Chapitre 10 : Cracmol et mensonges

Les mois passèrent, et après plusieurs semaines de travail acharné, nous eûmes les premiers vrais examens. Les professeurs de Beauxbâtons aimaient organiser des examens à la fin de chaque trimestre. Pas quelque chose de l'ampleur des Brevets et Baccalauréats que passeraient les Quatrième Banquets et Troisièmes Chasses à la fin de l'année, mais nous avions tout de même une à deux heures d'examens par matière, avec chaque fois des épreuves tant pratiques que théoriques. A la fin de ces examens, je stressais un peu et j'étais ravi que le trimestre soit fini pour rentrer chez moi et me détendre loin de toute source de magie pendant deux semaines. Avant notre départ toutefois, le Directeur organisa un repas de Noël dans la Salle à Manger. Bien que certains élèves restaient pour les vacances, l'Académie perdait un grand nombre de ses occupants. En conséquence de quoi, Marvin le Morfale, un des plus gros directeurs de Beauxbâtons avait trouvé dommage que la plus grande partie des élèves ne puisse pas bénéficier du Réveillon et avait décidé d'organiser cette tradition du Banquet de Noël avant chaque départ en vacances.

La Salle à Manger, comme tout le château, avait été magnifiquement décoré pour l'occasion. Bien qu'il ne fasse pas moins de dix degrés à l'extérieur, tout le Parc avait été enchanté pour être recouvert d'une fine couche de neige et flocons tombaient en continu, sculpté de formes fantasques si l'on s'arrêtait d'assez près pour les étudier. Ils disparaissaient une fois à terre, pour ne pas créer d'amoncellements trop importants et étaient ni mouillés, ni froids. Dans le Palais lui même, ainsi que dans les Dortoirs, de délicates sculptures de glace arpentaient les couloirs proposant chocolat chaud et thé brûlant aux élèves fatigués, ou des marrons chauds et une incroyable variété de chocolats. Certains racontaient que les Professeurs avaient mis des relaxants dans les boissons chaudes pour éviter que les élèves ne stressent pendant les examens, mais je trouvais ça absurde.

Outre les statues ambulantes, tout le Palais avait été modifié, troquant ses tentures aux armes de l'école pour de grands pans de tissu rouge et blanc, où gambadaient joyeusement lutins, fées, rennes et petits Pères Noëls. Les tableaux eux-même, qui étaient accrochés un peu partout dans les différents bâtiments, s'étaient offerts des vêtements de Noël ou entonnaient des chants de Noël chaque fois qu'un élève passait à proximité. Quand aux Professeurs, ils paraissaient beaucoup plus joyeux en cette période de fêtes, du moins pour la plupart.

Ainsi, nous pûmes apprendre en cours d'Éducation Sorcière comment enchanter des décorations de Noël, et Mme de Blancbaston nous apprit à métamorphoser des toiles d'araignées en guirlandes de fêtes. Mais le plus grand changement se faisait dans la Salle à Manger, où les habituelles tapisseries représentant les hauts faits des dirigeants de Beauxbâtons étaient désormais cachés par de gigantesques statues de glace représentant ces même dirigeants dans des poses héroïques. Pas exactement très modestes les sorciers, pensais-je la première fois que je les vis. La plus spectaculaire était bien entendu la gargantuesque représentation de Saint-Renaud placé derrière la Table des Professeurs et qui semblait surveiller la foule des élèves assemblée devant lui d'un air sévère. A vous faire froid dans le dos.

Le Banquet de Noël fut tout aussi pantagruélique. Des plats moldus ou sorciers de toute la France s'alignèrent sur les trois grandes tables qui remplissaient la salle. Tout d'abord les apéritifs, petits-fours, bouchées, accompagnés de différents jus de fruits et sirops. Viennent ensuite les entrées, avec de gigantesques plateaux de fruits de mers les plus divers, des classiques huîtres et langoustes aux bivalves violets des sorciers. Avec les plateaux sont également servis le foie gras, les escargots en feuilleté ou entier, et différentes salades de Noël. De gigantesques soupières pleines de potage leur succèdent, bouillabaisse, ragoût de Noël, etc... Enfin, les poissons, de gigantesques saumons braisés, des tranches d'un poisson qu'on me dit être de l'espadon, et des huîtres chaudes, le tout accompagné de crudités et de salades composées. Ensuite les viandes, gibier en sauce, porcs entiers rôtis à la broche, jarrets de veaux et rôtis de bœufs. Avec les viandes, des purées, du riz, du gratin dauphinois ou des pommes dauphines. Puis des grandes meules de fromage prennent leur place, camemberts de deux kilos, bries d'un mètre de diamètre, petits plats de roquefort ou de bleu. Enfin, le dessert avec la farandole des treize desserts de Noël, et de grands plats de bonbons sorciers. Et après les desserts, de grands samovars remplis de café, de chocolat chaud, de thé aux épices, le tout accompagné par des petits chocolats.

En retournant dans ma chambre pour la dernière vue, j'ai l'impression de ne plus pouvoir manger jusqu'à la fin de ma vie. Les Elfes de Maisons semblent être les rois des cuisines, et j'ai plus l'impression d'avoir participé à une orgie romaine qu'à un repas de noël. Seul l'alcool nous a été épargné, les boissons alcoolisées étant rigoureusement interdites dans l'Académie, surtout pour les élèves des Banquets. Le lendemain, je quitte mes amis le ventre lourd, et pas seulement à cause du début d'indigestion que je ressens. Mais les nombreuses promesses de s'envoyer du courrier me rassurent un peu, et puis au moins je vais pouvoir retrouver Claire.

D'ailleurs cette dernière ne tarde pas à me rejoindre, à croire qu'elle guettait notre voiture (sa maison est située à l'entrée de l'impasse où j'habite), et j'ai à peine fini de décharger mes bagages qu'elle me traîne hors de ma maison pour qu'on aille faire un bonhomme de neige. Je n'ose même pas lui dire que ça fait cinq ans qu'on a dépassé l'âge des bonhommes de neige, je sais qu'elle me tordrait le cou si je fais une seule remarque après mon absence. Étonnamment, elle semble bien accepter le fait que je suis un sorcier, et me pose un tas de questions sur l'Académie lorsque nous jouons dans le jardin.

