Bonjour tout le monde !
Regardez qui est de retour ! Je suis désolée pour ma longue absence, mais ces derniers mois ont été remplis pour moi. Entre autres, j'ai passé mon bac L, que j'ai obtenu mention bien ^-^ Je suis aussi partie en colonie de vacances, pour y travailler comme animatrice. Enfin, je prépare ma rentrée à la fac, en licence d'histoire et de philosophie.
Cela étant dit, je vous assure que je ne laisse pas tomber cette fic. J'ai pleins de projets la concernant, des idées qui mûrissent et qui, je l'espère, devraient vous plaire. Concernant ce chapitre, j'ai choisis de le mettre en rating M pour la mort d'un personnage et quelques descriptions peu ragoûtantes.
Je vous laisse maintenant et bonne lecture !
Helie Kenway : Merci beaucoup pour ta review qui me fait toujours très plaisir (comme les précédentes, en faite XD). Effectivement, Elisabeth était encore une jeune fille impulsive et pas assez réfléchie, je te le concède. Mais sa personnalité risque de sacrément changer après son petit passage à la Bastille. Je te laisse voir ça, et merci encore.
Vincent Aguila : Merci pour cette review. J'avais besoin d'insérer Napoléon, même si tu as raison, il était encore peu remarqué à l'époque. Mais disons que les Templiers le voyaient de loin ! XD Quoi qu'il en soit, ce sera un personnage capital pour la suite. Merci encore
Disclaimers : Rien n'est à moi, tout à Ubisoft. Les personnages historiques (et notamment Jean La Corrège) n'appartiennent qu'à eux-mêmes
La tristement célèbre prison de la Bastille est, et restera certainement jusqu'à la fin de temps, l'endroit le plus horrible que cette Terre ait jamais accueilli. Le plus sale, le plus malodorant et le plus insalubre, aussi. Mais ça, disons que c'était important la première semaine de ce qui allait devenir mon long séjour en Enfer. Et pour cause, si les rats qui venaient me renifler les pieds m'effrayaient les premières nuits, ils ont peu à peu perdu leur aspect repoussant. A moins que ce soit ma vision des choses qui ait changée. Car ici, enfermée entre les quatre murs de mon cachot, j'ai tout le loisir de reconsidérer mon point de vue sur tous les sujets qui me passe par la tête : le bien, le mal, la vérité, la vengeance, mes peurs...Ainsi, si j'avais peur des rats dans un premier temps, cette angoisse m'est vite apparue comme futile face à une bien plus grande qui se profile face à moi : la perspective de ma mort prochaine.
J'ignore depuis quand dure ma rétention. Il me semble que cela fait une éternité maintenant, mais à tout bien y réfléchir, cela doit faire un mois, peut-être deux. Je dois me l'avouer, c'est un miracle que je soie encore en vie. Normalement, les prisonniers sont éliminés au bout de quelques semaines dans les meilleurs des cas, surtout lorsqu'ils sont inculpés d'une tentative d'assassinat. Mais dans mon cas, il semble que les autorités n'aient pas encore ajouté mon nom à la liste des pauvres envoyés à la guillotine. Jean devait avoir raison.
Qu'on me pardonne, je parle de mon cher Jean, et j'oublie de le présenter. Son nom complet est Jean La Corrège. Né en 1770, c'est-à-dire de deux ans mon ainé, je tiens ce jeune homme pour être le plus habile faussaire de notre temps. Enfin, peut-être pas si habile que cela, sinon le pauvre bougre n'aurait assurément pas fini à la Bastille. C'est d'ailleurs là que je l'ai rencontré, dès le jour de mon arrivée.
Deux gardes me tenaient alors fermement, un par chaque bras, tout en me trainait à travers le dédale de couloirs lugubres. Autour de nous se déroulait une ribambelle de cellules toutes plus insalubres les unes que les autres, moins remplies de prisonniers que ce que je m'étais imaginée. Par contre, les rares qu'il me semblait apercevoir était dans un état des plus lamentables, sales, hirsutes et assurément malades pour la majorité. J'aurais très certainement eu pitié d'eux si je n'étais pas déjà aussi angoissée par mon propre sort. Allais-je finir comme eux ? Allait-on me tuer ?
