle semble toujours garder un œil dessus, comme s'ils étaient réellement intéressants. Je l'ai bien vu ajouter ses notes aux miennes, tenter de pousser les choses plus loin, mais je ne comprends pas pourquoi. Là, le langage nous manque.
- Elisabeth, m'écoutes-tu ? Si tu veux comprendre Antoine un de ces jours, tu devrais faire plus attention à ce que je raconte.
Ces mots me font rougir jusqu'aux oreilles. En faite, c'est surtout l'idée que ma protectrice ait pu lire dans mes pensées qui me rend un peu honteuse.
- Ex...Excuse moi, Olympe. Je bafouille dans une moustache que je n'ai pas. Je t'écoute.
Le visage devenu un instant sévère de mon enseignante improvisée retrouve bien vite sa douceur habituelle. Un sourire apparaît sur ses lèvres minces lorsqu'elle reprend la parole pour continuer son cours :
- Bon, pour commencer. Pourrais-tu me dire ne serait-ce qu'une phrase que tu connaitrais en français ?
Cette fois-ci, je suis concentrée. Fronçant les sourcils, je penche la tête sur mon torse pour me plonger dans mes pensées, cherchant ce que m'a demandé Olympe.
- Ciao ? Je demande, pas vraiment sûre de moi.
Je n'ai pas le temps d'ajouter quelque chose que je vois, ou plutôt entends, Olympe qui éclate d'un grand rire cristallin. Je ne comprends pas. Ai-je dit une sottise ? Mais rapidement, ma bienfaitrice se rend compte de mon incompréhension et justifie avec gentillesse son débordement :
- Pardonne moi ma grande, me lance t-elle, mais ce n'est pas du français, sinon de l'italien. Réessaye.
De nouveau, je me replonge dans mes pensées, un brin vexée de mettre ainsi tromper dès le premier exercice. Je tourne donc, aussi vite que je le peux, toutes sortes de phrases dans ma tête. Comment dit-on "bonjour", déjà ? Je l'ai sûrement déjà entendu, depuis ces quelques temps que je suis en France, mais cela ne me revient pas. Je me concentre alors mentalement sur la voix de Cormac que j'entends à travers mes souvenirs. Je tente de cerner les mots que j'ai déjà entendu sortir de sa bouche, mais je peine à discerner autre chose qu'un ramassis informulable. Soudain, une phrase se détache du reste, une phrase dont je pense me souvenir, même si je ne suis pas sûre de chaque syllabe.
- Je...Crée ma...Propre...Chance. J'articule avec difficulté, cherchant l'approbation dans le regard de l'enseignante.
Cette dernière me sourit. Je vois que la phrase que j'ai choisie l'amuse, sûrement parce qu'elle sait de qui je la tire. Pour ma part, je sens une vague d'orgueil me submergée lorsque l'absence de correction d'Olympe me fait comprendre que je l'ai bien prononcé. Même si, je le crois, mes "r" n'étaient pas très roulés.
- C'est un excellent début, ma grande. Me félicite mon enseignante avec un large sourire. Je ne savais pas que tu écoutais si bien ce que peut dire Shay.
- Ce n'est pas de bonne grâce, je réplique avec malice, mais il répète si souvent cette phrase que j'ai fini par la retenir.
- Et sais-tu ce qu'elle veut dire ?
Aie, la question qui fâche. En faite...Non. Je ne le sais pas plus que je ne sais pourquoi les gouttes tournent à droite et non à gauche. Mais si je peux demander la seconde chose en mon maitre en la matière, je sens que je peux (ou dois ?) demander la première à Olympe.
- Non. Je reconnais platement. Tu pourrais m'expliquer s'il te plait ?
Ma soudaine politesse et ma curiosité pour le domaine paraissent surprendre mon enseignante. Mais celle-ci reprend bien vite contenance et répond à ma question avec calme et patience.
- Je crée ma propre chance... Et bien...Shay dit cela lorsque quelqu'un lui avance qu'il est un homme chanceux. Mon collègue n'aime pas vraiment l'idée que ses succès puissent être déterminés par des facteurs extérieurs. Selon lui, s'il réussit quelque chose, c'est uniquement parce qu'il a réunit lui-même les conditions de sa réussite. Une manière de sa part d'exprimer qu'il est le maitre de son destin.