Une fois que j'ai fini de lui raconter le festin qui nous a été offert la veille au soir, elle me regarde avec des yeux brillants « Eh ben, t'en as de la chance. Après, c'est pas si original que ça, ma mère bosse dans un grand restaurant, et je peux t'assurer que c'est un repas de cérémonie tout à fait normal. Simplement, ils ne font pas d'aussi grandes quantités.

-Ouais, enfin avoue que ce n'est pas à la cantine de ton collège qu'ils serviront ça.

-C'est clair. Comment ça se fait que les sorciers ont le droit à une telle cantine ?

-Bah, déjà, il n'y a qu'une seule Académie de Magie. Donc ils peuvent faire un peu d'effort sur la bouffe. Et puis surtout, c'est les Elfes de Maisons qui s'occupent de tout, c'est des créatures magiques qui s'occupent de toutes les tâches ménagères chez les sorciers les plus aisés. D'après L'œuvre de Saint-Renaud : Beauxbâtons, ils sont cinq-cent à bosser dans les différents bâtiments de l'Académie, c'est le plus gros groupe d'Elfes d'Europe, voire du monde.

-Et sinon, ton réveillon tu le fêtes où ?

-Bah chez mes grands-parents comme d'habitude. Y'aura toute la famille, enfin toute la famille de ma mère, vu que je connais pas celle de mon père. Mais tu le sais déjà, pourquoi tu me poses la question ?

-Mais non pas Noël, patate ! Le Réveillon du Nouvel-An. Parce que si tes parents font encore un trucs chez leurs copains, tu pourrais venir t'incruster chez moi, ça serait cool.

-Oh, euh... En fait, je vais le passer chez Louis. En gros, les parents organisent un Nouvel-An hyper formel avec tout le gratin et tout, mais la famille de Louis fait un truc vachement plus cool et il nous a invité tous les deux. Et comme Athéna et moi on avait aucune envie de se faire chier le dernier jour de l'année, on a accepté.

-Ah...

-Tu m'en veux ?

-Je peux venir ?

-Euh... je demande à Louis ? C'est pas moi qui organise, tu comprends.

-Je comprends très bien, ne t'en fais pas. Mais moi aussi je vais me faire chier, ma mère va bosser toute la soirée, comme tous les ans, et mon père doit assister au Réveillon de son entreprise. Du coup mon frère et moi on est tous seuls avec des pizzas.

-Ok, bah j'envoie Minerve tout de suite alors. En plus, elle est enfermée depuis hier soir, parce que je ne voulais pas la perdre avant d'aller en vacances, donc elle va vouloir se dégourdir les ailes. Un petit voyage jusqu'en Bretagne est exactement ce qu'il lui faut.

-C'est quand même hyper archaïque comme moyen de communication, vos hiboux.

-Ouais je sais. Je te jure, la chose qui me manque le plus là-bas c'est une connexion internet, ou au moins un téléphone fixe.

-Ca te manque plus que moi, demande-t-elle légèrement moqueuse.

-Ca me manque justement à cause de toi, répliquais-je en souriant.

-Finement répondu. Bon, tu envoies ton hibou.

-Oui, tout de suite. En plus ça veut dire que je pourrais pas envoyer de lettre à Athéna pendant au moins trois jours. J'espère qu'elle aura l'idée de m'envoyer un de ses hiboux. Je vais finir par en faire un élevage, chaque fois que je veux envoyer Minerve à quelqu'un, elle est déjà partie.

-Ah-là-là, trop de contacts sociaux, que veux-tu.

-Qui l'eût cru ? Plaisantais-je en accrochant le message griffonné sur un bout de papier à la patte de ma chouette. Voilà, toi tu pars chez Louis, tu connais le chemin. Bon, qu'est-ce que tu veux faire, continuais-je à destination de ma meilleure amie.

-On continue le bonhomme de neige ? On l'a laissé sans tête et sans bras, c'est pas très sympa.

-On y va alors. Et après, on va boire un bon chocolat chaud, je suis frigorifié.

-Le pauvre petit chou, il n'est pas habitué au grand nord, maintenant qu'il se dore les orteils sur la Côte d'Azur.

-Ouais, enfin on se baigne pas vraiment à Noël, ça reste la France Par contre je sens qu'en Mai ça va être l'éclate.

-Arrête, tu me donnes trop envie, fit-elle en me donnant un faux coup de poing. »

Tout en se chamaillant, nous courrons dehors et je pousse Claire dans la neige où elle s'étale de tout son long. Pas vexée pour un sou, elle m'attire par terre et on roule ensemble dans la neige. En quelques minutes nous sommes rouges de froid et complètement épuisés. Je retombe sur le dos et commence à faire un ange dans la neige, aussitôt imité par la jeune fille. Nous restons quelques instants ainsi, quand elle me dit.

« Ça fait du bien de te retrouver Laurent. Tu m'as manqué.

-Je sais, toi aussi.

-Oui, mais toi tu as tes deux amis. Moi... j'ai l'impression d'être toute seule au collège.

-Arrête, je lui dis en me redressant, t'as des tas d'amis.

-Ouais, mais personne qui compte autant que toi. Je ne pense jamais trouver quelqu'un d'aussi important que toi. Et tu n'es jamais là, finit-elle, contenant à grand-peine ses larmes.

-Claire, dis-je en la prenant dans ses bras, je suis désolé. J'ai pas choisi ça. J'adore la magie, et je suis complètement épanoui à l'Académie, je ne peux pas le nier. Mais on m'aurait donné le choix, j'aurais voulu aller au collège avec toi, tout simplement et mener une vie normale. Et je te promets que même si j'adore Athéna et Louis, ils ne te remplaceront jamais pour moi. Moi aussi je suis triste quand tu n'es pas avec moi, et ça m'énerve de ne pas pouvoir être moi-même, c'est à dire un sorcier, et être en même temps avec toi. Allez sèche tes larmes, et allons finir le bonhomme de neige. Tu veux bien ?

