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4. En toute honnêteté
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« Tais-toi, Cas ! » se plaignit Dean alors que l'autre lui posait encore une question sur ce qu'ils étaient en train de regarder.
« Mais, ce n'est pas logique qu'elle –
- Cas ! » souffla Dean en lui jetant un regard mauvais. Il posa un doigt sur ses lèvres dans une tentative désespérée de faire comprendre à l'ange qu'il devait se taire.
Même si Metatron avait donné toute sa culture à l'ange, celui-ci ne comprenait toujours pas tout ce qu'il se passait dans les films qu'ils pouvaient regarder. Il connaissait déjà la fin, mais il interrompait la concentration de l'autre pour lui poser des questions et Dean, qui lui ne connaissait pas l'histoire, devenait souvent incapable de suivre. Ce soir-là, c'était particulièrement énervant puisque le film était une enquête policière et qu'il n'y comprenait strictement rien.
Castiel finit par attraper la télécommande et mettre en pause le film, Dean alla pour la lui prendre des mains, mais l'autre étira son bras pour la mettre hors de porté.
« Lorsqu'elle dit ne pas savoir pourquoi le docteur a agi ainsi, ça n'a pas de sens parce qu'après elle –
- Cas, ne racontes pas la suite !
- Mais c'est –
- Cas, si t'y comprends rien c'est pas ma faute ! Va te plaindre à ton père pour pas t'avoir rendu capable de comprendre les humains. » Dean lui lançait à nouveau un regard mauvais. Castiel pouvait comprendre qu'il était juste exaspéré de ne pas pouvoir suivre le film, il laissa donc tomber et relança le film.
Dean ouvrit un bras pour que Castiel vienne se blottir contre lui, s'en voulant de s'être emporté pour si peu, même si son ange semblait ne pas l'en tenir rigueur. Le film se poursuivit et les enquêteurs interrogeaient une des personnes qui travaillaient dans l'immense demeure, lorsque Castiel dit en pointant l'écran, « C'est lui le meurtrier. »
Quelques secondes se passèrent sans aucune réaction. Puis, « Tu vas le payer, » lâcha Dean d'un ton neutre et froid, avant de basculer par-dessus Castiel, forçant celui-ci à s'allonger. Il attaqua immédiatement la peau sous ses côtes et l'autre hurla de rire immédiatement, jurant à travers ses éclats de rire qu'il ne recommencerait plus. Dean souriait largement devant le visage plissé de son ange.
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Dean était en train de petit-déjeuner et Castiel était simplement assis à la table, une main sous son menton alors qu'il observait l'homme en souriant tendrement.
« C'est bon ? » demanda-t-il après un moment.
Le regard émeraude passa de Castiel à ses céréales. Il pencha la tête sur le côté avant d'acquiescer, « Oui, ça va. » Puis une idée lui vint et, même s'il se sentit idiot, il ne put s'empêcher de la proposer. « Tu veux goûter ? »
L'ange fronça les sourcils et hésita un instant, puis il sourit et rapprocha sa chaise près de celle de Dean. Ce dernier essaya de ne pas rire de sa propre niaiserie alors qu'il prenait une grande cuillère de céréale. Lorsqu'il releva les yeux sur Castiel, sa bouche était étirée en un sourire tordu parce qu'il essayait de ne pas rire. Il l'ouvrit finalement lorsque Dean tint la cuillère à quelques centimètres d'elle.
Il commençait juste à mâcher les céréales lorsque Dean rit, faisant bruyamment tomber la cuillère dans le bol et plaquant sa main contre sa bouche en tournant la tête, incapable de regarder son ami. Celui-ci s'était aussi mis à rire, la tête baissée et les traits du visage plissés.
Après avoir retrouvé un semblant de calme, Dean se tourna à nouveau vers lui. « Alors ?
- C'est plutôt acceptable, je suppose.
- Tu en reveux ?
- Non, merci, » répondit-il avec un large sourire.
