Bonjour/Bonsoir tout le monde !

On ne l'espérait plus, mais voici la suite de ma modeste petite fic ! ^-^ Je suis désolée d'avoir pris tant de temps, mais beaucoup de choses ont changé dans ma vie ces derniers temps (j'ai eu mon bac, je suis rentrée à la fac ce qui a introduit beaucoup de nouveautés et un rythme de vie différent). Mais je commence à m'y faire et je reprends l'écriture.

Je me rends compte que ce chapitre comporte relativement peu d'action. En fait, il se concentre plus sur la psychologie d'Elisabeth après les évènements traumatiques qu'elle a vécus. Pour être honnête avec vous, c'est le type d'écriture que je préfère (m'immiscer dans le cœur d'un personnage torturé). Avec ça, on pourrait se demander si je suis en fac de psycho, mais pas du tout ! XD Je fais de l'histoire et de la philosophie. Après ce bref interlude "je raconte ma vie", je vous laisse et ne peux que vous souhaiter une bonne lecture.

Nocturis : Je comprends que tu m'en veuilles ^^' Mais sache que la mort de Shay n'a pas du tout été aisée à écrire. J'aime beaucoup ce personnage et voulais le voir survivre, cependant, je trouvais sa mort plus pertinente pour le développement d'Elisabeth d'autant plus qu'elle est relativement brutale et un peu "causée" par son apprentie. Mais j'espère que la suite te plaira.

Guest : Non, effectivement, je ne le savais pas, tu me l'apprends ! :-) Oui, pour la référence, je la tiens bien du film. Concernant Elisabeth...Disons qu'elle risque de beaucoup changer car malgré leur relation conflictuelle, elle tenait beaucoup à Shay. De plus, elle n'est pas au bout de ses peines. Mais va t-elle changer pour le meilleur ou pour le pire ? :-p Je te laisse voir.

Disclaimers : l'univers d'Assassin's Creed appartient à Ubisoft. Les personnages historiques n'appartiennent qu'à eux (encore heureux). Seuls Elisabeth et Jean sortent de mon imagination.

Ratings : ATTENTION RATING R pour descriptions de scènes violentes et pensées suicidaires


Juillet 1789, Paris

Shay Patrick Cormac. Mon mentor. Décédé.

J'ignore depuis combien de temps je cours, j'ignore même la direction que je suis en train d'emprunter. Tout ce que je sais, ou plutôt tout ce dont j'ai conscience, c'est de mon désir de mettre le plus de distance possible entre la Bastille et moi-même. Entre le corps sans vie de Cormac et le mien, trop vivant à mon goût. Fuir la mort, la violence, fuir la culpabilité qui me révulse les entrailles. Mais surtout, fuir cette image de Cormac, inerte, étendu sur le pavé de la prison parisienne. Non, non !

Tout à mon état de choc, ces pensées ne présentent rien de cohérent dans mon esprit. Au contraire, elles ne constituent que de sortes d'éclairs qui me frappent aussi violemment que soudainement. Je revois sans cesse les épées sanglantes, les visages déformés par la colère des révolutionnaires...et puis celui, pâle, de celui qui m'a intégré à l'Ordre. Les cris de tous ces barbares semblent me poursuivre dans les rues, malgré les quelques quatre cents mètres que j'ai du mettre entre eux et moi. Suis-je devenu folle ?

Lorsque je me laisse finalement tomber le long du mur d'une ruelle, je me dis que tout doit le laisser paraître. Mes vêtements rapiécés et troués, mêlés à mes cheveux hirsutes et ma course désespérée qui m'a couverte de sueur. Mon regard hagard coule sur le décor funeste qui m'entoure : rats morts, déchets qui s'amoncellent, rien ne semble capable de capter mon attention. Un voile est tombée entre le monde extérieur et moi-même : le voile de la mort de Cormac.