-Oui. Excuse-moi, je suis idiote et égoïste, je te voudrais pour moi seule et...

-Chut, je veux pas entendre ça. Tu n'es pas idiote, ni égoïste. Tu as onze ans, et moi aussi, et on se connaît depuis neuf ans. C'est normal que tu ressentes ça. »

Elle me sourit tristement, et arrive à se recentrer sur notre grossière sculpture. Une demi-heure plus tard, nous avons fini le bonhomme de neige et tandis que Claire s'occupe de ramasser deux branches pour les bras, je déterre des cailloux pour faire ses yeux et son sourire. Puis je cherche de quoi faire sa tête et j'ai une soudaine impulsion. Je cours chercher ma baguette dans le sac à bandoulière qu'on m'a offert pour mon dixième anniversaire et la plante au milieu du visage faisant un nez tout à fait acceptable. Quand elle voit ça, Claire éclate de rire, et nous rentrons tous les deux nous réchauffer devant une tasse de bon chocolat chaud.

Tandis que nous discutons devant nos tasses, j'entends mon père rentrer. Comme Georges et Amina passent un week-end en amoureux et que Maman et Lucie sont partis faire du shopping, il vient vers nous et parle un peux avec moi et mon invité. Je lui montre le bonhomme de neige qui trône dans le jardin, et il me dit que je suis un peu vieux pour ce genre de bêtises en souriant. Mais il fronce tout de suite les sourcils et se tourne vers moi.

« Laurent, tu as utilisé quoi pour le nez ?

-Bah, rien, juste ma baguette. Ça rend pas mal, tu trouves pas ? Au moins, elle est utile comme ça, ajoutai-je avec une pointe de mélancolie.

-Mais ça va pas la tête ! Je croyais que ta copine avait été claire l'autre fois, le Secret Magique est hyper important et toi tu affiches ta baguette dans le jardin, comme ça.

-Mais c'est rien Papa. C'est juste un bout de bois.

-Juste un bout de bois. Mais c'est pas juste un bout de bois, c'est ta baguette ! Tu devrais en prendre soin, et surtout ne pas la montrer.

-Mais personne la voit, elle est dans le jardin, derrière la maison.

-Et les voisins ? Ils le voient notre jardin.

-Ok, si tu veux je vais la reprendre et je mets une carotte à la place. Y'a des fois t'es vraiment bizarre, quand même.

-Excuse-moi de penser à la sécurité de cette famille ! C'est pas parce que t'es bizarre que tu dois nous mettre tous en danger ! »

Je le regarde quelques instants puis court dans le jardin où je détruis à moitié la tête du bonhomme de neige en retirant ma baguette. Je la fourre dans mon sac et me rue dans ma chambre, furieux. Quelques minutes plus tard, j'entends un pas lourd s'en approcher mais je lui gueule de dégager. Puis c'est celui plus léger de Claire, qui s'arrête devant la porte, hésite, puis elle se décide à entrer. Je ne la vois pas, prostré sur mon lit, ma tête enfouie dans l'oreiller. Elle referme doucement la porte, s'installe à côté de moi et me prends longtemps dans ses bras, ignorant totalement mes pleurs. Lorsque j'arrête de pleurer et que je relève la tête, elle me fait un sourire et prends la parole.

« Laurent, ton père ne pensait pas ce qu'il disait.

-Mais si. Je suis sûr qu'il le pense. Il n'a jamais été très enthousiasmé par ma magie, et maintenant je comprends pourquoi. Et je suis tout à fait d'accord, je suis bizarre, complètement illogique, un bug dans la matrice.

-Arrête de faire ta victime ! Tu pourrais faire le misérable si t'étais tout seul et rejeté de tous. Mais tu as plus d'amis que moi, tu es pleinement épanoui comme sorcier et tu te sens à Beauxbâtons comme chez toi. Et tu le sais très bien. Ce n'est pas parce que ton père n'aime pas ça, que tu dois rejeter ce que tu es. Ta mère n'a rien dit, ton frère est en totale admiration devant toi alors qu'il a huit ans de plus que toi, et ta sœur s'en tamponne le coquillard. Ça te suffit pas ?

-Et toi ?

-Moi ?

-Oui toi, je répète plus faiblement. T'es ma meilleure amie, s'il y a bien un avis qui compte, c'est le tien.

-Moi, je... écoute Laurent, je n'aime pas ta magie parce qu'elle t'oblige à rester neuf mois sur douze à l'autre bout de ta France. Tu le sais, non ? Mais sinon, je peux t'assurer que je n'ai aucun problème avec ça. Tu es mon meilleur ami, la personne qui est la plus proche de moi au monde, et je t'ai toujours accepté tel que tu étais. Que tu sois sorcier, blond, malade ou même gay, je m'en fous ! T'es mon Laurent, et je te lâche pas, ok ? Tu peux tout me dire, et tu peux toujours compter sur moi. Je te laisserais jamais tomber, quoi qu'il arrive.

-Même si je deviens infréquentable ? Même si je deviens dangereux ?

-Mais qu'est-ce que tu racontes, rit-elle. Tu ne pourras jamais me faire de mal, t'en es incapable. Tu es un bisounours toi, mon gros ours à moi, et c'est comme ça que je t'aime. Alors tu t'en fous de ce que disent les autres, ce qui comptent, c'est ce que disent ceux qui t'aiment, ceux qui te soutiennent. Et moi je te soutiendrais toujours, et Athéna et Louis aussi. Remarque eux ils sont sorciers, t'es normal pour eux.

-Ben non. Je suis issu-de-moldu. Pas un vrai sorcier. C'est pour ça que je disais que j'étais bizarre. Pas un vrai Moldu, pas un vrai sorcier.

-Mais tu m'énerves avec tes bêtises ! Tu es aussi bête que Louis en début d'année ! Pourquoi tu me racontes ça, alors que tu n'en crois pas un mot ?

