Chapitre 1 : La transformation.
Nous sommes en hiver, dans le cratère, un petit coin de plaine légèrement tapissé d'une fine couche de neige, l'endroit bien qu'un peu isolé n'est pas loin d'une petite bourgade où les préparatifs des fêtes de fins d'années animaient les ruelles froides et humides.
Dans cette plaine, des aventuriers s'étaient réunis pour discuter de leurs futurs projets, un groupe, pour une fois réuni au complet. Shinddha Kory, demi-élémentaire d'eau et rôdeur, était apaisé par la fraîcheur de la journée, rêveur, il observait le ciel se couvrir, il aimait cette période de l'année. Il faisait froid, la neige allait être un allié de choix pour ces prochains jours et il pourrait profiter de ses talents naturels de sculptures sur glace pour amuser la galerie. Un éternuement rompit sa rêverie.
Non loin de lui, emmitouflé dans des couches impressionnantes d'habits, Balthazar Octavius Barnabé Lennon, ou B.O.B plus simplement, grelottait, le pyromage et demi-diable était tout le contraire de son ami demi-élémentaire, il n'aimait pas l'hiver, le froid, la glace, l'eau. C'était sa hantise et il était beaucoup plus fragile dans ses moments humides, surtout, il ne pouvait pas brûler autant qu'il souhaitait les environs, ses pouvoirs étaient restreints dans cette période de l'année.
Grunlek, le nain mécanicien appréciait la quiétude de ce paysage enneigé, qui lui rappelait son enfance dans les montagnes naines, il cessa son observation, son regard était posé vers Mani, l'elfe aux tresses noires comme l'ébène. Ce dernier avec ses araignées emmitouflées dans sa puissante chevelure se dirigeait vers le mage pour le couvrir de chaleur par des couettes et couvertures en leur possession. Le Lennon sourit face à cette attention, tandis que Shinddha riait de tout cela.
« Ne soit pas jaloux Shin. Tu sais bien que je ne suis que tout à toi. » répliqua immédiatement Mani, avec un air un peu plus sociable que d'habitude.
« C'est pas un peu fini c'est sous entendu pourri ! » râla le demi-élémentaire, l'index pointé sur Mani.
« Ah. Que la jeunesse est belle en cette matinée d'hiver. Cela me donne envie de composer quelques vers. » souffla un troubadour à leurs côtés.
Il s'agissait d'un immortel qui avait vu de nombreux paysages enneigés, qui avait vécu de grands froids. Aldo Azur compositeur et troubadour faisait voler quelques mots dans le vent et l'air, afin d'apaiser les tensions et de rappeler tout le monde au calme. Mani le Double écouta patiemment sans comprendre trop la raison de ces vers, ni même complètement le sens.
Balthazar était tellement épuisé à cause de cette neige, qu'il ne chercha pas à interrompre le troubadour. Shinddha était en train de bougonner dans son coin, tandis que Grunlek écouta avec intérêt.
« Qu'est-ce que c'est que ce foutoir ! » râla le paladin de la lumière, Théo de Silverberg.
L'inquisiteur arriva avec dans une de ses mains une étrange figurine.
« Qu'est-ce-que c'est que ça ? » souffla B.O.B, emmitouflé dans la tonne de couverture n'ayant que le nez de sorti.
La figurine dans la main du paladin ressemblait à un soldat habillé d'une veste rouge avec des décorations dorées. Il possédait un pantalon basique noir qui se confondait avec ses chaussures, une petite épée était à son flanc droit tandis qu'un chapeau haut couvrait sa tête. On pouvait distinguer que sa mâchoire était mobile et par conséquent que ce jouet, ou figurine pouvait servir de casse-noisette.
« Je ne sais pas. J'ai trouvé ça dans la neige tout à l'heure. J'ai entendu une drôle de voix. Un ricanement quand je l'ai trouvé. »
Immédiatement, les yeux d'Aldo, B.O.B et Mani s'écarquillèrent. Un nouveau rire venait de provenir de la figurine.
« LACHE-LA THEO ! » hurlèrent-ils en chœur.
Malheureusement, le mal était déjà fait. Une sorte d'aura lumineuse sorti de la figurine, elle se répandit sur l'ensemble du groupe. Théo subit, surpris, l'attaque sans comprendre ce qui lui arrivait.
Tous furent aveuglés par cette lumière étrange.
Les minutes passèrent, Théo ouvrit péniblement les yeux, la neige tombait à gros flocons, plus gros que sa main et plus étonnant encore, ce n'était pas les petites boules de neige qu'il avait l'habitude de voir. Mais bien des cristaux des neiges aux formes diverses et variées, magnifique spectacle qu'offrait la nature.
Le paladin cessa rapidement son émerveillement, il se souvenait de ses derniers instants de conscience. Du casse-noisette et des cris de ses compagnons, rapidement, il tourna la tête pour chercher les autres et ce qu'il vit provoqua des frissons dans son échine.
