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7. Comme une histoire déjà lue cent fois
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« Comment ça va avec Cas ? » demanda Charlie en mordant dans un gâteau sec.
Dean sortit de ses pensées avec un léger sursaut et regarda immédiatement autour de lui à la recherche de son frère. Il soupira lorsqu'il vit qu'il n'était pas là. La jeune rousse leva les yeux au ciel avant de hausser un sourcil dans sa direction. « T'inquiète, je sais que c'est top secret. Je vendrais pas la mèche aussi facilement et stupidement que ça. »
Elle mordit à nouveau dans son gâteau alors que Dean hochait la tête pour lui accorder raison. Elle attendit quelques secondes avant soupirer, « Alors ? Toi et Cas ? »
Dean haussa une épaule pour balayer la question, mais Charlie ne détourna pas le regard, attendant. « Qu'est-ce que tu veux entendre ?
- Rien de spéciale. Je veux juste savoir.
- Et tu veux savoir quoi exactement ?
- Vous êtes ensemble au moins cette semaine ?
- Ouais.
- Alors c'est quoi cet air songeur de j'ai-fais-une-grosse-erreur ?
- Bah … pour ça, » répondit Dean, faisant de son mieux pour garder une expression neutre. Charlie lui lança un regard sombre à travers ses yeux plissés, sa bouche dubitativement tirée sur le côté, mais il préférait faire comme s'il ne comprenait pas pourquoi, comme si ce qu'il disait était d'une logique imparable et qu'elle avait un problème pour ne pas comprendre.
La jeune femme bascula en arrière sur sa chaise et croisa les bras sur sa poitrine. « Sérieusement ? » marmonna-t-elle d'un ton sombre.
Il haussa une fois de plus son épaule. « C'est toi qui a demandé. »
Elle se pencha en avant sur la table, y posant ses bras, et soudainement son attitude entière changea. Elle arrêta de le traiter comme le cas désespéré et exaspérant qu'il était, et plus comme s'il était un garçon perdu qui n'attendait qu'une main tendue pour l'aider.
« J'ai parlé à Cas, » lui dit-elle d'un ton presque coupable.
Dean bougea mal à l'aise et se racla la gorge avant de parler. « Et ?
- On a parlé de toi.
- C'était … intéressant comme conversation ?
- Il est encore plus dur à faire parler que toi, » dit-elle en levant les yeux au ciel au souvenir de l'ange muet. Elle prit une grande inspiration. « J'avais l'impression de parler à un mur au début, mais après ça allait mieux. »
Elle fit une pause et Dean attendit silencieusement qu'elle finisse ce qu'elle voulait dire. Elle planta ses yeux dans les siens. « Il t'aime, » affirma-t-elle avec détermination. « Tu le sais, hein ?
- Oui.
- Alors pourquoi tu lui fais tout ça ? » demanda-t-elle doucement.
Dean eut un petit rire amer, avant de serrer les mâchoires. « Tu dis ça comme si j'étais le seul fautif.
- Mec, t'es terrifié de ce que tu pourrais avoir si tu te laissais aller à avoir cette relation. Et d'ailleurs, que vous le vouliez ou non, vous l'avez déjà cette relation. C'est trop tard pour ça, maintenant. Ce sera jamais comme avant entre vous.
- T'en sais rien.
- Ça faisait combien de temps que vous aviez envie de ça ? » rétorqua-t-elle. Elle attendit une seconde, mais Dean n'allait pas lui répondre, à moitié parce qu'il ne le voulait pas et à moitié parce qu'il ne connaissait pas la réponse. « Le pire, c'est que t'as même pas peur d'être amoureux de lui. Et t'as pas vraiment peur qu'il soit amoureux de toi. T'as juste peur de tout faire foirer. T'as peur qu'il te blesse et t'as peur de le blesser. »
Dean se retenait de soupirer. Il se retenait presque physiquement à l'accoudoir de sa chaise pour ne pas simplement se lever et partir en lui disant d'aller se faire voir. « Tu te rends compte à quel point c'est con ? » Cette fois, Charlie semblait vraiment attendre qu'il réponde.
Dean soupira et ferma les yeux une seconde avant de fixer son amie avec la même détermination et légère exaspération dans le regard qu'elle. « Oui, » répondit-il durement. « Merci, je le sais, je n'ai pas besoin de toi pour comprendre ce qu'il se passe dans ma tête.