- Bien le bonjour, messieurs les espagnols ! Cria soudain l'un d'eux lorsque nous passâmes près de sa cellule. Avez-vous demandé à Mademoiselle Blanche de me rapporter les oranges pour mes amis les lutins ? Ils tourmentent mes nuits et menacent de me manger les orteils si vous ne vous dépêchez pas !
- Tais-toi, le fou. Répliqua froidement l'un de mes geôliers, tout en accompagnant son ordre d'un coup d'épée sur les barreaux, comme pour intimider le prisonnier.
Outre ce bref échange de paroles, mes gardes ne portèrent qu'une attention limitée à l'homme qui les avait interpelés. Pour ma part, je ne pus m'empêcher de le fixer du regard tout en passant devant les quelques mètres carrés qui accueillaient le fou. Et ce fut alors que je compris.
Une fraction de seconde, les yeux de mon vis-à-vis se teintèrent d'une lueur de...Lucidité ? Ses cheveux blonds répugnants ainsi que son corps squelettique parurent s'effacer dans un léger sourire qu'il m'adressa l'espace d'un instant. Car l'instant suivant, le jeune homme perdit de nouveau le sens de la réalité et se mit à psalmodier des injures dans une langue mi-latin, mi-allemand. Mais oui !
Un comédien ! Ce garçon n'était autre qu'un comédien se faisant passer pour fou afin d'éviter le billot ! Et ce bref échange de regard que nous avions eu ? Etait-ce pour me signaler que...?
- Les poissons vaincront l'armée des chats volants, mes frères ! Réussis-je à crier dans mon français approximatif.
A ces mots, mes deux gardes échangèrent un coup d'œil las et, je dois l'avouer, un peu effrayé. L'un d'eux bafouilla quelques mots à ses compères que je n'eu pas le loisir de comprendre, puis ouvrit la porte de la cellule adjacente à celle du "fou". Sans me laisser le temps de réaliser ce qui se passait, on me poussa à l'intérieur sans le moindre ménagement et referma la porte sans me donner d'explications.
L'horreur me saisit presque immédiatement lorsque je réalisai que j'avais instinctivement posé la main dans une flaque d'urine -sûrement celle de mon prédécesseur- pour essayer d'amortir ma chute. Me relevant précipitamment, j'eu à peine le temps de voir la lumière de la lanterne disparaître pour me laisser dans un noir complet.
Un silence encore plus complet vint s'abattre sur moi, gonflant mon cœur déjà rempli de peur et de tristesse. Heureusement, il ne dura pas longtemps car une voix bien moins aigue que précédemment ne tarda pas à me chuchoter tout bas :
- Bien plus intelligente que je ne le supposais. Me lança t-elle dans un léger rire dissimulé.
Cette voix ! C'était celle du fou, ou tout du moins du comédien situé dans la cellule à ma gauche ! D'où j'étais enfermée, je ne pouvais pas le voir, simplement l'entendre. Mais le simple fait d'entendre cette voix atténua mes angoisses causées par la solitude.
- Tu as l'air de savoir qu'on ne guillotine pas les fous. Ajouta t-il immédiatement. Si je suis encore vivant aujourd'hui, c'est sûrement grâce à cette petite comédie que je mène. Je te conseille d'en faire autant, si tu veux espérer survivre. Mais tu as déjà l'air d'avoir saisi le truc !
La voix de ce garçon n'avait rien d'ironique ou de moqueur, au contraire. Même si je ne comprenais pas l'intégralité de ce qu'il me disait, le ton qu'il employait suffisait à me faire entendre qu'il se voulait amical. Non, ce qui me choqua le plus fut de percevoir comme une joyeuse détermination dans ses propos. Comme si la Bastille n'était qu'une mauvaise étape à passer, mais en aucun cas un sujet d'angoisse. Ce garçon me fit l'effet d'un gamin de rue, débrouillard et bon enfant.
- Je m'appelle Jean La Corrège. Se présenta t-il sur le même ton. Ravi de te rencontrer !
Mai 1789 - La Bastille
Hier, Jean m'a dit que nous étions le 4 mai. Cela fait donc quatre mois que je suis dans cette funeste prison. La première chose qui me viendrait à l'esprit si l'on me demandait comment je me sens serait à coup sûr d'invoquer une profonde colère. Que fait donc Cormac ? Et Olympe ? Et ces fichus Templiers ? Je pensais que l'Ordre était soudé ! Sans parler d'Edward qui avait apparemment promis à mon Père de me protéger, et qui ne daigne même pas venir me délivrer de ce trou à rats !