Wah, rien que cela. C'est une sacrée façon de pensée ! Malgré tout, cela ne m'étonne guère du tempérament de Cormac ; je le vois assez mal en fataliste croyant aux étoiles ou aux préméditations d'une diseuse de bonnes aventures. En faite...J'aime plutôt bien sa façon de voir les choses. Etre le maitre de son destin : quelle agréable perspective ! Mais alors, un souvenir revient à mon esprit. Je me revois, ou plutôt, nous revois, à bord du Morrigan durant l'abordage que nous avait fait subir les pirates. Cormac avait déjà prononcé à ce moment une phrase de sens proche. Cela se pourrait-il que cette phrase en reflète davantage sur Cormac que ce que je ne pense ?
- Mais...J'hésite, ne sachant trop comment aborder le sujet. Corm...Je veux dire, Master Cormac a t-il toujours eu cette façon de penser ? De se distancer d'autrui et du surnaturel ?
- Toujours, je ne saurais dire. Me répond tout naturellement Olympe sans même chercher ses mots. Mais depuis que je le connais, c'est à dire depuis maintenant une trentaine d'années, je l'ai toujours tenu pour un homme fort respectable, déterminée, rationnel...
-...Froid ? Je questionne, coupant la parole à ma supérieure sans m'en apercevoir.
Ou du moins, je m'en aperçois trop tard. A ce moment, je maudis ma curiosité si forte qu'elle m'a trahit. Maintenant, il ne fait plus aucun doute pour Olympe que je cherche à en apprendre plus sur Cormac. Adieu, discrétion. Il faudrait réellement que je songe à me faire plus diplomate.
A ma question, mon enseignante me sourit. Son visage, toujours aussi calme, retrouve cette expression amusée de tout à l'heure. Elle me répond enfin :
- Shay est un homme de bien, Elisabeth. Mais ça, je suis sûre que tu l'auras constaté. Néanmoins, il peut être un petit peu...Froid, selon tes propres termes. Ne lui en tiens pas trop rigueur, s'il te plait. Son passé n'est pas le plus reluisant d'entre nous, et certains fantômes le hanteront pour toujours. Mais ici, dans l'Ordre, nous sommes tous frères et sœurs. Il faut nous aimer malgré nos expériences passés et nos défauts. Car c'est en aimant qu'on apprend des gens et qu'on tire le meilleur d'eux mêmes.
Je n'ai rien à répondre. Un instant, je me demande si Olympe ne m'aurait pas caché un don particulier pour la philosophie. Je n'ai pas le temps de lui poser la question qu'elle enchaine vivement :
- Mais nous nous écartez du sujet ! Revenons-en au français ! Ce matin, je vais t'apprendre comment te présenter.
Décembre 1788, Paris
J'avoue que cette petite discussion avec Olympe, au lieu de mettre un terme à ma curiosité, n'a fait que l'attiser davantage. Un "passé peu reluisant" ? Des "fantômes qui le hanteront pour toujours" ? Mais qu'est-ce que veut dire tout cela ?! Qui est réellement Shay Patrick Cormac ?
C'est donc encore secouée par toutes ces interrogations que j'arrive, à ma première séance d'entrainement avec mon mentor. Un mois s'est maintenant écoulé depuis mon arrivée à la capitale. Un mois durant lequel nous n'avons pu faire que de la théorie, car j'étais encore trop affaiblie et handicapée par ma blessure de l'abordage pour faire quoi que ce soit. Mais maintenant, je suis parfaitement remise de cet accident, et me trouve disposée à suivre les enseignements pratiques de Cormac.
J'ignore ce qu'il a prévu de me faire faire mais, sous ses consignes, je le retrouve dehors, à une centaine de mètres de notre quartier général, dans une petite ruelle. Lorsque j'arrive, je remarque presque immédiatement que le Templier n'a aucune arme supplémentaire avec lui : nous n'allons donc pas nous entrainer à leur maniement. A première vue, je distingue donc assez mal la raison de notre venue ici. Cela en serait presque gênant, si la personne qui m'accompagnait n'était pas Cormac.
