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« Lizzy, tu vas bien? S'enquit William, en venant s'asseoir près d'elle.

- Un peu fatiguée.

- Quelque chose ne va pas, je le vois.

- Rien je t'assure,… Lydia est… non oublie. Répondit Lizzy, incapable de déterminer ce qu'elle pensait.

- Etrange? » Chuchota-t-il à son oreille.

Elizabeth plongea son regard dans les yeux de son époux avec interrogation.

« Viens. » Lui dit-il

Elle souhaitait en savoir plus, et sans un mot se leva et le suivit. Elle échangea un rapide regard avec sa sœur, et quitta le salon.

« William?

- Pas ici, dans notre chambre. »

Elle lui emboita le pas, sans aucune autre question, comprenant que William n'en dirait pas plus. La porte se referma.

« William, que se passe-t-il?

- Wickham est ici.

- Wickham? À Pemberley? William…

- Non, à Buxton. L'interrompit-il en agitant la tête.

- Que veut-il?

- Je ne sais pas.

- Je ne comprends pas. L'as-tu vu?

- Non,… Lizzy… Je fais surveiller Wickham, depuis son mariage avec ta sœur.

- Pourquoi? Demanda-t-elle sur un ton désapprobateur.

- Parce que j'ai pris en mon nom ses dettes jusqu'à son mariage avec ta sœur pour autant qu'il l'épouse et tant qu'il se comporte en gentleman avec elle. Je ne fais que m'assurer qu'il respecte les conditions de notre accord.

- Et surveilles-tu l'état de ses finances également? S'enquit-elle inquiète pour sa cadette.

- Naturellement.

- S'améliorent-elles?

- Bien au contraire ! Elles sont des plus précaires. Ils arrivent à épuisement de leurs ressources. Répondit-il agacé par la situation.

- Lydia ne semble pas le croire. Voici qui va contrarier ses projets à venir… Pensa-t-elle avec un rictus

- Quels projets? Lydia s'est-elle confiée à toi?

- Encore ses excentricités. Je n'y ai pas accordé plus d'attention.

- Dis-moi… l'invita William.

- Une maison, et une nourrice supplémentaire ont éveillé ma curiosité. Mais cela a-t-il une quelconque importance?

- Je sais qu'ils n'ont pas les ressources pour se le permettre. Affirma avec conviction William.

- J'ai essayé de la raisonner, mais connaissant Lydia, c'est peine perdue. Soupira Lizzy résignée. Elle fabule et croit que Wickham se verra bientôt promu.

- T'a-t-elle demandé de l'argent depuis son arrivée?

- Non, elle sait que je lui refuserai.

- Sais-tu, si elle en a demandé à Jane?

- Oui elle l'a fait. Répondit Elizabeth, se souvenant de l'une de leurs conversations. Jane m'a confiée qu'elle souhaitait s'installer près de nous, seule avec Ellia. Ajouta-t-elle soudainement, cette partie lui était sortie de l'esprit. Je suis certaine que c'est plus pour des raisons pécuniaires que par manque de Jane ou moi comme elle le lui a dit. »

William resta un moment silencieux, faisant les cents pas, perdu dans ses réflexions.

« Aurais-tu noté un quelconque autre changement que son silence aujourd'hui? Demanda-t-il d'un air grave.

- Des détails, rien qui…

- Lizzy. L'interrompit-il, puis s'approchant et prenant son visage entre ses mains ajouta: Chaque détail de cette journée compte. »

Elizabeth s'avança vers la fenêtre, se concentra et remonta mentalement le cours de sa journée. Elle se retourna et inspecta lentement du regard la pièce.