Père...Quand je pense à lui, je sens une profonde honte m'envahir. Que penserait-il à voir sa fille ainsi internée dans la terrible prison royale de Paris ? Serait-il peiné, apeuré ? Serait-il fier de ma tentative d'assassinat au service des Templiers ? Vexé de mon échec ? Huit ans qu'il m'a quitté, et je suis incapable de dire comment il aurait réagi. Je commence à me demander si j'ai vraiment connu Haytham Kenway, ou si la perception que j'ai de lui n'a pas été altérée par la temps.
Jean, lui, ne partage pas ces terreurs. Au contraire, au cours de notre discussion hier, il m'a expliqué qu'aujourd'hui seraient convoqués les Etats Généraux, ou selon lui "la perspective d'un remue-ménage intéressant". Personnellement, je ne comprends pas trop ce que cela implique. Depuis ma cellule de la Bastille et grâce à mes échanges avec Jean -qui tire lui-même ses informations de quelques gardes complaisants-, je comprends simplement que la France traverse une période de crise. Où cela mènera t-il ? Jean croit en une certaine Révolution. Là-dessus, je ne sais pas trop s'il n'est pas réellement fou.
En un sens, l'état de la France m'importe peu. Je commence à croire que mon emprisonnement ne prendra jamais fin, et ce malgré les espoirs de mon ami Jean. Ma santé s'est lentement dégradé : mes problèmes de respiration se sont aggravés, me laissant constamment essoufflée, tandis que mon nez a cicatrisé légèrement de travers.
Bon, voyons le bon côté des choses, si tant est qu'il y en ait. En quatre mois, j'ai eu le temps de continuer mon apprentissage du français auprès de Jean, qui s'est montré un très bon professeur dans la lignée d'Olympe. Je parle et comprends maintenant cette langue sans la moindre difficulté, même si j'ai encore quelques réticences à la lire -Jean ne disposant pas de livres pour m'apprendre à décoder ces lettres, mais simplement de sa voix à travers nos barreaux-.
- Nous allons nous en sortir. M'assure Jean en ce 5 mai, remarquant mon désespoir grandissant.
Juillet 1789 - La Bastille
Je n'y crois plus. Je ne crois plus en ce stupide Cormac qui m'a abandonnée. Je ne crois plus en cette égoïste Olympe, ni même en mon ancien héros et dorénavant si lâche Lavoisier. Qu'ils aillent tous se faire voir, satanés Templiers !
Mes quintes de toux sont de plus en plus violentes et m'empêchent parfois de dormir pendant des nuits entières, me laissant allongée sur ma paillasse, au bord de l'agonie. C'est d'ailleurs ce même scénario qui eut lieu cette nuit du 13 juillet, alors que l'air chaud pesait sur moi tel un énorme fardeau.
Je crois que Jean dort, à côté. En faite, il doit avoir le sommeil encore plus lourd que l'air ambiant pour ne pas être dérangé par mes toux répétitives. J'hésite à appeler à l'aide, faible comme je le suis, mais je me ressaisis. Personne ici ne s'occupe de la santé des prisonniers. Si je meurs, cela fera de la place pour un prochain compagnon d'infortune. Alors je tiens bon, seule.
Ce n'est que quelques heures plus tard, alors qu'un pâle soleil s'est levé dans le ciel de Paris, qu'il me semble percevoir des bruits étranges. Un instant, je crois qu'il s'agit là de gens qui crient, ainsi que de coups de fusils. Une insurrection ? Non, c'est impossible ! Voilà que je deviens folle à force de tourner en rond entre ces quatre murs. Cependant, j'ignore pourquoi, mais je me précipite tout de même vers la fenêtre du mur extérieur et me hisse sur la pointe des pieds pour y jeter un coup d'œil. Le trou n'est pas large, et avec les barreaux, je peux à peine voir au dehors. Mais ce que je vois me suffit.
Ce n'est pas une révolte. C'est une révolution.
La foule, dense et apparemment en colère, se précipite contre les portes de la prison. L'angle de ma fenêtre ne me permet pas d'en voir davantage, mais les cris des assaillants et le bruit des armes suffisent à me redonner espoir. Si le peuple prend la Bastille, voilà l'occasion de me sauver ! Jean, il faut que je le prévienne !
