J'étais obnubilée par une seule pensée : qui m'avait fait ça ? Et pourquoi ? J'avais beau tourner et retourner ça dans ma tête, je ne voyais pas de solution. Le professeur d'Astronomie nous demanda de pointer la lunette plus à droite et je m'exécutai de mauvaise grâce. Je devais être attentive tout de même ! Je collai mon œil derrière l'instrument et tentai de recopier maladroitement ce que je voyais. John faisait semblant de regarder dans sa lunette astronomique et jeta un regard oblique pour copier ma propre carte du ciel. Je le laissai faire en soupirant mais je savais fort bien que ma carte du soir ne serait pas aussi exacte que d'habitude.

- Regardez la luminosité de l'étoile de Sirius dans la constellation du Grand Chien. Si nous la voyons avec autant d'éclat, c'est parce que c'est un astre assez proche du Système Solaire.

Je pointai ma lunette sur la fameuse Sirius. Ha Sirius ! Un homme aussi inaccessible que l'étoile qui porte son nom. Je me souvenais comme si c'était hier de la première fois ou je l'ai vu. C'était lorsque j'étais en première année à Poudlard…


J'étais une petite fille de onze ans traumatisée par une Cérémonie de Répartition longue et stressante. Enfiler un chapeau miteux devant tout le monde, un Choixpeau magique qui parlait en prime ! Tout ça pour entendre dire que j'allais à Gryffondor. Le regard dans le flou, j'avais avancé en titubant jusqu'à un banc pour m'y laisser tomber. Si j'avais fait un chouïa plus attention à ce que je faisais, j'aurais tout de suite vu devant qui j'avais atterri ! Mais à ce moment-là, une seule chose me passait par la tête : ne pas m'évanouir ! Je respirais bruyamment tout en mettant une main devant ma bouche pour éviter de vomir. Après un sombre moment à patauger dans le noir, je réussis à regarder autour de moi avec un œil neuf. Je voyais mes camarades Gryffons pour la première fois : des sourires réjouis, le brouhaha des conversations et des dizaines des chapeaux noirs qui bougeait en tout sens. Ils semblaient tous heureux d'être là, se parlant sans tabou ou presque, rigolant de tout et de rien, applaudissant dès qu'un nouvel élève arrivait dans leur maison. Je levai la tête et je contemplai le plafond pour la première fois : un plafond magique ! Pour un peu, je me serais crue dehors. Je fermais les yeux et je pouvais sentir le souffle du vent sur mes joues. Des centaines d'élèves étaient rassemblés autour de quatre grandes tables. Je pensai enfin que j'allais peut-être me plaire ici.

Et c'est là que je le vis…

En face de moi, il y avait un ange tombé du ciel ! Oh oui, cela ne pouvait être que ça : des yeux gris à vous couper le souffle, une tignasse noire encadrant un sourire enjôleur et un charisme désarmant. Je perdis la capacité de respirer pendant un instant, me demandant même si je n'allais pas entendre le dernier battement de mon cœur et tomber à la renverse. Je n'entendais pas du tout Dumbledore faire son discours de bienvenue maintenant que la Répartition était finie, je n'avais d'yeux que pour Lui. En revanche, l'ange tombé du ciel avait l'air concentré sur ce que disait le directeur. Je pus le contempler à loisir, me perdant corps et âme dans l'air de mauvais garçon qu'il arborait. Il était jeune, mais je ne pus me souvenir s'il avait fait la Cérémonie de Répartition avec moi ou non. Peu importe. J'avais eu le souffle coupé suite à cette Répartition de malheur mais Il me l'avait coupé à nouveau. Un tonnerre d'applaudissement apparut, allant chatouiller les étoiles du plafond magique tandis qu'une nourriture abondante apparaissait brutalement sur la table. Les élèves se servirent avec entrain, les conversations reprenant avec ferveur.

- C'est quelque chose cette Répartition, pas vrai ?

Il avait sans doute remarqué que j'étais un peu pâle et que je ne mangeais strictement rien. Oh par tous les dragons des mers, il m'adressait la parole ! C'était sûr ? Mais oui, il avait les yeux posés sur moi, me détaillant d'un air sûr de lui-même. Je tentai une maigre réponse, mais ne réussis qu'à marmonner dans ma bouche. Je fis tomber ma fourchette de la table et plongeai dessous pour la récupérer, rouge comme une pivoine. Je ne voyais pas la fourchette parmi l'océan de pieds et de jambes, mais j'entendis clairement le voisin de table de mon ange, un jeune garçon aux cheveux bruns et décoiffés avec des lunettes rondes, dire tout haut :

- Oh, arrête Sirius, tu vois bien que tu traumatises les première année avec tes airs de molosse !
- J'sais pas moi, elle me regardait fixement, je n'allais tout de même pas ne pas réagir !
- Oui, toi, dès qu'il y a une fille, tu es tout chose, dit une troisième voix tout près de moi.
- Lâche-moi Remus ! Il faut bien profiter de la vie un petit peu non ? Détends-toi, sinon, tu vas finir préfet sans même t'en rendre compte !
- Non mais quelle horreur ! Tu ne serais plus jamais ami avec moi, déclara le binoclard en rigolant.