Repliant les genoux contre mon torse, je pose ma tête au creux de ceux-ci. Les larmes coulent le long de mes joues avant de venir s'écraser sur le pavé répugnant. Je n'essaie pas de les retenir. En faite, je n'y songe même pas. Je me contente de rester prostrée là, comme un enfant perdu et désespéré. N'est-ce pas ce que je suis, à y bien réfléchir ?

J'ai la très désagréable impression d'avoir déjà vécu cette scène. Mais la fois précédente, c'était en Angleterre, à Londres, il y a presque sept ans de ça. Lorsque j'ai appris que mon père adoré était tombé sous les coups de ce Connor. Sauf que ce jour-là, Edward était là pour m'épauler. Aujourd'hui, je suis seule, face à un nouveau démon : ma culpabilité.

Edward...Olympe...Monsieur Lavoisier... Sont-ils seulement encore en vie ? Je ne peux qu'espérer un tel miracle. Et Jean, ce cher Jean qui essayait tant bien que mal de me rendre la vie supportable à la Bastille ? Je prie pour que les révolutionnaires ne lui aient rien fait. Si seulement j'avais réussi à ouvrir cette satanée porte qui gardait l'entrée de sa cellule !

Au comble de l'angoisse et du remords, je passe mes mains tremblantes dans mes cheveux noueux. Sans m'en rendre vraiment compte, je crois que j'en arrache quelques touffes. Mais rien, rien n'a plus d'importance que le nom de mes amis que j'implore à voix basse :

- Cormac...Edward...Olympe...


Quand je reprends enfin un peu de contenance et de maitrise de moi-même, la nuit est en train de tomber. Cette tragique journée est passée sans même que je ne le réalise, absorbée que je l'étais par mes craintes et ma douleur. Me relevant avec difficulté, je me sens vidée de toute énergie, ignorant tout de ce qu'il va advenir de moi maintenant. Que dois-je faire ? Avant de mourir, Cormac m'avait ordonné de me cacher pour échapper aux Assassins qui avaient trouvé notre planque. Cela veut-il dire que je suis recherchée, que les Assassins connaissent mon identité ?

Bien entendu, je me fustige mentalement, je suis la fille d'Haytham Kenway, leur ancien grand ennemi. Je me souviens d'un même coup du secret que mon père avait fait de moi : il ne souhaitait pas que les membres de la Confrérie aient connaissance de mon existence, pour qu'ils ne fassent pas de moi une de leurs cibles. Raté, Père.

Mais soudain, je réalise que le combat est parfaitement injuste. Si les Assassins savent à quoi je ressemble (je ne sais pas par quels moyens, d'ailleurs), je n'ai aucune idée de leur visage. Mes compagnons Templiers m'ont dit un jour qu'ils ont pour habitude de porter une sorte de robe étrange. Mais ils n'auraient qu'à se déguiser que je ne saurais les identifier ! Bon, du calme Elisabeth, il doit bien y avoir une solution.

Tout d'abord, il me faut retrouver mes amis. Ou tout du moins savoir s'ils sont en vie, quelque part. Mais comment savoir ? Chercher, il me faut chercher. Mais où ? Au dernier endroit où je les ai vu, bien sûr. Notre planque.

Un instant, j'hésite. Ce projet est dangereux, voir même suicidaire. Si les Assassins ont attaqué notre repaire, l'endroit n'est assurément pas sûr. Peut-être reste-t-il encore quelques uns de ces vauriens sur les lieux. Ce serait me jeter dans la gueule du loup. Mais à la fois, la foudre ne tombe jamais deux fois au même endroit. Peut-être mes ennemis ont-ils désertés cette bâtisse jugée inutile -puisque dorénavant inhabitée-. Je ne peux pas savoir. Concrètement, à y aller, je mise mon avenir sur un coup de chance. Soit les Assassins sont présents et je suis exécutée sur place. Soit il n'y a personne et je peux retrouver la trace de mes amis.

J'imaginerais presque Cormac me hurler dessus pour mon imprudence. Mais que veut-il ? Je n'ai pas trop d'autre alternative.