Mais à peine cette pensée a t-elle le temps de traverser mon esprit qu'un boulet de canon vient s'abattre avec perte et fracas contre le mur de ma cellule. Un instant, je crois que je suis blessée et que le pire va m'advenir, mais non, tout va bien. Les débris de la construction m'ont certes secouée et me voilà recouverte de poussière, mais je n'ai rien. Le boulet, a quant à lui, détruit le mur extérieur, puis entrainé dans sa lancée la porte qui se tenait en face.
Mon Dieu, c'est un rêve ! Les gardes, attirés par l'émeute au dehors, ont déserté les environs. Que désirer de plus ? La voix est libre ?
Ne demandant pas mon reste, je me jette dans le couloir, faisant fi de mes jambes tremblantes qui me font vite comprendre qu'elles manquent cruellement de force. Je n'oublie bien sûr pas mon ami et regarde immédiatement s'il a eu autant de chance que moi.
Mon cœur loupe un battement lorsque je m'aperçois que le boulet de canon n'a pas endommagé sa cellule. Les quatre murs tiennent malheureusement bien debout, et même la porte est toujours fermée à clef. Sans m'en soucier, je me jette dessus, secouant les barreaux avec l'énergie du désespoir.
- Jean ! Jean ! Ca va ? Tu m'entends ? Je m'entends crier, craignant le pire malgré moi.
Le soulagement qui me saisit à l'écoute de sa réponse est indescriptible. Mon ami, mon seul et unique ami depuis six mois, est vivant !
- Ca va, ma grande, ne t'inquiète pas pour moi. Tu as réussi à sortir ? Me demande t-il précipitamment, partagé entre joie et crainte.
- Oui, oui...Le...
L'excitation me fait tellement bégayer que je dois en être ridicule. Je peine à aligner deux mots de manière cohérente.
- Le...Le boulet de canon a...La porte...Défoncée...
A ces mots, un léger sourire apparaît sur les lèvres de Jean. Je réalise alors que son visage, que je n'ai pas pu voir depuis six mois -le jour de mon arrivée- est devenu encore plus livide, encore plus maladif, que ce que je m'étais imaginée. Malgré cela, le jeune blond ne semble pas se dégonfler, et semble même heureux de ma chance. Même si lui n'en bénéficie pas.
- Je...Je vais...Ouvrir la porte...T'inquiète pas... Je bafouille tant bien que mal, cherchant autour de moi quelque chose qui pourrait me servir de bélier.
Mais mon ami me coupe dans mon élan d'une voix ferme et sérieuse que je ne lui connaissais pas. Son léger sourire disparaît aussi vite qu'il était apparut, et ses traits deviennent tendus.
- Non, pars tant que l'occasion se présente. Je vais me tirer de là tout seul. Me déclare t-il soudain froidement.
Quoi ? Mais non ! Non, c'est inconcevable ! Je ne laisse pas mes amis derrière moi, je ne suis pas comme Cormac, moi ! Je ne peux pas le concevoir ! Non, aussi vite que possible, je continue de chercher ce qui pourra délivrer mon ami, mais rien ne semble pouvoir faire l'affaire. Alors, désespérément, je me mets à frapper la porte avec les points, espérant ainsi faire la faire céder.
- Elisabeth, arrête ça et va t'en ! Continue de m'invectiver le faussaire. Allez, file avant qu'un garde ne te tombe dessus !
Lorsque je relève la tête vers mon compagnon, ce dernier semble désolé. Mais plus que cela, son sérieux, si contraire à ses habitudes, me brise le cœur. Je vois la sérénité dans le regard de cet homme qui sait qu'il loupe là une occasion de retrouver la liberté. Ce qui est parfaitement injuste ! C'est lui qui croyait en sa bonne étoile quand je pensais la mienne éteinte ! C'est à lui de s'échapper, pas à moi !
- Ne t'en fais pas pour moi, on va venir me délivrer. Me répète t-il d'une voix qui se veut de nouveau chaleureuse, comme pour me rassurer.
Je...Je ne sais plus quoi faire. J'entends le bruit des gardes qui reviennent vers nous en courant. Je me dois d'agir, et vite.
Prise au dépourvu, je jette un dernier regard à mon ami Jean, un regard où doit transparaitre tout mon désarroi et mes remords à venir. Je n'ai pas le choix, si je veux m'en sortir.
