Hello! Tout d'abord, désolée de ne pas avoir posté le week-end dernier... j'étais loin de toute connexion internet, et finalement je n'ai pas posté dans la semaine...

Voici un chapitre qui devrait répondre à beaucoup de vos interrogations... vous livrer pas mal d'informations sur ce qui est arivé à Candice, sur où nous emmène cette intrigue... Accrochez-vous :D

Merci beaucoup pour vos reviews! Merci à Korrigane pour ses relectures! On se retrouve samedi prochain, après avoir revu Candice sur nos écrans :D


Candice : Merci d'être encore là! Pas d'avancée entre Jen' et Antoine dans ce chapitre... Il faudra attendre le 4 pour... que ça continue d'évoluer ;)

Céline.M : Merci pour ta review :) Contente que la place donnée à Emma te plaise, car ça n'est pas terminé à ce niveau ;)

Loony : Merci beaucoup pour ta review miss! Ravie d'avoir réussi à faire transparaître les sentiments d'Antoine. Le point de vue de Candice va arriver par la suite... une fois qu'elle sera réveillée ;) Des réponses sur ce qui lui est arrivé dans ce chapitre.

Alexandra : Ça arrive... ça arrive... :D Avec des réponses! Contente que la présence d'Antoine auprès des Renoir te plaise... parce qu'il va rester un moment! Merci pour ta review. Prête à ouvrir la porte?


Chapitre 3

Puzzle.

Samedi 15 octobre 2016 - 14h.

Le silence. Un silence léger, aérien, qui emplit tout l'espace et que rien ne vient perturber. Elle flotte, virevolte, pas plus lourde qu'une plume, haut dans les airs. Un looping à droite, descente en piqué… un looping à gauche, et hop elle remonte et plane sur le dos, la tête au vent, les cheveux éparpillés. Comme si elle flottait. Oh oui, sur une mer calme, chaude, bien bleue. Balancée tout doucement par les vagues qui la dépassent, bercée. Bras écartés, en étoile, elle se laisse aller au rythme des flots, en sentant les gouttes d'eau se frayer un chemin entre ses orteils qu'elle remue doucement. "I believe I can fly…" Les yeux fermés, le visage doré par les rayons du soleil, elle entend la mélodie. "I believe I can touch the sky…" Oh oui le ciel! Bleu, lui aussi, avec quelques uns de ces gros nuages tout blanc qui donnent envie de se jeter dessus. Elle tend un bras vers le ciel, et arrache un bout de cumulus cotonneux comme elle se servirait un morceau de brioche au milieu de la nuit dans sa cuisine, puis le mâchouille. Humm! La bonne brioche au beurre! Et c'est reparti… un looping à gauche… Viouu! À toute vitesse cette fois! Et elle enchaîne, tout sourire. "And I fly…"

- Maman? Maman? chuchota une petite voix tout contre son oreille. Tu m'entends?

Pas de réponse. Pas un mouvement.

- Maman… réveille-toi… s'il te plait… reprit Léo, son visage collé à celui de sa mère.

Toujours aucune réaction.

En retrait, Jules le regardait faire. Attendant, espérant la même chose que son cadet, mais n'osant pas se montrer si vulnérable. Leur père n'était pas encore arrivé. Emma veillait sur la petite famille depuis le fauteuil vert, Martin sur ses genoux. Ça faisait bien longtemps qu'il n'avait pas pris place ainsi.

Antoine avait fini par partir, à la demande d'Emma. Laurent serait là d'une minute à l'autre maintenant, il était temps que le capitaine aille faire avancer l'enquête. La jeune fille lui avait assuré qu'ils pouvaient rester seuls une petite demi-heure, qu'elle veillerait sur la fratrie. Encore complètement retournée par la nuit qu'elle avait passée, elle récupérait un peu dans le fauteuil, tout en restant vigilante au comportement des garçons. Elle ne voulait pas qu'ils soient trop marqués par ces événements. Sa main droite montait et descendait lentement, dans un rythme régulier, le long du dos de Martin. Elle ne savait pas qui d'elle ou de lui ce geste rassurait le plus.