« Après le dîner, j'ai mis de l'ordre dans mes affaires, Jane et Maddy m'y ont aidée. Lydia est venue quelques minutes… Je ne me souviens pas ce qui l'amenait. Elle a parlé des tenues, des bijoux, puis divaguait sur ses projets… Ne supportant plus sa conversation, Jane l'a invitée à rejoindre Kitty ou Mary… A l'heure du thé, la nourrice s'est présentée plus qu'elle ne le faisait ces derniers jours… et il en a été de même après le souper. Je suppose que tout est lié aux pleurs incessants d'Ellia, et des difficultés qu'elle a à manger. »

William intégrait au fur et à mesure ce que son épouse lui relatait sans l'interrompre tandis que Lizzy l'observait réfléchir sans parvenir à deviner le contenu de ses réflexions.

« Ai-je été assez précise, William? » S'enquit-elle.

William sortit de son silence. Il semblait avoir répondu à toutes ses interrogations. D'un regard tendre et amoureux, il s'avança vers son épouse et l'embrassa délicatement.

« C'est parfait, mon amour. Comment te sens-tu?

- Bien, je t'assure, je suis juste fatiguée… et je suis perdue par tout ceci, je ne comprends pas ce qu'il se passe et ce qui t'inquiète.

- Mon amour, je veux que tu ne te préoccupes de rien. Lui dit-il en lui caressant la joue.

- Mais tout ce mystère m'inquiète... Tu m'inquiète, William. Répondit-elle, le suppliant de l'éclaircir sur la situation qui visiblement lui échappait.

- Les hommes que j'ai engagé ont suivi Wickham jusqu'à Buxton. Il y loue une chambre dans une auberge. Je sais que ses dettes de jeux commencent à s'accumuler à Newcastle, et ses créanciers commencent à lui mettre la pression. Il a besoin d'argent, j'en suis certain, et rapidement. Tout porte à croire qu'il ait fait parvenir une lettre à ta sœur hier. Il est certain qu'il ne restera pas plus longtemps à Buxton, il doit libérer la chambre pour après-demain. Des hommes le surveillent à Buxton, et d'autres surveillent Pemberley. »

Elizabeth échappa son étonnement et son inquiétude. William lui caressa la joue et l'embrassa une nouvelle fois avec la plus grande tendresse comme pour la rassurer du mieux qu'il le pouvait.

« Le reste n'est que spéculation pour le moment, mais je pense que Lydia se prépare à quitter Pemberley pour le rejoindre. Je pense que ses affaires ont été préparées. Je n'ai pas la moindre idée de la façon ou quand elle prendra congé, mais son silence, n'est pas rassurant. Conclut-il désolé de l'inquiétude qu'il infligeait à son épouse.

- Je… je… je crois qu'elle serait capable de partir de nuit sans rien nous dire.

- Pas avec son bébé.

- Si Wickham le lui demande, je suis certaine qu'elle le fera. » Dit-elle avec une telle conviction que William crut la chose possible.

Il lui adressa un sourire et alla sonner. Il ne fallut pas longtemps à Maddy pour se présenter.

« Vous m'avez fait appeler, Madame? »

Mais avant que celle-ci puisse répondre, William s'avança au-devant de la domestique.

« Miss Pontly, je voudrais que vous prépariez un bain pour Mrs Darcy, cela lui fera du bien. Puis aidez la à se préparer pour la nuit je vous prie. Requit-il.

- William, je…

- Ssshh ssshhh je n'accepterai aucune protestation Mrs Darcy. La coupa-t-il sur un ton faussement autoritaire, mais assez dissuasif. Miss Pontly va prendre soin de toi pendant que je vais régler certains détails avec ton père, ton oncle, Richard et Charles.

- William, c'est ma sœur, ne me laisse pas en dehors de tout ceci...

- Lizzy, je te promets de ne rien te cacher des éléments qui me parviendront, mais je veux que tu penses au bébé. Demanda-t-il en posant sa main sur le ventre de son épouse… Toi et le bébé, rien d'autre n'a d'importance, Lizzy… rien ! »

Puis il releva son menton, et l'embrassa, comme pour sceller la promesse qu'il venait de faire.

« Maintenant, obéis. Lui lança-t-il sur un sourire. Puis s'adressant à la domestique, qui n'avait pas quitté la pièce: Miss Pontly, ne vous retirez pas avant mon retour.