- On...On se reverra. Je lui glisse rapidement de mon ton le plus convainquant avant de filer à toutes jambes.
Trouver la sortie au plus vite. C'est là le seul objectif qui fait battre mon cœur en ce moment. Je cours donc comme si ma vie en dépendait -ce qui doit être un peu le cas, en réalité-, puisant dans des forces que je ne m'imaginais plus avoir. Ma tête tourne, et je me prends les pieds deux ou trois fois dans des débris de murs. Je manque au passage d'être soufflée par un nouveau boulet de canon qui me frôle de justesse. Mais emportée par le désir de vivre et la soif de liberté, je continue ma course malgré tout, déterminée comme je l'ai rarement été.
Sans m'en rendre réellement compte, je monte un escalier, en descends un autre. J'ai déjà parcouru ce chemin en sens inverse le jour de mon arrivée, mais entrainée par la cohue et l'excitation, je ne parviens plus trop à me situer dans la forteresse. Pour être honnête, je ne sais même pas si je me rapproche de la délivrance, ou si, au contraire, je cours à ma perte.
Brusquement, j'en viens à considérer la seconde option lorsque je tombe face à face avec un garde. Par un instinct que je ne me connaissais pas, j'esquisse un geste pour porter la main à la garde de mon épée...que je n'ai pas. Dépouillée ainsi d'une quelconque possibilité de me battre autrement qu'à mains nues -ce qui serait du suicide face aux armes que doit posséder mon adversaire-, mon salut ne réside qu'en une hypothétique fuite. Or, le couloir n'est pas assez large pour me laisser passer. Je ne peux donc que rebrousser chemin, en priant pour ne pas refaire de mauvaise rencontre.
Mais voilà, je n'ai pas le temps de faire volte face que mon assaillant se jette déjà sur moi. Ses mains agrippent mes épaules avec force, me forçant à me rapprocher de lui contre mon gré. Pourquoi ? Pourquoi ne me tue t-il pas immédiatement ? A moins qu'il ne compte plonger un couteau à bout portant dans mes entrailles, à la manière des Assassins avec leur lame secrète ? Non, non, qu'il me lâche !
Mais non, il ne semble pas dans les projets de la tunique bleue que de mettre un terme à ma vie. Et pour cause, lorsque je me trouve suffisamment proche de lui, l'étrange personnage relève enfin le chapeau qui lui couvrait le visage. Ce dernier m'apparait alors à la faible lumière du jour qui transperce par une meurtrière.
- Toi !
Ma voix retranscrit toute la colère, tout le dégoût, je dirai presque toute la haine d'un cœur qui s'est senti trahi. Lui ! Mais que fait-il ici ? Quitte à m'abandonner, autant ne jamais revenir ! Car si je me suis sentie délaissée pendant six mois, je me sens aujourd'hui moquée, ce qui ne fait que m'enfoncer dans mon bourbier de sentiments négatifs. Comme si je ne pouvais pas m'en sortir sans lui, et puis quoi encore !
- Va te faire foutre, Shay. Je lui lance d'une voix aussi tranchante qu'un couteau rouillé.
C'est la première fois que j'appelle mon mentor -mon ancien mentor- par son prénom, et que je le tutoie. Peut-être parce que je n'ai plus aucune envie de lui témoigner de respect après ce qu'il m'a fait -ou plutôt ce qu'il ne m'a pas fait-.
Quoi qu'il en soit, le Templier ne se laisse pas déstabiliser. Son visage est aussi sévère que celui que j'ai laissé sept mois auparavant. Ce qui achève de me vexer ? Je ne vois aucune trace de joie à la surprise de recroiser mon chemin. Quel idiot, vraiment !
- Ce n'est pas le moment, Elisabeth. Me lâche t-il calmement. On verra ça plus tard. Pour l'instant, je suis venu pour te sauver.
Alors là, c'est plus fort que moi. J'explose brusquement de rire, sans même chercher à le dissimuler. Un rire froid et assurément cynique.
- Me sauver ? Tu oses prétendre à cela après m'avoir laissée croupir sept mois à la Bastille ? Elle est bien bonne !
- Elisabeth, s'il te plait, ce n'est pas le moment de faire l'enfant...Tente de me calmer mon supérieur, comme si j'étais simplement en train de lui faire un caprice.