Léo s'était agenouillé contre le lit, au niveau du visage de Candice. Sa main de grand enfant venait caresser sa peau, évitant sur son passage les quelques égratignures un peu trop visibles sur la pâleur de sa chair.

- Maman… on a besoin de toi… reprit Léo, son souffle chaud tout contre la joue de sa mère.

Jules peinait à supporter ce spectacle morbide.


Chrystelle attrapa la verseuse de la cafetière et remplit trois tasses. Elle déposa la première sur le bureau de Mehdi, complètement absorbé par sa recherche informatique.

- Merci, dit-il simplement en relevant la tête, avant de se replonger aussitôt dans les relevés téléphoniques du commandant.

- Antoine m'a envoyé un sms, les enfants sont au chevet de Candice, Laurent sera bientôt là. Il est en route, on fait le point quand il nous rejoint.

- Okay, lâcha Baddou avant d'avaler une gorgée salvatrice.

Chrystelle regagna son bureau, les deux tasses restantes à la main. Elle s'autorisa quelques minutes de pause avant l'arrivée de Dumas. Elle attendait son retour. Elle savait qu'il saurait leur redonner un second souffle après cette courte nuit et ces longues heures d'enquête. Il leur insufflerait l'énergie nécessaire pour faire avancer l'affaire et les sortirait de la pataugeoire dans laquelle ils s'embourbaient depuis midi. Elle lui faisait confiance pour jouer ce rôle de leader en l'absence de Candice. Leur ami était tout à fait capable de leur permettre de résoudre cette enquête.

- Salut tout le monde, lâcha Dumas quelques minutes plus tard en passant la porte.

Il traversa tout l'open space, pour aller déposer la veste qu'il venait d'ôter sur le dossier de sa chaise.

- Ça va…? demanda-t-il.

- On avance… on avance… répondit Mehdi.

- Viens, l'appela Chrystelle. Je t'ai servi un café.

Antoine la regarda comme si elle lui avait décroché la lune. Après plusieurs jus de chaussettes et un soit disant sandwich tirés à la machine à café et au distributeur de l'hôpital, il allait enfin pouvoir offrir quelque chose de décent à son estomac. Son expression quand il s'approcha et absorba les premières gorgées du liquide couleur ébène fit sourire Da Sylva.

- Vous avez mangé un peu? questionna ensuite Dumas.

Le brigadier afficha un air coupable.

- Nous avons dévalisé le stock de Candice… avoua ce dernier sous le regard appuyé d'Antoine.

- Tout le stock? s'étonna celui-ci.

- À notre décharge il n'était pas si gros que ça au départ. Candice avait dû taper dedans il n'y a pas si longtemps que ça, intervint Chrystelle.

- Vous vous êtes fait tout un repas de choco BN, de petites gaufrettes et de bonbons?

Pour vérifier, le capitaine alla ouvrir le placard sur lequel reposait la cafetière. L'étage du bas, celui qu'ils appelaient entre eux "le stock de Candice", était vide. Le capitaine se rappelait s'être bien moqué de leur nouveau commandant avec Chrystelle et J.-B. quand pour la première fois, il y a plusieurs années, ils avaient découvert l'existence de ces provisions. Depuis… ils avaient appris à apprécier leur supérieure… lui avaient reconnu de nombreux atouts… dont "le stock de Candice". Ils avaient d'ailleurs découvert un peu plus tard que cette réserve avait une sœur jumelle… dans le dernier tiroir du bureau de la blonde. "Au moins un lot de provisions par pièce, c'est plus sûr. Vous serez ravis de les trouver si… si on reste bosser toute la nuit… ou si on est pris en otage… ou si vous faites une crise d'hypoglycémie!" avait lancé la commandant pour sa décharge. Da Sylva avait simplement répondu que l'hypoglycémie, ça ne risquait pas…

- Vous ne m'en avez même pas laissé un peu? s'indigna Antoine.

Le lieutenant et le brigadier se regardèrent…

- On t'a fait un café! répéta Chrystelle.

