Deuxième chapitre, nous voilàà!

Je tiens déjà à tous vous remercier pour l'accueil que vous avez réservé au premier chapitre. Ça m'a fait très plaisir, et ça m'a confortée dans l'idée de poursuivre et de poster ici. Merci pour vos reviews! J'espère que cette suite répondra à vos attentes.

Vous avez su trouver le bouton magique la dernière fois, je vous fais confiance pour retrouver sa route une fois votre lecture terminée ;)

Un GRAND merci aussi à ma bêta, pour ses relectures, conseils, avis, coups de pied au derrière pour que je poste, et tout le reste... (Faut pas le dire trop fort, mais elle avait encore raison...) Merci Korrigane!


candice : Ta review m'a retournée... je ne m'attendais pas à retrouver une ancienne lectrice ici! J'espère que cette nouvelle fic te plaira tout autant que les précédentes. On n'en a pas fini avec la culpabilité d'Antoine haha!

Celine.M : Merci beaucoup :) Je souhaite que la suite te plaise tout autant.

Guest 1 : Je commence fort? Tu n'as encore rien vu xD Quelques réponses dans ce chapitre...

Alexandra : Merci pour la review, j'espère que la porte que je vais ouvrir te conviendra ;)

Guest 2 : Merci!


Chapitre 2

Réunion de famille.

Samedi 15 octobre 2016 - 11h.

Le silence régnait dans l'habitacle de la voiture. Emma avait le visage tourné vers la fenêtre. Les cheveux en bataille, les yeux rouges, elle était avachie dans le siège passager. À ses côtés, Antoine tentait de se concentrer sur sa conduite. Difficilement. Un peu plus tôt, la jeune fille l'avait rejoint au chevet de Candice. Il l'avait laissée quelques minutes seule avec sa mère, puis tous deux avaient pris la route direction la maison Renoir. En silence.

- Tu as pu dormir un peu cette nuit? tenta le capitaine.

- Non… répliqua Emma, de loin.

- Tu as réfléchi à ce que tu vas dire à tes frères? continua-t-il après une courte pause.

Cette fois elle tourna son visage en sa direction.

- Je vais leur expliquer… que maman a eu des ennuis hier soir… au travail… et qu'elle est à l'hôpital, bredouilla-t-elle.

La voiture s'immobilisa à un stop. Dumas lança un rapide coup d'œil à la jeune brune, songeur, puis passa la première et redémarra.

- Ils ne savent pas que ta mère était de repos hier soir?

- Elle avait dit qu'elle était d'astreinte ce week-end. Que toute l'équipe était d'astreinte. Que vous alliez en profiter pour boucler votre affaire en cours.

Antoine la regarda. Tous deux savaient désormais que Candice avait menti. Juste avant qu'Emma ne se tourne de nouveau vers la vitre, il vit une larme couler sur sa joue. Elle la dissimula en passant une main sur son visage, dans un geste brusque. La douleur de l'aînée de la fratrie transpirait et ne venait que s'ajouter à celle qu'Antoine ressentait déjà. Il aurait aimé pouvoir au moins apaiser celle de la jeune fille.

- Il va y avoir une enquête… on va sûrement venir fouiller votre maison… les garçons vont vite comprendre que quelque chose n'est pas normal, expliqua-t-il.

- Alors je vais leur dire…

Elle s'arrêta. Elle avait commencé sa phrase sans savoir comment la finir. Elle ne voulait pas leur dire la vérité. Elle ne désirait pas les inquiéter. Elle voulait jouer son rôle d'aînée et protéger ses frères, aussi longtemps que possible. Mais Antoine avait raison. La situation était grave. Un petit mensonge ne suffirait pas. Elle désespérait. Elle prit une grande inspiration, ferma les yeux et tenta de se calmer.

Respire. Réfléchis. Prends du recul. Tu vas trouver une solution. Il faut justifier l'absence de maman à la maison hier soir, et son hospitalisation. Il faut leur faire comprendre que la situation est sérieuse, sans pour autant les alarmer. Respire. Réfléchis. Il y a une solution.

- Je vais leur dire… reprit Emma en relevant la tête.