- Oui Monsieur. »

Puis William sortit de la chambre et descendit au salon. Il excusa son épouse de s'être retirée, arguant que celle-ci était fatiguée. Personne ne sembla s'en offusquer. Georgiana, Mary et Kitty s'étaient déjà retirées pour la nuit. Mrs Gardiner suivie de Mrs Bennet adressèrent quelques mots à leurs maris respectifs et rejoignirent leurs appartements.

« Darcy, j'ai pris la liberté d'informer Jane des éléments que vous m'avez communiqués.

- Fort bien, Charles. Approuva Darcy.

- Messieurs, je vous laisse à votre discussion, je vais voir Beth à la nurserie… »

Jane se retira, laissant les cinq hommes seuls au salon. Darcy les informa des dernières informations qu'il avait recueillies. Après quelques minutes il fut décidé que si Mrs Wickham se décidait à quitter Pemberley en pleine nuit, Charles, Darcy, Richard et Mr Bennet la suivraient à distance, et s'assureraient qu'elle rejoigne son époux sans encombre, Mr Gardiner resterait à Pemberley auprès des femmes de la maison, Darcy veillerait à ce que des hommes surveillent les accès au château en leur absence, jusqu'à leur retour.

« Charles, je dépêcherai un homme de confiance pour veiller sur mes appartements en notre absence. Je crois que si une telle situation devait se présenter, la présence de votre épouse aux côtés d'Elizabeth serait bénéfique autant à mon épouse qu'à la vôtre. Ne croyez-vous pas? Demanda-t-il esquissant un sourire.

- Oui tout à fait, les savoir ensembles et sous bonne garde nous rassurera.

- N'ayez crainte pour Beth, la nurserie et les appartements de Lydia sont déjà surveillés.

- Darcy, vous pensez à tout ! » Remercia Charles par une chaleureuse poignée de main.

Ce soir-là, chacun regagna ses appartements, incertains de ce que les prochaines heures allaient réserver.

Elizabeth était assise à sa coiffeuse, en pleine discussion avec le reflet de sa suivante, occupée à lui brosser les cheveux. Absorbées par leur discussion animée sur les soins à apporter à certaines plantes de la serre et du jardin d'hiver, aucune ne se rendit compte de sa présence.

« Miss Pontly, je dois vous remercier d'avoir redonné le sourire à ma charmante épouse. Dit-il amusé.

- Monsieur. Salua Maddy, s'apprêtant à prendre congé de sa maîtresse.

- Miss Pontly, je me dois de vous informer d'une situation délicate qui requiert votre totale discrétion.

- Vous pouvez me faire confiance, Monsieur, je sais garder les secrets. Assura Maddy se voulant convaincante, mais faisant pouffer malgré elle Elizabeth.

- Oui, je sais. Répondit-il adressant un regard complice à Lizzy. Vous avez toute ma confiance. »

Lorsqu'il eut terminé, il pria Maddy de se retirer et d'aller se coucher.

« Vous aussi, Mrs Darcy, au lit… »

Elle s'exécuta sans protester éreintée. Elle s'allongea contre son corps chaud puis il passa un bras sous son cou et plaça son autre main sur son ventre.

« William?

- Oui?

- J'ai peur que tu t'en ailles.

- Je ne partirai pas sans t'en informer, je te le promets… Je t'aime mon ange. »

Il resserra son étreinte, et sentit la respiration de Lizzy se faire peu à peu plus lente et plus lourde. Il attendit qu'elle s'endorme pour se laisser gagner par le sommeil et s'endormir à son tour.

Aux alentours de minuit, on frappa à la porte pour l'informer du départ de Mrs Wickham, sa domestique et l'enfant. William referma la porte, se dirigea vers la fenêtre et aperçut au loin un point de lumière. Fletcher l'attendait déjà quand il entra dans son vestiaire. Sur le point de partir, il contempla un instant le corps endormi de son épouse, puis s'assit sur le bord du lit et lui caressa la joue.

« William?