Face à lui, ce n'était pas les corps inertes de ses alliés, comme il pouvait le voir habituellement, mais des jouets.
Une poupée de porcelaine avec les vêtements et les traits de Balthazar. Une poupée métallique, ressemblant à un robot avec une clé à remontoir dans le dos, un peu du même système que le bras de Grunlek avec les traits de ce dernier. Une poupée de paille et de corde portant les vêtements de Shinddha Kory. Une marionnette de bois avec les instruments d'Aldo et enfin une poupée de laine noire avec des araignées aussi grandes que sa tête autour, pouvant être Mani.
« Qu'est-ce… Qu'est-ce qui s'est passé ? » Se demanda Théo avant d'observer ses propres mains et constater qu'il était désormais composé que de plomb. Il était devenu un paladin de plomb qui s'enfonçait dans la neige.
Peu à peu, chacun des membres de l'équipe s'éveilla, ils ouvrirent leurs yeux mécaniques et constatèrent leur changement d'apparence avant de lancer un regard commun, noir, envers le paladin qui était la cause de ce changement.
« C'est pas possible. Il n'en ratera jamais une. » soupira Aldo.
« Tu sais que tu ne dois pas ramasser tout ce qu'il y a terre ! » s'énerva B.O.B qui restait allongé au sol.
« Surtout quand l'objet en question est magique. » souffla timidement Mani en se cachant derrière Shinddha, avec à ses côtés ses araignées.
« Mais… Je ne savais pas que cela allait nous arriver. Je pensais qu'il s'agissait d'un banal jouet moi ! » s'énerva Théo par les accusations de ses coéquipiers.
« Depuis quand tu penses ? » S'insurgea Shinddha en s'extirpant de l'étreinte de Mani.
« Eh ! N'importe qui aurait fait la même erreur ! »
« Justement. Non, tu n'aurais pas dû faire cette erreur. Ce n'est pas toi qui a un bouclier magique pour justement voir si un objet en possède ou non ? Et ça se dit paladin de la … » commença Grunlek avant de se stopper net.
« Grunlek ? Qu'est-ce qui t'arrive ? » s'inquiéta Mani.
Aldo passa la main devant les yeux de Grunlek qui semblait être vide d'émotion. Au loin, toujours allongé sur la neige, B.O.B se mit à crier.
« Remonter lui la clé qu'il a dans le dos ! »
Aussitôt Mani et Shinddha s'occupèrent de cette tâche, ils firent trois tours de clé. Les mécanismes à l'intérieur du corps du jouet crisèrent, ils entendirent le bruit des ressorts et puis, Grunlek se releva en finissant sa phrase.
« lumière. Quoi ? Que se passe-t-il ? Pourquoi vous me regardez tous comme ça ? » s'étonnait Grunlek.
« Disons, que tu as eu comme un petit souci mécanique. On a dû remonter la clé qu'il y avait derrière toi. » souffla Shinddha.
« Bon, ce n'est pas tout cela, mais comment on fait pour reprendre notre forme humaine ? Je n'ai pas envie de rester en poupée de laine. » chuchota Mani en caressant ses araignées.
Théo semblait chercher le casse-noisette qu'il avait fait tomber auparavant et n'en vit aucune trace.
« Le jouet a aussi disparu. Peut-être qu'Aldo ou B.O.B pourrait nous aider. D'ailleurs, B.O.B, tu peux arrêter de jouer dans la neige et te relever ! »
« Ce n'est pas que je ne VEUX pas. Mais je ne PEUX pas. »
« Comment ça, tu ne PEUX pas ? Bouge tes bras et ramènes-toi. »
Le ton de la voix de B.O.B fut alors plus agressif. Le mage hurla à l'attention du paladin.
« SI TU N'AVAIS PAS PRIT CETTE POUPÉE MAUDITE, J'AURAI PU BOUGER ET SURTOUT J'AURAI PAS LES BRAS ET LES JAMBES EN COTON ! ET JE PARLE AU SENS PROPRE ET NON AU FIGURÉ ! »
Rapidement, les compagnons entourèrent le mage, il avait les mains, les pieds, le torse et le visage en porcelaine, des morceaux de laine noisette pour former ses cheveux et un vêtement en tissu rouge pour couvrir l'ensemble de son corps. Quand Théo attrapa le bras du demi-diable, il se rendit compte qu'il n'y avait pas d'os, pas d'armature, pas de fil de fer reliant le torse à la main. Ce n'était que du tissu et du coton mou, c'était flasque et impossible à bouger autrement que par l'aide d'une main extérieure.
« Maintenant, tu vas être gentil, paladin de mes deux. Tu vas me porter sur ton dos le temps qu'on trouve une solution. Car je n'aime pas trop rester sur la neige. »
Théo s'exécuta sans un mot, espérant intérieurement que le mage et le troubadour connaissent un moyen pour les sortir de cette situation.
A suivre...