Ajustant donc mes nouvelles lames secrètes à mes poignets, mon regard se fait vide d'émotions.

S'il y a des Assassins, je n'aurais aucune pitié pour eux.


Finalement, ce ne sera pas aujourd'hui que mes armes héritées de mon mentor feront couler le sang. Arrivée devant la maison qui m'a abritée pendant plusieurs mois, je ne peux que constater qu'elle est...vide. Laissée déserte, fantôme. En faite, le plus troublant est que, de l'extérieur, rien ne semble avoir changé depuis mon départ. Hormis...Mon Dieu ! Hormis cette trainée pourpre sur le devant de la porte d'entrée ! A cette simple vue, j'ai le sentiment qu'une énorme massue s'écrase sur mon crâne. Si ce n'était déjà pas le cas, je crois que je deviens livide. La sueur s'amoncelle sur mon front et mon visage, déjà rendus sales par les précédents combats. Non, ce n'est pas possible ! Par pitié !

Sans plus réfléchir, je pousse violemment la porte et rentre à l'intérieur comme une furie. Niveau discrétion, on a vu mieux, mais je n'en suis plus à me poser de questions sur l'éventuelle présence d'un ou plusieurs Assassins en ces lieux.

J'arrive donc dans le hall d'entrée que je trouve désert, ainsi que je me le figurais. De mes yeux fiévreux, je cherche désespérément le moindre petit détail inhabituel. Des débris de vase par terre, un morceau de papier qui ne serait pas à sa place. Non, rien de tout ça. En réalité, rien ne semble avoir bougé ici depuis des lustres. Je pourrais presque distinguer la fine couche de poussière intacte sur les meubles. Non, assurément, l'attaque de notre quartier général n'avait rien d'un acte de vandalisme.

Je réalise alors que je ne vois pas même une trace de combat. Pas de sang, encore moins de cadavres. Je ne sais pas si cela devrait me rassurer ou au contraire m'angoisser davantage, mais c'est finalement la peur au ventre que je franchis le couloir vers notre salle de repos -ou plutôt ce qui le fut-. Car sitôt que je pousse la porte en question, le pire spectacle que j'aurais pu imaginer s'offre à ma vue. Des morts de tout côté, ayant déjà entamé un long processus de décomposition, du sang sur les murs... Presque immédiatement, je me recule dans le couloir pour régurgiter le peu de bile présent dans mon organisme.

Je reste un moment dans ledit couloir sans oser repasser ma tête par l'entrebâillure de la porte. Choquée par la vision que j'ai eu, je suis encore plus terrifiée à l'idée de devoir identifier les corps sans vie de ceux qui furent mes amis. Mais je n'ai pas le choix, n'est-ce pas ? Après de longues minutes à me persuader de la nécessité d'agir, je finis par me couvrir la bouche et le nez avec le haut de ma chemise -afin de me protéger de la puanteur- et rentre d'un pas tremblant dans l'antichambre de mon enfer.

Lentement, pour m'assurer de ne passer à côté d'aucun élément important, mais aussi dans une sorte de respect pour mes anciens compagnons d'armes, je fais le tour de la pièce en retenant mes haut-le-cœur. Mon regard désolé passe d'un visage à un autre dans l'angoisse de reconnaître les traits d'Olympe, de Monsieur Lavoisier ou d'Edward. Mais arriverais-je seulement à les reconnaître, vu l'état de décomposition déjà avancé des corps ? Un instant de terreur pure me frappe lorsqu'il me semble reconnaître le scientifique dans un cadavre étendu dans une position grotesque, une blessure béante au cou. C'est avec un soulagement sans nom, puis avec une gêne monstrueuse que je me rends compte de mon erreur. Est-ce que je viens bien de me réjouir de la mort d'un homme, en lieu et place de mon ami ? Oui. Comme quoi, une situation ignoble entraine des réactions qui ne le sont pas moins.

