- Tu ne mange pas Marie ?
Je sortis de mon engourdissement et regarda John. Il semblait plus qu'inquiet en agitant la main devant mes yeux. Je repoussai gentiment sa main et pris une généreuse portion de confiture sur mon bout de pain. Pourtant, je ne pu me résoudre à porter la tartine à ma bouche. Je repensais sans cesse à se qui s'était passé hier soir : après la révélation des Maraudeurs, bien malgré eux, j'étais repartis dans mon dortoir tel un somnambule. J'avais nettoyé les dégâts de mon chat avec les aveux de Sirius qui se répercutaient sous mon crâne. J'en avais même oublié Chendra ! Puis, j'étais partie me coucher d'un sommeil sans rêve. Et maintenant, je me demandais pourquoi il avait accepté ce pari débile, pourquoi ils avaient choisis de s'en prendre à moi, et surtout, comment récupérer mon bouquin. Déjà, est-ce que ça valait le coup d'aller le récupérer ? Pour une élève excessivement douée comme Juliana, la perte d'un grimoire ne devait pas se faire sentir. Mais pour moi, il était d'une importance capitale !
J'étais donc résolu à récupérer mon bien lorsqu'une nouvelle évidence s'imposa à moi : je n'irais pas m'abaisser à lui demander purement et simplement mon livre. Déjà, il se serait moquer de moi, aurait haussé les épaules et aurait éclaté de rire en me disant que je délirais. J'aurais pu demander à Remus de l'aide, mais je préférais ne rien devoir aux Maraudeurs. Le seul moyen qui me restait était de lui chiper discrètement. Je me décidai à agir ce week-end, mes soirées étant réservées au lourd travail que je devais fournir pour rester au niveau de Poudlard. Enfin je pus prendre mon petit déjeuner rapidement, car John me fis remarquer qu'on était presque en retard.
La semaine s'écoula tantôt lentement tantôt rapidement car j'avais un peu la trouille de tenter quelque chose contre Sirius Black, mais j'avais aussi hâte que cette histoire se termine. J'essayais de me rassurer en me répétant mon plan d'action : attendre qu'ils sortent de la salle commune, monter clandestinement dans leur dortoir, chercher et trouver mon livre, redescendre aussi sec. Voilà : un plan simple, concis et bref. La rapidité devait être de mise : ainsi je m'étais fixé une limite de cinq minutes. Si je ne trouvais pas mon bouquin dans le temps impartie, je devais filer fissa. Et reprendre mes recherches à un autre moment. Je ne doutais pas du fait qu'ils quitteraient notre salle commune, pour les repas par exemple, quitte à en sauter un moi-même, ou tout simplement pour se pavaner dans le château avec leurs groupies.
L'occasion me fut donnée samedi soir. J'avais mangé vite fait et avais passé toute la soirée à les épier du coin de l'œil. Je vis les trois Maraudeurs, James, Sirius et Peter quitter la salle commune, accompagné de gloussement tous plus débiles les uns que les autres ou de sourire coquins. Je savais Remus à l'infirmerie encore une fois aussi, j'étais certaine que le groupe était partis. En même temps, quel pauvre Remus, il passait un temps fou à l'infirmerie ou à aller voir sa mère malade. J'avais beaucoup de compassion pour lui, même si je ne le connaissais pas vraiment. Enfin, je me secouai et laissa là mon devoir de Métamorphose et sous le regard ébahis de John. Je m'approchai du dortoir des garçons de sixième année, l'air de rien. Mon camarade de classe me rattrapa alors que je posais le premier pied sur les marches. Il me retint par le poignet et je me retournai vers lui et il me chuchota, pour que personne d'autre ne nous entende :
- Mais tu vas ou là ? Tu es folle de monter là ou quoi ? Et puis, tu ne pourras pas monter, les marches vont se transformer en toboggan !
- Je n'en ai pas pour longtemps. Laisse-moi, je dois le faire, je t'expliquerai plus tard. Et ne t'inquiète pas pour les marches.