- Tu es prête, Elisabeth ? Me lance t-il, sans la moindre autre forme de salutation.
- Prête pour quoi ? Je demande en retour, presque instinctivement.
Cormac ne me regarde pas. Les bras croisés sur le torse, il est tourné vers le mur d'une maison de deux étages tout à fait banale. Encore une fois, je ne comprends pas la raison de son intérêt pour cette façade. Ma colère, elle, ne cesse de monter. Suis-je donc moins intéressante qu'une maison pour que Cormac ne daigne même pas me regarder quand je lui parle ?!
- Un Templier, un vrai Templier voulais-je, dois être un homme tout à la fois intellectuellement remarquable et physiquement tenace. M'explique t-il d'un air absorbé, toujours sans me regarder. Olympe et Antoine m'ont dit que tu rentrais dans la première catégorie. A moi de voir si tu t'inscris dans la seconde. Suis-moi.
Et sans me laisser le moindre instant pour lui poser la plus petite question, ou même simplement intégrer ce qu'il vient de dire, Cormac se jette sur la façade avec une rapidité déconcertante. En un battement de cils, ses mains se sont accrochés aux rebords des fenêtres, ses pieds suivant le chemin par lequel il se hisse grâce à la force de ses bras. Quatre, cinq secondes, et voilà le Templier sur le toit de la bâtisse, comme s'il n'y avait rien de plus naturel et aisé.
Moi, je n'ai pas bougé, fixant mon mentor avec stupéfaction et -je dois bien l'avouer- une pointe d'admiration.
- Bon, tu viens ? S'exclame t-il d'une voix forte pour se faire entendre. Je vais pas t'attendre jusqu'à la tombée de la nuit !
C'est à ce moment que je réalise ce que Cormac attend de moi. Monter tout en haut de cette maison. Mais... Mais j'ai le vertige moi ! Depuis toute petite ! Ce...Ce n'est pas possible, j'en suis incapable ! Il faut que je le dise à Corm... Non ! Ce serait pire que tout ! Je préfère encore souffrir de ma crainte du vide plutôt que de l'avouer à cet homme ! Aussi, je me hâte de poser un pied presque résolu sur un petit rebord du mur, prenant ensuite appuie dessus pour m'élever plus haut. Bon, je dois avouer que je suis un peu prêt aussi rapide qu'un escargot en faisant cela, mais je le fais. Lentement mais sûrement.
Je suis au première étage, c'est-à-dire à la moitié du chemin lorsque mes bras fatiguant ont de plus en plus de mal à me porter. Un instant, ma main dérape sur le rebord d'une fenêtre, me faisant craindre le pire -même si, à cette hauteur là, ce n'est guère la mort qui m'attend, mais une bonne fracture-. Durant cet instant, c'est toute ma peur du vide, temporairement écartée, qui m'assaille de nouveau. J'ai l'impression que le pavé, en contre bas, m'attire à lui, ce qui aide ma peur à prendre le dessus sur mon courage et ma lucidité. Heureusement, Cormac est là pour m'aider.
- Et ça se dit la fille de Master Kenway ? Je l'entends pester depuis le toit. Il doit y avoir une erreur, c'est la fille d'un poltron.
Quelques instants plus tard, je suis sur le sommet de la bâtisse, face à celui qui vient de m'insulter. Ayant brusquement oublié tout sentiment de peur, j'ai gravi les quelques mètres manquants avec une rapidité que je ne me soupçonnais pas. Il va voir, cet idiot ! Arrivée en haut, j'hésite entre lui crier toutes les méchancetés qui me viennent à l'esprit, ou lui coller mon poing dans la figure -tant pis s'il est mon supérieur !-. Finalement, je ne fais rien de cela pour la seule raison que Cormac ne m'en laisse pas le temps. La seconde d'après, alors que je n'ai pas encore repris mon souffle, je le vois s'élancer en courant, marchant aisément sur les tuiles, puis s'élancer en sautant dans le vide. Bien sûr, mon mentor se réceptionne parfaitement et sans la moindre difficulté sur le toit suivant, m'invitant d'un geste de la main à en faire de même.