Après un quart d'heure de fouilles, je peux assurer qu'aucun de mes proches ne se trouvent dans cette pièce. Cette perspective fait renaitre un peu d'espoir en moi. Je reviens donc sur mes pas, prête à poursuivre mes recherches dans le reste de la bâtisse, lorsque je laisse mon regard dérivé une dernière fois sur les lieux. Cette pièce où j'ai rencontré Monsieur Lavoisier il y a de ça des mois. Une sorte d'allégorie de mes rêves réalisés. Jamais je n'aurais cru qu'elle deviendrait tel lieu de désolation.

Mes pas me mènent ensuite à l'étage où j'hésite un instant à l'idée de fouiller les chambres. Ne s'agit-il pas de l'intimité de mes camarades ? Voyons, Elisabeth, je tente de me raisonner, tes camarades sont peut-être morts à l'heure qu'il est, et si fouiller dans leurs affaires est le seul moyen de les retrouver, je doute qu'ils t'en voudront. Après avoir repris une grosse inspiration, je me prépare donc mentalement à découvrir une scène peut-être aussi terrible que celle du salon, et entre dans la première chambre -celle d'Olympe-.

Nouvelle surprise. A l'égal du hall d'entrée, rien n'a été dérangé dans cette pièce. On dirait presque que ma chère féministe va rentrer d'un instant à l'autre. Toutes ses affaires -ou du moins celles que je reconnais- sont bien à leur endroit habituel. Son lit est même fait avec toute la rigueur que je connais à mon amie. Convaincue de ne rien trouver d'intéressant, je ferme silencieusement la porte derrière moi et retourne dans le couloir.

La pièce suivante, sur le pallier, n'est autre que la chambre de Cormac. Ma gorge se serre à cette pensée. Finalement, par respect pour l'âme du défunt ou par simple couardise -je ne saurais dire-, je préfère ne pas la fouiller et passe mon chemin.

J'arrive alors devant celle du scientifique que j'admire. Toujours muée de cette angoisse sourde, je pousse le battant de la porte en retenant mon souffle...pour trouver de nouveau une pièce impeccable. Je crois que je ne comprends plus rien. Ici aussi, le lit est fait. Et puis...Hormis quelques habits jetés sur la chaise du bureau, tout est en ordre. Un seul détail retient mon attention : sur le bureau de mon ami se trouve une expérience qui me parait à peine terminée. Je reste à la contempler quelques instants, presque absente, avant de réaliser qu'il s'agit de...Ma bombe ! Celle que j'avais inventé alors que j'étais encore à Londres avec ma tante et Edward ! Je me souviens maintenant ! Je me souviens que je l'avais montrée à mon modèle lorsque je l'avais rencontré ! Sûrement l'a-t-il améliorée de son côté -pour le meilleur, je n'en doute pas-. Curieuse, et persuadée que cette invention pourrait m'être d'une grande aide, je me saisis d'une dizaine de petites balles explosives que je glisse dans mes poches.

La dernière pièce qu'il me reste à explorer n'est pas des moindres. Ma chambre. Sous le choc de toutes ces découvertes plus ou moins étranges que j'ai faites cette dernière demie-heure, je pousse la battant de ce qui fut un temps mon refuge sans trop réfléchir. Le choc de la réalité me ramène brusquement à moi.

En effet, ma chambre est d'un chaos horrifiant. Contrairement à celles de Monsieur Lavoisier ou d'Olympe, la mienne est sans dessus-dessous, entièrement dévastée. Ce coup -ce dernier coup- est le coup de grâce. C'est à peine si je peux reconnaître l'endroit où j'ai pourtant vécu ! La modeste armoire qui contenait mes quelques affaires a été jetée au sol : mes habits éparpillés au quatre coins de la pièce, mes rares effets personnels brisés au sol...Jusqu'à mon lit a été retourné et mon matelas éventré ! Les vitres de ma fenêtre sont eux aussi détruits : réduits à des morceaux de verre éparpillés au sol. Il m'est difficile de parler avec certitude dans ce bazar sans nom, mais j'ai l'impression que si on a cassé mes affaires, on ne m'a étrangement rien volé.

