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10. Une seconde chance
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Décider qu'il fallait un plan, c'était bien. Le mettre au point, c'était encore mieux. La pratique, elle, sans grand étonnement, s'avéra être un désastre – et, étrangement, cela était plus la faute de Castiel que de Dean.
Lorsque Sam et Charlie en étaient venus à la conclusion que seul un peu de manipulation serait efficace pour faire parler Dean, l'ange s'était aussitôt braqué contre eux. Ils avaient tenté de faire parler l'ainé quand l'ange n'était pas trop loin pour entendre, mais pas assez proche pour que Dean ne le remarque pas Castiel était reparti aussi vite qu'il était arrivé. Ils avaient essayé de désinhiber Dean avec une concoction tout ce qu'il y a de plus sûr et inoffensif trouvée dans un livre de la bibliothèque, l'ainé se retrouvant ainsi tour à tour incapable de mentir ou incapable de ne pas exprimer ses émotions l'ange avait immédiatement vu les effets et était parti avant que Dean n'ait le temps de lui adresser la parole – pendant trois jours, alors que l'effet ne durait que quelques heures et qu'il le savait très bien.
Depuis, les deux comploteurs avaient eu énormément de mal à parler à Castiel, celui-ci les regardant toujours avec une certaine méfiance, même lorsqu'ils ne lui parlaient que d'une simple chasse. Il les fixait avec intensité comme s'il était capable de détecter s'ils mentaient ou non. Un regard qui les mettait tous deux très mal à l'aise.
Charlie avait essayé de lui parler puisqu'il s'était démontré plus coopératif que Dean dans le passé, mais Castiel avait un don pour avoir quelque chose à faire tout le temps. Il mentait très mal et ce n'était pas compliqué de savoir quand il avait vraiment quelque chose à faire ou non, mais il semblait ne même pas prendre la peine d'être convainquant. Sam et Charlie étaient obligés de constater que loin d'arranger la situation, ils l'avaient empirée, puisqu'avec Castiel fuyant le bunker comme la peste à cause d'eux, lui et Dean se voyaient encore moins qu'avant. Seul signe positif, Dean était énormément agacé par l'absence quasi permanente de l'ange.
Pariant sur cela, Charlie décida de lui parler. Il évita d'abord la conversation, faisant semblant de ne pas comprendre ou refusant simplement de répondre, évitant de la regarder et soupirant simplement pour lui faire comprendre qu'elle l'agaçait.
« Dean, » reprit Charlie, plus calmement, prête à tout. « Pourquoi tu continues de faire ça ? Je sais ce que tu étais prêt à lui dire quand il était blessé. Et me fais pas croire que c'était juste parce qu'il était blessé. »
L'autre resta un instant silencieux, puis les traits de son visage devinrent sérieux. « Parce que … depuis, j'ai eu le temps de réfléchir –
- Et merdre, » marmonna-t-elle mais il continua comme si elle n'avait rien dit.
« Et je me suis dit que – que si je lui disais … ça et que – que ça ne changeait rien, je … »
Charlie attendit un instant. « Dean, ça ne va rien changer que tu lui dises ou non. Il sait déjà que tu l'aimes. Bon sang, on le sait tous ! Vous –
- Mais c'est ça le problème ! » la coupa-t-il brutalement. « Imagine que je le lui dise et que rien ne change et qu'on s'engueule tout autant qu'avant ! Comment je – qu'est-ce que je fais pour arranger les choses ? Je veux dire – je sais que c'est le bordel, et je veux pas que ça le soit – putain ! Je déteste la façon dont je me comporte avec lui ! Mais au moins je sais ce qui bloque. Je sais ce qui ne va pas. Et, théoriquement, je serais capable d'arranger les choses. » Il reprit son souffle. Sa respiration était aussi rapide que s'il avait couru. « Si je le lui dis. Et qu'on en revient à la même situation … je sais pas comment je pourrais gérer ça. »
Charlie le regarda abasourdie. Elle ouvrit la bouche pour dire qu'il ne faisait que ce trouver des excuses, mais la referma, cherchant les bons mots, et le bon ton. « Il n'y a pas de raison que ça continue comme ça, puisque vous vous disputez à cause de ça. » Elle observa les yeux émeraude, cherchant les petites lueurs de compréhension, de réalisation, mais Dean s'était refermé sur lui-même et ses yeux ne laissaient rien passer. « Je vais pas te laisser continuer de jouer au con, de toute manière, » ajouta-t-elle en guise d'avertissement.