- Non, » lui accorda-t-elle. « Mais t'as besoin de moi pour savoir qu'il est tout aussi terrifié que toi à propos de ça, qu'il l'est pour les mêmes raisons. Et peut-être même qu'il flippe encore plus d'ailleurs, parce que ça aurait jamais dû lui arriver un truc pareil. » Elle marqua une pause, pour prendre une grande inspiration. « Et pourtant, lui il est prêt à prendre le risque. »
Dean baissa les yeux une fraction de seconde, mais cela fut suffisant à Charlie pour savoir qu'elle avait marqué le point qu'elle voulait. Elle se redressa et appuya ses mains sur la table en se relevant. Elle se détourna et avança jusqu'à une des bibliothèques, regardant la tranche des livres à la recherche de l'un d'entre eux. Pour elle la conversation était finie, mais pas pour Dean.
« Donc c'est plutôt bien, non ? » demanda-t-il et le regard gris se teinta d'incompréhension. « Que je sois encore assez censé pour nous protéger tous les deux, » expliqua-t-il.
Elle leva les yeux au ciel. « Tu protèges rien du tout, imbécile. Tu ne fais que tout détruire encore plus vite. »
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Castiel se pencha pour atteindre les lèvres de Dean, l'embrassant doucement, tendrement, amoureusement. Et Dean lui rendit son baiser de la même façon, parce que l'ange le méritait tellement. Leur baiser ralentit jusqu'à ce que l'homme aux yeux émeraude bascule sa tête vers l'arrière et que l'autre repose la sienne sur la poitrine du premier.
Dean ne compta alors plus le temps qui passait, des minutes, des quarts d'heure, des heures, cela n'avait aucune importance, ils étaient quelque part au milieu de la nuit et ils ne pouvaient pas dormir. Et alors que le temps passait, Dean se trouva dans cet état étrange entre le sommeil et l'éveil, comme si son cerveau ne pouvait pas se décider entre s'endormir pour se reposer et rester conscient pour prendre chaque bribe de cet instant et le conserver en lui pour toujours. Ses pensées dérivèrent lentement, sur ce qu'ils étaient l'un pour l'autre, à ce qu'ils faisaient et la folie que c'était.
« Peut-être qu'on peut juste pas se rendre heureux, » murmura-t-il d'une voix endormie.
Alors, il fut à nouveau parfaitement éveillé. Il ne sut pas si c'était à cause de ce qu'il venait d'avouer ou si c'était juste le fait d'avoir parlé. Il aurait tellement aimé que Castiel respire, parce qu'il aurait pu lire tellement dans son souffle.
« Je vais faire comme si tu n'avais rien dit, » répondit l'ange d'un ton neutre et calme.
Dean ferma les yeux et sentit une des mains de Castiel monter jusqu'à son visage pour épouser la forme de sa joue, ses doigts caressant doucement sa peau. Et il sentit le sommeil l'envahir plus rapidement que jamais. Il comprit que l'ange y était pour quelque chose alors que la conscience le quittait.
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Dean était à moitié allongé sur Castiel, l'embrassant doucement et tendrement alors qu'une de ses mains frôlait ses côtes et que celles de son ange caressaient sa nuque et sa joue. Ils étaient tellement calmes en cet instant, tellement paisibles, qu'ils devaient parfois quitter les lèvres de l'autre pour sourire doucement, gloussant parfois à la hauteur d'un souffle. Ils ne s'attendaient pas à ce que cette paix soit perturbée par plusieurs coups à la porte.
Ils s'écartèrent l'un de l'autre, les yeux écarquillés dans un regard affolé lancé à l'autre.
« Va dans le placard, » murmura Dean avec empressement.
Castiel fronça les sourcils et répondit tout aussi bas, « C'est ma chambre.
- Merde ! » Dean s'écarta et alla en direction du placard.
« Tu es sérieux ?! » demanda Castiel en le voyant l'ouvrir alors qu'il se redressait.
« Cas ? Tu es là ? » résonna la voix de Sam de l'autre côté et l'ange lança un regard affolé à Dean alors que celui-ci le regardait comme on rétorque 'je te l'avais dit !'.
« Oui, » répondit finalement Castiel après que l'autre homme ait refermé la porte du placard derrière lui.