Il referma le placard… reprit sa tasse… puis se dirigea vers la grande table et le panneau d'affichage. Il se frotta le visage d'une main avant de commencer.

- Alors, qu'est-ce qu'on a?

La lieutenant et le brigadier prirent leurs documents puis se levèrent. C'était le signal de départ.

- On a la déclaration d'Emma, qui est un premier récit des faits et nous a permis d'en savoir un peu plus sur ce qui s'est passé hier soir. Il faudra que tu écrives la tienne, entama Chrystelle en se tournant vers Antoine.

Il acquiesça.

- J'ai pris quelques photos avec mon portable… avant l'arrivée de l'ambulance, pour garder une trace des lieux tels qu'ils étaient, et de l'état dans lequel Emma et moi avons trouvé Candice… expliqua Dumas.

- Bon réflexe, déclara Mehdi.

- Je te les envoie dès qu'on a fini, tu les ajouteras au dossier.

- Je les imprime aussi en A4 pour le panneau, comme d'habitude? demanda-t-il.

Cette question stoppa net Antoine, qui soupira… Bahdou avait raison. Même si ça signifiait imprimer en grand format des clichés de Candice à moitié nue, à peine couverte par la nuisette en dentelle noire qu'elle portait hier soir, des images de sa peau blanche nettement marquée par des traces de lutte, de l'écharpe en soie rose emmêlée autour de son cou et des marques de strangulation qu'il avait découvert avec effroi quand il avait voulu desserrer le tissu.

Ces images des premiers instants après qu'il eut trouvé Candice, en compagnie d'Emma, revenaient se bousculer dans sa tête en horribles flashbacks. D'abord depuis le salon, cette main qu'il avait aperçue par terre. Puis le bras étendu de Candice et sa tête, au sol, dans un angle peu commun, quand il s'était approché du petit couloir. Ses cheveux en bataille, ses yeux fermés, son maquillage qui avait coulé, les premières traces de lutte. Il avait alors remarqué ce tissu rose, son écharpe, nouée autour de sa gorge, ainsi que les pants qui reposaient derrière elle. Puis cette vision globale de la blonde quand il s'était approché. Candice à moitié nue, seulement vêtue d'un dessous en dentelle, noir, quasiment transparent, qui du fait de sa position était remonté trop haut sur ses cuisses et laissait entrevoir une partie de sa poitrine généreuse. Des ecchymoses, des coupures, ça et là sur sa peau translucide. Son corps tordu, qui lui avait dans l'instant rappelé celui d'un cadavre qu'ils avaient retrouvé ensemble, lors de leur première enquête après Valenciennes. Virginie Carrel. "Une création mikado, un puzzle" avait-il blagué lorsqu'ils avaient découvert la dépouille de la jeune victime de trente-cinq ans. Cette farce lui revenait avec un goût amer maintenant qu'il s'agissait de Candice.

Antoine s'était précipité sur la blonde pour aussitôt prendre son pouls, s'assurer qu'un brin de vie coulait toujours en elle. Car à la voir ainsi, rien n'était moins sûr, et il ne pouvait le supporter. Comme entièrement immobilisé, sa vie à lui s'était trouvée en suspend durant cette poignée de secondes, jusqu'à ce qu'il ressente avec certitude le cœur de Candice continuer de battre sous ses doigts. Le capitaine avait alors senti une partie de lui commencer à se détendre. Il avait senti sa vie reprendre. Elle allait mal, très mal, mais elle vivait toujours. Il avait ensuite dû enjamber le corps de son amie pour continuer son chemin et réussir à pénétrer dans la chambre, où il avait découvert un deuxième corps, qu'il n'avait pas remarqué jusque là, ses yeux ne voyant que Candice. Un homme se trouvait également dans la pièce, allongé sur le dos, dans le lit paré de draps gris. Il ne portait qu'un boxer, et des traces de lutte. Lui aussi était inconscient. Un oreiller reposait un peu trop près de lui. Dumas fit les quelques pas qui le séparaient de lui et alla s'assurer que comme sa supérieure, il était toujours vivant. Il insista un moment, prenant plusieurs fois son pouls, écoutant sa respiration. Mais il dut finir par l'admettre. Cet homme qu'il n'avait jamais vu auparavant était décédé. Aux côtés de Candice. Il se releva et prit un peu de recul. Il n'y avait plus rien à faire. Cet homme avait connu la fin ici, dans un lit, entre des draps et un oreiller.

