La semaine suivant l'irruption de la magie dans ma vie, je passais la plupart de mon temps reclus dans ma chambre à lire mes manuels scolaires. Si certains étaient assez barbants, les mathématiques et le français enseignés par les Sorciers n'étant guère différents de ceux pratiqués par les Moldus, j'étais vivement intéressé par les livres parlant de Sortilèges ou de Métamorphose. Mais le livre le plus intéressant était sans doute Initiation à la France et son histoire, l'histoire avait toujours été une de mes matières préférées, mais celle des Sorciers était encore plus intéressante. Je dévorais littéralement le livre.
Un matin, un nouvel événement étrange se produisit chez moi. En effet, alors que je nettoyais la cage de Minerve, une tâche laborieuse et malodorante, j'eus la surprise de voir un grand hibou noir frapper à mon carreau. J'ouvris précipitamment la fenêtre, de peur que des voisins n'aperçoivent cet oiseau au comportement étrange, avant de remarquer qu'il portait une enveloppe à sa patte. Je la pris maladroitement, les doigts tremblants de stupeur, avant de la décacheter fébrilement. Il en sortit une lettre écrite sur une feuille de parchemin d'une belle couleur dorée. C'est avec stupeur que je vis que c'était Athéna qui me l'envoyait.
Cher Laurent,
Je t'écris pour prendre de tes nouvelles, as-tu aimé cette après-midi sur le Quartier Sorcier ? Est-ce que Minerve va bien ? Ton père a-t-il bien accepté le fait que tu sois un sorcier ? Pour ma part, Roxane va très bien. Elle s'est fait sa place dans la maison et mon père a tout de suite obtenu l'autorisation de la garder. J'en suis très contente. J'ai apprécié ce moment avec toi, je te trouve très sympathique.
Sais-tu comment vas-tu aller à Beauxbâtons ? Je suppose que tes parents ne peuvent pas t'y emmener, d'ailleurs le domaine est incartable. Mais peut-être ton Observateur t'a-t-il averti de quelque chose ? Si ce n'est pas le cas, je voulais te dire que mon père serait ravi de venir te chercher pour te déposer avec moi au Tunnel de Transportation qui va nous conduire à l'Académie
Dans tous les cas, envoie moi ta réponse par retour de hibou. Évite d'utiliser Minerve, Roxane n'est pas encore très habituée aux hiboux étrangers.
J'attends impatiemment de tes nouvelles,
Athéna de Blancbaston
PS : Mes parents adressent leurs respectueuses salutations à tes parents.
Je relus la lettre trois ou quatre fois avant de réagir. Bien sûr, j'avais sympathisé avec Athéna, mais elle était tellement différente et surtout meilleure que moi, de part son sang, sa connaissance du monde Sorcier et même sa richesse, que je m'attendais à ce qu'elle m'oublie aussitôt. D'ailleurs, je l'avais déjà à moitié oublié, ou plutôt, j'avais fait une croix sur le fait de devenir son ami. J'étais donc agréablement surpris qu'elle veuille bien de moi.
Avant de lui répondre, je descendis montrer la lettre à ma mère. Après discussion avec ma mère, elle me confirma que M Renaud n'avait pas donné d'instructions sur le moyen de rejoindre l'Académie ni de moyens pour le contacter. Nous résolûmes donc d'accepter l'aimable offre de M de Blancbaston. Je retournais dans ma chambre pour rédiger une réponse. Je dus m'y reprendre plusieurs fois, n'étant pas du tout habitué à la plume et l'encre. Je parvins enfin à produire une lettre à peu prés propre.
Chère Athéna,
J'ai adoré cet après-midi, je ne m'étais jamais senti autant chez moi que ce jour-là. J'espère que j'apprécierais aussi Beauxbâtons. Minerve va bien, bien que nettoyer sa cage soit une corvée dont je me serais bien passé. C'est ce que je faisais lorsque ton hibou est venu toquer à ma fenêtre. Je te trouve aussi très sympathique et j'attends avec impatience de pouvoir te revoir à Beauxbâtons.
M Renaud, mon Observateur, ne m'a donné aucun moyen de me rendre à Beauxbâtons. Je suppose qu'il fallait qu'on demande à l'Hôtel de la Guilde. Dans tous les cas, j'accepte avec joie la proposition de ton père et le remercie chaleureusement. Cependant, qu'est-ce qu'un Tunnel de Transportation ?
Mes parents saluent également les tiens et les remercient très chaleureusement pour tout ce que ton père a fait et fera pour nous.
Amicalement,
Laurent Eliham
Satisfait, j'attrapais doucement le majestueux oiseau et attachais ma réponse à sa patte après l'avoir glissée dans une enveloppe. J'allais le libérer lorsque je me demandais ce qu'il fallait lui dire. Je ne savais pas où habitait Athéna et n'avait inscrit aucune adresse sur l'enveloppe, alors que faire. Je glissais alors au hibou : « Retourne chez toi. » avant de le laisser s'envoler par ma fenêtre.
