Nous sommes le trente et un juillet et je suis en vacances depuis un mois. Ce qui veut dire que dans quelques semaines, je vais devoir aller au collège pour la première fois. Bon, cela n'a rien d'exceptionnel, mais je ne pouvais pas m'empêcher de penser que c'était tout de même assez bouleversant, que cela signifiait que j'allais commencer une nouvelle vie en quelque sorte. Je ne savais pas, alors, à quel point j'avais raison. Je suis Laurent Eliham, jeune garçon de onze ans, j'habite à Bernay, en Normandie, j'ai des cheveux très bruns et je suis myope. En fait, je ressemble d'une façon assez agaçante au héros de ce tissu d'âneries qu'est Harry Potter.

Non, je n'aime pas ces livres, ni les films d'ailleurs, j'ai juste eu à lire le quatrième de couverture du premier tome pour m'en persuader. J'ai un ami qui les a lus, lui est passionné par l'univers, il parle tout le temps du fait qu'il aimerait recevoir LA lettre pour son onzième anniversaire et ainsi aller à Poudlard (quel nom franchement), ça en devient presque affligeant. J'espère qu'il se calmera quand il aura compris que Poudlard n'existait pas vraiment.

Ce jour-là, je me levais vers dix heures d'assez bonne humeur, on était en vacances et il faisait beau. Je me dis que ça pourrait être sympa d'aller faire une partie de ping-pong avec Georges, mon frère. Certes, celui-ci n'appréciait pas le sport, mais je comptais bien sur Amina, sa petite-amie que j'appréciais beaucoup, pour m'aider à le forcer à jouer. En souriant à la pensée du chantage que pourrait faire peser Amina, je sortis de ma chambre.

J'arrivais dans la cuisine encore en pyjama et embrassai ma mère. Georges et Amina étaient encore au lit, ils paressaient généralement jusqu'à midi. Lucie, ma sœur, devait être en train de surfer sur internet depuis son ordinateur portable. Enfin, mon père était certainement déjà parti travailler, il n'avait pas de vacances lui, étant cardiologue. Je commençais à couper du pain pour me faire des tartines de Nutella sous le regard endormi de ma mère.

Lorsque j'eus englouti ma troisième tartine, j'entendis quelqu'un frapper à la porte. Me demandant qui cela pouvait être, je suivis ma mère qui allais ouvrir, tout en restant en arrière, je ne voulais pas être remarqué, juste voir qui pouvait bien venir nous déranger à cette heure pendant les vacances. La porte s'ouvrit sur un petit homme blond et assez gros. Il portait un costume sombre et un attaché-case et sourit d'une manière affable à ma mère.

« Bien le bonjour Madame Eliham, Jacques Renaud, puis-je entrer ?

-C'est pour quoi ? demanda ma mère.

-J'aimerais m'entretenir avec vous et Laurent sur certaines questions qui sont hem... personnelles et compliquées. Si vous voulez bien me laisser entrer.

-Entrez, dit ma mère intriguée, voudriez vous un café ?

-Avec plaisir chère madame. »

Le petit bonhomme s'approcha alors vers moi, intrigué, je lui serrais la main en songeant à ce qu'il voulait dire en parlant d'affaires personnelles et compliquées me concernant. Tandis que nous nous asseyions autour de la table, je vis la porte du bureau, qui servait de chambre d'amis, s'ouvrir et Amina en sortir, suivie de près par Georges. Je souris, cela faisait longtemps que Georges et elle dormaient là, soi-disant parce que le lit y était plus grand. Je me doutais bien que c'était parce que nos chambres étaient trop prés de celle de Georges pour qu'ils puissent faire leurs affaires en paix.

Ils vinrent s'asseoir avec nous, à leur mine endormie, je compris que c'était la visite de M Renaud qui les avait réveillés. Ma mère les regarda s'installer puis reporta son attention sur Jacques Renaud qui commençait à sortir d'étranges objets de son attaché-case, un bout de bois, une enveloppe qui semblait faite de parchemins et quelques objets que je ne reconnaissais pas.

« Qui êtes vous, demanda ma mère, que venez vous faire chez moi ?

-Je suis Jacques Renaud et je travaille comme Observateur pour la Régie de France.

-Je ne connais aucune régie, rétorqua ma mère. »

M Renaud eut un petit rire avant de poursuivre.

« C'est normal chère madame, je veux parler de la Régie de Magie de France. »

Nous eûmes alors des réactions très différentes, je regardais M Renaud avec ébahissement, convaincu qu'il était fou, ma mère commença à rigoler tandis que Georges regardait le petit homme avec un étonnement mêlé d'intérêt. Amina eut un petit cri de frayeur et se rapprocha de Georges comme s'il pouvait la protéger. Renaud poursuivit

« Vous ne me croyez certainement pas, j'ai l'habitude. Aussi, avant d'aller plus loin, je vais vous faire une démonstration. »

Il vida sa tasse de café d'un trait puis la reposa sur la table. Il prit ensuite le bout de bois qu'il avait sorti peu avant et tapota la tasse en marmonnant des mots. Je sursautais en voyant la tasse se transformer en une petite souris grise. A côté de moi, ma mère eut à son tour un cri de frayeur tandis qu'Amina serrait le bras de Georges à lui faire mal. M Renaud, ravi de son petit effet, retransforma la souris en tasse et se tourna vers nous.

« Vous me croyez à présent ? Je l'espère, car ce que je vais vous dire est d'une importance capitale. Tout d'abord, je ne suis pas le seul de mon espèce, nous sommes des milliers en France, nous sommes dirigés par la Régie de France. Mais ce que je veux dire, c'est que Laurent a de grandes chance d'être également un sorcier.

