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5. Ais confiance pour briser ton coeur

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Dean et Castiel n'avaient pas de mot pour ce qu'ils étaient. Ils savaient pertinemment ce qu'ils ressentaient, ne doutaient pas vraiment de ce que ressentait l'autre, mais ils savaient encore plus qu'ils ne pouvaient pas être dans une 'vraie relation stable'. Ils ne pouvaient tout simplement pas faire abstraction de toutes ces années passées qui formaient leur histoire ensemble jusqu'ici. Il y avait bien trop de douleur, de trahisons, d'in-considérations, de mensonges, d'occasions manquées ou soigneusement évitées. Ils ne pouvaient pas construire quelque chose d'un peu stable sur un aussi grand manque de confiance l'un en l'autre.

Parce que c'était ça le problème, finalement, ils ne se faisaient pas confiance.

Pas un manque de confiance en leur fidélité. Un manque de confiance dans le fait que l'autre ne briserait pas leur cœur, le changeant en cendre d'un geste inconsidéré, irréfléchis, le piétinant en tournant le dos pour partir encore une fois comme si l'autre n'avait aucune valeur. Un manque de confiance en eux-mêmes aussi, et au fait qu'ils aient même le droit à ce bonheur utopique après toutes les fois où ils avaient fait du mal autour d'eux. Et ce n'était pas une peur irrationnelle. Ils se l'étaient prouvés l'un à l'autre au cours des années.

Quand Dean les avait abandonnés pour accepter l'offre de Michael et toutes les fois où il s'était servi de Castiel comme d'une simple arme avant ça. Quand Castiel avait menti pendant plus d'un an, pactisant avec Crowley. Lorsque Dean l'avait laissé derrière dans cet hôpital, sans même prendre de nouvelles avant d'avoir besoin de lui à nouveau. Lorsque Castiel l'avait évité et laissé partir seul du Purgatoire, puis qu'il avait pactisé avec Metatron. Quand Dean l'avait jeté hors du bunker sans une explication, sans rien. Et finalement la Marque qui obligeait Dean à repousser l'ange au loin, forçant Castiel à mentir pour l'aider, à risquer sa vie.

Dean revoyait encore le visage mutilé de Castiel et ses yeux vides de tout éclat et tout espoir alors qu'il quittait la pièce. Et l'ange revoyait le regard troublé, énervé, trahis du chasseur lorsqu'il avait compris que ses amis avaient conspiré contre lui avec leurs ennemis. Certes, par miracle, il n'y avait eu aucune horrible et monstrueuse conséquence de leurs actions – même si Dean attendait encore et attendrait toujours qu'elles arrivent – mais savoir qu'on avait une fois de plus jouer dans son dos ne le rendait pas moins amer. Ils avaient tellement agi en cachette l'un de l'autre, tellement volontairement oublié d'informer l'autre de leur plan d'action jusqu'à y être obligé, qu'ils étaient incapables de se faire confiance pour ne pas recommencer. Sauf que cette fois, leur cœur serait mis en jeu avec le reste et qu'aucun d'eux ne voulait le risquer. Et la confiance qu'ils n'accordaient pas à l'autre, ils ne se l'accordaient pas non plus à eux-mêmes.

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« Oh, mais arrête avec ça ! » soupira Dean avec exaspération alors que Castiel ramassait avec véhémence sa veste. Sans la remettre, il ferma les boutons du col de sa chemise, les seuls que l'autre avait eu le temps de défaire avant qu'une dispute n'éclate. « Tu peux pas arrêter d'agir comme un gamin ? Et arrêter de partir bouder dès que tu n'as pas exactement ce que tu veux ?

- Tu plaisantes là, j'espère ? » attaqua Castiel avec un regard assassin dans sa direction. Dean soupira bruyamment pour faire part de son agacement et bascula en arrière, s'allongeant sur son lit, refusant de regarder l'ange. « Evidemment, » marmonna celui-ci.