Sam entra, son regard passant un instant sur la chambre sans décoration. « Tu sais où est Dean ? Je le trouve nulle part dans le bunker.
- Pourquoi est-ce que je saurais où est Dean ? » demanda Castiel en fronçant les sourcils. Son ton était presque défensif et Dean se prit la tête dans les mains en soupirant aussi bas qu'il le pouvait. L'ange n'aurait pas pu sonner plus coupable et il se demanda pourquoi il lui était impossible de simplement répondre non.
« Euh, je sais pas. Je me demandais juste … comme ça, » répondit le cadet et Castiel le regardait fixement sans rien dire. « Tout va bien ?
- Oui.
- Okay. » Sam attendit que Castiel parle, Dean attendait que Sam parte, Castiel avait l'impression qu'il était écrit sur son front qu'il couchait avec l'ainé de l'homme face à lui. Il combattait d'ailleurs l'envie de tourner la tête en direction du placard. « Il y a quelque chose dont tu veux parler ?
- Non, » répondit Castiel d'un ton neutre.
« Même à propos de mon frère ? »
Il sait, résonna dans les esprits de Dean et de Castiel au même instant. Puis tous deux songèrent à Charlie et à la possible trahison de celle-ci ; mais la vision mentale qu'ils avaient de leur amie les frappa à l'arrière de la tête en leur lançant un regard noir juste parce qu'ils y avaient songé.
Castiel fronça les sourcils et pencha la tête sur le côté pour donner l'impression qu'il n'avait aucune idée de ce que Sam voulait dire. Dean lui avait dit qu'il faisait ça, que c'était adorable, et après ça il avait été incapable de ne pas remarquer cette attitude, tentant de combattre un tic qu'il n'était pas censé avoir. Mais finalement, c'était une bonne chose.
« T'as pas remarqué quelque chose de différent chez lui ? » Castiel secoua la tête pour toute réponse. « Je sais pas, il est plus lui-même, je crois qu'il nous cache un truc.
- Il nous le dirait s'il y avait quelque chose de grave, » affirma Castiel, s'en voulant de cacher les choses à Sam, tout en sachant que c'était pour le mieux. Les choses étaient assez compliquées pour qu'ils n'aient pas à s'occuper de la réaction du cadet – et Charlie était bien assez dure à gérer.
Sam haussa une épaule en s'appuyant contre l'embrasure de la porte. « Ouais … Il peut quand même un sacré con têtu quand il le veut. Et c'est pas comme si parler était dans ses habitudes. » Dean leva les yeux au ciel dans son placard alors que son cadet commença énumérer quelques-uns de ses autres defaults, apparemment décidé à en faire une liste exhaustive. Mais il se sentit réellement outré lorsque Castiel eut une exclamation approbatrice, lui lançant un regard noir à travers la porte en bois.
« Il serait capable de nous cacher n'importe quoi. Et puis, il est super lunatique en ce moment, » argumenta le cadet. « Un moment tu as l'impression qu'il vit dans un Disney et que des oiseaux vont apparaitre pour chanter avec lui, et puis après il semble tout triste, voir super énervé et c'est impossible de lui parler. »
Castiel baissa les yeux alors que Dean serrait les mâchoires et baissait la tête, l'apposant sans bruit contre le bois. « T'as pas remarqué ?
- … Si, » convint finalement Castiel, parce qu'il ne pouvait pas mentir.
Sam eut soudainement une exclamation amusée, « C'est comme s'il s'était trouvé quelqu'un. »
Dean écarquilla à nouveau les yeux. Castiel bouilla intérieurement alors qu'il faisait de son mieux pour ne montrer aucune émotion. Sam continua, « Même si c'est ridicule.
- Pourquoi ? » demanda immédiatement l'ange, incapable de se taire. Après tout, s'il avait l'occasion d'entendre le point de vue de Sam sur la question pourquoi s'en priver.
« En dehors du fait que c'est carrément pas lui ? » demanda-t-il. « Qui serait assez fou pour supporter son mauvais caractère ? Je veux dire, j'adore mon frère, mais cette personne aurait une patience de malade.
- Peut-être que cette personne l'aime assez pour passer outre. »
Sam pencha la tête sur le côté en considérant la question. Puis, d'une voix plus soucieuse il ajouta, « Je doute qu'il ait envie d'être dans une relation sérieuse de toute façon.