Dean laissa passer un rire sans joie. « Je t'en prie. » Charlie soupira et, reconnaissant une cause perdue, partit. Elle croisa Sam dans un couloir.
« Plan B.
- Tu veux dire D ?
- Bref. »
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Dean arriva dans la cuisine où Castiel était déjà assis à la table, penché au-dessus d'un livre. Il se figea un instant avant d'oser entrer dans la pièce et de se diriger vers la cafetière. Il sentait le regard de l'ange brûler sa nuque, mais refusait de se retourner. Il resta obstinément de dos à l'ange, se haïssant pour sa lâcheté tout en étant incapable de ne pas l'être.
Finalement, Castiel lâcha un soupir et ferma son livre, se tournant vers Dean tout en restant assis sur sa chaise. « Dean ? Est-ce que tu peux au moins me regarder ? » L'interpelé se retourna à contre cœur. Leurs regards se croisèrent, aussi indéchiffrables que possible, leurs visages dénués d'expression.
Le chasseur prit une grande inspiration, essayant de faire le tri dans ses pensées. « Ecoute, je – »
Un cri l'interrompit. Des deux hommes regardèrent en direction du couloir avec un léger sursaut, avant de se mettre en action. Ils traversèrent la pièce et, une fois dans le couloir, un autre cri résonna. « Charlie ?! » appela Dean. Ils coururent en direction du cri, descendant plus profondément dans le bunker. Le cri continua, revenant encore et encore, terrifié.
Finalement, ils arrivèrent dans une des parties du bunker vers laquelle ils n'allaient jamais. C'était une continuité d'archives s'étendant sur plusieurs salles. Ils entrèrent dans celle d'où venait le hurlement de Charlie. Elle se tenait au centre de la pièce, assise sur une chaise face à une table, les jambes croisées, les bras croisées et la tête basculée en arrière. Elle soupira avant de prendre une grande inspiration d'un air las et ouvrit la bouche pour recommencer à crier, mais Dean l'interrompit.
« Qu'est-ce que tu fiches ? » demanda-t-il. Elle se tourna vers les deux hommes et leur sourit largement.
« Je voulais vous montrer un truc, regardez, » dit-elle en se levant et se dirigeant vers une des étagères du fond de la pièce. Elle fouilla dans les cartons, « Venez voir, » incita-t-elle.
Dean marmonna en avançant jusqu'à elle et Castiel le suivit sans un mot. « Tiens, » dit-elle à Dean en lui collant le livre entre les mains. « Regardez cette image, elle est super étrange, non ? » Elle s'écarta pour laisser Castiel s'approcher de Dean et se pencher par-dessus son épaule pour l'observer.
« Je ne vois rien de spécialement étrange, » confie-t-il, les sourcils froncés en direction de l'image. C'était une représentation d'un wendigo, plutôt fidèle d'ailleurs.
« Si, si, regarde en détails, » insista la jeune fille. Les deux hommes fixèrent plus longtemps l'image, incapables de voir quel détail avait retenu l'attention de la rousse.
Finalement, Dean soupira, « Bon, écoute tu veux pas nous – qu'est-ce que tu fiches ?! » Il avait relevé les yeux vers elle à temps pour la voir fermer la porte de la salle derrière elle. Il y eut un lourd claquement, comme un mécanisme se mettant en place. « Charlie ! » hurla-t-il en jetant le livre sur la table et s'approchant de la porte. Il tenta d'actionner la poignée, mais elle refusa de bouger. Il pensa un instant à la forcer mais se dit qu'il allait la casser. A la place, il frappa sur la porte et hurla à nouveau, « Charlie, bordel, c'est quoi ce délire ?! »
La voix de la jeune fille lui vint étouffée de derrière la porte. « Comme vous refusez de vous parler, je vous force la main. Parce que vous me saoulez à être aussi cons. »
Dean resta un moment abasourdi. Puis il se demanda dans quel cauchemar il était. Enfin, il se remit à frapper sur la porte. « Ouvre ça tout de suite ou je te le ferai regretter ! »
Elle eut une exclamation amusée, du genre tu-ne-me-fais-pas-peur-mon-grand, avant de répondre simplement, « Nan. »
Dean grogna et sortit son téléphone de sa poche. Il appela Sam pour que celui-ci vienne lui ouvrir. Il aurait aimé être plus surpris qu'il ne le fût en entendant la sonnerie de son frère de l'autre côté de la porte. « Va te faire foutre, Sammy ! » hurla-t-il à son intention.