Antoine se souvint de la pensée qu'il avait eu à cet instant, une intuition, générée par des années d'enquêtes : si la blonde avait été étranglée avec son écharpe, ou presque, lui avait sûrement été étouffé avec cet oreiller. Il avait immédiatement regretté cette pensée, car il ne parvenait encore à concevoir que quelqu'un ait pu essayer d'étrangler Candice. Pourtant, cela avait l'air vrai, d'autant vu la position dans laquelle elle se trouvait. C'est à ce moment que ses oreilles, qui jusque là tourbillonnaient, avaient perçu le hurlement d'Emma, qui l'avait talonné à l'intérieur de la maison. S'assurant de ne pas écraser tout ce qui trainait au sol il s'était précipité sur la jeune fille pour la rattraper dans sa chute, ses jambes ne supportant plus son poids sous l'effet d'une telle onde de choc. Dans un instinct de capitaine il avait retenu Emma, à lui en faire mal, pour qu'elle ne touche pas sa mère. Pour ne rien altérer avant l'enquête. Car il savait déjà qu'enquête il y aurait. La jeune fille s'était débattue, enfonçant ses ongles dans sa peau, pour lui échapper. Il avait pris Emma dans ses bras pour la contenir, tandis qu'elle hurlait sans cesse, à lui en vriller les oreilles, alors que Candice ne semblait pas l'entendre. "Elle respire, elle respire" avait-il répété plusieurs fois à sa fille, en boucle, jusqu'à ce qu'elle l'écoute et intègre ces deux petits mots. Supportant son poids, il ne cessait de le redire, encore et encore, pour l'apaiser rien qu'un peu et qu'elle ne reste pas dans cet état. Peut-être le répétait-il également pour s'en convaincre lui-même, car ils l'avaient échappé de peu. Le cœur de Candice battait toujours, elle respirait, elle était seulement inconsciente.

Antoine se souvenait du regard hagard d'Emma. Il revit ses bras qu'elle continuait de tendre vers sa mère. Dès qu'il avait était sûr qu'elle ne se jetterait pas sur la blonde il avait lâché Emma d'une main et sorti son téléphone. Il avait appelé les secours, puis Chrystelle, et avait ensuite eu le réflexe de prendre quelques photos tant qu'il avait son portable en mains. En berçant toujours Emma, qu'il avait autorisée à caresser le visage de sa mère, il avait par la suite desserré l'écharpe de soie rose emmêlée autour de son cou, avant de replacer une mèche de cheveux blonds derrière son oreille. Il avait également tiré un peu sur la nuisette de Candice pour cacher davantage ses cuisses. Il avait ôté sa veste dans le but de couvrir son amie, et avec la jeune fille, ils avaient attendu l'ambulance, incapable de bouger davantage, accusant le choc. Réalisant. Refusant de voir les marques de strangulation qui commençaient à apparaitre sous le tissu qui venait d'être déplacé. Dès que les secours étaient arrivés, il avait demandé à un des professionnels d'isoler la jeune brune dans la cuisine et de veiller sur elle. Elle n'avait pas besoin de voir la suite, ça ne la traumatiserait que davantage.

Antoine se força à fermer les yeux et à se concentrer. Ça n'était pas le moment de penser à tout ça. Ça n'était pas le moment, se répétait-il. Chrystelle et Mehdi avaient vu sa mâchoire se tendre, ses poings se serrer et avait respecté ses quelques secondes de silence qu'ils avaient deviné nécessaires. Ils étaient tous marqués au plus profond d'eux-mêmes par cette affaire hors du commun.

- Oui, on fait comme d'habitude, finit par répondre Dumas, on imprime. Mais on évite de laisser n'importe qui rentrer dans l'open space et voir le panneau d'affichage.