Dumas lui laissait le temps d'éclaircir sa pensée. Ils étaient arrivés, il avait garé la voiture juste devant l'entrée du jardin. Mais il donnerait à Emma tout le temps dont elle aurait besoin, avant de descendre du véhicule. Il coupa le moteur, et elle sembla seulement remarquer où ils se trouvaient.

- Je ne sais pas Antoine, finit par lâcher la jeune fille d'une voix chevrotante, en se tournant vers lui.

- Tu vas trouver, ne t'inquiète pas. Quand tu seras avec eux, tu sauras donner la bonne explication. Et je suis là. Fais toi confiance.

Elle acquiesça d'un signe de la tête, puis quitta la voiture. Tenant sa besace d'une main, elle avança d'un pas hésitant. Il la talonnait de près, craignant qu'elle ne s'effondre ou ne rebrousse chemin avant d'avoir passé la porte. Mais il reconnut bien en elle les gènes de Candice. Il la vit prendre une grande inspiration et se donner bonne figure avant de déverrouiller la porte. Antoine ne reconnut pas la jeune fille qui passa le seuil. Il ne pouvait dire où elle était allée puiser cette vigueur retrouvée, mais en apparence elle était méconnaissable. Il referma la porte derrière eux, tandis que des pas se faisaient déjà entendre dans l'escalier.

- Ah bah te voilà, je t'ai cherchée partout! Il fallait quelqu'un pour promener le chien, l'accueillit Jules. T'as passé la nuit chez Fabio?

- Haha… rétorqua Emma. Merci frérot, de penser à moi uniquement quand il faut sortir le chien.

Elle posa sa besace sur une chaise de la salle à manger.

- Les jumeaux dorment encore?

- Non, c'est eux qui ont sorti Fun, répondit Jules en apercevant le capitaine. Antoine? s'étonna-t-il, tout en lui tendant la main. Qu'est-ce qui t'amène?

- Emma va t'expliquer, répondit sobrement ce dernier.

- Léo! Martin! Lâchez votre console! Réunion de famille dans la salle à manger. Tout de suite!

Le message avait dû être clair, car Antoine les entendit aussitôt débouler dans l'escalier. Les deux plus jeunes s'étonnèrent eux aussi de la présence du collègue de leur mère, mais l'aînée intima à tout le monde de s'asseoir autour de la table. Dumas préféra rester en retrait, adossé au bar qui séparait la pièce à vivre de la cuisine. Emma cependant tourna la tête vers lui, et il comprit à son regard qu'elle avait besoin de lui autour de la table. Il tira une chaise et s'assit à côté de Jules, face aux jumeaux. Sa présence et la solennité du moment avait fait disparaître toute trace de sourire sur les visages adolescents.

- C'est quoi le blèm? Questionna Léo.

Emma se mordilla les lèvres, puis commença. Elle sentait que chaque seconde supplémentaire ne ferait qu'accroître l'inquiétude de ses frères. Tant pis, elle improviserait.

- C'est Maman… elle est à l'hôpital.

- Pourquoi? demanda le plus grand d'entre eux.

- C'est grave? continua Martin.

- Pour le moment, on attend qu'elle se réveille. Les médecins n'ont pas dit grand chose.

- Comment tu sais ça? Tu étais où cette nuit? Qu'est-ce qu'il s'est passé? l'asséna Jules, surprenant tout le monde.

La brune vint puiser la force qui lui manquait dans le regard d'Antoine, qui lui fit un geste de la tête pour l'encourager à continuer. Il avait confiance en elle, elle allait trouver les bons mots.

- En fait maman ne travaillait pas hier soir.

- Elle était pas d'astreinte? demanda Martin en se tournant vers le capitaine.

- Non, on était de repos ce week-end, expliqua-t-il.

- Elle nous a menti? continua Léo en regardant Emma cette fois.

- Non, maman ne nous a pas menti… pas vraiment, reprit l'aînée. Elle est bien allée travailler, elle a voulu continuer d'avancer sur une enquête en cours, toute seule, elle avait une piste. Vous savez comment elle est… inventa Emma.

- Et? l'interrogea Martin, pendu aux lèvres de sa sœur.

- Et… ça a mal tourné… elle s'est faite agresser.

- Comment tu sais ça? Pourquoi elle y est allée seule si c'était si dangereux? questionna Jules.

Emma déglutit. Il avait le don de poser les questions qu'il ne fallait pas. Il était plus grand, plus perspicace que les jumeaux.