- Tu pourrais te tromper. » Dean pria Castiel d'arrêter, mais cela n'eut aucun effet. « Peut-être qu'il n'ose tout simplement pas le faire. »
Sam se redressa légèrement face au ton défensif de l'ange. « Peut-être, oui. » Il marqua une pause avant de regarder son ami d'un air suspicieux, « Tu sais quelque chose ? »
Castiel resta silencieux pendant quelques secondes pendant que le cœur de Dean s'affolait à la perspective que l'ange soit honnête avec lui. Il n'était absolument pas prêt à ce que son frère se mêle de cette histoire. Heureusement pour lui, Castiel non plus. « Non, » dit-il finalement.
Sam eut un air déçu sur le visage. « En tout cas, s'il a trouvé quelqu'un ce doit être l'un de ses meilleurs coups. » Dean écarquilla les yeux et Castiel fronça les sourcils. « Lorsqu'il est dans ses bons jours, il semble plus détendu qu'après n'importe quel coup d'un soir qu'il a eu, » s'amusa Sam et Dean plaqua sa main sur sa bouche pour ne pas lui hurler de se taire.
« Et je t'assure que je connais cette expression, après le nombre de fois où je l'ai vu revenir avec le lendemain matin. » Il rit légèrement. « Enfin, bref. Je vais tenter de le trouver, à moins qu'il soit allé la retrouver. »
La porte se ferma et Dean soupira longuement, la tête contre le bois. Il n'avait vraiment aucune envie de sortir du placard – et il se gifla mentalement lorsqu'il nota le double sens de cette phrase. Ce fut finalement Castiel qui vint ouvrir la porte et Dean se laissa tomber droit comme un piquet sur son épaule. L'ange laissa échapper un petit rire avant de passer un bras autour de son amant.
« Charlie va mourir de rire en apprenant que tu t'es caché dans mon placard.
- Hors de question que tu lui racontes, » grogna-t-il.
Castiel fut silencieux une seconde, puis un sourire calculateur apparut sur ses lèvres. « A une seule condition. » Dean s'écarta, les sourcils froncés d'interrogation, mais son expression se changea en inquiétude lorsqu'il vit le regard de l'autre. « Que tu répondes à une question. »
Il le regarda précautionneusement, comme s'il jouait avec le feu, « Vas-y …
- Suis-je l'un de tes meilleurs coups ? » Castiel ne put s'empêcher de sourire amusé, surtout lorsque le visage de Dean s'empourpra.
D'agacement, celui-ci le repoussa jusqu'au lit se plaçant au-dessus de lui alors que l'ange riait, son nez plissé. Puis, il décida de rentrer dans son jeu et prit une expression incertaine. « Hum … je sais plus. » Il se pencha jusque dans son cou et chuchota contre sa peau, « J'ai oublié, il faut que je vérifie. »
Plus tard, alors qu'ils reposaient l'un à côté de l'autre, la plupart de leurs vêtements retirés, les joues rouges et les lèvres roses, Dean soupira, « Okay, ouais, tu l'es carrément. » Et Castiel mit une seconde à faire le lien avant de rire, se mouvant pour embrasser le cou de son amant.
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Les mots faisaient mal une fois de plus. Et malgré le nombre de fois où c'était arrivé, Dean et Castiel se faisaient toujours autant de peine. En même temps, lorsque vous repoussez quelqu'un qui vous agrippe de toutes ses forces au point de presque lui en arracher les bras, il ne faut pas vous étonner si celui-ci cri de douleur, pas vous étonner lorsqu'il lance sur vous un regard trahi, puisque vous lui aviez un jour murmuré que c'était pour la vie.
« Laisse tomber, » finit par dire Dean en soupirant d'un ton défait. Et même l'ange n'avait plus la force de crier.
Ce dernier détourna le regard avant de le relever blessé sur Dean, mais avant qu'il ne puisse parler le chasseur le fit. « J'ai même plus la force de me disputer avec toi. » Une pause. « Ça n'en vaut pas la peine. »
Les mots flottèrent dans l'air, douloureux. Castiel acquiesça lentement avec l'expression de celui qui apprend sa sentence à la fin d'un procès qui l'a condamné à mort. « Je n'en vaut pas la peine ? »
Dean ne le regarda pas, les yeux fixés sur ses mains jointes. « Parfois, je me dis que peut-être que non. » Castiel acquiesça à nouveau, les mâchoires serrées comme s'il essayait de retenir ses larmes, ou ses cris, ou les deux.