Cormac a eu tort tout à l'heure. Si le premier exercice -celui de monter la maison- pouvait s'avérer physique, celui consistant à sauter d'un toit à l'autre ne l'est point. Au contraire, tout se joue dans la tête. Dans ma tête. Car la distance qui sépare les deux bâtisses n'est pas énorme -trois ou quatre mètres- et un peu d'élan devrait suffire à mes les faire sauter sans problème. La force dont j'ai besoin est mentale, pour parvenir à me jeter au dessus du vide sans retenue.
- Allez, un peu de nerfs ! M'invective fermement mon mentor, sur le toit d'en face.
Je crois que j'ai peur, à en juger par mes jambes tremblantes. Mais dans ma tête et dans mon cœur, la peur a laissé la place à un sentiment plus fort : la rage de montrer à Cormac que je suis capable de réaliser ce qu'il me demande. Et surtout, que je suis la digne fille de mon Père. Aussi, je préfère finir en bouillie sur le pavé parisien que de rester là à me faire insulter.
Lorsque je prends mon élan, j'ai cependant l'impression que les quelques mètres sont beaucoup plus longs que prévus. Qu'importe, je ne veux pas m'arrêter ! En faite, pour être franche, je ne le peux plus, emportée que je le suis par la vitesse et mon propre poids. Je saute donc, fermant les yeux malgré moi au moment où mes pieds quittent le toit. Instinctivement, je mouline dans le vide, cherchant à me rattraper à...A rien du tout.
BBBBAAAAMMM !
- Aaaaaiiiiieeee !
Mon cri, ou plutôt, mon hurlement déchire l'air autour de nous. Il n'est pas impossible que j'ai brisé les tympans de mon si génial mentor. Mais, étrangement, ce dernier ne m'en fait pas le reproche. Au contraire, il se jette sur moi, l'inquiétude déformant son visage l'espace d'un instant.
Car pour avoir atterrit sur le toit d'en face, j'y suis atterrit. Mais pas sur les pieds. J'ignore comment s'est possible et comment je m'y suis prise, mais ma réception s'est mal passée, et je me retrouve donc à plat ventre sur les tuiles, hurlant une douleur insupportable. Je sens bientôt deux mains se poser sur mes épaules pour me retourner délicatement. Lorsque ses yeux se posent dans les miens, c'est là que je peux voir l'inquiétude de Cormac. Bien sûr, cette dernière ne s'éternise pas, et le Templier retrouve vite le contrôle de ses émotions...Ou presque.
- Mon Dieu, Elisabeth ! Tu n'aurais pas pu faire plus attention !
Mon mentor sort alors un mouchoir d'une de ses poches et me le pose...Sur le nez. Je réalise alors que la douleur qui m'irradie tant vient de cette partie de mon corps, qui est actuellement en sang. En constatant ce dernier détail, il me semble que ma souffrance déjà énorme se démultiplie. Ainsi que ma peur, même si j'aurais préféré mourir que de le reconnaître. Conséquence inéluctable de cette situation ? Les larmes me montent aux yeux. J'ai beau être une aspirante templière pleine de talent, je n'en demeure pas moins une adolescente de quinze ans !
- Ce n'est pas possible ! Continue de pester mon mentor. Sitôt remise de ta précédente blessure, voilà que tu t'amoches de nouveau !
Sous le coup de la douleur, et sûrement à cause des sanglots qui me déchirent la gorge, je ne réponds pas à ces invectives. Et puis, dans le fond, je sais qu'elles ne font que traduire l'angoisse grandissante de Cormac. Les manières de ce dernier sont d'ailleurs d'une délicatesse que je ne lui soupçonnais pas, à l'exact opposé de sa voix. Me soulevant par les aisselles pour me remettre sur pieds, mon mentor entreprend lentement une descente tout en finesse, facilitée par la présence de caissons pour nous faire des escaliers.
Une fois arrivés en bas, je comprends rapidement que Cormac a décidé la fin de notre séance d'entrainement. En effet, nos pas nous dirigent peu à peu vers le quartier général, où, je l'imagine, le Templier veut me faire soigner. Pas tout à fait monstrueux le bonhomme, tout comptes faits. Mes pleurs ont cessés. Je ne pense pas trop m'avancer en supposant qu'il a dû considérablement raccourcir la durée de la séance, et cette idée me déplait. Je refuse que mon mentor se fasse de moi l'image d'une fille qui abandonne dès la première blessure.