Dans mon ramassis d'affaires, je parviens à retrouver le vieux sac que m'avait donné Père le jour de mon départ d'Amérique. J'y jette négligemment les habits les moins abîmés avant de me décider à sortir d'ici.

J'aimerais me dire que plus rien ne me retient dans cette bâtisse, mais c'est faux. Mes moments de bonheur, mes amis...Tout ce que j'avais, détruit par cette bande d'aliénés ! Cependant, je commence -enfin- à réaliser que flâner ici n'est pas ce qu'on a fait de moins dangereux. J'ai vu tout ce que j'avais besoin de voir. Je dois maintenant faire le point en essayant de me mettre à l'abri.


C'est finalement sous un des nombreux ponts de la capitale que je me retrouve au beau milieu de la nuit. A première vue, je peux convenir qu'il ne s'agisse pas de l'endroit le plus sûr de Paris, mais à tout bien y réfléchir, qui viendrait me chercher ici ? Et puis, ce n'est pas comme si j'avais réellement le choix. Sans un sou, aucune taverne ou auberge n'accepterait de m'offrir l'asile. Les rues de la capitale sont, quant à elles, bien trop mal famées pour que ne m'y établisse trop longuement sans m'exposer à des hommes mal intentionnés. Quoi qu'à tout bien y réfléchir, ces derniers ne sauraient pas être un véritable problème. En effet, qui pourrait faire du mal à une apprentie Templière armée ? Assurément pas quelques abrutis pervers et saouls. Par contre, je ne m'avancerais pas autant au sujet d'un voir plusieurs Assassins. Non pas qu'ils me fassent réellement peur, mais je ne peux me permettre de mourir ce soir. L'immense tristesse commence à laisser place à un sentiment bien pire : une colère froide, déterminée à élaborer sa vengeance.

C'est donc sous ce pont que je me suis réfugiée, dissimulée à l'abri des regards -hormis peut-être à celui de ce rat qui passe nonchalamment à côté de moi, reniflant des détritus qu'il a trouvé-. Comme pour éliminer le dernier témoin de ma déchéance, je dégaine une de mes lames secrètes. La pauvre bête n'a rien le temps de voir venir. En un instant, elle se trouve transpercée par mon acier qui signe son arrêt de mort. Il y a quelques temps, j'aurais été la première choquée par la mort d'un être innocent -quand bien il ne s'agissait que d'un rongeur-, mais ce soir, tout me parait futile. Je me dis simplement que je tiens mon dîner.

Laissant aller ma tête contre le mur derrière moi, je réfléchis. Tant de choses se sont passées aujourd'hui qu'il me faut réassembler ce gigantesque puzzle pour le rendre cohérent.

Premier fait surprenant qui ne me heurte que maintenant : les cadavres de...De feu mes compagnons. Je ne réalise qu'à l'instant que je les ai tous trouvé dans notre salle de repos. Rien dans le hall, rien dans les chambres. Etrange. Les Assassins n'ont pas pour habitude de rassembler leurs victimes, vivantes ou décédées. Et puis, je ne vois pas pourquoi ils auraient fait cela. Non. Si j'ai trouvé les corps de mes anciens camarades dans le salon, c'est qu'ils devaient tous s'y regrouper au moment où...Enfin "au moment". Dans un éclair de lucidité, je me souviens que c'était dans leurs habitudes -dans nos habitudes- de nous retrouver dans cette pièce après le dîner, pour passer la soirée tous ensemble avant d'aller nous coucher. C'est sûrement à ce moment-là qu'ont du survenir nos ennemis. Entre 21h et 23h, à ce que je conclus.

Des larmes montent de nouveau à mes yeux, mais je fais l'effort de les refouler. En fait, je ne sais plus trop s'il s'agit de larmes de peine ou de rage. Sûrement des deux.