- Oui, mon ange… murmura-t-il en se penchant pour l'embrasser dans le cou. Je suis désolé, je dois partir.

- Lydia? Interrogea-t-elle dans un sursaut.

- Oui. Ne t'inquiète pas je reviens vite. »

Puis il l'embrassa une dernière fois sur le front et sortit.

Jane, attendit le départ de Charles et se glissa hors de sa chambre pour rejoindre celle de Lizzy.

« C'est moi. Chuchota-t-elle après avoir cogné silencieusement à sa porte. Je peux entrer?

- Oui, bien sûr. »

Lizzy se redressa dans le lit.

« Qu'y-a-t-il, Jane?

- J'ai pensé qu'on pouvait se tenir compagnie, en attendant leur retour. Charles est parti avec eux. »

Lizzy lui ouvrit son lit et Jane se glissa dans les draps. Elles se regardèrent en silence pendant quelques minutes avant que le sommeil les rattrape chacune leur tour.

Mr Johnson fumait sa pipe, quand vers deux heures une voiture s'arrêta. Un homme accompagné de deux dames et un bébé en descendirent et pénétrèrent rapidement dans l'auberge Hartington Hall. Il ne manqua pas de noter de récentes meurtrissures sur le visage de l'une d'elles.

« Monsieur Darcy. Salua Mr Johnson.

- Monsieur Johnson.

- Ils sont arrivés il y a peu de temps. Mais Monsieur, la jeune dame…

- Oui?

- Elle semble avoir été battue, Monsieur. »

Les quatre hommes se raidirent et un air grave gagna Richard.

« Fitz, cela change la donne ! S'exclama-t-il.

- Oui je le crains. Appuya Charles.

- Colonel Fitzwilliam, que pouvons-nous bien faire, Mr Wickham est son mari? Outre son comportement inapproprié à nous quitter à cette heure de la nuit sans en avoir informé quiconque, cela n'a été que pour le rejoindre.

- Monsieur Bennet, si Mr Wickram a exercé des sévices sur elle, en effet la justice des hommes ne peut pas lui venir en aide, j'en ai bien peur. Vous pourriez provoquer votre gendre en duel, mais je vous le déconseille… Je pourrais aussi tenter de faire appeler Wickham au front si nous parvenons à convaincre votre fille d'accepter que nous intervenions de la sorte. Expliqua le Colonel au père de la jeune fille.

- Le choix revient à ma fille Colonel, je ne peux décider pour elle. » Se décida Mr Bennet après un moment de réflexion.

Les quatre hommes pénétrèrent à leur tour dans l'auberge et montèrent dans les étages. Sans s'être auparavant présenté, Richard s'introduit dans la chambre, s'empara de Wickham par l'encolure et l'extirpa de la pièce. Wickham, Gardé à l'écart par Mr Johnson et deux de ses hommes de confiance, le Colonel rejoignit la chambre de Lydia.

« Je vous jure que je n'en ai rien fait, Mr Darcy. Je ne l'ai pas pris avec moi, je n'ai... Disait Lydia d'un ton coupable.

- Je ne comprends pas Mrs Wickham. » L'interrompit Darcy.

Il était clair que quelque chose leur avait échappé.

« Le collier de votre mère… »

William fronça des sourcils, les intentions de sa belle-sœur se faisaient plus claires dans son esprit.

« Je me devais de le faire, mais je n'ai pas su. Avoua-t-elle en soupirant. Je ne sais pas pourquoi je l'ai laissé sur la coiffeuse de ma chambre. Ponctua Lydia presque étonnée d'avoir agi ainsi.

- Votre conscience… suggéra Charles.

- Est-ce pour cette raison que votre mari vous a battue? Questionna Mr Bennet agacé par la situation.

- Je devais ramener de l'argent, mais la somme que Jane m'a donnée n'était pas suffisante. Déplora-t-elle. Et Lizzy… oh Lizzy est si radine ! Cria-t-elle de colère. Si elle m'avait donné de l'argent, je n'aurais pas eu à le faire. Grommela-t-elle.

