Quand je me réveillais le lendemain au son des cloches de l'Académie, j'eus du mal à reconnaître le décor. En effet, je me trouvais dans un somptueux lit à baldaquins dont les drapés bleus m'entouraient et me donnaient l'impression d'être dans l'eau, puisque la lumière du jour les pénétrant me plongeait dans une atmosphère m'évoquant la couleur de la mer où je m'étais baigné hier. Je me souvins alors que j'étais à Beauxbâtons et sourit à la pensée que j'avais enfin trouvé ma place. Je me levais et m'habillais rapidement avant de me diriger vers la douche. On me l'avait montré hier soir, mais j'aimais me laver le matin.
Après m'être douché, je descendais dans la Chambre de Dîner pour prendre mon petit-déjeuner. Là, je retrouvais Athéna, qui semblait avoir bien dormi. Elle avait, tout comme moi, revêtue l'uniforme de Beauxbâtons, qui se composait d'une fine tunique de coton de couleur jaune et d'une culotte* assortie. J'avais également plié ma toge pour la glisser dans mon sac afin de pouvoir l'en sortir si jamais il faisait trop froid. Cependant, je ne pouvais m'empêcher de comparer mon uniforme aux habits que j'avais vu dans un film sur Napoléon et qui y ressemblaient beaucoup.
Après le petit-déjeuner, nous nous dirigeâmes vers le Palais afin d'y prendre les premiers cours, qui commençaient à huit heures et demie. Nous avions un cours de français en première heure. J'étais un peu déçu à l'idée que nous allions devoir subir un cours « normal », mais la seule pensée que j'étais dans une Académie de Magie m'emplissait de joie. Nous arrivâmes dans la salle de classe à huit heures vingt et pûmes ainsi avoir de bonnes places. Nous nous installâmes au premier rang, car Athéna préférait être assez proche du professeur.
Au bout de quelques minutes, les autres élèves entrèrent dans la salle de classe et commencèrent à s'installer. Je vis Louis Sèvres s'installer au fond de la salle, mais je l'ignorais superbement. Enfin, le professeur parut à huit heures et demie. Il s'agissait d'un sorcier petit et vieux. Sa robe verte était vieille et élimée et portait de nombreuses taches et il marchait plié en deux sur sa canne, renforçant encore sa petite taille. Il se présenta d'une voix chevrotante comme Jacques du Mesnil, professeur de français.
« Aujourd'hui, poursuivit il de sa voix faible, nous allons commencer par évaluer vos compétences orthographiques. J'attends d'une classe de Première Banquet qu'elle ne fasse pas plus de dix fautes en vingt lignes sur un texte d'une difficulté raisonnable. Je vais donc vous faire la dictée de ce texte, je ramasserais les copies et les corrigerais mais la note ne sera qu'indicative. Il s'agit d'un extrait de l'Étranger de Camus. Avez vous des questions avant que l'on commence l'exercice ?
-Moi, monsieur, intervint Louis.
-Allez-y, Damoiseau...
-Sèvres, Professeur du Mesnil. Je me demandais pourquoi il nous fallait étudier les textes d'insignifiants Moldus, il n'y a pas de littérature sorcière ? »
Après qu'il ait dit ça, il y eut un grand chahut dans la salle. Bien sûr, beaucoup d'élèves, dont moi, avaient de la famille Moldue et protestaient avec vigueur contre le qualificatif d'insignifiants. Mais certains élèves semblaient partager l'avis de Louis et l'exprimaient d'une voix forte. Le professeur du Mesnil réclama le silence, mais sa voix faible ne parvenait pas percer le brouhaha. Alors, il sortit sa baguette et fit retentir une grande détonation, semblable à un coup de fusil. Aussitôt, le silence se fit.
« Bien. Sachez jeunes gens, que je ne tolérerais pas de tels comportements dans mon cours. Et vous, Damoiseau Sèvres, il est inadmissible que vous teniez de tels propos, dans mon cours ou à l'extérieur. Aussi vous demanderais-je de copier les pages une à cinq de i l'Étranger i et je ne veux plus que vous disiez de telles choses. Est-ce bien compris ?
-Compris Professeur.