- Ok.

- Quoi d'autre, Chrystelle?

Elle commença par lui relater les événements de la nuit dernière auxquels il n'avait pas assisté.

- Pendant que tu es parti avec le samu et que j'ai suivi en voiture avec Emma, reprit la lieutenant, Mehdi a appelé Aline pour qu'elle vienne inspecter les lieux et procéder à la levée du corps de l'homme retrouvé sur le lit. Lui n'a pas survécu.

- J'ai aussi sécurisé les lieux et fermé le site au public, tout photographié, et marqué les indices, expliqua celui-ci. Je suis en train de les enregistrer. Je n'ai trouvé aucun signe d'effraction dans la maison.

- Bon boulot, intervint Antoine.

- Ensuite quand je suis revenue sur… la scène de crime, après avoir déposé Emma, hésita Da Sylva, Aline nous a donné ses premières constations, qu'elle a depuis mises dans son début de rapport.

Elle tendit un exemplaire de celui-ci au chef d'équipe intérimaire, qui l'ouvrit et le feuilleta. Pendant ce temps Mehdi afficha sur le tableau une photo de l'homme décédé sur son lit.

- Homme de 49 ans, plutôt en bonne santé. Il est mort par anoxie entre 21h30 et 22h30 selon Aline. On en saura plus après l'autopsie. Ses ongles et ses lèvres se sont bleutés sous l'effet du manque d'oxygène dans son sang et de petites hémorragies pétéchiales se sont formées dans le blanc de ses yeux. Aline a retrouvé des fibres de tissu gris dans sa bouche et sa gorge, qui correspondent aux échantillons de draps qu'elle a prélevés. Vu la scène de crime, expliqua Chrystelle en pointant du doigt la photo qui venait d'être accrochée, il a dû être étouffé avec l'oreiller, qui a dû être maintenu sur son visage suffisamment longtemps et avec une pression assez forte pour l'asphyxier. Aline est en train de vérifier que l'échantillon de salive recueilli sur l'oreiller correspond à l'ADN de notre homme. Si c'est le cas, cette théorie deviendra une certitude. L'agresseur devait être sur lui quand il l'a privé d'oxygène vu la position du corps dans le lit.

- Comme notre homme mesure 1m85 et est plutôt bien portant, davantage fait de muscle que de graisse, celui qui l'a assassiné doit avoir une bonne carrure lui aussi, sinon il n'aurait pas eu le dessus, même avec l'effet de surprise en sa faveur. On ne cherche pas une petite demoiselle haute de 1m50! finit Mehdi.

- Très bien, conclut Antoine, en accord avec ce que ses collègues venaient d'exposer. Cet homme étouffé… on a son identité, non? reprit-il. Tu ne me l'as pas dit cette nuit Chrystelle, quand je suis repassé sur les lieux vers trois-quatre heures? Désolée, le manque de sommeil est passé par là entre temps…

- Si, continua la jeune femme. Eric Pastier. Quarante-neuf ans donc, commercial dans une société d'ameublement pour bureaux.

- Et on l'a retrouvé chez lui.

- Oui Antoine, il était d'ailleurs propriétaire de la maison.

- J'ai vu des photos de lui avec une femme et un enfant. Il y avait des vêtements féminins dans l'armoire, du maquillage dans la salle de bain, une chambre d'enfant à côté de la sienne. Et il portait une alliance… continua le capitaine.

- J'ai fouillé un peu, intervint Mehdi. Il était marié avec une certaine Géraldine Pastier depuis quinze ans, et ils ont un fils, Léo Pastier, onze ans. Ils possèdent leur maison depuis 2009.

Le brigadier vit son collègue acquiescer.

- Ils ont été prévenus…? demanda Dumas.

- Non, déclara-t-il. On ne sait pas encore où ils se trouvent.

- Tu chercheras ça Chrystelle? Tu localises la famille Pastier et tu te renseignes sur qui ils sont, qui était cet homme. Tu me trouves comment il connaissait Candice, depuis quand, et ce qu'ils faisaient ensemble.