- Lydia ! Réprimanda sèchement son père. Quelle égoïste vous êtes !

- Et elle, elle est pourrie gâtée. Vous prenez sa défense parce que vous la préférez. Ronchonna Lydia.

- Cela suffit ! Si vous aviez été plus intelligente et moins égoïste vous ne vous seriez pas enfermée dans un mariage malheureux. Vous avez eu le choix…

- Egoïste? Ridicule… » S'obstinait-elle.

Prenant conscience que Mr Bennet ne ferait pas revenir sa fille à de meilleures considérations, Darcy et Charles s'échangèrent un regard.

« Mrs Wickham, nous sommes ici pour une toute autre affaire.

- Vous avez encore le choix. Déclara doucement Charles.

- Le choix?

- Est-ce la première fois que Mr Wickham vous bat? » Demanda Charles en s'approchant d'elle.

Lydia se figea de la proximité dont faisait preuve pour la première fois son beau-frère à son égard et baissa le regard, embarrassée par la question qu'on venait de lui poser.

« Mrs Wickham, reprit-il, nous ne vous voulons aucun mal, nous pouvons vous protéger.

- Pourquoi le feriez-vous? Pourquoi vous, ou Mr Darcy, me protégeriez? Je ne vous ai donné aucune raison de le faire.

- Nous avons épousé vos sœurs, vous êtes la nôtre. Cela suffit amplement. Faites-nous confiance. » Tenta-t-il pour la convaincre.

Peu habituée à tant de douceur et de gentillesse, les larmes roulèrent le long de son visage. Darcy, Mr Bennet et le Colonel, se tenaient en retrait laissant le temps à la jeune femme de retrouver sa contenance.

« Je ne vois pas ce que vous pourriez faire.

- Permettez-moi, Madame, de vous présenter ce que j'ai à vous proposer. » Intervint Richard.

Il prit le temps et la patience de lui exposer la gravité du comportement de son époux et des risques qu'elle et son enfant encouraient. Il lui expliqua les limites des solutions s'offrant à elle, lui affirmant que seule une intervention des plus discrètes des supérieurs de son mari était la meilleure solution pour elle et l'avenir de son enfant.

« Il pourrait y mourir ! S'exclama Lydia. Je refuse. »

Le colonel choisit ses mots avec soin et force et patience ne parvinrent pas à la faire revenir à la raison.

« Mrs Wickham, intervint Darcy, qui avait préféré se tenir à l'écart de la discussion. Nous pouvons peut-être soumettre la proposition du Colonel Fitzwilliam à Mr Wickham. » Proposa-t-il supposant fortement que George choisirait de sauver sa condition à défaut de celle de sa femme et de leur enfant. N'avait-il pas dû traiter la promesse de son engagement comme une vulgaire affaire de commerce. Il était prêt à prendre le risque. Wickham n'avait pas changé, il en était convaincu. Sur accord de Lydia et accompagné de Richard, il sortit de la chambre et se rendit dans la pièce voisine, s'assurant au passage que l'on s'arrange pour que l'entretien qui allait avoir lieu puisse parvenir aux oreilles de sa belle-sœur. Une nouvelle fois, il préféra rester en retrait, laissant Richard menait la conversation.

« Vous voulez que je fasse une demande pour partir au front, que j'accepte que l'on gèle ma solde pour rembourser mes dettes et parvenir aux besoins de Lydia et Ellia ? Reformula Wickham pour bien intégrer les enjeux. Et pourquoi Darcy, ne fait-il rien?

- Parce que si vous vous souvenez bien les termes de notre accord stipulaient tant que vous vous comporterez en gentleman envers votre épouse. Ce soir vous avez rompu cet accord. Laissa planer Darcy, se replongeant dans son silence.

- Pas question ! Répondit violemment Wickham. Je vais me faire tuer.

- C'est une possibilité, en effet, approuva le Colonel, mais votre femme et votre fille seront assurées de ne pas porter le déshonneur et seront à l'abri du besoin. Quant à vous, vous aurez certainement une médaille si cela venait à se produire.