-Je l'espère. Maintenant, commençons l'exercice et je ne veux pas entendre un murmure pendant que je dicte, c'est compris ? »
Nous hochâmes la tête avant de prendre nos plumes et d'attendre que le professeur ne commence à dicter pour écrire sur nos parchemins. Pendant de longues minutes, nous dûmes ainsi écrire ce qu'il nous était dit et je bénis les longues lettres que j'avais envoyé à Athéna durant l'été grâce auxquelles je pouvais maintenant manier la plume avec autant d'aisance qu'un stylo.
Lorsque le professeur arrêta de dicter, il agita sa baguette et les copies se rangèrent sur son bureau. La leçon se poursuivit par la lecture de l'extrait en question puis la réponse à des questions posées sur le texte que le professeur nous avait distribué. Cinq minutes avant la fin du cours, le professeur distribua les copies qu'il avait ramassé en faisant parfois des commentaires. Lorsqu'ils s'approcha de nous, il sourit et annonça :
« Athéna de Blancbaston, aucune faute, c'est parfait. Je suis très content de vous Damoiselle de Blancbaston. Êtes-vous la nièce de Honorine ?
-Oui, elle est la sœur de mon père. Merci du compliment, messire du Mesnil.
-A Beauxbâtons, vous devrez dire Professeur à tous vos enseignants, quelle que soit leurs origines sociales, Damoiselle, comme ils devront vous appeler Damoiseau ou Damoiselle, quelque soit la vôtre. Mais je laisse passer pour cette fois. En tout cas, continuez comme ça Damoiselle. »
Je vis Athéna sourire du compliment que lui fit le professeur. Quand à moi, j'avais fait sept fautes, un score honorable puisque le texte faisait près de quarante lignes et que le résultat attendu par le professeur était donc de vingt fautes. J'étais assez content de moi, même si Athéna me surpassait de beaucoup. Lorsqu'il eût fini de distribuer les copies, il nous permit de sortir.
Après le cours de français, nous avions un cours d'Éducation Sorcière qui semblait bien plus intéressant. Nous nous dirigeâmes vers la salle de classe lorsque je vis Louis sortir de la classe que nous venions de quitter. Je le regardais un instant avant de reporter mon attention sur Athéna à qui j'expliquais les fautes que j'avais faites à sa dictée, lorsque j'entendis une voix derrière moi.
« Eh toi, le Moldu, pourquoi tu te moques de moi ? »
Je me retournais et remarquais que c'était à moi que Louis s'adressait. Je souris et répondit calmement :
« Je ne me moque pas de toi, pourquoi dis-tu ça ?
-Si, regarde, tu souris encore. Tu te réjouis parce que j'ai eu une punition, n'est-ce-pas ? Tu me dégoûte, je ne devrais pas avoir à fréquenter des gens issus de la boue comme toi. »
Il cracha ensuite à mes pieds avant de se retourner, lorsque j'entendis Athéna s'exclamer « Tarantagrella » et un éclair d'argent fusa à côté de moi et frappa Louis. Aussitôt, celui-ci commença à danser, offrant un comique spectacle à tous les élèves qui passaient dans les escaliers. Mais bientôt, un Maître des Leçons arriva et mit fin au sortilège. Il s'exclama ensuite
« Qui a osé lancer un sortilège sur un élève ? La pratique de la magie est interdite dans les couloirs de l'Académie, je pensais que le directeur avait été clair sur ce point ?
-C'est elle, dit Louis en pointant Athéna, elle m'a sauvagement attaqué par derrière.
-Damoiselle, comment osez-vous vous abaisser à de tels comportements ? Quel est votre nom ?
-Je suis Athéna de Blancbaston, répondit-elle avec aplomb, et si j'ai attaqué cet individu, c'est parce qu'il a été odieux avec un de mes amis et l'a même insulté d'issu de la boue. Je sais que je n'aurais pas dû, ajouta-t-elle d'une voix contrite, et j'en suis désolée.
-Ah, répondit le Maître, vous n'auriez en effet pas dû avoir recours à la magie mais partir chercher un professeur ou un Gardien. Toutefois, en raison des circonstances et parce que c'est la première fois, je ne vous donnerais que dix lignes à copier. Vous devrez donc écrire dix fois i Je ne dois pas lancer de maléfices sur mes camarades i et le rendre au Bureau des Maîtres de Leçons demain. Quand à vous, Damoiseau, vous devrez copier dix fois i Je ne dois pas insulter mes camarades i pour demain également. »
Et il partit avant que quiconque ne pût protester. Je me tournais vers Athéna qui souriait légèrement.