- On n'est plus un enfant quand on a passé des mois dans une prison où la mort et la folie nous guettaient. Je lui réplique du tac au tac, la hargne débordant de ma voix.
A ces mots, Cormac pousse un soupir d'agacement tout en roulant des yeux vers le ciel. Apparemment, mon comportement l'exaspère, et c'est tant mieux ! Ceci n'est que le début de la vengeance que je prépare.
D'un geste de la main, mon ancien mentor tente de me pousser pour me faire avancer devant lui. Mais c'était sans compter sur ma détermination à faire cavalier seul. Evitant donc son impulsion, je passe sous son bras et m'élance en courant dans la direction opposée. Je ne veux plus avoir à faire avec ce lâche. Ni même avec les Templiers en général !
Je reprends donc ma course, ignorant tant bien que mal l'homme qui s'efforce de me poursuivre. Pour la première fois depuis des mois, je me surprends à pleurer. Mais de quoi ? De tristesse ? De rage ? Je me pensais définitivement immunisée depuis mon arrivée à la Bastille, comme si le pire pouvait me toucher sans m'arracher ces douloureux sanglots. Car je souffre. Je souffre de me sentir abandonnée de ceux que je pensais mes amis, seule contre tous. Mais je souffre encore plus de montrer que cela m'affecte.
Du revers de la main, je m'empresse donc d'essuyer ces larmes que je n'ai pas le droit de laisser voir, tandis que derrière moi une voix s'égosille :
- Elisabeth, attends, je vais t'expliquer ! Me crie Cormac pour tenter de couvrir le bruit qui nous entoure. Attends ! Tu te diriges vers les combats ! Dans l'autre sens !
J'ai à peine le temps de réaliser ce qu'on me dit que je débouche sur une cour intérieure où s'entasse une centaine de combattants. Des dizaines de gardes, dans leurs tenues bleues devenues rouges de sang, sont effondrés au sol. Dans leurs yeux restés parfois ouverts, je ne peux que me heurter au vide et à une vie qui s'est brutalement éteinte. L'espace d'un instant, cela me horrifie. Je veux détourner le regard de ces cadavres trop nombreux, mais les cris barbares poussés par les assaillants m'en empêchent. C'est finalement emportée par un mouvement de foule que mes jambes plient sous mon poids, me laissant pantelante sur le pavé poisseux et rougeâtre.
- Elisabeth ! Elisabeth ! Où es-tu ? Hurle alors Cormac de toute la force de ses poumons, apparemment affolé de m'avoir perdue.
Je voudrais lui répondre, mais avec tout ce vacarme et l'état d'essoufflement dans lequel je me trouve, ma voix n'est plus qu'un murmure inaudible. Piétinée de part et d'autre, j'essaie tant bien que mal de me relever au moment où une pensée lugubre me traverse l'esprit.
Cormac. Il porte une tenue de garde.
Sûrement volée à l'une de ses victimes pour s'infiltrer et venir me sauver.
Mais...Ces enragés ne vont pas faire la différence !
Damn (1) il est en danger ! Et par ma faute !
Mue par un mauvais pressentiment, je me traine difficilement en dehors de la mêlée après m'être faite écrasée par plusieurs individus -soldats royaux ou révolutionnaires, je n'en sais rien- qui ont du me prendre pour un cadavre parmi tant d'autres. Heureusement, je ne m'en tirerai qu'avec quelques ecchymoses et courbatures si le pire n'est pas à advenir.
Je me dois d'agir vite. Une fois à l'écart des combats, je me relève prestement en m'appuyant sur les débris d'un mur écroulé. Mon regard balaie vivement la foule compacte dans l'espoir d'y retrouver mon mentor. Mais bien sûr, ce dernier n'apparait plus lorsqu'on a besoin de lui ! Bon sang, où est-il, ce satané Maitre Templier ?!
Par ici, un révolutionnaire décapite un pauvre garde, sûrement un père de famille qui faisait simplement son travail. Beurk. Je détourne le regard et cherche mon mentor dans une autre direction.
Par là, un soldat royal se bat avec un brun enragé. Le premier semble mener la danse et se trouve sur le point de gagner lorsque je réalise que ses manœuvres sont dans l'unique but de se défendre, et non de tuer son adversaire. Mais p...