Le cadet décrocha tout de même et sa voix parut en double. « Désolé … mais en fait pas si désolé que ça.
- Va chier.
- Ca peut vous faire que – » Dean raccrocha et la voix du cadet ne vint plus que de l'autre côté de la porte « – du bien. »
Dean jeta son téléphone sur la table, se sentant prêt à le briser en deux s'il le gardait dans les mains. « On revient dans une heure, voir si vous avez fait des progrès. » Il entendit à peine les deux paires de pas s'éloigner à travers les insultes qu'il marmonnait.
Il se retourna finalement vers Castiel, son camarade de cellule. L'expression de l'autre était indéchiffrable et son manque d'agacement énerva Dean. « Tu peux pas défoncer la porte ? »
Castiel le regarda avec une certaine lassitude. « Non. » Dean le fixa sans croire à ce qu'il venait d'entendre et, maudissant l'ange, frappa la porte avec son épaule, plusieurs fois, y mettant de plus en plus de force. Au bout du quatrième essais pour défoncer la porte, l'ange leva les yeux au ciel. « Elle est blindée, Dean.
- Merci pour l'info, » rétorqua-t-il. « Tu vas m'aider ou pas ? » demanda-t-il avec véhémence en se tournant vers lui. Castiel ne bougea pas et Dean laissa juste échapper un grognement avant de reprendre.
« Je ne peux pas, » répondit-il en montrant du doigt le haut de la porte. Dean leva les yeux pour voir des symboles qu'il ne connaissait que trop bien gravés dans le mur, juste au-dessus de la porte. Il grogna quelque chose que Castiel ne comprit pas avant de recommencer ses essais.
Après s'être fait plusieurs bleus à l'épaule, tenté de crocheter la serrure, menacé de mettre le feu à la pièce et essayé de convaincre Charlie de leur ouvrir après qu'elle soit revenue prendre en compte leur progrès, Dean s'assit finalement sur la seconde chaise de la pièce.
« Ça fait deux heures et demi, » fit remarquer Castiel, mais Dean fit comme s'il n'avait rien entendu. « On devrait peut-être essayer de parler, » proposa-t-il.
Dean resta silencieux, les yeux fermement fixés sur la porte. L'ange fit de son mieux pour ne pas soupirer. « Je ne pense pas qu'ils nous laisseront sortir si facilement. Ce serait l'option la plus rapide si tu veux vraiment partir d'ici.
- Pas comme ça, » tenta-t-il de se justifier, son ton soudainement plus hésitant que colérique.
Castiel attendit naïvement qu'il développe avant de finalement reprendre. « Comment ça, pas comme ça ? »
Dean se releva brusquement, excédé. « C'est hors de question que tu me forces la main comme ça ! C'est pas juste ! S'il faut qu'on parle, on le fera, mais pas en étant enfermé sans autre choix que de le faire !
- Je ne te force pas la main, je suis aussi prisonnier que toi, Dean. »
Dean se tut, toute colère disparue alors que la culpabilité de s'être énervé contre l'ange venait grignoter ses intestins. Encore une fois, il le traitait comme coupable alors qu'il n'y était pour rien. Il leva les yeux sur Castiel pour voir que celui-ci fixait un point sur le sol, les traits de son visage étaient neutres, mais le bleu de ses yeux brillait de tristesse. Dean vint à se demander quand est-ce qu'il les avait vu briller autrement pour la dernière fois. Pas depuis qu'il l'avait retrouvé, lui semblait être la bonne réponse.
« Est-ce que ça va ? » s'entendit-il demander.