Il se détourna, parce que même s'il doutait que Dean le regarde à nouveau aujourd'hui, il ne prendrait pas le risque de se montrer aussi blessé devant lui. Les mots vinrent depuis derrière lui, « Je suis désolé.
- C'est pas la peine, » rétorqua Castiel.
« Tu vas partir ?
- Oui.
- Longtemps ?
- Non.
- Pourquoi pas ? » demanda Dean. Pas qu'il voulait voir son ange ne pas revenir, mais il se demandait vraiment pourquoi celui-ci était déterminé à revenir à chaque fois, après toute la souffrance que l'autre lui causait.
« Parce que je suis incapable de rester loin de toi, » répondit-il avec honnêteté. Et c'est peut-être ça qui faisait le plus mal : le fait que l'autre s'offrait encore tellement à lui alors qu'il n'avait aucune raison de le faire. Il avait en fait toutes les raisons de faire exactement le contraire. « Je ne suis jamais logique lorsque tu es concerné.
- Je sais.
- Je ne comprends pas pourquoi.
- Oh, ça, mon ange, » lui expliqua Dean à voix basse, « c'est parce que tu es assez con pour m'aimer. » Les mots percutèrent Castiel avec une force incroyable ils étaient pour lui plus violents que tous les cris.
Il se retourna brusquement et vint se planter à moins d'un mètre de l'homme, se penchant vers lui pour rencontrer son regard. « Mais tu crois que je suis faible pour être amoureux de toi, Dean ? Non. Absolument pas. Si l'un de nous est faible, c'est toi. »
Dean se redressa et Castiel recula d'un pas. Les yeux émeraude étaient sombres alors qu'ils défiaient l'ange du regard, mais ce dernier ne fléchit pas.
« D'accord, » accorda Dean. « Mais c'est toi qui te retiens de pleurer en me tournant le dos. » Le concerné ne put empêcher la surprise d'apparaitre sur ses traits pendant une seconde. « Alors lequel de nous deux a le plus perdu dans cette histoire, dis-moi ? »
Mais Castiel ne répondit pas. Il tourna les talons et quitta la chambre, partant loin de la pièce, de Dean, du bunker. Il traversa les couloirs et le hall, se fichant que quelqu'un le voie, et partit tout simplement sans un autre mot. Il prit sa voiture et démarra sans savoir où aller, mais tout était mieux qu'ici, dans cette chambre, avec l'homme dont il était complètement amoureux et qui s'évertuait à lui faire assez mal pour qu'il fuit, qui lui crachait au visage des mots qu'il ne pensait pas - et le savoir volontairement en train de mentir pour lui faire autant de mal, juste pour qu'il parte, était presque plus douloureux que d'avoir l'autre réellement penser ses mots. Il lui faisait assez mal pour qu'il n'ait pas d'autre choix que la fuite, parce que s'il restait un instant de plus, il ne pourrait plus se contrôler et il détruirait Dean, et il refusait d'en arriver là.
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Castiel riait, son rire si doux étouffé contre l'épaule de nue de Dean.
« J'étais – non c'est faux ! » argua ce dernier, regardant son ange d'un air défensif, tout en ayant cette lueur dans le regard qui appartenait à ceux qui comprenait avoir perdu.
« Dean, je le sais. Je l'ai vu, » insista Castiel en le regardant droit dans les yeux, un petit sourire fier au coin des lèvres. Et l'homme le regarda sans comprendre.
Ils parlaient de ce que Dean avait pu ressentir lors de leur dernière chasse, après que Castiel eut dit qu'il savait qu'il avait été terrifié. Le chasseur s'était défendu en affirmant le contraire, mais cela n'avait eu que peu d'effet.