Dean fit couler quelques céréales du bout de sa cuillère, mais avant de pouvoir en reprendre une bouchée, Castiel tendit la main et lui prit l'ustensile. Il remplit la cuillère de quelques céréales et regarda fixement les orbes émeraude.
« C'est ridicule, » parvint à dire Dean qui retenait sa respiration pour ne pas repartir dans un éclat de rire.
Castiel haussa une épaule. « C'était déjà ridicule quand toi tu l'as fait.
- D'accord, » concéda-t-il. Il se tourna entièrement face à l'ange, prit le visage le plus sérieux dont il était capable et le regarda dans les yeux.
Il ouvrit doucement la bouche lorsque Castiel approcha la cuillère de ses lèvres, sans détourner une seule fois son regard de lui et de son sourire amusé. Il mâcha en se mordant les joues pour ne pas rire alors que Castiel ne prenait pas cette peine, riant doucement, juste au-dessus d'un souffle, ses yeux bleus brillant d'une étincelle joueuse et son nez plissé par le sourire qui dévoilait ses dents.
Il abaissa la cuillère pour reprendre des céréales, lorsque Sam entra dans la pièce, « Salut les gars ! » dit-il en se frottant l'arrière de la tête et en baillant, s'avançant directement vers la cafetière. « Vous – » commença-t-il mais il fut interrompu par le bruit du métal tombant contre le carrelage et le grincement de deux chaises frottant rapidement et brusquement le sol. Il se retourna vers eux les sourcils froncés avec surprise, mais il ne trouva que son frère pencher vers son bol de céréale et Castiel droit sur sa chaise, à deux mètres l'un de l'autre. « - vous êtes levés tôt. »
Sa remarque fut accueillie par du silence et alors qu'il allait dire autre chose, Dean se pencha lentement vers le sol pour ramasser la cuillère qui y était tombée. Les yeux de Castiel restèrent fixement sur la table comme si celui-ci n'était même pas présent dans son corps.
« Tout va bien ?
- Bien sûr, Sammy, pourquoi ?
- Je sais pas, » répondit-il d'une voix trainante. Puis il se détourna pour prendre une tasse dans le placard et la remplir de café. Sam prit de quoi faire des toasts et un yaourt, avant de se diriger vers la sortie. « Je vais mangé dans la bibliothèque, je crois que j'ai trouvé une piste hier soir, mais j'étais trop crevé pour chercher.
- D'accord.
- Amuse-toi bien. »
Sam les analysa à nouveau du regard. « Tout va bien … entre vous ?
- Oui, » répondirent-ils d'une même voix.
« Vous vous êtes disputés ?
- Pourquoi penses-tu ça ? » demanda Castiel sans lever les yeux sur lui.
« Vous êtes bizarre, » affirma-t-il. Dean haussa une épaule, Castiel fronça les sourcils comme s'il réfléchissait. « Peu importe. » Sam soupira avant de quitter la pièce. Ils écoutèrent ses pas s'éloigner avant de se détendre un peu.
Ils levèrent enfin les yeux l'un sur l'autre. « Faut qu'on fasse plus attention, » dit Dean et Castiel ne fit qu'acquiescer avec gravité.
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Castiel était à moitié allongé sur Dean, son oreille posée à plat sous sa clavicule, écoutant son cœur battre. L'homme avait passé un de ses bras dans le bas du dos de son amant, l'autre remontait sur ses omoplates, caressant doucement la base de son aile gauche. Ils avaient négligemment tiré le drap sur eux, celui-ci remontait jusqu'au niveau des reins de l'ange et l'une des jambes de ce dernier dépassait. Ils l'avaient fait en pensant avoir froid, mais l'air autour d'eux était brulant et leurs peaux étaient encore moites.
Dean passa sa main sur le duvet de plumes à la base de l'aile, puis remonta le long de celle-ci en ébouriffant quelques plumes. Il observa sa main perdue dans ce doux océan noir et sourit. « C'est tes ailes, elles m'ensorcèlent, elles l'ont toujours fait, » expliqua-t-il, même s'ils avaient depuis longtemps arrêté de justifier leurs actes après coup.