« Merci de m'avoir défendu. Je suis désolé que tu ais été punie.
-Oh, dix lignes ce n'est rien. Ce n'est même pas inscrit sur le bulletin, mes parents n'en sauront rien. Je le ferais rapidement avant de me coucher, je le rendrais demain et j'en serais quitte pour une légère remontrance.
-Mais, et Louis ? Il n'a même pas relevé son nom, il n'aura pas à le rendre, non ?
-Oh que si. J'espère qu'il tiendra le même raisonnement que toi, mais j'en doute. En fait, il existe un enchantement qui fait que chaque punition adressée à un élève inscrit à Beauxbâtons sera enregistrée et inscrite sur un parchemin qui se trouve dans le Bureau des Maîtres de Leçon avec la date d'échéance. Et si la date est dépassée, ils envoient un mot à l'élève pour fixer une nouvelle date, généralement le lendemain, en précisant que la punition sera doublée. D'ailleurs, il n'avait même pas besoin de me demander mon nom. »
Je hochais la tête et nous nous dépêchâmes d'aller en cours d'Éducation Sorcière. Nous entrâmes dans les derniers en classe, mais le professeur n'était pas encore là. En soupirant de soulagement, nous allâmes nous installer dans le fond de la classe, seul endroit où il restait des places vides. Quelques instants plus tard, un sorcier entra dans la salle et ferma la porte.
Il était grand et avait la peau légèrement hâlée. Ses longs cheveux blonds étaient coiffés en un catogan qui retombait dans son dos et il portait une belle robe bleue ornée d'étranges arabesques dorées. Il semblait avoir la trentaine et avait l'air aimable. Il nous sourit et se présenta comme Pâris Puy-en-Loire, professeur d'Éducation Sorcière.
« Qu'allons nous apprendre cette année ? Pour commencer, nous verrons de la théorie, c'est à dire le système politique de la France sorcière, les principales institutions, etc... Mais nous ferons aussi un peu de pratique. En effet, je suis ici pour vous apprendre les petits sortilèges que ceux d'entre vous qui ont des parents sorciers connaissent mais ne savent sûrement pas pratiquer. Les sorts de nettoyage, ceux d'entretien, les sorts de réparation, etc... Je vais vous faire une démonstration, vous voyez que cette classe n'a pas été nettoyée depuis quelques jours ? En fait, cela fait deux mois qu'elle n'a pas été nettoyée, comme je l'ai demandé aux Elfes de Maison. »
En effet, je voyais bien que le tableau était presque blanc tant il y avait de poussière de craie dessus, les étagères étaient recouvertes d'une épaisse couche de poussière, même les vitres étaient recouvertes de poussière. La salle était vraiment dégoûtante et le pire était le sol qui était orné de taches de gras dont je préférais ignorer la provenance.
Le professeur sourit en nous voyant regarder les murs constellés de moisissure avec dégoût puis leva sa baguette et incanta plusieurs mots, trop vite pour que je les comprenne. A chaque sort, il pointait sa baguette dans une direction différente et aussitôt, tout devenait propre. Les vitres retrouvaient leur éclat, le sol brillait à nouveau, les murs étaient comme neufs, la poussière se volatilisait. Nous assistions médusés à ce changement et plusieurs applaudirent lorsqu'il eût fini. C'était bien sûr, les enfants de Moldus pour qui le nettoyage d'une telle salle impliquait plusieurs heures de travail éprouvant et salissant.
Le professeur sourit puis pointa sa baguette pour continuer la démonstration. Il put ainsi réparer le bureau qui était jusque là fendu en deux, effacer une lézarde qui apparaissait dans l'armoire et même recoller les deux morceaux d'une chaise abandonnée dans un coin. Enfin, il fit distraitement apparaître un verre de vin et le sirota en nous regardant.