- C'est trop dangereux ! Imagine qu'ils reviennent ?
- Tu n'as qu'à faire le guet !
- Tu m'expliqueras se que tu foutais là-haut alors.
J'acquiesçai d'un air vigoureux et comme pour lui prouver que j'avais raison, je grimpai deux marches. L'escalier resta bien sagement immobile. Je poursuivis mon ascension en me disant que j'aurais peut-être dû mettre John au courant de mon plan. Personne d'autre n'avait prêté attention à se que je faisais : je n'étais pas assez intéressante pour eux. Et je savais aussi que je serais aussi invisible qu'une puce sur le dos d'un hyppogriffe. Je laissais mes scrupules de côté pour me concentrer sur mon objectif : trouver mon précieux livre. J'ouvris la porte du dortoir des garçons en tremblant légèrement. Comme je le supposais, il était totalement vide. Je restai coi cinq secondes car je pensais trouver un bordel digne des garçons mais en fait, à part quelques affaires entassées dans un coin, la pièce était nickel. Ils avaient des elfes de maison rien que pour eux ou quoi ? Je me dirigeai vers le premier placard qui se trouvait à ma droite. Je fouillais dans quelques affaires avant de me rendre compte que c'était les affaires de Remus Lupin. Je laissai donc le placard et passa au suivant au fond du dortoir. Fébrile, je dû m'y reprendre à deux fois pour pouvoir ouvrir la porte de l'armoire mais cette fois-ci, je la laissais bien vite de côté : c'était celle de Peter Pettigrow.
Alors que je traversai le dortoir pour aller sur le côté gauche pour enfin trouver les affaires de Sirius, un objet insolite attira mon attention. Posée délicatement sur la table de chevet, déplié en grand, je pouvais aisément voir qu'il s'agissait d'un parchemin déjà quelque peu écorné car trop manipulé. Mais le plus curieux était de voir des petits points bouger sur cette carte. Hypnotisée par la magie de cet objet, je m'approchai sur la pointe des pieds, comme si j'avais peur de voir les traits disparaître du papier jauni. Mais rien de tel ne se produisit : au contraire, je pouvais même lire se qui était écrit dessus. Je lu donc d'un côté de la carte : Salle Commune de Serdaigle, puis à l'opposé, Salle Commune de Gryffondor. Mais quelle ne fut pas ma surprise de voir que se que j'avais pris pour des points mouvants étaient en faite des petits personnages représentant chaque individu du château ! Ainsi je me repérai aisément près de notre Salle Commune, dans une case indiquant Dortoir des Garçons de Sixième année. Émerveillée, je ne pouvais quitter la Carte des yeux. Je baissais les yeux pour voir John faire les cent pas dans la Salle Commune, tout comme je pouvais voir le professeur Slughorn immobile dans son bureau. Je vis Dumbledore dans les couloirs, en train de se rendre à son bureau et enfin, dans le parc, je pouvais voir Madame Pomfresh avec Remus Lupin, filant droit vers le Saule Cogneur.
Je suivis les deux points des yeux, les sourcils froncés. Ils étaient fous ou quoi ? Le saule Cogneur était bien le dernier arbre à aller chatouiller ! De plus, que faisait Remus dehors alors qu'il était soi-disant malade ? Je vis la jeune infirmière de Poudlard laisser Remus avancer tout seul le long du couloir qui était sous le Saule Cogneur ! Par Merlin, pour une découverte, s'en était une sacrée ! Abasourdis, je suivis le Maraudeur le long du chemin tortueux, désireuse de savoir où il allait.
- Qu'est-ce que tu fiches ici toi ?