Devant son incompréhension, l'ange expliqua, « Je le sais parce que je vois ton âme. »
Dean resta silencieux un instant, semblant déconcerté, puis il fronça les sourcils. « Ça me fait me sentir incroyablement vulnérable, là. » Castiel rit une fois de plus et cela agita les stupides papillons dans l'estomac de l'homme. « Alors … tu sais comme je me sens, » répéta Dean. L'ange se mordit la lèvre pour reprendre son sérieux et acquiesça. « Tout le temps. » Acquiescement. « Tout ce que je ressens … pour tout le monde. » Acquiescement. « Pour toi, » finit Dean.
Castiel lui sourit doucement, gentiment, comme s'il voulait le rassurer, lui dire qu'il n'abuserait pas de ce pouvoir sur lui.
« Oui. » Dean se tut devant l'affirmation, incapable d'ajouter quoique ce soit. Il déglutit avec difficulté, et son amant détourna le regard. « C'est certainement la raison pour laquelle je m'énerve aussi souvent contre toi. »
Dean rit légèrement, dans un souffle, à la limite de l'amertume. Il se mordit l'intérieur de la joue. Mais il fut forcé d'acquiescer, « Je comprends.
- Et c'est aussi pour ça que je reviens à chaque fois, » ajouta doucement l'ange en traçant de doux dessins dans le creux de son coude avec le bout de son index. « Ce qui est la raison pour laquelle je m'énerve si souvent contre moi. »
Dean caressa son dos, ne sachant pas quoi dire. Il savait que Castiel ne disait pas ça pour commencer une dispute, il le disait juste parce qu'il n'aurait plus jamais l'occasion de le dire s'il ne le disait pas maintenant. Et peut-être qu'il voulait faire comprendre quelque chose à Dean. Le fait qu'il était aussi piégé dans cette relation que lui l'était. Et que c'était pour le meilleur comme pour le pire.
« Finalement, » dit Dean, « peut-être que je l'aime bien ta vision angélique. »
Castiel rit et posa un baiser sur l'épaule de Dean. Il n'avait pas menti, si elle lui permettait de garder son ange, alors il était prêt à accepter d'être légèrement à découvert devant lui.
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Deux fois deux coups sur sa porte et Dean savait que Castiel se trouvait derrière la porte. Il lui dit d'entrer depuis sous sa couverture, se redressant seulement sur un coude alors que l'ange entrait. Celui-ci lui lança un sourire avant de venir s'assoir sur le bord du lit, il retira ses chaussures, puis rencontra le regard interrogateur de Dean.
« Qu'est-ce qu'il y a ? » demanda-t-il confus.
« Euh … rien, c'est juste que d'habitude on échange au moins trois mots avant de revenir dans le lit de l'autre. »
Castiel le fixa sans comprendre et Dean devenait plus perdu à chaque seconde.
L'ange hésita, puis les sourcils froncés il dit, « C'est juste que … ça fait deux jours que tu n'es pas venu.
- Bah, ça fait deux jours qu'on a rompu, » répondit Dean sans comprendre. Ils avaient l'un comme l'autre prit l'habitude de ces brèves interruptions dans leur relation, mais lorsqu'ils se remettaient ensemble, ils y mettaient quand même un peu plus les formes.
« Nous … nous n'avons pas rompu, » dit Castiel confus. Les deux hommes se regardèrent un instant incrédules. « Tu es sûr qu'on a rompu ?
- Je crois, » répondit Dean en faisant trainer le dernier mot. Encore un silence à se fixer, puis l'homme aux yeux d'émeraude lâcha un petit rire. « Okay, là on est complètement ridicule. » Castiel se contenta d'acquiescer, hésitant entre l'amusement et le désespoir.
« Je … est-ce que je peux dormir ici ?
- Hum, ouais. Enfin, dans mon cas, faut le moment de réconciliation.
- Tu dis ça comme si c'était devenu une tradition.
- J'y tiens, » fit-il en haussant une épaule avec un sourire en coin. Castiel leva les yeux au ciel avant de se pencher vers lui pour l'embrasser tendrement.
Il s'écarta pour enlever certains de ses vêtements et être plus à l'aise. Puis, Dean écarta un bras pour qu'il vienne se blottir contre lui.
« Pourquoi est-ce que tu pensais qu'on avait rompu ?
- Et si on évitait le sujet ? » proposa Dean, ayant peu envie de raviver une dispute, surtout qu'il essayait de dormir.