-Bah... c'est pas que j'en crois pas un mot. Enfin si, je n'y crois pas, et je sais que je suis un vrai sorcier. D'ailleurs, c'est moi qui aide Louis le plus souvent. Mais... quand je suis triste, que je doute. Ça me revient, et ça me fait peur.

-Eh bien quand tu penses à ça, tu m'en parles d'accord. Ou t'en parles avec Louis ou Athéna. Parce que nous, on est tes amis, et on pourra te dire que tu as tort. »

Et en disant ça, elle me fait un bisou sur la joue. Rougissant brusquement, elle se lève et va chercher ma malle en bas pour me forcer à ranger mes affaires. Je souris, mais avant de m'y mettre, je lui rends son bisou, la faisant rougir encore plus. Un peu plus tard quand je redescends, mon père ne fait pas une seule allusion à ce qu'il vient de se passer et c'est le plus naturellement du monde que ma mère invite Claire à rester pour dîner. Tout est comme s'il ne s'était rien passé, mais ça me laisse un goût amer en bouche. Pas tant que les propos de mon père m'ont blessé, je sais qu'ils sont faux. Mais c'est surtout que je ne comprends pas sa haine envers ma sorcellerie. Il était celui qui avait le mieux pris la chose, le premier jour, alors même qu'il n'avait vu aucun tour de magie. Et maintenant que j'y pense, chaque fois qu'un événement étrange s'était produit, que je mettais maintenant sur le coup de ma magie, il m'avait tout de suite soupçonné.

Mais je chassais vite ces pensées, et me préparais plutôt à fêter Noël. Après avoir fait un rapide tour des boutiques avec ma mère, on était allé à Tours pour pouvoir aussi visiter le Quartier Sorcier, j'avais trouvé des cadeaux pour tout le monde. Une nouvelle pendule fantaisie pour mes parents, celle de la cuisine ayant rendu l'âme cet été, un collier pour Amina et un livre pour Georges ainsi que pour Lucie. Je n'offrais rien à mes grands-parents, ils refusaient toujours tout. J'avais par contre acheté un joli nécessaire à écriture pour Claire, pour qu'elle puisse m'envoyer des lettres plus facilement, et j'y avais ajouté un paquet de bonbons sorciers. Pour Louis j'avais pris un jeu de bav'boules et une figurine de dragon animée pour Athéna, qui adorait toutes les créatures magiques sans exception. J'avais fait faire les paquets en magasin et avait envoyé les cadeaux pour mes amis sorciers par la poste sorcière, je n'avais aucune envie d'envoyer Minerve à droite et à gauche pour porter les cadeaux. Je reçus quelques jours plus tard les cadeaux de retour de mes amis, mais les mis de côté pour plus tard. Même si je ne les ouvrirais pas devant toute la famille, je voulais au moins attendre après Noël.

Au final, j'avais reçu un livre traitant des Révoltes Gobelines de la part d'Athéna, qui m'occupa durant toute la nuit du 25 au 26 Décembre, un kit de nettoyage de baguette de la part de Louis, qui semblait avoir compris que je pouvais être un vrai maniaque de la propreté, même si ma chambre était toujours un joyeux bordel. Claire m'avait offert un petit nid de fourmis. Elle m'expliqua comment ça marchait et je fus tout de suite fasciné, ayant la même passion qu'Athéna pour les bêtes de tout genre, généralement les moins ragoûtantes. Je notais particulièrement les conditions nécessaires pour transporter la colonie, bien décidé à les transporter jusqu'à Beauxbâtons. De ma famille j'avais reçu diverses choses, principalement des livres, mais le cadeau de Georges me fit sourire, en même temps que je le fusillais du regard. Il m'avait offert le tome 1 de Harry Potter, en me glissant qu'il avait trouvé le cadeau parfait jusqu'à mes dix-sept ans. Je soupirais un peu, mais promis que j'allais me forcer à les lire.

Enfin vint le jour du Nouvel-An. Bien sûr Louis avait été ravi d'accueillir Claire, il faut dire qu'elle avait fait forte impression sur mes deux amis qui, bien qu'ils ne l'aient vu que quelques jours, l'appréciaient beaucoup et me demandaient parfois de ses nouvelles. Au final, cela ne se passerait pas chez lui, sa mère ayant un empêchement de dernière minute, mais chez Athéna, puisque les parents de cette dernière passaient la soirée à la Régie de France. Outre nous quatre, il y avait également son frère et sa sœur. Son demi-frère passait la soirée avec des copains, sûrement dans un bar sorcier. Son père avait parlé d'amener quelques autres enfants de la haute-société mais Athéna avait refusé, peu convaincu que mêler les enfants snobinards des relations de son père à un Double-Lignage, un Issu-de-Moldu et une Moldue étaient forcément une bonne idée.

Comme les Elfes de Maison avaient préparé tout le repas, nous n'eûmes rien à faire, et je pus enfin rencontrer un de ces Elfes si étranges. D'après ce que me disait Athéna, les Elfes des Blancbaston étaient très bien traités et avaient même le droit à un jour de repos par mois. Je fis la grimace en pensant que c'était bien peu, mais elle présentait ça comme une avancée extraordinaire, alors je la crus sur parole. Claire eût un peu plus de mal à avaler la pilule, je savais que sa mère était syndiquée, mais elle ne dit rien, trop polie pour chercher des noises à son hôte. D'après ce que je compris du discours d'Athéna, les Elfes étaient mieux traités en France qu'ailleurs, la loi interdisant par exemple les châtiments physiques, qu'ils soient donnés ou auto-infligés.

« Au fait, dit Athéna avec un grand sourire, Laurent tu sais quoi ?

-Non.

-Eh bien des chercheurs australiens on travaillé sur un truc moldu qui s'appelle la Gégétique.

-Génétique, corrigeai-je par automatisme. Je sais ce que c'est.