Le lendemain, je fus dérangé vers treize heures par quelqu'un qui frappait à ma porte. Ma mère alla ouvrir puis m'appela. Je vis alors Claire qui me regardait derrière la porte. Elle entra rapidement et je la saluais en souriant. Mais je vis qu'elle ne souriait pas du tout. Tout à coup, j'eus assez peur, Claire était ma meilleure amie, mais elle pouvait se mettre dans des colères terribles.
« Euh... pourquoi tu me regardes comme ça ? Demandais-je pour tenter de désarmer la bombe. Je vis dans le même temps que ma mère retournait à la cuisine en silence. J'étais seul.
-Laurent Eliham, puis-je savoir pourquoi tu ne m'as pas appelé pendant une semaine, même après que tu ais décidé de te désinscrire du collège où nous devions aller ensemble ?
-Ben... j'avais plein de choses à faire et...
-Et moi je passe après, c'est ça ?
-Pas du tout, c'est juste que je n'y ai pas pensé...
-Tu as la chance que je sois de bonne humeur, je vais te pardonner, mais ne me refais jamais un coup comme ça. Sinon, pourquoi tu t'es désinscrit du collège ?
-Eh bien, c'est que... bafouillais-je, ma mère a... j'ai été... enfin, je veux dire...
-C'est bon, je vais pas te tuer, t'inquiètes pas, dit-elle en souriant devant mon embarras.
-Bon d'accord, c'est juste que j'ai été inscrit dans une école pour surdoués. Et comme elle se trouve en Méditerranée, je suis en internat. Du coup, je ne rentre que pour les vacances.
-Pour les vacances ? Tu ne peux pas rentrer les week-ends ?
-Ben non. C'est trop loin et le train est trop cher. Euh... tu passais juste pour ça ?
-Pourquoi, dit-elle d'une voix acide, je dérange ?
-Pas du tout, je me demandais juste...
-Tu crois que parce que tu es un surdoué, je vais te laisser tomber ? Maintenant que je sais que je ne te verrais plus que pendant les vacances, je vais en profiter, tu ne crois pas ? On monte dans ta chambre. »
J'allais la suivre, mais je me souvins tout d'un coup que la chambre en question était encombrée par plusieurs objets que je ne pouvais pas lui montrer. A commencer par la cage contenant une chouette et des livres qui auraient l'air très étrange, même pour une école de surdoués. Et aussi une baguette qui trônait sur ma table de nuit et serait plus que suspecte.
« Je... c'est à dire que... non, on peut pas !
-Pourquoi ?
-Ben... elle est pas rangée...
-Bah, ne t'inquiète pas, ça ne serait pas la première fois que je verrais ça.
-Non, mais là c'est vraiment horrible. Tu ne veux pas qu'on aille dehors plutôt ?
-Puisque tu insistes. Tu es bizarre, aujourd'hui, Laurent. »
J'acquiesçais, soulagé d'avoir pu éviter le pire. Mais je savais qu'il allait me falloir faire attention à présent. Je ne pouvais pas laisser Claire découvrir mon secret, quelle qu'en soit mon envie de tout lui dire. Je ne pouvais que lui cacher, j'y étais obligé par les lois des sorciers, après tout.
« Au fait, dis-je une fois que nous fûmes sortis, je pourrais t'écrire pendant l'école, non ?
-Comment ça ?
-Ben, t'envoyer des lettres.
-Ça fait un peu vieillot, non ?
-Ben... comme tu veux.
-Sinon, tu peux téléphoner.
-Je n'ai pas de téléphone portable. Et je ne sais pas s'il y aura... je veux dire, je ne sais pas si je pourrais utiliser ceux de l'internat. C'est pour ça que je devrais écrire.
-Ah oui, bien sûr. Dans ce cas, j'accepte avec joie. Ce serait sympa d'avoir de tes nouvelles pendant les longs mois où je ne te verrais pas. »
A la façon dont elle appuya sur le long, je compris qu'elle m'en voulait toujours de m'en aller du collège. En même temps, avais-je le choix ? Bien sûr, je ne pouvais pas lui dire la véritable raison pour laquelle je m'en allais et elle ne pouvait donc pas comprendre, mais je priais pour qu'un jour elle puisse l'apprendre et me le pardonner. C'est en ruminant cette pensée que j'allais chercher les vélos pour que nous puissions partir en randonnée.