Castiel se tourna vers lui presque en sursautant. Ses sourcils se froncèrent alors qu'il regardait Dean. Ce dernier ressentit presque un choc physique à la surprise de son ange. Quand est-ce que le fait qu'il s'inquiète pour lui était devenu sujet d'étonnement et non plus quelque chose de normal ?
« Je – » commença l'ange, mais il ne finit pas. Il finit par refermer la bouche et détourna le regard un instant avant de se reconcentrer sur Dean.
« Je suis désolé, » dit celui-ci après un silence.
Castiel sourit tristement et hocha lentement la tête. « Oui. Je sais. »
Le silence retomba. Mais pour la première fois depuis longtemps, ce n'était pas quelque chose de lourd et d'étouffant.
« C'est pas une façon de faire, » dit Dean d'un ton plus bas et plus calme. « Ça devrait pas se passer comme ça. »
Castiel eut une exclamation presque amusée et Dean releva les yeux pour rencontrer les siens. « Parce que ça se passerait tout court, si on n'était pas enfermé ici ? » demanda-t-il avec un soupçon amertume.
Il aurait voulu nié, mais ça aurait été mentir. Bien sûr, mentir à l'ange n'avait jamais été un problème, peu importe que l'autre se rende compte du mensonge au final. « Okay, » murmura Dean. « Point pour toi. »
Dean, comme Castiel, savait que ce n'était pas une bonne façon de faire. Qu'ils ne devraient pas avoir besoin que leurs amis les enferment ensemble pour se parler d'une certaine façon, c'était de la triche. Mais après tout, quand est-ce qu'ils avaient joué selon les règles. C'était Dean et Castiel. Ils ne suivaient aucune règle, et ce depuis le moment où ils s'étaient rencontrés.
Il y eut un long silence, puis Castiel reprit la parole. « Sans crier ?
- Sans crier, » promit Dean après une pause.
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« Je n'ai jamais voulu que tu me le dises à voix haute, Dean. Je voulais juste que tu arrêtes de fuir et de me repousser.
- Et tu m'en voudrais pas si je ne te le disais jamais ?
- Je n'ai pas besoin que tu me le dises. J'ai besoin que tu me le montres. »
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« C'est pas – c'est pas ça le problème. C'est – c'est – » Dean se retourna, dos à Castiel, passa ses mains sur son visage.
« Dean, » parla la voix douce de l'ange. « Calme-toi. Parle-moi. » Il attendit, parce qu'il n'y avait rien d'autre à faire. Parce que le forcer les mènerait dans le mur encore plus vite.
Finalement, Dean se tourna à nouveau face à lui, quelque chose d'humide dans les yeux, quelque chose qu'il n'a jamais laissé à Castiel la chance de voir avant. Il écarta les bras pour se présenter, se montrer comme le spectacle pathétique qu'il est devenu, qu'il a toujours, d'une certaine façon, été. « C'est ça, » dit Dean d'un ton défait. Mais en le regardant, Castiel ne vit qu'une chose magnifique et il sourit. Face au visage illuminé, les traits de Dean grimacèrent d'incompréhension.
« C'est ça, » répéta Castiel et l'autre sut qu'ils parlaient de choses entièrement différentes.
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Il prit une grande inspiration. Ses prochains mots semblaient lui couter énormément, mais il était prêt à faire cette concession. « Je t'excuse, pour tout ce que tu as pu dire ou faire.
- Et je ne redirais ou ne referais rien de tout ça.
- C'est une promesse ?
- C'est une promesse.
- Et tu vas vraiment la tenir cette fois ?
- Je vais tout faire pour. »
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« Tu avais dit sans crier, » fit remarquer Dean.
Il avait un sourire au coin de ses lèvres et ses doigts passaient dans les plumes noires, légères comme de la vapeur, douces comme l'eau. Castiel eut une exclamation amusée, le regardant par-dessus son épaule en bouclant sa ceinture. « Tu ne m'as pas laissé le choix.
- Humm, » acquiesça Dean en laissant retomber sa main. Il remit son t-shirt, vérifiant d'abord qu'il n'allait pas l'enfiler à l'envers, alors que dans un dernier battement, les ailes disparaissaient. « Je ne regrette pas, » affirma-t-il.