Les cadavres de mes camarades réapparaissent à mes yeux. Je revois leurs expressions surprises pour certaines, douloureuses pour d'autres. Mais surtout... Surtout, je revois leurs visages déjà attaqués par la décomposition. J'ai beaucoup de mal à en venir à cette conclusion tant cela m'est pénible, mais je pense pouvoir dire que...La mort doit remonter à quelques mois, peut-être deux ou trois. Ainsi, j'ose imaginer que l'attaque a dû survenir un soir d'avril ou de mai.

Je me mords les lèvres. J'imagine mes amis, ayant élaboré un plan pour me sortir de la Bastille, prêt à me venir en aide. Et cette attaque qui est venue réduire à néant leurs préparatifs. Et moi qui leur en voulais, me figurant qu'ils m'avaient abandonnée à mon sort...

J'en viens à reconsidérer ce que j'ai vu à l'étage, dans nos chambres. Un détail me revient à l'esprit, et m'insuffle soudain une énorme vague d'espoir. Dans la chambre de Monsieur Lavoisier, je revois son expérience à peine terminée, laissée sur sa table de travail. Je connais mon ami pour être quelqu'un de très peu ordonné -en réalité, Olympe ou moi-même passions parfois dans son dos pour faire un peu de rangement-, mais son amour pour ses travaux était tel qu'au contraire, il ne les laissait jamais trainer. Pourquoi ? Pourquoi donc alors, ce soir là, aurait-il laissé sa bombe sur son bureau ? Une seule solution s'impose à moi. S'il n'a pas mis son expérience en lieu sûr, c'est que Monsieur Lavoisier n'en a pas eu le temps. Au soir de l'attaque, il devait être en train de peaufiner sa création lorsqu'il a dû entendre les bruits des combats. C'était d'ailleurs dans les habitudes de mon ami de nous fausser compagnie le soir pour aller retrouver ses tubes à essai. Alors...Alors...S'il n'était pas dans la mêlée au moment critique, peut-être a t-il réussi à s'enfuir ? Peut-être est-il vivant, caché quelque part ?

A cette pensée, je me lève d'un bond, si précipitamment que la tête m'en tourne. Je dois le trouver ! Le trouver pour lui dire que je suis vivante, et pour l'aider !

Du calme, du calme Elisabeth, je me fustige mentalement. Il ne faut pas agir sur un coup de tête.

Je me rassois donc à contre cœur, me forçant à poursuivre mes déductions.

Ma chambre.

Retournée, dans un état absolument chaotique, comme si les Assassins avait passé un certain temps à la passer au peigne fin, contrairement à certaines pièces qui ont été laissées intactes. Pourtant, rien n'a été volé. Il ne me faut pas longtemps pour en venir à la conclusion, aisée à trouver, que nos attaquants était déterminés à trouver quelque chose qu'ils savaient se trouver dans ma chambre, et qu'ils n'ont pourtant pas réussi à dénicher. Je revois Cormac m'ordonnant de fuir, et je sais dans mon for intérieur que ce que cherchaient si activement les Assassins, c'était moi.

Je me souviens alors que mon Père prenait grand soin de cacher mon existence au reste du monde. Aujourd'hui, je comprends parfaitement pourquoi. Je suis la fille d'Haytham Kenway, Grand Maitre du Rite Colonial. En intégrant les Templiers de Paris, j'ai affirmé mon ambition de m'élever à son niveau et dois donc représenter une menace pour la Confrérie que mes amis combattent. Menace qu'ils ont décidé d'éliminer.

Mais alors...Cela veut-il dire que j'étais la seule véritable cible de ce déchainement de violence ? Je resonge un instant au désastre dans ma chambre, et me souviens des vitres brisées. Peut-être...Peut-être les Assassins sont-ils rentrés par là. Certainement, même. S'ils m'avaient trouvée ainsi qu'ils l'avaient prévu, ce seraient-ils contentés de me tuer puis de repartir ? Le massacre de mes compagnons aurait-il eu lieu ? Cette pensée me paralyse littéralement, glaçant mon sang dans mes veines.