« Quoi évidemment ? » demanda Dean, mais Castiel ne répondit pas, se contentant de remettre sa veste avec des gestes brusques. « Quoi, Castiel ? Quoi ?

- Tu ne peux pas t'empêcher d'éviter toute conversation.

- C'est vrai qu'on discute beaucoup quand tu te barres et que tu donnes pas de nouvelles pendant des jours.

- Comme si tu cherchais à en avoir. Même si j'appelais tu ne répondrais pas.

- Et tu te bases sur quoi, hein ?

- Expériences passées ? Sept ans qu'on se connait Dean, j'ai fini par comprendre comment ton cerveau fonctionne.

- Félicitation. Tu m'enverras un mode d'emploi pour le tien ? Dans ta généreuse bonté naturelle, bien évidemment, » cracha-t-il d'un ton ironique. Castiel lui lança un regard sale.

« Je me demande vraiment pourquoi je continue de parler avec toi.

- Mais casses-toi si t'attends que ça ! Vas-y, elle est là la porte ! » cria Dean, en perdant patience.

« Merci, » lâcha l'ange en lui tournant le dos et ouvrant la porte à la voler. Dean voulut lui lancer une réplique bien sentie, mais rien ne lui vint et il regarda juste la porte se claquer derrière l'ange.

Il fut incapable de rester assis alors il se leva et marcha dans sa chambre. Lorsque sa colère fut trop forte pour lui, il donna un coup dans son armoire, faisant presque craquer le bois de la porte, celui-ci s'en sortant avec une marque enfoncée. Il se laissa finalement retomber sur son lit, mais ne se sentait pas calmé.

Il se releva et sortit de sa chambre en attrapant ses clés de voiture. Il traversa la bibliothèque et le hall, ne répondant ni à Sam, ni à Charlie lorsque ceux-ci lui demandèrent s'il allait bien. Il monta au garage et prit l'Impala, la sortant et se dirigeant à une vitesse peu raisonnable vers l'autoroute pour pouvoir rouler aussi vite qu'il en avait envie. Il avait monté le son de la radio à fond et laissa les guitares électriques de ses groupes préférés lui briser les tympans, frapper plus fort que sa colère et sa rage à l'intérieur de son crâne.

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Sam et Dean s'étaient arrêtés à un bar sur la route en rentrant d'une chasse qui avait été plutôt tranquille. L'ainé s'était installé au comptoir alors que le cadet s'était lancé dans une partie de billard avec d'autres personnes présentes. Dean en était à sa seconde bière lorsqu'une jeune femme vint s'assoir à côté de lui et commença à lui parler, flirtant ouvertement avec lui. Il entra facilement dans son jeu, répondant à ses regards langoureux, à ses remarques aguicheuses.

Il ne sut pas à quel moment ils s'étaient retrouvés aussi près l'un de l'autre, mais il ne fut pas surpris lorsqu'elle ferma finalement la distance en posant ses lèvres contre les siennes. Il lui rendit son baiser calmement, mais ne posant pas ses mains sur elle.

Elle s'écarta doucement et le regarda en souriant. « Si ça t'intéresse … je connais un endroit tranquille pas très loin où on pourrait aller. » Dean la regarda sans répondre et son sourire peint de rouge s'élargit, « Je parle de mon appartement. »

Dean baissa la tête avant de lever les yeux dans les siens. Ils étaient d'un brun profond et le reste de son visage était tout aussi beau. Il lui sourit aussi, « Désolé. J'ai quelqu'un. »

Il fut lui-même surpris du ton calme de sa voix, de la facilité qu'il avait eu à dire ces mots. Il mentirait s'il disait avoir cru qu'elle ne voulait que parler platoniquement à quelqu'un lorsqu'elle l'avait abordé, mais il savait qu'il n'était pas capable d'aller plus loin que le simple flirt. Il l'avait compris lorsqu'elle s'était penchée vers lui et que ses yeux s'étaient illuminés de bleus pendant une fraction de seconde. Evidemment.

