Le chant de Noël : l'humanité de B.O.B.

Au centre d'une petite bourgade civilisée, entre passants et marchands, Balthazar Octavius Barnabé Lennon marchait paisiblement. Le visage caché sous une capuche rouge de son manteau, il observait au loin une échoppe, une boulangerie qu'il connaissait bien., un endroit qui l'avait vu grandir. Les rues, les maisons, les pavés, rien n'avait vraiment bougé dans les bâtiments. Seuls les habitants avaient vieilli, des nouvelles têtes, jeunes ou âgées. Lui, se mêlait sans aucun souci, tant que le visage était caché, ou plutôt les écailles et ses pupilles. Il ne voulait pas affoler la foule. Il avait réussi à vivre sans trop difficulté ici. Ce n'est que dans la capitale qu'il avait eu des soucis.

Après toutes ses aventures, Balthazar avait grandement envie de voir sa mère, Maria Lennon. La couturière qui l'avait vue naître, grandir et évolué, celle qui avait accepté sa vie d'aventurier. , celle qui lui avait appris à aimer sa part humaine, sa fragilité. C'était pour elle qu'il se battait pour ne pas être englouti par sa partie démoniaque.

Il avait envie de la prendre dans ses bras. Et en même temps, il avait honte.

Doucement, il toucha les cicatrices de sa transformation, ses écailles rougeoyantes. Il posa sa main sur les paupières en se rappelant son visage dans le miroir. Les iris étirés, le blanc était devenu noir, ses pupilles noisette sont devenues orangées.

Balthazar se mordait la lèvre inférieure. C'était la preuve de ses crimes, ceux de sa naissance en tant que demi-diable, mais également de sa transformation et de son implication dans la mort de nombreuses personnes. Que dirait sa mère en le voyant ainsi. Est-ce qu'elle le rejetterait ? Est-ce qu'elle l'avait oubliée ou déjà enterrée ? Le cœur battant à toute allure, B.O.B se dirigea en fin de journée vers la porte de la boulangerie. Sa main tremblait en poussant le bord de la porte, le pas était difficile, la gorge sèche, le front humide.

Finalement, il réussit à entrer dans la boutique de son enfance. Les odeurs de farine entrèrent dans ses narines, la chaleur des fours où ses bouts de doigts se sont approchés pour maîtriser pour la première fois les flammes. Les saveurs sucrées des pâtisseries que son père adoptif lui préparait pour ses anniversaires.

"Bonjour Monsieur, je suis désolé, mais nous allons fermer."

La douce voix de sa mère qui était dans le magasin après sa journée de travail résonna. Il reconnaîtrait son intonation, ses paroles parmi toutes les autres. Il sentait encore le parfum des fleurs qu'elle appréciait tant. Son visage si souriant et accueillant. Une femme a la douceur d'un ange. Personne n'aurait pu croire qu'un jour elle avait cédé son coeur à un diable, qu'elle avait mis au monde un demi-diable. C'était pour des personnes comme elle, qu'il avait sa part d'humanité. La mère de famille avait certes quelques cheveux blancs, des légères rides dues au travail, et aux sourires qu'elle a pu offrir aux nombreux visiteurs et clients, ainsi qu'à son travail de couturière. Ses mains étaient abîmées par le temps, elle était plus petite que dans ses souvenirs, ou était-ce lui qui avait grandi.

Il resta un long moment silencieux, il hésita avant d'annoncer quelque chose. Sa voix semblait ne pas vouloir sortir, quelque chose le bloqua, tandis que la femme pencha la tête sur le côté pour voir le visage de ce mystérieux visiteur.

Elle n'arriva pas à distinguer son visage, cependant, elle vit ruisseler sur ses joues des perles de sel. Doucement, il murmura :

"Maman..."

Les yeux de Maria Lennon s'écarquillèrent quand elle reconnut ce murmure. Une voix qu'elle n'aurait jamais cru entendre à nouveau, un son qu'elle pensait éteint à tout jamais. Elle quitta son poste pour se précipiter vers le voyageur.

"Balthazar. C'est toi ? Tu es revenu. Mon enfant. Laisse-moi voir ton visage."

B.O.B craignait cet instant, ce moment, où elle tendit sa main pour soulever légèrement la capuche de son fils. Elle sentit sous la pulpe de ses doigts, le froid des écailles sur les pommettes de son fils. Elle ne chercha pas à comprendre et releva plus le morceau de tissu pour l'observer, lui et ses nouvelles caractéristiques.

Balthazar baissa les yeux. Il avait tellement envie de fermer ses pupilles maudites, ses yeux félins. Il avait envie de s'enfuir, mais la fuite n'était pas une solution, il devait affronter ses plus grandes peurs, et surtout voir la réaction de sa mère, face à sa chute dans la partie démoniaque.

Il était prêt à recevoir des sermons, de sentir la honte peser sur ses épaules. Quand il vit les bras de sa mère, il prit légèrement peur, avant de les sentir l'enlacer et le tirer en direction d'elle, de sentir son coeur et son odeur. Elle caressa ses cheveux en lui murmurant.

"Tout va bien mon tout petit. Je suis si heureuse que tu sois vivant. Que tu sois en bonne santé. Qu'est-ce que tu m'as manqué."

Les larmes de peur et de tristesse devinrent des larmes de joie. À son tour, il enlaça sa mère, posa sa tête sur son épaule et se sentit redevenir un enfant auprès d'elle. Il n'était plus le diable, mais bien humain en cet instant. D'ailleurs, il n'entendait plus cette voix au fond de lui. C'était comme si le diable avait accepté qu'en ce terrain, il n'était pas le bienvenu. Comme s'il était un intrus ou peut-être qu'il respectait cette femme également, pour tout ce qu'elle lui a offert comme bonheur. Comme un petit moment de grâce.

"Oui, je suis de retour... Maman." pleura le demi-diable en se blottissant dans ses bras.

"Bienvenue à la maison." souriait-elle en l'éloignant un peu de ses bras pour voir son fils. Grand, majestueux, un peu bestial avec ces écailles.

"Je suis désolé de revenir comme ça."

"Ne t'inquiète pas. Je suis heureuse. Nous allons fêter cela. Tu vas rester avec nous quelques jours n'est-ce pas ?"

Bob acquiesça au grand plaisir de sa mère, qui lui attrapa la main pour se diriger avec lui dans l'arrière-boutique.

"Alors, viens t'installer, et raconte-moi tout ce qui s'est passé durant tes voyages. Je vais te préparer les soupes que tu aimais tant."

FIN.