-Oui, mais j'explique pour Louis. En gros, on a des Cormozomes dans notre corps, qui contiennent un code, celui qu'on appelle le code génétique ou ADN. Et c'est ce qui fait de nous des êtres différents. On a tous des gènes, des morceaux de codes différents. Par exemple, je suis rousse, parce que j'ai un gène de rousse que m'a donné ma mère. Mais j'ai les yeux bleus comme Laurent, donc j'ai les mêmes gènes que lui pour les yeux.

-C'est à peu près le concept, dis-je en souriant devant les erreurs qui feraient hurler un prof de SVT.

-Et, continue-t-elle, le chercheur australien, qui est un sorcier, a essayé d'étudier le gène de la magie. Et il l'a trouvé, ou plutôt il a prouvé qu'il existait.

-Bah c'est pas possible je réponds. Les gènes n'apparaissent pas par magie, et je suis sorcier, donc ça voudrait dire qu'au moins un de mes parents seraient sorcier.

-Mais si justement, s'exclame-t-elle. Parce que le gène magique est rétif, ça veut dire qu'il ne marche que s'il y en a deux dans le corps, un du père et un de la mère. Donc si un Cracmol par exemple a des enfants avec une moldue, il lui transmet ses gènes de la magie, et comme il y a beaucoup de Cracmols ou de sorciers qui ont des enfants avec des Moldus, au final il arrive que deux Moldus ont des enfants ensembles, alors qu'ils ont tous les deux le gène. Et du coup, il y a une chance sur quatre que leurs enfants soient des sorciers, qu'on appelle Issus-de-Moldus.

-Et les mariages mixtes ? Si le gène est récessif, normalement, Louis ne devrait pas avoir de pouvoirs.

-Ouais, il doit encore chercher de ce côté là et aussi pourquoi les Cracmols ne peuvent pas faire de magie s'ils ont des gènes de magie. Mais on est au moins sûr d'une chose, Laurent a des ancêtres sorciers des deux côtés de sa famille.

-Sérieusement, dis-je en riant. Faudra que je le dise à mes parents. Mais c'est quoi un Cracmol ?

-Un Cracmol est un sorcier né de deux parents sorciers, mais qui n'a pas de pouvoirs magiques. L'inverse d'un Issu-de-Moldu. C'est souvent considéré comme une honte chez les plus grandes familles, et beaucoup de Cracmols préfèrent rejoindre les Moldus que les Sorciers, pour la même raison que les Issus-de-Moldus rejoignent plus les Sorciers que les Moldus. »

Je vois que Claire n'aime pas du tout cette dernière information. Pour ma part, je digère toutes ces informations, ainsi j'aurais des ancêtres sorciers. A la fois chez ma mère et mon père. Hé mais...

« Attends, Athéna, dis-je soudain très excité, tu as bien dit que j'avais sans doute un Cracmol, c'est à dire une personne sans pouvoir magique rejetée par les Sorciers dans ma famille ? Et dans la famille de mon père plus précisément ?

-Ben oui. Pourquoi ?

-Attends, je t'explique. Mon père ne nous a jamais parlé de sa famille, pas une seule photo, pas un seul mot dessus. Il refuse de nous répondre quand on en parle, ou il dit juste qu'il est orphelin, et ma mère dit qu'il est comme ça depuis qu'elle l'a rencontré. Mon père est aussi hyper stressé au niveau du Secret Magique, alors que ma mère n'y comprend pas grand chose et que je m'en fous un peu. Mon père qui n'a pas du tout été surpris d'apprendre qu'il existait un monde magique. Il a été surpris que je sois un sorcier, mais j'avais jamais à lui expliquer quoi que ce soit. Ensuite, il réagit très mal dès qu'on parle de ma magie et me trouve bizarre.

-Tu veux en venir où m'interromps Louis. Je te suis pas !

-Mon père est un Cracmol rejeté par sa famille. Il connaît le monde magique parce qu'il y a vécu toute son enfance. Mais il ne l'aime pas, parce qu'on l'en a rejeté. Et du coup, il ne m'aime pas non plus, ou en tout cas il a un peu peur de moi parce que je lui rappelle des mauvais souvenirs. Et quand j'étais plus jeune, il savait que je faisais des trucs bizarres avec ma magie parce qu'il a vu ses frères et sœurs faire pareil, et que ses parents voulaient qu'il fasse pareil. Ça se tient, non ?

-Ah mais ouais, fait Claire. Donc ton père est un Cracmol. Et ta mère ?

-Nan, ma mère elle est une Moldue banale. Ça doit être un de ses grands-pères, ou plus loin. Tiens, ou...

-Quoi ?! Disent mes trois amis en même temps.

-Bah ma grand-mère dit qu'elle ne connaissait pas son grand-père maternel. Que la mère de sa mère s'était faite séduite un jour par un homme habillé bizarrement, puis qu'il était reparti. Ça pourrait être un sorcier non ?

-Mouais, c'est moins solide quand même. Mais remarque, ça se pourrait. Mais c'est pas important, ce qui est important, c'est pourquoi ton père n'a pas avoué qu'il était Cracmol, quand tu as dis que tu étais sorcier ?

-Parce qu'il en a honte, m'exclamais-je. Il n'aime pas la magie, et n'a pas envie de renouer avec sa famille parce qu'ils l'ont rejeté.

-Dis, fais Athéna, tu pourrais lui tirer les vers du nez non ? Et quand tu as un nom de famille ou quelque chose, je fouille dans les dossiers de ton père et je retrouve ta famille sorcière, ça te dit ?

-Ce serait génial, répondis-je avec un grand sourire. Merci beaucoup Athéna. Oh Merlin, il est presque minuit ! Allez, on prend tous un verre et on se souhaite bonne année !

-Bonne Année crions nous en cœur avant de nous embrasser. »

Nous fûmes cependant vite interrompus par un vieil elfe furibond qui nous reproche de faire trop de bruit, et que nous pourrions réveiller les petits. Athéna s'excuse pour nous tous et nous commençons à parler plus doucement. Au bout d'une heure, le même elfe revient et nous envoie nous coucher avec autorité. Je remarque vite que même si les elfes sont censé obéir à tous les ordres des sorciers, Athéna n'en mêle pas large devant celui qui a sûrement dû l'élevé, et je souris. Une fois chacun dans les lits rajoutés par les elfes dans la chambre d'Athéna, nous nous endormons rapidement pour nous réveiller vers dix heures. Claire et moi repartons après un rapide brunch, raccompagnés par Messire de Blancbaston que je remercie chaleureusement.