« Elles sont censées apporter ce sentiment de paix, » répondit Castiel dans un souffle paresseux contre son torse. Ils restèrent un instant en silence, puis l'ange reprit, « Ce n'est que les ailes, ou est-ce que tu en avais quand même envie ? »
Dean ne répondit pas immédiatement, parce que répondre à cette question s'approchait dangereusement de briser l'accord tacite entre eux de ne jamais rien formuler clairement. Il se força à ne pas se racler la gorge, ne voulant pas montrer sa gêne à Castiel, même si celui-ci en était parfaitement conscient – sauver les apparences de l'autre semblait aussi faire partie de cet arrangement muet. « Les deux, » dit-il, puis après une pause, il ajouta, « Elles ont juste … hum –
- Permis d'avoir une excuse ? » proposa Castiel, et même si sa voix se voulait neutre, il y avait une once d'amertume en elle. Dean décida consciencieusement de ne pas répondre. Peut-être que s'il ne disait rien, il pourrait juste s'endormir avant que cette conversation ne soit vraiment lancée et ils pourraient faire comme si elle n'avait jamais débuté.
Castiel bougea contre lui, posant une main sur son torse et y posant son menton, regardant directement le visage de Dean avec une lueur déterminée dans le regard. L'homme baissa les yeux sur lui avant de les rediriger sur le plafond. Mais cela n'empêcha pas l'ange de reprendre.
« Est-ce que l'incroyable pouvoir calmant de mes plumes t'empêche de penser au point où je pourrais faire ce que je veux de toi, ou est-ce que tu le veux tout autant et attends juste d'avoir la certitude que tu pourras t'éclipser le lendemain matin comme s'il ne s'était rien passé entre nous ? »
Les mots n'avaient pas été dit avec hargne, ni sur un ton de reproche, mais les mots seuls suffisaient à faire comprendre à Dean là où l'autre voulait en venir. Il soupira, « Qu'est-ce que tu cherches, Cas ? » demanda-t-il, refusant de lui répondre et d'avouer quoique ce soit.
« Pour une fois, j'aimerais qu'on puisse se dire les choses sans se cacher derrière des excuses stupides.
- Je ne vois pas de quoi tu parles, » le coupa sèchement Dean.
« 'J'ai froid', 'c'est juste les ailes qui ont cet effet', 't'es trop fatigué pour te lever et traverser le couloir alors reste ici' ; on trouve toujours une excuse, n'importe quoi, et tu sais aussi bien que moi que c'est des conneries. Alors pour une fois, je voudrais qu'on soit honnête.
- On est honnête.
- Non, on ne l'est pas, on ment tout le temps.
- On n'utilise plus ces excuses, » répondit Dean. Sa voix n'arrivait pas à être colérique, peut-être parce qu'il ne l'était pas, peut-être parce qu'il avait plus peur qu'autre chose. Mais il savait qu'il disait la vérité. Ni l'un ni l'autre ne lançait encore une excuse lorsqu'ils s'endormaient dans les bras l'un de l'autre, lorsque leurs lèvres jouaient ensembles, lorsqu'ils se perdaient dans le plaisir de sentir la peau de l'autre tellement proche de la leur. Ils ne donnaient plus d'excuses, ils agissaient simplement, sans en parler, jamais, sans le nommer, jamais.
« Ça ne nous rend pas plus honnête. » Et Dean devait avouer, au moins à lui-même, que Castiel marquait un point. Il n'y avait plus d'excuses, plus de mensonges, mais jamais ils n'oseraient déposer un mot sur ce qu'ils étaient, ou plutôt ce qu'ils étaient censés être. Ils n'étaient pas honnêtes sur ce qu'ils ressentaient ou même sur ce qu'ils faisaient ; mais jusque maintenant, cela avait fait partie de cet accord tacite et Dean comptait s'y tenir coute que coute.
« On ne se dit toujours pas ce que sont vraiment les choses, » ajouta Castiel puisque Dean s'obstinait à se taire.
