Le vendredi, nous avions deux heures d'Étude des Moldus. Je trouvais ces cours-là assez ennuyeux. En effet, je connaissais déjà tout ce que nous étudions, j'avais l'impression de me rendre à un cours de maternelle. Ou non, plutôt à une conférence sur la vie de tous les jours. Car c'était ça que nous étudions, la vie de tous les jours pour les Moldus, comment s'habiller, comment faire marcher un micro-onde, etc...

Ce jour-là, il y avait cependant un changement majeur dans la classe. En effet, Louis Sèvres, qui jusque là se contenait de s'asseoir dans son coin, vint s'asseoir à côté de moi à la table que Athéna et moi occupions. Déjà, certains élèves avaient remarqués que nous étions tous les trois ensembles pour le petit-déjeuner, mais là, presque tous purent le remarquer et la salle fut vite emplie de murmures de curiosité. Lesquels furent vite coupés par l'arrivée du professeur Giraud, un des rares professeurs noirs que j'avais vu dans l'Académie.

Il ouvrit son cartable et sortit ses feuilles puis prit sa craie pour écrire le titre de la leçon du jour sur le tableau. En tant que professeur d'Étude des Moldus, Giraud n'utilisait jamais sa baguette en cours et préférait tout écrire à la main. Dés le premier cours, il nous avait distribué des stylos-billes et des feuilles de papier blanc à la place de l'habituel parchemin et j'avais souri en voyant les sorciers pure souche tenter d'écrire avec le stylo. Au bout d'un mois encore, il n'était pas rare de voir des élèves lever le stylo de la feuille pour le tremper dans un encrier inexistant.

Le professeur Giraud nous annonça qu'aujourd'hui, nous aurions des travaux pratiques. Afin de tester nos aptitudes avec certains aspects basiques de la vie Moldue, il nous demanda de se rendre dans la penderie qui se situait derrière le bureau et d'y choisir des vêtements. Il nous faudrait ensuite nous changer pour nous habiller en Moldus. Je hochais la tête, un peu excédé par tant de facilité. Mais cela avait le mérite d'être un peu plus amusant que de copier des lignes sous la dictée du professeur.

Je compris l'intérêt de l'exercice en entrant dans la penderie. Il y avait là des centaines de vêtements différents, du costume-cravate à la robe de chambre à fleurs en passant par des costumes du siècle passé ou des jeans tout à fait commun. Souriant devant le piège du professeur Giraud, je choisis rapidement un jean sombre et un t-shirt assorti et sortis de la penderie avant que l'on ne puisse voir ce que j'avais pris. En effet, même si j'appréciais Athéna, je voulais voir comment elle s'habillerait sans mon aide et je ne voulais donc pas lui laisser le temps d'observer mon choix.

Lorsque je me fût changé, je revins dans la salle, mon uniforme sous le bras. Là, j'attendis le reste de la classe en bavardant un peu avec le professeur. Bien que je trouvais ses cours barbants, j'appréciais le sorcier, qui était aussi issu de Moldu. Lui appréciait que, malgré mon manque d'intérêt envers la matière, je ne chahutais pas ses cours et que je n'hésitais pas à aider les élèves en difficulté lorsque j'avais fini mes exercices.

Lorsque je me retournais pour observer les élèves qui arrivaient, je failli éclater de rire. Si certains, dont la plupart des issu de Moldu, s'étaient contentés d'un jean et d'un t-shirt, voir d'un pull, d'autres avaient des mélanges de vêtements assez... exotiques. Ainsi, je repérais Athéna qui était magnifiquement vêtue, comme chaque fois qu'elle choisissait ses vêtements. Cependant, son goût pour les robes l'avait poussé à s'habiller d'une grande robe qui datait au moins du XIXe siècle et d'un éventail. De même, Louis avait l'air ridicule dans sa robe de chambre à fleurs.

Le professeur Giraud passa dans les rangs et expliqua à ceux qui s'étaient trompés pourquoi il ne fallait pas faire ceci ou cela et leur montrais en exemple les personnes qui s'étaient habillés convenablement. Je m'approchais de Louis et Athéna et pointais celle-ci

« Jolie robe.