- Maman m'a appelée hier soir. Elle a dû avoir un mauvais pressentiment… elle était partie directement de la BSU, sans la voiture qui était restée là. Elle m'a demandé de venir la chercher, elle m'a simplement dit qu'elle s'était retrouvée coincée sans moyen de transport pour le retour… seulement la conversation a coupé avant qu'elle ne me dise où elle se trouvait.

La jeune fille prit le temps d'observer ses frères avant de poursuivre, afin de s'assurer qu'ils suivaient ses explications, et que son mensonge tenait la route.

- J'ai senti qu'il y avait quelque chose de louche… je ne peux pas vous expliquer quoi… J'ai essayé de la rappeler mais plus personne ne décrochait, je tombais directement sur le répondeur à chaque fois. Alors j'ai tout de suite appelé Antoine, qui m'a aidé à la retrouver. Et on a bien fait, car entre temps maman s'était faite agresser, finit-elle en se tournant vers Dumas qui lui sourit doucement.

Cette explication était plausible. Emma avait fait le choix du demi-mensonge, comme Candice les appelait. Elle ne s'était pas trop éloignée de la vérité, l'avait simplement déguisée, maquillée, pour qu'elle soit plus jolie à regarder du point de vue de ses frères. Elle avait laissé dans le silence les parties plus sombres de l'histoire, le fait que Candice n'avait pas été agressée au hasard, qu'elle n'était pas sortie pour avancer sur une enquête hier soir, que cela faisait quelques temps qu'Emma s'inquiétait pour sa mère et prêtait une attention particulière à son comportement, que la conversation téléphonique entre Candice et Emma ne s'était pas déroulée ainsi, et plus encore.

- Elle va s'en sortir? reprit Léo.

- Normalement, oui. Mais ça risque de prendre un peu de temps…

Pour la suite, l'aînée des Renoir se reposa sur Antoine, comme elle le lui fit comprendre dans un regard. Elle était allée au bout de ses forces.

- Elle est arrivée à l'hôpital dans un état grave hier soir, mais les médecins se sont bien occupés d'elle. Elle est dans un léger coma pour le moment, elle devrait se réveiller dans les heures ou les jours qui viennent. Elle a pris un violent coup sur la tête, c'est normal selon les médecins qu'elle reste inconsciente pour l'instant. Ils vous expliqueront mieux que moi. Mais ne vous en faites pas, ça va aller. Ça prendra peut-être un peu de temps, mais elle va s'en remettre. Elle en a vu d'autres, elle est solide! conclut Antoine, pour essayer d'alléger un peu l'atmosphère.

Le capitaine avait vu les visages se crisper à mesure de ses explications. Jules tentait de garder son air d'adolescent blasé quelque soit la situation, mais Dumas devinait aisément son anxiété croissante. Il était suffisamment grand pour mesurer l'ampleur des blessures de Candice. Les émotions qui traversaient les jumeaux étaient plus facilement décryptables sur leurs visages, même s'ils luttaient pour les canaliser. Ils connaissaient peu Antoine, et ils étaient attachés à leur image de durs à cuire.

- On peut aller la voir? demanda quand même Léo.

Antoine sentit toute l'attention des garçons se porter sur lui.

- Oui. Je suis venu vous chercher pour vous conduire à l'hôpital. Mais votre mère est fatiguée et doit se reposer, donc vous ne pourrez pas rester très longtemps.

Ils acquiescèrent d'un signe de la tête, mais personne ne bougea de sa chaise. Emma laissait Antoine prendre la situation en main. Il arrivait à la partie plus délicate.

- Avant de partir, ce serait bien que vous alliez préparer quelques affaires parce que vous ne pourrez pas revenir ici tout de suite. Avec Chrystelle et Medhi on va enquêter pour mieux comprendre ce qu'il s'est passé, et on va sûrement devoir fouiller un peu la maison. Et puis Candice va rester hospitalisée plusieurs jours, vous ne pouvez pas rester seuls ici tous les quatre, même si vous êtes grands. On va appeler votre père pour qu'il vous prenne en charge le temps qu'il faudra.

- Jusqu'à ce qu'on puisse revenir chez nous… demanda Martin.