Ils continuèrent ainsi, se moquant de la pauvre première année que j'étais. Je n'osais pas remonter sur le banc. Mais cela aurait paru suspect si je restais planquée dessus ! Alors en Gryffondor que j'étais, je me relevai et je finis de manger, le nez dans mon assiette. Enfin le dessert arriva pour que mon calvaire prenne fin. J'étais déjà à moitié levée de mon banc lorsque Dumbledore commença un nouveau discours. Il ouvrit grand ses bras comme pour nous étreindre tous, comme s'il était heureux de nous voir tous là devant lui :

- Les temps s'obscurcissent. Nous allons au-devant de graves événements et il est de votre devoir de choisir la bonne voie, de ne pas vous laisser aveugler par la facilité hors du droit chemin. N'oubliez pas que ce sont nos choix qui dictent notre voie et non pas l'inverse ! Nous avons toujours le choix, alors faites les vôtres en votre âme et conscience. Je ne vous retiens pas plus, vous devez être fatigués : donc, bonne nuit à tous !

Les élèves se levèrent en commentant les paroles de notre cher directeur. Le garçon magnifique blaguait avec son camarade en se dirigeant vers la sortie. Devais-je les suivre ou bien ? Mais heureusement, un jeune homme maigre balança :

- Les première année, veuillez me suivre !

C'est ainsi que je perdis la trace de celui qui allait hanter mes pensées tout au long de ma scolarité. J'appris bien vite qu'il se nommait Sirius Black, tout comme j'appris le nom de chaque membre du groupe des Maraudeurs. Ce jour fut le seul où il posa les yeux sur moi et où il m'adressa la parole. Maintenant, je suis même sûre qu'il ne sait même pas que j'existe. En effet, il avait toujours un groupe de midinettes autour de lui, comme presque chaque membre du groupe car ils étaient en vogue comme on dit. Sauf peut-être Peter Pettigrow. Petit et grassouillet, il n'avait pas le physique de l'emploi : on se demandait ce qu'il fichait avec eux…

- Bien, vous avez comme devoir de recopier votre carte au propre et de la compléter avec votre livre, page 34 et 35. Allez vite vous coucher maintenant !

Je regardai mon pauvre lambeau de carte toute raturée. De rêvasser pendant les cours n'allait certainement pas m'aider : j'avais à refaire la carte entièrement vu que je n'avais strictement rien écouté en cours. Je jurai à voix basse en ramassant mes affaires. John s'approcha de moi, l'air inquiet.

- C'est moi ou tu n'as rien écouté en cours ? Je n'ai même pas pu recopier ta carte, elle ne ressemblait à rien ! me reprocha-t-il.
- Laisse tomber John, soupirai-je.
- Je me fais du souci pour toi. Tu ne vas pas m'en vouloir de m'inquiéter pour celle qui va m'aider à obtenir mes BUSE, plaisanta-t-il.

Il était si mignon à s'inquiéter ainsi. J'esquissai un sourire sincère en prenant garde à ne pas tomber dans les escaliers. Mais comment lui dire que mes pensées étaient encore et toujours tournées vers un élève de sixième année qui ne m'avait pour ainsi dire jamais parlé ? J'aimais une idole, un homme inaccessible au commun des mortelles. Il se serait moqué de moi, comme lorsque j'avais essayé de lui dire lors de notre première année. Comme le silence s'éternisait, il posa simplement sa main sur mon épaule d'un geste compatissant et nous regagnâmes la salle commune avec le reste de notre classe.
Les jours passèrent ainsi, rythmés par les cours. Je ne pus mener l'enquête, car je devais travailler comme une folle pour les cours : les devoirs étaient intenses et les cours de plus en plus durs, surtout pour moi. Je passais les soirées penchée au-dessus de mes parchemins et de mes bouquins. Livres dont j'en avais toujours un manquant. Heureusement ou malheureusement pour moi, le voleur de livre ne s'était pas manifesté à nouveau. Aussi, je n'avais pas eu d'autre perte à déplorer, mais je n'avais pas pu découvrir qui il était non plus.

Halloween arriva. C'était une période de fête et le château se transforma en une gigantesque citrouille. En effet, des bougies étaient enflammées partout, des citrouilles évidées flottaient dans les couloirs. Dans la Grande Salle, des centaines de chauves-souris voletaient autour de lampions squelettes ou de citrouilles avec des mâchoires édentées. L'atmosphère était délicieusement lugubre et dans la pénombre, les fantômes translucides flottaient lentement dans les airs, ajoutant de la féerie dans ce ballet de l'horreur. Le banquet de la soirée avait été grandiose. Pour ma part, je pensais que les professeurs s'étaient surpassés cette année pour nous offrir ce spectacle magnifique. Les élèves avaient du mal à détacher leur regard du plafond magique qui oscillait entre le gris argenté d'une tempête et le noir bleuté profond d'une nuit sans lune. John s'était escrimé à essayer de me faire peur toute la soirée, mais au final, nous avions fait comme tous les élèves et nous partions dans des fous rires inimaginables en mangeant des mets raffinés à la citrouille.