Castiel rit à nouveau. « Je n'ai aucun doute là-dessus. » Dean se laissa plonger dans les orbes bleus lorsque leurs regards se croisèrent. C'était si doux le calme d'avoir son ange près de lui.
Il inspira fortement avant de préciser. « Je ne parle pas seulement de ce qu'il vient juste de se passer. » Pas seulement des mains courant sur la peau nue, des lèvres qui réclamaient leur territoire. Pas seulement du bonheur de le sentir contre lui, de le ressentir de cette façon, de le sentir venir avec lui. Il maintint le regard, pour que l'autre sache qu'il ne fuyait plus. Un sourire étira lentement les lèvres de Castiel, si pur et si vrai que Dean se demanda un instant comme il avait pu passer ces dernières semaines sans. Il prit le visage de l'ange entre ses mains et l'embrassa chastement. Puis, il posa son front contre le sien.
« M'en veux pas si j'essaie de tout faire foirer à nouveau, » dit-il avant de secouer la tête, las de lui-même.
Castiel lui sourit affectueusement. « On parlait de confiance. Il faut apparemment que j'ai confiance en toi pour faire ça aussi.
- Toute la confiance du monde, » marmonna amèrement Dean. Il posa ses mains au niveau des hanches de l'ange, le gardant près de lui, jouant avec le bas de sa chemise. « C'est aussi simple que ça ? » demanda-t-il à voix basse.
Castiel eut une exclamation faussement amusée, le regardant déconcerté. « Tout ceci te parait simple ?
- Ouais, nan. » Puis après un instant. « Si, oui. » Castiel l'observa, attendant qu'il aille plus loin et Dean soupira. « Je sais pas. » Il bascula sa tête en arrière, fermant les yeux avant de regarder le plafond gris uni, comme si celui-ci allait lui apporter une réponse. « Là, tout de suite, ça sonne comme un coup de baguette magique, c'est … soudainement trop simple. »
Castiel chercha quoi dire quelques secondes. « On peut au moins essayer simple, non ? » Dean baissa les yeux sur lui à la douleur retenue dans sa voix et hocha rapidement la tête.
Après tout, on lui avait prouvé que même en essayant de foirer cette relation, il aurait mal dans tous les cas. Peut-être qu'il lui suffisait réellement de tenir sa toute nouvelle promesse d'honnêteté et cela marcherait. Peut-être qu'il lui suffisait de garder l'ange informé de ses plans, même les plus foireux, et de lui dire quand il avait trop peur pour faire un pas de plus. Peut-être qu'il devait accepter d'avoir une confiance aveugle, naïve et insensée en Castiel alors que celui-ci avait son fragile petit cœur entre ses mains surpuissantes et destructrices, et fermer les yeux en attendant de voir s'il allait l'anéantir. Peut-être qu'il devait consciemment accepter de laisser quelqu'un avoir un tel pouvoir sur lui. Il avait le droit d'être terrifier. Le droit d'avoir le palpitant affolé et les poumons en feu alors qu'il faisait une croix sur des principes auxquels il s'était tenu toute sa vie. Peut-être qu'il devait enfin réellement accepter le fait qu'il était amoureux de Castiel et qu'il pouvait lutter de toutes ses forces contre lui-même, ce fait ne changerait pas. Peut-être qu'il devait accepter avoir perdu cette bataille.
« A quoi penses-tu ? » demanda doucement Castiel, ayant peur de briser la chaine de ses pensées, mais était incapable de rester plus longtemps sans les connaitre.
Dean ouvrit les yeux et le regarda. Ils étaient si proches l'un de l'autre qu'il ne pouvait que voir ses yeux, et la réflexion de ses émeraudes dans le bleu parfait. « Au fait que je fais peut-être la plus grosse connerie de ma vie, là, tout de suite, » répondit-il avec honnêteté. Il vit un éclair traverser les ciels d'été et leva une main sur le visage de son ange pour l'apaiser. « Et que j'en ai strictement rien à faire. »
Le corps de Castiel se détendit alors qu'un sourire vint illuminer son visage. Il posa son front contre Dean et frôla ses lèvres des siennes.