Le sourire de la femme fana quelque peu, mais elle reprit sur le même murmure, « Ça ne me dérange pas. »

Dean rit un instant. « Moi, oui, » dit-il d'un ton contrit en se redressant et la jeune femme s'écarta en soupirant, se rasseyant profondément dans son siège.

« Sur tous les mecs qu'il fallait que j'accoste, je suis tombé sur celui qui est un type bien, » souffla-t-elle avant de saisir la bouteille de bière de Dean et de la porter à ses lèvres.

Celui-ci rit une nouvelle fois. « Je pense pas que tu puisses dire que je suis un type bien. » Elle haussa un sourcil peu convaincu dans sa direction. Sur un ton plus grave, il ajouta, « Je lui fais assez de mal comme ça, pas besoin de rajouter ça à la liste des raisons pour lesquelles il devrait me larguer. » En réalité, Castiel l'avait déjà largué il y a deux jours, mais il n'allait pas lui faire part de l'instabilité totale de sa relation. Après tout, cela faisait la troisième fois qu'ils rompaient et qu'ils revenaient vers l'autre en quelques semaines. Leurs ruptures ressemblaient à ces résolutions du nouvel an qu'on ne tient jamais très longtemps, peu importe combien on promet que cette fois, cette fois, c'est vraiment terminé ; on n'arrive jamais à dire adieu à ses mauvaises habitudes.

Elle resta silencieuse alors qu'elle reposait la bière sur le comptoir, mais l'observa un instant. Puis, elle tourna la tête vers quelque chose derrière eux. « Le grand mec qui joue là-bas ? » demanda-t-elle.

Dean se retourna en sachant déjà qu'elle parlait de Sam, puis il la regarda elle. « Eh ben, quoi ? » fit-il après qu'ils se soient fixés pendant plusieurs secondes.

« C'est lui dont tu me parles ? »

Dean explosa d'un rire puissant qui attira le regard du barman. « Non, oh mon dieu non. » Il grimaça et prit une grande gorgée de sa bière pour faire passer l'idée. « C'est mon petit frère, » expliqua-t-il. Puis il ajouta, « Qui est totalement libre, si ça t'intéresse, » et il lui fit un clin d'œil.

Elle se retourna une nouvelle fois vers Sam et pencha la tête sur le côté. « Hmmm, » fit-elle d'un air rêveur. Puis elle se reconcentra sur Dean et balaya son corps d'un regard appréciateur. « Dommage, je suis sûre que t'es un bon coup.

- Je ne vais pas te contredire là-dessus, » répondit-il d'un air narquois.

« Si je vais voir ton frère, tu vas te retrouver tout seul, » remarqua-t-elle, son regard déviant une fois de plus sur Sam, le regardant lui aussi de bas en haut avec envie. Mais Dean haussa une épaule, balayant l'idée, et elle le dévisagea avant de sourire en coin. « T'auras qu'à appeler ton copain pour passer le temps. » Il rit à l'idée, sachant très bien qu'il ne le ferait pas.

Elle se leva et se dirigea vers la table de billard, accostant, comme prévu, le cadet. Après seulement deux minutes en sa compagnie, celui-ci lui montrait comment elle devait tenir la canne et se pencher pour bien viser. Dean se détourna, ne voulant pas en voir plus. Il sortit son portable, allant dans ses contacts, jusqu'à la lettre C, pour y trouver l'ange. Il sourit à lui-même.

Il appuya sur envoyer un message et tapa la première chose à laquelle il pensa, Pense à toi, puis il fronça les sourcils et effaça les lettres tapées. Il fourra son portable dans sa poche et vida sa bière.