- Parce que chez papa c'est pas chez nous? rétorqua aussitôt Léo. Il va être content d'entendre ça!

- Mais non, c'est pas ce que j'voulais dire imbécile. Je voulais dire jusqu'à ce que maman soit guérie.

- Bah c'est pas c'que t'as…

- Les jumeaux on se calme! intervint aussitôt Emma avant que la situation ne s'aggrave. On est tous sur les nerfs, mais c'est pas pour autant qu'on doit s'en prendre les uns aux autres, expliqua-t-elle pour calmer le jeu.

Antoine admira l'effet immédiat de son intervention. Elle savait trouver les mots et le ton justes avec ses frères pour se faire de suite entendre et respecter.

- Est-ce que vous avez autre chose à dire tant qu'on est tous là? reprit l'aînée.

Ils balancèrent un à un leur tête de gauche à droite.

- Alors chacun va faire son sac pour passer la semaine chez papa. On n'oublie rien, on pense aux chaussettes et aux brosses à dents. On se retrouve ici dans dix minutes. Ok?

- Ok, répondirent en chœur les jumeaux.

- Ok. Qui s'occupe d'appeler papa? Il est déjà au courant? questionna Jules en regardant sa sœur.

- Non, pas encore. Je m'en charge, soupira Emma. Toute cette situation est un peu plus claire pour moi que pour vous pour l'instant.

- Et le chien?

Tous les regards se tournèrent vers Martin, qui avait posé la question, puis vers Fun, qui ronflait au soleil sur le tapis du salon. Antoine fit marcher ses neurones à grande vitesse.

- Il va aller chez Medhi. La maison de son père a un jardin, et ses petits frères vont être ravis d'avoir un compagnon de jeu pour la semaine. Ils s'occuperont bien de lui.

L'idée sembla convenir à toute la tribu, qui acquiesça puis quitta la table sans chahut. Chacun se dirigea vers l'étage afin d'empaqueter quelques affaires, dans un silence qui n'avait rien d'habituel. Antoine les suivit du regard. Il ne fallait pas qu'il oublie de parler du chien à Medhi.


À peine deux sonneries, et déjà elle décrochait.

- Antoine?

- Salut Jenn', je ne te réveille pas?

- Euh… non… il est juste onze heures du matin…

Sur la terrasse, adossé contre la baie vitrée, le regard perdu sur le ressac de la Méditerranée, Antoine grimaça.

- Excuse moi, j'ai un peu perdu la notion du temps…

- Je m'en étais aperçu! D'habitude tu prends au moins le temps de m'envoyer quelques messages quand tu pars en planque. Histoire que je ne m'inquiète pas trop et que je sache quand tu rentres… là rien depuis que tu nous as quittées en quatrième vitesse hier soir…

Antoine serra les dents. La situation était déjà tendue avec Jennifer depuis le début de la semaine… sa disparition subite de la veille n'avait en rien arrangé les choses.

- Excuse moi. Tout ne s'est pas déroulé comme prévu, tenta-t-il pour apaiser la conversation. Comment s'est passée la nuit? Ça a été avec Lola?

- Bien. Elle ne s'est réveillée qu'une fois vers cinq heures. Là elle dort. Je lui avais mis le pyjama gris que ta mère lui a offert, mais elle a passé son temps à pleurer et à essayer de se gratter, alors je lui ai retiré et je lui ai remis le jaune. Il faudra quand même le dire à ta mère Antoine, elle ne voit que la marque quand elle achète. Ce serait bien qu'elle pense à tâter le tissu un peu, elle comprendrait vite que, souvent, ce qu'elle offre à Lola, c'est juste pas possible… Surtout du haut de ses deux mois tout juste…

Antoine quitta la baie vitrée et commença un va et vient sans but sur les lattes grises de la terrasse. Il était déjà assez tendu comme ça depuis hier soir, Jennifer ne choisissait pas le bon moment pour remettre le sujet de sa mère à l'ordre du jour.

- Jenn'… je t'ai déjà dit, elle veut juste faire plaisir… et puis on n'est pas obligé de les mettre à Lola…

- J'ai l'impression que ta mère le sait quand on ne se sert pas de ce qu'elle nous offre, c'est comme ça. Tu m'avais dit que tu lui parlerais.

- Oui, soupira Antoine, je le ferai.