Une fois Claire repartie chez elle, je rassemble tout mon courage pour affronter mon père. Je commence par lui exposer les arguments génétiques de Athéna, mais surtout les découvertes que j'ai faite moi-même. Puis je finis par lui dire carrément ce que je pense.

« Papa, je sais que tu es un Cracmol.

-Mais qu'est-ce que tu racontes ! Des élucubrations d'une gamine de onze ans et le fait que je suis orphelin, et tu en déduis n'importe quoi. Tu as une trop grande imagination Laurent, je te le dis tout le temps.

-Non. Tu le dis tout le temps à Georges. Moi je suis celui qui ne réfléchit qu'en termes scientifiques et logiques. Du moins je l'étais jusqu'à cet été.

-Ca ne change rien, tu racontes quand même n'importe quoi. Moi, un Cracmol. Qu'est-ce qui te passe par la tête. Allons voyons, c'est insensé.

-Papa, fais pas l'enfant, reconnais que j'ai deviné juste. Sinon, j'en parle à tout le monde.

-Mais vas-y, passe pour un cinglé devant tout le monde, je m'en lave les mains. »

Soupirant, je pars du bureau de mon père pour me réfugier dans celui de ma mère. Elle écoute mon histoire un moment, et un moment je crois qu'elle va me rembarrer elle aussi. Mais elle réfléchit un peu et fini par acquiescer.

« Ouais, ça explique beaucoup de choses. Écoute, je vais parler avec ton père, et on verra bien, d'accord ? Moi je le ferais peut-être changer d'avis. »

Je hoche la tête, et je repars vers ma chambre, où j'observe un peu mes fourmis. J'entends alors un hibou toquer à la fenêtre, fermée parce qu'on est en hiver quand même, et j'ouvre précipitamment. Je reconnais Antigone, le hibou préféré de Athéna dans la volière de son père et lit rapidement la lettre qu'elle m'envoie.

Laurent,

J'ai un peu parlé avec mon père, mais il n'a trouvé aucun Horace Eliham dans la liste des Cracmols des cinquante dernières années. Je te tiens au courant si on trouve quelque chose.

Bisous, Athéna.

Je lui retourne le hibou en l'informant que j'ai également fait chou blanc, et en lui demandant de remercier son père pour moi. Puis je donne un peu de viande à Minerve, qui n'a pas semblé apprécier le passage du hibou chez elle. Je la connais, elle est très jalouse. Puis je reprends mon livre sur les Révoltes Gobelines que je relis pour la deuxième fois. Je souris un peu en pensant que je préfère relire un traité historique sur un événement vieux de plusieurs siècles plutôt que le roman pour jeunesse le plus populaire de la décennie. A peine ais-je fini le premier chapitre, j'entends des cris dans la cuisine et je sors de ma branche pour mieux entendre mes parents se disputer. Apparemment ma mère a décidé de venir interroger mon père tandis qu'il préparait le dîner.

« HORACE, hurle-t-elle, JE SAIS QUE TU ME CACHES QUELQUE-CHOSE ! AIES AU MOINS LA DECENCE DE L'ADMETTRE !

-MAIS LAISSE MOI TRANQUILLE ! TON FILS EST UN MENTEUR QUI RACONTE N'IMPORTE QUOI ! JE N'Y PEUX RIEN !

-N'INSULTE PAS MON FILS ! TU ES LE MENTEUR ! DIS MOI QUI TU ES REELLEMENT, ET JE TE LAISSERAIS EN PAIX ! N'AI-JE PAS LE DROIT DE SAVOIR AVEC QUI JE VIS DEPUIS TRENTE ANS ?! »

Regrettant aussitôt ma curiosité, je me réfugie dans la chambre de mon frère, voisine de la mienne, où il se cache avec Amina. Mon frère n'a jamais aimé les orages et se réfugie toujours dans la sécurité de sa chambre quand ça tonne dans la maison.

« C'est de ma faute, murmurai-je pâle comme un mort, je n'aurais jamais dû asticoter Papa.

-Mais non, me rassure mon frère, tu n'y es pour rien.

-Mais si, j'insiste, c'est moi qui suis allé faire chier Papa, puis j'ai dit à Maman que Papa nous cachait des choses, et maintenant ils s'engueulent.

-Laurent, répond mon frère avec un sourire triste, Papa et Maman s'engueulent à propos de ça depuis que tu es parti dans ton école.

-Comment ça ?

-Maman est persuadée que Papa lui cache quelque chose. En fait, je suis même sûr qu'elle a des soupçons depuis qu'ils sont ensembles. Simplement... elle essayait de ne pas s'engueuler devant toi, parce qu'elle ne veut pas te faire peur.

-Georges... tu crois qu'ils vont divorcer ?

-Je... je ne sais pas Laurent. Si seul Maman était en cause, je dirais que non. Elle pense que tu es trop jeune et que même si son couple bat de l'aile depuis un an ou deux, il faut qu'elle tienne jusqu'à que tu puisse endurer un divorce. Par contre, Papa... tu sais comment il est, il risque de faire quelque chose qu'il regrette. Allez vient, frérot, on va attendre ici que ça s'arrange. »

Je hoche la tête et essaye d'ignorer la dispute qui retentit. Mais Maman hausse encore le ton, je ne pensais pas que c'était possible, et ses mots arrivent jusqu'à nous par bribes. N'y tenant plus, j'ouvre la porte pour pouvoir comprendre ce qu'ils disent. J'ai toujours été comme ça, l'inconnu me fait plus peur que n'importe quoi. Georges grimace un peu, mais lui aussi veut écouter, je le sens. Mais je n'entends pas grand chose, Maman hurle qu'elle lui faisait confiance, et Papa dit que c'est pas ses affaires. Puis, j'entends la porte d'entrée claquer et le silence tombe, encore plus effrayant que les cris.