-Merci, j'ai trouvé qu'elle m'allait bien.

-Tu sais qu'on portait ce genre de robe il y a cent-cinquante ans, chez les Moldus ? »

Elle rougit de confusion avant d'éclater de rire. Puis je demandais à Louis

« Tu as fait exprès ?

-De quoi ?

-La robe de chambre. Tu l'as fait exprès ?

-Euh... oui, si j'avais été honnête, j'aurais mis un pantalon et une chemise.

-Ce n'est pas ce qu'il y a de plus moderne, mais cela passe mieux qu'Athéna. Mais franchement, pourquoi tu choisis de tout rater comme ça dans ce cours ?

-Tu sais très bien pourquoi, dit-il avec une lueur méchante dans les yeux.

-Oui, je sais que tu hais les Moldus à cause de tu-sais-qui. Mais franchement, est-ce vraiment une raison d'avoir de mauvaises notes ?

-Que veux-tu dire ?

-Louis, c'est bien beau de faire ton intéressant. Mais franchement, entre les lignes et les mauvais points que tu récolte lorsque tu traite les Moldus et les issus de Moldus et les zéros que tu vas te taper en Étude des Moldus aux examens, je trouve que ça n'en vaut pas vraiment la peine. Je te donne un conseil d'ami, arrête de te conduire comme ça, ça ne blesse pas du tout les Moldus, le seul qui est blessé, c'est toi.

-Je... dit-il, visiblement décontenancé, j'avais... j'ai jamais regardé le problème comme ça. Je suis... je suis vraiment un con ! J'ai même pas fait attention à ça, je voulais juste faire du mal aux Moldus... M... merci Laurent.

-De rien, mon vieux. Mais fais attention quand même.

-De quoi ?

-Hier tu t'excusais, aujourd'hui tu me remercies, je dois te prévenir que si tu me demandes en mariage demain, je ne dirais pas oui. »

Louis me regarda avec des yeux ronds. Puis, après une seconde de perplexité, il éclata de rire, vite rejoint par Athéna et moi. Le reste du cours se passa assez rapidement, le professeur Giraud nous expliquant comment s'habillaient les Moldus dans la vie de tous les jours. Je passa le reste du cours à jouer au Pendu sorcier avec Louis, tandis qu'Athéna prenait des notes de l'écriture frénétique qu'elle adoptait toujours en cours.

Le Pendu sorcier était bien plus amusant que le Pendu Moldu puisque l'on devait deviner des noms de sorts et que le Pendu montait les marches et pouvait même finir la corde au cou. Bien sûr, les jeux étaient strictement interdits en cours, mais le Professeur Giraud laissait généralement les élèves issus de Moldus y jouer, tant que c'était en silence.

Très vite, les vacances de la Toussaint arrivèrent. Pour une fois, j'étais triste d'arrêter l'école, même si cela me permettait de revoir ma famille. Car je ne pourrais pas voir Athéna et Louis et surtout parce que je ne pourrais pas faire de magie chez moi, et cela me rendait un peu mélancolique. La magie était devenue une part de moi si présente que je me demandais comment j'allais faire pour l'abandonner, même pour deux semaines.

Mais je m'inscris tout de même sur la liste des élèves qui repartaient chez eux pour les vacances, après tout j'avais promis à mes parents de revenir pour les vacances. Et puis surtout, j'avais hâte de retrouver Claire, même si je ne pouvais rien lui raconter. Cela me faisait enrager de ne pas pouvoir lui conter mes exploits dans mes lettres, lui parler de ce qui n'intéressait ou ne regardait pas ma famille. Claire, ma confidente de toujours, ma meilleure amie depuis le maternelle, j'étais obligé de lui mentir, de lui cacher des choses. Et je savais que si elle l'apprenait, elle ne me le pardonnerais pas facilement. D'autant plus que je lui avais promis plusieurs fois qu'il n'y avait rien de louche derrière mes silences, pour ne pas l'enfoncer.