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Sam, Charlie et Dean avait décidé de fêter la fin d'une chasse particulièrement difficile ce soir-là au bunker. Ils avaient bien mangé et légèrement beaucoup trop bu entre deux éclats de rire. Sam, en personne la plus responsable présente, avait ramené les deux autres dans leur chambre, déposant un verre d'eau sur la table de nuit, les disputant lorsqu'ils se relevèrent pour se parler d'un bout à l'autre du couloir, en hurlant et surtout en chantant.

Ils avaient fini par rester dans leur chambre et Sam était lui-même allé se coucher. Mais, pour une raison inexplicable, Dean n'avait pas envie de dormir. Alors il prit son téléphone et appela Castiel. Les deux hommes n'étaient techniquement plus ensemble et bien que Dean sache que c'est une mauvaise idée d'appeler un ex en étant saoul, pour lui c'était différent, après tout ce n'était pas un ex, c'était Cas.

Il écouta sonner, mais personne ne répondit et il tomba finalement sur la boite vocale de l'ange. « Hey, Cas, » commença-t-il. « J'pense à toi, là. » Puis il explosa de rire, parce qu'il se rendit compte de ce à quoi cela ressemblait. Il doutait que l'ange le remarque, mais on n'était jamais trop sûr. « En fait, c'est pour c'que t'as dit, t'sais ? Quand t'as dit qu'tu m'aimais. J'veux dire … tu t'es énervé, mais c'pas juste. C'tait con d'ta part d'dire ça. C'vrai quoi ! A quoi t'pensais, hein ? C'tait vraiment con. Con, con, con. »

Il bascula sa tête en arrière contre son matelas et réalisa qu'il était assis sur le sol contre son lit, les jambes tendues devant lui. S'il tendait la pointe de ses pieds, il pourrait toucher son bureau. Et il dit tout ça à Castiel. Puis, il raccrocha et regarda ses pieds un moment.

Il s'assit sur son lit, parce que le sol était froid et inconfortable. Il trébucha et finit par s'allonger, tout tournait trop autour de lui et cela le fit rire. Il décida de rappeler Castiel. Une fois de plus, il tomba sur le répondeur, mais cela ne le dérangea pas.

« Si j'te dis que j't'aime en étant bourré, ça compte ? T'arrête d'être énervé et t'reviens ? » Puis, il eut un petit rire, et tout en riant il dit, « S'non, j'peux t'trouver des fleurs et du chocolat. Ça s'mange. Le chocolat, pas les fleurs, hein ? On sait pas trop avec toi, t'pourrais cert'nement manger des fleurs si j'te disais qu'c'tait bon. T'es tellement p'tain d'naïf parfois, j'te jure … En même temps s'tu l'étais pas t'aurais jamais pensé qu'c'tait une bonne idée d'me dire ça. T'aurais jamais pensé qu'c'tait une bonne idée d'couché avec moi d'ailleurs, » ajouta-t-il en riant légèrement.

Il garda le silence quelques instants. « T'es où d'ailleurs ? » demanda-t-il soudainement, comme s'il avait oublié que Castiel n'était pas à l'autre bout du téléphone et qu'il n'aurait pas de réponse. « Est-c'que tu t'es trouvé qu'qu'un d'autre ? Quelqu'un d'aussi con qu'toi et qui t'fais des gaufres le lendemain matin au lieu de s'barrer comme moi ? » Il y avait une certaine amertume dans sa voix, même une sorte de colère alors qu'il imaginait quelqu'un d'autre serrer son ange nu dans ses bras, l'écoutant soupirer délicieusement de plaisir au creux de son oreille.