Paradoxalement, je veux croire qu'il aurait eu lieu. Que mes compagnons seraient morts, de toute façon. Au fond de moi, je repousse violemment la perspective d'une réalité où ils seraient encore en vie. Car ce serait admettre que...Que si j'avais été là, mon sacrifice aurait été suffisant à les sauver. Que c'était parce que j'étais à la Bastille, suite à ma propre imprudence, que mes camarades sont morts à ma place. Et je veux croire que ce n'est pas le cas. Je n'ai pas causé leur mort !

Malgré ce dont j'essaie désespérément de me persuader, une nausée effroyable prend possession de moi. Je regarde les eaux boueuses de la Seine avec terreur. Comment ?! Comment ai-je pu provoquer la mort des Templiers de Paris ?! Mon Dieu...Suis-je donc un monstre ? Après avoir sûrement brisé le cœur de ma tante en m'enfuyant, après avoir causé le décès de mon mentor, voilà que j'ai sur la conscience la mort de tous mes camarades ?! Ce n'est pas possible, ce n'est juste pas possible...

La colère sourde que je ressentais à l'instant contre les Assassins se retourne alors contre ma propre personne. Pourquoi me suis-je donc lancée dans l'entreprise suicidaire d'aller tuer Napoléon Bonaparte ? Pourquoi est-ce que je n'étais pas là pour aider mes frères d'arme quand ils avaient besoin de moi ? Pourquoi ne suis-je pas morte à leur place ?

Le monde me parait soudain bien noir. Injuste. Absurde. Pourquoi sont-ce les monstres qui survivent ? Pourquoi dois-je perdre tous ceux qui comptent à mes yeux ?

C'est alors que me vient cette terrible perspective. Je me dis qu'il faut réarranger cela, remettre les choses comme elles devraient être. Et pour cause, je devrais être morte. Et puis...Je n'entraine que la destruction autour de moi. Le dernier secret d'Haytham Kenway n'était pas un secret, mais une malédiction. Et il faut que j'y mette un terme.

Me relevant bien plus timidement que précédemment, je m'approche donc lentement des eaux fluviales. Je m'approche tant que je ne suis plus qu'à un pas. Un simple pas et je pourrai demander pardon à mes compagnons, revoir mon Père et tenter de le persuader que j'ai toujours essayé de faire les bons choix.

Je regarde fixement les ondes sombres, les genoux fléchis prêt à céder pour faire basculer mon corps dans le liquide que j'imagine glacial, lorsqu'une brusque pensée me saisit. Oui, j'aurais dû mourir dans l'attaque de notre quartier général. Mais mourir maintenant ne ferait que donner victoire aux Assassins. Et je ne peux le permettre. Quitte à passer l'arme à gauche, autant que ce soit fait en me rendant utile et non simplement en me noyant dans le fleuve parisien. Je dois d'abord me racheter en tuant les Assassins, même si pour cela je dois y laisser ma peau.

Vengeance. Vengeance sera donc mon maitre mot.

Résignée, je me détourne donc et, abasourdie par la journée forte en émotions que je viens de vivre, retourne m'assoir là où j'étais précédemment. Des tas d'interrogations se bousculent encore dans ma tête, dont celle de savoir si Monsieur Lavoisier a réussi à s'enfuir, mais je réalise qu'à cette heure tardive de la nuit, je ne trouverai pas de réponses. J'ouvre donc mon sac pour en sortir une vieille veste que je dispose sur mon ventre en guise de couverture.

C'est ainsi que je sombre lentement dans le sommeil, un sommeil léger parsemé des plus affreux cauchemars.


Voilà, Elisabeth va t-elle finir par retrouver Monsieur Lavoisier, Olympe et Edward ? ^^ Et puis surtout, sa vengeance ne va t-elle pas la faire basculer vers une certaine cruauté ?

(Pour info, je ne sais pas si cela m'influence, mais je viens de me mettre à Walking Dead et je suis à fond sur le personnage du Gouverneur que je trouve vraiment bien dans le genre "grand torturé")

XXX