Silence au bout du fil, elle était arrivée au bout de ses véhémences. Il allait enfin pouvoir rentrer dans le vif du sujet.

- Tu rentres quand? Vous avez fini de planquer?

L'occasion rêvée, pensa-t-il.

- Oui et non… je ne suis pas prêt de rentrer Jenn'. Ça a mal tourné hier soir… Candice est à l'hôpital…

Un instant de vide, puis la voix de Jennifer reprit. Une main sur les cervicales, Antoine s'immobilisa face à la mer.

- Qu'est-ce qui s'est passé? C'est grave? Elle va bien? Tu m'appelles de l'hôpital?

- Non, là je suis chez Candice, je suis allé prévenir ses enfants, qui ne savaient pas encore. Jenn', je ne t'ai pas dit la vérité hier soir, je ne voulais pas t'inquiéter avant d'en savoir plus… commença Antoine.

Ou plutôt je voulais partir le plus rapidement possible et je ne voulais pas que tu me retiennes avec mille et une questions, ou que tu me dises que je faisais encore passer mon boulot avant notre famille, songea le capitaine.

- C'est Emma qui m'a appelé hier soir pour me dire que Candice avait des ennuis, reprit-il, je n'étais pas en planque. L'équipe et moi on a passé la nuit à trouver Candice, gérer les embrouilles dans lesquelles elle s'est fourrée, l'accompagner à l'hôpital… et c'est pas fini, on a ouvert une enquête, c'est moi qui en ai la charge. Je ne pense pas rentrer, sauf en coup de vent, tant que toute cette histoire ne sera pas bouclée.

- Tu as une idée du temps que ça va vous prendre? demanda Jennifer. Candice est dans quel état?

- Elle… on l'a trouvée inconsciente, au milieu de la nuit, et elle l'est toujours.

Antoine passa sous silence les quelques secondes durant lesquelles Candice avait rouvert les yeux, rien qu'un instant, dans l'ambulance.

- Je n'ai aucune idée du temps qu'il va nous falloir pour comprendre ce qu'il s'est passé hier soir et comment on en est arrivé là, pour l'instant on est dans le flou total, et apparemment ce qu'a subi Candice était tout sauf du hasard. Donc on a du boulot. Et elle… elle est dans le coma… c'est grave… Elle a une commotion cérébrale, une côte fêlée, une entorse de la cheville, pas mal d'hématomes… des traces d'étranglement… enfin… on attend qu'elle se réveille pour en savoir plus…

- Et vous savez dans combien de temps elle va reprendre connaissance?

- Non… quelques heures… quelques jours, les médecins n'osent pas trop se prononcer dans ces cas-là.

- Je vois… Donc tu ne rentreras pas aujourd'hui?

- Non. Je passerai sûrement ce soir pour prendre une douche et embrasser Lola avant que tu la couches.

Antoine entendit un soupir au bout du fil.

- Je suis désolée Jenn'… je sais ce que j'ai dit… que j'ai promis d'être plus présent… de davantage m'investir avec toi… de ne pas être là que pour Lola… Mais ça tombe mal. Là les événements nous dépassent, je n'ai pas le choix, se justifia-t-il en se remettant à tourner en rond sur la terrasse.

- Oui, concéda Jennifer. Comme tu dis, ça tombe mal…

- Crois moi je préfèrerais que ça se déroule autrement.

- Je me doute, répondit Jennifer, d'un ton qui laissa Antoine perplexe. Bon, va bosser, Candice préfèrerait que tu rattrapes celui qui lui a fait ça. Et tu rentreras plus vite.

- J'y vais. Je vous embrasse.

- Nous aussi. Fais attention à toi.

Antoine raccrocha et rangea son portable dans la poche de sa veste. Il marchait de plus en plus sur des œufs avec Jennifer. L'apaisement de leur relation, lié à l'avancement de la grossesse de Jenn' puis à la naissance de Lola, s'estompait depuis quelques semaines, et ils avaient de plus en plus de mal à s'accorder tous les deux.

Il fit volte-face pour retourner à l'intérieur et voir où en étaient les enfants, quand il aperçut d'Emma, juste derrière lui, dans l'entrebâillement de la baie vitrée. Elle lui sourit timidement, un peu gênée de l'avoir surpris en pleine conversation, et d'avoir été prise de court à son tour en train d'épier.