Je faillis avoir moins de chance trois jours plus tard, lorsque Claire revint faire une visite à l'improviste. J'étais en train de nettoyer la cage de Minerve, elle avait compris qu'il fallait qu'elle fasse ses fientes dehors ou dans la cage mais pas dans la maison et c'était également là qu'elle recrachait les pelotes d'aliments non digérés. Si j'étais très content qu'elle ait appris les règles d'hygiène en quelques heures, je l'étais beaucoup moins lorsqu'il me fallait récurer sa cage. Sachant qu'elle détestait que je secoue la cage dans tous les sens, je l'avais posé sur la bibliothèque de ma chambre, en lui promettant un morceau de viande si elle me laissait tranquille pendant que je nettoyais sa cage.
C'est alors qu'on frappa à la porte. Me doutant de qui il s'agissait, je descendis les escaliers quatre à quatre pour arriver en bas au moment où Georges ouvrait la porte. Comme je m'y attendais, Claire attendait derrière la porte, lorsqu'elle me vit, elle courut pour me sauter au cou. Déstabilisé par ce violent élan d'affection, je tombais à la renverse, l'entraînant dans ma chute. Georges éclata de rire tandis que nous nous tentions de nous relever, nous gênant l'un l'autre dans nos efforts pour, à la fois se relever et rester éloigné l'un de l'autre.
En effet, elle était tombée sur moi, dans une position assez gênante et j'avais vivement essayé de me dégager, mais n'y étais pas arrivé. Ce qui avait eu pour conséquence que nous étions totalement empêtrés dans le tapis et nos tentatives de se dégager n'arrangeaient rien. Enfin, Georges aidé d'Amina vinrent nous relever, riant aux éclats.
Cependant, je devais être maudit car en me relevant, je me pris les pieds dans le tapis et cette dernière dût me rattraper. Nous allions tomber lorsque Georges sauva sa belle, et moi par la même occasion. Voyant que tous riaient, je me joignis à eux, pas honteux pour deux sous de mes mésaventures. En fait, j'avais plutôt l'habitude d'être parfois maladroit. Quand nous fûmes enfin calmés, je proposai à Claire de monter dans ma chambre.
« Ah, elle est enfin rangée ?
-Euh oui, enfin non, pas trop, mais c'est moins pire qu'avant. Enfin, je veux dire...
-Vas-y, avance, c'est bon, dit-elle en riant,je te taquines.
-D'a.. d'accord, bafouillais-je, encore empêtré dans mes explications. »
Alors que nous montions, je me demandais si je n'avais pas oublié quelque chose, c'est en entrant dans ma chambre que je réalisais que je l'avais effectivement fait. En effet la cage à moitié récurée de ma chouette trônait au milieu de la pièce, et comme pour bien m'enfoncer son occupante crut que je l'avais oublié et quitta son perchoir pour élire mon épaule comme nouveau support. Elle me mordilla affectueusement une mèche de cheveux soulevant les exclamations de Claire.
« Oh, elle est trop mignonne ! Comment tu l'as eu ?
-Euh, et bien... Je l'ai trouvé à la Dame Blanche, tu sais, le refuge pour animaux. Et je voulais juste la nourrir et la relâcher, mais elle s'est attachée à moi, je crois. Et du coup, je l'ai gardée.
-Mais tu l'a trouvée quand ? Je ne t'ai jamais vu avec !
-Ben, euh... pendant les vacances...
-Tu veux dire, s'exclama-t-elle, que tu as recueilli une jeune chouette, l'a élevé, a décidé de la garder, et tout ça sans m'en parler ? Tu me l'as caché combien de temps ?
-Mais, c'est que... je, j'avais, mais...
-Oui ?
-Je ne pensais pas que ça te plairait, que tu trouverais ça bizarre et voilà quoi...
-Eh bien tu avais tort ! dit-elle furieuse avant d'ajouter en fondant littéralement : Elle est trop mignonne... »
Je regardais éberlué ma meilleure amie passer d'un état d'esprit à l'autre en un battement de cil, puis résolus de ne pas y faire attention, tant qu'elle ne déversait pas sa fureur sur moi, je m'estimais heureux. Oui, c'est lâche, mais je préférais être un lâche vivant qu'un héros mort pour l'instant. Tandis que Claire s'extasiait sur Minerve, je me demandais ce qu'elle dirait si elle savait que j'étais un sorcier. Mais je chassais vite cette pensée, il ne fallait pas qu'elle le sache.
Je passais le reste de l'après-midi avec Claire, et je résolus de passer le plus de temps possible avant la rentrée et les quelques mois que nous allions passer séparés. Bien que je ne me plaignais pas comme elle que je ne la verrais plus pendant toute cette période, moitié parce que je me ferais engueuler, moitié parce que je n'étais pas du genre à me plaindre constamment, je savais bien qu'elle allait me manquer. Et même si Athéna serait certainement d'une compagnie très intéressante, jamais elle ne rattraperait les presque neuf ans de complicité que je partageais avec ma meilleure amie.