- Je m'y refuse, elle n'aura qu'à travailler. Après tout, c'est elle qui a voulu me marier, je n'en voulais pas Darcy !

- Telle est votre réponse Monsieur Wickham? Demanda Richard.

- Oui. Répondit-il fermement.

- Bien… Conclut le Colonel, avant de sortir, William dans ses pas, sans un regard en arrière. Je peux m'arranger pour qu'il fasse du cachot, le temps de régler les détails avec ses supérieurs. Espérons qu'elle accepte, je ne pourrais rien faire de plus pour elle Fitz. Ajouta-t-il, une fois la porte du salon refermée.

- Je sais Richard, Merci. »

Comme il l'avait demandé, on s'était assuré que Lydia soit témoin discrètement de leur entretien. Aussi lors du retour des deux hommes dans sa chambre, son humeur avait changé, et ils furent face à une Lydia faisant les cents pas rongée par la colère.

« Mrs Wickham, l'interpela le Colonel. Je suis navré…

- Monsieur. L'interrompit-elle. J'ai réfléchi en votre absence, si votre proposition est toujours possible, je l'accepte. Lança-t-elle en allant sonner sa domestique.

- Oui, Madame, elle l'est toujours. » Acquiesça Richard avec un mouvement de tête.

Les hommes restèrent quelques instants silencieux observant son agitation, quand la domestique se présenta dans l'encadrement de la porte.

« Madame?

- Préparez nos affaires et Ellia. Ordonna Mrs Wickham. Je ne veux pas rester un instant de plus ici. Nous rentrons à Newcastle.

- Mrs Wickham, acceptez de rentrer à Pemberley. Vous devez être fatiguée. Je ferai appeler le médecin à la première heure. S'il le permet et que vous le souhaitez toujours, je vous ferai escorter jusqu'à Newcastle. Supplia presque Darcy.

- Je refuse ! S'opposa-t-elle violemment.

- Madame, j'insiste. Je m'engage à ce qu'aucun fait de la journée d'hier ou de cette nuit vous soit évoqué... Pour ma part, l'affaire est close... Prenez le temps nécessaire pour vous rétablir de tout ceci et prendre congé de votre famille.

- Vous ne connaissez pas Lizzy ! Elle ne m'évitera pas ses reproches !... Si elle ne m'en voulait pas, elle serait parmi vous c'est certain ! »

William sourit à cette remarque. Il ne savait que trop bien que seul son état avait réussi à convaincre Elizabeth de ne pas l'accompagner.

« Madame, je vous rassure sur ce point. Je me suis formellement opposé à ce qu'elle m'accompagne.

- Balivernes, je connais ma sœur ! Assura-t-elle. Vous n'auriez pas pu la retenir.

- Je vous l'accorde, mais notre préoccupation commune pour l'enfant qu'elle porte m'a aidé à la convaincre. » Confia Darcy avec conviction.

Tous se figèrent d'étonnement. William observa un instant de silence, que personne n'osa rompre.

« Je vous en prie, Mrs Wickham, rentrez avec nous et laissez un médecin vous ausculter. » Demanda une dernière fois William.

Lydia se laissa persuader et ordonna à ce que l'on prépare ses affaires pour rentrer à Pemberley.

Les hommes se retirèrent, et c'est seulement une fois sorti de l'auberge que Mr Bennet s'autorisa à prendre la parole.

« Mr Darcy, je crois qu'à présent je peux enfin vous féliciter. Je suis sincèrement heureux pour vous et je ne doute pas du bonheur qui vous attend.

- Merci Monsieur. Dit-il serrant avec émotion la main que lui tendait son beau-père… Enfin ? Souligna-t-il avec interrogation.

- J'ai eu cinq filles Mr Darcy, je sais reconnaître les symptômes… Sourit Mr Bennet.