« J'espère qu'il est doué. T'mérites quelqu'un qui t'baise bien, non ? C'pour ça qu'tu réponds pas au téléphone ? Parce qu't'es trop occupé avec'lui ? C'pour ça que t'es pas revenu ? Que j'ai pas d'nouvelles ? Tiens, d'ailleurs, t'vois, j'avais raison. T'donnes pas d'nouvelles. Et ça c'est pa'ce qu't'en à rien à foutre au fond. Ça s'trouve t'reviens que quand tu t'ennuis trop, ou qu't'as envie de tirer ton coup. La preuve, j'viens prendre d'tes nouvelles et tu t' tape quelqu'un d'autre. »

Il raccrocha avec véhémence et roula sur lui-même pour se mettre en boule. Son téléphone reposait sur le lit à une dizaine de centimètres de son visage. Parfois, il ouvrait un œil pour voir si celui-ci s'allumait, mais non il restait éteint, parce que Castiel ne le rappelait pas. Cela lui parut une éternité, et ce n'était que cinq minutes, lorsqu'il reprit son téléphone.

Il rappela à nouveau Castiel et chacune des sonneries était une torture. Lorsqu'enfin il entendit la voix de son ange résonné et fut autorisé à parler. « Je m'excuse, okay ? J'suis désolé. J't'aime, okay ? J't'aime, si c'est c'que t'veux entendre. J't'le dis autant qu'tu veux, mais r'viens. S'te plait, r'viens, Cas. J't'aime. J'te jure, d'accord ? Juste … juste prend pas quelqu'un d'autre. Sinon j'vais d'voir le tuer et après ç'va être galère car faudra que j'explique à Sam. R'viens, s'te plait. J'suis con, j'sais qu' j'suis con. Mais toi aussi t'es con. Non, non. Non, pardon, t'l'es pas, juré, promis, j't'aime, t'es pas con.

« Cas, juste reviens, okay ? Okay ? J't'attends, j'dors pas tant qu't'es pas là. »

Il raccrocha et attendit que l'ange vienne le rejoindre. Mais dix minutes plus tard, le sommeil - et l'alcool - eut raison de lui et il s'endormit.

Lorsqu'il se réveilla le lendemain matin, sa tête menaçait d'exploser. Il tendit hasardeusement la main vers le verre d'eau sur sa table de nuit parce que sa gorge était asséchée. Il le finit et roula sur le dos en grognant. Il posa sa main sur ses yeux parce que la lumière de sa chambre était allumée et que cela ne faisait qu'amplifier son mal de crâne. Il avait encore soif et savait qu'il devait aller prendre une aspirine, mais il n'avait pas assez de force.

Il sentit une main se poser sur son front et, après avoir sursauté, il ouvrit les yeux pour voir Castiel assis sur le matelas à ses côtés. Sa migraine disparue d'un coup et l'ange lui tendit un second verre d'eau. Dean se redressa et s'éclaircit la gorge avant de le boire.

Il n'avait aucune idée de ce que l'ange faisait ici. « Hey … » fit-il avec hésitation. Castiel ne le regardait pas, fixant un point devant lui, le visage neutre.

« Bonjour, Dean.

- Que ... Qu'est-ce que tu fais ici ? » demanda-t-il calmement, regardant autour de lui pour vérifier qu'il était bien dans sa chambre. Les armes exposées sur le mur, la photo de sa mère sur la table de nuit, tout était là.

« Tu m'as demandé de venir. Tu ne t'en souviens pas ? » Cela ne sonnait presque pas comme une question et on aurait dit que Castiel savait exactement où il allait avec cette conversation. Dean, lui, était juste perdu.

« Euh … non.

- Laisse-moi te rafraichir la mémoire. » Il sortit son portable, le visage toujours vide d'expression. Il tapa quelques chiffres, puis mit le hautparleur.

Une voix électronique s'éleva dans l'air. « Aujourd'hui à une heure cinquante-trois. » Il y eu une sorte de bip avant que la voix pâteuse de Dean ne prenne sa place, « Hey Cas … J'pense à toi … » Il écarquilla les yeux et posa sa tête dans sa main. Il s'écouta bredouiller n'importe quoi. Pendant trois messages. Pendant que Castiel gardait un visage fixe et inexpressif. Il avait envie de le supplier d'arrêter ça, parce que sa mémoire lui était soudainement revenue comme s'il avait pris un boulet de canon dans le ventre.