Je descends doucement l'escalier et je vois Maman sur le canapé. Un moment, je pense qu'elle pleure et je m'approche d'elle, mais elle est simplement en train de réfléchir. Elle me sourit et me prends dans ses bras.

« Je suis désolé Laurent, je ne voulais pas te faire peur.

-Papa est parti ?

-Oui.

-Pour... toujours ?

-Je ne sais pas. Il peut aller passer une nuit à l'hôtel et revenir en s'excusant. Ou il peut décider de revenir uniquement pour prendre ses affaires et me donner l'horaire du rendez-vous chez l'avocat. Je suis tellement désolé, mon chéri, j'aurais voulu t'éviter ça.

-Je sais, Georges me l'a dit. Mais ne t'en fais pas Maman, je saurais tenir.

-C'est bien, dit-elle en souriant. Bon allez, je vais finir le repas, remonte dans ta chambre, je vous appelle dans une heure. »

Je remonte en silence, et je croise Lucie dans l'escalier. Je lui confirme rapidement que Papa est parti, puis je monte dans ma chambre pour écrire une longue lettre racontant tout ce qu'il s'est passé. Je l'adresse à Claire et envoie Minerve en lui disant de faire très attention. Je sais que je ne devrais pas faire ça, mais je n'ai aucune envie d'envoyer la lettre à Tours pour qu'elle prenne la poste moldue alors que Claire habite à l'autre bout de la rue. Ce n'est pas la première fois que je le fais, mais Minerve est suffisamment petite pour ne pas être remarquée. La réponse me vient juste avant de devoir aller manger, Claire me dit qu'elle viendra demain, à la première heure. Je la remercie mentalement et descend manger.

L'atmosphère est un peu lourde durant le dîner, mais moins pire que je ne le pensais. Malgré mon assurance, je suis le plus affecté par tout ce qui arrive, sans doute parce que tout me tombe dessus le même jour alors que ça pendait au nez de Maman, Lucie et Georges depuis des mois. Je me couche en silence et rapidement, mon intérêt pour les Révoltes Gobelines grandement diminué. Le lendemain, je me réveille très tôt pour pouvoir accueillir Claire. C'est moi qui lui ouvre, à huit heures du matin, et je lui raconte tout ce qu'il s'est passé. Alors qu'elle allait me répondre pour me réconforter, j'entends la clé dans la serrure, puis je vois la porte d'entrée s'ouvrir et Papa entre. Il semble surpris de me voir, et ne sait pas vraiment comment réagir.

« Papa ! Tu reviens ?

-Eh bien... Laurent, je suis désolé, je ne pense pas rester. Je voulais juste voir ta mère, et reprendre mes affaires. Je ne pense pas pouvoir rester plus longtemps, ici...

-Horace, ma mère descend l'escalier. Tu vas bien ?

-Très bien Sylvie. Je... je viens récupérer mes affaires. Je quitte cette maison. Mais avant, j'aimerais avoir une petite discussion avec toi et Laurent. J'ai amené des croissants ajoute-t-il en montrant un sachet taché de gras.

-Tu sais où est la cuisine, répond simplement Maman. On te suis. »

Mon père lance un regard vers Claire mais moi et Maman hochons la tête. Elle reste, elle aussi elle a besoin de savoir. Et de toute façon, je lui raconterais tout. Nous nous installons autour de la table et Papa nous donne des croissants, tandis que Maman prépare chocolat et café. Une fois devant n solide petit-déjeuner, Pape commence à raconter.

« Je suis désolé d'avoir menti. De t'avoir caché la vérité Sylvie. Je veux juste que tu saches que je t'aime, et que je ne m'en vais pas à cause de toi. Ni à cause de toi, Laurent, ajoute-t-il. Ce n'est pas votre faute, c'est simplement une malédiction.

-La magie, dis-je, c'est ça ?

-Oui. Je ne suis pas français reprend-il, mais anglais. Je m'appelle en réalité Orion Nott, et je suis issu d'une des familles les plus pures d'Angleterre. Cela signifie que presque tous mes ancêtres sont des sorciers, mon père dirait même que tous mes ancêtres sont des sorciers. Comme vous le savez, je suis né en 1965. A cette époque, il y avait une... guerre chez les sorciers anglais. Je n'y ai jamais compris grand chose, mais globalement, le Seigneur des Ténèbres, un puissant mage noir terrorisait le pays et tuait de nombreux Moldus mais aussi tous les sorciers impurs. J'étais le plus jeune de quatre frères, et mes parents se sont vite aperçu que je n'avais aucun don magique. Et quand je n'ai pas reçu ma lettre pour Poudlard, l'école de magie des Anglais, mon père m'a infligé une sévère correction.

Ils m'ont cependant autorisé à rester chez eux et ont prétexté que j'étais malade. Je suis resté quatre ans, supposément alité, caché aux yeux de tous. Mes parents, et ma famille en général était du côté du Seigneur des Ténèbres, Oncle Théodore était même un de ses plus fidèles serviteurs. Durant tout ce temps, j'ai été méprisé, maltraité, par mes parents mais surtout par mes frères. Et finalement, vers l'âge de quinze ans, je me suis enfui de chez moi en volant de l'argent, et je me suis réfugié en France. Là, je suis passé dans le monde Moldu et en quelques mois j'avais appris le français et les coutumes moldues. J'ai fini par faire des études de médecine où je t'ai rencontré Sylvie, et je me suis décidé à complètement oublier cette histoire. Mais ça a fini par me rattraper, bien sûr.

Maintenant, je voudrais que vous me compreniez bien, Laurent et Sylvie. Je vous aime profondément tous les deux, Sylvie tu es l'amour de ma vie, ma lumière, Laurent tu es la chair de ma chair. Vous êtes tous les deux les êtres les plus chers que j'ai au monde, avec Georges et Lucie. Si je pars de cette maison, ce n'est pas pour vous faire du mal, ni par ce que je ne vous aime plus. C'est parce que voir Laurent devenir un sorcier, c'est... trop pour moi. Tes amis me rappellent mes parents, même si je sais que Athéna ne pense pas du tout comme eux, tu me rappelles ce que je n'ai jamais eu, et la raison pour laquelle mes parents me détestaient. Je ne peux pas rester avec vous.