Un silence gênant emplit l'open space. Dumas, fatigué de sa nuit blanche, mit du temps à réaliser qu'il en était à l'origine. Il regarda ses collègues, surpris par leur mutisme.

- Qu'est-ce que j'ai dit? s'inquiéta-t-il.

- On a une idée assez précise de ce que Candice et Eric Pastier faisaient ensemble… osa répondre Chrystelle. Il ne portait que son boxer… Candice était en nuisette… on les a trouvés dans la chambre… et Mehdi a remarqué… une boîte de préservatifs sur la table de chevet…

Antoine la regarda, un peu bêtement. Ce n'est pas exactement à ça qu'il avait fait référence, même si évidemment il avait constaté et assemblé tous ces détails. L'équipe n'avait pas encore mis de mots sur ces observations, qui effectivement laissaient peu de place aux doutes. Jusque là ils avaient préservé la vie privée de Renoir et s'étaient concentrés sur plus urgent. Cependant ils ne pouvaient le nier plus longtemps.

- Bien sûr, reprit-il, un brin gêné.

Son éducation très stricte et bourgeoise ne lui avait pas appris à s'étendre sur ce genre de sujet.

- Evidemment… ils n'étaient pas en train de prendre le thé… surtout à une heure pareille. Je voulais dire : tu trouves comment Candice et lui se connaissaient, où et quand ils se sont rencontrés, ce qu'ils faisaient d'autre ensemble, où ils se voyaient, à quelle fréquence… détailla-t-il.

- Ok. Je peux déjà te dire que Candice savait qu'il était marié. Il portait son alliance, même dans ce contexte. Elle ne pouvait pas ne pas l'avoir remarqué. On sait comment elle est, elle ne loupe aucun détail…

Les deux hommes hochèrent la tête. Elle a raison, pensa Antoine, même s'il ne l'admettait pas de bon cœur. Il connaissait Candice, et ces découvertes le déconcertaient quelque peu. Candice n'aimait pas tenir le rôle de la maitresse, être la briseuse de ménage, s'embourber dans une relation sans avenir car celui qu'elle côtoie n'est pas clair dans ses choix. Il en avait personnellement fait l'expérience. Il avait donc du mal à tirer des conclusions à partir de ces simples observations, surtout en ce sens. Il attendait davantage d'informations avant d'exprimer des certitudes. Ça ne ressemblait pas à sa supérieure.

- Mehdi… tu as réussi à contacter l'opérateur téléphonique de Candice? reprit le capitaine.

- Oui, j'ai reçu le détail de ses relevés en matinée. Je commençais justement à les éplucher. Après avoir quitté la BSU hier soir vers 17h30, quand elle nous a dit qu'on pouvait rentrer, Candice a reçu un appel, en a passé trois, et a envoyé pas mal de textos à un des numéros auquel elle a téléphoné dans la soirée. Je vais chercher l'identité de chacun de ces correspondants et essayer d'avoir l'historique des sms. Le téléphone de Candice est actuellement dans les pièces à convictions, enfin, les morceaux qu'il en reste, et que j'ai ramassés sur le parquet cette nuit.

- Super, on continue comme ça. Chrystelle tu te renseignes sur les Pastier et le lien entre Candice et Eric. Dès que tu as localisé sa femme et son fils on va les informer et on enchaine avec une enquête de proximité dans leur quartier. Medhi, tu poursuis ton travail sur les relevés téléphoniques et l'enregistrement des preuves récoltées hier. Pendant ce temps je vais voir Aline puis je tape mon rapport sur la nuit passée. Je terminerai après l'enquête de proximité s'il le faut.

Antoine lança un œil à ses collègues, qui repartaient vers leurs bureaux. Ils semblaient en accord avec ce qu'il venait de dire. Il avala le fond de sa tasse de café, puis prit la direction de l'IJ pour voir ce Jego avait à lui apporter de plus en ce début d'enquête.


Rassurés, maintenant que vous en savez plus sur ce qui a conduit Candice à l'hôpital? :D