« Oh, est-ce que c'est parce que j'ai –
- Cas, » souffla Dean, le prévenant de ne pas entrer sur ce terrain. Cela ne ressemblait pas à une menace, son ton était doux et calme. Il essayait de ne pas se souvenir de cette dispute. Castiel resta silencieux, mais l'autre ressentit le besoin de le rassurer. « Et non, c'est pour ce que moi j'ai dit après. »
Castiel sembla réfléchir un instant, se remémorant la scène. « Oh, ça. » Il y eu un silence. « La prochaine fois, soit plus clair.
- Promis. »
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Sam s'était absenté du bunker, trainé par Charlie qui voulait qu'il l'accompagne faire Dean ne savait plus quoi, et ça n'avait aucune importance. Il savait que la jeune femme ne l'avait fait que pour lui permettre à lui et à Castiel de parler, puisque l'ambiance entre eux était à couper au couteau et qu'il ne leur aurait certainement pas fallut beaucoup de temps pour exploser. Et ce n'était définitivement pas comme ça qu'il voulait que son frère apprenne toute cette histoire.
Ils avaient alors décidé de parler. Parler avait vraiment été l'objectif de base, mais rapidement les piques et remarques cinglantes, les sous-entendus chargés d'amertume et d'ironie étaient entrés en jeu. Dean était certain d'avoir haussé le ton en premier, puisqu'il était toujours celui qui perdait son calme le plus vite. Mais cela ne faisait aucune différence lorsque Castiel criait si fort que sa voix résonnait comme le tonnerre contre les murs du bunker et que les lampes clignotaient parfois comme si elles allaient exploser. Dean serait toujours impressionné la tempête qui sommeillait sans cesse à l'intérieur de Castiel, mais il lui arrivait parfois d'oublier son existence.
Les yeux bleus étaient plus sombres qu'à leur habitude et la même ombre était tombée sur le vert des iris du chasseur. Ils se défièrent du regard un instant, mâchoires contractées à casser leurs dents. Puis, Dean décida finalement de jouer au plus con.
« Pourquoi est-ce qu'on s'emmerde encore avec tout ça ?
- Parce qu'on s'aime, » soupira Castiel.
« Oh, magnifique, vois où ça nous mène, » souffla-t-il avec une exclamation amusée.
Castiel se rapprocha de lui en quelques pas, se tenant à moins d'un mètre lorsqu'il feula, « N'ose même pas. » Ce n'était pas un défi, c'était une menace.
« Qu'est-ce que tu vas faire, Cas ? M'en foutre une ? » L'ange s'écarta, lui tournant le dos et se passant une main sur le visage avec exaspération. Puis, il se retourna en direction de là où il se tenait plus tôt, mais Dean ne le laissa pas faire et lui agrippa le bras, le forçant à n'être plus qu'à une dizaine de centimètres de lui. « Sois honnête. Tu veux de l'honnêteté après tout, non ?
- Lâche-moi, » répondit l'autre d'un ton froid. Avec un court soupir, Dean retira sa main, mais l'ange ne s'écarta pas. « Je n'ai pas envie de te frapper, si c'est ce que tu veux savoir.
- Pourquoi ça ferait que réveiller de vieilles habitudes. » Les traits de Castiel grimacèrent, de douleur ou de peine Dean n'en était pas sûr. Il fit un pas en arrière et, cette fois, il était certain d'avoir blessé l'ange plus qu'avant.
« Je – » Il se tut et détourna le visage. Dean cligna plusieurs fois des yeux, surpris que le masque de l'ange se soit effrité si rapidement. Celui-ci semblait ressentir tellement en même temps, bien trop pour que ce soit supportable. Puis, en une fraction de seconde, aussi vite qu'il s'était fissuré le masque se reforma et un regard dur plongea dans les yeux du chasseur. « C'est ce que tu veux toi ? Qu'on en finisse avec des coups ?
- Tu sais bien que non, » répondit-il immédiatement en se sentant soudainement stupide.
Le silence retomba entre eux. Castiel s'assit sur l'une des chaises et prit sa tête entre ses mains. Dean prit appuis sur la table, ne regardant pas son ange sans pourtant lui tourner totalement le dos. Après quelques instants, et la gorge serrée, il demanda, « Pourquoi on en revient toujours à ça ? »
Il entendit son cœur battre fortement contre ses tempes plusieurs fois avant que l'autre ne réponde. « C'est toi qui disait qu'on ne pouvait peut-être pas se rendre heureux.