Plusieurs lourds coups résonnèrent sur la porte. « Bon, ça fait trois heures depuis la dernière fois, vous avez fini de jouer les imbéciles ? Je peux vous faire sortir ? » Dean était assez près pour sentir les lèvres de Castiel s'étirer en un sourire alors que celui-ci se retenait de rire. Se fichant ouvertement de l'arrivée de Charlie, refusant de laisser qui que ce soit le privé des lèvres de son ange, il ferma les quelques millimètres de distance pour l'embrasser. Castiel rit contre ses lèvres et Dean l'approcha plus près.
« Les gars ? » appela Charlie. Mais l'un comme l'autre oublièrent volontairement la voix de leur amie. « Oh merde, vous vous êtes pas entretués quand même ? SAM ! » hurla-t-elle. Il y eu un mouvement affolé derrière la porte. Et Dean eut une idée de génie.
Il entendit Sam arriver en courant et Charlie lui expliqua qu'ils ne répondaient plus. Sam proposa que c'était peut-être une ruse et ils commencèrent à débattre rapidement lorsque Dean donna un coup dans la table et s'écarta des lèvres de Castiel avant de gémir le plus bruyamment possible. Les voix derrière la porte se turent immédiatement et il plaqua sa main contre la bouche de l'ange lorsque celui-ci l'ouvrit. D'abord il crut que Castiel allait dire quelque chose ou s'indigner, mais il vit rapidement que celui-ci riait. Alors il sourit narquoisement avant de grogner, « Oh, bordel, Cas, oui ! » Il poussa la table pour que les pieds de celle-ci rappe sur le sol.
« Oh putain, allez-vous faire voir, » lâcha Charlie et ils purent l'entendre partir. Dean se mordit la lèvre pour ne pas rire.
Les deux hommes regardèrent en direction de la porte, n'étant pas sûrs d'avoir entendu Sam partir. Puis, sans un mot, une clé fut glissée sous la porte. Ils échangèrent un regard avant d'aller la prendre, d'ouvrir la porte et de sortir. Adossé au mur, face à la porte, se trouvait le cadet, leur offrant un regard peu impressionné.
« Tu savais qu'on faisait semblant ? » demanda Dean, même si c'était plus une remarque qu'une véritable question.
Affichant une mine dégoûtée, l'autre répondit. « Vous n'êtes pas discrets. Vraiment. Apprenez à partir de maintenant. » Dean se sentit rougir parce que définitivement, il n'aurait pas dû traumatiser son frère au point que celui-ci soit capable de faire une telle différence. Sam s'écarta du mur et se dirigea vers la cage d'escalier. « Et puis, c'est pas toi le plus bruyant des deux, » ajouta-t-il sans se retourner.
Dean se tourna vers Castiel, espérant sincèrement le voir mal à l'aise, mais c'était comme si l'ange n'avait rien entendu et il ne savait pas s'il faisait exprès de ne laisser aucune expression transparaitre ou s'il s'en fichait réellement.
Une fois remonter, ils croisèrent Charlie dans la bibliothèque. Elle leva un regard désespéré vers eux. « Dites-mois que vous avez au moins parlé un peu, » marmonna-t-elle, peu optimiste sur la réponse. Mais lorsqu'ils acquiescèrent tous les deux, elle se redressa, ses yeux gris brillant d'espoir. « Alors ?
- Dean est devenu fou, » répondit naturellement Castiel et l'autre explosa de rire.
Charlie haussa un sourcil en les jugeant du regard. « Et … c'est bon signe ?
- Je dirais que oui, » répondit Sam sans lever les yeux de son ordinateur. Charlie ouvrit la bouche pour dire autre chose, mais le cadet la coupa. « Bon, si vous avez fini avec vos histoires, j'ai du boulot qui nous attend. »
Dean était à la limite de l'appeler son sauveur, mais il se retint et s'assit en face de son frère, son ange à sa droite. Il lui prit la main sous la table et évita le regard de détective privé de Charlie alors qu'elle essayait de deviner si oui ou non ils se tenaient réellement la main. Il eut un mal fou à se concentrer sur la chasse dont leur parlait Sam alors que les doigts de l'ange étaient incapables de s'empêcher de lui caresser le dos de la main. Cela lui avait tellement manqué. Et, honnêtement, il pouvait s'y habituer. Il espérait juste être capable d'apprendre.
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