Le groupe le plus bruyant était bien entendu à notre table, très loin de nous : le groupe des Maraudeurs. Remus Lupin avait une mine joyeuse et moins fatiguée que d'habitude. Un franc sourire sur les lèvres, il levait son verre et un groupe de fille pouffèrent de rire non loin de lui. Sirius Black avait les deux bras occupés par une fille qu'il embrassait goulûment. Cette scène m'horripila tellement que je sautai immédiatement vers le troisième larron. James Potter faisait son possible pour attirer le regard de la préfète de Gryffondor, Lily Evans, qui était assise un peu plus loin. Mais ces efforts pour rire fort et se trémousser restèrent vains sur la jeune femme qui resta de marbre. Enfin, Peter Pettigrow riait aux frasques de James et essayait même d'en rajouter une couche, histoire d'aider son pote de toujours.

La soirée se termina en apothéose lorsque le club des Chasseurs sans tête arriva et nous fit une démonstration de leur chevauchée sans tête. Ils commencèrent à se passer une tête sous le hourra des élèves. Certains rigolaient moins, car ils se prenaient une tête de fantôme au travers du corps et ce n'était pas une sensation très agréable. C'était d'une fraîcheur incomparable ! J'entendis souffler d'un air exaspéré à côté de moi. En me tournant, je vis Nick Quasi-Sans-Tête regarder d'un œil gris foncé les fantômes qui continuaient d'amuser la galerie.

- Que se passe-t-il, Nick ?
- Hein, quoi ? Oh, mademoiselle Vasseur. Je regardais ces fanfarons faire les fiers et ça me fait quelque chose de les voir là, à se pavaner devant tout le monde, surtout le jour d'anniversaire de ma mort ! C'est de l'irrespect le plus total !
- Ah ? Euh… Joyeux anniversaire de mort euh… Nick. Mais pourquoi serait-ce de l'irrespect ?

Il haussa les épaules et sa tête fit un bond sous sa fraise. Il se détourna et traversa le mur sans même me répondre. Je ne compris pas la réaction du fantôme de Gryffondor. Peut-être que ça ne se faisait pas de souhaiter un joyeux anniversaire pour la mort de quelqu'un ? Les déboires du fantôme me sortirent rapidement de l'esprit : la soirée étant finie, il était temps de regagner nos dortoirs. Les élèves commentaient avec enthousiasme tout ce qu'ils venaient de voir. La salle commune était bondée mais les bâillements étaient légion. Aussi, nous allâmes tous nous coucher. J'avais des dizaines d'images dans la tête, aussi j'eus du mal à trouver le sommeil.
En plein milieu de la nuit, j'entendis un objet tomber. Au moment où je me relevais dans mon lit, je vis la queue touffue de Chendra qui dévalait les escaliers. Je vis mon verre d'eau brisé au sol et l'eau éparpillée partout. Personne d'autre n'avait été réveillé. Je poussai un soupir. Je descendis, en évitant consciencieusement les morceaux de verre, à la recherche de mon chat, pour lui apprendre à faire attention, mais au moment où j'atteignis le bas des marches, j'entendis un conciliabule dans un coin de la salle commune.

Des élèves étaient encore debout à cette heure ? Etonnée, je restai tapie dans le noir. Autour d'une bougie qui éclairait faiblement leurs visages, je distinguai les quatre Maraudeurs. Ils avaient l'air concentré, comme s'ils préparaient un mauvais coup. Consciente que je n'aurais pas dû être là, je faillis remonter pour nettoyer les bêtises de mon chat, lorsque j'entendis un bout de phrase qui me figea sur place.

- …un bouquin d'Histoire de la Magie.

Horrifiée, je restai immobile, attendant la suite. Ce fut Remus qui reprit, d'un air contrarié.

- Et tu ne le lui as toujours pas rendu ? Elle en a peut-être besoin.
- Arrête, personne ne peut avoir besoin d'une matière aussi débile, contra Peter d'un air important.
- Elle passe les BUSE à la fin de l'année elle, contrairement à nous.
- C'est vrai quoi, laisse-le Remus. Il fallait bien qu'il honore son pari ! Pas vrai Sirius ? murmura James avec un grand sourire.
- T'as raison vieux frère. Pourtant, ça a été trop facile de lui piquer son bouquin à cette petite Vasseur. Je me demande pourquoi vous m'avez donné un pari aussi nul à faire ! Je le lui rendrai si elle découvre que c'est moi qui l'ai, chuchota Sirius surexcité.

Ainsi c'était lui ! Mais pourquoi lui ? Pourquoi ?!