Il n'est pas dans ma nature de me laisser aller à mes faiblesses. Et j'ai bien l'intention de le prouver à mon protecteur.
- Qu'avez-vous pensé de notre première séance, mentor ? Je demande d'une voix faussement innocente, dans l'objectif apparent d'effectuer une rétrospective.
Ma démarche semble surprendre Cormac, mais ce dernier me répond honnêtement, jugeant peut-être cette mise au point utile :
- Et bien... Constate t-il avec un léger sourire. Nous sommes très loin d'un résultat concluant. Tu as peur du vide -ce qui n'est pas vraiment un avantage pour toi-, et tu ne tiens pas sur tes pieds. Hormis cela...Disons que tout ne me semble pas perdu.
- Quels seraient les objectifs que je pourrais me fixer ? Je demande de nouveau, l'air le plus studieux possible, continuant d'appliquer le mouchoir sur mon nez sanglant.
- Tu pourrais...T'entrainer à escalader les bâtiments plus vite, pour vaincre ton vertige. Me conseille le Templier, sans paraître vraiment y croire.
Un silence suit notre court échange. Nous ne sommes plus qu'à une dizaine de mettre de notre quartier général. A notre droite se hisse la façade d'une maison, tout aussi banale que la précédente que nous avons gravie. Parfait.
- Dans ce cas, la partie continue. Je lâche dans un murmure, un large sourire aux lèvres.
Jetant le mouchoir dans l'une de mes poches, je me jette sur la bâtisse et commence à l'escalader.
Le soleil est en train de se coucher lorsque Cormac et moi rentrons pour de bon. Il doit être dix-neuf heures, peut-être vingt. Quoi qu'il en soit, je suis harassée de fatigue : mes jambes, commençant à ressentir les prémices de courbatures atroces, peinent à me soutenir tandis que mon souffle court me rappelle mes problèmes de santé. Qu'importe, j'ai vraiment fait du bon travail aujourd'hui, et c'est tout ce qui compte. Même mon mentor, pourtant si exigeant, parait satisfait. Je dois dire que mon regain d'énergie en dépit de mon nez abimé l'a grandement surpris, dans le bon sens du terme. Peut-être vais-je finir par gagner son estime, finalement.
- Demain, à quatorze heures, nous remettons cela. M'annonce le Templier alors que le quartier général apparaît dans notre champ de vision.
- Oui, mentor. Je réplique, docile pour la première fois -peut-être sous l'effet de la fatigue, ou bien de part le respect mutuel qui semble être né cette après-midi-.
- Bien. Je voulais te dire que...Je suis très content de... Qui est cet homme ?
Pardon ?! A la suite de l'interrogation de Cormac, je redresse la tête vers notre maison pour apercevoir un jeune garçon se diriger droit vers nous. Apparemment, il vient de la bâtisse même vers laquelle nous nous dirigions. Son pas est aussi pressé qu'assuré, et je peux voir de la colère sur le visage de...
- Edward ! Je crie presque lorsque le jeune agent de mon Père arrive à notre hauteur.
Mon ancien ami me regarde l'espace d'une demie-seconde, me dévisageant avec une colère si froide que si ses yeux avaient le pouvoir de tuer, je serais morte sur place. Mais dans l'immédiat, Edward à mieux à faire que de me cracher ses reproches.
Et ce "mieux à faire" consiste en mettre un coup de poing d'une violence inouïe en plein dans le visage de Cormac, ce qui entraine la chute de ce dernier.
Lorsqu'il se relève, je peux voir que son nez est en sang.
Malgré ma peur et ma gêne face à cette situation pour le moins inattendue, une pensée me traverse tout de même l'esprit : tel mentor, telle apprentie.
Voilà pour ce soir ! J'espère que vous aurez aimé.
Pour ma part, après ces fêtes de Noël, je vous souhaite une bonne Saint Sylvestre et vous dis à bientôt.
XXX