-Tu vas faire quoi, alors ? Demande ma mère.

-Je ne sais pas. Je ne pense pas quitter la ville, j'ai un boulot ici. Je vais sûrement prendre un petit appartement tout seul, et vous pourrez venir me voir, d'accord ? Sylvie, si tu veux prononcer un divorce, je l'accepterais, mais je t'aime toujours. Je sais que je suis profondément égoïste de vous infliger ça...

-Papa dis-je en lui coupant la parole, tu n'es pas égoïste. Tu es traumatisé par le monde magique, je comprend ça tout à fait. Si tu avais été comme tes parents et que tu m'avais maltraité ou enfermé parce que j'étais un sorcier, moi aussi j'aurais haï le monde Moldu et je refuserais de m'en approcher. Ne t'en fais pas, on comprends. Dis-moi juste, est-ce que je pourrais te rendre visite ? De temps en temps ?

-Bien sûr Laurent ! Je veux vraiment te voir, et je serais toujours là pour les fêtes de famille, et tout ça. C'est juste que... j'aimerais beaucoup que tu ne fasses rien de magique avec moi.

-Ne t'en fais pas, le rassurais-je aussitôt, je viendrais en bus et promis ma baguette restera à la maison. Moi aussi je t'aime, et je suis vraiment désolé qu'on soit obligé d'en arriver là.

-Et tes collègues, intervint doucement ma mère, mes parents. On dit quoi à ceux qui nous connaissent ? Horace je suis désolé de dire quelque chose comme ça, mais...

-Ne t'en fais pas Sylvie, j'y ai pensé aussi. Je ne veux pas vous mettre dans l'embarras. Je vais simplement dire que l'on se sépare à l'amiable, que notre couple battait un peu de l'aile, mais qu'on décide de rester amis. Après tout, ajoute-t-il, après un temps d'arrêt, ce n'est pas vraiment un mensonge.

-Oh Horace, je suis désolée, reprend ma mère en pleurant, je sais que je n'ai pas été très sympa avec toi.

-Ce n'était pas un reproche, j'ai aussi ma part de responsabilités. J'ai détruit notre couple avec mes secrets.

-Et moi je n'aurais pas dû m'immiscer autant dans tes affaires. Tu veux vraiment qu'on reste amis ?

-Bien sûr. Je te l'ai dit, je t'aime, même si ce n'est plus la même chose qu'avant. »

Tout doucement, je me levai de mon siège et montai dans ma chambre, suivi de Claire. Je sais que mes parents ont plein de trucs à se dire, et je ne veux pas m'immiscer dans leur conversation. En chemin pour ma chambre je croise Lucie qui vient de se réveiller et je l'entraîne dans ma chambre. Je toque ensuite doucement à la porte de mon frère qui, une fois n'est pas coutume, dort seul. Il me suit dans ma chambre et je raconte alors les révélations de mon père et ce qu'il a décidé. Comme je m'en doutais, ils sont plus surpris par les révélations de mon père que par la séparation des parents. Nous restons dans ma chambre jusqu'à ce que les parents nous appellent, et ils nous accueillent avec des sourires tristes, mais ensemble.

« Mes chéris, commence Maman, votre père...

-Je leur ai tout dit Maman, et vous vous avez décidé quoi ?

-Ah, très bien. Votre père et moi, nous avons décidé de nous séparer. Ce ne sera sans doute pas provisoire. En fait, nous allons divorcer en bonne et due forme, tout simplement. J'espère ne pas vous faire trop de peine, et je peux vous assurer que rien n'est de votre faute, même toi Laurent. Cela fait quelques mois, voire quelques années que ça ne va plus fort entre nous, mais on s'entend encore très bien, et il n'y a aucun problème à ce propos.

Nous avons aussi décidé que nous allions assumer une garde partagée de vous trois. Enfin vous deux, Georges tu ne comptes presque plus, bien sûr. En période scolaire, ce sera une semaine sur deux, dès que votre père aura une situation stable. Et nous nous partagerons les vacances équitablement, en essayant de vous garder ensemble la majeure partie du temps. Ça vous convient j'espère ?

-Oui, répondis-je. Papa, ça ne va pas être trop dur de me garder ? Parce que... je ne sais pas si je vais vraiment pouvoir cacher toute cette magie, enfin...

-Laurent, je ne te demanderais rien si tu ne t'en sens pas capable. Mais j'aimerais beaucoup t'avoir quelques jours avec moi. Par exemple, c'est ta mère qui s'occupe de te prendre à Tours, et de t'y ramener. Et tu restes quelques jours avec elle et tu ne viens chez moi sans aucun équipement magique. Mais si c'est trop dur pour toi, je comprends tout à fait, tu es un sorcier, c'est ta nature la plus profonde et je n'y peux rien. Comme tu l'as dit, je ne suis pas mes parents.

-Promis Papa, je ferais un effort. De toute façon, c'est pas comme si je faisais grand chose de spécial à la maison à part mes devoirs. Et bien sûr, je n'inviterais pas mes amis chez toi, t'en fais pas. »

Nous parlâmes encore un peu de ce que ça allait changer dans nos vies, puis Maman alla préparer le repas et Papa proposa aussitôt de l'aider. J'invitais alors Claire à venir dans ma chambre, pour y jouer un peu en attendant. Nous avons un peu parlé aussi, elle était très triste pour moi et mon père, mais surtout flattée que nous l'ayons accueillie comme si elle faisait partie de la famille. Mais je savais bien que c'était le cas, surtout depuis que j'étais entré à l'Académie. Elle venait si souvent et était si proche de moi que mes parents ne pouvaient pas l'ignorer ou la traiter comme une simple amie. Surtout ma mère qui avait toujours été une fine psychologue.