- Pardonnez-moi de l'avoir annoncé ainsi, la situation ne m'a pas laissé d'alternative. Elizabeth et moi souhaitions garder la nouvelle entre nous encore quelques temps…

- Nous garderons le secret autant que cela sera nécessaire, n'ayez crainte ! L'interrompit Bingley. Félicitations mon ami. Ajouta-t-il dans un grand sourire, lui tapant sur l'épaule.

- Tout à fait, nous serons aussi muets que des tombes, Fitz. Prenez soin d'elle c'est un vrai trésor. » Surenchérit Richard, avant de le féliciter par une franche poignée de main.

Le Colonel, pris congé pour escorter Wickham, accompagné de Mr Johnson, jusqu'à Newcastle et le présenter à sa hiérarchie au plus vite. Lydia revint accompagnée de son père à Pemberley. Aux premières lueurs, Charles et William, impatients d'arriver talonnèrent leur monture et les distancèrent rapidement.

Il était passé six heures quand ils entrèrent dans le salon privé des Darcy. Maddy se présenta quelques minutes plus tard l'informant que son épouse ne l'avait pas demandée de la nuit. William l'interrogea sur la présence de Mrs Bingley à ses côtés et cette dernière lui répondit qu'elle n'en avait pas eu connaissance. Elle se proposa d'aller vérifier l'information, et revint un sourire aux lèvres.

« Je ne sais pas comment vous avez deviné, Monsieur. Mrs Darcy et Mrs Bingley dorment… dans la pièce à côté. Mit-elle du temps à dire, consciente qu'il était inconvenable qu'une autre femme occupe le lit du maître des lieux.

- Merci Miss Pontly, laissez la porte ouverte et veillez à ce qu'on les laisse dormir. Demanda William d'une voix silencieuse.

- Bien Monsieur. Dois-je servir le thé? »

Les deux hommes refusèrent d'un signe de la main, s'installant en silence dans les fauteuils.

Ils ne mirent pas longtemps à s'assoupir.

Le soleil était déjà haut quand Elizabeth sentit le corps à côté d'elle remuer.

« Hmmm… hmmm Jane, arrête de bouger.

- Ho je t'ai réveillée. Se mit à rire cette dernière.

- Ne changeras-tu donc jamais? Pauvre Charles. Ronchonna Lizzy.

- Charles bouge autant que moi.

- Tu es insupportable. Répondit la cadette en enfouissant la tête sous les oreillers.

- Avoue que cela t'avait manqué. »

Une voix sourde lui répondit.

« Jamais de la vie.

- J'espère que Mr Collins arrivera sans encombre. Arrive-t-il dans la matinée? Jane, d'humeur taquine, s'assit dans le grand lit.

- Laisse donc Mr Collins à son voyage, il arrivera bien assez vite. Répondit-elle en sortant la tête des oreillers pour regarder par la fenêtre.

- Avoue que cela t'avait manqué Lizzy.

- Je ne nie pas avoir eu l'impression, à un moment, me trouver à Longbourn… Mais c'était avant d'entendre tes ronflements. Depuis quand ronfles-tu?

- Mais je ne ronfle pas…

- En es-tu certaine? Insista Lizzy avec malice.

- Bien sûr ! Charles me l'aurait dit.

- Ha, Jane, Charles est bien trop gentil pour te faire une telle peine. Dit-elle éclatant de rire.

- Ho Lizzy ! S'exclama Jane, faussement offusquée. Profites-en pour rire ! Tu riras moins quand Mr Collins sera là.

- Au contraire Jane, je m'amuserai de son ridicule. Répliqua Lizzy ne s'arrêtant plus de rire.

- Lizzy je serai curieuse de savoir ce que pensera Mr Darcy de ton amusement à tourner en ridicule votre invité ? »

Elizabeth esquissa une moue qui interpella sa sœur.

« William !… Oh mon Dieu ! » S'exclama-t-elle en se redressant soudainement puis tirant la sonnette au-dessus du lit.

« Lizzy, que se passe-t-il?