Cormac ! Bien sûr, comment ai-je pu ne pas le reconnaître pour la seconde fois !
A le voir ainsi se mouvoir entre ses assaillants avec autant de vitesse et d'agilité, je sens un poids s'évaporer de mon cœur. Mon mentor gère la situation. Comment ai-je pu en douter ? Je le tiens pour être le plus grand bretteur qu'il m'ait été donné de rencontrer ! Après Père, bien évidemment. Il faudrait que je lui dise, un jour. Bon sang, à quoi suis-je en train de penser ? Je suis en colère contre Cormac et il n'est pas près d'en être autrement !
Après avoir mis son adversaire au sol, sonné mais bien vivant, le Templier déguisé en garde se tourne pour contrecarrer un nouvel assaillant. Dans son mouvement pour faire volte face, il se trouve un instant face à moi au moment précis où je l'observais. Ses yeux rencontrent alors les miens pour venir s'y ancrer. Une seconde de trop. Un instant, je crois y lire du soulagement, de la joie de me voir debout sans blessure grave. Puis la seconde suivante, je n'y vois plus qu'une douleur ineffable.
L'épée de son adversaire vient de lui traverser le dos violemment pour ressortir par le torse.
Je n'ai pas eu le temps de réagir, écartée comme je le suis du combat, plongée dans la contemplation de mon mentor qui vient de me donner ma dernière leçon d'escrime.
L'assaillant de Cormac a à peine le temps de retirer son arme du corps de mon mentor que je l'ai déjà plaqué au sol. L'espace d'un instant, seule la colère guide mon bras. Je n'ai que faire de savoir si cet homme a une famille, s'il a tué Cormac sur un quiproquo. Il a tué l'un de mes rares seuls amis et pour cela, j'aimerais le voir périr dans les pires souffrances. Mais à défaut de temps, je me contente de lui enfoncer dans le torse sa propre épée que je lui ai arraché des mains au passage.
Je viens de tuer mon premier homme, et cela ne m'affecte pas.
La seule chose qui compte pour moi à cet instant est de sauver Cormac.
Aussi vite que possible, je reviens donc sur mes pas, glissant à moitié sur le pavé répugnant en voulant m'agenouiller auprès du blessé.
Cormac est dans un très sal état. Le sang coule à flots de la plaie béante à son torse, tant que je ne sais pas comment l'endiguer. Son visage, quant à lui livide, est tordu par la souffrance que le Templier ne parvient pas à dissimuler. Ses yeux sont tenus obstinément fermés, comme pour tenter de se couper du monde extérieur et de la douleur qui assaille le pauvre homme.
Je ne sais pas quoi faire, je ne sais pas ce que je dois faire. Chercher des secours ? Qui m'entendra dans ce raffut ? Qui daignera m'aider ? Et puis le temps qu'il arrive...Emmener Cormac à l'abri ? Mais comment ? Il est plus lourd que moi, et je risquerai de lui faire mal pour rien. Réfléchis, Elisabeth, réfléchis !
Mais aucune idée miraculeuse ne me traverse l'esprit. Je reste agenouillée comme une idiote avant d'enfin oser prendre la main de Cormac dans la mienne, geste désespéré mais qui se veut, en vain, rassurant. A ce contact, mon mentor rouvre deux yeux épuisés qu'il pose difficilement pour moi. Je comprends qu'il lutte pour ne pas les laisser regarder le vide, cela au prix d'efforts insoutenables. Mon pauvre mentor ouvre finalement la bouche, tentant d'articuler quelques mots qu'il souffle à peine :
- Va...t'en...Vite. Cache...Toi.
Je sens mon cœur se serrer. Mon Dieu ! Si seulement j'avais écouté Cormac lorsqu'il était venu me sauver, nous n'en serions pas là ! Il...Il...Il ne serait pas...
- Les Assassins...ont trouvé notre...
Je veux empêcher mon mentor de parler davantage, devinant bien les douleurs encore plus terribles que cela provoque chez lui. Sa respiration devient sifflante et me panique encore plus, si cela était possible. Mais d'un geste impétueux de la main, Cormac me fait comprendre de le laisser parler et de l'écouter, pour une fois.
- Notre...Planque...Tué...Nos amis...Rares...Survivants.
Q...Quoi ? Une attaque contre notre repère ?! Des morts ?! Mais...Et Olympe ? Et Monsieur Lavoisier ? Edward ?