Chassant ces noires pensées, je profitais des derniers instants que je pourrais passer avec Athéna et Louis. Pour cela, nous nous étions retrouvés dans une des cabines du St Renaud. Je souris en pensant que c'était dans une cabine semblable que nous nous étions retrouvés pour la première fois ensemble et que nous nous étions disputés pour la première fois. Alors que maintenant, nous étions amis, malgré l'aversion de Louis pour les Moldus.

« Au fait, dis-je, je fête mes onze ans pendant les vacances, le onze octobre.

-Et ? demanda Louis

-Et vous êtes bien sûr invités tous les deux. Vous allez voir, ça va être super, vous viendriez tous chez moi et on plantera une tente dehors pour pouvoir camper.

-Laurent, y'aura des Moldus à ta fête d'anniversaire ? demanda Athéna.

-Ben oui. Y'aura Claire, peut être d'autres, mais je ne vois pas qui. Mais au moins une, pourquoi ?

-Juste pour savoir comment on allait devoir s'organiser pour aller chez toi. Parce que si mon père transplane dans ton salon alors que ton amie y est, il risque d'y avoir quelques problèmes.

-Ah oui, bien sûr.

-Je sais pas moi, dit Louis, aller à une fête avec plein de Moldus, je trouve ça bof.

-Louis ! nous exclamèrent-nous en cœur.

-Je plaisante, dit-il, il suffit que tu me donnes ton adresse et ma mère m'emmènera, sûrement par transplanage d'escorte.

-D'accord. Je vois avec ma mère et je vous redis ça. Louis, comme Minerve ne peut pas tout faire, tu pourrais m'envoyer ta chouette après-demain ? Comme ça je t'enverrais la réponse.

-Bien sûr, je t'enverrais Noctula dès que tu voudras.

-Merci. Je vous préviens, mais normalement cela sera le onze. Je pense que je convaincrais ma mère de vous accueillir le dix, comme ça, pas de danger que vous transplaniez quand il y aura des invités. Un de vous deux a une tente ?

-Moi, dit Louis, j'ai une tente pour dix personnes, il y aura largement la place.

-C'est un peu gros, mes parents vont pas apprécier si je monte un chapiteau dans le jardin...

-Mais non, elle prend que quelques mètres. Par contre, on aura intérêt à la démonter avant que les invités n'arrivent, s'ils rentrent dedans, ils risquent d'avoir une surprise.

-Ben qu'est-ce qu'elle a ta tente ?

-C'est une tente sorcière, donc en gros tu as un appartement avec une dizaine de lits, une cuisine et une salle de bains qui tiennent dans quelques mètres carrés. Très discret.

-D'accord, je crois que je comprend. Ah, on arrive. »

Nous prîmes alors nos valises et descendîmes du bateau pour nous diriger vers le Tunnel de Transportation. Là, nous fîmes nos adieux à Louis, qui allait prendre le Tunnel pour Rennes, tandis que nous prenions celui pour Rouen, qui était déjà réglé. Après avoir marchés dans le tunnel, je sortis. M de Blancbaston attendait sa fille à la sortie et je dû lui faire mes adieux. Puis, je sortis dans le Rouen Moldu, à proximité de la Cathédrale. Mes parents m'attendaient près de la voiture et je fus ravi de les retrouver.

Le voyage de retour jusqu'à Bernay fut assez calme. Je leur racontais tout ce que j'avais fait à Beauxbâtons, mais je ne pouvais malheureusement pas leur montrer. Ma mère était très intéressée par les sortilèges ménagers, mais je voyais bien que mon père semblait se désintéresser de ma magie. Je me demandais pourquoi, il avait semblé heureux que j'entre à Beauxbâtons pendant les vacances.

Une fois chez moi, je rangeais mes affaires dans ma chambre. J'avais déjà dû tout cacher vu que Claire était chez moi presque en permanence pendant les vacances. Les livres avaient rapidement fini dans la malle, elle-même planquée sous le lit. J'avais juste mis les manuels de Maths, d'Anglais et de Français bien en évidence, histoire que Claire se pose pas de questions en ne voyant aucun livre de cours. La cage de Minerve était posé sur ma table de nuit, mais ma chouette préférait être en liberté dans la maison la plupart du temps.