- Jane, regarde dehors, il fait jour… il fait jour depuis un moment, et nous sommes encore ici toutes les deux. Aucun de nos maris n'est rentré ! »

Maddy se présenta dans l'encadrement de la porte menant vers le vestiaire de sa maîtresse.

« Maddy, vite, aidez-moi à me préparer. Ce que j'ai de plus chaud, je sors ! »

La domestique resta immobile, interrogeant du regard Mrs Bingley.

« Lizzy calme-toi. Essayait Jane, en prenant le visage de sa sœur entre ses mains pour attirer son attention.

- Lâche-moi ! » Elizabeth s'arracha aux mains de sa sœur, sautant hors du lit et se précipitant vers son vestiaire.

Dans sa course, Elizabeth, pris conscience de l'inaction de sa domestique et s'arrêta net, face à elle. Elle plongea son regard dans le sien.

« Miss Pontly, des… des nouvelles de Mr Darcy?

- Oui Madame. Répondit-elle calmement, éveillant la curiosité de Mrs Bingley et le désarroi d'Elizabeth.

- Seigneur… Dit-elle d'une voix tremblante portant une main à la bouche. Où est-il? » Osa demander Elizabeth, luttant pour garder sa contenance.

Maddy arracha son regard de celui d'Elizabeth et le posa derrière elle, de l'autre côté de la pièce, l'incitant à se retourner pour découvrir ce qu'elle regardait. Aucune des deux sœurs n'avait eu conscience de la présence de leur époux au fond de la chambre, dans l'encadrement de la porte menant au salon privé.

« Charles ! » Echappa Jane, alors qu'ils se rapprochaient l'un de l'autre. Elizabeth sentit son cœur s'emballer et ses jambes sur le point de se dérober sous elle lorsque ses yeux croisèrent ceux de son époux. William s'était déjà avancé vers elle, et en un instant il l'attira à lui, l'enlaça et l'embrassa avec passion.

« William. L'interpela Lizzy en s'écartant de son mari. Charles… Chuchota-elle en le désignant du regard.

- Charles ne s'offusquera pas de me voir étreindre ma charmante épouse après la nuit que nous venons de partager, N'est-ce pas mon ami? Dit William assez fort pour être entendu par Mr et Mrs Bingley.

- Pas le moins du monde…

- Depuis quand es-tu rentré? Demanda Lizzy

- Quelques heures déjà. Je ne voulais pas qu'on vous dérange.

- Lydia?

- Miss Pontly, veuillez demander à ce qu'on serve une collation au salon privé, je vous prie. » Commanda Darcy

William se retourna vers le couple Bingley, et invita les dames à aller s'habiller et à les rejoindre pour un déjeuner privé au cours duquel ils pourraient évoquer les événements de la nuit.

« Pour vous donner mon opinion, je pense d'ailleurs que cela arrivera tôt ou tard. Pensa Bingley.

- Peut-être que cette affaire permettra à Lydia de remettre les pieds sur terre. C'est encore une enfant, mais il faudra pourtant bien qu'elle apprenne...

- Je savais que Wickham ne s'intéressait pas à elle, il aurait été capable de la jeter à la rue, si elle l'encombrait trop ! S'insurgea Elizabeth

- Lizzy, tu sais bien que s'il arrivait quoi que ce soit à ta sœur ou à sa fille, elle peut compter, malgré son attitude ingrate, sur une famille aimante et soudée qui ne la laissera jamais dans le besoin. Que ce soit à Pemberley ou à Haddon Park, deux bouches de plus à nourrir ne feraient pas une grosse différence... Mais Jane a raison, il faut qu'elle apprenne, et notre protection absolue n'est peut-être pas la meilleure solution. "

Sur ces mots, l'effervescence dans l'esprit d'Elizabeth se calma peu à peu. Lydia était définitivement inconsciente de la chance inouïe qu'elle avait d'avoir auprès d'elle une famille tolérante qui ne la laisserait jamais livrée à elle-même.

Le médecin vint à son chevet dans la matinée, et avec l'aide d'Elizabeth et Jane, Maddy maquilla les ecchymoses naissantes sur son visage.