Je sursautai en me retournant pour voir que je n'étais plus seule dans la pièce. Pire, j'avais face à moi un Peter partiellement surpris et en colère de me trouver là. Rougissante jusqu'à la pointe des cheveux, je vis que j'avais fait tomber la carte en même temps que j'avais fait un demi-tour sur moi. Son regard tomba sur le bout de parchemin et je vis clairement son regard changer : il était paniqué et littéralement furieux. Je bafouillai alors :
- Non non, mais je n'ai rien vu ! Je venais … Euh …
Erreur sur toute la ligne ! Déjà dire qu'on n'a rien vu alors que c'est clairement le contraire, c'est une défense plus que nase mais en plus, faire une pause pour chercher une excuse crédible à ma présence ici, c'était carrément nul. J'ouvris la bouche et la referma comme un poisson hors de l'eau, ne sachant quoi ajouter. Il plissa les yeux et me demanda, presque aimablement, se qui était totalement contraire à son expression faciale :
- Qu'as-tu compris de cette carte que tu n'aurais jamais dû voir ? Tu sais qu'il ne faut pas fouiller dans les affaires des autres, d'autant plus dans un dortoir habité par des garçons. C'est très mal élevé ça mademoiselle.
- Je euh … C'est que … Rien ! J'ai rien compris à cette carte du château !
Nouvelle erreur ! Lorsque je vis Peter foncer vers moi, baguette en avant, je cru qu'il voulait m'attaquer, mais il ramassa précipitamment la carte et marmonna entre ses dents, la baguette posée sur le parchemin qui s'effaça sous mes yeux écarquillés. Tétanisée, je ne savais pas se qui allait m'arriver mais Peter me laissait là, comme pressé. Étonnée qu'il ne me fasse rien, j'en oubliais mon livre et descendit peu de temps après lui. John me sauta presque dessus en s'emmêlant dans ses explications. Je lui fis signe de se taire et l'entraîna dans un coin. Il commença :
- J'étais en train de faire le tour de la Salle Commune lorsque j'ai vu que Peter montait les marches quatre à quatre. J'ai rien pu faire pour te prévenir ou le retenir ! Alors je me suis dit qu'il valait mieux te laisser gérer ça …
- Il est où d'ailleurs maintenant ? demandais-je en scrutant la Salle Commune sans le trouver.
- Il est ressortit de notre Salle sitôt qu'il est redescendu du dortoir. Je pensais que tu avais réussis à te cacher parce qu'il paraissait impatient de sortir.
- Et James et Sirius sont venus ?
- Non, il n'y avait que Peter, me répondit-il. Puis, après une courte pause, il continua : alors qu'est-ce que tu faisais là-haut bon sang ?
C'est alors que je me trouvais bête : parce qu'en plus d'avoir été découverte, je n'avais pas récupérer mon livre. J'expliquais toute l'histoire du livre volé, comment je l'avais appris et qui en était l'auteur. Et John réagit exactement comme je l'avais prévu :
- Mais laisse donc ton bouquin ! Tu n'auras qu'à prendre le mien, j'en prendrais un autre pour me faire un oreiller !
- Tu ne comprends pas …
Il ne comprenait pas : désormais, c'était une affaire personnelle entre moi et Sirius, le garçon que j'ai aimé et que j'aimais toujours. John ne comprenait pas que je ne pouvais pas laisser passer ça, qu'il s'en était pris à moi pour des motifs bidons et que, par Merlin, je n'allais pas le laisser gagner comme ça ! Cependant, mon camarade de toujours me surpris lorsqu'il me posa cette question d'une voix bizarre :
- Tu es toujours amoureuse de lui, c'est ça ?
Je ne lui répondis pas mais mon silence parlait pour moi. Il secoua la tête en soupirant et alla ramasser ses affaires. Il grimpa dans son dortoir, me laissant là avec mes idées dangereuses. Je fixai un instant l'escalier du dortoir des Maraudeurs, mais j'avais eut assez d'émotion pour la soirée. Je remballai mon devoir inachevé et allai me coucher en me demandant se qui allait m'arriver demain, lorsque je croiserais à nouveau les Maraudeurs.