Castiel ne le regardait toujours pas lorsque le dernier message fini. Il coupa l'appel et enfouit son téléphone dans sa poche. « Donc je suis là, » dit-il simplement.

Dean lui lançait un regard horrifié et il aurait aimé que l'ange le regarde ou qu'il exprime quelque chose.

« Juste pour ton information, sache que je ne me tape personne.

- Je suis désolé.

- Et que je viens pas te voir uniquement pour tirer mon coup.

- Je t'en supplie, oublie tout ça.

- J'ai une très bonne mémoire.

- Je sais, » répondit-il en grimaçant.

« Je n'en ai pas rien à foutre. Je ne donne pas de nouvelles parce que, en dehors de quand tu as trop bu, tu n'en veux pas.

- Ça c'est faux, » interjeta Dean, mais Castiel continua comme si de rien n'était.

« Je sais aussi que les fleurs ne se mangent pas.

- Merde, putain, je suis vraiment dé –

- Quand à ce à quoi je pensais lorsque je t'ai dit que je t'aimais, tu le sais déjà, même si j'avoue que j'ai moi aussi eu du mal à m'en rappeler en écoutant ces messages.

- S'il te plait, écoute –

- Laisse tomber, Dean. Ne prend juste plus la peine de m'appeler dans cet état, » dit-il finalement en se levant. Son ton avait tout du long était si froid et monotone que Dean n'avait eu qu'une envie : qu'il lui hurle dessus. C'était pire comme ça, parce qu'il avait simplement l'impression que Castiel en avait fini avec lui, et ses tripes se retournaient en y pensant.

« Attends ! Je comprends que tu sois en colère, mais je suis désolé. J'étais bourré, je savais pas ce que je disais.

- Vraiment ? » demanda l'ange en se tournant vers lui et, s'il cherchait bien, Dean pouvait voir l'étincelle de peine dans le bleu pur de ses yeux. « Donc tu ne pensais rien de ce que tu disais ?

- Si j'avais été dans un état normal, je l'aurai jamais pensé.

- Donc tu le pensais tout à l'heure.

- S'il te plait, Cas. C'est – j'aurai pu dire ou faire n'importe quoi – je – tu peux pas m'en tenir rigueur. » Castiel pencha la tête sur le côté, les sourcils froncés, lui demandant silencieusement s'il était sérieux. La peine avait quitté ses yeux et de la colère l'avait remplacée. « Tu m'en veux, » constata Dean la gorge serrée.

Castiel le regarda comme s'il était un idiot. « Tu m'en as donné plusieurs raisons. Tu n'as pas dit grand-chose qui aurait pu me faire plaisir dans tout ça.

- Je sais.

- Je ne sais même pas quelle partie était la pire, » ajouta-t-il alors que ses épaules s'abaissaient et qu'il détournait la tête pour ne plus avoir à regarder à quel point Dean était pathétique en cet instant. Il se passa une main sur le visage, un geste qu'il lui avait volé.

« Je suis vraiment désolé. S'il te plait, crois-moi sur ça. Au moins sur ça, » demanda Dean.

Après un moment, Castiel le regarda à nouveau et soupira, avant d'acquiescer.

Puis, après un blanc, Dean s'éclaircit la gorge et fut une nouvelle fois complètement stupide. « Alors ... pourquoi tu répondais pas ?

- Ça ne capte pas au paradis, » répondit l'ange d'un ton sec d'agacement. Ses mâchoires étaient serrées, et finalement, il dû en avoir assez, parce qu'il lui tourna le dos.

Dean n'essaya même pas de le retenir. Juste avant de tourner la poignée pour partir, il dit, « Et non Dean, bourré, ça ne compte pas. »

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