« Je suis sûr que beaucoup de vous trouvent ce que je viens de faire tout à fait normal. Qui parmi vous saurait le refaire ? »
Il balaya la classe de son regard, mais aucune main ne se leva. Les fils de sorciers se regardaient, gênés d'être incapables de reproduire ce qu'ils voyaient certainement au jour le jour. Le professeur éclata de rire et nous expliqua qu'il était ici pour nous apprendre à faire ceci.
« Cependant, cela n'est pas aussi facile que vous le pensez. Bien sûr, n'importe quel idiot peut faire disparaître une tache d'un coup de baguette ou faire cuire un poulet d'un simple mouvement du poignet. Mais je connais très peu de sorciers ou de sorcières, même à la sortie de l'Académie, qui seraient capables de nettoyer cette classe aussi vite que je l'ai fait. Sans vouloir me vanter, bien sûr. En fait, je ne connais qu'une seule créature qui serait capable de le faire, ce sont les Elfes de Maison. »
Nous passâmes le reste du cours à nous exercer au sortilège de récurage, le sortilège de nettoyage le plus basique. Étonnamment, il était assez difficile de le lancer, cela semblait si facile de faire de la magie que je n'aurais jamais pensé que si peu d'élèves réussiraient à le lancer au premier essai. En fait, seule Athéna réussit au premier coup, et encore ne parvint-elle qu'à faire disparaître quelques unes des taches de son assiette sale.
Pour ma part, j'avais un grand saladier recouvert d'une substance noire indéfinissable que je devais réussir à enlever. Je fus assez fier de moi lorsque je réussis à nettoyer le bord du saladier au troisième sortilège lancé, d'autant que je vis un élève fendre en deux l'assiette dont il devait s'occuper. En fait, le cours passa plutôt rapidement, le professeur passant entre les rangs pour féliciter les élèves capables de lancer le sortilège ou réparer les bourdes des autres.
Lorsque la cloche sonna, j'avais réussi à laver trois fois mon saladier, chaque fois qu'il rutilait, le professeur donnait un coup de baguette pour le resalir et me félicitait. Athéna, quand à elle, avait pu nettoyer son assiette cinq fois. Le professeur nous laissa sortir en ordonnant aux élèves qui n'avaient pas réussi à lancer le sortilège de continuer à s'entraîner dans leurs dortoirs
Lorsque je sortis de la salle, je constatais que j'aimais assez ce cours. J'avais l'impression de devenir un vrai sorcier en lançant ainsi des sorts, d'autant que je voyais tout de suite l'utilité du sortilège de récurage, puisqu'il allait me permettre de nettoyer la cage de Minerve beaucoup plus facilement. Je bavardais gaiement avec Athéna tandis que nous allions dans les Jardins profiter du soleil pendant la récréation.
La semaine passa assez vite. Je pus assez vite déterminer que j'adorais le français et l'histoire et géographie, découvrir des auteurs et leurs merveilleux textes ou l'histoire des sorciers était si fascinant que je regrettais que nous n'ayons pas plus de cours par semaine. En outre, j'obtenais d'excellents résultats en Étude des Moldus puisque je connaissais la plupart des sujets enseignés. Bien sûr, n'étant pas le seul élève à être issu de Moldu, je ne brillait pas vraiment, mais cela me permettait de gagner plusieurs points.
En effet, l'Académie mettait en place un système de points que les professeurs pouvaient enlever ou donner. Ainsi, plus d'un élève se vit enlever des points avant même la fin de la semaine. Et beaucoup d'entre nous se firent aussi attribuer des points pour une bonne réponse. Athéna m'expliqua que la notation était en fait basée à moitié sur les contrôles que faisaient les professeurs assez régulièrement et à moitié sur la conduite de l'élève afin de le pousser à se tenir bien.
J'envoyai aussi une lettre à mes parents le soir du premier jour pour leur dire que j'étais bien arrivé, que tout se passait bien, que j'étais avec Athéna et que les premiers cours étaient supers. Je rêvais à la tête de ma mère quand elle verrait que je pouvais faire le ménage d'un coup de baguette. Mais je me souvins que je ne pourrais pas faire de magie avant d'avoir mon Brevet de Sorcellerie. Dommage. J'écrivis aussi une lettre à Claire, mais c'était dur de ne pas pouvoir parler des cours. Alors, je parlais de ce qui se passait en dehors de l'école.