-Moi ? Mais c'est impossible...

-Eh si, mon grand. Réfléchis, as-tu eu des mésaventures inexplicables, t'es-t-il déjà arrivé de faire des choses bizarres quand tu es en colère ?

-Euh... oui, mais...

-Alors, je vais mesurer ta puissance magique et déterminer si tu es vraiment un sorcier. Puis, si c'est le cas, comme je le pense, je t'expliquerais ce qui vas t'arriver à présent et je te donnerais ta lettre. »

Le petit homme se leva alors et s'approcha de moi avec un de ses instruments bizarres, un boîtier relié à une longue tige d'or par un mince fil d'argent. Il passa la tige près de moi à différents endroits puis lut le parchemin qui sortait du boîtier. Puis il prit une sorte de seringue et me piqua au bras, bien que cela ne me fit pas mal. Il regarda le liquide qu'il avait extrait et qui avait une couleur bleutée et hocha la tête. Enfin, il fit quelques passes autour de moi avec sa baguette en marmonnant des formules qui inscrivaient des informations sur un morceau de parchemin. Il lut les parchemins pendant quelques minutes puis reprit la parole.

« Bien, Laurent, tu es effectivement un sorcier. Cela signifie plusieurs choses. Premièrement, en raison du Code International du Secret Magique, tu n'as pas le droit de révéler cette information à quelqu'un qui n'est pas de ta famille. Aussi, à part les personnes qui sont dans cette pièce, seuls ta sœur et ton père pourront être mis au courant, as-tu bien compris ?

-Euh... oui.

-Très bien, ensuite, tu vas devoir étudier la magie. Pour cela, tu vas devoir aller à

-Beauxbâtons ? demanda Georges

-Euh... oui, comment le savez vous ? le petit homme semblait déstabilisé que l'on connût le nom de son école.

-Ben, c'est dans Harry Potter, dit mon frère qui avait lu les livres.

-Harry Potter ? Comme le héros de la Seconde Guerre Contre Voldemort ? Étrange... j'étudierais tout cela plus tard, pour l'instant, il faut que vous sachiez que vous allez étudiez à l'Académie de Magie de Beauxbâtons. Au bout de quatre ans, vous aurez votre Brevet, du moins je l'espère, qui vous autorise à arrêter les études sorcières et à faire un peu de magie en dehors de l'école. En effet, jusque là, vous n'aurez absolument pas le droit de pratiquer la magie en dehors de l'enceinte de l'Acadé pourrez également continuez vos études jusqu'à obtenir le Bac. Dans tous les cas, vous pourrez utilisez librement la magie en dehors de l'école uniquement lorsque vous serez majeur et à la seule condition que ce ne soit pas devant des Moldus étrangers au secret. Les Moldus étant les personnes dépourvus de pouvoirs magiques.

Le plus urgent pour toi est de te procurer tes livres et tout ce qui sera nécessaire à ta scolarité. Pour cela, tu devras te rendre au Quartier Sorcier de Tours. Il faudrait que tu sois prêt dans une heure. Je t'amènerais moi-même avec tes parents dans les rues sorcières mais je devrais vous y laisser, j'ai encore du travail après. »

Pendant un instant, je ne sus pas comment réagir. Je devais être en train de rêver, il était impossible que tout cela m'arrive. Sans savoir pourquoi, mes pas me portèrent jusqu'à ma chambre où je pris des affaires avant d'aller dans la salle de bains. Là, je me lavais puis m'habillais, tentant de comprendre comment je pouvais être un sorcier. Bien sûr, il m'était arrivé de faire des choses bizarres. Je me rappelais d'une fois où j'avais neuf ans...

Nous étions en train de faire une randonnée à Corbés, c'est la maison de mon arrière-grand-mère, elle se trouve dans les Cévennes. Aussi en profitons nous pour marcher dans la nature parfois. Il faisait très chaud et nous avions finis les gourdes au bout d'une heure de marche. Une demi-heure après que la dernière goutte ait été bue, j'avais si soif que je tentais de boire à une gourde, dans l'espoir de m'humecter la gorge avec quelques gouttes d'eau.

Je pris la gourde que je devinais vide à son poids, puis je la fis basculer pour tenter d'y boire. Mais au lieu du mince filet tiède que j'espérais boire, je sentis un véritable torrent d'eau fraîche se déverser dans ma bouche. Ravi, je continuais à boire à longs traits puis je remis la gourde à l'endroit. J'eus alors la surprise de la sentir fraîche sous mes doigts et surtout lourde, comme si elle était encore pleine.

« Maman ! J'ai une gourde pleine !

-Quoi ? Où as-tu trouvé ça ?

-Euh... c'est une des nôtres, elle est pleine.

-C'est impossible, dit Georges, cette gourde là c'est moi qui l'ai vidée la dernière fois qu'on s'est arrêté.

-Ben prends-là, elle est fraîche, hein ? Et tu vois elle est lourde.

-Mais oui, c'est vrai !

-Chérie, dit mon père, les autres gourdes aussi sont pleines ! »

Et nous pûmes ainsi boire de longs traits d'eau fraîche pendant encore quelques temps, mais je ne m'expliquais jamais comment cela avait pu se produire.

Et maintenant, on me donnait comme explication que j'étais un sorcier ? Que j'allais apprendre la magie et que je ne pourrais pas aller au collège ? C'était tellement bizarre que je ne pouvais pas croire cela possible, la part rationnelle de mon esprit ne pouvait pas accepter que la magie soit une chose réelle, moi qui avait toujours refusé de lire des livres fantastiques, préférant ceux qui se passaient dans notre monde avec des gens ordinaires.