- Même si on le veut ?
- Visiblement non, » dit-il d'une voix rauque, comme s'il lui était physiquement difficile de répondre.
Ils n'osèrent pas lever les yeux l'un vers l'autre, se demandant silencieusement à eux-mêmes pourquoi c'était si facile pour tout le monde sauf pour eux, pourquoi ils étaient incapables d'enfouir leurs peurs et leurs incertitudes au fond d'eux et faire comme si de rien n'était, plonger et réfléchir à ce qu'ils feraient quand leurs cœurs seraient brisés uniquement lorsqu'ils le seraient, pourquoi ils ne pouvaient pas simplement sauter le pas et oublier tout ce qu'il y avait eu avant, pourquoi tout n'était pas aussi facile. Parce que cette histoire était un putain de calvaire.
« Je suis désolé, » murmura Dean et il put voir du coin de l'œil le mouvement de sursaut de la tête de Castiel lorsqu'il le regarda.
Un silence, puis une petite voix grave, « Je suis désolé, moi aussi. »
Et il n'y avait plus rien à dire. Ils cherchaient tous deux à savoir jusqu'où portait ces désolés, mais chacun, sans un autre mot, compris ce qu'ils signifiaient. Désolé que ça n'ait pas marché. Désolé d'avoir brisé tout ça pour si peu. Désolé de ne pas avoir pu mieux faire. Désolé. Désolé. Désolé.
Castiel soupira une dernière fois avant de se diriger vers la sortie de la bibliothèque, partant se terrer dans sa chambre, ou prendre ses affaires et partir. Dean sentit son cœur se serrer et avant de pouvoir s'en empêcher, il demanda.
« Tu viens dormir ce soir ? » Dernière flamme d'espoir qu'il avait aussi peur de voir soufflée qu'attisée.
« Non. » C'était un soupire. Castiel s'était arrêté dans l'encadrement qui séparait la pièce du couloir. Après une pause, il ajouta, « Je ne viendrai pas. Je ne viendrai plus. »
Il ne voulait plus de tout ça, il n'en pouvait tout simplement plus. Et il venait de comprendre, alors que son cœur se brisait en le réalisant. Et pourtant … pourtant …
« Du moins, j'espère que je ne viendrai plus, » ajouta-t-il en partant, dernier brin d'honnêteté, puisque c'était tout ce qu'il avait à offrir, puisqu'il était bien trop faible pour ne pas succomber.
Et alors que Dean restait longuement éveillé, Castiel ne vint pas. Ni ce soir, ni les suivants. Et leur relation redevint l'amitié étrange et inégale qu'ils avaient eu pendant si longtemps. Et la porte de la chambre de Dean ne s'ouvrait pas aux alentours de deux heure du matin.
Pendant deux semaines.
Et après ces deux semaines, la porte s'ouvrit et Dean se réveilla immédiatement en appelant « Cas ? »
L'ange s'approcha et se pencha sur lui, « Ne dit rien. » Et leurs lèvres se rencontrèrent.
Ils s'embrassèrent comme si c'était la dernière fois qu'ils en avaient l'occasion, retirèrent les vêtements de l'autre comme si c'était la fin du monde, firent l'amour comme si leurs vies en dépendaient, se firent des promesses comme s'ils étaient capables de les tenir.
Et ils étaient repartis pour un tour.
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Note :
FIIIIN !
Je plaisante, ce n'est pas la fin – je vous ai dit que ça finissait bien. Mais, lorsque j'ai commencé à publier cette histoire, c'est là que c'était censé se terminer.
J'ai écrit cette fic en me demandant ce que leur relation pourrait donner si elle devait vraiment se dérouler dans la série, l'hypothèse la plus probable en gros, et, malheureusement, pour moi ce serait quelque chose qui ressemble à ça. Mais très rapidement, je me suis rendue compte que je ne pouvais pas finir cette histoire comme ça et que de toute façon les fics servent justement à faire ce qu'on ne fait pas dans la série donc eh, fin heureuse en prévision.
Mais ce n'est pas la fin des souffrances tout de suite. On est sadique ou on ne l'est pas :)
En espérant que ce chapitre vous aura plu et en vous remerciant tous avec beaucoup d'amour !
A bientôt :)
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