Le malade de l'hiver.
C'était le mois de décembre, à quelques jours de Noël. L'hiver était tombé sur le petit pays qu'était la France, les nuages recouvraient l'horizon, le ciel prit une couleur grisonnante voire blanche. Quelque chose se préparait à l'intérieur de ces masses nuageuses. Une surprise que les enfants attendaient avec impatience. Une récompense après une longue nuit d'hiver.
Au petit matin, les enfants sortent de leur lit, courent dans les couloirs, descendent les escaliers quatre par quatre, avant de se planter dans la grande baie vitrée du salon. Leurs petits visages encore rougis par la chaleur de leur couverture viennent se figer sur la vitre froide et observer un magnifique spectacle.
Des millions de petits nuages de neige, froids, glacés, qui se déposent sur le sol, et qui se regroupent pour former un tapis blanc, semblable à du coton, ou du sucre glace sur un gâteau.
Les enfants n'ont qu'une envie : prendre leur manteau, leurs bottes et courir dans la neige pour s'amuser.
Au programme : bonhomme de neige, igloo, ange des neiges et bataille de boule de neige.
Des moments de fous rires que les enfants du voisinage partagent entre eux. Les plus grands forment les fortifications, tandis que les petits préparent les petites boules de neige pour combattre les adversaires.
Tous s'amusent comme des petits fous, avant que l'un des enfants demande
« Bah ? Il est ou Blanche Neige ? »
« Tu parles de la crevette ? » répondit une petite fille. « Il doit être chez lui, Malade, comme chaque hiver. »
En effet, au creux d'un lit chaud, le visage rougi par la fièvre, un jeune enfant brun, frêle, maigrichon, remuait dans sa couette. À peine âgé de 6 ans, l'enfant soupirait en regardant par la fenêtre ses petits camarades s'amusaient dans la neige. Lui aussi voulait sortir, mais son corps en avait décidé autrement.
Le petit garçon toussait violemment, transpirait à grosses gouttes quand sa mère arriva dans sa chambre.
« Je t'apporte un bon lait chaud mon petit Bob. »
Bob observait sa mère, avant de s'emmitoufler dans sa couverture. Il n'avait pas envie de boire son lait avec du miel. Il ne voulait pas prendre ses médicaments. Il ne voulait pas être malade. Tout ce qu'il désirait c'était de courir dans la neige, comme les autres enfants de son âge.
Et tous les jours, le même rituel s'était instauré quand les gros flocons tombaient du ciel.
« Je peux aller jouer avec les autres ? »
À chaque fois, la même réponse était donnée de la part de cette mère de famille. Elle lui caressait les cheveux, tout en prononçant d'une voix douce sa réponse.
« Je suis désolé Bob. Mais tu ne peux pas. Tu sais que tu es malade. Surtout en hiver. Que tu es trop fragile. Mais si tu prends tes médicaments, tu grandiras bien et vite. Tu deviendras fort et tu pourras jouer avec tes amis dans la neige. Alors bois ton lait s'il te plaît. »
Toujours la même rengaine que Bob détestait. Il n'aimait pas son corps de crevette, frêle et fragile. Au point que certaines filles arrivaient même à le porter.
Les autres le surnommaient : crevette, princesse ou Blanche-Neige. À cause de sa peau blanche, de ses lèvres rouges, de ses cheveux ondulés noisettes et de sa maigreur extrême.
« Je voudrais juste être comme les autres. » murmura le petit garçon au fond de sa couette.
Soudain, Bob sentit les bras de sa mère venant lui caresser le dos, avant de le tirer dans ses bras. Le gardant au chaud dans ses couvertures, elle chantonna une douce berceuse sur la neige.
Il était vrai que Bob n'aimait pas être faible, être aussi fragile. Cependant, il y avait un avantage, que même son frère ou sa sœur n'avait pas. Il avait droit à ce genre de moment tendre avec sa mère. Peut-être plus souvent que le reste de sa famille. Il aimait cette douce odeur citronnée du parfum de sa mère. La chaleur de ses bras qui lui faisait oublier toutes les douleurs. La douceur de sa voix qui berçait son être et apaisait ses doutes. Les battements du cœur de cette femme résonnaient dans sa tête et finissaient par le convaincre à lui obéir.
Toujours dans les bras de sa mère, le petit Bob attrapa sa boisson de lait, miel et citron. Il avala son médicament, but la boisson chaude. Tout doucement, il sentit les bras de morphée le saisir. Avec une infime douceur, les douces mains de sa mère le bordent dans son petit lit douillet. Avec une grande patience et une intense délicatesse, la mère se mit à raconter une petite histoire à son fils. Celle d'un enfant qui deviendra un jour un super héros, les yeux se ferment paisiblement, emporté par le sommeil, pour plonger dans les profondeurs des rêves.
Les rayons du soleil viennent chatouiller les paupières de Bob au petit matin. La fièvre était présente, les frissons aussi, la sueur avait coulé tout au long de son front. Il ouvrit difficilement les yeux, tout en se raclant la gorge. Il tourna son regard vers l'extérieur pour voir la neige qui tombait du ciel. Il entendit le bruit d'une personne pianotant sur le clavier d'un ordinateur. Doucement, Bob se releva, la tête encore embrumée.
« Tu es réveillé Bob ? » fit une voix masculine.
« Oui. Désolé de m'être assoupi comme ça Fanta. » souffla le Bob qui était maintenant devenu un adulte.
« Ne t'inquiète pas. Tu es malade et puis on approche de Noël. Tu ferais mieux de continuer de te reposer. Je ne veux pas que tu nous refasses la même chose qu'en 2012. » soufflait le Réunionnais avant de déposer le plaid sur les épaules de Bob.
Bob sourit en voyant Fanta s'occuper de lui. Il se sentait heureux d'avoir un patron et ami aussi compatissant. Il obéit aux ordres de son Fanfan adoré et se blottit dans son plaid en attendant que sa santé revienne.
FIN.