Comprenant enfin pourquoi mes amis ne me sont pas venus en aide plus tôt, je veux presser mon mentor pour obtenir davantage d'informations. Malheureusement, ce dernier n'est plus en mesure de me dire quoi que ce soit. Son visage livide est maintenant la teinte de la mort. Un peu de sang perle au coin de sa bouche, ce qui ne laisse plus aucun espoir quant à la suite des évènements.
Dans un dernier sursaut d'énergie, Cormac tend sa main libre vers moi et tente de dégager celle que je tiens. Puis, tremblant comme une pauvre feuille d'arbre, il esquisse un geste pour délier quelque chose à son poignet. Ses lames secrètes ! Mais...
Ne cherchant pas à m'opposer aux dernières volontés d'un homme mourant, je l'aide dans l'entreprise qui semble lui coûter tant d'énergie. Personne ne fait attention à nous et je ne remarque même pas les larmes qui inondaient mes joues. Lorsque nous parvenons enfin à lui retirer ses armes, je ne sais pas trop ce que je suis censée en faire. C'est alors qu'il me semble apercevoir un léger sourire flottant sur les lèvres de l'agonisant tandis que celui-ci, d'une main presque molle, pousse ses lames secrètes vers moi.
Il...Je...Ai-je bien compris ce qu'il essayait de me dire ?
Comme pour le remercier et l'accompagner dans ses derniers instants, je prends dans mes mains la main de Cormac tenant les lames secrètes. Il ne me faut pas quelques secondes avant de réaliser que la main de mon mentor est devenue inerte. Mais qu'importe ! Je veux la garder dans les miennes, la réchauffer pour espérer qu'elle se meuve à nouveau !
Mais il n'en est rien. Lorsque je pose mes yeux sur ceux de Cormac, je remarque que mon mentor me regarde fixement. Le fin sourire qu'il avait eu dans ses derniers moments ne l'a pas quitté jusqu'à la fin, malgré la douleur incommensurable.
Un sanglot vient mourir au fond de ma gorge. Non ! Non ! Ce n'est pas possible ! Ce n'est qu'un cauchemar ! Je vais me réveiller dans mon cachot et tout ira bien ! Non !
Mais je ne me réveille pas. Et Cormac ne se relève pas. Alors doucement, tout doucement, je repose sa main sur son torse tout en récupérant le dernier cadeau qu'il a voulu me faire. Puis, avec milles précautions, je pose ma main sur ses yeux que je ferme délicatement. Je voudrais faire plus, tellement plus, mais je reprends brusquement conscience des combats autour de nous.
Les assaillants avancent dans la Bastille, laissant la porte largement ouverte derrière eux. Je tiens là mon occasion de fuir sans que personne ne fasse attention à moi. Mais je dois faire vite.
Je n'arrive pas à me relever. Je veux demander pardon à mon mentor, mais pleure trop pour articuler le moindre mot. De toute façon, il ne m'entendrait plus.
Cormac...Je...Je suis tellement désolée...J'aurais dû...J'aurais dû t'écouter...
Puis, brusquement, je me retrouve debout. J'ai la tête qui tourne et une furieuse envie de vomir. Malgré cela, je jette un dernier regard à mon mentor, puis tourne les talons pour prendre mes jambes à mon cou.
Lorsque je cours de nouveau dans les rues de Paris, ma soif de liberté n'a jamais été aussi amère.
La Bastille vous change un individu, assurément. Si j'étais encore une adolescente lorsque ma mission ratée mis à conduit, je suis aujourd'hui une adulte que la vie n'a pas épargnée.
A la différence que moi, j'ai encore la chance d'être en vie.
(1) Oui, Elisabeth jure en anglais ^-^ Etant une américaine élevée en Angleterre, je trouvais cohérent d'insérer quelques mots dans sa langue natale.
Voilà, désolée que ce soit si triste, mais étant durant la Révolution Française (et avec la Terreur qui va suivre), il y aura malheureusement de la casse ^^'
J'ai osé faire mourir l'un de mes personnages préférés (l'autre étant Haytham). Cela m'en a coûté, mais je pense que c'était nécessaire pour relancer l'action et pour la suite des évènements. Du reste, j'essaie de rester un maximum fidèle à l'Histoire. Je ne vous en dis pas plus ! ^-^
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