Promenade en traineau

Tout commence un matin d'hiver comme les autres, dans un village d'un coin paumé dans une forêt, tout était calme, la neige avait étendu son grand manteau blanc

La période idéale pour les enfants et les plus grands aimant la neige et le froid. Il fallait le dire, le monde sous cette épaisse couche de flocon blancs, soyeux et froid pouvait faire rêver petits et grands.

Les enfants faisaient des bonshommes de neige. Les adolescents s'amusaient à se lancer des boules de cette matière froide. Les adultes se promenaient avec des raquettes aux pieds dans la neige. Observant la nature et la magie de ses décors. L'eau qui se cristallise pour former des petits glaçons aux bouts des branches dénudées de feuilles. Les rivières étaient également gelées, offrant à ceux qui en avaient la possibilité de glisser avec des patins sur la surface dure de la rivière.

Tous souriaient, riaient des activités d'hiver.

Tous ?

Non. Dans une auberge, bien au chaud dans son lit, à l'abri du froid et de la neige, au fond de son lit, Balthazar Octavius Barnabé Lennon bougonnait. Il n'aimait pas l'hiver. Cela lui rappelait de mauvais souvenirs. Ces moments où étant jeune, il tombait facilement malade à l'arrivée du froid.

La tête enfouie sous les couvertures, B.O.B, sortait à peine son nez. Il entendait ses camarades décidant de partir se promener pour s'amuser. Entre deux quêtes, ils pouvaient bien s'accorder un peu de repos non ?

"Allez, viens avec nous B.O.B ! Tu verras, tout se passera bien." commenta Shinddha.

"Nan… J'veux rester ici."

"Pour une fois qu'on peut s'amuser. Tu vas pas rester seul dans cette chambre. On doit rester une semaine ici !" s'inquiète Grunlek.

"Nan…" souffla le pyromage avec une voix faible et fatiguée. "J'aime pas l'hiver. J'aime pas le froid. J'aime pas la neige ! Je vais hiberner ici jusqu'à la fin de la saison."

"D'une manière ou d'une autre, tu devras sortir." ragea le paladin en soulevant les couvertures.

Le demi-diable vola en même temps que la couverture, s'étant accrochée à elle comme à une sangsue. Par la force du paladin, ce dernier se sentit soulevé comme une plume. Une fois en l'air, il tomba dans le vide sur les épaules du paladin ce qui fit lâcher un petit sourire de coquin à Shinddha et Grunlek.

"Vous m'enlevez ce sourire de votre visage vous deux !" hurla le paladin en prenant dans ses bras le mage.

"Bon, on vous attend en bas les amoureux !"

Sur ce, Shinddha et Grunlek sortirent de la pièce pour se rendre à l'extérieur. Laissant le mage avec le paladin.

B.O.B descendit sans aucun mal de ses bras. Il se redirigea dans son lit, quand Théo l'attrapa par le bras.

"Tu crois faire quoi ?"

"Me recoucher pourquoi ?"

"Non, tu vas sortir dehors, ça fait maintenant 3 jours que tu restes sous la couette ou à lire des livres. Tu ne manges quasiment pas. Tu es déjà assez maigre."

"Et ? Qu'est-ce que tu vas faire maman Théo ?"

Le paladin peu ravi de voir le mage être si dissident prit le taureau par les cornes ou plutôt le diable par la queue. Sans aucun ménagement pour les vêtements payés si chers, les dernières économies du mage, Théo l'attrapa par le col et le planta sur son épaule.

B.O.B étonné tenta de s'extirper de cet endroit, en se débattant, mains et pieds se cognant contre la lourde armure de plate du paladin. Les gémissements du diable n'y faisaient rien, le paladin était sourd à toute réclamation, aux pleurs et cris du mage qui sentit l'air de l'extérieur se rapprocher dangereusement de lui.

"Non Théo ! Je vais être malade ! En plus, je n'ai pas de tenue plus chaude. Je ne pourrais pas utiliser de ma magie ou pire encore. Le demi démon va se réveiller."

"Je suis là, au cas où."

"Mais… Mais…"

"On ne discute pas ! Et je sais comment te faire sortir sans que tu râles."

"De quoi ?"

"On va aller se promener à traîneau. Lumière et brasier nous serviront de chevaux de traîneau, tu pourras rester au chaud, tu observeras les merveilles de la nature sans être dérangé par le froid, grâce à une des couvertures de Grunlek. Nous avons également pris des pommes dans la réserve à Shin. Alors, maintenant tu n'as plus aucune excuse et tu me suis !"

L'air toujours boudeur, B.O.B se laissa tomber sur l'épaule du paladin de la lumière. Ce dernier attrapa les dernières affaires. Voyant que le mage ne ferait aucun effort pour tenter de l'aider, il l'enroula dans la couverture, comme une saucisse. Sous le regard hébété des voyageurs dans l'auberge. Il était vrai qu'un tel spectacle ne se voyait pas tous les jours. D'un, parce que c'était davantage des femmes que l'on porte sur son épaule, ou un enfant même. Et de deux, bah… La manière d'agir de Théo était étrange pour ceux qui ne le connaissaient pas.

L'inquisiteur se moqua du regard des autres et se dirigea vers la sortie, vers l'air froid et glacial que B.O.B craignait tant. Et sans aucune précaution, sans prévention, il donna un grand coup de pied dans la porte pour sortir.

"THEO ! NE CASSE PAS LA PORTE VOYONS !" hurla le pyromage.