- Tu es là depuis longtemps? finit par demander Antoine.

- Assez pour savoir que ça chauffe pas mal entre Jennifer et toi… déclara prudemment la jeune fille.

Dumas ne savait comment réagir, mal à l'aise dans une telle situation.

- Désolé que tu aies eu à entendre ça. Vous êtes prêts à partir?

- Presque. Jules aide les jumeaux à finir, ils sont un peu sous le coup de la nouvelle.

- C'est normal. Il faut leur laisser du temps, répondit Antoine, coincé sur la terrasse par Emma qui ne bougeait pas et lui bloquait le passage.

- Avec Jennifer… c'est des broutilles, ou c'est plus sérieux? tenta-t-elle.

Après tout… depuis la veille au soir… elle avait partagé beaucoup de choses avec Antoine, et il avait immédiatement répondu présent. Elle comprenait mieux la confiance que sa mère vouait à son adjoint. Il sembla tout de même déconcerté qu'elle ose poursuivre sur le sujet et poser la question.

- C'est compliqué… c'est pas nouveau, se contenta-t-il de répondre.

- Alors c'est du sérieux, conclut Emma pour lui, dans un demi sourire compatissant.

Il acquiesça silencieusement.

- J'ai papa au bout du fil, enchaina la brune, en désignant le portable dans sa main droite.

Elle le gardait collé contre son buste depuis plusieurs minutes, pour que Laurent n'entende pas leur conversation. Antoine le remarquait seulement.

- Et? l'invita-t-il à poursuivre.

- C'est bon il nous rejoint à l'hôpital, le temps de venir de Marseille. Je… Je lui ai dis la vérité, et je lui ai raconté la version officielle que j'ai donnée aux garçons… il voudrait te parler pour te poser quelques questions afin d'en savoir un peu plus. Comme tu es resté sur les lieux, puis avec maman quand je suis repartie à la BSU… je ne peux pas répondre à toutes ses interrogations, tu y arriveras sûrement mieux que moi.

- Passe le moi, répondit Antoine en se montrant rassurant. Tu t'arranges pour qu'on soit prêts à partir dès que je raccroche? J'ai pas mal choses à faire.

- Ok, répondit Emma avant de rentrer presser ses frères.

Dumas la regarda s'éloigner puis plaça le portable contre son oreille.

- Laurent? C'est Antoine.

- Salut Antoine. C'est vrai ce que m'a raconté Emma? Candice a été agressée?

- Oui… elle est à l'hôpital.

- Elle m'a dit que c'était toi qui l'avais trouvée dans l'appartement, et qu'il y avait un homme avec elle, sur un lit? s'étonna l'ex-mari de Renoir.

- C'est ça… Candice était dans le couloir, et cet homme sur le lit, quand Emma et moi sommes arrivés. J'avais demandé à ta fille de rester en retrait le temps que je sécurise les lieux, mais elle m'a suivi et a découvert la scène en même temps que moi.

Antoine se remémora son cri, qui lui avait glacé le sang, et lui avait fait comprendre que la jeune fille ne l'avait pas écouté et avait sous les yeux les mêmes horreurs que lui.

- Je l'ai isolée dans la cuisine aussi vite que possible, mais elle avait déjà vu et compris l'essentiel…

- Qu'est-ce qu'il s'est passé? s'inquiéta Laurent.

- On ne sait pas encore.

- Candice était déjà inconsciente quand vous êtes arrivés?

- Oui. Elle s'est réveillée quelques instants dans l'ambulance, un peu plus tard. J'étais seul avec elle et les urgentistes. Elle était dans les vapes, pas du tout cohérente… je n'en ai pas parlé à Emma. J'avais eu beaucoup de mal à la séparer de Candice, quelques secondes auparavant… je ne veux pas qu'elle m'en veuille de l'avoir empêchée d'être là à ce moment. Candice n'a pas repris connaissance depuis.

- Vu ce qu'elle a pu me dire sur la manière dont vous travaillez tous à la BSU, je suis sûr que tu as fait au mieux pour gérer la situation…

- On verra, répondit Antoine, qui restait persuadé que le mieux aurait été d'être plus vigilant dès le départ et d'éviter tout ça.


Une tite review? :P Histoire de donner votre avis!