« Qu'est-ce que tu veux, Cas ? » demanda Dean après avoir soupirer d'exaspération.
« Une relation normale ? » rétorqua Castiel sur un ton tout aussi agacé. Le mot 'relation' à lui seul constituait déjà une explosion en bon et due forme de ce mur protecteur autour d'eux.
Dean serra la mâchoire, « On ne fait pas dans le normal.
- On pourrait essayer.
- Oui, » fit alors Dean. Il n'attendit qu'une seconde avant de continuer d'un ton cassant. « C'est vrai, tu as totalement raison. D'ailleurs, tant qu'on y est, tu veux m'épouser ? Promis, je t'achèterai une magnifique bague, et on portera de beaux costumes en descendant les marches de la mairie, nos amis et familles nous lançant du riz en riant et pleurant de joie, et il y aura –
- Dean –
- Des fleurs partout. Et on rentrera dans notre belle petite maison de banlieue avec la belle palissade blanche qu'on aura peinte nous-même en riant et en échangeant de doux regards un dimanche après-midi. Oh, et évidemment –
- Dean –
- On aura beaucoup de beaux enfants qui joueront dans le jardin, invitant leurs amis à jouer alors qu'on discutera avec les autres parents, en se disant que –
- Bordel ! » lâcha Castiel en se levant brusquement, repoussant Dean contre le matelas alors qu'il se levait pour se mettre assis sur le bord du lit. En une seconde, il était habillé et se dirigeait vers la porte.
« Cas, attends, » soupira Dean à la fois lasse et coupable.
- Quoi ?
- Ça va, je suis désolé, » soupira Dean. « Mais vraiment c'est juste complètement –
- Je ne parlais pas de quelque chose comme ça ! » l'interrompit brutalement Castiel, à la limite du cri. Il y eu un silence. Dean qui s'était redressé sur un coude fixait la nuque de l'ange, encore surpris par la colère dans sa voix, tandis que ce dernier restait immobile, les poings serrés dans une tentative de se calmer. « Je ne suis pas humain, » expliqua-t-il d'une voix lente, se voulant calme. « Je n'ai pas ce genre d'envies. »
Dean resta silencieux un moment, des questions se bousculant dans sa tête. « Dans ce cas, tu veux quoi ? »
Castiel inspira profondément avant de répondre, mais il ne faisait toujours pas face à Dean. « Juste pouvoir se parler et agir sans craindre de briser une stupide règle tacite.
- Du genre … ? Qu'est-ce que tu voudrais dire que penses ne pas avoir le droit ?
- Je t'aime. »
Le silence tomba plus lourdement entre eux que n'importe quel plomb. Ils restèrent un instant immobiles. Dean ne savait pas si sa respiration s'était brusquement accélérée ou si au contraire il était entré en apnée. Il sut juste qu'après quelques secondes, Castiel baissa la tête avant de se diriger vers la porte sans jeter un seul regard à Dean.
Lorsque sa main se referma sur la poignée, la voix de l'homme tâcha de l'arrêter. « Cas, s'il te plait, pars pas.
- Pourquoi ? » demanda-t-il doucement. Mais Dean fut incapable de répondre. Les yeux écarquillés et perdus, il lançait le regard d'un noyé en direction de son ange, mais celui-ci lui tournait résolument le dos. Il ouvrit la bouche pour dire quelque chose, mais il ne savait pas quoi dire, alors il finit par soupirer en prenant sa tête dans ses mains, forcé d'écouter Castiel tourner la poignée et sortir de la chambre, refermant la porte derrière lui.
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Notes:
Pas taper. S'il vous plait.
Bon, vous vous souvenez quand je vous ai dit la dernière fois que c'était loin d'être du lemon tout le long? Bah voilà, voilà, je m'excuse par avance pour le angst des prochains chapitres (rassurez vous j'ai une tolérance zéro pour les histoires qui se finissent mal, donc happy end toujours en perspective).
J'espère que vous aurez quand même aimé ce chapitre et quand même envie de lire la suite.
A bientôt
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