"Je ne l'ai pas cassée ! Regarde ! Elle est encore dans ses gonds. Elle n'est pas tombée ! Elle n'est pas cassée !"

B.O.B continua de bougonner dans sa barbe. Une fois à l'extérieur, le vent s'engouffra dans les couvertures de B.O.B. Le mage frissonna de tout son corps. Les poils se dressèrent sous le morceau de tissu, tout comme sur sa tête. Le demi-démon ne comprenait pas comment on pouvait aimer ce temps aussi… FROID !

Les dents claquaient. Le nez devenait rouge au fur et à mesure que Théo avançait dans la neige pour l'emmener dans la grange. Là-bas, un traîneau, comme ceux que l'on voit dans les livres d'images pour enfants, les attendait. Lumière mâchait tranquillement de la paille, tout comme brasier que B.O.B n'avait pas désinvoquer. S'étant évanouis avant.

Sans aucune résistance de la part de B.O.B, Théo le posa délicatement dans le traîneau. Les sièges étaient fait en cuir finement travaillé, les bois sculptés en forme d'animaux divers et variés.

Théo prit les rênes et lança les montures vers l'extérieur, B.O.B resta bien au chaud dans sa couverture pour ne pas avoir à subir l'appel du froid. Malheureusement, il ne pouvait rien faire contre le chant du paladin.

"Au petit trot s'en va le cheval avec

ses grelots

et le traîneau joyeusement dévale à travers les coteaux. "

Face à eux, les paysages enneigés étaient présents, les forêts s'étaient endormies, pour laisser place à la neige, aux ombres. Un mélange monochrome de couleurs, où des dégradés grisonnants et bleutés laissaient la place à ce grand traineau coloré. Peut-être la seule présence importante de couleur. Le mage observa le grand Théo qui continuait de sourire, les yeux rayonnants de malice et de joie face à ces paysages.

"Dans le vallon s'accroche l'hiver mais le ciel est bleu.

Ah! Qu'il fait bon faire un tour au grand air comme des amoureux. "

Cette dernière phrase fit légèrement sourire le demi-diable. Habituellement, c'était lui et Shinddha qui faisait des blagues dans ce genre. Par ailleurs, lors de leurs aventures dans le désert, où leurs âmes avaient décidés par un malheureux hasard à s'échanger leur corps. B.O.B avait goûté au plaisir de ne plus subir son double diabolique et la crainte de voir le monde être détruit à cause de ce dernier, car le paladin n'en avait pas l'habitude.

"Ho di up ho di up ohé, ohé du traîneau

Emmitouflez-vous bien dans vos manteaux

Ho di up ho di up ohé pour se tenir chaud

L'un contre l'autre on se blottit comme

deux moineaux dans un nid. "

Heureusement, le paladin avait trouvé la solution avec le mage. Après avoir discuté avec le diable en personne. Il en avait des frissons et étrangement, le mage sentit une certaine dépendance envers le paladin. Comme si quelque chose d'indescriptible, une drogue étrange et délicieuse quand il activait sa lumière. Il reprenait rapidement ses esprits, mais en le regardant droit dans les yeux, il avait de nouveau cette sensation, cette envie d'être proche de lui. Quand Théo se retourna à son encontre, B.O.B tourna les yeux pour regarder vers les couvertures, les joues aussi rouge que son manteau.

"C'est merveilleux de voir défilant comme un décor peint,

devant nos yeux les villages tout blancs et les petits sapins."

B.O.B releva légèrement la tête avant de voir que le traineau se rapprocher dangereusement d'un sapin. Il se débattit pour tenter de reprendre les rênes de son coéquipier en hurlant de bouger, d'être plus vigilant. Il eut comme réponse la chanson du paladin.

"Parfois tu cries car ça penche un peu, c'est l'instant d'effroi,

moi je souris, j'ai le cœur amoureux et le bout du nez froid. "

Si cela était vrai, pensait Balthazar en se remettant au fond de ses couettes, mais cela était impossible. Ils étaient tous deux hommes. Lui démon, l'autre paladin. Ils étaient comme l'eau et le feu, impossible de les associer. Ils étaient incapables de vivre ensemble. Pourtant, ils étaient tous les deux encore vivant. Ils partageaient les mêmes aventures. Le nez du paladin rougissait par le froid avec un sourire de gamin. Le soleil commençait à descendre doucement dans le paysage froid. L'obscurité envahissait le ciel bleu azur. Les étoiles commençaient doucement à apparaître pour éclairer le chemin.

" L'attelage a déjà pris le chemin du retour.

Nous allons être surpris par la tombée du jour,

car c'est l'heure où la nuit sans bruit s'épanouit comme une fleur

et s'allume le ciel qui change de couleurs. "

Balthazar savait qu'une fois rentré dans l'auberge, il ne pourrait pas profiter de nouveau d'une telle complicité avec le paladin. Il aurait voulu que cet instant dure un peu plus longtemps. Un coup de vent s'immisça dans les petits recoins où la peau était encore visible. Un frisson parcourut le mage qui observa l'horizon

"Mais voici notre maison qui nous fait signe au loin,

sa lumière à l'horizon scintille comme un point.

Je me vois déjà près de toi le rire aux yeux,

le cœur content, près du grand feu de bois qui flambe et nous attend."

À l'évocation des flammes qui les attendent, B.O.B n'avait qu'une envie, se réchauffer auprès de la cheminée, avec une tasse d'une boisson chaude en main.

"Au petit trot s'en va le cheval avec ses grelots

et le traîneau joyeusement dévale à travers les coteaux."

Fin.